Les Maîtres des Dimensions
Résumé général : Alors que Harry déprime après la mort de Dumbledore, il rencontre Némésis, une étrange femme qui lui propose une mission : se rendre dans un monde parallèle afin de créer un autre futur. Il part donc en 1976, dernière année de ses parents à Poudlard, sous le nom de Terry Star, accompagné d'Hélios son phénix mais également de Drago, qui a été renié par son père, portant le pseudonyme de Sylciu Celford. Ils se présentent comme des cousins venus d'Amérique.
Chapitre précédent : Alors que les quatre inventeurs de la potion contre le lycanthropie passent devant la CHP (Commission d'Homologation de Potions), les rapports entre Severus et les Maraudeurs (surtout James) changent du tout au tout. Pendant ce temps, Harry se pose une énième fois des questions sur sa mission et reçoit des réponses très nébuleuses de la part d'un centaure.
Chapitre 36 : Bracelet
Drago avait cessé de tenter de comprendre ce qui s'était passé dans la tête de Harry quelques jours plus tôt. Le jeune homme avait disparu, se mettant à l'écart, puis était revenu comme si de rien n'était. Il ne semblait plus réellement troublé, plutôt décidé à poursuivre la mission. Pour le moment, le blond se contenterait de cela. Le seul point négatif de cette affaire, était le nombre ahurissant d'heures de retenues dont le Survivant avait hérité, tant de la part de McGo que de Williams. Cela aurait bien pu être une catastrophe si Dumbledore n'avait pas ordonné qu'elles aient lieux avec lui. Il avait argué avoir besoin d'aide pour des recherches. C'était vrai, sauf qu'il s'agissait plus de celles de Harry que du directeur. Toujours était-il qu'ils passaient donc leurs soirées à chercher le dernier Horcruxe.
De ce fait, le renié avait décidé de poursuivre ses propres investigations au sujet de l'immunité de son ami face à l'avada kedavra. Et, finalement, après moult éternuements, torticolis et soupirs d'ennui au dessus de vieux grimoires poussiéreux, il touchait au but ! Enfin, probablement… En tout cas, il avait une explication qu'il estimait satisfaisante. Le livre que lui avaient donné les Maraudeurs l'y avait aidé.
Les Sortilèges Uniques. Au début, lorsque les sorciers avaient créé les premiers sortilèges, ceux-ci ne pouvaient fonctionner qu'une seule fois sur la même personne. Ensuite, la magie de la victime du sort développait une certaine immunité. Cela avait posé des problèmes, notamment avec les enchantements médicaux et les mages s'étaient donc employés à éliminer ce caractère unique de leurs inventions. Seulement, Drago les soupçonnait de ne pas l'avoir fait avec l'avada kedavra. Quel intérêt, en effet, puisque la personne qui le reçoit et supposée mourir ? De plus, chacun savait que le sortilège de mort était un des plus vieux qui existe.
- Autrement dit, soupira le jeune homme, le seul moyen de ne pas craindre l'avada, c'est d'y avoir résisté une fois… Ce qui est impossible. Aaaah ! Des heures de recherche pour rien !
- Tu vas t'en remettre ? fit une voix moqueuse.
- T'es pas en colle, toi ?
- Finie. Et puisque tu le demandes, nous n'avons rien trouvé. Alors tu ne devrais pas te plaindre. Tu as découvert quelque chose !
- Qui ne sert à rien.
- Soit un peu plus optimiste !
Drago lança un regard perçant à son ami.
- C'est la poêle qui se fout du chaudron, ma parole !
- Mauvais joueur. Alors, quelles sont ces trouvailles dont tu ne peux rien faire ?
- Tu as remarqué ?
Harry se tourna vers Narcissa qui souriait victorieusement.
- Quoi donc ? s'enquit-il.
La jeune fille eut un air attristé.
- Severus et les Maraudeurs. Tu as vu comme ils agissent ?
- Ah. Oui, j'ai vu. Intéressant, n'est-ce pas ? Je te parie que d'ici peu, ils seront amis !
