Les Maîtres des Dimensions

Résumé général : Alors que Harry déprime après la mort de Dumbledore, il rencontre Némésis, une étrange femme qui lui propose une mission : se rendre dans un monde parallèle afin de créer un autre futur. Il part donc en 1976, dernière année de ses parents à Poudlard, sous le nom de Terry Star, accompagné d'Hélios son phénix mais également de Drago, qui a été renié par son père, portant le pseudonyme de Sylciu Celford. Ils se présentent comme des cousins venus d'Amérique.

Chapitre précédent : Harry survit une nouvelle fois à l'avada kedavra (avec pour seule séquelle une « migraine de cheval » selon ses propres mots) et tue Bellatrix dans le feu de l'action. Curieux, Drago se lance dans des recherches afin de savoir comment Harry a pu survivre. Par le plus grand des hasards, en cherchant une réponse à cette question, il tombe sur le diadème de Serdaigle.
Parallèlement, Remus découvre que Narcissa à un don de voyance lorsque celle-ci prononce une prophétie annonçant la victoire
de « celui-qui-devait-mourir » avec l'aide du « Survivant ». Après quelques difficultés, il lui avoue qu'il est un loup-garou et un nouveau couple se crée…

Chapitre 35 : Mots

James regarda Rogue, circonspect. Celui-ci ne semblait pas apprécier la nouvelle.

- Il va falloir prévenir les autres, objecta le Serpentard.

- En effet, opina Dumbledore, mais la commission veut vous interroger séparément. J'ai obtenu que vous soyez accompagné d'une personne. En tant que Préfet-en-Chef, Monsieur Potter est tout indiqué pour vous soutenir.

Le Serpentard sembla hésiter.

- Un professeur ne serait-il pas plus indiqué ? s'enquit le Maraudeur.

- Hélas, j'ai bien peur que la commission ait refusé. Comprenez une chose, tous les deux. Cette potion, que quatre élèves de Poudlard ont créée, faisait l'objet de recherches par un département entier de la santé. Ils prennent assez mal d'avoir été devancés par vous. Ils désirent donc s'assurer qu'il n'y a pas eu de mensonge sur l'identité des inventeurs, notamment que vos professeurs n'ont pas interféré. De plus, ils veulent s'assurer des effets de la préparation.

- C'est assez facile, avisa Rogue. Il suffit qu'ils voient Lupin et…

- C'est là le problème. Pour justifier de l'effet de la potion, il faudra dévoiler qu'il y a un lycanthrope à Poudlard, le coupa le directeur. Chose qui risque de poser pas mal de problèmes.

- Aïe.

- Bonne illustration, Rogue, signala James, amusé.

- Vous avez rendez-vous dans cinq minutes au Ministère.

Les deux élèves se regardèrent.

- Allons-y, soupira finalement le serpent.

Alors que Dumbledore approuvait, James se demanda comment ils en étaient arrivés là. Quelques jours plus tôt, le directeur de Poudlard avait prévenu la CHP – commission d'homologation des potions – afin de faire approuver la nouvelle préparation contre les loups-garous. D'après ce que le Préfet-en-Chef avait compris, les quatre amis avaient tout d'abord tenté de mettre au point un moyen pour le lycanthrope de garder le contrôle sur le loup lors des transformations, mais ils étaient parvenus à aboutir à une entrave pure et simple à la transformation.

Les spécialistes en potion s'étaient récriés : bloquer la transformation, quelle horreur ! Cela mettrait en péril la santé mentale du « sujet ». Entendre ces gens parler de Remus comme d'une bête de laboratoire mettait James hors de lui. Mais Rogue avait semblé amusé par ce reproche. Il avait rappelé que dans l'équipe se trouvait une personne se spécialisant en magie ancienne, c'est-à-dire dans la magie basée sur les sentiments, le ressenti et l'inconscient. Ils avaient pris garde à ce qu'en retenant la transformation, et donc le loup, l'humain ne perde pas le contrôle par le biais de magies que seul Terry parvenait à réellement comprendre. Les gens de la CHP eux-mêmes n'avaient absolument pas conscience de ce que cela signifiait – tout comme James, d'ailleurs.

Toujours était-il, qu'ils avaient convoqué les jeunes inventeurs afin d'en savoir plus sur la potion et sur son éventuelle efficacité. C'était pour cela que Rogue et James marchaient, quelques heures plus tard, dans les couloirs du Ministère où une salle spéciale avait été aménagée pour la CHP au lieu d'aller en cours de métamorphose – McGo ne serait pas contente. Regardant son camarade à la dérobée, le préfet-en-chef se demanda s'il était nerveux. Si c'était le cas, il le cachait bien.

Ils entrèrent dans une grande salle. Deux chaises étaient disposées devant une table assez imposante. L'une des deux était légèrement en retrait. Un groupe de personnes, toutes d'un certain âge, entra alors qu'il s'asseyait. La sorcière qui s'assit au centre de l'assemblée dévisagea les deux nouveaux venus.

- Monsieur Rogue ? fit-elle. Soyez le bienvenu devant cette commission.

Il y avait quelque chose dans le ton de cette femme ressemblant vaguement à de l'hostilité. James, assis derrière le Serpentard, fronça les sourcils. Il était là comme simple observateur et n'était pas censé intervenir, mais un sentiment d'inquiétude grandissait en lui. Il admirait le self-control de Rogue. Car, malgré leur animosité passée et certainement quelque peu présente, James était prêt à admettre que le vert et argent était quelqu'un d'intelligent. Suffisamment en tout cas pour sentir le danger qui planait au dessus de sa tête. Enfin, danger était un bien grand mot – dicté probablement par la situation politique alarmante mais sans rapport avec la présente affaire – mais en tout cas, les problèmes qui approchaient.

- Nous vous avons fait venir pour…

- Je sais pourquoi je suis ici, coupa Rogue d'un ton qui mêlait impertinence et respect – comment faisait-il cela au juste ?

Son interlocutrice grinça mais ne dit rien. S'opposer à elle, même légèrement, n'était pas la meilleur chose à faire, sembla-t-il à James. Il comprenait néanmoins l'agacement de son camarade.

- Quelle précision sur la potion anti-loup puis-je vous donner, mesdames et messieurs ?

Rogue, ou l'art de retourner la situation. James réprima un sourire. Utilisant son ton de « fana de potion », le Serpentard semblait avoir soudainement conquit son auditoire. C'en était presque effrayant. Y avait-il un signe ou quelque chose du genre dont les fondus de décoctions en tous genres se servaient pour se reconnaître entre eux ? C'était à se demander !

