Bonjour les gens ! Tout d'abord, désolé de mon retard, j'ai beaucoup de révisions ces temps-ci pour le BAC, et puis il ça m'a pris un peu de temps pour pouvoir faire vérifier le chapitre à Izumy^^'. Bref, je vous sors toute notre litanie habituelle : MERCI à tous nos reviewer, merci de nous soutenir encore et toujours, même si cette histoire touche sérieusement à sa fin. C'est aujourd'hui probablement l'avant dernier chapitre, d'ailleurs (patapé...).

Là dessus, je vous souhaite une bonne lecture, en espérant que ce chapitre pas franchement revigorant vous plaira ! ;)

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Chapitre 23

Désespoir

--POV Edward--

Mort. Envy mort. C'était impensable, et pourtant le regard glacé de Lust face à moi ne me mentait pas. Je m'étais accroché à mes espoirs, j'avais cru qu'en forçant l'homonculus, j'allais pouvoir lui faire dire où était mon amant, et réussir à le sortir de cette impasse. Mais en vain. Il était mort, abattu par je ne savais quoi, je ne savais où. Il m'avait abandonné, pour de vrai, cette fois, et jamais je ne le révérais.

Un jour, peut-être deux, ou même trois s'écoulèrent après cette tragique nouvelle. Je ne mangeais plus, ne parlais plus, sauf pour déblatérer un flot d'explications sur l'Alchimie sans queue ni tête à mes élèves inquiets. Plus d'une fois, je me surpris plongé dans un silence morbide, les yeux dans le vague, vide d'expression, puisque vide de joie de vivre. Alphonse était encore le seul capable de me redonner vie, soufflant doucement des mots réconfortants, qui, sur le moment, me faisaient du bien. Mais dès qu'il avait le malheur de s'éloigner, je sombrais à nouveau dans cette déprime léthargique qui me rendait inapte à tous mouvements, qui m'éloignait d'un monde où le souvenir d'Envy se faisait trop présent.

Tout autour de moi me liait à lui. De la poignée de porte qu'il avait je ne savais combien de fois enclenchée pour me dire/faire quelque chose, jusqu'à la chaise de bar sur laquelle j'étais assis le jour où il m'avait embrassé pour la première fois. Et puis sa place, en cours, vide, éternellement vide, à jamais vide. Plus jamais je n'aurais le loisir de recroiser son regard, de lui envoyer un discret sourire complice, d'en recevoir un plus immense en retour. Plus jamais je n'aurais l'occasion de le toucher, de le sentir, d'admirer ses traits parfaits, de plonger mes iris dans les siens, de m'endormir au son de sa voix, de mourir au creux de ses bras. Plus jamais je n'aurais droit à ses sarcasmes agaçants, à ses remarques désobligeantes, à ses ordres incongrues, et à son rire cristallin qui m'envoutait de bonheur. D'ailleurs, plus jamais je n'aurais droit au bonheur. Maintenant que la seule personne qui avait réussi à me sortir de l'Enfer qu'était ma vie depuis mes onze ans était morte, je replongeais dans un désespoir déterminé, dans un chaos silencieux que personne ne comprenait.

- Ed, vient manger. Suis-moi, s'il te plait.

C'était Al, mon petit frère, la chose que j'avais réduis à néant et dont je ne m'occupais plus. Il était l'être le plus responsable, le plus droit et le plus gentil que la Terre aie portée, et je ne le méritais pas, moi, imbécile d'Alchimiste aveugle et sourd à ses appels.

Il m'entraina par la main, me soutenant presque, mes jambes ankylosées par le poids de mon âme déchirée trop lourde pour mon corps. Chancelant, je sentis à peine le métal froid de l'armure lorsqu'Al décida de me porter, et je ne fis pas non plus attention aux rires, chuchotis, commentaires qui accompagnaient mon arrivée à la cantine. Je fus posé sur une chaise, devant un plateau qui me donnait la nausée plutôt que l'appétit.

- Tu dois manger, Ed, chuchota une voix féminine, à ma droite – la voix de Winry.

Je ne répondis pas, déconnecté de cette réalité douloureuse.

- Mais qu'est-ce qui lui arrive, au p'tit ? demanda Harold, de sa grosse voix bourrue, en m'assénant une violente tape dans le dos que je sentis à peine.

- Je crois que c'est à cause d'Ery Bell… Il est absent depuis plus de trois jours, maintenant.

Cette voix là, c'était celle de Ranfan, douce et hésitante. S'en suivit un léger silence tendu, attendant une quelconque réaction de ma part. Cependant, je ne bougeai pas, toujours inerte devant mon assiette écœurante. Finalement, ils conclurent sans doute que, de toute façon, je n'étais pas motivé pour m'expliquer ou me défendre, et ils continuèrent sur leur lancée comme si je n'étais pas là.

