Les Maîtres des Dimensions
Résumé général : Alors que Harry déprime après la mort de Dumbledore, il rencontre Némésis, une étrange femme qui lui propose une mission : se rendre dans un monde parallèle afin de créer un autre futur. Il part donc en 1976, dernière année de ses parents à Poudlard, sous le nom de Terry Star, accompagné d'Hélios son phénix mais également de Drago, qui a été renié par son père, portant le pseudonyme de Sylciu Celford. Ils se présentent comme des cousins venus d'Amérique.
Chapitre précédent : Les sorciers rentrent à Poudlard. Là, ils découvrent que Regulus a été agressé et est dans le coma. Suite à une dispute avec Veena et une discussion avec James, Sirius décide de discuter avec son frère.
Harry apprend que Dumbledore a détruit la bague avec l'aide d'Hélios qui meurt à ce moment, raison pour laquelle il est redevenu jeune. Drago affirme vouloir aider Harry dans sa mission.
Chapitre 29 : Boucle
ou toutes les mésaventures qui peuvent tomber sur Harry en une seule journée
Narcissa soupira en baillant de façon fort peu féminine. Elle sourit en songeant qu'autrefois, même dans des couloirs vides comme celui-ci, son éducation Black aurait été contre ce genre de laisser-aller. La jeune fille n'avait absolument pas l'intention d'agir de la sorte en public – doux Merlin, non ! – mais se permettre de relâcher un peu la pression était immensément agréable.
Elle avait très mal dormi cette nuit-là, inquiète pour Regulus. Il était encore tôt et le petit-déjeuner ne serait pas servi avant un moment. Elle comptait bien en profiter pour aller rendre visite à son cousin.
Elle entra dans l'infirmerie en espérant que l'infirmière ne lui interdise pas d'aller voir le jeune Serpentard. Rien ne l'avait préparé à la vision qui s'offrit à elle lorsqu'elle arriva. Elle se figea, stupéfaite. Toutefois, un sourire étira ses lèvres. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas vu cette scène, et elle ne s'était pas rendu compte à quel point ça lui avait manqué. Elle avait cru ne plus jamais la voir. C'était probablement sans compter sur Star et sa croisade pour la tolérance et la réunion des maisons.
Narcissa ne s'intéressait pas vraiment à la guerre entre les maisons. Elle avait tout d'abord cru que l'américain n'aurait aucun impact dans sa vie. Ses rêves étaient venus lui signaler qu'il n'en était rien, et ce malgré les potions qu'elle avalait. En outre, à présent, plus que des avertissements oniriques, les faits lui donnaient tort. Tout d'abord, parce qu'elle s'était sentie changer, qu'elle avait espéré que ses rêves soient possibles, qu'elle s'était opposée à sa sœur. Et maintenant ça…
Désormais, la jeune fille était prête à s'intéresser à la bataille rangée qui sévissait dans l'école depuis trop longtemps. À se battre aux côtés de ce mystérieux américain pour que tout cela s'arrête. Elle sourit un peu plus. Contrairement à d'autres, elle ne s'inquiétait pas que son condisciple ait un tel pouvoir sur son destin. Celui-ci lui avait jusqu'alors toujours échappé, se trouvant en permanence entre les mains d'autres personnes, le plus souvent ses parents, et Star lui permettait de reprendre peu à peu le contrôle. Elle lui en était profondément reconnaissante.
Elle s'apprêta à tourner les talons. Elle ne voulait pas troubler ce moment. Les retrouvailles entre deux frères étaient trop importantes pour être dérangées. Voir Regulus dans les bras de son aîné suffisait à réchauffer le cœur de la Serpentard.
- Narcissa ?
L'interpelée reconnut à peine la voix du plus jeune de ses cousins. Elle semblait différente, chargée d'un bonheur nouveau. La sorcière revint sur ses pas en souriant.
- Je ne voulais pas vous déranger, fit-elle simplement. Je suis contente de voir que tu vas très bien, Reg'.
Le garçon sourit franchement.
- Madame Pomfresh fait des miracles, affirma-t-il avec un air entendu.
- Elle fait surtout du favoritisme ! s'insurgea Sirius avec une moue outrée enfantine.
Son cadet pouffa dans sa tasse.
- Il est jaloux parce que j'ai eu un chocolat et lui une infusion au thym, souffla-t-il à Narcissa sur le ton de la confidence.
La vert et argent roula les yeux en riant. Elle reçut un regard furieux du Maraudeur.
- Tu pourrais au moins compatir ! s'exclama-t-il froissé.
La jeune fille eut un moment d'hésitation, ne voulant pas créer de polémiques.
- Je blague, Narcie !
Le cœur de la susnommée se serra. Depuis combien de temps n'avait-elle pas entendu ce surnom ? Longtemps. Trop longtemps.
- Je suis heureuse de te retrouver Siri, murmura-t-elle.
- Arg ! Ne m'appelle pas comme ça ! gémit théâtralement le jeune homme.
- Rêve toujours, rit Regulus.
Narcissa ne savait pas ce que les deux frères avaient bien pu se dire, mais elle était heureuse qu'ils se soient retrouvés et qu'ils aient acceptés de l'associer à ces moments. Pour la première fois depuis des années, elle se trouva chanceuse d'avoir une telle famille.
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Harry soupira en regardant les cibles qui s'alignaient devant lui. La précision de ses éclairs s'était sensiblement améliorée mais ce n'était pas encore aussi bon qu'il l'aurait voulu.
Fatigué de passer son temps à invoquer cette formule, il se reporta sur son livre de Magie Antique. Regardant l'heure, il jugea qu'il était encore trop tôt pour se rendre à l'infirmerie sans risquer un esclandre du Dragon. Il décida donc de continuer son entrainement. Pourquoi ne pas essayer un nouveau sort ? Cela lui permettrait d'élargir son champ de compétences et surtout de se changer les idées. Il allait devenir fou à force d'obtenir de si médiocres résultats avec la magie de la foudre…
- Voyons… se dit-il à haute voix en feuilletant son ouvrage.
Il tourna quelques pages avant de trouver une formule digne d'intérêt.
- Ô Éole qui commande aux vents,
Que tornades et cyclones soufflent dès à présent, récita-t-il.
Une légère brise souffla dans la Salle sur Demande arrachant un soupir résigné au Survivant. Il ferma le livre et quitta la salle, il n'avait plus rien à y faire. Ou plutôt, il n'avait plus envie de ne rien faire.
Un peu plus tard, dans la Grande Salle, il prenait son petit déjeuner en se demandant comment aller voir le jeune malade tout en évitant le Dragon gardant l'antre communément appelé « infirmerie ». En cette heure matinale, peu de courageux – ou insomniaques, au choix - se trouvaient déjà sur les lieux, au grand plaisir du sorcier qui appréciait la quiétude ambiante.
Il manqua tomber de sa chaise lorsqu'il vit arriver Sirius et Narcissa, riant et discutant joyeusement. Il cilla, incrédule. Certes, il s'employait activement à rapprocher les enfants Black, mais il ne s'attendait pas à un tel succès. D'ailleurs, songea-t-il, il était fort probablement étranger à ce brusque revirement de situation.
La suite lui donna tort. Les deux cousins se séparèrent, chacun rejoignant sa table et la jeune fille s'approcha de son condisciple. Elle s'assit à coté de lui, et pour la seconde fois depuis le début de l'année, lui posa un baiser sur la joue.
- Merci pour tout, Star. Merci beaucoup.
Le jeune homme la regarda un instant, dépassé, avant de soupirer en souriant.
- Bah, je t'en prie. Même si je ne sais pas trop pourquoi.
Il croisa le regard moqueur de Narcissa.
- Parfois je me demande si tu es juste modeste ou bien complètement aveugle. Je pense que c'est la première solution. Je vais cependant t'expliquer, au cas où.
- Est-ce moi ou y a-t-il un brin de moquerie dans ces paroles ?
- Va savoir, fit la jeune fille, mystérieuse, avant de reprendre. Regulus s'est réveillé. Il a discuté avec Sirius et ils semblent s'être complètement réconciliés. Avec moi aussi, du reste. La suite nous dira si cette situation tiendra. Je l'espère de tout cœur.
- Il ne tient qu'à vous que ce soit le cas.
- Puisses-tu dire vrai.
Harry sourit.
- Au fait, Narcissa. Puisque tu sembles prendre l'habitude de me faire des bisous, autant que tu m'appelles par mon prénom.
L'intéressée éclata de rire.
- D'accord. Mais pour les bisous, n'y prend pas goût ! prévint-elle faussement menaçante.
- Trop tard, s'exclama le brun, théâtral.
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En se levant, Remus découvrit que quelqu'un l'avait précédé, ce qui était déjà rare, mais plus rare encore, que ce n'était pas James. Habituellement, ils étaient tous les deux les premiers levés, forcés de tirer Sirius et Peter de leurs lits.
Pas ce matin. Le lycanthrope soupira doucement. Il avait bien compris que son ami était inquiet pour son frère. Aussi, lorsque le Préfet-en-Chef lui avait parlé de la conversation qu'ils avaient eue, il n'avait pas été surpris.
- Sirius est parti ?
