Encore un grand merci à ceux/celles qui ont suivi cette fic'. A très bientôt pour de nouvelles aventures des frères Eppes et bonnes vacances à tous !

Epilogue

Une semaine plus tard …

Don ferma les yeux quelques secondes, prit une large inspiration, plaqua le sourire le plus rassurant qui soit sur son visage et entra dans le cabinet du docteur Lewinski.

Elle était assise sur un des larges fauteuils en cuir qui occupait la pièce.

- Oh, bonjour ! Lui lança t-elle, souriante.

Don s'installa sur une des chaises qui se trouvaient devant le bureau.

- Bonjour Karen.

La jeune fille l'examina attentivement, sourcils froncés.

- Nous nous connaissons, non ?

Don sentit un frisson le parcourir.

- Oui … nous nous sommes déjà croisés.

- Oh. Désolée, je ne me souviens plus très bien mais … Le sourire réapparut sur son visage, un sourire éclatant, un sourire de petite fille … je vais demander à Lorie.

Un autre frisson s'attaqua à la moelle épinière de Don.

- Lorie ?

- Oui, c'est ma sœur. Ma petite sœur. Elle ne me quitte jamais, hein Lorie ? Demanda Karen en se tournant vers le divan.

Un divan vide.

Don soupira. Ce n'était manifestement pas auprès de Karen x qu'il obtiendrait les réponses qu'il cherchait.

Karen Keller avait été retrouvée déambulant sur le port, à quelques rues seulement de l'entrepôt. La fouille des décombres de ce dernier avait permis de retrouver quatre corps. Don ne pouvait s'empêcher de penser que « justice était faite », que Tinsdalle, Simmons et les deux gamins n'avaient eu que ce qu'ils méritaient. Le petit problème, c'était que d'après les éléments que le FBI avait récoltés, ce qu'ils méritaient c'était une condamnation pour enlèvement et pour séquestration. Rien d'autre, et en tous les cas, certainement pas tentative de meurtre puisque Don n'avait rien …

… ce qui était plutôt fou puisqu'il se rappelait fort bien de Simmons lui tirant dessus à bout portant et de la douleur qui avait suivi, merci.

Don soupira. Il sourit à Karen, qui continuait à faire la conversation pour trois personnes, et prit congé de la jeune fille, oups, des deux jeunes filles, en promettant de revenir bientôt les voir. Il sortit de la clinique de Bellevue Point et rejoignit Colby qui l'attendait à la voiture.

- Alors ? S'enquit Colby.

Don s'installa près de Colby et mit sa ceinture de sécurité.

- Don ?

- Oui, quoi ! Alors rien. A croire que ce sont Charlie et moi les fous et pas … Il fit un signe de la tête en direction de la clinique.

Colby hocha la tête mais ne répondit rien. Que pouvait-il dire ? Après tout, il en savait autant que Don. Il faisait partie de ceux qui les avaient retrouvés, Charlie et lui.

Don regarda ses poignets. Les pansements étaient la preuve qu'il n'avait pas rêvé que tout était bien arrivé, qu'il avait bien passé des heures attaché à cette foutue canalisation. Soudainement furieux, il baissa les manches de son sweat cachant ses poignets. Il ne manquerait plus que l'un des surveillants de la clinique croit que l'un de leur patient suicidaire ne tente de s'échapper, hein ?

- Cette clinique ressemble à un château de conte de fées, lâcha brusquement Colby.

Don hocha la tête.

- Oui, les Keller, les parents de Karen viennent de la haute société californienne, des producteurs je crois.

- Hum, je vois, encore une histoire de pauvre petite fille riche, répondit Colby qui venait d'entrer dans le trafic.

Ouais, et c'était une autre des choses qui ne rassurait pas franchement Don. Il connaissait Bellevue, et pour cause, il y déposait régulièrement Charlie lorsqu'il venait faire ses petites visites à un autre « petit garçon riche », Richard Brandford (36). C'était génial, non vraiment, maintenant lorsqu'il accompagnerait Charlie (parce que Don était sûr que son têtu de petit frère refuserait de l'écouter et continuerait à venir … un « génie », ça, tu parles !), il aurait le plaisir de croiser les deux personnes qui ont tenté de lui enlever son frère. Il se rappelait parfaitement ce que lui avait dit Karen ce soir là près de la voiture : un frère pour une sœur.

Don soupira. Ok, il n'avait peut-être pas de réponse mais il avait le plus important : Charlie. Qui sait, il se retrouverait peut-être lui aussi avec une camisole s'il perdait son frère ? Comme perdre une partie de soit …

- Hey, Don, ça va ?

- Oui, oui, enfin, si on veut vu mon prochain rendez-vous, maugréa t-il.

Colby fit une petite grimace.

- Là, je compatis.

Don savait que Colby avait lui aussi passé quelques heures sur le divan du brave docteur Bradford (37) après sa petite virée dans le monde merveilleux des espions.

- Il n'est pas si mal que ça, précisa Colby, comme s'il avait lu dans les pensées de Don … du moins, pour un psy.