- Je… je ne comprends pas bien… Qu'est-ce qu'il y avait entre eux deux pour qu'il réagisse comme ça ? demanda Lin, sérieux – pour une fois.

Sans même y prêter attention, sans même le voir, je sentis la nervosité d'Al et Winry monter en flèche, aussi clairement que si elle m'avait transpercée moi aussi.

- Je l'ignore. Ils semblaient se détester, au début, pourtant…, souffla la Vieille.

- Enfin, tout le monde a bien vu qu'ils s'étaient beaucoup rapprochés, pendant ces trois mois, répliqua Ranfan.

- Pourtant Ery est quelqu'un de très difficile à cerner…, ajouta Lin. Et puis avec Lux, Sofia et leur bande, ils sont vraiment… à part. Déjà, leur problème d'Alchimie est étrange, mais en plus, malgré le temps qu'ils ont passé ici – ça fait quoi… six ans ? – ils semblent ne pas avoir vieillit d'un poil. Ils sont vraiment bizarres. Moi, je ne regrette pas trop qu'ils soient partit…

- C'est parce que Ery et Gabriel te mettaient toujours la pâtée pendant les combats, ricana Ranfan.

- Faux ! Archi faux ! répliqua vivement le Xinois, tandis que des rictus moqueurs s'élevaient de toute la table, excepté de ma place.

Les conversations dévièrent enfin, et on m'oublia, moi et mon assiette pleine. Du moins, les autres m'oublièrent. Al, lui, resta attentif à chacun de mes micros-mouvements, qui, de toute manière, ne consistaient qu'en l'infatigable besoin de respirer. A la fin du repas, tout le monde se leva, s'éparpilla un peu partout, se souhaitèrent bonne nuit… Certain me donnèrent quelques tapes sur la tête que je ne remarquait que trente seconde plus tard, d'autres s'arrêtaient un instant devant mon cas désespéré, puis repartaient, sans un mot. Au final, il ne restait plus que Winry et Al, mes éternels acolytes.

- Qu'est-ce qu'on fait ? Il maigrit à vu d'œil, et on doit le forcer pour qu'il daigne ne serait-ce que boire de l'eau. Tu crois qu'on doit appeler un médecin ?

Al ne répondit pas immédiatement, tandis que mon esprit vagabondait quelque part au dessus de nous, se protégeant des douleurs de la vie comme il le pouvait. Mon corps, resté en bas, se complaisait bien à ne plus émettre aucun signe de vie, si ce n'est que mon cœur battait toujours, que mes poumons se remplissaient d'air sans arrêt, et que mes yeux humides et tirés par les cernes battaient des paupières de temps à autre.

- Il a besoin de repos.

- Il a besoin de se faire soigner ! Il a la tête de celui qui va pas tarder à se suicider !

A ces mots, mon cœur se serra, mais mon visage ne retranscrit rien, chaque parcelle de moi-même déconnectée du reste du monde. Le suicide… la mort… Envy… Deux concepts, qui rejoignaient l'entité de mes nuits, aujourd'hui disparue. Il me suffisait donc de mettre un pied dans la mort pour rejoindre l'homonculus. Si je mourais à mon tour, nous serions réunis, car j'irais au même endroit que lui, nous serions ensemble pour l'éternité.

- Ed ne ferait jamais ça, cingla froidement la voix de mon frère, sûr de lui. Il a seulement besoin de repos. Il est fort, et même si je ne sais pas ce qui se passe, il est capable de s'en sortir, car il l'a toujours fait. Il ne nous abandonnera pas.

Imperceptiblement, ma main se serra, seul geste que je fus en mesure d'effectuer pour dessiner la vague de douleur et de culpabilité qui m'envahissait en cet instant. Les bras d'Al me soulevèrent de terre à nouveau, Winry posa doucement sa paume tiède sur mon bras, et nous abandonnèrent la cantine, mon plat intacte, comme moi je me préparais à les abandonner, pour toujours cette fois.