- Si j'avais entendu ça il y a quelques mois ! rit la blonde. Mais après tout, ce n'est pas le plus incroyable de ce que j'ai vu ces derniers temps, alors ! Je… hem. Je voudrais te parler. Ce soir, d'accord ? Enfin, je…
- Qu'est-ce donc pour que cela te fasse bredouiller ? Ça ne te ressemble pas, Narcissa.
- Oui. Tu as raison. Oublie ça, bonne journée, Terry !
- Hein ? Oh ! Narcissa. Attends !
Mais la vert et argent était déjà partie d'un pas un peu trop alerte. Harry se promit de tirer ça au clair… après sa retenue.
Albus devait admettre, avec ce recul de quelques mois, que demander de l'aide à Némésis avait probablement été une de ses meilleures idées – pour ne pas dire la meilleure. Il était complètement ébahi en découvrant le chemin parcouru en moins d'un an. Nombre de futurs mangemorts – car si le directeur avait foi en la nature humaine, il ne se voilait toutefois pas la face – avaient été détournés de cette funeste voie, que ce soit par des actions directes ou détournées. Les frères Black avaient retrouvé l'amour fraternel que la répartition de Sirius et les préjugés de leur famille avait failli leur enlever. Leur cousine, Narcissa, malgré la mort de sa sœur aînée, paraissait plus épanouie qu'elle ne l'avait jamais été. Remus Lupin semblait s'être débarrassé de ses derniers démons…
Ce n'était que des exemples parmi tant d'autres. Mais la chose qui avait le plus retenu l'attention du vieil homme était la relation nouvelle liant les quatre farceurs de Gryffondor et Severus Rogue. Leur inimitié, légendaire dans Poudlard, avait complètement disparue – ils s'appelaient par leurs prénoms ! – et sans être encore des amis, ils avançaient peu à peu vers une relation amicale. Albus avait bien remarqué que Terry et son cousin observaient l'avancement de la situation du coin de l'œil, mais ils ne semblaient pas avoir la moindre intention de s'en mêler.
Face à ce succès stupéfiant, le directeur avait pris la décision de laisser les deux faux américains gérer seuls cette situation et s'était retourné vers un autre domaine : les Horcruxes. Terry et lui recherchaient activement le dernier, sans grand succès. Selon toute probabilité, il devait s'agir de quelque chose ayant appartenu à Poufsouffle, ce qui, somme toute, ne les aidait pas vraiment. Malgré les – très nombreuses – heures de retenues dont l'envoyé de Némésis avait écopé et qu'ils avaient passées à chercher, ils n'avaient absolument rien trouvé. Inutile de compter, comme pour la tiare, sur un coup de chance – c'était le genre de chose qui ne se produisait qu'une fois ! La situation était donc légèrement complexe.
En désespoir de cause, Albus avait contacté quelques uns de ses amis – des gens sûrs, cela va sans dire –, les invitant à ouvrir l'œil (voire même les deux). Pour le moment, cela n'avait rien donné. Mai montrait le bout de son nez et avec lui la fin de l'année scolaire se profilait. Le mage avait parfaitement conscience qu'il devait retrouver l'Horcruxe avant les vacances même si, selon les termes de son accord avec Némésis, les envoyés de la jeune femme devaient rester jusqu'à fin juillet.
De plus, un autre problème, pour le moins inattendu, venait d'apparaître : le ministre. Pas qu'Albus ait jamais eu la moindre considération pour cet homme, mais jusqu'alors – exception faite de l'épidémie – il n'avait jamais réellement posé de difficultés. Et voilà qu'il voulait discuter avec Voldemort ! Quelle idée ! Que voulait-il proposer au mage noir, exactement, pour agrémenter la discussion ? Proprement ridicule ! Si discuter avec Tom Jedusor avait suffit, cet imbécile (qui avait été élu on-ne-sait-comment) ne croyait-il pas qu'Albus l'aurait déjà fait ?
Le directeur soupira. Il allait falloir qu'il prenne les choses en main… et il se sentait trop vieux pour tout cela.
Harry découvrit avec déplaisir que Narcissa pouvait être une véritable anguille. Deux jours plus tard, il s'avoua vaincu, acceptant de ne pas connaître le secret de la jeune fille – ou du moins, pas tout de suite. Il avait d'autres problèmes autrement plus urgents. Le premier en liste était l'Horcruxe manquant. Être si prêt du but rendait le jeune homme fébrile – il avait quasiment oublié ses doutes – mais le manque de résultats était flagrant.
