Les Maîtres des Dimensions

Résumé général : Alors que Harry déprime après la mort de Dumbledore, il rencontre Némésis, une étrange femme qui lui propose une mission : se rendre dans un monde parallèle afin de créer un autre futur. Il part donc en 1976, dernière année de ses parents à Poudlard.

Chapitre précédent : Après une longue discussion avec Hermione, Harry décide d'accepter la mission de Némésis. Il part alors dans le monde parallèle où il aura une année pour faire en sorte que le futur soit modifié. Avant son départ, Némésis lui donne un œuf étrange et un bracelet en argent. Elle lui signale également que personne ne doit savoir qu'il vient d'un univers parallèle et qu'il recevra l'aide d'un coéquipier.

Chapitre 3 : Dimensions Jumelles

Harry fut un instant ballotté dans les sens. Autour de lui des couleurs chatoyantes défilaient, telles des étoiles filantes, se confondaient, explosaient, disparaissaient et renaissaient. C'était superbe. Il flottait dans cet espace étrange, sans haut ni bas, sans gauche ni droite.

Soudain, il se sentit brusquement attirer vers le bas et tomber inexorablement. La chute fut longue et inquiétante. Enfin, les couleurs disparurent pour laisser la place à l'obscurité. Le voyageur sentit ses jambes toucher rudement le sol et se dérober sous lui. Quelques instants plus tard, il était allongé sur un sol froid. Sa tête lui faisait un mal de chien et il sentait le sang battre ses tempes.

- Dans quoi me suis-je embarqué ? gémit-il.

Et il perdit connaissance.

ooo

Lorsque Harry se réveilla, il ne faisait plus noir. Il réalisa alors, à sa grande surprise, qu'il se trouvait dans un des couloirs de Poudlard. Il se releva précautionneusement, en s'assurant qu'il était encore entier et pestant contre Némésis. Les vérifications d'usage faites, il se mit en route. Destination : le bureau de Dumbledore.

Il marcha à pas lents et mesurés, observant tout autour de lui. Il avait du mal à croire qu'il était dans un autre monde, tout semblait parfaitement identique. Némésis avait raison, s'il n'avait pas su qu'il était dans un univers alternatif, il aurait pensé être toujours chez lui. Par réflexe, il sortit sa baguette de sa poche – il ne la quittait jamais désormais.

Il sursauta en voyant quelqu'un apparaître devant lui et mit quelques secondes à réaliser qu'il ne s'agissait que de son reflet dans un miroir. Il ne se ressemblait plus vraiment : c'était assez déroutant. Seule sa cicatrice demeurait, lui rappelant qu'il était l'Elu. Contre toute attente, il fut content de la voir. Elle était aussi la preuve qu'il était Harry Potter, malgré ces cheveux bruns, ces yeux verts beaucoup trop foncés et ses lunettes qui finalement n'étaient pas aussi moches qu'il l'avait pensé un peu plus tôt. Les traits de son visage n'avaient pas vraiment changés, mais sa nouvelle coiffure et la forme des lunettes lui donnaient un air totalement différent. Il allait falloir qu'il s'y habitue rapidement : il ne serait pas très discret qu'il sursaute à chaque fois qu'il passerait devant un miroir.

Il arriva enfin devant la gargouille gardant l'entrée du bureau de Dumbledore et réalisa avec mécontentement qu'il ne connaissait pas le mot de passe. Il poussa un juron coloré impliquant Merlin et ses dessous.

- Sorbet Citron ? proposa-t-il. Chocogrenouilles ? Fizwizbiz ? Plumes en sucre ? Heu… Patacitrouilles ? Nid de Cafards ?...

Il continua pendant près d'une demi-heure à coup de confiseries, bonbons et autres friandises : sans succès.

-C'est pas vrai ! s'exclama-t-il, à court d'idée. Némésis aurait pu me…

Il s'arrêta au milieu de sa phrase : la gargouille s'était ébranlée et commençait à libérer le passage.

