Les Maîtres des Dimensions
Résumé général : Alors que Harry déprime après la mort de Dumbledore, il rencontre Némésis, une étrange femme qui lui propose une mission : se rendre dans un monde parallèle afin de créer un autre futur. Il part donc en 1976, dernière année de ses parents à Poudlard, sous le nom de Terry Star, accompagné d'Hélios son phénix mais également de Drago, qui a été renié par son père, portant le pseudonyme de Sylciu Celford. Ils se présentent comme des cousins venus d'Amérique.
Chapitre précédant : Voldemort parvient, grâce à Bellatrix, à découvrir le lycée moldu où se trouvent les sorciers et lance une attaque. Durant la bataille, Drago se découvre un pouvoir inattendu : il manie la magie runique d'une façon qui lui semble impossible. Harry assiste à la mort de l'Ange de la Mort, Grim Reaper, tuée par Bellatrix pendant les combats. Lorsque les aurors arrivent enfin, le mal est déjà fait et plusieurs personnes sont mortes. Dumbledore prend donc la décision de « tout effacer » grâce à un rituel au terme duquel Harry perd connaissance.
Chapitre 28 : Influences
James regarda les couloirs familiers de Poudlard sans réellement les voir. Il se demandait ce qu'il faisait là. Que s'était-il passé au juste ?
Un instant ils étaient en pleine bataille, puis celui d'après tout était fini… Le jeune homme avait du mal à réaliser. Et Leroy qui était morte. Remus, Terry et Lestrange avaient été transportés en urgence à Ste-Mangouste.
Il regarda autour de lui Peter, Sirius et Lily. Ses amis ne comprenaient pas plus que lui. Dès que la bataille s'était terminée, ils avaient été pris en charge par des médicomages qui les avaient rapidement remis sur pied, leurs conseillant du repos. Ils avaient ensuite été évacués en urgence.
Par réflexe, Marlène, Franck, Sylciu, Narcissa, Rogue, Avery, Brutus et Rosier s'étaient rapprochés d'eux, à la recherche d'informations mais peut-être aussi du soutien de personnes ayant vécu la même chose.
Cette affaire aura au moins eu un point positif : rapprocher Serpentard et Gryffondor. C'était ce que Terry avait dit.
- Sait-il toujours tout mieux que nous ? se demanda James à haute voix.
Il croisa le sourire de Narcissa.
- Tu penses à Terry ?
Lily gloussa. Définitivement, tout le monde avait la même opinion de l'américain brun. Son cousin eut un air faussement ennuyé.
- La question est : que s'est-il passé ? intervint Franck.
- Nous avons été attaqués, annonça Rogue, platonique.
- Quelle perspicacité ! ironisa Sirius.
- Ce n'est pas le moment, les rabroua Marlène. Commençons par le commencement. Rogue a raison, nous avons été attaqués par Vous-Savez-Qui. Puis les aurors sont arrivés et les Mangemorts se sont enfuis.
- Jusque là, je suis d'accord, approuva Lily. C'est après que ça devient confus. Je me souviens avoir été soignée, puis d'une grande lumière et de l'évacuation.
- C'est à peu près ça, confirma Sylciu. Nous avons été pris en charge par les médicomages qui ont soigné nos blessures, envoyant les plus touchés directement à Ste-Mangouste par le biais de Portoloins spécialement mis en place par les ministères de la magie français et britannique.
- Mais Terry n'était pas blessé à ce moment là, releva Narcissa.
- Non. En effet. Il a participé au tissage d'un charme visant à effacer toute trace de notre passage en France.
L'américain avait parlé sans la moindre émotion, sur un ton détaché.
- « Effacer toute trace » ? releva Lily. Comment ça ?
- Faire oublier notre existence à toutes les personnes – moldues, évidemment – que nous avions rencontrées. Bref, cela a vidé Terry de ses forces. C'est pour cette raison qu'il est à Ste-Mangouste. Il a un peu présumé de ses capacités.
- Ça m'étonne de lui, ironisa Sirius d'un air moqueur.
- Toi aussi ? répliqua Sylciu sur le même ton. Ceci dit, il y a quelque chose qui me satisfait…
- Quoi donc ? s'étonna Marlène.
- J'imagine la tête de Terry lorsqu'il va se réveiller dans un hôpital ! s'esclaffa l'américain. C'que j'aimerais être là !!
Lily lui donna une tape sur la tête.
- Tu pourrais compatir ! fit-elle.
Mais elle avait tout de même un sourire sur les lèvres.
- C'est pas vrai ! gémit Harry en se réveillant.
Du blanc partout. Et cette odeur aseptisée. En un mot comme en cent : l'infirmerie.
- Bienvenu dans le joyeux monde des conscients ! s'exclama une voix satisfaite.
Le voyageur dimensionnel tourna difficilement la tête. Dans un lit à coté de lui était allongé un Remus souriant.
- Tu as l'air en forme, remarqua le brun avec une pointe d'ironie.
- Ouais. Les médicomages de Ste-Mangouste font des merveilles.
Ste-Mangouste ? Harry eut un moment d'arrêt et regarda plus attentivement autour de lui. En effet, il se trouvait à l'hôpital et non à l'infirmerie, comme il l'avait cru de prime abord.
- Maintenant franchement, comment vas-tu ? fit-il en se tournant vers son ami.
Celui-ci haussa les épaules ce qui lui tira une légère grimace de douleur.
- J'ai vécu pire. D'après les médicomages, avec les soins appropriés je n'aurai plus mal demain et il n'y aura pas trop de cicatrices.
Harry lui lança un regard attristé. Si quelqu'un ne méritait pas cela, c'était bien Remus que sa condition de loup-garou faisait déjà trop souffrir.
- Je suis désolé.
- Pourquoi ? Tu n'y es pour rien. D'ailleurs c'aurait été pire si tu n'avais pas été là. Et puis j'ai eu de la chance, comparé à Lestrange.
Remus jeta un coup d'œil à un lit qui se trouvait non loin de là. Harry, interloqué, en fit de même. Leur condisciple s'y tenait allongé, fixant le plafond d'un œil vide.
- Il a reçu un sort de magie noire, expliqua le Gryffondor. Ça a contaminé sa magie de je-ne-sais-quelle-façon. Il ne pourra plus jamais lancer des sorts allant au-delà du niveau de première/deuxième année. Il est presque devenu Cracmol.
Le voyageur dimensionnel grimaça.
- Sa famille n'a pas dû bien le prendre, observa-t-il.
- Personne n'est venu le voir depuis que la nouvelle est tombée. Ni famille, ni amis. Je ne pensais pas dire ça un jour, mais je le plains sincèrement. Sa vie ne va pas être facile maintenant.
Le Survivant eut une pensée pour Drago.
- Non, dit-il sans vraiment s'adresser à Remus. Pas facile du tout…
Puis, mal-à-l'aise, il décida de changer de sujet.
- Combien de temps ai-je dormi ?