Se tournant vers le brun, Remus se demanda s'il s'agissait vraiment d'une question. James connaissait tellement bien le jeune Black… Il approuva tout de même d'un signe de tête. Son ami se leva prestement.
- Je vais réveiller Peter pendant que tu te prépares et ensuite je prends la salle de bain, ça te va ?
- Ok.
Ils ne parlèrent plus de Sirius, conscients que le quatrième Maraudeur était probablement auprès de Regulus. Ils furent surpris de le trouver dans la Grande Salle, discutant vivement avec Marlène.
- Sirius ? Tu vas bien ? s'inquiéta James.
L'interrogé lui lança un sourire rayonnant.
- Regulus s'est réveillé, comprit immédiatement le loup-garou.
La gaieté du frère du jeune Serpentard fut communicative et c'est dans la joie que les Maraudeurs arrivèrent dans la salle dédiée au nouveau cours de protection où le professeur O'Neill les attendait.
- Bonjour à tous, sourit l'enseignant. Je tiens dès à présent à vous prévenir que ce cours n'aura rien de commun avec ceux que vous avez l'habitude d'avoir. Ici, nous mettrons à profit tous les sorts qui vous avez appris dans les diverses autres matières. Mais contrairement à l'ordinaire dans une école de sorcellerie, la magie ne sera qu'une part de notre travail. Vous devez comprendre que vous pouvez vous trouver – ça a déjà été le cas pour plusieurs d'entre vous - face à des sorciers confirmés, usant de magies interdites. Dans ces cas, votre magie ne vous sera que d'une utilité relative. Vous devrez donc agir rapidement, utiliser votre environnement, improviser des parades, etc…
Il marqua une pose et jeta un regard circulaire autour de lui.
- Ce cours étant optionnel et n'offrant pas de bonification pour les ASPIC, si ce n'est un approfondissement de certaines choses que vous avez vues et les points que vous ferez gagner à vos maisons, précisa-t-il ensuite, j'attends que vous fassiez preuve d'intérêt pour la matière. Je ne vous force pas à venir, aussi, si vous le faites, je vous demande de l'attention et de la concentration mais également d'être responsables. Vous allez apprendre ici à vous protéger et à vous battre. Utilisez ce que je vous enseignerai avec maturité. Si j'apprends que mes cours ont servi à quelques batailles de clochers entre maisons ou autres, je n'aurai aucun scrupule à en exclure toute personne ayant participé à de telles manifestations. Y a-t-il des questions ?
Remus vit autour de lui que plusieurs de ses camarades esquissaient des sourires satisfaits. Manifestement, le discours d'O'Neill avait convaincu. Terry semblait ravi, James et Sirius échangeaient des regards entendus, Lily approuvait distraitement de la tête. Rogue semblait plus mitigé, et Narcissa affichait un air enchanté.
- Bien. Je pense mettre en place des équipes qui s'affronteront à tour de rôle. Nous n'apprendrons que très rarement de nouveaux sorts, je laisse cela à mes collèges. Ce que je veux vous apprendre, c'est à agir en situation dangereuse. Nous commencerons dès le prochain cours. Celui-ci va être consacré à la mise en place des équipes et aux explications sur la façon dont nous allons fonctionner pendant les six prochains mois. Je me suis basé sur les niveaux que vous avez en défense contre les forces du mal pour créer les équipes. Elles ne pourront plus être changées dès le prochain cours. Ce sera alors à vous d'aider les plus faibles : il s'agit d'un des buts de ces séances. Si un des membres de l'équipe vient à être difficulté, toute l'équipe le sera. Vous commencez ensemble, vous devez finir ensemble. Est-ce clair ?
- C'est une sorte de jeu collectif, c'est bien ça ? se hasarda Lily.
- Dans le cadre de ce cours, oui, Mademoiselle Evans. Mais n'oubliez pas une chose, dans la réalité, ce ne seront pas des bleus et des bosses que vous aurez. Vous avez participé à l'affrontement en France, n'est-ce pas ? Vous y avez perdu des « équipiers ». J'espère que ce cours pourra permettre, à défaut de l'éviter, au moins de limiter au maximum ces pertes.
La Préfète-en-Chef approuva gravement. O'Neill offrit un sourire rassurant à sa classe.
- Mais je ne veux pas non plus créer une psychose parmi vous. Même si nous sommes en guerre, vous devez vivre des années d'insouciances dans le cocon de cette école. Profitez-en au maximum.
Ces paroles rassurantes n'arrivèrent jamais à l'esprit de Remus. Il ne retint que le regard triste et torturé de Terry…
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Drago marchait aux cotés de Potter, sans un mot. Le cours de protection était plein de promesses à son sens, mais pour une sombre raison l'Élu n'avait pas desserré les dents. Le blond le regarda à la dérobée, cherchant ce qui pouvait bien expliquer ce comportement. Le réveil de Regulus et son rétablissement quasi-miraculeux (dixit le Dragon) auraient dû le mettre de bonne humeur.
- Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda-t-il finalement alors qu'ils marchaient dans le parc.
Potter resserra son écharpe autour de son visage. Le froid était mordant ce jour-là. Peut-être allait-il neiger ? Pas pleuvoir, espérait-il.
- Je me demande…
Le Survivant soupira, faisant naître une bouffée de fumée autour de sa bouche.
- L'année prochaine, logiquement, nous devrions quitter Poudlard. Ça me semble… si lointain.
- Il nous reste encore quasiment sept mois à passer ici, étant donné que Némésis nous a donné un an, signala Drago.
- Mais après ? s'enquit Potter. Que se passera-t-il après ? Ces années d'insouciances dont parlait O'Neill, ceux de notre monde les ont-ils eues ? Je ne sais plus que penser. J'ai l'impression d'être inutile !
- Oh, tu ne vas pas recommencer ! s'agaça le blond. Si toi, tu es inutile, que devrais-je dire ? Ce monde change, il n'y a que toi qui ne t'en rends pas compte ! C'est à se demander si tu es juste modeste ou bien complètement aveugle.
Contre toute attente, son équipier éclata de rire.
- Tu es bien le fils de ta mère ! pouffa-t-il. Elle m'a dit exactement la même chose ce matin.
- Que veux-tu, l'intelligence, c'est de famille.
- Et la modestie également, je suppose.
- Ça va sans dire, répliqua Drago, la tête haute. En parlant de famille, j'ai entendu dire que Regulus sortait de l'infirmerie demain, c'est vrai ?
- Oui. Il sait manifestement s'y prendre avec le Dragon. Sirius crie au favoritisme.
- Je vois la scène d'ici ! Bon, je vais te laisser, parce qu'il fait vraiment froid aujourd'hui.
- Petite nature.
- Je n'ai aucune envie d'attraper un rhume d'hippogriffe. Quand à toi, cesse de te torturer l'esprit avec des bêtises, c'est ridicule !
Il commença à partir et s'arrêta brusquement.
- Ça me fait penser, s'exclama-t-il en se retournant vers le brun. Que voulait te dire O'Neill après le cours ?
- Il m'a donné rendez-vous demain soir pour un cours d'escrime. Dumbledore lui a demandé de m'entrainer à l'utilisation de l'épée d'anti-magie.
L'Anonyme eut un sourire en coin mais ne fit aucun commentaire et reprit sa marche.
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Incapable de dormir plus longtemps le lendemain matin, Harry entra à l'aube dans la Salle sur Demande sans grande conviction. Il semblait tourner en rond avec sa magie et cela le mettait hors de lui. Comment pourrait-il espérer vaincre Voldemort s'il était incapable d'exécuter une simple formule ? C'était déprimant ! De plus, le temps était son ennemi. Chaque minute qui passait le rapprochait inexorablement de l'échéance donnée par Némésis pour aider les habitants de ce monde. Certes, les choses s'amélioraient, mais pas suffisamment vite au goût de Harry. Il avait mis plus d'un trimestre pour rapprocher Sirius et Regulus, et même si les relations Serpentards/Gryffondors s'étaient améliorées, il y avait encore beaucoup de travail à faire. Et pour ne rien arranger, Voldemort semblait prendre de l'audace, multipliant les attaques…
Le voyageur dimensionnel se laissa tomber dans un fauteuil avec un soupir. Que faire lorsque le temps devenait l'ennemi ? En tout cas, ruminer n'était certainement pas la solution, aussi se saisit-il de son livre de Magie Antique.
Et soudain il s'arrêta net face à une page. Un grand sourire apparut sur son visage.
- Merci Merlin ! s'exclama-t-il.
Elle était là la solution ! Avec ce sortilège, plus de problèmes…
- Ô Chronos, divinité primordiale du temps,
Des minutes, stoppe l'écoulement ! invoqua-t-il.
Puis il regarda autour de lui. Comment savoir si cela avait réussi ? Sa montre fonctionnait toujours en tout cas… Il se leva, laissant le livre sur place et quitta la Salle sur Demande. Il trouverait forcément quelqu'un dans les couloirs et cela lui permettrait de voir si ce sort marchait.
Et en effet, il trouva bien vite les Maraudeurs, parfaitement alertes comme à leur habitude malgré l'heure matinale. Harry soupira. Bien sûr, c'eût été trop beau de réussir du premier coup.
- Terry ! s'exclama Sirius. Il faut que je te parle de Veena, reprit-il plus bas.
