NA : et oui, je publie ce chapitre un peu plus tôt que prévu parce que je pars à Marseille passer le WE avec Alhenorr (c'est elle qui m'a rendue dingue de Numb3rs !). Bonne lecture !

6 – Mégane entra dans la salle d'interrogation et fit un signe de la tête à l'agent qui était avec Kraft. Une fois seule avec le médium, Mégane se planta devant la large vitre qui donnait sur la ruche que constituaient les bureaux du FBI.

- Vous y êtes parvenue, dit soudain Kraft.

Mégane tourna la tête, sourcils froncés.

- Je suis parvenue à quoi ?

Kraft releva ses lunettes sur son nez.

- Votre père … vous vous êtes réconciliée avec lui, annonça t-il sur un ton assuré.

Ce n'était pas une question mais une affirmation. Mégane revint à l'observation des bureaux. Elle n'avait pas envie de jouer à ce petit jeu.

- Monsieur Kraft, que faisiez vous sur le campus de CalSi ? Demanda t-elle abruptement observant les réactions du médium dans les reflets de la vitre.

Kraft sembla un moment déboussolée par la question. Mégane sourit. Amusant qu'elle utilise les mêmes « trucs » que lui, non ? Il y a deux ans, il avait délibérément triché avec le petit test de clairvoyance en utilisant ses lunettes et aujourd'hui, c'était Mégane qui utilisait son reflet pour jauger ses réactions. Sauf qu'elle, elle ne trichait pas. Elle avait besoin de réponses. Elle avait besoin de la vérité.

- Monsieur Kraft ?

Kraft se ressaisit. Il glissa la main vers les dessins qui se trouvaient sur la table, sembla hésiter un moment puis se décida.

- J'étais venu lui parler.

Inutile de préciser de qui il était question, n'est-ce pas ?

- Pourquoi ?

Un sourire apparut sur les lèvres de Kraft.

- Voyons agent Reeves, si nous pouvions éviter les questions stupides …

- Je ne crois pas que demander la raison de votre visite à un homme qui a disparu juste après vous avoir rencontré est stupide, Monsieur Kraft, lui répondit-elle.

Kraft soupira, visiblement agacé.

- Vous savez très bien pourquoi j'avais besoin de voir le professeur Eppes. Il a besoin de --

Kraft se tut soudainement. Mégane le vit se mordre les lèvres comme si l'envie de parler était irrésistible mais qu'il savait qu'il devait se taire. Elle se tourna enfin vers lui, sourire aux lèvres et approcha de la chaise sur laquelle il était assis, se plantant derrière lui.

- Parce qu'il a besoin de vous, Monsieur Kraft, est-ce ce que vous pensez ? Que Charlie a besoin … d'un coach. De quelqu'un qui a déjà l'expérience, qui sait comment gérer ses nouvelles facultés, qui peut l'aider.

Elle s'était penchée sur Kraft et sa voix était presque réduite à un murmure. Un peu comme quelqu'un qui veut amadouer un animal ou bercer un enfant. Une voix sereine, assurée et emplit de compassion.

- … le problème, Monsieur Kraft, c'est que je ne vous crois pas du tout. Ce que je crois …

Mégane se redressa.

- Ce que je crois, c'est que vous êtes jaloux, envieux même. Tout ce pouvoir … ce même pouvoir dont vous chercher désespérément depuis plus de 20 ans à percer le secret, ce pouvoir dont vous ne serez jamais maître … ce pouvoir entre les mains d'une personne qui n'en veut pas, ne saura jamais l'apprécier à sa juste valeur et encore moins l'utiliser … quelle injustice n'est-ce pas ?

De l'autre côté du miroir, dans la pièce où se trouvait tout le matériel d'enregistrement des auditions, Colby laissa échapper un long sifflement admirateur.

- Je n'aimerais pas être un jour face à Mégane.

- Ouais, elle serait capable de te faire avouer n'importe quoi, ajouta David.

Colby lui sourit.

- Comme le nom du type qui a versé du café dans son yuka préféré pendant plusieurs semaine avant que le pauvre ne succombe ?

David leva les yeux au ciel.

- Bon sang ! Mon frère faisait ça avec le café que ma mère préparait … enfin, ce qui tenait lieu de café à ses yeux. Et aucune plante n'en est jamais morte !