- Deux jours.
- QUOOOIII ??? Il faut que je sorte de ce lit !
- Hors de question, Monsieur Star, lui dit une voix aimable.
Le jeune homme se retourna et croisa le regard buté d'une infirmière.
- Mais je vais très bien, plaida-t-il.
- Ma cousine m'a prévenue que vous étiez un patient difficile, annonça la femme. Vous ne sortirez pas de ce lit, et je suis prête à vous attacher s'il le faut.
Harry afficha un air outré.
- Votre cousine ? releva Remus.
- C'est l'infirmière de Poudlard, Pompom.
- Ah ! cria le Survivant sur un ton horrifié. Je suis poursuivi par les dragons ! Lupin, à l'aide !!
Le lycanthrope s'esclaffa alors que l'infirmière menaçait sévèrement le voyageur dimensionnel de sa baguette.
Les deux jours qui suivirent furent assez moroses. Malgré la réussite du stage des Poufsouffles et des Serdaigles, il avait été décidé que le voyage des plus jeunes serait annulé. Drago avait été surpris de voir une profonde déception sur le visage de la plupart d'entre eux lorsque le professeur Dumbledore l'avait annoncé. Cependant, cela lui semblait définitivement plus sage.
Les journaux des jours précédents étalés devant lui, le jeune renié était attablé dans la Grande Salle, un verre de jus de citrouille à la main. La plupart de ses condisciples était sortis profiter du léger redoux que leur offrait cette semaine-là, ce qui donnait à l'endroit une atmosphère calme peu habituelle et très agréable – l'heure matinale aidant certainement beaucoup.
Drago se saisit du journal moldu français nommé « le Monde » – un peu pompeux comme titre, jugea-t-il, mais il avait déjà remarqué que les moldus avaient cette fâcheuse tendance.
« DÉSASTRE CLIMATIQUE DANS UN LYCÉE » titrait le quotidien. Pas très original mais assez direct. Le bilan, sept morts et pas mal de blessés, était affiché en lettres grasses. Les journalistes s'interrogeaient : mauvais état des bâtiments ? Les météorologues ne comprenaient pas : comment une telle dépression avait-elle pu éclater sans signes avant-coureurs ? Les familles s'insurgeaient : elles avaient perdu leurs enfants ! Et finalement, par un raisonnement que Drago n'était pas certain de saisir, le quotidien en arrivait à un débat sur le réchauffement de la planète. Quel rapport avec une pseudo-tempête meurtrière ? Il n'avait pas fait spécialement chaud !
Une note douce vibra dans l'air. Souriant, l'Anonyme releva les yeux de son journal et eut un sursaut de surprise.
- Hélios ? s'étrangla-t-il.
Dire que le phénix était méconnaissable aurait été faux : il était aisément identifiable. Mais ce n'était pas pour cela que la situation n'était pas surprenante. Il avait rapetissé ! Il était bien plus petit que la première fois que Drago l'avait vu, au coté de Potter.
- Par le caleçon de Merlin, que t'est-il arrivé ? s'exclama le blond.
Évidemment, l'oiseau de feu ne répondit pas. Il se contenta de jeter un œil dubitatif au quotidien avant de battre frénétiquement des ailes. Le sorcier pesta alors que tous les journaux s'envolaient. Mais avant qu'il n'ait pu les ramasser, Hélios avait attrapé sa robe dans ses serres et l'entraînait inexorablement dehors. Pendant quelques secondes, Drago tenta de résister – ce qui s'avéra hautement inutile. Il se laissa donc guider par l'animal en tentant de ne pas penser à l'air ridicule qu'il devait avoir, pris en otage par un oiseau.
Lorsqu'il arriva à la porte de Poudlard, il fut surpris de voir qu'il n'était pas le seul à se trouver là. Apparemment, c'était à cet endroit qu'Hélios comptait le conduire, car il le lâcha aussitôt pour s'élancer dans la foule.
- Hélios ? Que t'est-il arrivé ? s'exclama une voix que Drago connaissait bien.
S'approchant de l'attroupement, il n'eut aucun mal à discerner les silhouettes de Potter et Remus.
- Ils ont fini par te relâcher ? se moqua le renié en regardant son équipier.
Deux yeux verts identiques aux siens le foudroyèrent.
- Tu ne devineras jamais sur qui nous sommes tombés ! gloussa alors Remus.
Les yeux colériques se tournèrent vers lui.
- La cousine de Pomfresh, infirmière à Ste-Mangouste, s'exclama le Loup-Garou, théâtral.
Sirius se mit à rire – ou plutôt à aboyer, estima le blond. Il était tellement hilare qu'il devait se tenir à James pour ne pas tomber. L'Élu ne semblait pas partager son amusement.
- On me séquestre et c'est tout ce que ça vous fait ! Merci, grommela-t-il.
- Oh ! Pauvre Terry, minauda McKinnon en s'approchant de lui. Regardez, il a même une blessure de guerre !
En effet, la joue droite de Potter était joliment zébrée de trois traits parallèles.
- Mmm, objecta Sirius d'un air connaisseur en sortant de son fou rire. Je vois que tu ne perds pas ton temps. Comment s'appelle-t-elle ?
Potter s'empourpra jusqu'à la racine des cheveux alors que c'était au tour de Remus de partir d'un rire incontrôlable. Il fallut une bonne dizaine de minutes pour le calmer – le temps de rendre au visage de Saint Potter sa teinte normale – et personne ne connut réellement la raison de la blessure et de l'amusement du lycan. Drago ne l'avouerait jamais, mais sa curiosité avait été piquée au vif et il était terriblement déçu de ne pas connaître le fin mot de l'histoire.
- Terry ?
Tout le monde se retourna en même temps que l'interpellé pour se retrouver face au professeur Dumbledore.
- Je voudrais te parler, annonça le mage.
Approuvant de la tête, le voyageur dimensionnel le suivit. Hélios voleta derrière eux. Drago les regarda s'éloigner avec une étrange impression.
- Qu'est-ce ce que tu crois qu'ils vont se dire ? demanda Pettigrow.
- Va savoir ! répondit Remus en haussant les épaules. J'ai cessé de tenter de comprendre la relation de ces deux-là.
Cela valait mieux, commenta le renié pour lui-même. Certaines choses devaient rester secrètes.
Une petite heure plus tard, le petit groupe montait vers la tour des Gryffondors lorsqu'il croisa un Survivant particulièrement pâle marchant d'un pas vif.
- Que se passe-t-il ? s'inquiéta immédiatement Lily.
- Je dois aller à l'infirmerie, répondit l'interrogé d'une voix tendue en poursuivant son chemin.