James pouffa de rire, ce qui lui valu un regard noir de son presque-frère. Apparemment, le groupe de farceur devait savoir de quoi allait parler le jeune homme.
- Elle est vraiment bizarre, je ne la comprends pas.
La première chose qui vint à l'esprit de Harry fut de se demander pourquoi diable Sirius voulait comprendre Veena. Mais il préféra agir sans précipitation.
- Qu'est-ce que tu ne comprends pas ? demanda-t-il prudemment.
- Elle agit bizarrement…
La réponse « c'est une fille » semblait bonne au voyageur dimensionnel mais peut-être était-elle un peu simpliste. D'autant plus que la Serdaigle était une fille extrêmement logique qui n'agissait que rarement de façon impulsive. Qu'est-ce qui pouvait bien faire dire à Sirius qu'elle était bizarre ? Mis-à-part le fait qu'elle fût représentante de la gente féminine.
- Mais encore ? tenta le Survivant.
Son futur parrain s'agita. Qu'avait-il en tête ? Ce fut James qui répondit.
- Notre cher Siriusounet ici présent en pince pour la jolie Serdaigle qui semble ne lui prêter aucune attention, annonça-t-il.
Le susnommé s'étrangla et se tourna férocement vers son meilleur ami alors que Harry éclatait de rire.
- C'est ça que tu appelles agir bizarrement ? s'amusa-t-il.
Les joues du Gryffondor étaient en train de prendre une coloration très proche de celle de son écharpe.
- Je ne trouve pas ça drôle ! se buta le Maraudeur.
Harry n'était pas de cet avis mais il tenta de contenir son hilarité.
- Est-ce qu'elle est amoureuse de Regulus ? s'enquit Sirius avec un sérieux peu commun chez lui.
Le voyageur dimensionnel ne le croyait pas, mais il ne pouvait pas se montrer affirmatif dans cette affaire – ses capacités de jugement en la matière frisaient l'inexistence. C'est ce qu'il répondit avec prudence à son ami. Il était assez déconcertant de voir Sirius agir ainsi. Il avait toujours été, du moins aux yeux de Harry, un Don Juan sans le moindre complexe, pourtant dans cette affaire il semblait aussi maladroit que le Survivant – ce qui n'était pas peu dire !
- C'est l'heure d'aller en Défense contre les Forces du Mal, signala Remus, coupant court à la discussion.
Le petit groupe partit donc en direction de leur salle de cours alors que Sirius grommelait toujours. L'idée que son parrain soit amoureux laissait un goût amer dans la bouche de Harry. L'avait-il été dans son monde ? Si oui, la jeune femme en question avait certainement dû l'oublier après son passage à Azkaban… La méconnaissance que le voyageur dimensionnel avait du groupe des Maraudeurs était définitivement abyssale. Une boule se forma dans la gorge du jeune homme. Pourquoi n'avait-il pas posé toutes ces questions à Sirius avant que…
Il ferma les yeux, tentant de chasser de son esprit l'image du corps de son parrain tombant à travers le voile au département des Mystères.
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- Bonjour jeunes gens, commença Eoloas alors que les derniers élèves prenaient place dans la salle de cours. Aux vues des récents évènements, nous allons changer l'optique de ce cours. Il me semble en effet que les ASPIC doivent être placés au second plan au profit de votre capacité à vous protéger. Je sais que le cours de protection est déjà dédié à cela, mais je me suis mis d'accord avec le professeur O'Neill pour synchroniser nos enseignements. Nous allons donc commencer par reprendre un certain nombre de sortilèges que vous avez déjà vu mais également approfondir certaines notions, principalement s'agissant de magie de protection.
L'enseignant fit une pause alors que des murmures approbateurs s'élevaient dans la salle. Il avait parfaitement conscience de prendre un risque en agissant de la sorte : certains des jeunes gens qui se trouvaient face à lui allaient probablement mal tourner, il était inutile de se voiler la face en prétendant le contraire. Tant pis, il était prêt à tenter le coup. Ce qui s'était passé en France ne devait jamais se reproduire. Il refusait de voir arriver à ses élèves la même chose qu'à lui. JAMAIS.
- Bien, la double séance d'aujourd'hui sera donc dédiée aux sortilèges de protection. Nous allons passer une vingtaine de minutes à revoir le charme du bouclier.
En principe, tous les élèves devaient maitriser cet enchantement, mais Eoloas préférait s'en assurer, ils ne devaient pas partir sur de mauvaises bases.
Comme c'était prévisible, Miss Evans réussit parfaitement son sortilège, mieux que la plupart des sorciers adultes. Et probablement mieux que lui. La Gryffondor eut un regard de connivence vers Terry Star. Eoloas fronça les sourcils alors que le vert et argent avait un sourire approbateur. Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ?
Décidant de reporter son questionnement au sujet des deux pseudo-américains à plus tard, l'enseignant poursuivit son chemin dans la classe. Grosso modo, tout le monde s'en sortait plutôt bien avec ce charme, tant et si bien qu'au bout d'un quart d'heure, Eoloas put mettre fin à l'exercice.
- Bien, je suis fier de vous, vous semblez bien maîtriser ce charme. Nous allons donc passer au niveau supérieur. Il existe un autre sort créant un bouclier autour du lanceur. En principe, il est uniquement enseigné aux apprentis aurors, mais nous allons faire une entorse à cette habitude. Bien, mettez-vous en arc de cercle devant moi.
Les élèves s'exécutèrent lentement. Eoloas les regarda faire avec patience.
- Bien, fit-il lorsqu'ils furent tous en place. Tendez votre baguette en avant. Comme ça, expliqua-t-il, joignant le geste à la parole. Et dites la formule « Clipeus ».
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Le cours de défense contre les forces du mal avait été éprouvant et Harry n'était pas tout à fait satisfait de son enchantement du bouclier, puisque tel était le nom du sort qu'il avait appris. Il somnola pendant tout le cours d'histoire de la magie qui suivit. Le repas de midi fut anormalement calme pour les élèves de septième année, manifestement tous épuisés. Voyant leur fatigue, McGonagall décida même de cesser les exercices pratiques et de faire uniquement de la théorie. Sortant des deux heures d'enseignement qu'ils avaient avec elle jusqu'à dix-huit heures, les jeunes sorciers soufflèrent, heureux d'avoir terminé et fort désireux de prendre du repos.
Le problème était que la journée du brun, contrairement à celle de ses condisciples était loin d'être terminée. Il avait encore un cours d'escrime avec le professeur O'Neill. Avec un soupir fatigué, le Survivant se rendit dans la salle destinée à l'enseignement des arts de l'épée.
Lorsqu'il entra, il fut surpris de trouver une salle assez banale, mise à part un certain nombre de pistes de différentes tailles dessinées sur le sol. Robin O'Neill était là, lisant tranquillement un ouvrage dont le titre échappait à la vision de Harry.
- Ah ! Monsieur Star ! Je vous attendais.
- Excusez moi de…
- Ne vous excusez pas lorsque vous n'avez pas à le faire. J'ai appris qu'Eoloas projetait de vous apprendre l'enchantement du bouclier. Ce n'est pas un sortilège facile, vous ne devez pas être au mieux de votre forme. Asseyez-vous et prenez une tasse de café.
Malgré sa surprise, Harry ne se fit pas prier et se vautra lamentablement dans le fauteuil que son professeur particulier venait de faire apparaître. Ce dernier leva un sourcil mais ne fit aucun commentaire. Il tendit un livre au voyageur dimensionnel.
- Voici un ouvrage consacré à l'art de l'escrime. Tout d'abord, je vais vous apprendre à manier une épée d'entrainement, puis nous passerons à votre propre épée. Elle ne sera pas évidente à utiliser. Vous devez avoir avant tout de solides bases.
O'Neill agita sa baguette et une arme apparut.
- Fleuret. C'est ce que l'on utilise pour s'entrainer à l'épée. En principe, j'aurais commencé par vous apprendre à le manier, mais étant donné que nous sommes pressés par le temps, nous allons écarter les règles de l'art et passer directement à l'épée.
Il fit disparaître le fleuret.
- Mais avant tout, je vais devoir vous apprendre à marcher.
Harry s'étrangla avec la gorgée de café qu'il venait de prendre.
- Marcher ? répéta-t-il en toussotant.
- En effet. Dans le domaine de l'escrime, l'équilibre est fondamental. Pas question de vous lancer à l'assaut comme un bourrin : vous feriez une cible de choix pour votre adversaire. Aussi je vais vous apprendre comme avancer, reculer, faire une fente. Ce sont les mouvements de base. Nous passerons aux parades et aux divers autres coups par la suite.
L'adolescent grimaça. Apprendre des mouvements ne lui disait rien, il aurait grandement préféré entrer directement dans le vif du sujet. Si O'Neill vit son mécontentement, il lui fit grâce de tout commentaire.
- Bien, reprit l'épéiste, puisque vous avez terminé votre café, nous allons pouvoir nous y mettre. Mais avant tout, un peu d'échauffement.
Le garçon de l'autre dimension fut bon pour faire le tour de la salle plus d'une dizaine de fois, en trottinant, courant, sprintant, à cloche pied, etc… Il dut passer une bonne vingtaine de minutes à faire toutes sortes de mouvements avant qu'O'Neill ne s'estime satisfait.