Colby, toujours tout sourire, ajouta.

- C'était sans doute parce qu'il n'y rajoutait pas de lait …

Espérant changer de conversation, David fit un signe de la tête vers la vitre, désignant Kraft.

- Ce type est notre meilleur suspect dans la disparition de Don et de Charlie.

- Tu veux dire notre seul et unique suspect, précisa Colby. Hey, David ?

David qui avait récupéré le dossier de Kraft sur la table et s'apprêtait à sortir, se tourna vers son co-équipier qui fixait toujours Kraft.

- Quoi ?

- Est-ce que tu y crois toi à toutes ces conneries ? Tu crois que maintenant Charlie peut … je ne sais pas, faire des trucs, comme communiquer avec les morts ?

David observa un moment Colby. Communiquer avec les morts ? Mais de quoi parlait donc son ami ? Colby fixait Kraft avec un drôle d'air. Il semblait presque … Et David comprit. Il s'approcha de Colby.

- Sir Athur Conan Doyle, lâcha t-il tout en fixant lui aussi Kraft.

Colby se tourna vers lui mais resta silencieux.

- Ce type a révolutionné le roman policier en inventant un détective dont les méthodes de résolution des énigmes sont purement scientifiques. Holmes est un enquêteur, sans émotions ni arrière plan familial. Une complète innovation puisque tous les autres auteurs de l'époque, notamment les auteurs français, étaient engagés dans le jeu des passions, des idéologies et des morales de leur époque.

Colby ne disait toujours rien, attendant sans doute de voir où voulait en venir David.

- Conan Doyle s'est inspiré d'un de ses professeurs (27) pour créer le personnage de Sherlock Holmes. Doyle était médecin et oui, comme ce cher docteur Watson. Il avait étudié la médecine après être sorti agnostique des écoles catholiques de son enfance … yep, un agnostique convaincu, un homme croyant que la science peut résoudre toutes les énigmes humaines et pourtant … pourtant Doyle s'est consacré corps et âmes au spiritisme, écrivant plusieurs ouvrages dans lesquels il prétendait pouvoir prouver l'existence de la vie après la mort ainsi que la possibilité de communiquer avec l'au-delà. Et tu sais ce qui a été le « déclencheur » de cette … passion ?

Colby hocha juste la tête.

- La mort de sa femme et de plusieurs de ses proches et amis (28).

David posa la main sur l'épaule de Colby.

- Lorsque l'on perd quelqu'un, quelqu'un qui nous est cher, parfois … David haussa les épaules. Nous aimerions croire qu'il ou elle, est toujours là, à nos côtés, ou bien que nous pouvons lui parler, lui dire les mots que nous avons été incapable de prononcer de son vivant.

David savait que Colby avait vécu des heures difficiles en Afghanistan. Il avait même utilisé son expérience personnelle pour aider Charlie lorsque ce dernier avait fait l'objet d'une agression (29). Qui avait-il pu perdre pour penser que --

- Merde ! s'écria soudain Colby, interrompant les pensées de David.

Colby ressemblait à ces personnages de dessins animés et David aurait pu jurer que la proverbiale petite ampoule s'allumant dans une bulle au dessus de la tête des cartoons venait aussi de clignoter dans le cerveau de Colby.

Colby sortit en trombe de la pièce et entra, toujours en mode cyclone, dans la salle où se trouvait Mégane et Kraft. Ignorant ce dernier, et fixant Mégane droit dans les yeux, il annonça sans sourciller :

- Je crois que je sais pourquoi Charlie a été enlevé.


Charlie se leva et planta la chaise entre lui et Simmons. Son geste lui sembla un peu pathétique, comme si une simple chaise pouvait le protéger ! Ok, elle ne pouvait peut-être pas agir comme une protection mais au moins elle pouvait lui servir d'arme : si Simmons faisait mine d'avancer vers lui, elle allait se prendre la chaise en pleine figure.

Simmons n'avait pas beaucoup changé. Ses cheveux étaient désormais coupés très courts, à la garçonne, lui donnant un air plus jeune. Elle semblait aussi avoir profité de sa petite cavale pour jouer les bodybuildeuses. Ses bras étaient bien plus musclés que ne s'en souvenait Charlie, d'un autre côté, il l'avait toujours vu vêtue de sa blouse blanche. S'il fallait qu'il soit honnête, il dirait que oui, physiquement, Simmons avait changé, son look était différent. Mais ce qui était resté identique c'était l'éclair qui brillait dans ses yeux. C'était la même petite flamme de folie qui avait brillé dans le regard de la jeune femme lorsqu'elle avait essayé de le tuer il y avait de cela quelques mois.