Alors que le vert et argent s'employait à décrire les différentes phases de la préparation, le préfet-en-chef se demanda si les personnes face à lui étaient toujours les mêmes – et accessoirement si Rogue était sain d'esprit. Les yeux de certains membres de la commission brillaient comme des enfants le jour de Noël alors que d'autres bombardaient consciencieusement l'élève de questions. Ils ressemblaient à une bande de gosses face à un nouveau jouet. Toutefois, spectateur extérieur – il ne comprenait pas la moitié des choses que se disaient – James sentait toujours un certain malaise perdurer. Quelque chose, insidieux, qui retenait les examinateurs. Les paroles de Dumbledore flottèrent dans son esprit. Ces hommes et ces femmes étaient-ils réellement hostiles à l'idée que des adolescents aient pu découvrir une telle potion ? Membre d'une grande famille de sang-pur, le jeune homme n'était pas sans savoir qu'un certain archaïsme existait dans la société sorcière. Il eut un soupir intérieur, déçu par son monde. Mais, éducation Potter exige, il ne laissa rien paraître, se demandant si Rogue sentait également tout cela. Certes, sa mère était une Prince mais son père avait un sang moins « glorieux » dans les veines – un moldu, rendez-vous compte ! – lui fermant très probablement les portes du club très privé des grandes familles. Le préfet-en-chef eut un ricanement discret. C'était attristant. La société telle qu'elle était actuellement était navrante…

James chassa ces sombres pensées d'un geste. Il devait se concentrer sur le problème actuel, à savoir la CHP. Le nom de Terry bourdonna à ses oreilles et il comprit que les questions avaient pris un tournant plus polémique et moins technique. Se rabrouant mentalement de s'être laissé distraire, le Maraudeur reporta toute son attention sur les autres occupants de la pièce.

- Franchement, Monsieur Rogue. Vous voulez nous faire croire que quatre étudiants n'ayant pas encore leurs ASPICs ait pu découvrir une telle potion ?

- Me traiteriez-vous de menteur ?

Le ton de Rogue était tendu et agressif, cette fois. James se redressa imperceptiblement, ses mains se crispant sur ses accoudoirs – il détestait faire le chaperon, tout compte fait. Cela lui donnait la désagréable impression d'être impuissant.

- Ne créons pas de polémique, tempéra Mme Lackel. Écoutez Monsieur Rogue, nous sommes simplement étonnés que vous ayez connu plus de succès que beaucoup de nos chercheurs.

- Nous avons eu de la chance, répondit prudemment le jeune homme.

Son condisciple laissa échapper un léger soupir de soulagement, satisfait de la réplique calme et posée du Serpentard – la pondération était leur alliée, pour le moment.

- La chance n'a rien à voir avec ça, s'enflamma une femme.

Mercedes Surfy, puisque tel était son nom, était hélas bien connue de James. Membre d'une grande famille, elle avait fait un mariage malheureux – la vox populi disait qu'elle avait tendance à se montrer un peu trop… ahem. tendre… avec la gente masculine et qu'elle s'était retrouvée enceinte d'un moldu qu'elle avait dû épouser – ce qui lui avait fermé les portes de ce cercle très fermé. Et pour ne rien gâcher, l'enfant né de cette relation hors mariage s'était révélé être un cracmol ! Sans pitié, Mercedes avait alors abandonné mari et enfant dans le monde moldu pour rejoindre la société magique. On disait le plus grand mal d'elle dans la haute société – faites ce que je dis, pas ce que je fais, hein ? Enfin bref, c'était une femme aigrie et d'une bigoterie hors du commun en ce qui concernait la lignée. Ce n'était pas en faveur de Rogue. A cet instant, James se souvint pourquoi – outre le fait qu'elles étaient d'une bêtise incommensurable – ces histoires de pureté du sang l'agaçaient prodigieusement. Non, correction, elles le dégoûtaient.

- Il y a eu tricherie ! proclama-t-elle.

Ils y étaient. Une telle accusation était courue d'avance, Dumbledore les avaient prévenus et même sans cela, James l'aurait senti. Ce qui ne signifiait pas pour autant qu'il savait comment se sortir de cette situation.

Remuant inconfortablement sur son siège avec la désagréable impression d'être un rongeur face à un oiseau de proie, le Gryffondor eut une pensée pour son condisciple assis un mètre devant lui et qui focalisait la plupart des regards. Cette convocation au ministère avait définitivement un arrière goût de guet-apens. Que cela vienne de Mme Surfy n'était pas vraiment étonnant. Une remarque désobligeante brûla les lèvres du Maraudeur, mais il s'abstint. Certes, cela aurait probablement fait taire la septuagénaire, mais cela n'aurait certainement pas aidé Rogue…

- Je ne vous permets pas ! s'exclama ce dernier, palissant de colère.

Manifestement, l'accusation l'avait vexé. James comprenait – Lily n'avait-elle pas affirmé qu'il était quelqu'un de fier ? Il soupira. Comment faire pour sortir de ce mauvais pas ?

- Cette accusation est infondée, ma chère, intervint un homme. Il vous faut des preuves pour avancer cela.

Le brun à lunettes ne le connaissait pas. Bien fait de sa personne, la petite cinquantaine, les yeux bleus et les cheveux clairs, il devait avoir du succès auprès des femmes.

- Je ne vous permets pas, Kevin ! siffla Mme Surfy, lui lançant un regard tueur. Cela semble parfaitement évident – tant que votre remarque est suspecte.

- Qu— tenta le dénommé Kevin.

- C'est évident, poursuivit la septuagénaire. Quatre gamins : un fils de moldu, une née de parents moldus et deux parfaits inconnus débarquant des Etats-Unis…

En plus d'être une adepte de la « pureté du sang », elle était xénophobe. Cette femme avait tout pour elle.

- …dont deux sont des Serpentards – tout le monde ici sait que les élèves de cette maison ne reculent devant rien pour la gloire ! Avec ça les preuves sont inutiles ! Ils ont volé cette recette et…

- Cela suffit.

La voix de James claqua dans la salle, avant même que Rogue n'ait pu répondre.

- J'en ai assez entendu, Madame Surfy. Nous sommes ici pour parler de la potion découverte par mes camarades et non de vos préjugés en matière de sang et de maisons. Alors écoutez moi bien : je suis membre des grandes familles et préfet-en-chef de Poudlard et je vous affirme que Severus, Lily, Terry et Sylciu ont bien créé cette potion. Je ne tolèrerai plus une seule remarque désobligeante sur le sang de mon camarade – surtout pas venant de vous. Ai-je été clair ou dois-je développer ?

Mercedes sembla vouloir disparaître derrière la table.

- Parfait, reprit James d'une voix forte et ferme qui le surprit lui-même. Je vous remercie de votre attention et m'excuse de cette interruption. Je tenais juste à clarifier certaines choses qui me paraissaient troubles. Si maintenant certains d'entre vous ont des preuves solides qu'une fraude a été commise, en tant que représentant de Poudlard, je vous demande de me les présenter. L'école ne peut se permettre d'avoir des usurpateurs dans ses classes.

- Cela ne semble pas être le cas, Monsieur Potter, intervint Mme Lackel après un moment.

- Voilà qui me ravi, madame la présidente. J'aurais été désolé d'apprendre que mes amis avaient commis un délit quelconque.

- Nous comprenons.

Le ton mielleux de Mme Lackel donnait au Gryffondor des envies de meurtres. Cependant, une fois de plus, le nom de Potter avait fait son chemin dans l'esprit des personnes face à lui – fichue société archaïque.

- Bien, cela étant dit, je pense que nous avons toutes les informations nécessaires. Nous vous remercions, Monsieur Rogue et nous réservons le droit de vous rappeler devant cette commission. Merci.

Les membres de la commission se levèrent et sortirent. James les regarda faire, toujours debout – quand s'était-il levé au juste ? – et tendu. Lorsqu'ils furent tous sortis, le Maraudeur laissa échapper le souffle qu'il retenait, se demandant au passage quand il avait bloqué sa respiration. Baissant les yeux, il tomba sur Rogue qui lui lança un regard indéchiffrable. Le Gryffondor ne voulut même pas chercher à comprendre. Il se sentait fatigué…

- Rentrons, fit-il simplement en tournant les talons.