- Bien. Commençons, fit-il. Tout d'abord, la position de garde. Nous allons nous concentrer tout d'abord sur le bas du corps. Les pieds posés perpendiculairement à une distance d'environ un pied et demi. Bien, comme ça. Les talons en ligne. Genoux fléchis. Plus fléchis, vous avez des jambes, pas des morceaux de bois…
Pendant une heure, Harry apprit à poser ses pieds correctement, à avancer et à reculer en restant en garde, à porter son épée de façon à protéger son bras d'un potentiel coup, le tout sans même toucher une arme.
Il quitta le professeur O'Neill mitigé et épuisé. Il ne savait pas vraiment que penser de ce premier cours, mais il devait admettre que la fatigue qu'il ressentait était plutôt bénéfique. Il y avait de fortes chances pour qu'il passe une bonne nuit.
Il fit un crochet par la cuisine où les Elfes lui préparèrent un sandwich gargantuesque qu'il engouffra sur le chemin des cachots avant de se laisser tomber sur son lit, se promettant au passage, primo, de ne plus s'entraîner à la magie ancienne avant un cours avec Williams, secundo, de tenter de dormir la nuit – ce qui l'aiderait probablement à tenir lorsqu'il avait des journées comme celle-ci – et tertio d'étudier à fond cet enchantement du bouclier.
Et sur ces bonnes résolutions, il s'endormit comme une masse.
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Albus sourit en voyant Robin le rejoindre dans la grande salle.
- Alors, ce premier cours avec Terry ? demanda-t-il alors que le nouvel enseignant s'asseyait à ses cotés.
- Comme je m'y attendais, il regrette manifestement de ne pas entrer directement dans le vif du sujet, mais qui n'est pas dans ce cas ? Non, il est relativement patient, mais je dois admettre que si Eoloas évitait de l'épuiser avant notre cours, ce serait plus simple, plaisanta l'épéiste.
- Il est vrai, mon cher, sourit la directrice-adjoint, que vous avez énormément fatigué nos jeunes élèves.
- Peut-être y suis-je allé un peu fort, concéda l'intéressé avec une moue mécontente.
- Peut-être en effet, se moqua gentiment Robin. Quels sont les résultats ?
- Meilleurs que ce que j'escomptais ! Lily Evans est particulièrement impressionnante en la matière. Elle a un véritable don pour les boucliers. C'est réellement ahurissant ! Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi doué. Elle surpasse aisément James Potter et Terry Star qui, habituellement, mènent le cours. Elle apprend à une vitesse phénoménale. Le plus étrange, c'est que pour les autres sorts, elle a des résultats tout à fait honorables, mais en rien bouleversants.
- Mmm… réfléchit Albus. Eoloas, Robin, surveillez son avancement et si vous en ressentez le besoin, proposez lui des cours particuliers : ses dons pourraient avoir besoin d'être développés. Je m'en remets à votre jugement.
Les deux enseignants approuvèrent vivement.
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Harry se réveilla dans la Salle sur Demande sans comprendre ce qu'il faisait là. Ne devrait-il pas être dans son dortoir ? Il avait pourtant le souvenir de s'y être couché la veille au soir… Regardant autour de lui, il découvrit des livres de magies ancienne et antique éparpillés autour de lui. Manifestement, il avait travaillé sa magie et il ne s'en souvenait plus.
- Je dois être mal réveillé, estima-t-il pour lui-même avant de se lever, résolut à aller prendre un café bien serré pour se remettre les idées en place.
Il quitta donc la Salle sur Demande et eut la surprise de tomber sur les Maraudeurs.
- Terry ! l'interpella Sirius en s'approchant. Il faut que je te parle de Veena.
Le Survivant cilla, surpris que son condisciple prononce les mêmes mots que la vieille. Il se tourna vers les autres farceurs pour voir James pouffer de rire. Qu'est-ce que c'était que cette histoire ? Une blague ?
- Elle est vraiment bizarre, je ne la comprends pas.
- Je sais, Sirius, fit Harry, incertain. Nous avons déjà parlé de ça hier.
Les Maraudeurs semblèrent surpris et se tournèrent vers l'amoureux.
- Hier ? répéta-t-il. Mais non, enfin, je m'en souviendrais !
- Tu m'as demandé si elle était amoureuse de Regulus, insista le voyageur dimensionnel.
- C'est vrai que c'est ce que je voulais te demander, hésita Sirius. Mais je suis sûr de ne pas t'en avoir parlé… Pas encore…
Le désarroi des Maraudeurs semblait réel, tant et si bien que leur condisciple se demanda s'il n'avait pas rêvé cette conversation… Cependant il n'avait jamais eu de don de voyance – Merlin soit loué, quand on voyait où cela menait Trelawney !
- C'est l'heure d'aller en Défense contre les Forces du Mal, annonça Remus, tirant Harry de ses pensées.
Sauf que cela ne fit que troubler un peu plus le jeune homme. Les Maraudeurs souffraient-ils tous d'amnésie ? Ils avaient déjà eu Défense contre les Forces du Mal la veille. Ils avaient Enchantement ce jour-là ! Mais avant que le Survivant n'ait eu le temps de protester, les quatre amis l'avaient déjà entrainé à leur suite.
Harry fut complètement ébahi en découvrant qu'en plus des Maraudeurs, tous les élèves de Gryffondor et de Serpentard se trouvaient devant la salle de cours du professeur Williams.
- Mais qu'est-ce que c'est que ce cirque ? souffla le jeune homme, complètement perdu.
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James regarda du coin de l'œil Terry alors qu'ils prenaient place dans la salle de défense contre les forces du mal. Le Serpentard agissait bizarrement. Principalement parce qu'il regardait autour de lui comme si des dragons roses venaient de surgir dans Poudlard.
- Bonjour à tous.
La voix de Williams sortit le Préfet-en-Chef de ses pensées.
- Aux vues des récents évènements, poursuivit l'enseignant, nous allons changer l'optique de ce cours. Il me semble en effet que les ASPIC doivent être placés au second plan au profit de votre capacité à vous protéger. Je sais que le cours de protection est déjà dédié à cela, mais je me suis mis d'accord avec le professeur O'Neill pour synchroniser nos enseignements. Nous allons donc commencer par reprendre un certain nombre de sortilèges que vous avez déjà vu mais également approfondir certaines notions, principalement s'agissant de magie de protection.
James se tourna vers Sirius qui approuvait vivement aux paroles de leur professeur en se demandant s'il s'agissait réellement d'une bonne chose. Comme l'avait dit Williams, le cours de protection était déjà dédié à cela et ajouter encore un enseignement ne risquait-il pas de créer une paranoïa accrue dans l'école ?
L'héritier des Potter soupira. Non, la paranoïa était déjà là. Des élèves étaient morts, et cela, personne ne l'oublierait de ci-tôt. Finalement, c'était probablement une bonne idée.
- Bien, la double séance d'aujourd'hui sera donc dédiée aux sortilèges de protection. Nous allons passer une vingtaine de minutes à revoir le charme du bouclier.
- Ce n'est pas possible ! gémit Terry non loin de là.
Tous les regards convergèrent vers lui.
- Un problème, Mister Star ? siffla Williams, manifestement agacé. Vous pensez-vous au dessus de cet exercice ?
- Non professeur, affirma l'interrogé – il paraissait parfaitement sincère –, mais nous avons déjà fait ça hier !
- Nous n'avions pas cours de défense, hier, signala quelqu'un.
James fronça les sourcils. Terry recommençait. Qu'avait-il au juste ?
- Mais si ! tenta le vert et argent. Vous nous avez même fait étudier l'enchantement du bouclier par la suite !
L'enseignant sursauta, manifestement surpris.
- C'était ce que je comptais faire, fit-il, hésitant, mais comment pouvez-vous le savoir, Mister Star ? En avez-vous parlé avec le directeur ?
- Non-non ! Nous l'avons fait hier, je vous assure.
- Tu perds la tête, Star, siffla un Serpentard – trop occupé à observer son ami, James ne releva pas lequel. Nous ne l'avons pas fait hier.
Pour une fois, le Maraudeur était parfaitement d'accord.
- Je ne comprends pas ce qui se passe ! s'exclama l'américain, en s'agitant. Je me souviens pourtant très bien de tout ! Ça n'a pas de sens !
Il se tut un instant avant de se lever brusquement.
- Je dois voir Dumbledore ! s'exclama-t-il.
Williams l'observa quelques instants avant de se tourner vers James.
- Mister Potter, accompagnez votre camarade chez le directeur. Il me semble que cette affaire mérite qu'on la résolve rapidement. J'espère pour vous que vous dites vrai, Mister Star, et non que vous voulez amuser la galerie !
Le nouveau et l'enseignant se défièrent du regard un instant avant que le premier ne tourne les talons et ne quitte la salle, suivit de près par le Préfet-en-Chef.
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Albus fut surpris de voir Terry et James Potter entrer dans son bureau.
Il fut ensuite perplexe en entendant le récit de l'envoyé de Némésis.
Il finit par devenir sceptique, se demandant s'il n'avait pas à faire à une mauvaise blague.
Son incrédulité sembla énerver au plus haut point le Serpentard alors que le Préfet-en-Chef était depuis longtemps retourné à son cours.