- Et bien Charlie, tu es bien silencieux. Rien à dire ? Pas même un petit bonjour.

Elle éclata de rire.

Yep, pas à dire, pensa Charlie, il y avait une chose qui n'avait pas changé : cette femme était toujours indéniablement folle à lier.

- Tu sais, j'ai beaucoup pensé à toi pendant toutes ses semaines d'exil.

Exil ? Elle prononçait le mot comme si elle était un de ces malheureux persécutés pour ses idées. Comme si c'était lui le coupable.

- Oui, j'ai vraiment beaucoup pensé à toi … à la manière dont je pourrais de faire souffrir comme je souffrais, loin de mes proches, de mes amis. Seule.

Simmons faisait le tour de la pièce, sans approcher Charlie. Ce dernier tournait en même temps qu'elle, maintenant la chaise entre eux deux. Il ne lui manquait plus qu'un fouet pour avoir l'air d'un de ses dompteurs de fauve. Quoique ces derniers soient généralement vêtus d'un smoking leur donnant un air régalien et non d'une chemise de nuit blanche et – dernière des petites ignominies que Charlie avait découvertes – légèrement transparente (ce qui était de toute manière toujours trop transparent au goût de Charlie). Simmons quant à elle était vraiment parfaite dans le rôle du fauve et Charlie s'attendait à tout instant à la voir lui sauter à la gorge et finir ainsi ce qu'elle avait commencé plusieurs mois auparavant.

- Et donc, je me suis mise à réfléchir à la manière dont je pourrais te faire partager ma vie, continuait Simmons.

QUOI ! Là, Charlie marqua un temps d'arrêt. Partager sa vie … elle ne pensait quand même pas qu'il allait --

Simmons éclata de rire.

- OhMonDieu, Charlie si tu pouvais voir ta tête ! Comment peut-on être à la fois si intelligent et si … si naïf ! Certains diraient sans doute innocent. Je voulais dire qu'il était temps que le grand Charlie Eppes sache ce que c'était d'être seul, de vivre comme un reclus, de ne plus pouvoir compter sur personne. De vivre exactement l'enfer que j'ai vécu.

Oh, pensa Charlie, étrangement soulagé.

- Si j'avais tout perdu … mon amant, ma famille, mes amis, mon boulot … il n'y avait aucune raison que toi, cracha t-elle, tu aies tout.

Charlie pâlit lorsqu'il compris où Simmons voulait en venir. Cette dernière le remarqua immédiatement.

- Et oui Charlie, j'avais dans l'idée de tout t'enlever … famille, amis, boulot, petite amie … et en fait, j'avais déjà commencé.

- Non … murmura Charlie complètement dévasté.

Simmons lui sourit et se mit à avancer vers lui.

- Je te connais bien tu sais, après tout, j'ai été ton médecin pendant un certain temps. Et je me suis dit que pour commencer, il fallait frapper fort, frapper là où ça ferait le plus de mal. Après, il serait facile de te détruire, cela viendrait tout seul, un peu comme un bâtiment qui s'écroule parce que ses bases sont compromises.

Charlie avait lâché la chaise et reculait. Son dos heurta le mur.

- Et j'ai réfléchis … quelles sont tes « bases » Charlie ? Qui tient lieu de fondations au grand Professeur Charles Eppes ? Qui Charlie, hein ? Qui ?

Charlie glissa le long du mur. Simmons le suivit, sans le toucher. Elle s'agenouilla devant lui.

- Et oui, le non moins flamboyant Donald Eppes, agent du FBI, un des meilleurs si on doit en croire l'incroyable taux d'affaires résolues depuis qu'il a en charge l'unité des crimes violents de L.A. Le grand frère aimant et protecteur. Saboter sa voiture a été un peu compliqué. Disons que maintenant, je pourrais sans aucun doute me recycler dans une carrière de mécano. Lorsque j'ai vu le reportage de cet incroyable accident de voitures et que le nom de Eppes a été prononcé, j'ai vraiment cru que ça y'était, tu sais, j'ai vraiment cru que j'avais atteint mon but. Je pensais ensuite passer à ta petite amie et à cet abruti qui t'accompagne partout comme un petit chien, Fleinhardt. J'aurais fini par ton cher papa. Yep, le dernier élément de la charpente, celui qui cimente le reste de ta vie, n'est-ce pas. C'est sans doute pour ça que tu vis toujours avec lui, non ?