- Némésis ? C'était ça le mot de passe ? Mais ce n'est pas une sucrerie ! protesta vivement Harry.

Il avait le sentiment d'avoir été floué. Il monta toutefois rapidement l'escalier de pierre. Arrivé devant la porte du bureau directorial il se stoppa. Les images de la mort de Dumbledore, tué par Rogue, lui revinrent. Il ferma les yeux et secoua la tête, décidé à les chasser. Hermione avait raison, il devait se débarrasser au plus vite des ses démons, sans quoi il risquait de devenir fou.

Il frappa rigoureusement donc à la porte. La voix qui lui répondit lui sembla sortir d'outre-tombe. Il respira profondément, décidé à se débarrassé du malaise qui l'envahissait, et pénétra dans les lieux. Voir le professeur Dumbledore, parfaitement en forme, son éternel air malicieux sur le visage provoqua une vague de mélancolie qu'il ne put réprimer malgré tout. Il dut se mordre la joue pour demeurer impassible.

- Bonjour, jeune homme, fit le Directeur, manifestement surpris de cette visite. Que puis-je faire pour vous ?

- C'est Némésis qui m'envoie, répondit simplement Harry.

Les yeux du vieux sorcier s'agrandirent d'étonnement – fait suffisamment rare pour être souligné.

- Elle est vraiment pleine de surprises ! observa-t-il en détaillant son interlocuteur du regard. Je ne pensais pas qu'elle m'enverrait quelqu'un d'aussi jeune.

Le Survivant se permit un sourire. Le mage l'avait toujours sous-estimé à cause de son âge.

- Quelqu'un comme moi passera plus inaperçu dans une école qu'un adulte, ne pensez-vous pas ?

Dumbledore approuva franchement.

- Un bonbon au citron ? proposa-t-il.

Harry réprima un éclat de rire. Cette situation était tout bonnement ridicule. Cet homme, mort devant lui quelques temps plus tôt, était là à lui proposer une friandise. Il allait falloir qu'il se concentre pour ne pas devenir complètement fou !

- Avec plaisir, dit-il en tentant d'afficher un air serein – sans être sûr d'y parvenir réellement.

Il sentait le regard perçant du Directeur peser lui. Il replaça attentivement ses barrières mentales, se demandant si elles suffiraient face au legimens qu'était le vieux sorcier.

- Vous ne m'avez pas dit votre nom, mon garçon, souligna ce dernier.

L'espace d'un instant, il fut tenter de dire la vérité, mais il s'en tint aux conseils de Némésis – était-il devenu obéissant ? Voilà qui aurait été nouveau.

- Terry Star, répondit-il, jugeant toutefois qu'il n'était pas indispensable de préciser le nom du grand-père maternel de la jeune femme.

- J'imagine que ce n'est pas le vrai, observa négligemment Dumbledore.

- C'est entendu, répondit tranquillement le Survivant, décidé à coller ses réactions sur celle de son interlocuteur.

Celui-ci sembla s'en amuser.

- Et bien, M. Star, je pense qu'il va falloir s'occuper de votre inscription de cette école. En quelle année allez-vous entrer ?

- Septième.

- Parfait, c'est une année très intéressante. Avez-vous déjà une idée de ce que vous allez faire ?

Harry réfléchit quelques instants.

- Je pense… Quels seront mes camarades ?

- Parmi les Gryffondors, vous aurez James Potter et Lily Evans qui seront les Préfets-en-Chefs. Vous connaissez le système de Poudlard ?

- Parfaitement.

- Bien, donc toujours chez les lions, il y a les trois compagnons de M. Potter : Sirius Black, Remus Lupin et Peter Pettigrow, à eux quatre ils sont les Maraudeurs. L'autre garçon de cette année est Frank Londubat. Pour les filles, il y a Dorcas Meadows et Marlène McKinnon.

Le Survivant se souvenait vaguement d'avoir entendu les noms des deux dernières. Elles devaient être membres de l'Ordre du Phénix – et probablement mortes.