Les bruits de pas sur le marbre raisonnant dans la salle vide lui confirmèrent que le vert et argent le suivait.

ooo

- J'ai appris que Severus et les autres avaient été convoqués au sujet de la potion anti-loup.

Remus sourit à sa petite-amie alors qu'elle le regardait avec un air soucieux. Ils s'étaient réfugiés dans la Salle sur Demande, à l'abri des regards indiscrets.

- Ça t'inquiète ? poursuivit-elle.

- Pas vraiment. Je suis bien placé pour savoir que cette potion fonctionne. Et puis, franchement, je plains plus les membres de la commission que nos amis.

- Pardon ?

- Mais oui, imagine : ils vont devoir s'opposer à Terry, Sylciu, Lily et Rogue…

- Severus, corrigea Narcissa d'un air entendu.

- Severus, répéta le Gryffondor, amusé. Sans parler de James.

- Je vois où tu veux en venir. Les pauvres !

Ils échangèrent un regard et gloussèrent de concert.

- Et toi, reprit la vert et argent en se blottissant un peu plus contre lui. Comment te sens-tu ?

- Là, maintenant ? Incroyablement bien, répondit-il en l'entourant de ses bras.

Elle rit doucement.

- Je parlais de la potion.

- Oh ? Et bien c'est assez déroutant. Je n'ai pas perdu les pouvoirs que me donne le loup mais dès la première prise de la potion j'ai senti que… comment dire ? J'arrivais à le maîtriser. C'est une sensation assez étrange. Normalement, je n'y parvenais que pendant une courte période, à la nouvelle lune et si je me concentrais fortement. Maintenant c'est naturel, même lorsque la lune est pleine. Il est toujours au fond de moi, mais tant que je le désirerai, il y demeurera. Terry, Sylciu, Lily et Severus m'ont probablement fait le plus beau cadeau que je pouvais imaginer avec cette invention.

- Je devrais peut-être leur demander quelque chose contre les visions ?

Le ton de Narcissa était léger, montrant qu'elle plaisantait, mais Remus sentait toujours ce léger malaise en elle lorsqu'elle parlait de son pouvoir. Il posa un tendre baiser sur sa tempe.

- Moi, je t'aime avec ton pouvoir de voyance, ma belle. Peut-être devrais-tu l'accepter et apprendre à le maîtriser, qu'en penses-tu ? Je suis certain qu'il y a des devins et autres prophètes qui pourraient t'aider à cela. Tu en as parlé avec Dumbledore ?

- J'ai toujours voulu oublier ce pouvoir, Remus. Pas apprendre à m'en servir.

- Mais il fait partie de toi. Peut-être devrais-tu en parler à Terry, il fait des choses incroyables avec sa magie ancienne.

- Hmm. Peut-être.

ooo

Harold Ferrer pouvait se targuer de connaître les gens. Il avait été oubliator pendant quinze ans avant d'être blessé et de quitter le service actif, retournant alors vers ses anciennes amours : les potions. Depuis, il était un honorable membre de la très respectée CHP. Et là, siégeant comme à son habitude dans sa blouse blanche frappée du chaudron doré des maîtres des potions, il se sentait dépassé. Cela ne lui était jamais arrivé ! Comprenez bien : il avait soixante ans dont quasiment trente passés à la confection et à l'homologation des breuvages magiques en tout genre – il avait vraiment vu passer de tout. Que ce soit le fou génial – ou pas – ou le stéréotype du rat de bibliothèque, pour une potion sans intérêt pratique ou révolutionnant le domaine auquel elle touchait, il les avait étudié. Mais ce garçon qui se tenait face à lui les surpassait tous.

Les étudiants de Poudlard se vantant d'avoir créé une potion empêchant le processus de transformation que subissaient les loups-garous lors de la pleine lune avaient obtenu le droit d'être accompagnés devant la commission – pas de professeurs, il ne fallait tout de même pas pousser. Harold était fier de son travail. Il avait beaucoup accompli et ne comptait pas s'arrêter en si bon chemin. Mais voir ces gamins prétendre avoir surpassé en quelques semaines des années d'études acharnées le mettait dans une froide colère. Ces gosses avaient-ils la moindre idée de ce qu'ils disaient ? Leurs parents n'avaient-ils aucun savoir-vivre pour laisser ces enfants proférer de tels mensonges ? Où allait le monde sorcier ?

Un peu plus tôt, le jeune Severus Rogue, escorté du préfet-en-chef – le fils du chef des aurors qu'Harold connaissait un peu – s'était présenté devant la commission. Son accompagnateur n'avait surpris personne. Par contre, celui du nouveau venu – Terry Star, c'était son nom – laissait toute la CHP sans voix. Un phénix. En soixante ans d'existence, Harold n'avait vu une de ces créatures fantastique qu'une seule fois et de très loin. Or celui-ci, se tenant tranquillement sur l'épaule de l'élève, était à portée de main. L'homme oublia toute bienséance, en admiration devant l'animal. Il ne vit même pas le regard que lui lançait le gamin – mais pour tout dire, il n'en avait que faire. Tout comme il ne s'intéressait pas à l'air malsain qu'il affichait à ce moment-là.

Le phénix cessa de lisser ses plumes et lança un regard perçant à Harold. Ce dernier crut défaillir face à la puissance de ce geste. Mais l'oiseau mythique sembla se désintéresser de lui aussitôt pour tourner son attention vers son maître. Une bouffée de colère – d'envie ? – envahit le sexagénaire. Qu'avait donc de garçon de plus que lui pour que l'animal le préfère ?

- Monsieur Star, commença la voix grésillante de Mme Lackel, présidant la commission, nous avons discuté tout à l'heure avec votre camarade, Monsieur Rogue, qui nous a affirmé que vous aviez une bonne maîtrise de la magie ancienne.

- Parfaitement, approuva le gamin – son air détaché et sûr de lui donnait envie à Harold de lui lancer un sort rien que pour voir s'il pouvait le faire réagir –, j'étudie tout particulièrement une branche : la magie antique. Cependant, je connais également quelques-uns des autres domaines.

- Domaines ? Excusez moi, jeune homme, je ne suis pas certain de vous suivre.

Robert Colley – c'était lui qui venait de parler – était un homme d'une cinquantaine d'années, assez bien fait de sa personne, à qui l'ancien oubliator vouait un mépris sans nom. Si sa sœur n'avait pas été la maîtresse d'un – ou même plusieurs – haut fonctionnaire d'Etat, cet opportuniste ne serait jamais arrivé à ce poste. A coté de lui, Mercedes Surfy ne pipait mot – elle n'avait plus rien dit qu'elle avait été remise à sa place par Potter. C'était assez plaisant.

-Il y a plusieurs domaines dans la magie ancienne. La magie antique est l'un d'eux, basé sur des incantations faisant appel aux anciens Dieux – grecs, en principe – mais ce n'est qu'une infime partie de cette magie. Dans la grande majorité des cas, la magie ancienne se passe de toute invocation – incantation, formule, mouvement spécifique – et utilise uniquement les sentiments et les perceptions du lanceur – parfois même à son insu. Elle est en cela assez proche de la magie accidentelle que pratiquent les jeunes enfants. Sa maîtrise est assez malaisée.

- Vous êtes bien présomptueux, Monsieur Star, siffla Harold. Affirmer successivement que vous utilisez cette magie et qu'elle est difficile à contrôler…

- Je n'ai pas dit cela, contredit le garçon avec une mauvaise foi manifeste – l'ancien oubliator voyait clair dans son jeu –, j'ai dit que j'étudiais cette magie. Je la comprends également assez bien. Quand à l'utiliser, je ne réussis qu'à maîtriser une partie infime de son potentiel.