La trouvaille de Drago sur les Sortilèges Uniques et la probabilité que l'avada kedavra en soit un était extrêmement intéressante et aurait pu être utile s'il n'y avait pas eu cet empressement. C'était comme si quelque chose incitait Harry à se dépêcher, à un point tel qu'il venait à se demander d'où venait ce besoin – car c'était bien un besoin impératif qu'il ressentait – d'en finir au plus vite. Cela expliquait également son renoncement rapide à découvrir ce qui troublait Narcissa.
Un coup violent sur son épaule le ramena à la réalité. Face à lui, le professeur O'Neill le dardait d'un regard sévère, l'épée en avant.
- Tu n'es pas concentré, Terry, accusa l'homme.
Il n'avait pas totalement tort.
- Excusez moi.
- Mmm. Je doute que cela fonctionne durant un combat, mais soit. Je t'excuse pour cette fois. Arrêtons là pour ce soir. Tu as une heure de colle si je ne m'abuse.
Le brun grogna un vague assentiment. Il sentait un amusement déplaisant chez son enseignant. Encore une semaine de retenues et il serait enfin en paix ! Le jeune homme fit quelques rapides étirements, se changea et se mit en route vers le bureau directorial. Une fois encore, la soirée fut employée en pure perte, les deux chercheurs n'ayant rien trouvé de concluant. C'était pour le moins agaçant.
Alors qu'il rentrait à son dortoir, il tomba sur un Hélios négligemment posé sur une armure. Au regard qu'il lui lança, Harry sentit que l'oiseau était d'humeur taquine. Ce qui n'était pas le cas de son Ami. Soupirant, le sorcier continua sa route, s'attirant une note de protestation de la part de phénix. Ce dernier, malgré les demandes insistantes du brun, n'était pas retourné dans son univers d'origine et la lettre écrite à Hermione demeurait sur le bureau de voyageur dimensionnel – saturée de sort de protection, cela allait sans dire.
Un poids se fit soudainement sentir sur son épaule, signe qu'Hélios y avait pris place. Il n'y prêta guère d'attention. La fatigue commençait sérieusement à se faire sentir et il n'aspirait plus qu'à rejoindre son lit. Malheureusement, son compagnon à plumes ne l'entendait manifestement pas de cette oreille. Il s'agitait, piaillait et paraissait vouloir faire partager son surplus d'énergie avec le sorcier. Agacé, celui-ci lui lança un regard noir que l'oiseau ignora avec brio – s'il était humain, il aurait fait un merveilleux acteur.
- Hélios ! grogna le jeune homme.
Pour toute réponse, l'interpelé lui pinça l'oreille. Harry lâcha un juron assez imagé alors que l'oiseau, sentant le danger, s'envolait prestement. Il évita de justesse un sort que venait de lancer le voyageur dimensionnel. Ce dernier hésita un instant. Poursuivre cet animal impertinent ou aller dormir ? L'appel du lit fut le plus fort et, se désintéressant dans la direction prise par le phénix, le brun reprit sa marche vers les cachots. Il n'avait pas fait trois pas que bruissement de plumes se fit entendre derrière lui. Excédé, il allait se tourner lorsqu'il sentit ses vêtements se tendre et ses pieds décoller du sol. Il ne put retenir une exclamation de surprise lorsqu'il comprit qu'Hélios était en train de le soulever. Il allait protester mais l'oiseau de feu fut le plus rapide. Il le projeta à travers une fenêtre – heureusement ouverte et localisée au rez-de-chaussée – et Harry atterrit douloureusement sur les fesses. Il releva un regard tueur vers le phénix qui semblait rire !
- La guerre est déclarée, grogna le sorcier en tirant sa baguette.
Et qu'Hélios ne crut pas qu'il aurait la moindre pitié…
Deux femmes étaient là, assises dans un salon de taille moyenne, meublé assez simplement. Le feu crépitait dans l'âtre sans qu'elles n'y portent attention.
- Alors, ces vacances ? dit l'une d'elles – la rousse – avec un regard malicieux.