Terry s'employa à lui décrire l'intégralité de la journée qu'il avait soi-disant vécue la veille avec des gestes tendus. Albus l'écouta attentivement. Son exposé était d'une précision et d'une réalité trop grandes pour qu'il s'agisse d'une blague ou d'une extrapolation de la part du garçon.
- Il semble que tu ais développé des dons de voyance très avancés, observa d'une voix rêveuse le directeur de Poudlard. L'avais-tu déjà fait ?
Il reçut un regard noir de la part de l'adolescent.
- Je. Ne. Suis. Pas. Voyant, siffla ce dernier, passablement énervé.
- Il est rare, en effet, que le Don apparaisse aussi tardivement, mais ce qui t'arrive est bien la preuve de ce que j'avance. Ne fait pas cette tête, Terry, il n'y a aucun mal à être voyant, au contraire.
- Je vous dis que ça n'est pas ça ! protesta énergiquement le Serpentard.
- Quoi d'autre alors ? Allons. Tu es quelqu'un de censé. J'ignore ce que tu as contre la voyance, mais je t'assure que mon diagnostique est le bon. C'est la seule chose pouvant expliquer que tu es le sentiment de vivre deux fois la même journée.
- Je n'ai pas le sentiment ! s'agaça Terry. Je vis cette journée pour la deuxième fois !
- As-tu utilisé un retourneur de temps ?
- Non mais…
- Alors ce n'est pas possible. Même en magie, il y a des règles, Terry.
Le susnommé se leva brusquement, tirant un cri plaintif à son phénix qui s'était lové sur ses genoux et s'était vu propulsé vers le sol.
- Désolé, Hélios, s'excusa le vert et argent. Mais je…
- Écoute. Je te propose d'aller à l'infirmerie où Pompom te mettra en observation, pendant ce temps j'appelle des spécialistes qui pourront rapidement déterminer si oui ou non, tu as des aptitudes à la voyance. Cela te convient ?
Le jeune homme émit un grognement indistinction ressemblant vaguement à un assentiment et se mit en route pour l'infirmerie, Hélios sur l'épaule. Albus le regarda s'éloigner avec un sourire amusé avant de s'approcher de la cheminée. Plus vite ce problème serait réglé, plus vite ils pourraient passer à des sujets plus importants.
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À l'heure du déjeunee, ce fut un Drago manifestement épuisé qui arriva dans l'infirmerie pour prendre des nouvelles de son équipier. Celui-ci posa le livre d'escrime qu'il était passé prendre au professeur O'Neill avant de venir dans l'antre du dragon.
- Comment ça va ? s'enquit le blond.
- Je suis coincé à l'infirmerie parce que je revis pour la seconde fois la même journée et que la seule chose que Dumbedore à trouvée pour expliquer ça c'est que je sois voyant !
Harry était sur les nerfs, et si Drago devait en faire les frais, soit. De toute façon, il se serait défoulé sur n'importe qui ayant eu le malheur de venir le voir. Cette situation le mettait hors de lui. Voyant ? Et puis quoi encore ! Avait-il vraiment l'air de ressembler à Trelawney ? Et puis quoi encore ?!
Drago sembla comprendre que le Survivant était d'humeur massacrante car il repartit rapidement en grommelant. Le brun se replongea donc dans son ouvrage qu'il ne quitta que lorsque Dumbledore passa, en cours d'après-midi, le prévenir que les spécialistes dont il n'avait pas retenu les noms passeraient le voir le lendemain à la première heure et qu'en attendant il valait mieux qu'il demeure sous la surveillance du Dragon chargé de noter toute réaction de son « troisième œil ». Pathétique !
Comme si cette journée n'était pas déjà assez horripilante sans qu'il ne soit bloqué à l'infirmerie.
- J'en ai marre ! grogna-t-il.
Il vit arriver la nuit avec un plaisir difficile à contenir. Ce calvaire serait probablement très vite résolu, se ramenant simplement à un mauvais souvenir.
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- Celford ?
Entendant son nom, Drago se retourna. Il fut surpris de se trouver face à sa mère.
- Je voudrais voir Terry, tu sais où il est ?
Le cœur du blond se serra en pensant que la jeune fille ne lui parlait que pour savoir où se trouvait Potter. Une pointe de jalousie s'insinua en lui.
- Il est à l'infirmerie, mais je te déconseille d'aller le voir, il est d'une humeur exécrable. Je crois qu'il ne se remet pas qu'on lui ait diagnostiqué un troisième œil.
Une expression indéchiffrable passa sur le visage de Narcissa.
- En quoi est-ce un problème ? demanda-t-elle d'une voix blanche.
Drago fronça les sourcils, se demandant ce qui pouvait expliquer le changement soudain de comportement de la Serpentard.
- Il a eu quelques problèmes avec la divination et les prophéties… répondit-il vaguement.
La jeune fille pâlit un peu plus.
- Quelque chose ne va pas ? s'inquiéta franchement le renié.
- Non-non. Bonsoir Celford.
- Bonsoir, souffla-t-il alors que son interlocutrice s'en allait à grands pas.
Que venait-il de se passer au juste ?
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Lorsqu'Harry ouvrit un œil, il reconnut sans mal la Salle sur Demande et grimaça. Il avait un très mauvais pressentiment. Celui-ci ne fit qu'augmenter lorsqu'il aperçu les livres de magie ancienne et antique autour de lui. Pas bon.
Pas bon du tout. C'était bien la première fois qu'il aurait voulu se réveiller dans l'infirmerie !
Il se leva, s'étira, songea à se taper la tête contre un mur – projet auquel il renonça bien vite, cela ne résoudrait probablement rien.
Il finit par quitter la Salle sur Demande, résigné et priant pour ne pas rencontrer les Maraudeurs. Mais de toute façon, il était admis que Merlin, Dieu et les autres n'étaient pas très à l'écoute de Harry Potter ces derniers temps.
- Terry !
L'appelé se crispa, reconnaissant la voix qu'il ne voulait surtout pas entendre – ce qui s'était passé la veille n'était qu'un mauvais rêve, ça paraissait évident. Il se retourna d'un geste mécanique pour tomber sur le regard inquiet de Sirius.
- Tout va bien ?
Un grand soulagement naquit dans le Survivant. Cette histoire de journée qui se répétait et de voyance n'était bel et bien qu'un rêve et le fait qu'il croise les quatre amis ce matin-là dans les couloirs n'était finalement qu'une pure coïncidence ! Loués soient Merlin, Dieu et les autres !
- Oui-oui, tout va bien Sirius.
- Parfait ! s'exclama le susnommé. Il faut que je te parle de Veena.
Harry gémit – retirez immédiatement les louages s'il-vous-plait – c'était un cauchemar !
- Tu es sûr que tout va bien, insista Remus en s'approchant.
- Non, tout ne va pas bien du tout. Sirius, Veena n'est pas bizarre ; c'est une fille. Et non, elle ne sort pas avec Regulus et je ne pense pas que celui-ci soit amoureux d'elle. Si vous voulez bien dire au professeur Williams que même si un cours sur comment se défendre contre Voldemort et ses toutous m'intéresse et que l'enchantement du bouclier est vraiment super intéressant, je dois avant tout aller voir le directeur. Et pour l'amour de Merlin, ne me regardez pas comme si j'étais fou !
Excédé, le voyageur dimensionnel tourna les talons, laissant derrière lui des Maraudeurs perplexes. Pourquoi ce genre de tuiles lui tombait toujours dessus ? Et combien de fois allait-il devoir revivre cette foutue journée !
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Terry entra sans frapper dans son bureau, faisant sursauter Albus. Il regarda le Serpentard, surpris.
- Avant toute chose, commença le jeune homme, je tiens à préciser que je ne suis pas voyant.
Le vieil homme cilla, sidéré par cette intervention incompréhensible. Puis Terry commença à lui expliquer son problème.
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Harry se réveilla sans surprise pour la cinquième fois dans la Salle sur Demande. Il commençait son cinquième mardi. Le premier avait été normal, évidemment. Le deuxième, il l'avait passé à l'infirmerie – ce qui lui avait permis, au passage, de lire intégralement le livre d'escrime. Le troisième, il avait passé la journée à chercher des réponses à ces questions avec Dumbledore – sans résultat. Le quatrième, il avait recommencé.
Et maintenant ? Le voyageur dimensionnel soupira en posant son bras sur ses yeux. Il n'avait même pas mis ses lunettes, nerveusement épuisé. Cette histoire le rendait malade. Il en avait marre.
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Sirius s'avança vivement en reconnaissant la personne qui marchait non loin de lui et ses camarades.
- Terry ! s'exclama-t-il.
Le susnommé se retourna et afficha un sourire désabusé.
- Sirius, quelle surprise !
Le jeune Black s'étonna du ton manifestement ironique du Serpentard. Ça ne lui ressemblait pas.
- Laisse moi deviner, fit le vert et argent. Tu trouves que Veena est bizarre.
- Euh…
- Évidemment si tu en pinces pour et qu'elle ne semble pas te prêter d'attention, c'est surprenant.
- Euh…
- Ceci dit, je peux te dire que je ne pense pas qu'elle soit amoureuse de Regulus. D'ailleurs, il faut que je me renseigne pour pouvoir te répondre formellement demain.