- Et les Serpentards ? s'enquit-il.

- Il y a Rodolphus Lestrange, Severus Rogue, Evan Rosier, Eric Avery, Britanus Wilkes, Narcissa Black et Rosa Leroy.

- Une belle brochette de Mangemorts, soupira Harry. Y a du boulot ! C'est sur eux que je vais me concentrer pour le moment… Je verrais bien ce que j'arrive à faire.

- Je vous laisse faire, M. Star. Mais n'hésitez pas à venir me voir si je peux faire quelque chose qui puisse vous aider dans votre mission.

Le Survivant approuva distraitement de la tête.

- Nous sommes bien le 29 juillet 1976, c'est ça ? demanda-t-il brusquement.

Dumbledore sembla dérouté par la question.

- Nous sommes le 30, pourquoi ?

- Pour rien, répondit précipitamment le garçon.

Il avait dû arriver dans la nuit qu 29 au 30 et rester inconscient un moment. Cela signifiait que la rentrée était pour le mois suivant et qu'en attendant il allait devoir se trouver un endroit où aller. Comme lisant dans ses pensées, le Directeur lui offrit la réponse.

- Némésis m'avait prévenu que vous logeriez au Chaudron Baveur jusqu'à la rentrée, fit-il. Si vous avez besoin de quoique ce soit, n'hésitez pas.

- Je vous remercie, fit simplement le jeune homme en se levant.

Il sortit sur ses entrefaites et marcha jusqu'à Pré-au-Lard perdu dans ses pensées. Qu'allait-il bien pouvoir faire pendant tout ce temps ? L'image d'Hermione agitant le manuel de Legimancie lui revint en mémoire. Il secoua la tête. Il n'allait tout de même pas passer un mois à travailler !

Pour commencer, il devait se refaire une garde-robe, puisqu'il était parti avec le strict nécessaire comme demandé par Némésis - de toute façon, les vieux vêtements de Dudley ne méritaient pas d'être emportés. Le Chemin de Traverse était donc le meilleur endroit. Heureux d'avoir passé son permis de transplanage, il se transporta en un clin d'œil au Chaudron Baveur. Il eut la surprise de voir qu'une chambre avait été retenue et prépayée au nom de Terry Star. La jeune femme aux cheveux blancs avait décidément pensé à tout. Il s'installa donc et décida de profiter de la journée pour s'acclimater à cet espace-temps.

Il flâna le long du Chemin, observant ce qui l'entourait jusqu'à arriver devant Gringotts. Le soleil brillait et la journée aurait pu être très belle, mais une atmosphère tendue planait au dessus de l'allée sorcière. Harry aurait pu sans mal lui donner un nom : Voldemort. Le mage noir semblait être dans tous les esprits, dans toutes les craintes. Les Aurors patrouillaient par groupes de deux dans tout le Chemin de Traverse, vérifiant périodiquement les identités. Ce qui n'était pas une bonne chose pour le Survivant. Comment prouver qui il était alors qu'il se baladait avec un faux nom et une fausse apparence ? Mauvais, mauvais…

Il cacha ses inquiétudes derrière un faciès aussi indéchiffrable que possible, se bénissant finalement d'avoir travailler l'occlumencie. Cela ne suffit toutefois pas et il finit par être interpellé, comme tout un chacun ce jour-là. Il songea que ce serait bien en comble qu'on le prenne, lui, pour un Mangemort. Mais dans ce monde, pas moyen de prouver le contraire. L'espace d'un instant, il en vint à regretter sa célébrité. Il soupira, affligé, il ne savait vraiment pas ce qu'il voulait.

- Bonjour, monsieur, fit l'Auror, vous êtes anglais ?

- Non, répondit-il en accord avec sa fausse identité, j'arrive des Etats-Unis, je m'appelle Terry Star.

Le chasseur de mage noir marmonna une formule et un parchemin apparut sous ses yeux. Harry sentit son bracelet chauffer légèrement.