Simmons se releva et alla chercher la chaise qui se trouvait toujours au beau milieu de la pièce. Elle la posa devant Charlie et s'installa à califourchon dessus. Bras sur le dos de la chaise, menton posé sur ses mains, elle examinait Charlie.

- Mais bien sûr, la chance t'a encore souri … d'un autre côté, je ne suis pas sûre que l'annonce de ta mort dans un accident de voiture m'aurait suffit. Et puis, ce qui a suivi a juste été … grandiose.

Simmons laissa échapper un petit gloussement.

- Ne voilà t-il pas que, selon les rumeurs, tu serais capable de ressusciter les morts. De ce que je sais de l'accident, cette gamine était morte avant même d'avoir touché le sol. On peut respirer et être déjà mort, un peu comme ces pauvres gens atteints du SIDA. Des morts en sursis … et d'après ce qu'Helen – oh, j'ai oublié de te dire, je connais bien Helen, elle a travaillé un certain temps dans mon service avant de rejoindre Cédar Sinaï – c'était exactement ce qu'était la petite Denise, une morte en sursis. Et ne voilà t-il pas qu'entre tes mains, elle repasse du côté des vivants ! Helen était extatique, ça je peux te le dire … Sacrée Helen, passionnée depuis toujours par le paranormal. Une sombre histoire de famille, son arrière grand-père je crois, on dit que son esprit hante toujours la maison familiale à Charleston. Il a été assassiné par l'amant de sa femme. Le type l'a décapité, a pendu le corps par les pieds et planqué la tête quelque part. Personne ne l'a jamais retrouvée. Après sa mort, sa femme est devenue folle. Apparemment, son défunt mari venait la hanter la nuit … du moins une partie de lui, son corps : il venait réclamer sa tête.

Elle éclata de rire.

- Bien sûr, la femme adultère et son amant ont été exécutés mais ce brave monsieur n'a jamais dévoilé où se trouvait la tête, alors grand-père Tinsdalle continue à errer dans la propriété à sa recherche … J'adore ce genre d'histoire !

Simmons tendit la main vers le visage de Charlie. Elle écarta délicatement une des boucles de cheveux tombées sur son front et la ramena derrière l'oreille de Charlie. Ce dernier frémit mais ne bougea pas.

- Helen est un membre éminent de l'Eglise Spiritualiste. Hum, son église se trouve sur Lexington Avenue, le Spiritualist Center of Hollywood Center Church (30), tout un programme non ? Elle est vraiment très au point, je veux dire, les séances de spiritisme n'ont aucun secret pour elle. C'est un médium accompli … et c'est elle qui tiendra la séance de ce soir.

Au mot de « séance », Charlie releva la tête.

- Aaaaaah, une réaction, enfin. Et oui Charlie, ce soir, c'est séance de spiritisme. Tous sont là pour ça tu sais. C'est Helen qui en a eu l'idée, enfin, presque, disons que je lui ai dit ce que je pensais de toi … plus exactement de ton cerveau. J'ai pris tellement d'IRM et de scanner lorsque tu avais ces terribles maux de tête, tu te rappelles, hein ?

Oh que oui Charlie s'en rappelait. Il se rappelait aussi que les dites migraines avaient été causées par les produits que Simmons lui avait prescrits.

- J'ai donné à Helen mon … interprétation, toute personnelle je dois bien l'avouer, de ton dernier scanner. Une activité cérébrale hors du commun, inhabituelle en fait, bref, inexplicable. Elle a tout de suite été très intéressée. C'est curieux comment les gens peuvent oublier que vous êtes un criminel recherché lorsque vous leur dites exactement ce qu'ils veulent entendre, non ?

Simmons se leva de la chaise et la reposa au centre de la pièce. Elle épousseta distraitement son jean.