-Donc, vous ne maîtrisez pas cette magie mais vous affirmez l'avoir utilisée pour vous assurer de l'absence d'effets secondaires sur les loups-garous. Cela ne me semble pas convaincant.

Lorsqu'il eut terminé sa tirade, le sexagénaire exultait. Il venait, il en avait la certitude, de réduire à néant la crédibilité de ce gamin arrogant. Ce n'était que justice. Qu'il aille jouer au petit chimiste ailleurs ! La CHP avait d'autres hippogriffes à fouetter. Le phénix laissa échapper un trille moqueur et le sorcier crut naïvement que l'oiseau de feu se plaçait de son coté. Il déchanta vite en voyant le Serpentard caresser l'animal d'un geste presque absent.

- Je ne m'amuse pas à me vanter de choses que je ne peux faire, Monsieur Ferrer, fit Star sur un ton d'une exquise politesse qui donna la chair de poule à son interlocuteur. Je vous ai dit que j'étais loin de tout connaître de l'ancienne magie, et je l'assume parfaitement tout comme vous semblez assumer votre ignorance complète dans ce domaine.

Le sang du membre de la commission ne fit qu'un tour. De quel droit ce gamin osait-il lui parler ainsi ? Mais l'élève de Poudlard ne lui laissa pas le temps de répondre, continuant sur sa lancée.

- Cependant, il est des parties que je maîtrise bien. Celle dont je me suis servie pour la potion qui nous intéresse est sous mon contrôle au même titre que la magie antique. Je puis donc vous affirmer que l'esprit des loups-garous qui prendront cette potion n'a rien à craindre. Le test que vous avez mis en place, j'en suis sûr, vous apportera la confirmation de mes dires. Si vous en doutez, je vous suggère de faire appel à des legilimens – la legilimencie est une déformation d'une forme de magie ancienne, si vous voulez savoir.

Le phénix sur son épaule ponctua cette déclaration d'une note vibrante d'assurance. Harold eut le sentiment d'être cruellement trahi. D'autant plus qu'autour de lui, ses collègues semblaient convaincus…

ooo

- Alors, s'enquit Veena alors que Harry rentrait à Poudlard. Comment ça s'est passé ?

- Très bien, affirma le jeune homme en souriant. Hélios les a tous séduit ! Je crois même qu'il y en a un qui est tombé amoureux.

- Pardon ? s'étrangla la Serdaigle.

- Un des membres de la commission. Tu aurais vu comment il dévorait notre ami à plumes des yeux, c'était… ahem… déroutant. Ce type ne me plaisait pas pour tout dire.

- Un zoophile ?

Le voyageur dimensionnel éclata de rire devant l'air proprement écœuré de son amie.

- Je ne pense pas qu'on en soit là, tempéra-t-il. Tu sais bien que les gens réagissent étrangement à la présence d'un phénix…

Tout en parlant, Harry se demanda furtivement s'il y croyait vraiment. Il avait senti des ondes venant de cet homme… Il chassa cette pensée de sa tête.

-… mais toujours est-il que sa présence a été bénéfique. Les membres de la CHP étaient presque à me croire sur parole. Enfin… pour ainsi dire.

- Traduction ? sourit Veena, perspicace.

- Quasiment deux heures de questions et de démonstrations de toute sorte. A la fin, j'avais envie d'en tuer un.

Avait-il besoin de préciser lequel ? Alors que la Serdaigle éclatait de rire, le Survivant songea qu'il serait plus sage de prévenir Drago et Lily – ce Harold Ferrer lui avait vraiment fait mauvaise impression.

- En tout cas, je suis contente que tu aies retrouvé Hélios. Où est-ce que son hoquet l'avait entrainé ? A l'autre bout du pays ?

Inconsciemment, Harry se tendit. Il vit son amie froncer les sourcils, signe que cette réaction ne lui avait pas échappé. L'endroit où le phénix était allé…

ooo

Severus marchait dans les couloirs de l'école de sorcellerie d'un pas machinal. Plongé dans ses pensées, il ne vit même pas que Terry était rentré. Le comportement de Potter plus tôt dans la journée, devant la CHP, le hantait. Pourquoi, diantre, le préfet-en-chef avait-il ainsi pris sa défense ? Cela n'avait pas le moindre sens. Mais à vrai dire, le comportement du Gryffondor était étrange depuis un moment. Les cours de protection en avaient été la preuve. Une part de Severus – probablement le garçon maltraité par ses camarades de classe – voulait croire à une nouvelle farce. Un truc genre « rendons Servillius fou ». Tout à fait le genre de la bande à Potter. Mais une autre partie du jeune homme – probablement plus honnête – admettait qu'il avait pris un malin plaisir à provoquer les quatre farceurs, en insultant Evans par exemple. Le Serpentard n'était pas idiot. Il avait tout de suite vu que le béguin de Potter pour la jolie rousse était plus qu'une amourette de gamin et s'était employé avec délectation à miner toute la crédibilité du Maraudeur face à la préfète. C'était très plaisant. A l'époque tout de moins. Avant que Terry Star ne déboule dans sa vie et ne défonce tous les fondements de son existence en quelques phrases. Par moment, Severus aurait aimé pouvoir détester cet américain, mais il s'en était montré incapable. Contrairement à Potter, le nouveau s'était montré trop gentil et compréhensif avec lui pour que le Prince au Sang-Mêlé puisse le voir comme un ennemi. Dommage, c'eut été plus simple.

Et maintenant ? Le jeune homme soupira. Sa vie était devenue une sorte de colosse aux pieds d'argile et s'effritait peu à peu. Que faire ?

Il entra dans son dortoir et se laissa tomber sur son lit. Il était content d'avoir réussi la potion anti-loup. Il avait même – contre toute attente – été sincèrement heureux de voir Lupin soulagé du poids de sa lycanthropie. Il avait été surpris de ressentir ça. Cela lui ressemblait tellement peu. Il ne comprenait plus. Il ne se comprenait plus. Et en toute honnêteté, cela lui faisait peur.

Finalement, à l'heure qu'il était, il n'était plus sûr que d'une chose : James Potter n'était plus réellement son ennemi. Et cette simple certitude lui donnait le tournis.

ooo

La journée avait été dure pour James. Sitôt rentré de l'interrogatoire – c'était le seul mot qui convenait – au ministère, ses devoirs de préfet-en-chef s'étaient rappelés à lui. Il en avait presque été déçu que Terry ait décidé de se passer de son aide devant la CHP – presque.

Une fille de Poufsouffle avait passé deux heures à vomir des limaces – une sombre histoire de jalousie entre filles, avait cru comprendre le Maraudeur. La moitié des invertébrés avait terminé sur ses chaussures. Bon, d'accord, la moitié, il exagérait un peu, mais tout de même un grand nombre. Trop, assurément. Manifestement décidé à ne pas le laisser se relâcher, Peeves avait ensuite inondé un couloir du troisième étage. Dans la foulée, une bagarre avait éclaté entre les Gryffondors de quatrième année et leurs homologues de Serpentards. Et pour finir, un petit malin de première année n'avait rien trouvé de mieux que d'aller visiter la Forêt Interdite. Certes, James l'avait également fait, mais lui ne s'était pas perdu et n'avait pas lancé des étincelles de secours qui avait attiré les Acormantulas ! Les jeunes, de nos jours…

La robe déchirée d'avoir couru dans la forêt, le brun se laissa tomber pitoyablement sur le canapé de la salle commune des préfets-en-chef. Vivement que cette affreuse journée se termine, songea-t-il en fermant les yeux.