Don hocha la tête. C'était vrai, Bradford était quelqu'un de bien … pour un psy. Mais pour le coup, Don se demandait ce qu'il allait lui raconter ? « Bonjour Docteur, vous voyez, j'ai été blessé par balle, je crois bien que je suis mort mais mon petit frère, vous savez le génie des maths, m'a ramené à la vie … oh, et il a provoqué un tremblement de terre pour nous tirer des mains d'une bande de cinglés croyant en la réincarnation ». Yep, sûr, là il était certain de pouvoir reprendre son activité !

- Je t'attends ? Demanda Colby lorsqu'ils furent arrivés au bureau du docteur Bradford.

Don secoua la tête.

- Non, mon père vient me chercher. Nous déjeunons avec Larry et Amita.

Colby sourit.

- Huhu, je vois, « Opération Charlie Bravo » c'est ça ?

- Yep, besoin de plusieurs génies pour contrer un génie … et d'une bonne dose de courage.

- Bonne chance alors. Oh, et j'allais oublier.

Colby farfouilla dans la boite à gant et en sorti une enveloppe froissée.

- Nous avons pensé avec Mégane et David que tu aimerais avoir un double du dossier.

Don prit l'enveloppe.

- Hum, lecture de salle d'attente … et moi qui me faisais un plaisir de pouvoir enfin lire Cosmo. Il paraît que Jennifer rêve encore de Brad et qu'Angelina rêve de se rejouer la scène de la baignoire à la Glenn Close (38).

Colby lui sourit.

- A plus Don, tiens nous au courant.

- Pas de problème et merci d'avoir joué le taxi, lança Don en entrant dans le bâtiment.


Le restaurant était sympa, la carte originale, la compagnie excellente et pourtant leurs assiettes restaient désespérément pleines. Le cœur n'y était pas. Ou plus exactement, « l'heure » n'y était pas, pensa Don. Nope, l'heure était grave, comme le sujet de leur préoccupation. Un sujet qui, s'il était physiquement absent, occupait toutes leurs pensées.

- Alors, une idée ? Lança Don sur un ton qu'il espérait guilleret mais sonnait faux.

Larry jouait à faire tourner son vin dans son verre. Sans doute y voyait-il la représentation en trois D d'une quelconque constellation ou bien une manifestation de la force centrifuge. En tous les cas, pas de solutions à leur petit problème. Et dire que certains pensent que l'alcool est la réponse à tout. Don, qui ne voyait que du vin tout ce qu'il y a de plus ordinaire dans son propre verre, décida juste de le vider d'une traite.

- Je … je ne sais plus quoi faire, se lamenta Amita. Il refuse de me parler de ce qui s'est passé. Ce matin, il m'a tout simplement mise à la porte ! Cela ne lui ressemble pas. C'est comme si … comme s'il ne me faisait pas confiance.

- Oooooh, je crois plutôt que c'est en lui-même que Charles n'a pas confiance, fit remarquer Larry qui fixait toujours son verre comme s'il allait y trouver la réponse à la formation de l'univers.

- Mais … mais au moins, il n'a plus ses … ses horribles absences, précisa Alan.

Don leva son verre vide à cette information. Oui, c'était la seule bonne nouvelle de la journée. Youpiiii !

- Huuuhuuum, feu follet dit juste Larry qui reposa son verre de vin sur la table.

Tous les regards se tournèrent vers Larry.

- Feu follet ? S'enquit Amita.

- Les feux follets ont reçu diverses explications à travers les âges : manifestations d'esprits malins, âme d'un mort chargé de perdre les visiteurs dans les marais. Ces explications peuvent paraître absurdes et pourtant … aujourd'hui, nous savons que le phénomène est provoqué par l'émanation conjointe de méthane et de phosphore. Le résultat est cette lumière froide qui semble danser au dessus des marais. Mais est-on aussi loin que cela des explications moyenâgeuses ? Non. Le méthane provient des plantes en décomposition et le phosphore est émis par la décomposition d'un cadavre animal, ou … humain. Les cercueils étaient réservés à la noblesse, les pauvres étaient inhumés entre des planches de bois de mauvaise qualité, lorsqu'ils n'étaient pas inhumés dans des sacs. Pas étonnant dès lors que le phénomène des feux follets aient été fréquents dans les cimetières (39). Il s'agissait bien après tout, des morts se rappelant au bon souvenir des vivants, n'est-ce pas ?

Les regards se firent un peu plus vides. Il était souvent difficile de savoir où Larry voulait en venir.

- Ce que je veux dire, finit Larry, c'est que Charlie doit faire face à ses propres feux follets. Des phénomènes qui ne peuvent aujourd'hui s'expliquer que par l'absurde mais qui demain seront certainement éclaircis. Et il y a fort à parier que l'explication scientifique ne tombera certainement pas très loin des, et bien, des explications un peu moins rationnelles.

Et sur cette répartie pour le moins cryptique, Larry hocha la tête et vida son verre de vin.


Don prit une large inspiration et entra dans le solarium.

C'était ici que leur mère avait passé ses derniers mois pendant que Charlie était terré dans le garage à travailler sur N = NP.