- Le reste n'a pas été très difficile. Convaincre ces jeunes sans cervelle fut un jeu d'enfant. Et dire que c'est ça la relève, quelle plaisanterie ! Pas un neurone en vue dans ces charmantes têtes blondes, crois moi. Pour le reste …

Simmons se tourna vers Charlie qui était toujours assis par terre, adossé contre le mur.

- Pour le reste, je dois remercier le hasard. Lorsque Karen nous a appelés cet après midi pour nous dire qu'ils t'accompagnaient dans un parking nous avons décidé de passer à l'action. Quelle ne fut pas notre surprise d'y trouver Don ! Et voilà les deux frères enfin réunis pour faire face ensemble à l'adversité, alalala, comme c'est --

- Laissez le partir, lâcha soudain Charlie, la voix tremblante.

- Ooooooh mais il parle, miracle ! Moqua Simmons puis elle se mit à rire. Le laisser partir ? Pour qu'il rate le spectacle ? Pas question. D'autant qu'il en est un des acteurs principaux …

Elle se pencha à nouveau vers Charlie.

- Je n'ai pas changé mes plans tu sais. Ce soir, tes fondations s'effondrent …

Charlie leva les yeux vers elle.

- Ooooooh, ne pleure pas !

Simmons essuya une des larmes silencieuses qui coulait sur les joues de Charlie.

- Et oui, ce soir, ton grand frère va mourir. Et tu sais quoi ? Ce sera de ta faute … Helen t'a prévenu. Où tu obéis, où tu payes le prix, enfin, où Don paye le prix. Et quelque chose me dit que tu ne vas pas réussir à, Simmons prit un air dramatique, réveiller les morts.

Elle éclata de rire et se releva.

- Allez, à tout à l'heure Charlie.

Puis elle sortit de la pièce, laissant Charlie seul. Il releva ses jambes contre sa poitrine et laissa éclater les sanglots qu'il avait ravalés pendant le petit soliloque de Simmons.


- Nous avons donc un médium, je veux dire Charlie que tout le monde prend pour un médium, des corps volés et une gamine « ressuscitée » si on doit en croire nos amis journalistes à sensation. CQFD ! Lança Colby, un air excité sur le visage.

- CQFD !? Mon pote, je crois définitivement que tu as passé un peu trop de temps en compagnie de Charlie … je parle du scientifique pas du médium, répliqua David qui était assis dans la salle de réunion.

- Peut-être mais pour la clarté des explications, il a encore beaucoup à apprendre notre jeune padawan, ajouta Mégane qui se trouvait installée près de lui.

Les deux fixaient Colby qui essayait de leur expliquer sa théorie. Sans grand succès, il fallait bien le dire. Colby dernier leva les yeux au ciel. Ok, ils voulaient des explications, ils allaient en avoir. Il prit un des feutres de Charlie et commença à gribouiller sur le tableau.

- C'est pourtant simple, tout est lié. Charlie serait devenu, si on en croit certains tabloïds, un médium, du moins, il aurait certains pouvoirs … je suppose que son incroyable intelligence, doublée du fait qu'il soit le seul à avoir échappé à la mort entre les mains d'un psychopathe, je veux dire de deux psychopathes, les as persuadés de ce fait. Et la cerise sur le gâteau, c'est bien entendu ce qui s'est passé sur l'autoroute : cette gamine est morte dans ses bras, juste pour y revivre quelques minutes plus tard.

Colby dessina un ensemble dans lequel il écrivit ces faits, puis il étiqueta l'ensemble A.

- A côté de ça, nous avons, quelques jours après l'accident, le vol de deux corps. Un vol réussi, celui de Lorie Newkirk, décédée sur place, et celui, raté, de Marcus Diller, décédé lui aussi sur place. Qu'est-ce qui les lie ? Rien, si ce n'est ce foutu accident de la route dans lequel ils ont trouvé la mort. Et leur famille : des familles en deuil …

Cette fois, l'ensemble fut étiqueté B.

- Et nous avons, aujourd'hui, la disparition de notre médium, je veux dire Charlie.

Un C fut placé dans le dernier ensemble.

Colby griffonna un signe « plus » entre l'ensemble A et B, puis un signe « égal » entre le B et le C puis il s'éloigna du tableau l'air satisfait.

- Leur famille a récupéré les corps de Lorie Newkirk et de Marcus dans le but que Charlie les ramène à la vie. A plus B égal C.