Sans même se concerter ses camarades lui emboitèrent prestement le pas. En arrivant dans l'antre du Dragon – la gardienne des lieux leur donna l'autorisation de rester « cinq minutes et dans le plus grand silence, c'est compris Monsieur Star ? » –, l'Anonyme vit son coéquipier se diriger vers un lit dans lequel était étendu un garçon. Deux jeunes filles se trouvaient à son chevet. La première était Narcissa Black, ce qui n'avait rien de surprenant. La seconde se retourna en les entendant arriver. Elle portait un uniforme aux couleurs de Serdaigle. Les reconnaissant, elle eut les larmes aux yeux. Et à la surprise générale, elle se jeta dans les bras de Potter…
… qui ne rougit même pas ! La situation devait être grave. Le renié la reconnu alors : c'était elle qui avait aidé l'Élu pendant l'épidémie. Si les souvenirs du jeune homme étaient exacts, son équipier l'aidait en défense contre les forces du mal. Ce qui n'expliquait pas la raison de sa présence à l'infirmerie et encore moins le visage tiré qu'elle arborait. La situation était-elle si grave que ça ?
Une exclamation de Sirius vint confirmer les craintes de Drago.
- Regulus ? s'écria le Gryffondor en reconnaissant le garçon étendu.
Harry n'avait pas été réellement surpris de trouver Veena au chevet de Regulus. Il n'avait été que légèrement dérouté lorsqu'elle s'était jetée dans ses bras en sanglotant. Étant donnée l'explication de Dumbledore, c'était presque logique.
- Regulus ?
Il y avait de la surprise dans la voix de Sirius. Mais le voyageur dimensionnel n'aurait pas mis sa main à couper qu'il y avait autre chose. Manifestement, le problème des relations entre les frères Black restait entier. Cela dit, pour le moment, ce n'était pas le plus urgent.
- Comment va-t-il ? s'enquit Harry.
- Il est dans le coma, d'après Pomfresh. Elle se demande si elle ne devrait pas le transférer à Ste-Mangouste. Un groupe de Serpentard de sixième année s'en est pris à lui, expliqua la Serdaigle, la voix tendue. Ils ne l'ont pas raté…
Elle semblait très mal, ce que le Survivant comprenait aisément compte tenu de la situation. La pauvre devait – à tort, ça allait sans dire – se sentir coupable de la situation.
- À force d'avoir ce genre de fréquentations, ça devait arriver ! siffla Sirius. On récolte ce que l'on sème.
Veena se tourna vivement vers lui, les yeux lançant des éclairs et Harry comprit immédiatement que le Gryffondor avait poussé le bouchon trop loin. Les nerfs de la jeune fille étaient soumis à rude épreuve depuis que cet incident avait eu lieu – la veille au soir, d'après ce qu'avait dit le directeur – et le Maraudeur risquait de subir les conséquences de cette accumulation de stress.
Le Survivant préféra ne pas regarder ce qui aller suivre.
CLAC !!
Sirius cilla, complètement ahuri. Sa joue le picotait mais il n'avait pas vraiment mal. La gifle n'avait pas été si forte que cela… C'était surtout ces yeux mauves dans lesquels brillait un éclair furieux qui le déstabilisaient. Ces yeux…
- Comment ? s'étouffa la Serdaigle. Comment peux-tu dire de telles atrocités envers ton propre frère ? Il est cent fois mieux que toi qui prend des grands airs mais qui ne fait jamais rien de valable ! Il a fait ça pour m'aider ! Me sauver ! Qu'est-ce que tu crois ? Que tes blagues pourront t'être d'une aide quelconque une fois hors de Poudlard ? Ou pour aider les autres ? Réveille toi, imbécile ! C'est Regulus qui aurait dû aller à Gryffondor et non toi !!!
Cette réplique était bien plus douloureuse que la gifle. Ces yeux mauves le foudroyaient du regard. La jeune fille était furibonde. Qui était-elle au juste ? La petite amie de Regulus ? Elle portait le blason de Serdaigle et Sirius se rappelait vaguement l'avoir vue avec Terry ou Lily à quelques occasions, mais il n'avait jamais vraiment prêté attention à elle.
- Du calme, Veena, tempéra le Serpentard en intervenant pour ramener la sixième année à de meilleures dispositions. S'énerver ne servira à rien. De plus, nous avons dépassé notre temps de visite et le Dragon se dirige par ici, je suggère donc un repli stratégique.
- Par moment on a vraiment du mal à croire que tu es de ceux qui s'opposent au Seigneur des Ténèbres, jugea Narcissa dans un sourire.
Elle se leva, remis une mèche rebelle de son cousin inconscient en place et s'apprêta à sortir, suivie par la dénommée Veena. Sirius jeta un dernier regard à son frère. Pourquoi avait-il dit cela ? Il le savait parfaitement… Il restait cette rancœur au fond de lui. Son frère, son petit frère chéri l'avait rejeté comme tous le reste de la famille. Et le Maraudeur lui en avait voulu pour cela, se forçant à le cataloguer comme Mangemort et à le repousser systématiquement dès qu'il avait le malheur de s'approcher de lui…
- Il est temps de mettre fin à tout cela, Regulus, murmura le Gryffondor. Il faudra très certainement que nous discutions…
- Je pense que c'est une bonne idée, remarqua Terry.
Sirius sursauta, surpris. Il avait pensé que le Serpentard était parti. Pomfresh les regardait de loin, semblant tolérer pour une raison incompréhensible leur présence.
- C'est facile à dire ! protesta le Maraudeur. Mais je n'ai jamais été doué pour ce genre de chose.
- La discussion ? Ton frère non plus n'est pas un as dans cette matière. Il va falloir que vous fassiez des efforts. Il en a besoin…
Sans attendre de réponse, le vert et argent tourna les talons et quitta à son tour l'infirmerie. Sirius le regarda s'éloigner sans savoir comment réagir.
Potter ne parut pas surpris de voir que Drago l'avait attendu à la sortie de l'infirmerie. Le renié ne fit aucun commentaire à ce sujet.
- Que lui est-il arrivé ? s'enquit-il tout en se demandant d'où lui venait ce soudain intérêt pour la vie des autres.
- Apparemment, des Serpentards de sixième année avaient réussi à coincer Veena dans un couloir et lui cherchaient dans problèmes – le truc habituel quoi : Sang-de-Bourbe et compagnie.
- Rien de bien original, en somme, grinça le blond en songeant que lui-même avait participé à ce genre de « problèmes ».
À l'époque, il trouvait ça extrêmement amusant. Maintenant la simple pensée d'agir ainsi lui paraissait absurde. C'était étrange mais tout ce qui s'était passé avant l'arrivée dans ce monde semblait appartenir à une autre vie.
- Bref, reprit Potter, Regulus les a surpris et s'est interposé.
- Très Gryffondor de sa part. Mais absolument inconscient. Tu as une mauvaise influence sur ce garçon !
- Je te remercie de ton soutien !
- Je t'en prie, c'est un plaisir, répliqua le blond, pince-sans-rire.
Potter afficha un air désespéré que démentait son sourire en coin.
- Quel genre de sort s'est-il pris pour être dans cet état ? demanda l'Anonyme avec sérieux.