- Terry Jomaeph Star, vous avez été enregistré. Soyez le bienvenu au Royaume-Uni, excusez ce contrôle mais nous avons un mage noir qui sévit.

- J'en ai entendu parler, répondit le Survivant. Bon courage.

L'Auror eut un sourire franc.

- Merci monsieur, soyez prudent.

Approuvant de la tête, le faux américain s'éloigna. Une fois à une distance raisonnable, il jeta un coup d'œil au bijou de Némésis. Il était gravé de runes inconnues du jeune homme, mais il se doutait à présent qu'il était très puissant. Non seulement il lui permettrait de voyager à travers les dimensions sans risques mais il semblait posséder de nombreux autres pouvoirs. C'était une très bonne chose. Si son alias était tombé le premier jour de sa mission, celle-ci ne se serait pas annoncée sous les meilleurs auspices.

Les gobelins étaient aussi avenants dans ce monde que dans le sien, songea-t-il en entrant dans Gringotts pour retirer de l'argent du compte que Némésis lui avait mis à disposition. Celui-ci n'avait presque rien à envier à celui des Potter. Sans le formuler à haute voix, Harry ne put s'empêcher de se demander d'où sortait cet argent. Il préféra ne pas s'appesantir sur ce sujet. Il attrapa rapidement ce dont il avait besoin et s'en fut.

Mis-à-part les Aurors omniprésents, le Chemin de Traverse ne sembla pas différent de celui qu'il connaissait. Il déambula dans les rues avec plaisir : personne ne se retournait à son passage avec des yeux rond et en chuchotant. Ici il n'était qu'un anonyme parmi tant d'autres. Et il trouvait ça très plaisant ! Sifflotant gaiement, il entra dans le magasin de Quidditch. Là, tout était différent de ce que le jeune homme avait connu. Cela n'avait rien de surprenant, il ne fallait pas oublier qu'en plus d'avoir changé de monde, il avait surtout changé d'époque. Il se délecta donc de regarder ce qu'il considérait quasiment comme des antiquités et qui était ici la dernière trouvaille. Au passage, il se félicita intérieurement d'avoir emporté son Eclair de Feu.

Il riait silencieusement en regardant l'annonce publicitaire d'un accessoire depuis longtemps dépassé chez lui et dont la boutique proclamait le caractère révolutionnaire lorsqu'il se figea en entendant deux voix se chamailler.

- Je te dis que c'est le meilleur balai sur le marché ! râlait l'une d'elle. Donc c'est celui-ci qu'il me faut !

- T'a vu le prix ? s'étrangla l'autre. Tous ces chiffres, ça me donne mal à la tête.

- On n'en serait pas là si tu n'avais pas eu la brillante idée de prendre mon balai et de te fracasser contre un mur ! Je te l'avais pourtant dit Sirius : tu es une véritable calamité dans les airs ! D'ailleurs je pensais même t'avoir interdit, avec le soutien de Remus, d'approcher du moindre engin volant – exception faite de ta moto, bien entendu.

- Pff… Vous dites n'importe quoi !

- Dit le à mon balai ! Ou à ce qu'il en reste.

Harry regardait la scène comme frappé par la foudre. Son père et son parrain, ou plutôt James et Sirius, étaient en train de se disputer comme des enfants devant un balai – le dernier cri d'après ce que le jeune homme avait compris. Il regarda d'engin avec attention : rien à voir avec son Eclair de Feu, ni même avec son Nimbus 2000, mais il n'était pas mal non plus.