Devant lui, ses co-équipiers fixaient le tableau. David secoua la tête et fit une petite grimace.

- Ok, partenaire, tes démonstrations sont … euh, disons que tu as un style à part, très différent de Charlie.

- CQFD, précisa Mégane. Ca se tient plutôt bien. On peut penser que Charlie était avec Don à ce moment là. Il devait jouer le chauffeur et ils les ont enlevés tous les deux. Je vais voir du côté des deux familles ce que ça donne. Je vais aussi interroger Kraft, on ne sait jamais …

Mégane se leva et sortit du bureau. Colby continuait à fixer le tableau, un air satisfait sur le visage.

- Ouais, dit David, mais tout ça n'explique pas le sabotage dont la voiture de Don a été victime. Tu as une théorie là-dessus Professeur ?

Colby haussa les épaules et posa son crayon.

- Hey, je débute ok ? Tu ne peux pas exiger que j'aie les réponses à tout la première fois.

- Aaaaah mais maintenant que je te connais ces talents de --

David fut interrompu par le retour de Mégane. Elle posa deux feuilles de dessin et un dossier sur la table.

- Je crois que maintenant, nous pouvons dire avec certitude que l'hypothèse de Colby est la bonne.

David et Colby se penchèrent sur le dessin. Trois personnes y étaient représentées, deux hommes et une femme.

Mégane sortit deux photos du dossier et les posa sur le dessin.

- Voici Eric Newkirk et Kevin Diller, respectivement frères de Lorie Newkirk et de Marcus Diller.

Les dessins étaient des copies fidèles des deux jeunes gens.

- Kraft dit que ces trois personnes étaient sur le campus cet après-midi. Avec Charlie. Il serait parti en les laissant ensemble, précisa Mégane.


Don grelottait. Il serra la couverture contre lui. Ok, ils étaient à L.A. mais c'était bien ça le problème. Au bout de quelques années, votre corps s'habituait aux températures élevées et dès que le thermomètre tombait en dessous de 10 degrés, c'était la glacière.

Et être enfermé dans le coffre d'une voiture en plein mois de février, c'était vraiment, vraiment comme être dans une glacière. Avec l'impression d'enfermement en prime. Cool, non ?

Don avait arrêté depuis un bon moment de frapper le toit de sa prison. Il préférait garder ses forces pour le moment où ce foutu coffre s'ouvrirait.

Ouais, tu parles, comme s'il avait la moindre chance. Ses muscles étaient complètement endoloris. Mais le pire, le pire c'était que si le froid avait paralysé son corps, il n'en était rien pour son cerveau. Ce dernier rejouait les évènements de ma journée, encore et encore, élaborant scénarii catastrophe sur scénarii catastrophe.

Don ferma les yeux.

Charlie.

Où l'avaient emmené ces gens ? Que lui voulaient-ils ? Et s'il était -- non. Stop. Charlie était vivant. Vivant.

Et Don allait faire payer à Tinsdalle --

Le cliquetis de la serrure du coffre interrompit les pensées de vengeance de Don. Cette fois, ce ne fut pas la lumière du soleil qui l'éblouit mais celle du faisceau d'une lampe électrique.

- C'est l'heure, dit juste le gamin qui se tenait là. Allez, debout !

Le gamin l'aida à se hisser hors du coffre. Une fois debout, il lui fallut quelques minutes pour trouver son équilibre. Oh oui, il avait toutes ses chances contre ses geôliers ! Il avait l'impression d'être un de ces petits vieux ayant besoin d'un déambulateur.

- Allez, magne toi, on n'a pas toute la nuit ! Le pressa le gamin en le poussant vers la porte d'un large bâtiment, vraisemblablement un --

Et là le cerveau de Don stoppa net. Il venait de reconnaître l'entrepôt. Il avait passé des heures à le passer au peigne fin, des heures à chercher le corps d'une jeune femme.

OhMondieu, ils étaient dans l'entrepôt ou Korkula avait été tuée, ce qui signifiait que --

- Bonsoir Don, fit la voix enjouée de Cheryl Simmons. Nous n'attendions plus que vous pour commencer.


Mégane raccrocha le téléphone et se tourna vers David et Colby.