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Al m'avait déposé sur le lit une demi-heure plus tôt, et avait fini par s'en aller, ennuyé de mon silence obstiné, de mes yeux éternellement fixés dans le vide, de mon souffle lent et quasi-imperceptible qui me donnait l'allure d'un mourant. Sans doute qu'il ne supportait pas de me voir ainsi. Alors, il me laissait, il s'isolait, il fuyait la douleur, comme moi je fuyais la mienne. Finalement, nous n'étions, sur certains points, pas si différents. Lui aussi, il était tétanisé par la peur, par la souffrance, car notre traumatisme commun ne nous permettait pas de rester insensibles à ce genre de chose. Lui aussi, il n'avait que moi, il ne comptait que sur moi, il souffrait avec moi car il pensait qu'il pouvait me décharger un peu de ma propre douleur. Après tout, j'avais toujours agis ainsi, avec lui. Je l'épaulais, je recherchais un moyen à tout prix de retrouver son corps, je combattais des psychopathes, j'affrontais l'armée, je l'éloignais de tous danger pour qu'il n'ait pas à subir plus que ce qu'il ne subissait déjà, et ce par ma faute. Je le protégeais, peut-être pour être pardonné. Parce que, après tout, étais-je quelqu'un de si prévoyant ? Etais-je si protecteur envers mon frère, à la base ? Il ne me semblait pas. Avant qu'il ne perde son corps, je n'avais jamais pensé qu'à moi. Je pensais à mon besoin de revoir maman, le besoin de la sentir près de Moi, de sentir que j'avais une famille à Moi. Et m'occuper de mon frère, depuis tout ce temps, était simplement un moyen de me rappeler ce que je lui avais fait, de me faire pardonner, de me raccrocher à tout ce que Moi, pauvre idiot d'égoïste, j'avais détruis. Mais oui, j'étais avare dans l'âme, et si Alphonse n'était pas là, personne autre que Winry, éventuellement, m'importerait. Je vivais pour Moi, toujours Moi, encore Moi.

Cependant, maintenant, il y avait Envy. Et Envy m'obsédait. Envy me hantait. Envy était une partie de moi, que je ne protégeais pas par culpabilité, mais que j'aimais jusqu'à la moelle, jusqu'aux tréfonds de mon âme d'égoïste. Alphonse était mon petit frère, mais ce n'étais pas le même amour, comme j'avais voulu le croire, comme j'avais essayé de m'en persuader, et d'en persuader Envy. C'était de l'amour fraternel, éternellement sincère, et d'une puissance phénoménale. Mais le sentiment que je ressentais pour Envy atteignait, malgré moi, des proportions cataclysmiques, qui arrivaient à me détruire de l'intérieur plus sévèrement encore qu'à la mort de ma mère. Je m'écœurais, je me dégoûtais, je me haïssais, mais je ne pouvais rien faire contre ça. J'aimais Envy, c'était indéniable. Je ne m'en étais jamais aperçu, et ce peut-être parce que je n'avais jamais connu ce genre de sentiment, et parce que je m'étais efforcé de le réduire au plus petit dénominateur pour fuir la culpabilité et les complications. Mais j'étais amoureux de lui, probablement depuis le premier regard, depuis la première réplique cinglante qu'il m'avait lancé à la figure le jour de notre rencontre. Sa beauté, son charisme, sa sensualité, sa vivacité : lui, tout entier, son aura, son âme – bien plus humaine qu'il ne le prétendait – me hantaient sans arrêt, et luter contre ça plus longtemps était inconcevable.

C'est pour cela que, aussi stupides soient ma façon de penser, de réfléchir, d'agir, je ne pu résister plus longtemps à ma douleur lancinante, à la souffrance insupportable qui me tiraillaient de l'intérieur. Mon corps, de lui-même, me fit sortir de la chambre, évita habillement les élèves et professeurs qui n'étaient pas encore rentrés dans leurs appartements, me fis affronter le froid de cette fin de Janvier, et marcha, longtemps, très longtemps, inlassablement. Combien de temps ? Je ne sais pas vraiment. Cependant, un recoin de ma mémoire sembla se souvenir d'où se trouvais le train, où et comment je m'y prenais pour acheter un billet. Puis, cette même parcelle de volonté – piteux résultat de ce qui me restait de conscient – s'arrangea pour me porter jusqu'à un sommet de montagne, que le train gravit sans mal, me déposant près d'un village que je ne connaissais pas. Etais-je déjà venu par ici ? Sûrement pas. Je devais en avoir entendu parler – des chaines de montagnes près d'un désert, c'est pas commun, en même temps. Je ne m'arrêtai pas au village cependant, cherchai plutôt un endroit calme, désert, où je pourrais accomplir ce que j'avais prévu en paix.

Et je le trouvai. C'était immense, imposant, magnifique. Le sol sous mes pieds n'était qu'une vague étendue de fleurs sauvages et d'herbe glacée, et au loin, derrière le précipice de la falaise, des montagnes lumineuses semblaient réfléchir la lumière par leurs pics enneigés, et les sombres forêts de sapins mouchetaient le bas des collines comme d'immenses blocs obscures. Je souris. Cet endroit était parfait.

Mes pieds s'enfonçant doucement dans le feuillage devenu glace, je m'approchai du trou béant qui, à chaque pas supplémentaire, m'attirait à lui avec puissance. C'était ici que j'allais pouvoir rejoindre Envy. Un paysage magnifique, envoutant, que jamais on ne pourrait oublier, pourtant teinté d'un climat aride et de pics tranchants qui s'éparpillaient sur les pentes… C'était doux, sublime, mais dur et glacé. C'était Envy lui-même.