Toutefois, pour une fois, les balais et le Quidditch n'intéressaient absolument pas le Survivant. Il reporta son attention sur les deux garçons, discutant toujours du modèle qu'ils allaient acheter. Il ferma un instant les yeux et respira profondément. Il n'arrivait pas à savoir ce qu'il ressentait : à la fois heureux et triste, ses sentiments se mêlaient les uns aux autres sans qu'il puisse les dénouer. Il tenta de se rappeler qu'il s'agissait d'un monde parallèle et que les deux jeunes sorciers n'étaient pas ceux qu'il connaissait, mais il se souvenait des dires de Némésis : à quelques détails près, ce passé était identique au sien. Son père et son parrain avaient-ils eut cette même conversation ? C'était possible, voir probable…

Il secoua la tête, tentant – sans grand succès – de chasser ces pensées de son esprit. Ce n'était pas le moment de se lancer dans une discussion métaphysique avec lui-même sur les similitudes entre les univers jumeaux. Histoire de ne pas paraître trop suspect à fixer les deux compagnons, Harry fit mine de s'intéresser au balai dans il était question – un Nimbus 1500. Il eut un triste sourire en repensant à son vieux Nimbus 2000 et au sort que le Saule Cogneur lui avait réservé. Saleté d'arbre !

- … qu'est-ce que t'en penses ?

Le jeune homme sursauta et fit un bond en arrière en remarquant le visage de Sirius juste devant lui. Il cilla comme une chouette, légèrement dérouté. Il ignorait ce qui avait bien pu lui être demandé, mais son interlocuteur attendait apparemment une réponse.

-Sirius, tu es un idiot, annonça James avec une mine désolée. Tu lui as fait peur ! Vois-tu, tout le monde n'est pas comme toi à écouter les conversations des autres.

Harry ne put s'empêcher de penser que cette réplique était profondément injuste – il les écoutait jusqu'à ce qu'il se perde dans des souvenirs nostalgiques qui n'avaient, à ses yeux, pas lieu d'être.

- Bien, reprit le second Maraudeur, la tête haute, je te demandais si tu penses que ce balai est bien pour un poursuiveur ?

Le Survivant fronça les sourcils et regarda l'engin.

- Les Nimbus n'ont plus rien à prouver je crois, observa-t-il, espérant ne pas dire de bêtise. Ce sont vraiment de bons balais. Mais je ne sais pas trop pour les poursuiveurs, admit-il.

Sirius sembla surpris.

- Tu fais pas du Quidditch ? J'aurais cru… fit-il.

- Je suis… J'étais attrapeur, répondit simplement Harry.

- C'est un bon poste, observa James, entrant pour la première fois dans la conversation. Au fait, je suis James Potter, et cet impoli, c'est mon meilleur ami, Sirius Black.

Ce dernier fit une révérence exagérée. Son condisciple leva les yeux au ciel d'un air désespéré.

- Terry Star, se présenta Harry en souriant des mimiques de son futur parrain.

- James ! appela-t-on soudain.

Une femme entra. Le visage encadré par des cheveux châtains et des yeux noisette, elle avait une beauté à la fois douce et sévère qui dérouta le Survivant.

- Tu n'as toujours pas choisi ton balai ? s'agaça-t-elle.

- Si maman, contra James avec un sourire en coin, mais Sirius semble ne pas être d'accord avec moi.

La nouvelle venue eut un petit rire moqueur en lançant un regard affectueux au susnommé.

- Lorsque l'on connaît les rapports entre Sirius et les balais, objecta-t-elle, je pense qu'on peut se permettre de passer outre son avis !

Son fils eut une mine victorieuse que son compagnon s'appliqua à ignorer. Harry regardait la scène en se sentant comme un intrus : c'était certainement ce qu'il était, se dit-il en y songeant. Il décida donc, à contrecœur, de s'éclipser. Sa place n'était pas là.

Marchant d'un pas lent dans les rues du Chemin de Traverse, les mains enfoncées dans les poches, il se demanda intérieurement si Némésis n'avait pas eu tort de l'envoyer ici. De quel droit pouvait-il interagir avec ce monde ? Avec la vie de tous ces gens ? Hermione n'avait pas eu l'air de dire qu'il s'agissait d'une mauvaise idée et il avait confiance dans le jugement de son amie, mais il ne pouvait pas s'empêcher de douter. Il s'arrêta devant une boutique bien connue.