- Demain ?
- Oui, enfin, plus ou moins. Je ne sais pas vraiment comment dire, alors disons demain, hein ?
- Je ne suis pas sûr de te suivre… hésita Sirius.
- Bah. Peu importe. Humm… Je me demande ce que je vais faire aujourd'hui.
- Nous avons cours de défense contre les forces du mal, signala Remus, manifestement perplexe face au comportement pour le moins déroutant de Terry.
Il n'était, du reste, pas le seul.
- Mouais. L'enchantement du bouclier. Remarque, je pourrais mettre cette journée à profit pour m'entrainer un peu là-dessus. La dernière fois, mon résultat était assez moyen. Ouais ! Je vais faire ça ! On y va ?
Le Serpentard se mit en route d'un pas alerte vers la salle de défense.
- Qu'a-t-il ? souffla James. Il est bizarre.
- Tu parles ! approuva Sirius. Déjà qu'en temps normal, il est étrange, là, c'est carrément paranormal !
Le cours de Williams lui donna raison. Tout d'abord, le vert et argent se désintéressa de la révision sur le charme du bouclier. Ensuite, il parvint à réaliser l'enchantement du bouclier du premier coup, alors que James, pourtant à peine un peu moins bon que le Serpentard, mit une heure à réussir.
Et puis, il semblait qu'il savait tout ce qui allait se passer avant que cela ne se passe. A la fin du cours, il maîtrisait bien l'enchantement, dépassant de loin ses camarades sous le regard soupçonneux de Williams.
- Terry ? l'appela Sylciu alors qu'ils sortaient de la salle de classe. Quelque chose ne va pas ? Tu es bizarre.
- Non-non. Tout va bien. Mais je pense que je devrais aller voir Dumbledore maintenant.
- Dumbledore ? répéta Lily, interloqué. Pourquoi ? Il y a un problème ?
- Étant donné que je vis la même journée pour la cinquième fois, on peut en effet raisonnablement dire qu'il y a un problème. Enfin, bon. J'ai décidé de prendre la chose avec philosophie. Ce qui ne veut pas dire que j'ai envie que cette situation traine trop en longueur. Aussi, je vais aller voir notre estimé directeur. Bye bye !
Sous le regard sidéré des Gryffondors, le vert et argent tourna les talons et s'en fut.
- Je rêve, souffla Sirius, médusé.
--
Le sixième jour, Dieu créa le bétail, les reptiles et les animaux terrestres ainsi que l'Homme.
Et le sixième jour, Harry Potter… fit grève. Bon, il aurait peut-être raisonnablement dû attendre le septième jour pour prendre du repos, cependant, malgré l'éducation religieuse à laquelle les Dursley l'avaient contraint, il était un sorcier, et les sorciers n'étaient pas vraiment croyants aux dernières nouvelles.
Enfin, bon, ce n'était en rien le problème actuel.
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- Terry ! s'exclama Sirius, faisant sourire James.
Son presque-frère était décidément irrécupérable !
- Je fais grève ! décréta brusquement le vert et argent.
- Pardon ? s'étrangla Remus.
- Je fais grève, répéta-t-il avant de partir.
- C'est du délire, souffla Peter.
- Tu l'as dit, admit Sirius sur le même ton.
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- Mister Star, pourriez-vous porter un peu plus d'attention au cours ? s'agaça Eoloas alors que le jeune homme faisait du pliage avec son parchemin.
- Non, je fais grève.
L'enseignant eut un moment d'arrêt.
- Pardon ? fit-il d'une voix étranglée.
- Je fais grève.
- Mister Star ! Cinq points en moins pour Serpentard pour insolence ! Cessez cela tout de suite.
- Hors de question. C'est le sixième jour, j'en ai marre, je fais grève. En plus hier, Dumbledore a recommencé avec ses histoires de voyance. Alors puisque c'est comme ça, je fais grève, voilà.
Eoloas, complètement sidéré, ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois sans savoir quoi dire. Et, excédé, il finit par mettre le « gréviste » dehors. Et tant pis pour le respect du droit de grève !
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- Il parait que tu fais grève, Terry, sourit Albus en rejoignant le jeune homme dans le parc.
- En effet. Et je tiens à vous signaler que c'est de votre faute !
Le vieil homme se tourna vers le brun, perplexe.
- Moi ?
- Précisément. Vous avez dit que j'étais voyant. Je. Ne. Suis. Pas. Voyant. Je suis en grève.
- C'est ce que j'ai cru comprendre. Mais je ne me souviens pas avoir jamais prétendu que tu sois voyant.
- Si. Vous l'avez fait le deuxième jour. Et vous avez recommencé hier. C'est vexant. Très vexant. Bref, je fais grève. Notez bien que ça ne sert à rien, puisque demain vous ne vous en souviendrez pas. Mais bon, je le fais quand même. Ça me défoule. C'est déjà bien, non ?
- Euh… Terry. Hum. Tu es sûr de te sentir bien?
- Mis-à-part que je vis la même journée pour la sixième fois, comme je l'ai déjà dit. Je vais bien. Et je fais grève.
- Je pense l'avoir compris, confirma Albus, partagé entre l'incrédulité et l'amusement. As-tu décidé de boycotter également le repas de midi ?
L'envoyé de Némésis lui jeta un regard courroucé.
- J'ai décidé de faire grève, rappela-t-il, pas de lancer une grève de la faim ! Je ne suis pas désespéré à ce point !
- Voilà qui me rassure grandement.
--
- Terry ?
La voix hésitante de Regulus fit se relever le brun de son assiette.
- Je peux te parler ? tenta-t-il.
- Non. Je fais grève. Mais remarque, j'ai une question à te poser : es-tu amoureux de Veena ? Non, parce que ton frère me harcelle tous les jours, alors autant que je puisse lui répondre.
Le plus jeune des deux vert et argent ouvrit grand les yeux, interloqué.
- Euh… Non je… je ne suis pas amoureux de Veena, évidemment. Tu es sûr que tu vas bien ?
- Ouais ! Et merci pour l'info, tu me tires une sacrée épine du pied, là. Bon, tu m'excuses, j'ai une grève à continuer.
Sur ce, il replongea son nez vers son assiette. Complètement sonné par le comportement irrationnel de son condisciple, Regulus s'éloigna d'une démarche raide.
- Laisse moi deviner, tu viens de discuter avec Terry.
Relevant la tête, le cinquième année croisa le regard amusé de son frère aîné, accompagné des autres Maraudeurs.
- Il est vraiment bizarre, aujourd'hui, signala le cadet.
- Tu prêches des convaincus, affirma Potter. Il a complètement… comment dis-tu Lily ?
- Pété les plombs, déclara l'interrogée.
- C'est ça, confirma son petit-ami. Une expression moldue, semble-t-il, ajouta-t-il à l'adresse de Regulus. Je trouve qu'elle est particulièrement illustrative de la situation.
- Vous êtes vraiment tous bizarres aujourd'hui, conclut le vert et argent.
Les Maraudeurs semblèrent amusés.
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- Oh ! La Salle sur Demande ! Quelle surprise !
Harry soupira. Sa journée de grève ne l'avait que moyennement détendu. Ses nerfs étaient à vif et il se sentait prêt à étriper la première personne qui se mettrait en travers de sa route. Mieux valait qu'il s'occupe seul ce jour-là. Pourquoi ne pas mettre à profit le temps dont il bénéficiait pour approfondir ses recherches sur les Horcruxes ?
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- Et une journée de plus sous le soleil !
Sirius vit Terry soupirer en regardant dehors.
- Et en plus il fallait que ce soit un jour où il a plu les trois quarts du temps. Et il y a en a qui ont le culot de dire que j'ai de la chance. Qu'est-ce qu'il faut pas entendre !
Le Maraudeur regarda le Serpentard en se demandant ce qui était en train de se passer.
- Mais qu'est-ce qui lui prend ? souffla le Gryffondor.
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Harry avait perdu le compte. Ce matin-là, en se réveillant, il était incapable de dire s'il en était à la quatorzième ou à la quinzième journée. Il était fatigué. Epuisé. Il en avait marre de devoir réexpliquer tous les jours la même chose. De voir les autres, Dumbledore y compris, le regarder comme un fou furieux.
Il avait tenté de trouver des explications, sans succès. Il ne restait plus qu'une explication à ses yeux : un autre pouvoir qu'il ne maîtrisait pas. Mais ça paraissait complètement abracadabrantesque. Ceci dit, revivre pour la quatorzième ou quinzième fois la même journée pouvait également être classé dans cette catégorie. Bref : tout allait mal.
Il sortit de la Salle sur Demande, complètement abattu. Cette fois, il se débrouilla pour éviter de croiser les Maraudeurs. Les histoires de cœur de Sirius commençaient sincèrement à lui pomper l'air ! Qu'il aille directement voir Veena et qu'on en finisse !
Il incendia deux poufsouffles qui le bousculèrent et poursuivit sa route vers la Grande Salle. Il n'aurait probablement pas dû y aller. Son humeur était exécrable et il était près à passer ses nerfs sur le premier qui croiserait sa route. La fatigue, la frustration et la lassitude qu'il avait accumulées ses quatorze (ou quinze ?) derniers jours semblaient décidées à revenir se faire entendre en force.