- Fan-tas-ti-ques ! J'aurais aimé qu'elles ne s'arrêtent jamais… Remus est tellement merveilleux !
- Vous avez l'air heureux.
C'était une affirmation qui ne souffrait aucune contradiction. La blonde sourit de toutes ses dents.
- C'est le cas, confirma-t-elle. Et toi, Lily ?
L'interrogée rendit son sourire à son amie.
- Je suis mariée à un homme merveilleux, je fais des études fantastiques et j'ai des amis sur qui je peux compter. Que demander de plus ? Tiens, d'ailleurs, en parlant boulot, comment ça se passe pour toi parmi le Cercle ?
- Ma foi, beaucoup mieux que je ne l'aurais cru. Je ne pensais pas que l'on puisse utiliser le don de voyance ainsi. C'est étrange mais je dois admettre que c'est plaisant. Et puis Remus me soutient vraiment beaucoup…
- Cela va de soi, de toute façon, Remus te soutiendrait même si tu voulais devenir parachutiste !
Les deux jeunes femmes échangèrent un regard et pouffèrent.
- Qu'est-ce que tu penses d'organiser une soirée entre filles la semaine prochaine ? Veena va avoir ses résultats. Nous ne l'avons pas beaucoup vu cette année.
- Il parait que la troisième année est particulièrement difficile.
- Si tu veux mon avis, Narc', toutes les années sont difficiles.
- Dixit la fille qui prépare un doctorat, ricana Narcissa.
- Mauvaise amie ! répliqua Lily.
Elles se remirent à rire.
- Et bien, et bien, fit une voix masculine dans leur dos. Je vois que l'atmosphère est joyeuse. Puis-je me joindre à vous mesdames ?
Le regard de la blonde s'alluma alors qu'elle se levait. Elle embrassa son mari qui ne se fit pas prier pour répondre. Un petit ricanement les tira de leur baiser.
- Manifestement, se moqua Lily, il y avait une taxe de passage. Mais tu peux venir, maintenant, Remus. A moins que Narcissa y voit un inconvénient ?
- Hmm. Je vais peut-être doubler la taxe. Avec l'augmentation du coût de la vie et tout ça…
Remus éclata de rire et l'embrassa passionnément…
… juste avant que la jeune fille ne se réveille. Narcissa mit un instant à comprendre où elle se trouvait – non dans un charmant cottage du pays de Galles mais dans le dortoir des Serpentards à Poudlard – alors que son rêve demeurait si présent en elle. Elle savait de quoi il s'agissait. Combien de fois avait-elle fait ce genre de songe ? Un grand sourire vint se scotcher sur ses lèvres et elle réfréna de justesse un éclat de rire. Elle était heureuse. Jamais, ô grand jamais !, une de ses visions ne lui avait apporté une telle joie. Pourtant, cette fois, tout était différent. Son pouvoir lui avait montré un avenir radieux dans lequel elle était indubitablement heureuse… avec Remus.
Elle quitta le dortoir, après s'être évidemment habillée, d'un pas leste. Elle était dans un état d'allégresse avancée. L'heure était très matinale, elle ne s'attendait pas à trouver qui que ce soit dans la salle commune. Pourtant, un Terry fulminant l'y attendait de pied ferme. Enfin, attendait quelqu'un de pied ferme.
- Un problème ? s'enquit Narcissa sur un ton un peu trop léger pour paraitre véritablement affectée.
Le brun lui lança un regard soupçonneux.
- Nous allons avoir du phénix rôti au petit-déjeuner. Je vais faire d'Hélios une volaille à la broche !
- Ouch. Qu'a-t-il fait ?
- Dis moi plutôt ce que signifie ce sourire extatique collé sur ton visage ?
- J'ai fait un rêve.
- Plaisant, je suppose. En tout cas, cet air heureux te va bien, Narcissa, commenta l'américain avec le plus grand sérieux.