- Fatigué ?

La voix douce à son oreille lui tira un sourire.

- Epuisé, confirma-t-il.

- J'ai peut-être quelque chose pour toi.

Surpris, James ouvrit les yeux, mais Lily était toujours derrière lui. Il s'apprêtait à se retourner lorsqu'elle posa ses mains sur les épaules du jeune homme. Celui-ci laissa échapper un soupir de bien-être, refermant les yeux, lorsque les doigts de sa compagne commencèrent à le masser.

- Je ne te connaissais pas ces talents de masseuse, fit-il au bout d'un moment, profitant au maximum des gestes de la belle rousse.

- Je suis pleine de surprises.

James dut se faire violence pour ne pas régir au ton charmeur de Lily. Pour le moment, il avait envie que le massage continue – elle avait vraiment des doigts de fée.

- Quand dois-tu aller devant la CHP ? demanda-t-il d'un ton presque absent.

- Demain, neuf heures. Terry m'a dit de me méfier de Harold Ferrer, il ne lui plait pas.

- Ce n'est pas le seul dont tu dois te méfier.

- Mais tu seras avec moi.

Il y avait une telle confiance dans la voix de la préfète-en-chef que son compagnon ouvrit les yeux et se tourna vers elle. Elle lui souriait gentiment et, Merlin tout puissant, qu'elle était belle ainsi. Ses cheveux tombant en cascade sur ses épaules, sa robe de sorcière ouverte sur son uniforme réglementaire et ses yeux exprimant tant de sentiments la rendaient extraordinairement séduisante aux yeux de James.

Sans réfléchir, il tendit les bras vers elle, l'entraînant à ses cotés. Elle poussa une légère exclamation de surprise lorsqu'il la fit passer au dessus du dossier du canapé pour qu'elle finisse dans ses bras mais elle y retrouva bien vite son sourire.

- Tu n'étais pas épuisé, James Potter ? dit-elle d'une voix qui se voulait probablement sévère mais le petit sourire en coin qu'elle arborait était un véritable appel à la débauche…

… et le susnommé n'avait nullement l'intention d'y résister.

- Tes doigts de fée m'ont rendu des forces, dit-il en posant de légers baisers dans sa nuque.

- Vraiment ?

L'expression innocente de Lily n'aurait trompé personne, et surtout pas son petit-ami. Il emprisonna les lèvres de la jeune fille avec les siennes, l'empêchant de poursuivre ce petit jeu. Elle semblait s'en être lassée aussi, nota-t-il en sentant sa chemise s'ouvrir – la cravate avait déjà disparu dans un lieu non identifié (et sans intérêt aucun).

Par toutes les magies, ce qu'il pouvait aimer cette fille. L'avoir dans ses bras, sentir ses mains fines parcourir son torse, sans parler du reste (il tenait à son intimité, tout de même)… A chaque fois, il se demandait comment il avait pu se passer d'elle si longtemps.

- Je t'aime, ma Lily… souffla-t-il dans un murmure.

Elle l'embrassa passionnément, l'entraînant un peu plus contre elle.

- Je t'aime aussi, James, fit-elle contre ses lèvres.

Le jeune homme fut vite débarrassé de sa chemise, jugée manifestement de trop par sa compagne – sentiment qu'il partageait puisqu'il s'empressa de lui enlever la sienne. Bientôt, les autres vêtements du couple parsemaient la salle commune jusqu'à la chambre du préfet-en-chef.

Beaucoup plus tard dans la soirée – dans la nuit, en fait –, Lily blottie dans ses bras, James se dirait que ce n'était pas une si mauvaise journée, tout compte fait…

ooo

- Hélios ? fit Drago en voyant le phénix entrer dans la Salle sur Demande, ce soir-là. Tu l'as retrouvé ?

- J'ai même trouvé plus, répondit Harry sur un ton étrange en tendant au blond un morceau de parchemin.

Jetant un coup d'œil dessus, ce dernier comprit immédiatement l'expression qu'il voyait sur le visage du brun. Lui-même était complètement abasourdi. Cependant, à la réflexion, ce n'était pas le cas de Harry. Il paraissait plutôt troublé.

- Une lettre de Granger ? Mais comment… ?

- Némésis m'avait dit qu'Hélios aurait le pouvoir de voyager entre les dimensions. Il semble que sa crise de hoquet l'ait plus ou moins déclenché. Mais il ne semble pas encore très au point. C'est pour cela que la lettre d'Hermione est si succincte, elle avait peur qu'il disparaisse avant qu'elle n'ait fini sa rédaction.

Jetant un coup d'œil aux lignes de la Gryffondor, le renié convint qu'elles relevaient plus d'un petit mot que d'une lettre.

Espère que tout se passe bien pour toi, avec Malefoy notamment. Ici Voldemort très actif mais pertes limitées. Passe son temps à te chercher. Dois te préparer à un dur combat, pour le reste, ne t'en fais pas.

Amitié.

Hermione.

- Je ne sais pas si je dois estimer qu'il s'agit de bonnes ou mauvaises nouvelles… soupira le Survivant. Elle en dit trop ou pas assez… Cela me rappelle que…

- Que pendant que nous sommes ici nous ne faisons rien pour notre monde, c'est cela ?

Le regard vert sombre d'emprunt de Harry se posa sur Drago. Il y avait trop de choses dans ces yeux. L'Anonyme savait que ce message n'était pas une bonne chose. Son ami était déjà très torturé et en quelques mots, Granger lui rappelait des problèmes qu'il était parvenu à occulter.

- Je vais préparer une lettre, reprit le jeune Potter d'une voix neutre que le blond trouva légèrement inappropriée. On ne sait jamais, des fois qu'Hélios parvienne à se servir de ce pouvoir… ou qu'il ait de nouveau le hoquet.

- Je crois que tes camarades de dortoir aimeraient autant que la seconde suggestion n'ait pas lieu.

Malgré tout, un sourire étira les lèvres du brun. Reprenant la note de sa meilleure amie, son regard redevint lointain, comme si ce morceau de parchemin lui permettait de se trouver à nouveau dans leur monde.

- Et si j'avais eu tort ?

Harry ne regarda pas Drago alors qu'il parlait. Il fixait obstinément ses chaussures. Avait-il eu tort ? Ça, l'Anonyme ne le savait pas.

- C'est peut-être le cas. Mais franchement, Harry, ce que tu as fait ici n'en valait-il pas la peine ?

- Je l'espère… J'ai beaucoup appris ces derniers mois. Même des choses que je n'imaginais pas apprendre… Mais suis-je prêt à affronter Voldemort – le nôtre, j'entends – ?

Le renié observa son ami un moment.

- Je ne sais pas. Mais tu es plus prêt que tu ne l'étais avant de partir. Que ce soit pour ta magie ou pour ta capacité à mener les gens.

- J'aimerais en être aussi sûr que toi…

- Alors contente toi de me faire confiance pour le moment, cela suffira, d'accord ?

Le brun lui lança un regard indéchiffrable et le considéra pendant un moment.