Mes genoux cognèrent le sol, et mes doigts s'accrochèrent doucement aux parois rocheuses du précipice. Il était haut. Très haut. Impressionnant. J'avais l'impression qu'il dansait sauvagement devant mes yeux éblouis et drogués par sa beauté insolente et son charme tentateur. En lui, résidait la porte qui me conduirait à celui que j'aimais ; il me suffisait de basculer vers l'avant pour revoir ce sourire, pour réentendre cette voix, pour toucher ce corps, pour me noyer dans ces yeux. Il me suffisait de tout abandonner, tout mettre de côté, tout oublier. Il suffisait que j'oublie Alphonse, que j'oublie Winry, que j'oublie Pinako, que j'oublie Mustang, que j'oublie ma défunte mère, que j'oublie mon enfoiré de père, que j'oublie tous ces gens qui avaient fois en moi, qui me soutenaient, qui me faisait confiance. Il suffisait que j'oublie ma trahison, il suffisait que je ferme les yeux sur mon nouvel accès d'égoïsme. Il suffisait simplement que j'oublie tout ça, car j'étais incapable de l'oublier lui.

Je fermais les paupières pour calmer les larmes traitresses qui inondaient mes joues, tandis que mon corps s'affaissait sur lui-même, à mesure que des images terrifiantes de mon frère seul, à jamais emprisonné dans sa cage de fer par ma faute, me sautaient à la figures avec la violence sadique d'une vengeance. Mais je ne pouvais plus reculer, j'avais pris ma décision, et quoiqu'il advienne, même si je ne la respectais pas, j'étais condamné à souffrir tout le restant de mes jours. Plus jamais il ne me serait possible de briller, à partir de maintenant. En emmenant Envy, la mort avait aussi détruit le valeureux et incroyable Fullmetal Alchemist, car ce dernier avait perdu tous ses espoirs, tous ses principes, toutes ses valeurs premières devenues cendres à l'intérieur de son cœur meurtrit. J'étais pitoyable, j'en étais conscient. Même Envy, en me voyant ainsi, m'aurait sérieusement envoyé voir ailleurs en m'insultant de tous les noms disgracieux possibles et imaginables. Mais Envy n'était plus là, et c'est ainsi que je me retrouvais dans cette situation.

Désormais debout, face au vide charmeur devant moi, je savourai une dernière fois l'air frais glisser sur ma peau humide, respirai une dernière bouffée d'oxygène, et enfin mon pied fit cet unique pas, ma dernière décision, mon ultime combat.

- ONI-SAN !!

Quelques micros-secondes après cette intervention inattendue, des crépitements électrifiés jaillirent autour de moi, et je m'écrasai au sol piteusement, tandis que ce qui était préalablement le vide sous mes pieds était devenu un nouveau morceau de terre un peu instable. J'eu ensuite à peine le temps de pleinement réaliser ce qui m'arrivait que deux poignes puissantes agrippèrent mes épaules et me tirèrent en arrière. Mon dos cogna contre une masse glacée à l'odeur d'acier, et aussitôt mon cœur se serra, déchiré par ce flux d'émotions, de désespoir.

- Al…

- Ed ! Bordel ! Mais qu'est-ce qui t'a pris ?! Qu'est-ce que tu comptais faire ?! Putain, Ed ! POURQUOI, POURQUOI TU AS FAIS ÇA ?!?!

Sa voix éternellement enfantine raisonnait à l'intérieure de sa carcasse de fer comme des hurlements d'agonie, vibrant autour de moi comme le synonyme d'une profonde tristesse. Cette voix, tout ce qui restait d'humain à mon frère, elle tremblait, elle hurlait à l'angoisse, à la frayeur, à la terreur, et ce par ma faute, comme toujours.

- Al…

De toute évidence, hurler et me serrer contre lui en même temps semblaient au dessus de ses forces, et il préféra s'assurer de ma survie plutôt que de continuer à me briser les tympans. De ce fait, il s'accrocha à moi avec plus de vigueur que jamais et ses genoux métalliques touchèrent terre, les deux fentes qui me dessinaient son regard d'habitude si étincelantes restaient en cet instant éteint par la tristesse. Il murmura mon prénom, étouffé par des sanglots surréalistes, et je réussis à me retourner vers lui pour laisser mécaniquement mes bras entourer sa « nuque ». Nous restâmes ainsi un long moment, mon esprit se vidant de toute parcelle de dignité, laissant mes larmes couler à flot, mes excuses dépasser ma pensée, mes mensonges vaincre ma volonté. Je lui promettais tellement de choses ; je lui promettais d'être là, de rester, à jamais… Je m'excusais, je faisais mine de ne pas comprendre, bien que le vide m'appelait toujours à lui, bien que cette envie, ce besoin de rejoindre Envy ne me quittait pas, me harcelait avec une puissance inexplicable.