La jeune fille se sentit touchée par l'attention de son ami. Elle se rendait compte que c'était la première fois dans sa vie que quelqu'un n'ayant aucun lien de parenté avec elle se montrait si bienveillant à son égard. À présent, il y avait bien Remus qui veillait sur elle du coin de l'œil – elle l'avait vu faire – mais Terry était sans nul doute le premier à l'avoir fait. En cela, il tenait une place spéciale dans le cœur de la vert et argent. Soudainement, elle regretta vaguement que son rêve ne lui ait pas appris ce que deviendrait le brun. Elle espéra de tout cœur que lui aussi ait une vie aussi douce que celle qu'elle avait entraperçue.
- Et pour Hélios ? fit-elle joyeusement.
- Tu te fous de moi par vrai, fit l'américain avec un air affecté. Méchante. Moi qui voulais t'aider à voir discrètement Remus. Et bien puisque c'est comme ça je fais grève !
- C'est du chantage !
- Tout de suite les grands mots. Je dirais plutôt que c'est une marque de mauvaise humeur.
- Donc tu ne me diras pas ce qu'Hélios a fait ?
- Il voulait jouer.
Narcissa cligna des yeux, cherchant en quoi le fait que le phénix ait envie de s'amuser avait pu mettre son maître dans un tel état.
- Bref, poursuivit Terry, manifestement désireux de ne pas s'éterniser sur la question. Je commence à avoir faim. Tu viens avec moi dans la Grande Salle ? Après nous nous mettrons à la recherche du loup de tes rêves, qu'en dis-tu ?
S'empourprant soudainement – ça lui arrivait de plus en plus souvent, c'était gênant, très gênant même – la jeune fille ne put répondre que par un hochement de tête. L'américain devait véritablement avoir un don pour toujours savoir quoi dire. Le regardant à la dérobée, la jeune Black se demanda s'il s'occupait un peu de lui-même de temps en temps. D'après ce qu'elle savait, il n'était sorti avec personne – et ce n'était pas les prétendantes qui manquaient. Sortir avec le grand Terry Star était un challenge autant que cela pouvait représenter un honneur. Mais le principal intéressé ne semblait même pas s'en apercevoir. Manque d'intérêt ou de temps ? À force de s'occuper des autres, ne risquait-il pas de s'oublier quelque part ? Narcissa s'ébroua. Cette matinée avait si bien commencé, elle ne voulait pas gâcher son humeur avec des questions qui, pour le moment, ne servaient pas à grand chose. Elle se promit toutefois d'en parler avec Remus – il était de bon conseil, elle le savait.
A peine assise à la table des Serpentards, la jeune fille dut réprimer un sourire en voyant son ami se ruer sur le récipient de café. Cela l'amusait franchement. Elle avait remarqué que les Elfes de maison avaient augmenté la quantité de café allouée à leurs tables – probablement pour satisfaire cet accro à la caféine.
- Je ne pense pas que boire trop de café soit très bon pour la santé, nota-t-elle.
- Ce n'est pas bon, en effet, approuva Terry avec un aplomb incroyable. Mais, si c'est là ton inquiétude, je n'en bois pas trop. Juste ce qui faut !
- Ben voyons.
- Tu te moques ? Attention, Narcissa !
- Encore du chantage ?
- Tu recommences avec les grands mots.
Et sur ce, il se servit une nouvelle tasse. La Serpentard mordit vigoureusement dans un toast pour ne pas éclater de rire. Elle était définitivement d'excellente humeur ce matin !
- Ah !
L'air mutin du brun alors qu'il s'exclamait attira la curiosité de Narcissa. Elle se retourna… pour croiser un regard ambre qu'elle ne connaissait que trop bien.
- Tu ne te moquais pas, n'est-ce pas, Narcissa ?
La voix rieuse de Terry la fit redescendre sur terre. Mais de quoi parlait-il, au juste ? Elle lui lança un regard perplexe, mais seul l'amusement apparaissait sur le visage de l'américain.
- Hey ! Remus ! appela-t-il. En cette heure matinale, il n'y a pas grand monde, autant se regrouper.
La jeune fille dut se faire violence pour ne pas pousser une exclamation – de surprise, de joie et autres sentiments de cet acabit. Quand à Terry, il était ouvertement moqueur. Il avait l'air de s'amuser comme un petit fou.
- Tu es toujours aussi matinal, à ce que je vois, commenta-t-il alors que Remus s'asseyait près de la jeune fille, l'air de rien.