- Tu as changé, remarqua-t-il au bout d'un moment. Bien, faisons comme cela. Tu as confiance et moi…

- Toi, tu fais de ton mieux. Et tu cesses de réfléchir, cela vaut mieux pour toi.

Drago ponctua son affirmation d'un sourire entendu, légèrement moqueur.

- Bref, reprit-il sans transition, occupons-nous de ce diadème. Tu as amené ton épée ?

- Cela va sans dire. C'est ce que nous avions prévu. Détruisons cette horreur au plus vite. Nous n'avons que trop tardé.

Et joignant le geste à la parole, Harry retira la lame de son fourreau. Le renié ne fit pas le moindre commentaire, mais lorsque son ami abattit son arme sur le diadème de Serdaigle, il eut vaguement l'impression que c'était sur le Seigneur des Ténèbres qu'il s'imaginait le faire. Leur Seigneur des Ténèbres.

ooo

Lily resserra sa prise sur la main de son petit-ami alors qu'ils entraient dans la salle de la CHP. Elle se sentait incroyablement tendue. Avant son départ, Terry avait fait quelque chose avec sa magie – l'ancienne magie – qui l'avait détendue, mais l'approche du moment fatidique où elle rencontrerait la commission semblait dissiper les bienfaits des sorts de son ami. La présence de James, cependant, l'aidait beaucoup.

- C'est le pire examen que j'ai eu à passer, grommela-t-elle.

Elle sentit plus qu'elle n'entendit son compagnon rire.

- Ça n'a même pas commencé, Lily, releva-t-il.

- Justement !

Le préfet-en-chef était manifestement moqueur. Son homologue l'ignora donc superbement et se s'avança dans la salle. Elle sentit dès que James entra que les précédentes entrevues avaient dû être aussi agitées que ce qui lui avait été dit. Une certaine tension régnait, comme si chacun craignait ce que l'autre pouvait dire ou faire. Cela ne ressemblait pas vraiment à l'idée qu'elle se faisait de la grande Commission d'Homologation des Potions.

Les questions commencèrent à fuser à un rythme monotone et Lily vit son stress disparaître au profit d'un troublant ennui. Elle ne s'attendait pas à ce genre de dialogue soporifique. Elle avait localisé le dénommé Harold Ferrer, qui semblait perdu dans un monde connu de lui seul. Contrairement aux craintes de Terry, il ne semblait pas représenter la moindre menace. D'ailleurs personne ne semblait hostile. C'était à n'y rien comprendre…

Jetant un coup d'œil derrière elle, elle vit que James semblait agacé. Il avait probablement compris de quoi il retournait, il avait plus d'expérience qu'elle en la matière…

- Alors ? lui lança-t-elle une heure plus tard, alors qu'ils sortaient.

- Ils ont déjà fait leur choix, répondit le jeune homme, lugubre. Et ils ne le cachent même plus. Ils ont compris qu'il ne servait à rien de tenter de vous accuser, donc ils vont tenter de prendre des chemins détournés.

- C'est-à-dire ?

- Je ne suis pas familier de ce genre de commission, mais je suppose qu'ils vont commencer par exiger une enquête approfondie pour gagner du temps, espérant que l'un de vous fasse un faux pas.

- C'est de la folie ! C'est juste une potion !

- Pas vraiment. La potion en elle-même n'a pas grand intérêt pour eux. C'est plutôt le pouvoir, la reconnaissance, qu'elle permettra qui les intéresse. N'y pense plus, Lily. Tôt ou tard, ils devront l'avaliser. Et je ne serais pas surpris que Dumbledore entre dans leur jeu et fasse jouer certaines de ses relations. Je suppose que c'est ainsi que marche le monde…

Il y avait une telle amertume dans la voix de James, que sa petite-amie préféra ne pas commenter.

Sans surprise, l'audition de Sylciu se passa de façon sensiblement identique à celle de Lily. Questions techniques et rythme monotone furent les maîtres mots de l'affaire. La seule différence que James parvint à noter, était que l'américain, contrairement à la jeune fille, semblait parfaitement à l'aise et conscient de ce qui se passait. Il avait manifestement l'habitude d'évoluer dans ce genre de cercle. Le Maraudeur ne s'en sentit que plus inutile.

- Ils veulent gagner du temps, releva simplement Sylciu lorsqu'ils sortirent enfin de la salle.

- Les imbéciles, grinça James, méprisant.

Le blond ne lui répondit pas, continuant à marcher d'un pas parfaitement calme. Le Préfet-en-Chef l'observa du coin de l'œil.

- Qu'allez-vous faire, maintenant ? finit-il par demander.

- A quel sujet ?

- La potion, évidemment.

- Oh ! Rien de spécial, je suppose. Il faudra probablement que j'en parle aux autres, mais je ne vois pas ce que nous pourrions faire. Nous avons la recette pour… tu-sais-qui, et de toute façon, tôt ou tard la commission homologuera la potion. Ils n'ont pas vraiment le choix.

- Tu prends ça avec un tel détachement !

- Je ne peux pas me battre pour tout, James. Je préfère simplement mettre mon énergie ailleurs. A mon avis, à force de toujours vouloir tout faire, on finit par ne rien réussir. Mieux vaut choisir ses combats…

- Un raisonnement très Serpentard.

Le Maraudeur ne fut qu'à moitié surpris d'entendre que sa voix était dénuée du moindre sarcasme ou d'une quelconque agressivité. Ce n'était qu'une constatation. Quand à Sylciu, il se contenta d'un sourire énigmatique.

ooo

Harry avait parfaitement conscience qu'il n'aurait pas dû se trouver dans cette clairière de la forêt interdite ce soir-là. Lily et Drago étaient probablement revenus de leurs entrevues avec la CHP et, en tant qu'ami et co-inventeur, il était de son devoir de prendre de leurs nouvelles. Pourtant, il demeura allongé sur le sol, fixant les étoiles comme si elles pouvaient lui offrir la réponse à toutes ses questions. Il se sentait une nouvelle fois perdu.

Il avait souvent espéré qu'Hélios développe enfin ce pouvoir dont Némésis avait parlé. Voyager entre les dimensions. Pouvoir enfin avoir des nouvelles de Ron, d'Hermione, de Ginny et de tous les autres… Seulement voilà, à présent, cela le troublait. Le mot de son amie était tellement court… Elle y disait que tout allait bien, mais était-ce la vérité ? Ou ne voulait-elle simplement pas qu'il ne s'inquiète ? Il avait lu les lignes de la préfète jusqu'à les connaître par cœur, cherchant quelque chose qui s'y serait caché, sans succès. Toute sa détermination partait à vau-l'eau. Il avait cru s'être débarrassé de ses fantômes, et le retour à la réalité était difficile. Certes, il était plus fort qu'avant son départ. Il était un assassin aussi. Il avait tué deux personnes. Était-ce le prix de la puissance ? Dans ce cas, il n'était pas certain d'en vouloir.

Il poussa un énième soupir alors que les étoiles au dessus de lui semblaient bien loin de ses problèmes. Drago lui dirait certainement de cesser de penser – ça ne lui réussissait pas selon le blond. Fatigué, Harry posa son avant-bras sur ses yeux, remontant ainsi ses lunettes. Il avait envie de s'endormir et de ne plus penser à rien. D'oublier qu'il était étranger à ce monde, qu'il était lié par une prophétie…

Repensant à elle, il eut un rire nerveux. Et dire que lorsqu'on la lui avait présentée, il avait été dégoûté à l'idée de devenir un meurtrier. C'était tellement ironique ! Elle ne s'était pas encore réalisée, et il l'était déjà.