- D'après ce que j'ai compris, les sixièmes années n'ont pas appréciés d'être interrompus et ils ont passé leurs nerfs sur Regulus, l'accusant au passage de fraterniser avec l'ennemi – moi, en l'occurrence.
- Tu es l'ennemi des Serpentards cette semaine ? ironisa Drago.
- Il semblerait, observa le brun en haussant les épaules. En tout cas, je suis plus souvent l'ennemi que la coqueluche des verts et argents. Ce qui n'est pas plus mal. Ils me laissent tranquille comme ça !
- C'est vrai que chercher les Horcruxes avec toute la maison Serpentard sur le dos, ça doit pas être évident.
- T'as bientôt fini de te foutre de moi ?
- Non.
- Ça a le mérite d'être direct ! commenta Potter, résigné. Sinon, j'ai une bonne nouvelle. C'est pour ça que je suis resté aussi longtemps avec Dumbledore. Il a trouvé un des Horcruxes : la bague. Elle est détruite.
Drago s'arrêta de marcher, le visage sombre.
- La bague ? C'est bien le dernier Horcruxe que le Dumbledore de notre monde avait trouvé avant de…
La voix du jeune homme chancela. Il n'aimait pas parler de ça. Il préférait ne pas y penser et se concentrer sur la dimension dans laquelle il se trouvait. C'était le meilleur moyen qu'il avait trouvé pour ne pas broyer du noir.
Il fut reconnaissant à Potter de ne pas chercher à lui remonter le moral concernant leur directeur. Ce n'était pas ce dont il avait besoin pour le moment.
- Enfin, reprit le blond, elle lui avait brûlé la main, non ?
- Exact. Et elle l'avait considérablement affaibli. C'est ce qui a failli arriver ici. Mais Hélios s'en est mêlé.
- Ce phénix met son bec partout ! Où est-il d'ailleurs ?
- Dans le bureau de Dumbledore, il se repose. Il semble que Dumbledore ait reproduit les erreurs du double de notre monde. Mais au moment où la bague allait lui faire du mal, Hélios a mis son grain de sel. Apparemment, il a fait un truc de phénix, le directeur ne sait pas exactement de quoi il s'agissait, mais ce sont des animaux mystérieux…
- Sans parler du fait qu'il vient du monde de Némésis ! ajouta Drago.
- Je ne te le fais pas dire. Bref, par ce je-ne-sais-quoi, il a détruit l'Horcruxe. Et s'est fait tuer au passage.
- Voilà pourquoi il a rapetissé ! En fait, il a rajeuni ! comprit l'Anonyme.
- Parfaitement. Il a actuellement à peu près une semaine. C'est pour cela qu'il se fatigue très vite.
- Combien de temps de tranquillité avons-nous ?
- Une semaine, deux tout au plus !
- Misère, si peu ! gémit le renié avec un geste théâtral.
Potter rit franchement. Malgré l'inquiétude qu'il avait quant à l'état de Regulus Black, cette nouvelle l'avait manifestement mis de bonne humeur. Ce qui pouvait aisément se comprendre.
- Que reste-t-il à trouver ?
- Le journal, répondit le Survivant. Et ensuite un ou deux autres. Le problème, c'est que je ne sais pas quand les Horcruxes que nous savions exister dans notre univers ont été créés, autrement dit…
- Impossible de savoir le nombre exact d'Horcruxes à chercher ici. OK, ça ne va pas nous faciliter la tache.
- Nous ?
- Je t'ai dit que je t'aiderai, non ?
Drago tenta de prendre l'air décontracté du type qui, n'ayant rien de mieux à faire, donne un petit coup de main pour occuper son temps libre. Son équipier ne sembla pas dupe mais il ne fit aucun commentaire. À part un petit sourire en coin particulièrement agaçant.
Le lendemain, Harry apprit avec soulagement que l'état de Regulus s'était amélioré – pas au point d'espérer qu'il se réveille dans la journée, mais suffisamment pour exclure un transfert à Ste-Mangouste.
- Elle culpabilise beaucoup, il faudrait qu'elle pense à autre chose.
Le changement de caractère de Narcissa éblouissait le voyageur dimensionnel. Il n'aurait pas cru, quelques semaines plus tôt, que la jeune fille puisse un jour s'inquiéter de la santé de Veena Sunlight. Les deux sorcières avaient été réunies par leur tendresse envers le jeune malade.
Harry soupira.
- Je pense que tu as raison, admit-il. Mais je ne sais pas vraiment comment faire pour l'aider… Je n'ai jamais été très doué avec les filles.
Narcissa eut un sourire assez vexant. Son condisciple décida de l'ignorer.
- Mais peut-être Lily peut-elle faire quelque chose… Il faudrait que tu en parles avec elle.
- Moi ? s'étrangla la Serpentard.
D'accord, Harry aurait pu dire qu'il s'en occuperait mais comment résister à l'occasion qui s'offrait à lui de rapprocher le double de la mère de Drago des Gryffondors ? D'autant plus qu'en général, le blond était avec la Préfète-en-Chef.
- Oui, toi. Qui d'autre ?
La jeune Black sembla déroutée par l'assurance de son interlocuteur. Elle hésita un instant avant de répondre.
- Tu as certainement raison. Je lui parlerai après le cours…
Elle tourna les talons et quitta la salle commune des Serpentards d'une démarche un peu plus rigide que d'habitude. Le Survivant la suivit du regard en se demandant ce que cette discussion allait bien donner.
- Je vois clair dans ton jeu, fit une voix accusatrice dans son dos.
Harry sourit sans même se retourner, amusé.
- Je ne vois pas de quoi tu veux parler, Severus, affirma-t-il avec un air innocent.
Le susnommé lui lança un regard noir.
- Pourquoi fais-tu ça, Terry ? Pourquoi tenter de nous rapprocher les uns des autres ?
- Et pourquoi pas ?
- Nous sommes des Serpentards et eux des Gryffondors. C'est…
- Incompatible, je sais, le coupa le voyageur dimensionnel en agitant négligemment la main. Tu ne trouves pas ça ridicule ? Et dangereux, pour couronner le tout ! Regarde Regulus : il est dans le coma pour avoir eu le malheur de vouloir protéger une jeune fille que l'on embêtait et pour avoir été ami avec moi ! Tu trouves ça normal ?
- C'est hors sujet.
- Pas du tout ! Tout est lié, Severus. Et tu es suffisamment intelligent pour t'en rendre compte.
- Pas la peine de me cirer la baguette ! (1) grogna le vert et argent.
- Je ne cire rien du tout. Je dis ce que je pense. Cette guerre est ridicule et fait beaucoup trop de mal pour être acceptable. Point à la ligne. Il n'y a rien à ajouter.
- Tu ne sais pas de quoi tu parles.
- Alors explique-moi, s'agaça Harry. Je t'écoute, Severus !