- Vous aussi.
- Bah ! Moi, je n'ai pas dormi à cause de cette plaie d'Hélios et Narcissa a fait un beau rêve.
Alors que son petit-ami lui lançait un regard surpris, la jeune fille se sentit rougir furieusement. C'était la deuxième fois aujourd'hui et elle n'était levée que depuis une heure ! Cela devenait pour le moins ridicule ! Elle perçut les doigts de Remus s'enrouler autour de sa main, sous la table.
Dire qu'Albus Dumbledore jubilait aurait été une litote. Il frétillait littéralement de joie ! Et de fierté. Il s'était toujours enorgueilli d'être quelqu'un d'humble – et ce quoi qu'on en dise – mais il avait de quoi se pâmer comme un coq. Et le grand sourire de Terry ne faisait que flatter son égo. La coupe, posée sur le bureau entre eux, brillait d'une douce lumière, la rendant étrangement attirante. C'était troublant, mais le directeur connaissait cette sensation – la magie noire était séduisante, affreusement séduisante. La Bague lui en avait laissé un souvenir cuisant. Sans Hélios, qui pouvait dire ce qui serait arrivé ? Mais ce n'était pas la question. Pour le moment, il préférait se glorifier de sa découverte. Soit, ce n'était pas vraiment sa découverte, mais elle avait été faite grâce à lui.
- Donc, fit Terry, si j'ai bien suivi, les aurors sont tombés sur la coupe par hasard ?
- Pas vraiment. J'avais prévenu un certain nombre de mes connaissances – des gens sûrs – de nos recherches, sans entrer dans les détails, cela va de soit. Lorsqu'ils se sont rendus chez Bellatrix Black à la recherche de preuves contre elle suite à son décès, ils ont découvert cette coupe et me l'ont envoyée.
Le jeune homme tapota du bout des doigts sur le bureau, un sourire en coin sur les lèvres.
- Un coup de chance, quoi.
Albus eut un petit geste agacé. Pourquoi fallait-il que l'envoyé de Némésis vienne ainsi gâcher son plaisir ? Le vieil homme ne croyait pas à la chance ou aux coïncidences – tout était affaire de plans bien rodés. Et c'était un de ses plans qui avait permis de retrouver la Coupe de Poufsouffle, point.
- Enfin, reprit Terry, quoiqu'il en soit, le dernier des Horcruxes est donc en notre possession. Il ne nous reste plus qu'à le détruire et Voldemort n'aura plus aucune protection contre la mort.
- Et « celui-qui-devait-mourir » pourra le vaincre, ajouta le directeur, dévisageant son jeune élève à la recherche de la moindre réaction.
Il n'obtint malheureusement rien. Si, comme il le pensait, le brun en savait plus que lui sur la prophétie de Mlle Black, il n'en laissa rien paraître. Albus détestait cette impression d'impuissance face à une personne en sachant plus que lui mais refusant de se livrer – il eut une vague pensée pour toutes les personnes qui avaient dû subir cela face à lui. Si le rôle de celui-qui-sait avait quelque chose de grisant, être celui-qui-ignore était fortement déplaisant. Il devrait peut-être arrêter de faire ça – ou plutôt, le faire moins souvent. Fort de cette résolution, il reporta son attention sur la Coupe.
- Mieux vaut la détruire au plus vite, je crains que Voldemort n'entre rapidement en action.
- Vous avez des informations à ce sujet ?
- Seulement des bribes, hélas. Infiltrer des espions dans les rangs des Mangemorts n'est pas chose aisée. Mais tout laisse à penser que Voldemort s'apprête à frapper un grand coup. Ses récentes défaites lui ont fait perdre son aura d'invulnérabilité et il veut y remédier au plus vite.
- Ce qui signifie une attaque de grande ampleur, hautement symbolique et avec un fort impact sur les sorciers. Probablement un lieu très fréquenté par notre communauté. Il est peu probable que des moldus soient directement impliqués.
- C'est également la conclusion à laquelle j'étais parvenu, approuva Albus.