- Vous semblez troublé, jeune Maître.

Par pur réflexe, Harry bondit sur ses pieds et tira l'épée d'anti-magie de son fourreau. Il stoppa cependant son mouvement en découvrant son interlocuteur. Un centaure inconnu le fixait intensément de ses yeux bleus.

- Qui êtes-vous ? s'enquit le jeune homme, pressant.

- Je me nomme Leyls, Maître. Et je ne suis pas votre ennemi. Je ne puis l'être.

- Pourquoi m'appeler Maître ? Les centaures n'ont pas autant d'égard envers les sorciers en principe.

Leyls cligna des yeux, manifestement ébranlé par la question. Harry n'aurait jamais cru voir un membre de ce peuple surpris.

- Si vous ne le savez pas, je ne pense pas qu'Elle désire que je vous l'apprenne. Vous le saurez lorsqu'Elle le décidera. Comment souhaitez-vous que je vous appelle ?

- Terry suffira, répondit le brun. Qui est Elle ?

Fidèle aux habitudes de son peuple, le centaure ne répondit pas.

- Mars et le soleil se côtoieront bientôt, Terry. Le combat approche et Ceux-Qui-Traversent-Les-Dimensions devront y participer. Malgré les prophéties. Étrange, n'est-ce pas ?

- Quoi ? Je ne comprends pas. Vous savez que je ne suis pas de ce monde ?

- Oui, nous le savons. Et vous n'êtes pas le seul à être venu. Elle vous a réuni ici malgré les prophéties. Je me demande ce qu'Elle a voulu. Mais cet univers a pris une nouvelle route grâce à vous.

- Une meilleure route ?

- Comment le savoir ? Il faudrait savoir pour cela ce qui est meilleur. Or, cela diverge. Chacun de nous a une vision différente de ce qui est mieux. Je ne peux vous dire qu'une chose : ce monde sera différent. Quand à savoir si se sera en bien ou en mal, je n'ai pas l'audace de prétendre pouvoir le dire. Il sera certainement meilleur pour certaines personnes et pire pour d'autres. C'est dans l'ordre des choses.

- Typiquement une réponse de centaure, sourit Harry malgré lui. Mais je ne comprends pas comment vous pouvez savoir que je viens d'un autre monde. Némésis m'avait dit que si on venait à le découvrir cela serait très grave et très dangereux pour nos dimensions.

- Oh ? Intéressant. Je suppose qu'elle faisait référence aux humains, non aux créatures magiques. Les centaures ne vous trahiront pas, Maître, soyez-en sûr. Nous L'aimons trop.

- Qui ? Pour l'amour de Merlin, de qui parlez-vous ?

- Je dois partir. Un phénix se dirige par ici, il vous cherche. Que la Magie soit avec vous, Maître Terry.

- Attendez !

L'appel de Harry tomba dans le vide. Leyls était déjà parti. Soupirant en pestant intérieurement contre l'incapacité des centaures à s'exprimer intelligiblement, le brun se retourna, s'attendant à voir Hélios arriver. Toutefois, ce fut Fumseck qui apparut devant lui, portant un message de Dumbledore. Le jeune homme en prit rapidement connaissance et se mit en route vers le bureau directorial où il était attendu.

ooo

Comme le disait le mot, Drago s'y trouvait déjà, suçant un des légendaires bonbons au citron du propriétaire des lieux. L'image du renié mangeant des sucreries avec Dumbledore avait quelque chose de surréaliste. Son père en aurait probablement fait une jaunisse. Les regardant un instant, Harry commença à appréhender les paroles de Leyls. Ce qui était mieux pour lui, pouvait être pire pour d'autres. Il considérait qu'un monde meilleur était un monde sans Voldemort mais les Mangemorts devaient avoir une vision différente. Voilà pourquoi le centaure, voulant demeurer objectif, n'avait pu lui répondre. Le voyageur dimensionnel n'était pas certain que cela l'aide.

- Un problème, Terry ? s'enquit le directeur.

L'interrogé soutint son regard perçant quelques instants avant de s'asseoir.

- Pas vraiment. Pourquoi vouliez-vous me voir ?

- Je viens de découvrir que nous avons un espion dans nos rangs. Le professeur de botanique, Andy Lindhall.

- C'est un mangemort ? Je dois dire que je suis surpris. Je l'ai un peu observé à son arrivée, il ne semblait rien faire qui sorte de l'ordinaire.

Harry était surpris de son propre détachement. C'était comme si cette discussion ne le concernait pas. Était-ce parce qu'il était en train de réaliser qu'il avait cru en quelque chose qui ne pouvait exister ? Parce que les paroles de Leyls signifiaient clairement que son but de rendre cette dimension meilleure était fondamentalement impossible ? Il se sentait complètement perdu.

- Je suis d'accord avec toi, Terry. D'ailleurs j'en ai fait de même et si un de mes contact n'avait pas appris, par hasard, qu'il était un mangemort, je ne l'aurais pas vu. De plus, il n'a pas la marque.

- Mais alors, quel est son rôle ? Il agit comme un enseignant normal et ne semble pas être en contact avec le Seigneur des Ténèbres ! intervint Drago avec force.

- Non, en effet, je pense que c'est un agent dormant. Nous avons toujours su que Poudlard était un des objectifs prioritaire de Voldemort, il a donc noyauté l'équipe professorale afin de s'assurer d'une aide intérieure le moment venu. Pour cela, mieux valait qu'il n'ait ni marque ni comportement suspect. C'est un plan brillant et il a failli marcher.

- Alors que fait-on ? s'enquit Harry d'une voix absente.

- Rien. Nous allons nous contenter de le surveiller.

Dumbledore s'arrêta un instant, fixant le brun.

- Tu es sûr que tout va bien, Terry ? reprit-il.

- Oui. Je suis juste un peu fatigué. Sur ce.

Il salua le directeur et Drago de la tête avant de sortir, ignorant leurs regards inquiets. Pour le moment, l'unique chose qu'il désirait était de se retrouver seul avec ses pensées. Que Lindhall aille au diable !

ooo

Ce matin-là, comme les deux précédents, Severus soupira en découvrant que le lit de Terry n'avait pas été défait. Même s'il se gardait bien de le montrer, le Serpentard était inquiet pour le nouveau. Cela faisait trois jours qu'il avait plus ou moins disparu. Il était toujours à Poudlard, c'était une certitude – il réapparaissait quelques fois pour le repas – mais semblait obstinément vouloir rester seul dans son coin. Il ne venait plus en cours – McGo et Williams étaient proprement furieux – et ne dormait plus dans le dortoir.

Pour ne rien arranger, la CHP avait ordonné une enquête approfondie sur la potion et ses possibles effets secondaires, remettant son homologation. Tout paraissant aller de travers…

En quittant son dortoir, Severus ne pensait pas si bien dire. Au détour d'un couloir, alors qu'il venait de quitter le cours d'enchantement, il se retrouva inopinément face à Avery, Rosier et Brutus.

- Tu n'es pas avec Star ? siffla le premier, mielleux.

- Vous savez tout comme moi qu'il ne vient pas en cours. Qu'y a-t-il ? s'agaça le Prince au Sang-Mêlé.

Le sourire qui apparut sur le visage d'Avery lui apprit qu'il ne se passait rien de bon pour lui.

- Puisque cette fouine d'américain n'est pas là, nous allons pouvoir parler en paix !