C'est au bout de plusieurs minutes que je consentis à relever les yeux, et ma vue brouillée me dessina tout de même la poignante vision de Lust, superbe silhouette qui contrastait furieusement avec la poudreuse alentours. En croisant mon regard, le sien visiblement impatient, un faible sourire illumina son visage intraduisible, et je me redressai, toujours guidé par mon instinct plus que par ma raison.

- Lust ?

Al ne se retourna pas, se contenta de baisser la tête, en silence. Visiblement, il était au courant de sa présence. Elle s'était changée, était maintenant vêtue d'une sulfureuse robe noire qui moulait ses formes aguichantes à la perfection, la marque significative de l'ouroboros placardée au seuil de sa poitrine. Ses lèvres fines et écarlates étaient forgées dans une moue à la fois désespérée et amusée. Ce n'est qu'en cet instant, ce pitoyable instant de profond désespoir, de souffrance perdue, que je comprenais réellement pourquoi elle représentait si bien le pêché de la luxure.

- Eh bien, eh bien, Fullmetal. Tu n'as pas l'air très malin, comme ça.

J'aurais aimé lui répondre immédiatement, mais cela faisait trop de temps que je n'avais pas parlé pour retrouver autant de vigueur que d'habitude. Finalement, j'abandonnais l'idée de l'agressivité et répondis plutôt d'une voix nonchalante, trainante, douloureuse :

- Comme si j'en avais quelque chose à faire. Et puis, je ne suis plus le Fullmetal Alchemist. Tu peux prendre ça et le donner au Colonel Mustang, si t'as le temps.

Mon bras fut étonnamment rapide lorsque je lui balançai ma montre d'argent, mon insigne bien aimée d'Alchimiste d'Etat. Elle le rattrapa mécaniquement, et en moins de deux secondes elle avait forcée la serrure et ouvert le bâtant scintillant. Sans même y jeter un regard, elle le plaça entre deux de ses doigts et lança, sa voix éteinte de toute émotion :

- Et ça, tu l'oublies ?

Sur le moment, je ne compris pas. Mais soudain le soleil vint réfléchir plus précisément sur la montre et un nouveau flot de douleur m'envahit à nouveau, lorsque les mots que j'avais gravés sept ans plus tôt m'apparurent avec gravité. « Don't forget 3 Oct 1910 ». Un message. Mon message, laissé à moi-même, pour m'éviter de sombrer dans des instants comme celui-là. Cependant, son charme n'opérait plus. Celui d'Envy, celui d'un homonculus, celui d'un être même pas humain l'avait vaincu.

- Alors, tu n'en as donc vraiment plus rien à faire ?

Je baissai les yeux, incapable d'acquiescer comme de nier. Devant moi, Al se recroquevilla plus encore sur lui-même, comme poignardé de part en part de la main de son propre frère. Serrant les dents, je retins un haut-le-cœur de dégoût envers moi-même.

- Tu ne peux donc pas vivre sans Envy ? asséna de nouveau Lust, entre assertion et question. Tu ne peux plus rien faire ? Tu deviens inutile ? Tu ne protège plus personne ?

Je songeai qu'elle avait raison, et ne répondis pas. Un rictus machiavélique la secoua, et soudainement ses doigts devinrent d'immenses griffes crochues qui allèrent directement se planter dans le corps de mon frère, et en un instant son casque vola dans les airs pour que la vision d'horreur d'une lame venant chatouiller la marque de sang d'Alphonse me bondisse au visage. Ensuite, je ne contrôlai plus rien. Ni mes hurlements incompréhensibles, ni mes jambes, ni mes bras, ni mon Alchimie. Ce qui est certain, c'est que je la retrouvai après ça une lance de pierre enfoncée dans l'abdomen, contre un énorme tronc d'arbre, des perles de sang glissant de sa bouche enivrante. Je m'arrêtai, ébahis par ma propre impulsivité, tandis que ses rires s'accentuaient et qu'elle s'ôtait elle-même l'arme transmutée, ses doigts redevenus normaux s'affairant plutôt à remettre ses os brisés en place.

Finalement, ce sourire un brin sadique ne la quitta toujours pas lorsqu'elle s'approcha de moi à grands pas, plaçant la montre d'argent à cinq centimètres de nos deux visages.

- Alors, dit-elle en faisant tournoyer l'objet au soleil, tu crois vraiment que tu n'es plus capable de rien, après ce qui vient de se passer ?