L'espace d'un instant, il hésita sans savoir si cette hésitation était due à la présence de Terry ou au fait qu'il se refusait à prononcer sa supposition à voix haute, lui donnant ainsi corps. Son interlocuteur le prit de vitesse, lui épargnant de se poser plus longtemps la question.
- Le Ministère, énuméra-t-il, le Chemin de Traverse, Pré-au-Lard, Poudlard.
Un silence à peine troublé par les chuchotements des portraits s'abattit sur le bureau. Une attaque sur Poudlard était à craindre – encore une fois. Et cette fois, de la part d'un Voldemort furieux.
- Il ne fera pas de quartier, fit Terry, semblant réfléchir à voix haute. Les Mangemorts tueront le plus de personnes possibles sans se poser la question du sang ou du nom. Des mesures de sécurité doivent être prises.
- J'ai demandé des aurors, mais le ministre…
- Cet idiot ! coupa le brun avec une grimace de dégoût. Je parie qu'il a refusé.
- En effet. C'est à nous de nous débrouiller.
- Il reste un point qui peut nous être favorable. Voldemort – quoiqu'on en pense – est intelligent et comme on dit, chat échaudé craint l'eau froide. Il y a fort à penser qu'il n'a pas toute l'assurance dont il a besoin pour attaquer le monument qu'est Poudlard. Si c'était moi, je lancerais une attaque choc sur un point plus facile à prendre – le Chemin de Traverse ou Pré-au-Lard dont la sécurité est bien moins importante – histoire de marquer les esprits, de faire renaître la peur. Puis, au moment ou la panique reviendrait à la charge, j'attaquerais Poudlard.
Albus frémit.
- Tu ferais un redoutable mage noir, Terry.
- Je vais prendre ça comme un compliment pour mes capacités de stratège. Le meurtre de masse ne m'attire pas vraiment. Sans parler de la magie noire.
- Je suppose que je dois m'estimer heureux que ce soit le cas. Bref, quoiqu'il en soit, je vais renforcer la sécurité et la discipline dans l'école. Et probablement annuler toute sortie à Pré-au-Lard. Bien que je craigne que cela joue le jeu de Voldemort. La peur, dans la situation actuelle, est également notre ennemie. Ce genre de prudence n'est peut-être pas la solution…
- Peut-être. Mais nous ne devons pas non plus nous reposer sur nos lauriers parce que nous sommes venus à bout de notre chasse aux Horcruxes. Ce serait dangereux pour nous comme pour les autres.
- Mmm…
Si les paroles de l'envoyé de Némésis étaient sages, un plan quelque peu audacieux venait de germer dans l'esprit d'Albus. Un plan qui pourrait peut-être contrecarrer celui de son adversaire. Tom Jedusor n'était pas au bout de ses surprises… Un grand sourire sur les lèvres, le vieil homme eut l'impression d'avoir rajeuni de vingt ans en quelques heures.
À la fin du récit de Harry – lequel retraçait son entrevue avec le directeur – Drago avait une certitude désagréable : Dumbledore concoctait un plan dont il avait le secret. Très probablement un de ces trucs foireux qui se terminaient irrémédiablement par un duel Harry Potter vs Lord Voldemort.
- Je le sens mal, déclara-t-il, péremptoire.
Le brun sourit, manifestement amusé par l'air agacé de son ami.
- Ne me regarde pas comme ça, Harry ! Ça va mal finir, comme toujours. Et je te signale qu'en principe une sortie à Pré-au-Lard est planifiée pour le week-end prochain. Je suis prêt à parier dix galions que Dumbledore ne va pas l'annuler !
- Je doute qu'il le fasse, en effet. Il doit vouloir prendre Voldemort à son propre piège.
- Sottises ! se récria le blond. Tout ce qu'il va faire c'est jeter les élèves droit sur un nid de Mangemorts. Je suppose qu'il veut montrer que nous ne nous laissons pas gagner par la peur…
- Surement. Et je pense qu'il ne nous laissera pas sans protection. De plus, nous serons là…
- Quelle suffisance ! rit Drago. Tout ce à quoi nous allons parvenir, c'est de nous faire tuer ! Ce plan est foireux !
- Justement.
- Pardon ?
- En général, nos plans sont foireux et ils marchent. Pourquoi changer une équipe qui gagne ?