Ollivander. Il regarda sa baguette, elle le liait fondamentalement à Voldemort, mais dans la boutique du fabriquant, une autre, parfaitement identique, attendait sagement dans son étui. Cela voulait-il dire que celui qui vaincrait le mage noir serait celui qui aurait cette baguette ? Ou bien était-ce sans importance ? Un mal de tête naissant commença à entraver les pensées du Survivant. Cette affaire était devenue bien plus complexe que ce qu'il aurait cru en quittant le Terrier et il commençait à ne plus savoir ce qu'il devait faire. Ici pas de prophétie : Trelawney ne l'avait pas encore prononcée. Donc logiquement, n'importe qui pouvait vaincre Voldemort… ou alors personne ne le pouvait ?

La migraine se fit plus virulente. Penser que le Seigneur des Ténèbres autoproclamé soit invincible ne réussissait apparemment pas à Harry. Il le comprenait aisément. Et il comprenait également que ressasser ses pensées de la sorte ne l'aiderait pas. Dans l'incapacité de contacter Hermione ou Némésis pour obtenir conseils ou explications, il décida d'aller, comme initialement prévu, se refaire une garde-robe au lieu de ruminer ses sombres idées. Il ne s'attarda pas trop - de toute façon, il n'avait jamais été un grand fan du shopping - et rejoint rapidement la Chaudron Baveur.

Regagnant sa chambre, il se laissa tomber sur le lit dans un grincement sinistre de ressorts. Son manque de sommeil se faisait sentir, et il était épuisé. A moins que ce soit les émotions de la journée qui soient la cause de cette fatigue soudaine. Toujours fut-il que, quelqu'en fût la raison, pour la première fois depuis des semaines, Harry s'endormit comme une masse. Il avait beaucoup de sommeil en retard, aussi dormit-il longtemps.

Lorsqu'il se réveilla, il eut la surprise de voir que la nuit était tombée depuis un moment. Jetant un œil au réveil qui se trouvait dans la chambre et qui, cela dit en passant, devant dater de l'antiquité, il sursauta en voyant l'heure.

Cinq heures du matin. Il cilla. Cela faisait une éternité qu'il n'avait pas fait une nuit complète et ce jour-là il dormait plus de douze heures d'affilées ! Il se sentait courbaturé, ce qui n'avait rien d'étonnant, il avait dormi dans une position assez peu confortable. Et surtout, il était affamé. Certainement parce qu'il n'est pas mangé depuis le petit-déjeuner de la veille.

Tout à ces questions, il mit une bonne demi-heure à réaliser la date de ce jour-là. Sursautant, il réalisa brusquement qu'il avait eut dix-sept ans quelques heures plus tôt. Il était dès à présent majeur. Au lieu de ressentir la joie que lui avait décrite les jumeaux et Ron, il se sentit soudain très las. Il ne recevrait pas de lettres de ses amis cette année là, personne ne lui souhaiterait un joyeux anniversaire. Il soupira profondément. Dehors, indifférent à ses états d'âme, le soleil commençait à apparaître lentement à l'horizon. Harry se leva. Son ventre gargouilla furieusement. Il avait vraiment très faim. Ceci dit, il doutait que Tom – qui était déjà barman – puisse lui servir son petit-déjeuner aussi tôt. Il allait falloir attendre encore un peu.

Un bruit étrange attira son attention. Surpris, il se tourna vers la caricature de bureau qui se trouvait près de son lit. Il sursauta en le voyant. Le meuble en lui-même n'avait rien de fantastique – si ce n'est qu'on pouvait se demander comme une antiquité pareille pouvait tenir debout. Ce qui était extraordinaire, c'était ce qui était posé dessus : l'œuf que Némésis avait confié à Harry était en train de gigoter. Un petit bec en sortait, cherchant visiblement à casser la coquille.

Le Survivant s'approcha prudemment. Le souvenir de Norbert demeurait omniprésent, mais en même temps, il savait que l'animal qui allait naître n'était pas dangereux pour lui. D'où pouvait bien lui venir cette certitude ? Il ne savait pas mais il renonça à comprendre : il laissait ce genre de problème à Hermione.