Je déglutis difficilement, et elle enchaîna :

- Envy n'a pas besoin d'une loque pour amant. Il n'est pas comme ça, tu le sais, alors sois en digne.

- Envy n'est plus là, je peux me permettre ce genre de comportement, répondis-je froidement. C'est pour le rejoindre que je…

- Si tu veux le retrouver, change, ou je n'accepterais rien.

Je la dévisageai comme si elle était folle, retenant avec peine une incroyable envie meurtrière. Après tout, c'était elle et les siens qui avaient envoyé Envy à l'échafaud ; alors il valait mieux qu'elle la mette en veilleuse si elle ne voulait pas attiser les flammes de la vengeance.

- Qu'est-ce que tu racontes ? Il est mort, alors…

- Pas encore, coupa-t-elle, glaciale.

Cette fois, je cru sérieusement que mon cœur allait déchirer ma poitrine, ou bien me remonter dans la gorge. J'écarquillai les yeux de stupeur et bégayai :

- Que… qu'est-ce que…

- Il n'est pas encore mort. Mais il ne va pas tardé à l'être. Ton frère t'a vu sortir de l'Académie, et il t'a suivit. Moi, j'ai fais de même, parce que je voulais vérifier si tu méritais encore la peine que je me mette en danger pour toi. Je t'ai testé, car Envy ne mérite pas d'être sauvé par un Alchimiste d'Etat suicidaire et dépressif.

- At… attends, tu… tu plaisantes ?

Ma voix partait dans des intonations foncièrement aigues, mais je m'en contrefichais. Dans mon dos, Al se rapprochait, silencieusement. Lust fronça les sourcils et me considéra sévèrement.

- Il s'agit de la vie de mon meilleur ami, de mon frère. Ai-je l'air de plaisanter ?

Je ne su quoi répondre sur le moment, le choc beaucoup trop grand pour que je puisse y croire. Mon esprit, qui vagabondait depuis des jours au dessus de nous, atterris brutalement dans mon corps en me secouant de part en part. Je redécouvrais la panique, je reprenais conscience de ce qui m'entourait, mes sens renaissaient. Je sentais le froid intenable qui nous entourait, je sentais les pointes de côté qui me martelaient l'estomac – dû à mon jeûne lancinant – j'humais l'odeur délicieuse de la montagne, et j'entendais le vent, les feuillages rebelles, les craquements quasi-imperceptibles du bois. Je renaissais, en même temps que l'espoir fou de revoir Envy vivant.

- Mais… pour… POUQUOI TU NE L'AS PAS DIT PLUS TÔT ??!!

Lust sursauta, Al également. Attendez, je ne pouvais pas laisser passer ça sans hurler. Elle s'était littéralement foutue de ma poire, l'autre Barbie !

- Envy m'avait demandé de te dire quelque chose qui t'aurais empêché de venir le retrouver. Mais j'ai jugé utile de te prévenir, en voyant jusqu'où tu es capable d'aller pour le revoir.

- C'ETAIT PAS UNE RAISON ! IL EST P'TET EN TRAIN DE CREVER A L'HEURE QU'IL EST, IDIOTE !

- Mais tu…

- OU EST-IL ?!

- Je ne…

- DIS-MOI !

En vu de son visage déconfit et un brin effrayé, et de l'aura terrifiée qui émanait de l'armure de mon frangin, je devais vraiment faire peur. Après tout, en dressant mentalement un portrait de moi, je devais avoir des cernes de dix kilomètres, un visage creux, des yeux rougit par les larmes, des cheveux sales et mal coiffés… Pas top, en gros. Elle serra les lèvres, et répondit :

- Je ne peux pas te révéler à haute voix où il se trouve. Mais je peux t'y accompagner, à condition que tu garde ta langue par la suite, et que tu te tiennes tranquille.

- Envy est en danger, il lui reste combien de temps ? demandai-je aussitôt, ne prêtant pas attention à ses indications superflues.

Elle soupira, consentit à répondre :

- Pas beaucoup. Il va falloir agir vite et efficacement. Tu te contenteras de me suivre sans tenter quoique ce soit. Est-ce que c'est clair ?

J'hochai la tête, et elle m'adressa un fier sourire. C'est alors qu'elle attrapa ma main et la serra dans la sienne, basculant ma montre d'argent d'une paume à l'autre.

- Alors, faisons équipe, Fullmetal Alchemist.

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Nous fûmes de retour à Lior quelques heures plus tard. Je ne tenais plus en place, et en arrivais au point de ne pas pouvoir rester assis dans le train, comme sans cesse secoué de décharges électriques tonifiantes. Alphonse était resté silencieux tout le trajet, tête baissée sur ses genoux, et je n'avais de cesse de remettre notre prochain affrontement à plus tard dans mon esprit, pour ne pas m'accabler d'un nouvel élan de dégoût envers moi-même.