- Un point supplémentaire pour notre futur Jedi, annonça t-elle. Le père d'Eric dit qu'il ignore où se trouve son fils. Il est parti avec un ami, son signalement correspond à celui de Kevin Diller, quant à la fille, son signalement colle avec celui d'une Karen Keller, 13 ans et demi … la meilleure amie de Lorie.

- 13 ans et demi ! S'exclama Colby. Mais elle en fait facilement cinq de plus !

- Hey, partenaire, retiens cette règle, au cas où, le taquina David, toujours demander à voir leur carte d'identité avant de leur offrir un verre.

Colby lui jeta un regard noir et se tourna vers Mégane.

- Ok, il ne nous reste plus qu'à trouver où comptent se réunir nos amis pour leur petite séance de tables tournantes.

- Je crois que je peux vous aider avec ça, fit Kraft qui se tenait dans l'embrasure de la salle de réunion, son carnet à dessin à la main.


Simmons avait changé. Elle avait presque l'air insouciant. Un peu comme une ado se rendant à sa première surprise partie. Elle babillait. Yep, la femme qui avait purement et simplement éviscéré sa rivale avant de l'enterrer dans son jardin (juste sous la fenêtre de sa chambre si les souvenirs de Don étaient exacts) comme s'il s'agissait d'un animal familier, babillait.

- … ce sera parfait, vous ne croyez pas ?

Euh, que pouvait bien répondre Don à ça ?

Simmons lui avait expliqué ce qu'il faisait tous là ce soir et le rôle que Charlie allait jouer dans ce qu'elle appelait son « petit spectacle ». C'est en revanche Tinsdalle qui lui avait expliqué quel serait son rôle à lui : une monnaie d'échange, non, plus exactement, une monnaie de chantage. Où Charlie suivait ses directives où … Don avait senti la rage monter en lui. Une rage qui l'avait réchauffé plus vite qu'aucun grog n'aurait pu le faire et ne l'avait pas vraiment quitté depuis.

Don avait suivi le gamin, un certain Kevin, et Simmons à l'intérieur du bâtiment. Tinsdalle les y attendait et apparemment, ce soir c'était soirée déguisement. Helen Tinsdalle était vêtue d'une longue robe blanche aux allures médiévales. Elle avait relevé ses cheveux en chignon retenu par une multitude de petites barrettes et autres fantaisies capillaires scintillantes. Elle aurait fait merveille à Fondcombe, avait pensé Don. Cette fille était plutôt jolie, yep, une fort jolie criminelle. Peut-être aussi une fort jolie folle.

Il avait demandé où se trouvait Charlie et bien entendu, personne ne lui avait répondu. Kevin l'avait obligé à s'asseoir dans un coin, après avoir pris le soin de l'attacher à une vieille conduite d'eau. La conduite fuyait ce qui faisait que maintenant il était non seulement gelé mais aussi mouillé. Cette soirée s'annonçait de plus en plus sympathique.

Ils l'avaient laissé seul un petit moment, et lorsqu'ils étaient revenus, Kevin poussait devant lui une civière et l'installa au centre de la pièce. L'estomac de Don fit un petit flip flop. Pas besoin d'être médium pour deviner ce qui se trouvait sous le drap, ou plus exactement qui. Kevin avait remarqué qu'il observait la civière.

- On commence par elle mais après … après on ira chercher mon frère. Vous devez comprendre ça, non ? Qu'un frère veuille sauver et bien, son frère, ou sa sœur.

Frère ou sœur … et Don avait compris qui était Kevin. Il se rappelait vaguement avoir lu que Marcus Diller laissait derrière lui un petit frère.

Et maintenant, Don écoutait Simmons lui raconter en long et en large comment elle avait prévu de le tuer, après avoir échoué dans sa première tentative (il faudrait que Don félicite Mégane, elle avait eu raison sur le coup du sabotage, c'était bien lui qui avait été visé après tout).

- … plutôt ironique, non ? Le professeur Charles Eppes, le champion de la pensée cartésienne, l'homme qui a été jusqu'à poser l'amitié en équations devenu une icône du spiritisme. Et le plus drôle, c'est que c'est son amour des mathématiques, son incroyable incapacité à accepter le, et bien disons, le surnaturel, à tout le moins, le non scientifiquement explicable, qui va être la cause de la mort de son grand frère.

Non, Don ne trouvait pas ça particulièrement drôle.