Une aile sans plume jaillit. Elle n'était couverte que d'un duvet rougeoyant qui lui donnait un aspect étrange mais pas désagréable. Une autre aile sortit, suivie par une petite tête. Et enfin, l'oisillon apparut. Il s'ébroua et tituba dangereusement. D'un geste rapide, Harry le rattrapa juste avant qu'il ne tombe. Il avait la taille d'un gros poussin. Il tourna ses yeux irisés vers le jeune homme. Celui-ci sourit, l'animal était vraiment charmant. Il s'ébouriffa un peu, ce qui lui donna un aspect comique avant de se mettre à s'agiter dans les mains du Survivant.

- Qu'est-ce que tu es exactement toi ? lui demanda ce dernier d'une voix douce. Quel genre d'oiseau.

Un rayon de soleil entra dans la chambre. L'oisillon se tourna vers lui et remua vivement, comme pour l'atteindre. Intrigué, Harry se dirigea vers le trait de lumière et en inonda son petit compagnon. Il eut un sursaut lorsqu'il vit l'effet de la lueur solaire sur l'animal. Le duvet de celui-ci sembla se modifier, laissant apparaître de minuscules plumes allant de l'or à l'écarlate. Le nouveau né laissa échapper un doux trémolo qui vibra dans l'air.

- Un phénix… murmura Harry, incrédule. C'est impossible…

- Ta tendance à trouver tout ce qui sort de l'ordinaire impossible est agaçante, darda une voix bien connue.

Le jeune homme sursauta et regarda autour de lui. Personne…

- Le miroir, Sherlock.

Il se tourna vers l'objet susdit et eut la surprise d'y découvrir, à la place de son reflet, une Némésis souriante.

- Alors, on dirait qu'il a éclos. Cela ne m'étonne pas vraiment, observa-t-elle.

- C'est un phénix ? C'est ça ?

- Presque, fit-elle. C'est un phénix de mon monde, ce qui implique qu'il est différent de ceux que tu connais.

Harry fronça les sourcils.

- Comment ça ?

Némésis haussa les épaules.

- Il a quelques pouvoirs de plus, notamment celui qu'ont certains êtres vivants de mon univers : voyager sans problème entre les dimensions. Ceci dit, il est trop jeune pour le moment. Il va falloir que tu t'occupes de lui. A partir de maintenant, il sera ton compagnon. Il ne reculera devant rien pour te venir en aide, mais tu ne dois pas oublier que c'est une relation à double sens : être un Ami des Phénix est un don qui n'est pas donné à n'importe qui. Si tu t'en montres indigne, la punition sera immédiate. Cependant, les phénix sont connus pour avoir un très bon jugement : jusqu'à présent, je n'ai jamais entendu parler d'Amis qui se soient montrés condamnables. Comment vas-tu appeler ce petit ?

La question prit le Survivant de court, surtout après une tirade pareille.

- Je… je n'y ai pas encore pensé, admit-il.

- Les phénix de mon monde adorent le soleil, comme tu as pu le voir. C'était d'ailleurs pour ça que l'on dit qu'ils naissent avec le soleil : toujours à l'aube. Certains prétendent que la naissance d'un phénix annonce le commencement d'une nouvelle ère, mais ce n'est qu'une légende. Cependant, de telles naissances sont extrêmement rares, même pour quelqu'un comme moi qui voyage dans les dimensions. Tu pourrais l'appeler Sunrise.

- Ça manque d'originalité, objecta une nouvelle personne.

A son tour, Hermione apparut sur la surface du miroir.

- Bonjour Harry, joyeux anniversaire ! s'exclama-t-elle joyeusement.

Le susnommé sourit, heureux de voir son amie. Finalement il avait été médisant en pensant que personne ne lui souhaiterait…

- Sunrise, je pense que c'est un joli nom, reprit Némésis. En plus M. Star qui a un phénix nommé Sunrise, c'est plein d'humour.