Hélas, le premier en question ne fut nul autre que Drago anciennement Malefoy. Les deux jeunes gens s'étaient croisés à l'heure du déjeuner. Le blond avait posé une question que Harry avait déjà oubliée. Comment en étaient-ils arrivés à se crêper le chignon comme au temps de leur six premières années ? Quel avait bien pu être le sujet amenant à une telle démonstration d'hostilité ? Impossible pour le Survivant de le dire, a posteriori. La seule chose dont il avait conscience, c'était qu'il était furieux. Extrêmement furieux. Et manifestement, le renié également.
Dumbledore s'approcha d'eux. Probablement parce qu'ils étaient en train de se hurler dessus juste devant les portes de la Grande Salle.
- Allons, Messieurs, veuillez vous calmer immédiatement ! ordonna-t-il d'une voix ferme.
Drago se tourna vivement vers lui et lui jeta un regard noir.
- Mêlez-vous de ce qui vous regarde ! siffla-t-il, oubliant apparemment à qui il s'adressait, tout à sa colère. Cessez donc de jouer les directeurs bienveillants pour une fois, ça ne fera des vacances !
- Écoutez moi ça ! s'exclama Harry. Réveille toi ! Sur ce plan, des vacances, on en a ! On en a même définitivement. Et grâce à qui ?
Dans les yeux devenus verts de l'Anonyme s'alluma une flamme de haine pure.
- Pour qui te prends-tu ? se récria-t-il. Parce que tu n'as jamais fait d'erreur peut-être ? Saint-Potter est au-delà de tout ça !! Sauf peut-être s'agissant de Diggory. Et aussi de ton parrain. Et de…
Le coup partit sans vraiment que le brun de le réalise. À vrai dire, il n'avait pas eu conscience de ce qu'il disait pendant cet échange. Furtivement, il se demanda si sa belle tolérance acquise cette année-là n'était qu'une façade. Alors que son poing s'abattait sur la pommette de Drago, cette question s'insinua insidieusement dans son esprit.
- Morpheus !
Harry reconnu vaguement la voix de Dumbledore prononcer le sortilège de sommeil et sombra dans une bienveillante inconscience.
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Alors que les corps de Terry et Sylciu s'affaissaient, retenus par un sortilège de lévitation mis en œuvre par le directeur, un silence de mort régnait dans la Grande Salle.
- Merlin, souffla Lily, troublant à peine l'atmosphère stupéfaite, que vient-il de se passer ?
Sa question plana quelques instants dans l'air alors que Dumbledore emportait les deux endormis ailleurs – probablement à l'infirmerie.
- Que voulaient-ils dire exactement ? questionna à son tour Sirius, troublé. Pourquoi Sylciu a-t-il appelé Terry Saint-Potter ?
- Il me semble que Terry a sous-entendu que Dumbledore était mort. Ce qui est impossible puisqu'il est là, releva à son tour Peter.
- Ça n'a pas de sens ! s'exclama James, manifestement irrité. Allons voir Terry, nous en aurons le cœur net.
- Nous venons avec vous, annonça une voix claire.
Se retournant, Lily vit sans surprise Narcissa et Regulus Black se lever pour le rejoindre, suivis de près par un Rogue réservé. Evidemment, Veena se dépêcha d'en faire de même et le groupe partit en direction de l'infirmerie alors que les discussions reprenaient à mi-voix dans la Grande Salle.
Comme ils s'en doutaient, les deux américains avaient été transportés à l'infirmerie où Dumbledore se trouvait encore. Il ne sembla pas surpris de voir arriver les élèves. James s'avança vers lui avec d'un pas péremptoire.
- Que se passe-t-il exactement ? fit-il.
Le directeur ne sembla pas se formaliser du ton abrupt de son élève.
- Je ne sais pas réellement, Monsieur Potter, admit-il. J'ai toujours su que Messieurs Star et Celford avaient des secrets, il semble que nous en ayons eu un aperçu tout à l'heure. Même si je ne sais pas trop comment l'interpréter.
- Ne cherchez pas professeur, fit une voix tranquille. Vous n'auriez pas dû entendre tout cela.
- Déjà réveillé, Terry ? Étonnant, nota le vieil homme avec retenue.
- Allons. Ne faites pas cette tête. Acceptez de ne pas comprendre ce que nous avons dit, cela vaut mieux. Et de toute façon d'ici à demain, vous aurez tout oublié.
- Oublié ? répéta Dumbledore. Que racontes-tu là ?
- Tu comptes nous jeter un sortilège d'amnésie ? fit Sirius, agressif.
- Inutile. La « boucle » se chargera d'effacer tout cela. Sauf pour moi. Ça me rappellera vraisemblablement que je suis un imbécile et que le professeur Rogue avait probablement raison. Que du bonheur !
Tous les regards se tournèrent vers Severus qui lançait un regard ahuri à Terry.
- Le professeur Rogue ? répéta-t-il.
- T'occupe, Severus. C'est une histoire compliquée que je n'ai aucune envie de raconter. Drag… Pardon, je suis manifestement fatigué. Sylciu n'est pas réveillé ?
- Non. Normalement le sortilège que j'ai lancé aurait dû vous faire dormir au moins jusqu'à demain matin.
- Parfait. Autant qu'il ne se souvienne pas de ça.
Le Serpentard soupira et laissa sa tête tomber dans son cousin.
- Nous voulons des explications, Terry, exigea avec douceur mais fermeté Dumbledore.
- Et vous n'en aurez pas, je suis navré, professeur. J'ai suffisamment commis d'erreurs aujourd'hui pour les dix prochaines années ! Les dernières fois que j'ai ainsi agi sans réfléchir, cela a coûté des vies.
- Mais tu as dit que nous ne nous souviendrons de rien demain, plaida avec justesse Remus.
- En principe, en effet. Et c'est bien la première fois que je suis content de ça, ajouta le vert et argent dans un soupir. Mais je ne veux pas prendre de risques. Je vous l'ai dit, j'ai suffisamment commis de bêtises…
Pendant les heures qui suivirent, ils tentèrent de tirer les veracrasses du nez (1) de Terry, sans résultat. Lily vit tout de même diverses expressions passer sur le visage de l'américain pendant cet interrogatoire et elle comprit vite qu'ils faisaient remonter de pénibles souvenirs à l'esprit du jeune homme. L'évocation de son parrain lui semblait particulièrement douloureuse.
Les autres semblèrent s'en apercevoir, car le professeur Dumbledore finit par abandonner, non sans assurer qu'il repasserait le lendemain pour interroger les deux cousins ensembles. Manifestement, il n'était pas convaincu par la théorie de Terry selon laquelle ils auraient tout oublié le lendemain.
Cependant, en croisant le regard triste du Serpentard, Lily fut prise d'un doute.
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Décidé à s'ôter cette affreuse journée de l'esprit, Harry s'immergea, dès le lendemain, entièrement dans son entrainement. Voir Drago agir comme si rien ne s'était passé – stricto sensus, il ne s'était en effet rien passé pour lui – le laissait mitigé. Il se rendait compte qu'il appréciait réellement le blond, malgré leur inimitié passée. Il avait agi de façon particulièrement idiote que la fatigue et l'agacement dus à la répétition de la journée depuis trois semaines n'excusait en rien.
Bref, il était partagé entre le soulagement que le renié ne se souvienne pas de ce qu'il avait dit – il n'avait pas du tout besoin que cet épisode de sa vie lui soit rappelé : il avait largement payé pour son erreur – et la culpabilité. D'une certaine manière, sa conscience aurait été plus en paix si Drago ne lui adressait plus la parole ou s'il l'insultait. Il l'avait mérité après tout.
Il tenta donc d'oublier son conflit intérieur en travaillant. Il laissa vite tomber la défense contre les forces du mal : il réalisait désormais l'enchantement du bouclier mieux que Williams. Il se lança dès lors de toutes ses forces dans l'escrime avec le professeur O'Neill, lui prenant chaque minute libre de son emploi du temps. Puis, après un temps, il entreprit même de s'entrainer seul aux passes qu'il avait apprises.
Lorsque son corps lui rappelait que l'art de l'épée n'était pas l'occupation la plus reposante qui existait, il se plongeait dans tous les livres possibles et imaginables dans lesquels il était susceptible de trouver des indices sur les Horcruxes.
Le temps passa ainsi, alors que chaque jour il évitait au mieux tout contact avec les autres élèves, au point même de s'exiler quelques fois dans la Forêt Interdite, à la recherche d'un coin tranquille où s'entrainer en paix, faisant fi de la pluie.
Ce fut dans ces circonstances qu'il découvrit un des secrets de ces bois. Le vingt-cinq ou vingt-septième jour (enfin, dans ces eaux-là), alors qu'il marchait sans but dans la forêt, tentant de délasser ses muscles endoloris – « voilà ce qui se passe lorsqu'on ne s'échauffe pas ! » l'avait rabroué O'Neill, annulant le cours et rendant l'heure que son élève avait passée à lui expliquer la situation complètement inutile par la même occasion – Harry était tombé par hasard sur une petite clairière lui étant jusqu'alors inconnue. Ceci dit, il n'était pas réellement un expert de la Forêt Interdite et rien ne disait que la clairière existe dans son monde.