Cette fois, pas de théorie à un million de dollars (40) à résoudre, non, le prix était bien plus élevé. Le prix d'une vie … celle de son frère.

Charlie était assis sur le rebord de la baie vitrée, un dossier sur ses genoux, fixant un point imaginaire devant lui. Don vint s'installer à côté de lui.

- Hey Chuck.

Silence.

- Charlie, s'il te plaît, je --

Charlie se tourna vers lui.

- J'ai tué ces gens et … et le plus terrible, c'est que ce qui m'obsède, ce n'est pas d'être un meurtrier mais de comprendre comment j'ai fait.

- Charlie, tu n'as tué personne, tu --

Charlie se leva brusquement, agitant son dossier sous ne nez de Don.

- C'est écrit ici Don ! Je ne l'ai pas inventé.

- QUOI ! Mais de quoi parles tu ?

- Lis. Lis et tu comprendras.

Don parcourut le dossier.

- Charlie, je ne suis pas certain de comprendre ce --

Charlie lui arracha pratiquement le dossier des mains et pointa du doigts plusieurs paragraphes surlignés.

- C'est pourtant clair. Là, !!!

- Euh, Charlie, je --

Exaspéré, Charlie leva les bras au ciel.

- Je suis allé à l'USGSet j'ai demandé les relevés du séisme et … et --

Il s'étrangla et ne termina pas sa phrase. Il serra juste le dossier contre sa poitrine et leva les yeux vers Don. Le regard complètement dévasté de son frère bouleversa Don qui faillit le prendre dans ses bras tant l'envie de le réconforter était forte.

- Et quoi ? Demanda t-il, la voix enrouée par l'émotion.

- Rien Don, ils n'ont rien, selon eux ce séisme n'a pas d'explication rationnelle. Il n'aurait pas du avoir lieu ! Tu comprends maintenant ! C'est moi !!! Je … je voulais qu'ils meurent tous !!

- Oooh, Charlie …

- Et … et toi … je croyais que tu étais mort … et … mais … rien non plus. J'ai tué ces gens et je t'ai sauvé, Kraft a raison et --

Cette fois, Don écouta son cœur et attira Charlie à lui. Il le serra dans ses bras. Charlie resta un long moment, complètement rigide contre sa poitrine puis brusquement, comme une digue qui lâche sous le poids de l'eau accumulée, Charlie laissa le chagrin, la peur, le submerger.

Don resta silencieux, serrant juste Charlie contre lui. Des dizaines d'images l'assaillaient : Charlie à 5 ans, le genou écorché, Charlie à 7 ans, après la mort de Plush, son premier Koï (41), Charlie à 10 ans, à 12, à 29 … différent et toujours le même. Ce que l'on disait était vrai : votre petit frère reste toujours votre petit frère.

- Hey, murmura t-il dans les boucles brunes, et si je te racontais l'histoire des feux follets …

Fin … enfin, non, j'avoue : j'ai déjà commencé une suite, histoire de développer un peu l'histoire des nouveaux « talents » de Charlie.

(36) Personnage de ma fic' « Agnus Déi ».

(37) Le docteur William Bradford, un psychiatre travaillant pour le FBI, apparaît dans 3 épisodes de la saison 3 et un épisode de la saison 5.

(38) Film Liaison Fatale (1988) : dans ce film, l'aventure libertine de Dan Gallagher (joué par Michael Douglas), un avocat new-Yorkais père de famille avec Alex Forrest (Glenn Close), une éditrice célibataire, va se transformer en un véritable cauchemar amoureux et passionnel. J'avais 20 ans lors de la sortie de ce film et il m'avait fasciné.

(39) Je n'ai jamais vu de feu follet mais ce n'est guère étonnant : les cercueils sont de meilleurs qualité et nos corps qui ont consommé plus d'antibiotiques que ceux de nos ancêtres se décomposent plus lentement. Il ne reste que les marais direz vous, oui, mais nous avons pratiquement asséché ou assaini tous ces derniers !

(40) En 2000, l'Institut des Mathématiques Clay a listé 7 grands défis mathématiques réputés insurmontables. Il est acquis que ces défis, s'ils étaient résolus, feraient grandement avancer la science. Leur résolution a donc été mise à pris à un million de dollars. Seul un de ses défis a été résolus : il s'agit de la conjoncture de Poincarré (résolu par le mathématicien Grigori Perelman en 2003).

(41) Carpe Koï : ce sont les fameux poissons de Charlie ! On les voit dans deux épisodes de la saison 1 puis dans un épisode de la saison 4. La carpe Koï est un poisson ornemental japonais (mais originaire de Chine), son nom est la contraction du terme « nishikigoi ». C'est un symbole d'amour et de virilité que l'on retrouve couramment dans la culture japonaise. La carpe Koï est végétarienne et elle est si routinière qu'elle finit souvent par manger dans la main de son propriétaire (s'il l'est aussi, bien entendu !). Autre petit détail : c'est un poisson très onéreux (jusqu'à 180 000 euros pour les plus rares … pièces) ! (source : wikipédia).