Severus se sentit poussé sans ménagement dans une salle vide. Ses trois camarades lui lançaient des regards qui l'inquiétaient vaguement.

- Bientôt le Maître va avoir besoin de nous, tu es toujours des nôtres, n'est-ce pas, Rogue ?

La menace n'était même pas voilée. L'interrogé grinça. Que répondre ? En l'état présent des choses, il n'avait pas vraiment le choix. Et sinon… et bien il ne savait pas. Il ne savait vraiment plus vers qui allait son allégeance. Vers personne, peut-être. Non, il ne pouvait raisonnablement pas se tenir en dehors de cette guerre. Mais il n'était plus sûr d'être capable de servir le Seigneur des Ténèbres.

- Ta réponse, Rogue ! grogna Rosier. Endoloris ! C'est long !

Le doloris de l'étudiant n'était qu'une pale copie du réel sortilège, mais la douleur n'en fut pourtant pas négligeable. Perdu et endolori, Severus leva les yeux vers ses camarades.

- Tu devrais déjà avoir répondu, end

- Expelliarmus !

Les baguettes des trois assaillants du jeune homme volèrent pour atterrir aux pieds d'un quatrième venu.

- Les bagarres sont interdites dans l'enceinte de l'école, je ne vous apprends rien, non ? claqua la voix de celui-ci.

- Potter, gronda Avery.

- Ne me tente pas, répliqua le Préfet-en-Chef, ses yeux brillants dangereusement. Sortez d'ici immédiatement avant que je ne décide de vous mettre tous les trois en colle pour le reste de l'année.

Ce n'était pas une menace en l'air, chacun dans la pièce le savait. Cependant, Severus était surpris de voir un Potter collant autant à sa fonction. Il l'aurait plutôt imaginé rire de le voir torturé. Ou peut-être pas, mais au moins provoquant un affrontement… La tête haute, les trois autres Serpentards quittèrent la pièce sous le regard menaçant du rouge et or. Lorsqu'ils furent sortit, celui-ci se tourna vers le Prince au Sang-Mêlé. L'expression sur son visage était tellement étrange…

- Pourquoi tu fais ça ? lança le vert et argent, partagé entre la colère et l'incompréhension.

- Faire quoi ?

- M'aider ? Qu'est-ce que tu veux ? Une autre dette de magie ancienne ?

Potter le regarda silencieusement.

- Oublie ça, fit-il.

Severus lui jeta un regard perplexe.

- Oublier quoi ?

- Cette dette. Oublie la. Je t'en décharge.

Le Serpentard cligna des yeux, complètement dépassé. A quoi jouait donc cet imbécile ?

- Tu es sûr que tu vas bien, Potter ?

- Disons que je me rends compte que nous… nous avons mal agi envers toi. Je… Tu ne me dois plus rien : c'est le moins que je puisse faire. Disons que c'est un moyen de repartir plus ou moins à zéro.

- Repartir à zéro ? Tu ne manques pas d'air, Potter !

Le susnommé eut un sourire étrangement humble.

- Tu as raison. J'en demande certainement un peu trop… Pourquoi sommes-nous devenus ennemis, déjà ?

Sidéré, Severus ouvrit la bouche… pour réaliser qu'il n'avait pas la réponse.

- À cause de cette histoire entre les Gryffondors et les Serpentards ? continua le préfet-en-chef. C'est tout à fait ridicule ! Et il a fallu que Terry vienne nous le dire… C'est assez pathétique. Je me sens particulièrement ridicule, tu sais ?

- C'est quoi ce délire ? Encore une blague ? Arrête de te foutre de moi, Potter ! J'en ai assez de ce petit jeu !

- Moi aussi, Rogue. Moi aussi. Je te jure que je vais arrêter et tout faire pour que les autres arrêtent. Avec mes excuses. Ne me regarde pas comme ça, Rogue, je suis sérieux. Je dois y aller, maintenant, Lily m'attends.

Et le rouge et or quitta la salle, laissant derrière lui un Severus complètement médusé.

- Mais qu'est-ce qui vient de se passer, au juste ? se demanda-t-il à lui-même.

ooo

- Toujours perdu dans vos pensées, Terry ? Ce n'est pas très sain.

Harry releva des yeux ternes et cernés vers Leyls.

- Épargnez moi vos commentaires, merci.

- À votre aise.

Le centaure se plaça à coté du Survivant, repliant ses membres sous son corps équin, et ils demeurèrent là, en silence. Les étoiles avaient depuis longtemps disparu au profit d'un beau soleil rappelant que le printemps était arrivé.

- Si je ne peux pas rendre les choses meilleures, pourquoi suis-je ici, Leyls ?

- Hmm. Question étrange. Subjectivement, rien ne vous empêche de rendre les choses meilleures, comme vous dites.

- Et objectivement ?

- Objectivement, Elle vous a envoyé ici dans un but précis. Si Elle vous a choisi vous plutôt qu'un autre, c'était probablement qu'Elle considérait que votre vision du « bien » était satisfaisante. Cela me semble suffisant.

- Ça le serait peut-être si je savais qui est « Elle ». À vous entendre on croirait qu'il s'agit de quelqu'un de tout puissant…

- Je suis abasourdi que vous ignoriez ce dont je parle…

- Alors cessez de prendre un air surpris et dites le moi !

Le centaure sembla peser le pour et le contre avant de formuler sa réponse.

- Ce n'est pas mon rôle, vous comprendrez en temps et en heure.

Le jeune homme se leva, furieux.

- Et vous voulez que je me satisfasse de ça ? Merde, j'ai besoin de savoir !

- J'imagine, fit Leyls, toujours parfaitement calme. Mais pour le moment, vous devez poursuivre votre tache. Vous n'avez déjà que trop perdu de temps en vaines interrogations. Les réponses viendront et alors tout cela vous apparaîtra sous un jour nouveau. En attendant, votre inaction est la pire des choses pour cette dimension. Bonne journée, jeune Maître.

Harry le regarda s'éloigner avec une envie folle de l'étrangler. Cette ignorance le mettait hors de lui. Il avait pensé que « Elle » pouvait être Némésis, ce que le centaure n'avait ni démenti, ni confirmé. Toujours était-il qu'il n'était pas beaucoup plus avancé…

- Ma vision du bien serait satisfaisante, hein ? fit-il au ciel.

Il soupira en basculant en avant.

- Et bien soit. Je suppose qu'il ne me reste plus qu'à continuer comme ça et espérer… Je devrais peut-être essayer de me rappeler de ce que les Dursley m'ont enseigné sur Dieu. Croire en une force supérieure m'aiderait probablement…

Il regarda la forêt autour de lui, regorgeant de magie.

- Non. Je ne pourrais pas y croire sincèrement. Alors je n'ai plus qu'à faire de mon mieux et tenter de ne pas avoir de regrets…

ooo

Et voilà. Pour mon anniversaire, je vous mets un nouveau chapitre ! ;p

Pour répondre aux questions, « Celui qui devait mourir » n'est pas Drago. Il faut le prendre strictement : il s'agit bel et bien de quelqu'un qui est mort chez eux. Quand au fait que Drago dise que Harry devient l'acolyte du héros, c'est une blague pour se moquer de lui. Enfin, de toute façon, vous comprendrez vite – encore un ou deux chapitres avant les Grandes Révélations.

Merci à tous ceux qui ont laissé des reviews, ça fait toujours plaisir.

Eterna