Toujours était-il que le jeune homme avait trouvé là un havre de paix dont il avait bien besoin. L'endroit n'avait en lui-même rien de fantastique : une simple ouverture entre les arbres autour d'une espèce de ruisseau plein de vase. Mais il se dégageait de ce lieu une impression de sérénité qui contrastait avec l'humeur de Harry. Il avait presque le sentiment que la nature lui rappelait qu'elle était au dessus de tous ses problèmes.
Cette affaire vit également une conséquence inattendue : le sorcier, excédé de terminer trempé et gelé jusqu'aux os, décida d'employer les grands moyens.
Tout d'abord, il utilisa un sort d'imperméabilité. La réussite fut moyenne. Il finissait à la longue par être mouillé de toute façon et cela ne réglait pas la question du froid.
Harry s'entraina donc activement à l'invocation d'Héphaïstos, qu'il avait jusque là délaissé au profit de celle de Zeus pour laquelle il avait des facilités. Il devint vite très doué dans sa maitrise du feu, réussissant même à le faire tenir en dépit de la pluie, ce qui lui permit de se réchauffer sans problème – ce qui au mois de février était un exploit ayant un intérêt certain.
Pour finir, il en revint à l'étude de la magie d'Eole qu'il avait laissée tomber peu avant le début de cette mésaventure avec un intérêt renouvelé : en maniant le vent, il put enfin se débarrasser des nuages et de la pluie qu'ils apportaient.
La satisfaction de sa maîtrise nouvelle du feu et du vent fut éclipsée par une impression de malaise à chaque fois qu'il modifiait le temps. Comme si quelque chose lui signalait que quelle que soit sa magie, jouer ainsi à modifier la volonté de la nature était dangereux. Il préféra donc limiter autant que possible son utilisation de l'invocation d'Eole modifiant la météo, songeant que Mère-Nature avait un drôle d'humour de lui faire sentir qu'il ne devait pas se débarrasser de quelques nuages alors que la même journée se renouvelait depuis plus d'un mois !
Ce fut cette pensée qui le mit sur la voie de la solution de son problème. Jusqu'alors, toutes ses recherches, comme celles du professeur Dumbledore les fois où Harry l'avait mis au courant (ce qu'il avait cessé de faire après un temps, les explications étant trop longues et laborieuses), avaient été vaines. Il en avait conclu à une magie qu'il ne contrôlait pas ou à une intervention extérieure. Les deux interprétations des faits lui semblaient jusqu'ici assez bancales.
Alors qu'il feuilletait son livre de magie antique avec une forte envie de se donner des claques, il retomba sur l'invocation de Chronos. Comment avait-il pu ne pas y penser plus tôt ? Évidemment, cette incantation ayant pour effet de stopper le temps, il avait conclu qu'elle avait échoué en voyant que tout semblait normal. Il l'avait donc mise de coté dans son esprit pour se concentrer sur des problèmes qu'il jugeait plus urgents.
Quel imbécile ! Les remontrances du professeur Rogue lui semblèrent (de nouveau, ça devenait une habitude) tout à fait censées. Comment, par le caleçon de Merlin, avait-il pu ne pas y penser ? C'était pourtant tellement évident ! L'écrire en lettres lumineuses n'aurait pas été plus clair. Le sort n'avait pas échoué. Il avait simplement raté, fonctionnant de façon différente de ce qui était prévu. Et il lui avait fallu deux mois (à quelques jours près) pour se rendre compte de ça !!
- Idiot ! s'insulta-t-il à haute voix. Bon, alors, maintenant que je sais quelle est la cause de tout cela, comment y mettre fin ?
Jusque alors, les incantations avaient toujours pris fin d'elles-mêmes, mais celle-ci étant loupée, il y avait de fortes chances pour que cela ne fonctionne pas.
- Je me demande si… souffla Harry en feuilletant frénétiquement son manuel.
Il ne trouva pas ce qu'il cherchait et fronça les sourcils, mécontent.
- Après tout, jugea-t-il, au point où j'en suis, ça ne coûte rien d'essayer.
Il eut une hésitation avant de prendre une profonde inspiration.
- Ô Chronos, Maître du temps,
Que cette boucle temporelle
Troublant par son existence l'Ordre naturel
Disparaisse sur l'instant, (2) tenta le sorcier.
Il admettait sans mal que cette incantation – de son invention – était assez hasardeuse et qu'elle ne démontrait pas un grand don pour la poésie, mais il y avait mit tous ses espoirs de voir la situation redevenir normale. Il se demanda quelques instants si elle avait fonctionné, puis il fut brusquement pris d'une grande fatigue.
Et il s'écroula sur l'herbe.
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Un endroit sombre… un cercle de plusieurs personnes… une atmosphère lourde, tendue…
- Que faisons-nous, Némésis ?
- Nous ne pouvons laisser cela impuni. L'École… Je ne permettrai pas qu'ils s'en sortent après ce qu'ils ont fait !
- Y a-t-il des survivants ?
- Je sais qu'il y a eu au moins une porte ouverte mais…
La jeune femme soupira. Elle semblait fatiguée, tout comme les personnes qui l'entouraient.
- Je ne sais pas vers quelle destination, fit-elle en fermant les yeux. Ni même si quelqu'un est passé… Nous devons envisager le pire…
- Une destruction totale, hein ? Que la Magie nous vienne en aide !
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Harry se réveilla avec un effroyable mal au crane et la certitude qu'il avait exagéré avec son sort. Il était trop puissant et avait épuisé ses réserves magiques. Regardant autour de lui, il remarqua qu'il faisait nuit et qu'il était toujours dans la clairière.
Trop fatigué pour se poser des questions – notamment sur son étrange rêve –, il se tira tant bien que mal jusqu'à son lit dans le dortoir de Serpentard et s'endormit sans même prendre le temps de se déshabiller, espérant de tout cœur s'y réveiller le lendemain matin.
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Severus regarda d'un air dubitatif son condisciple allongé sur le ventre sur son lit, portant encore ses lunettes, de travers, et sa robe, tachée d'herbe, qui dormait comme un bienheureux. Qu'avait-il encore trafiqué la veille ? Ce type était impossible !
- Terry ? tenta-t-il de le réveiller. Terry ? Terry ! TERRY !!
Le Serpentard fit un bon sur son lit, manquant de faire tomber ses lunettes au passage.
- Sev'rus ? fit-il d'une voix pâteuse.
- Non, Merlin ! Il est huit heures du matin, nous avons cours dans une demi-heure et en plus tu as séché tous les cours, hier.
- Hein ?
- Ne fais pas « hein » ! s'agaça le Prince au Sang-Mêlé. Williams sera furieux. Déjà qu'il ne t'aime pas beaucoup, tu as raté le cours sur l'enchantement du bouclier !
Terry le regarda quelques instants, mais soudain son visage s'illumina. Et il éclata de rire. Severus le regarda, perplexe. Qu'avait-il dit de si drôle ?
- Tu es sûr que tu vas bien ? s'inquiéta franchement le jeune homme.
L'américain eut un grand sourire (un peu niais quand même).
- On ne peut mieux. Allons-y Severus, j'ai hâte de voir ce que cette journée nous réserve ! fit-il joyeusement en se levant.
Son condisciple se demanda s'il n'avait pas bu une potion quelconque pouvant expliquer son état. À moins qu'il ne soit tombé sur la tête ?
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Et voilà pour ce chapitre. Je l'ai trouvé assez amusant à écrire. Évidemment, ce genre d'idée permet de mettre quasiment tout en œuvre. J'ai donc dû réduire les idées que j'avais à ce chapitre qui est déjà très long.
Je m'excuse du retard dans la parution de ce chapitre, ma correctrice et moi avons eu un petit problème de coordination… toutes mes excuses
Pour répondre aux questions à ce sujet : Rodolphus ne reviendra pas. Il restera probablement jusqu'à la fin de ses jours dans l'hôpital. A moins qu'il se remette – c'est à vous de voir. Personnellement je le verrai plutôt se laisser dépérir.
Concernant la question de felinness sur le craquement de branche survenu pendant que Draco et Harry discutaient de leur monde et des horcruxes, à vrai dire je l'ai mis là pour l'ambiance plus que comme indice d'une personne écoutant la conversation. C'est dommage, parce qu'il y a pleins d'autres (vrais) indices sur ce qui se passe. Mais je suis contente de voir que tu te creuses les méninges ! Continue :)
Pour répondre au message de haryytrotter (je sais, ça fait longtemps, je suis désolée ), je fais les dessins à la main puis je les colore avec Photoshop.
Ensuite, je peux à présent vous dire que je suis (quasiment) sûre qu'il ne reste que neuf chapitres à passer dans ce monde puis deux ou trois dans le monde d'origine de nos deux voyageurs et un épilogue. Ce qui me fait légèrement déborder de mon but de quarante chapitres. Je voudrais donc votre avis sur la question : est-ce trop ? Auquel cas je supprimerai certaines idées qui ne seraient pas fondamentales. Ou cela vous convient-il ?
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(1) version sorcière de « tirer les vers du nez ».
(2) merci à ma correctrice pour ce dernier vers, il est nettement mieux que celui que j'avais écrit… ;)