- Je sais pas trop où tu le vois ton humour, mais je suis sûre qu'on peut trouver un nom plus sympathique ! répliqua la préfète. Pourquoi pas Apollon ?

- Le dieu du soleil ? Ouais, c'est pas fameux…

Harry regarda ses deux visiteuses dialoguer avec amusement. Il se tourna vers l'oisillon qui le regardait avec des yeux curieux.

- Qu'est-ce que tu en penses toi, lui demanda-t-il doucement, comment tu veux t'appeler ? Apollon ?

L'animal pencha la tête d'un air perplexe.

- Sunrise alors ? proposa Harry.

Son petit interlocuteur battit des paupières, toujours sans comprendre.

- Alors peut-être Hélios, intervint Hermione qui avait suivi l'échange, c'est le nom d'un autre dieu du soleil.

A cet instant, le nouveau né émit un nouveau trémolo, apparemment ravi.

- Va pour Hélios, conclut le Survivant avant de se tourner vers le miroir.

Némésis le fixait avec une intensité déplaisante.

- Que se passe-t-il ? s'enquit-il.

La jeune femme sembla hésiter.

- Ecoute, il se passe…

Elle s'arrêta un moment, comme déchirée, puis reprit :

- Non, ce n'est pas grave. Ce que tu dois savoir c'est qu'il est possible que le voyage ait quelques conséquences sur toi. Par exemple, il est fort probable que tes pouvoirs augmentent un peu. Ce n'est pas que le passage d'une dimension à une autre t'a donné des capacités que tu n'avais pas, mais il a contribué à stimuler celles que tu possédais. Soit prudent car tu pourrais perdre le contrôle de tes pouvoirs dans certaines circonstances.

- C'est une blague ? rugit Harry. Pourquoi ne pas me l'avoir dit avant de partir ?

- Parce que je ne le savais pas, répondit parfaitement calmement Némésis. Il s'est passé quelque chose pendant ton transfert. Mais ne t'en fais pas, c'est sans danger pour toi. Tu progresseras simplement en magie plus vite que si rien ne s'était passé.

La nouvelle ne sembla pas ravir le Survivant.

- Harry, dit alors Hermione, lorsqu'Hélios sera assez grand, tu pourras l'utiliser pour nous écrire. En attendant, on ne pourra plus se parler, alors soit prudent, d'accord ?

L'interpellé approuva de la tête.

- Ce n'est pas aussi facile que j'aurais cru, dit-il. Je ne sais pas trop ce que je dois faire et… je ne sais pas, je ne suis pas sûr de pouvoir le faire. Arriver dans ce monde et tout changer… même si c'est pour sauver mes parents, Sirius, Dumbledore et certainement pleins d'autres… Qu'en est-il de la prophétie qui me lie avec Voldemort ? Et…

- Ne t'en fait pas pour ça, le coupa Némésis, tu remarqueras très vite que la Magie obéit à des règles qui prennent en compte les voyages dans les dimensions. Tu n'en as certainement pas conscience, mais dès que tu as mis un pied dans cette dimension des changements se sont mis en marche. Même si tu partais maintenant, le futur de ce monde aurait été modifié…

Elle sourit devant la mine incompréhensive du jeune homme.

- Ne t'inquiète pas à ce sujet, tu comprendras bien assez tôt… Nous devons y aller, la communication va être rompue. Bonne chance, Terry.

- Ait confiance en toi, fit Hermione. Et je suis sûre que tu t'en sortiras ! Oh, encore une chose, quelqu'un de notre monde arrivera à la rentrée, officiellement se sera ton cousin. Soyez prudents tous les deux !

L'image disparut et Harry se trouva de nouveau face à lui-même. Ou plutôt, face à Terry. Il avait du mal à se faire à ce changement d'apparence.

- Mon cousin ? dit-il. Je me demande bien qui ça peut être.

Il se tourna vers Hélios.

- En attendant, allons déjeuner ! proposa-t-il à l'oiseau qui sembla approuver avec force.


¤ 04 juillet 2007 ¤

Correction : 4 mars 2013