- Ils m'ont humilié, blessé, failli me tuer ! Comment puis-je leur pardonner ? Tout le monde n'est pas comme toi !
- Comme moi ? Bah, peu importe !
En fait, le garçon d'un autre monde n'était pas certain d'avoir envie de savoir ce que son condisciple voulait dire par là.
- Fait comme tu veux, après tout ! s'énerva-t-il. Devient un Mangemort parce que quatre gamins idiots ont suivi l'exemple qu'ils avaient d'un conflit vide de sens et t'ont choisi comme ennemi déclaré ! Et dit amen pour ceux qui viendront derrière toi et qui devront subir la même chose – quelle que soit leur maison. C'est tellement plus simple !
Harry se demanda furtivement pourquoi il se mettait en colère ainsi. Peut-être parce qu'il en avait marre d'avoir toujours la même conversation sur le même sujet. Serpentard ou Gryffondor, quelle importance finalement ? Être chez les serpents n'avaient pas aidé Leroy ou Lestrange. Cette opposition n'avait pas de sens ! Au contraire, ils auraient plutôt dû s'entraider que de se faire la guerre !
Le voyageur dimensionnel eut un soupir intérieur. Le Dumbledore de son monde aurait certainement été heureux de l'entendre dire cela. Il releva les yeux pour regarder Severus passer ses nerfs sur son devoir de métamorphose. Peut-être était-ce pour cela qu'il était aussi énervé, se dit Harry. Parce que dans une certaine mesure, cette conversation lui en avait rappelé d'autres. D'autres dans lesquelles il se tenait malheureusement à la place du futur maître des potions. Et il savait parfaitement à quoi son entêtement avait conduit : au lieu de tendre la main à Drago il lui avait donné d'autres raisons d'entrer au service de Voldemort et Dumbledore en était mort.
Frissonnant malgré l'imposant feu crépitant dans l'âtre, le Survivant tenta de chasser ces pensées de son esprit. Ce n'était pas le moment de broyer du noir ou de regretter le passé. Il aurait le temps pour cela après. Lorsque sa mission – ses missions – serait accomplies.
- Un jour, déclara le jeune homme sans vraiment s'adresser à quiconque, en regardant le plafond argenté, tu te rendras compte que ton manque de tolérance t'a fait commettre des erreurs. Hélas, ce jour-là, il sera trop tard. Et tout ce qui te restera, ce seront des regrets. Des regrets de se dire « pourquoi n'ai-je pas laissé une toute petite chance ? Pourquoi n'ai-je pas écouté ? Alors peut-être les choses auraient-elles été différentes… ».
Il ferma les yeux, tentant de se convaincre qu'il ne devait pas répondre à ces questions. Malgré cela, il sentit le regard de Severus sur lui. Mais il ne bougea pas. Il n'avait ni l'envie, ni le courage de répondre à des questions…
Lily vit la fin de la journée arriver avec plaisir. L'atmosphère était morose en cours. Terry n'avait pipé mot, perdu dans ses pensées – sombres, selon toute probabilité. Severus semblait lui aussi plongé dans une intense réflexion. Sylciu semblait s'ennuyer ferme et les Maraudeurs tramaient Merlin-savait-quoi.
À la sortie du cours d'enchantement, James s'était excusé en lui posant un léger baiser sur les lèvres : il devait la laisser pour aller s'occuper de l'entrainement de l'équipe de Quidditch. Ce qui était vrai, puisque le match Poufsouffle/Gryffondor avait été programmé pour la semaine suivante. Avec toute l'agitation des dernières semaines, la rousse avait quasiment oublié qu'ils puissent avoir des occupations aussi futiles. Cependant, elle devait admettre que le retour à une sorte de routine était rassurant. Son petit-ami avait proposé à Sylciu et Terry de venir assister à l'entrainement. Evidemment, les deux américains avaient sauté sur l'invitation – avec la promesse pour le vert et argent de ne rien révéler aux joueurs de sa maison. Terry avait immédiatement promis, signalant au passage qu'il était pour le moment en mode « indésirable » dans sa maison. Severus avait grincé des dents mais n'avait fait aucun commentaire.
Afin de profiter des derniers rayons du soleil, Lily avait décidé d'aller lire dans le parc, après s'être chaudement habillée – le mois de janvier venait à peine de ses terminer, après tout. Elle fut assez surprise de voir Narcissa Black se diriger vers elle.
- Star m'a dit que tu étais une amie de Sunlight.
- En effet, approuva la rousse, surprise.
- Je… je pense que tu devrais aller lui parler. Elle culpabilise beaucoup pour ce qui est arrivé à Regulus et… euh… je pense qu'elle a besoin qu'on lui remonte le moral.
Il n'était pas dans les habitudes de la Serpentard d'être hésitante. Lily était surprise. Et la demande formulée par la blonde était toute aussi inattendue.
- Ça ne m'étonne pas vraiment d'elle, soupira la Préfète-en-Chef. Surtout avec ce que Sylciu m'a raconté sur ce qui s'était passé… Bon, je suppose qu'elle doit être à l'infirmerie. Allons-y.
- Toutes les deux ? s'étonna Narcissa.
- Évidemment ! Nous ne serons pas trop de deux !
Lily fut surprise par le sourire de sa condisciple.
- Tu ne serais pas de la famille de Terry, par hasard ? ricana la vert et argent en passant devant la rousse.
Cette dernière roula des yeux en riant avant de lui emboiter le pas. À elles-deux, elles parviendraient bien à aider la pauvre Veena.
Harry soupira. Sa petite conversation avec Severus l'avait plus retourné que ce qu'il pensait. Décidé à se changer les idées, il avait quitté la salle commune de Serpentard pour rejoindre le parc. Il resserra son écharpe autour de son cou alors que son soupir créait un nuage de fumée. Le froid s'était définitivement installé sur le petit monde de Poudlard et des cristaux de givres parsemaient l'herbe.
Le Survivant se doutait qu'il ne rencontrerait pas grand monde dans le parc et c'était bien la raison de sa présence. Il se mit hors de vue de terrain de Quidditch où il savait que l'équipe de Gryffondor était en plein entrainement et laissa ses pas le guider à l'orée de la Forêt Interdite. Il ne savait pas vraiment pourquoi il avait pris cette direction, mais n'ayant pas de but précis, il n'y fit guère attention.
Il fut extrêmement surpris de découvrir qu'il n'était pas le seul à avoir bravé le froid pour un peu d'intimité. Le regard vert de Drago se posa sur lui.
- Potter ? Que fais-tu là ? s'étonna le susnommé.
Malgré lui, Harry eut un sourire. Jamais il n'aurait imaginé un jour découvrir le blond assis sur une branche basse d'un arbre de la Forêt Interdite, perdu dans ses pensées.
- Dispute avec Severus, répondit simplement l'interrogé. En quelque sorte.
Drago ne demanda pas plus de détails. C'était une habitude entre eux. Une sorte d'accord tacite : ne jamais en demander plus que nécessaire lorsque l'autre fermait le sujet.