- Je comprends qu'Edgewood vous ai rejetée, lâcha t-il. Un seul regard et on voit immédiatement ce qui cloche chez vous … votre âme, ou plus exactement sa totale absence.

Simmons fit volte face et fut sur lui en un instant, lui crachant pratiquement dessus. Les coups se mirent à pleuvoir sur lui mais attaché au conduit il ne pouvait pas faire grand-chose pour y échapper.

- Taisez vous ! Comment est-ce que vous pouvez me juger, vous … vous espèce de pathétique --

- CHERYL ! Cheryl, non, laisse le !

Helen Tinsdalle agrippa Simmons par le bras et se prit elle-même un coup au plexus avant que Simmons ne finisse par lâcher prise. Simmons se leva et tel un automate sortit de la pièce, arrivée à la porte elle lança, sa voix emplie de venin :

- Je serai la dernière chose que vous verrez Eppes.

Et avec cette phrase cryptique et au combien rassurante, Simmons claqua la porte derrière elle.

Don et Helen restèrent un long moment à fixer la porte. Helen se ressaisit la première.

- Il … il ne faut pas écouter tout ce qu'elle dit, elle est … un peu troublée.

Don (qui essayait de masser son menton endolori par sa rencontre avec le genou de Simmons) émit un petit rire sarcastique.

- Ouais, troublée … comme seul un psychopathe peut l'être. Bon sang Helen, vous savez ce dont elle est capable ! Jusqu'où êtes vous prête à aller ? Hein, jusqu'où ? Jusqu'au meurtre ?

Helen secoua la tête. Ce que venait de dire – et de faire – Simmons l'avait visiblement ébranlée.

- Helen, nous ne sommes pas vos ennemis. Charlie n'est pas votre ennemi, il --

Don comprit immédiatement qu'il avait commis une erreur en prononçant le prénom de Charlie. Les traits d'Helen se durcirent immédiatement. Elle se releva, un air déterminé sur le visage.

- Elle ne vous fera rien, je vous en fais la promesse mais cela ne change rien à ce qui va se passer ce soir, à ce qui doit se passer.

Elle sortit à son tour laissant Don seul en compagnie du corps de Lorie Newkirk.


- OUCH !!!!!! Nondedieudenondedieudemerde,marmonna Don.

Ca faisait mal. Il tira une dernière fois sur ses liens puis abandonna. Tout ce qu'il avait réussi à faire, ç'avait été de faire saigner ses poignets. Ce qui faisait que maintenant il était complètement trempé, gelé ET en sang. Il jeta un rapide coup d'œil à sa montre et soupira. Cela faisait maintenant plus d'une heure depuis qu'il avait eu cette passionnante conversation avec ces demoiselles et depuis, il essayait de se libérer de ces saloperies de cordes, sans grand succès, il devait bien se l'avouer.

Il posa son front sur le mur devant lui. Il devait réfléchir, se concentrer sur une --

Clac.

Les lumières s'étaient toutes éteintes, plongeant Don dans le noir.

Ooooo-kay, qu'est-ce qui allait se passer maintenant ? Avec un peu de chance, toute une batterie de gentils GI Joe allaient débarquer et les sauver des griffes de ses fous furieux, pensa Don.

Malheureusement, ce ne furent pas des agents du SWAT (31) qui entrèrent dans la pièce.

A suivre …

(27) Le personnage de Sherlock Holmes doit beaucoup au docteur et professeur en chirurgie Joseph Bell, dont les déductions étonnantes sur les patients et leurs maladies impressionnaient Doyle.

(28) Sa femme, Louisa, meurt en 1906, suivie de son fils, de son frère, de ses deux beaux-frères, ainsi que ses deux neveux ! Doyle sombre alors dans une profonde dépression, il ne s'en sort que grâce à l'espoir que fait renaître en lui le Spiritisme et l'Occultisme, mouvements qui défendent, notamment, l'idée d'une vie après la mort.

(29) 411, A bout de souffle.

(30) Vous me connaissez, j'aime bien faire des recherches, histoire que mes fics soient le plus crédibles possible et bien, ce centre existe bel et bien ainsi que trois autres rien qu'à LA.

(31) SWAT, acronyme pour Spécial Weapons And Tactics, équivalent de notre GIGN français. Ce terme désigne les unité de police d'élite des différetnes forces de police des Etats-Unis.