Arrivés sur le quai, nous allions reprendre la route lorsque Lust s'arrêta et se posta face à Alphonse, le regard glacé d'une détermination menaçante.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda mon frère, qui parlait pour la première fois depuis qu'il m'avait empêché de me suicider.

- Rentre à l'Académie, et informe les autres que le Fullmetal va bien.

- Hors de question, je viens avec vous.

- Non. Tu rentres. Seul Ed m'accompagne.

- Pourquoi ?!

- Parce que tu n'as pas besoin d'assister à ça.

Alphonse se retourna vers moi, silencieux appel à l'aide, mais j'ajoutai doucement :

- Elle a raison. Je refuse qu'il t'arrive quoique ce soit.

Ses poings se serrèrent, mon cœur avec eux.

- Tu es injuste, Ed. Même si tu as choisis Ery, laisse-moi au moins veiller sur toi ! clama-t-il, sa voix frissonnante d'émotion.

Je baissai les yeux, et Lust comprit sans même que je l'en informe qu'elle devait s'éloigner. Elle m'adressa un regard lourd de sous entendus impatients, et je me contentai d'un signe de tête pour lui répondre. Là, désormais seul face à mon frère, je balbutiai ce qu'il m'aurait fallut avouer depuis plusieurs mois :

- Winry avait raison, Al. Je suis tombé amoureux d'Envy… sans doute depuis notre première rencontre. Je ne m'en étais pas aperçu, et je lui ai même mentit, inconsciemment, en affirmant que le choix serait inévitable si j'avais à sauver l'un d'entre vous deux. Mais je me suis voilé la face. Je ne suis rien, sans lui, comme je ne suis rien sans toi. J'étais près à t'abandonner, et… et je suis persuadé que j'aurais abandonné Envy s'il avait fallu que tu meurs toi aussi. Je te demande de me pardonner, Al, car je suis et je resterais quelqu'un d'égoïste, qui ne sait ni métriser ses émotions ni son cœur. Même si… même si je m'en vais aujourd'hui chercher Envy, je te promets de tout remettre en ordre, après ça. Lorsque je serais sûr qu'il ira bien, nous partirons, et je retrouverais ton corps... comme promis.

Il marqua un temps d'arrêt, ses perles argentées me fixant avec plus d'humanité que quelqu'un fait de chair et d'os seraient capable d'avoir. Là, il s'enquit, froid comme la glace :

- Et s'il meurt ? Et si tu échoues ? S'il s'avérait que tu ne le revois jamais ?

Je tressaillis à cette idée, et baissai les yeux face à la réponse.

- Est-ce que tu essayeras à nouveau de te jeter dans le vide ? reprit-il, sa voix chargée de douleur.

Je serrai les poings, tandis que de fines goûtes d'eau roulaient sur mes joues. Puis, aussi honnêtement que possible, je répondis :

- Je ne sais pas, Al. J'en sais rien.

Quelques secondes s'écoulèrent, douloureuses et tyranniques, puis il m'entoura de ses bras d'acier et me sera contre son torse glacé, murmurant doucement :

- Alors, sauve-le, je t'en pris. Si ta propre vie ne tient qu'à lui : sauve-le.

J'enfouis mon visage dans son cou, et des larmes de soulagement et de désespoir glissèrent lentement sur sa carcasse de métal, avant qu'il ne s'éloigne de moi pour rejoindre l'Académie.

- On y va, lançai-je à Lust après l'avoir rejoint, cinglant et déterminé.

Elle m'observa un instant, comme si elle me considérait sérieusement pour la première fois, puis nous reprîmes la route à vive-allure, dans l'espoir de sauver l'être commun le plus cher à nos cœurs.

Comme je lui avais promis, je ne dis rien de tout le trajet. Elle me fit traverser une espèce d'église, puis enclencha un passage secret qui nous offrir toute une étendue d'escaliers plongeant sous la terre. Elle me fit signe de me taire et de la suivre – comme si ce n'était pas ce que je faisais depuis plus d'une demi-heure – et nous dévalâmes les marches avec rapidité, aussi silencieusement que possible. J'étais affreusement anxieux. Mais ce qui me surprenait néanmoins était le fait que je ne craignais absolument pas pour ma vie, comme il aurait été naturel de faire – après tout je m'élançais vers un nie d'homonculus, là – mais je redoutais plutôt ce que j'allais retrouver d'Envy dans quelques instants. Etait-il encore en vie ? Cette question récurrente hurlait dans ma tête, comme amplifiée par un mégaphone, assourdissant mes propres pensés et accélérant mon rythme cardiaque.