- Et toi ?
Le renié soupira et posa sa tête contre le tronc sans répondre.
- C'est à cause de Marina ?
Il y eut un silence puis l'ancien Serpentard daigna répondre.
- Probablement un peu. Je ne sais pas vraiment ce que je suis censé ressentir là.
- Qu'est-ce que tu ressens ?
- Au cas où tu ne t'en serais pas rendu compte, je ne suis pas un expert question sentiment, Potter.
- Je trouve que tu ne t'en sors pas si mal que ça cette année, observa calmement Harry. Et avant… et bien je ne te connaissais pas assez bien pour juger.
Drago émit un grognement indistinct et le silence s'installa à nouveau entre les deux équipiers. Cela ne les dérangeait pas outre mesure. Le brun s'adossa à l'arbre et laissa son regard dériver sur le château.
- Que se passe-t-il chez nous, à ton avis ? demanda l'Anonyme après un moment.
Dire que Harry n'y avait pas pensé aurait été faux. Mais il avait jusque là tenté de repousser ses angoisses pour se concentrer sur l'univers dans lequel il se trouvait.
- Je me le demande. Avec la mort de Dumbledore… Les choses ne doivent pas être évidente là-bas.
Une branche craqua non loin d'eux, couvrant à peine le soupir du Survivant.
- Je me demande parfois si je ne les ai pas abandonnés en venant ici. Ne devrais-je pas chercher les Horcruxes là-bas plutôt qu'ici ?
- Qu'est-ce qui te dit que tu n'agis pas pour les deux mondes en étant ici ?
Le brun leva un regard surpris vers son camarade.
- Némésis a dit que les mondes étaient jumeaux, n'est-ce pas ? Alors il est fort probable que les emplacements des Horcruxes soient les mêmes et alors toutes les recherches que tu auras fait ici serviront chez nous.
Harry eut un sourire désabusé.
- Je ne te connaissais pas cet optimisme.
- Je ne le connaissais pas non plus, répondit succinctement le renié.
Son interlocuteur sourit plus largement.
- Pourquoi ai-je la vague impression que tu cherches à fuir le sujet « Marina » ? fit-il.
- Moi ? s'indigna Drago avec un air d'innocence pure.
- Tu vois quelqu'un d'autre ici ?
Le blond fit claquer sa langue sur son palais avec agacement.
- Je ne sais pas vraiment où j'en suis avec cette histoire. Je ne savais déjà pas où j'en étais avant l'attaque et le sort alors maintenant… Est-ce que j'étais amoureux d'elle ?
Le Survivant eut un rire sarcastique.
- J'ai bien peur que tu t'adresses à la mauvaise personne. Mon incapacité dans ce domaine est intermondialement reconnue.
- Tant que ça ?
- Tu n'as pas idée, avoua Harry, faussement dramatique. Cependant, je pense que tu ne dois pas te tracasser avec ça. Accepte ce que tu ressens. Il est normal que tu sois un peu déboussolé pour le moment. Attend un peu et vois comment cela évolue. Tu aviseras alors.
- Un plan typiquement gryffondor, releva Drago, mi-méprisant, mi-amusé.
- Chassez le naturel, il revient au galop, conclut son « cousin ».
James jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Il avait rarement vu Sirius dans un tel état après un entraînement de Quidditch. Où était passé le garçon joyeux et rieur ? C'était étrange… Du plus loin qu'il s'en souvienne, le Préfet-en-Chef n'avait que très rarement vu son ami avec cette expression sérieuse et pensive sur le visage.
Ralentissant le pas, le Maraudeur se mit à la hauteur de son complice, laissant le reste de l'équipe les distancer. Surpris, Sirius releva les yeux pour croiser le regard de son presque-frère. Aucun mot ne fut échangé à cet instant. Ils bifurquèrent silencieusement, quittant le chemin rejoignant le château pour se rapprocher de la forêt interdite.
- Ai-je fait une erreur ?
Ils marchaient depuis un bon moment lorsque le jeune Black formula sa question. James savait parfaitement qu'elle ne s'adressait pas vraiment à lui. Il attendit donc la suite.
- Est-ce que j'aurais dû ne pas fuguer d'après toi ?
Une bonne question. Et Sirius voulait savoir ce que le Préfet-en-Chef en pensait. Ils en avaient déjà parlé, pourtant.
- Ça ne pouvait pas continuer comme ça, Sirius.
- Mais j'ai abandonné Regulus.
Ah ! Il était donc là, le problème. James se gifla mentalement. Comment avait-il pu ne pas y penser ? Où avait-il donc la tête exactement ? L'espace d'un instant, le jeune homme se demanda si cet entraînement de Quidditch n'était pas complètement stupide. Comment penser sport dans de telles conditions ? Tout le monde tentait tant bien que mal de se convaincre que tout allait bien… Mensonge ! Ce n'était que pur mensonge ! Tout était loin d'aller bien. Et se préoccuper de choses aussi insignifiantes que le Quidditch relevait de…
Stop. Ce n'était pas le moment de se morfondre sur ça. Une chose après l'autre. Tout d'abord, il fallait régler – ou à défaut, tenter de le faire – le problème de Sirius. Mais que répondre ? Oui, il avait laissé son petit frère. En même temps, ce n'était pas à un enfant de seize ans de prendre en charge son cadet.
- Peut-être aurais-je pu éviter tout cela.
- Arrête, Patmol, intima James. Tu n'es pas tout puissant. Fourre toi ça dans le crâne.
- Mais…
- Mais quoi ? Qu'aurais-tu pu faire ? Merlin, tu avais seize ans et tu vivais un calvaire chez toi. Tu es parti pour te protéger. Que tu deviennes fou n'aurait pas aidé ton frère, crois-moi !
- Mais je n'ai rien fait après ça. Je l'ai banni de ma vie sans chercher à l'aider. Ai-je eu tort ?
Le jeune Potter soupira. Il ne savait pas à vrai dire. Avec des si on mettrait Poudlard en bouteille, signala une voix dans sa tête. À quoi bon se torturer avec le passé ? Cela ne changerait rien…
- Non. Tu n'as pas eu tort. Quant à savoir si tu as eu raison… Je l'ignore. Mais peu importe. Que vas-tu faire maintenant ? C'est là la grande question, ne penses-tu pas ?
Sirius s'arrêta pour se tourner vers James.
- Que dois-je faire ? répéta-t-il. Je ne sais pas, moi ! Terry veut que je parle avec lui mais…
- Peu importe ce que veut Terry ! le coupa le Préfet-en-Chef. C'est ton affaire, pas la sienne. Tu dois faire ce que ton cœur te dicte. Que te dit-il, Sirius ?
- C'est mon petit frère. Je ne peux pas le laisser dans cet état. Je ne peux pas laisser un étranger s'occuper de lui plus que moi. Je crois… je crois que même si j'ai voulu me convaincre du contraire je l'aime toujours, cet imbécile de Regulus. Enfin, je pense. Est-ce que j'ai tort ?