Lust me fit parcourir un couloir étroit et particulièrement sombre, d'où provenait des hurlements quelques peu angoissants. Ils me semblaient appartenir à des animaux, mais je n'en étais pas certain. Je frissonnai, et Lust m'ordonna à voix basse à l'angle d'un virage en épingle :

- Débrouille-toi pour faire de la lumière, et dépêche-toi.

J'haussai les sourcils, stupéfait. Avec quoi voulait-elle que je sorte des flammes ? Je ne m'appelais pas Mustang, moi !

- Euh…

- Allez ! Il n'y a aucun moyen de voir là-dedans, et on risque d'être surprit si quelqu'un nous y attend.

Je grimaçai et parcouru des yeux le sol, à la recherche d'une aide quelconque. Je trouvai une espèce de cylindre de fer, et y attachai un morceau de mon t-shirt, préalablement déchiré. Là, je pris une grande inspiration, mis ma fierté de côté, et me concentrai sur le taux de dioxygène, d'eau et de carbone présent dans la pièce, comme un jour mon supérieur m'avait expliqué faire. Après quelques longues secondes d'efforts, le tissu s'enflamma soudainement, illuminant la pièce d'une lumière rassurante. Lust soupira, soulagée mais agacée que j'eus mit tant de temps à m'exécuter. Je n'ajoutai rien, déjà assez humilié de constater mon évidente nullité à créer du feu comparé au Colonel arrogant, puis nous reprîmes la route.

Elle me fit longer des cages vides aux barreaux de fer visiblement surpuissants, et enfin elle s'arrêta devant l'une d'entre elle, ravalant un hoquet de stupeur.

- Il… il n'est plus là…

- Quoi ? m'inquiétai-je.

- Il aurait dû l'enfermer dans cette cage-ci, mais… eh merde ! Suis-moi !

Elle me contourna et fit demi-tour, ses talons hauts claquant sur le sol avec rapidité. Je la suivis, sentant l'aura de panique monter en elle et en moi comme un ras-de-marré particulièrement rapide. Elle m'emmena dans des tonnes de couloirs qu'elle découvrit vide, et alors que nous nous avancions vers une lourde porte de métal, elle m'expliqua :

- Ils ont du prévoir notre intervention, c'est pour ça qu'ils ont enfermé Envy dans un endroit improbable. Prépare-toi, ils sont inévitablement là-dedans.

Sans crier gare, ses doigts s'allongèrent de manière spectaculaire et cinglèrent contre les deux barres de métal, qui s'ouvrirent face à moi avec brutalité. Ce fut à cet instant que mon angoisse se transforma en réelle panique. Devant moi, un être étrange vêtu de blanc était assit dans un épais fauteuil, des tuyaux s'étendant par centaine derrière lui, penché vers mon amant, une pierre rouge dans la main, le buste d'Envy fraichement ouvert. Autour, Sloth, adossée contre un mur ; Greed, installé sur une chaise ; Wrath, prostré près de l'homme en blanc ; et Glutony, reclus dans un coin de la pièce. Je n'eu pas le temps de voir le visage de l'ultime homonculus, car tout s'enchaina trop rapidement. L'ombre de ce dernier disparu avec agilité au moment où les corps s'agitaient, et où Lust hurlait dans mon dos, me faisant comprendre l'urgence de la situation quant au fait que l'homme tenait entre ses mains le cœur de mon amant :

- Maintenant ! Dépêche-toi !

Comme parcouru de décharges de vivacité, j'évitai aussi rapidement que possible les attaques d'immortels, couvert par Lust, et m'élançai vers l'homme immobile et surpris. D'une main, je fis basculer sa chaise de côté pour qu'il manque de tomber, puis je pris appuie sur ma jambe pour plonger sur sa paume, lui arrachant la pierre avec brutalité. J'atterri sur les genoux mais ne prêtai pas attention à la douleur, enfonçant vivement l'objet entre mes doigts dans la blessure encore ouverte d'un Envy chancelant. Il hoqueta de douleur, ses yeux s'écarquillant de surprise, ses muscles se contractant de souffrance, puis j'entourai mes bras autour de lui lorsqu'il murmura ces mots :

- Qu'est-ce qui…

- Envy !

Je ne pouvais contrôler mon soulagement ni même la remontée de panique qui ne m'avait pas quitté depuis ces nombreuse heures. Eblouit par ce flot d'émotions et cette joie innommable que j'avais de le sentir vivant entre mes bras, je fus incapable de comprendre, en cet instant, l'éclat étrange et inconnu qui brûla dans son regard en me trouvant près de lui, avant qu'il ne sombre dans l'inconscient tentateur.

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Eh voilà, un petit chapitre un peu déprimant, qui j'espère vous laisse en suspense, huhu.

Le dernier est pour bientôt, merci encore pour votre soutien ;).

By Yumi.