- C'est à moi que tu le demandes ? rit James. Patmol, reprit-il en redevenant sérieux, tenter d'aider les gens n'est jamais – à mon sens – une mauvaise chose. Et puis, je suis certainement mal placé pour en parler mais c'est ton petit frère. Même s'il a commis des erreurs – principalement à cause de votre famille, ce qui les minimise beaucoup d'après moi – qui n'en fait pas ? Devez-vous sacrifier votre relation pour ça ?
- Pourquoi dis-tu que tu es mal placé pour parler de ça ?
Le Préfet-en-Chef fit une grimace.
- Je suis fils unique, rappela-t-il.
- C'est hors de propos, écarta Sirius avec un geste nonchalant de la main en se remettant à marcher. Tu es, à mes yeux, la meilleure personne pour parler de ça ! Peut-être ex æquo avec Remus. Lui aussi n'est pas mal dans le genre.
- Il aurait été certainement plus approprié de demander conseil à Lunard.
- Idiot.
James s'arrêta. Étrangement, malgré l'insulte, la voix de son ami était douce. Trop douce. Un curieux sourire flottait sur les lèvres du jeune farceur.
- Patmol ? bafouilla le Préfet-en-Chef en cillant. Que…
- Pourquoi crois-tu que c'est à toi que j'en parle ? Parfois, tu es un imbécile, Cornedrue.
Le susnommé croisa le regard de son compagnon. Et il sourit.
- Je me demande qui est le plus idiot de nous deux, Monsieur-je-deviens-brusquement-sentimental. Va voir ton frère et redevient le Patmol complètement insouciant que je connais !
- Tu n'as pas conscience de ta chance, siffla Sirius, faussement dédaigneux.
Son ami gloussa en lui donnant une accolade fraternelle. Ils avaient tous les deux des moments comme ça, où ils n'avaient pas besoin de parler pour se comprendre. Alors Sirius n'avait pas besoin de l'exprimer pour que James le comprenne : il lui avait demandé conseil car leur relation était aussi forte que celle de deux frères. En fait, il ne leur manquait que le sang pour pouvoir s'appeler ainsi.
Le Préfet-en-Chef regarda son meilleur ami s'éloigner, un léger sourire flottant sur ses lèvres. Il avait le pressentiment que l'accident de Regulus serait bénéfique, à posteriori. Le Maraudeur regarda le parc s'étendant autour de lui. Il ne pouvait pas s'empêcher de penser à Terry dans un tel moment. Etait-il réellement la cause de ces bouleversements ou bien tout cela se serait-il passé sans son action ? Quelque chose disait à James que l'américain était, à défaut d'entièrement, en grande partie responsable de tout ce qui se passait.
C'était comme si… comme si Terry avait su des choses… des choses que les autres ne savaient pas. Des choses sur eux.
- Ça n'a pas de sens ! grogna-t-il pour lui-même.
Son raisonnement était réellement trop tiré par les cheveux. Comment le nouveau aurait-il pu avoir conscience de faits que personne ne connaissait ? Il n'était pas voyant, aux dernières nouvelles.
- Hey…
Une voix douce le tira de ses pensées alambiquées. Se retournant, il croisa le regard vert qu'il aimait tant.
- Tu es bien pensif, sourit Lily en s'approchant de lui.
Il sourit en l'enlaçant.
- Ce n'est rien. Comment s'est passée ta journée ?
La jeune fille eut un sourire en coin.
- Je prépare mon diplôme de psychomagie !
Son petit-ami haussa un sourcil, surpris. La rousse rit doucement.
- Un petit problème avec Veena et Narcissa. Mais ce n'est rien. C'est réglé.
- Sunlight et Narcissa ? répéta James. Décidemment, il se passe réellement des choses étranges dans cette école ! Pas que je m'en plaigne, mais il y a un an, aurions-nous imaginé tout cela ?
- Il y a un an, Terry et Sylciu n'étaient pas là, répondit simplement Lily.
- Mais ont-ils une si grande influence ? Je… je ne peux pas croire qu'ils puissent changer nos vies de la sorte! Qu'ils aient un tel pouvoir !
- Cela te trouble à ce point ? demanda la rousse d'une voix douce.
- Mais bien sûr ! Je refuse d'être simplement une marionnette enfermée dans un destin qu'elle ne décide pas ! Lily !... Je refuse d'être manipulé !
- Mais nous ne le sommes pas. Nous avons toujours notre libre-arbitre, même si Terry et Sylciu nous influencent beaucoup. Ce sont nos choix qui sont en cause. Tu entends, James ? Uniquement nos choix.
- Puisses-tu dire vrai.
Bellatrix sourit. Elle avait gagné. Gagné. Certes, cette mission au ministère français avait été affreuse, mais elle avait également été très productive, songea la jeune femme en caressant la faux qui était maintenant la sienne. Grim Reaper n'était plus qu'un mauvais souvenir et d'ici peu, le Maître ne se souviendrait même plus de son existence, Bellatrix y veillerait.
Elle jeta un regard méprisant aux mangemorts qui la dévoraient des yeux. Elle sentait l'envie et la jalousie qu'ils lui portaient. Elle qui avait réussi en si peu de temps à atteindre l'ultime récompense. Elle était devenue une Âme Damnée.
Elle était l'Ange de la Mort du Seigneur des Ténèbres.
Et ce n'était que le commencement, pensa-t-elle avec un sourire carnassier. Bientôt, elle serait beaucoup plus.
Une fois n'est pas coutume, Sirius se leva sans bruit ce matin-là et quitta la tour de Gryffondor après s'être rapidement habillé sans réveiller aucun de ses condisciples. En cette heure matinale, le soleil n'était pas encore levé et il croisa quelques Elfes de maison qui s'affairaient encore dans les couloirs. Les petits êtres le saluèrent respectueusement alors qu'il marchait. Il songea un instant à passer en cuisine pour obtenir quelque chose à se mettre sous la dent, mais renonça à l'idée. Il n'avait pas encore vraiment faim et il rejoindrait certainement ses amis pour petit-déjeuner dans la Grande Salle.
Il arriva à l'infirmerie et fut surpris de ne pas entendre le Dragon pester qu'il était trop tôt pour les visites. Elle se contenta de lui amener une boisson chaude – Sirius soupçonna que ce fût une infusion – en lui disant qu'elle ne voulait pas qu'il attrape froid : c'était un mauvais patient. Le Maraudeur sourit et reporta son attention sur le malade allongé devant lui en se réchauffant les mains avec la tasse fumante.
Sa discussion avec James la veille l'avait réconforté dans sa décision : il parlerait à son frère. Mais encore fallait-il que celui-ci se réveille et que le Gryffondor trouve les mots. Il avait adoré son petit frère, fier que celui-ci le prenne pour modèle, malgré quelques disputes aussi monumentales qu'éphémères. Et puis il était entré à Poudlard et tout avait changé. Le jeune homme voulait bien admettre qu'il avait sa part de responsabilité dans ce changement, mais il n'était pas entièrement fautif. Si on pouvait caractériser une faute dans cette affaire, ce qui n'était pas vraiment certain. Sirius avait voulu se protéger, non pas faire du mal à son frère. Que se serait-il passé s'il ne l'avait pas fait ? Tout aurait probablement mal tourné…
Le Maraudeur soupira. Il était inutile de revenir sur le passé. Pour le moment tout du moins. Il fallait avancer.
Le sorcier porta la tasse à ses lèvres. Une infusion au thym, quelle surprise ! Enfin, c'était chaud et en cette fin du mois de janvier un peu de chaleur ne pouvait faire que du bien. Il laissa son regard se perdre sur la surface fumante de la boisson. Qu'allait-il bien pouvoir dire ?
- Sir… ius… ?
Il releva vivement la tête, manquant renverser sa tasse au passage.
- Ouille !
Un peu d'infusion brulante s'était renversé sur la main du rouge et or. Il eut droit à un sourire moqueur.
- On ne se moque pas, la belle au bois dormant ! ordonna Sirius, faussement vexé. Madame Pomfresh !
- Monsieur Black ! Êtes-vous fou pour hurler ainsi à une heure pareille ? Je… Oh !
La voix du dragon se radoucit alors qu'elle posait ses yeux sur le lit à coté de Sirius.
- Monsieur Black, vous êtes réveillé ? Comment vous sentez-vous ?
- Soif.
- Evidemment, je vous apporte tout de suite quelque chose.
- Autre chose que de l'infusion au thym ? s'enquit le Maraudeur, intéressé.
- Ce n'est pas pour vous, Monsieur Black ! Contentez-vous de ce que vous avez !
- Tyran, marmonna le Gryffondor.
- Je vous ai entendu !
- Tu… vas finir… par t'at… tirer des problèmes…
Sirius sourit.
- Ne t'en fais pas ! Elle m'adore !
- Elle le… cache bien.
- Elle est très timide.
- Monsieur Black, grogna la voix de Pomfresh qui revenait avec une boisson, cessez de raconter de pareilles inepties à votre frère ! Je refuse que vous en fassiez un aussi mauvais patient que vous !
- Oh, vous savez, moi je ne fais rien. Nous avons convenu que Terry s'en chargeait ! annonça le Gryffondor avec un air angélique.
- Je vais lui interdire l'accès à l'infirmerie ! annonça le Dragon, le regard flamboyant, avant de tourner vivement les talons.
Regulus pouffa, manquant s'étouffer avec sa boisson.
- Laisse moi deviner. Infusion au thym ?
- Chocolat chaud.
- C'est injuste ! jappa le Maraudeur.
Le vert et argent sourit.
- Que fais-tu là, Sirius ? demanda-t-il après un moment de silence.
L'interrogé croisa le regard hésitant de son frère et redevint sérieux.
- Je crois que nous devons parler tous les deux, Reg, fit-il.
24 décembre 2008
Et voilà pour ce chapitre. Merci à Adhafera Black, ma nouvelle correctrice ainsi qu'à tous ceux qui se sont porté volontaire pour m'aider. MERCI BEAUCOUP A TOUS !
Bref, voici donc mon cadeau de Noël pour cette année (pour me faire pardonner de mes publications assez (très ?) lentes ;p ).
Pour kisscool, à qui la recherche des Horcruxes manquait, ne t'inquiète pas. Comme tu as pu le voir, elle reste très présente, même quand je n'en parle pas puisque, comme tu le dis Harry est quand même venu pour empêcher Voldemort de tuer ses parents et pour cela il faudra bien les détruire. Mais ce n'est pas le seul but que Harry s'est donné dans ce monde. Même si j'ai dû laisser les Horcruxes un peu de coté pendant un moment, c'était nécessaire pour l'évolution des personnages. Et puis le pauvre Harry ne peut pas faire tout en même temps ;)
Concernant la question de magic, les magies de Harry et de Drago sont différentes pour de nombreuses raisons et le fait qu'ils viennent d'une autre dimension est l'une d'elles, mais pas uniquement. Je ne peux pas t'en dire plus car ce serait te révéler un point fondamental de l'histoire que personne ne semble avoir imaginé pour le moment…
S'agissant des sentiments de Williams envers les deux « cousins », puisque plusieurs d'entre vous se pose la question, là encore, c'est un des points fondamentaux de la fic, je ne peux donc pas le révéler (je dois garder un peu de suspense que diable !).
Pour répondre à somebody's, en effet, si Narcissa n'épouse pas Lucius Malefoy, ils n'auront pas de fils (c'est assez logique en soi). Ceci dit, ce n'est pas grave pour nos voyageurs dimensionnels, puisqu'ils viennent d'un autre monde. Souviens-t-en et ça te paraîtra moins bizarre.
Pour Kalicia, je dois admettre que je n'avais pas vraiment pris la magie de Fye pour modèle de celle de Drago. Je ne l'imaginais pas vraiment comme ça, mais si ça te plait, pourquoi pas ? Après tout, c'est l'intérêt des fictions en prose : chacun peut les imaginer à sa façon !
Pour ceux qui regrettent que Grim Reaper est si vite disparue, je suis désolée. J'aurais bien aimé la garder, je dois dire, mais j'ai déjà beaucoup de personnages avec qui jongler et ce n'est pas évident. De plus, je pense que sa mort était nécessaire pour l'évolution de Bellatrix : de plus en plus folle, celle-là ! lol !
Je suis particulièrement ravi de voir que le rapprochement entre Harry et Drago plait à tout le monde. Vus leurs caractères respectifs (têtus comme des mules, notamment) ce n'est pas évident de les rapprocher de façon réaliste. Ceci dit, c'est un des buts principaux de cette fic, je suis donc contente de voir que je suis sur la bonne voie !
Pour ceux qui se demandent qui est le garçon du rêve de Narcissa, la réponse viendra bientôt. D'ici deux à trois chapitres je pense… suspense, suspense !!
Pour répondre à Lily A. Black, enfin, il est très probable qu'un combat oppose « voldydamourequej'aimeplusquetous » (j'adore le nom !) à Harry, Drago, Narcissa, Regulus et tous les autres (enfin, je suis malhonnête quand je dis très probablement, parce que c'est sûr, j'en ai même écris une partie). Sinon, ça ne me dérange pas vraiment que tu utilises l'évolution de leur caractère dans ta propre fic, du moment que tu ne copies pas grossièrement. Et même dans ce cas, si tu le précises et que tu me le fais savoir, pourquoi pas ?
Bref, après tout ce blabla que la plupart des gens ne lit pas, je vous souhaite un joyeux Noël à tous et de bonnes fêtes de fin d'année !
À l'année prochaine !
Eterna.
(1) : Version sorcière de « cirer les pompes »