Drago gémit, atterré. Avec une telle philosophie, vaincre Voldemort risquait de s'avérer difficile – pour ne pas dire impossible. Ils avaient déjà largement dépassé leur stock de chance. Il vit Harry glousser et comprit que celui-ci avait capté sa pensée. Il releva ses boucliers mentaux en grommelant.
- C'est l'heure d'aller en cours de potion, annonça-t-il en tournant les talons.
Il distança rapidement son ami, profondément irrité. Pourquoi fallait-il que Harry et Dumbledore soient aussi imprudents ? Être si confiant avait tué le directeur dans l'autre monde… Il soupira en se laissant aller contre un mur. Ses fantômes étaient en train de revenir. Il secoua vivement la tête et s'engouffra dans la salle de potion. Il devait se concentrer sur autre chose, au plus vite. Avec un peu de chance, Slughorn leur donnerait une préparation compliquée qui occuperait ses pensées.
"Ne t'en fais pas. Quoiqu'il arrive, nous serons prudents." L'Anonyme ne répondit pas à l'intervention mentale de Harry. Il n'en avait pas envie pour le moment. Il se laissa tomber sur sa chaise, s'affalant d'une façon qui aurait fait hurler ses précepteurs – un héritier de Sang-Pur devait avoir une conduite irréprochable à chaque instant ! –, et sortit d'un geste brusque son manuel. Il n'était pas tout à fait sûr que son agacement soit justifié, mais la bêtise de Dumbledore et Harry lui donnait le droit d'être un peu caractériel. La potion que Slug donna à préparer, hélas, ne fut pas aussi difficile que le renié l'avait espéré. Machinalement, il regarda autour de lui en poursuivant sa préparation. Étrangement, nota-t-il, Rogue était en binôme avec James – vision ô combien troublante. Il se passait des choses bizarres entre les Maraudeurs et le futur maître des potions.
Le cours passa tranquillement et la colère de Drago décrut. Ses réactions avaient peut-être été un brin ridicules et excessives. Quoiqu'il en soit, il allait devoir travailler sur un plan pour aider Dumbledore et Harry – lutter contre celui du directeur ne paraissait pas envisageable.
"Peut-on demander de l'aide aux aurors ?" s'enquit-il à l'adresse du brun en rangeant ses ingrédients. Le Survivant fut clairement amusé, mais eut le bon goût de ne pas faire de commentaires sur son comportement.
"Ce cher ministre a refusé." Le ton de Harry était clairement irrité. Manifestement le chef du ministère n'était pas remonté dans son estime. "Il nous faudra donc nous débrouiller par nous-même," poursuivit le brun, "mais il est probable que nous recevions l'aide de l'Ordre."
"Ton optimisme est terrifiant !"
Sur ces bonnes paroles, Drago s'élança joyeusement vers la Grande Salle ou l'attendait un repas bien mérité.
La vie à Poudlard poursuivait son cours avec une monotonie étrange. Parfois, Lily se demandait comment un tel calme pouvait régner dans l'école. C'était assez troublant de penser que malgré les combats et la situation politique désastreuse, le château et ses habitants poursuivaient leurs vies comme si de rien n'était. Terry semblait plus décidé que jamais à aider tout le monde, Narcissa était sur un petit nuage – Lily avait fini par obtenir que son amie lui avoue la raison de son bonheur et ne pouvait que trouver le nouveau couple charmant – et Veena ne décolérait pas. Dans son cas, malheureusement, la rousse n'avait que des bribes d'informations. Impossible de savoir ce que Sirius avait bien pu faire pour s'attirer les foudres de la Serdaigle, mais à en juger par le comportement de l'intéressé, ce n'était pas voulu. Ces deux-là avaient une relation étrange. En parlant d'étrangeté, le comportement des Maraudeurs – surtout James d'ailleurs – et de Severus les uns vis-à-vis des autres étaient assez déroutant. Si ça n'était pas de l'amitié, cela s'en rapprochait furieusement. Lily aurait payé cher pour connaitre la raison de ce brusque revirement, mais face à ses questions, son petit-ami s'était contenté d'un haussement d'épaules. Bref, si de funestes lettres n'étaient pas venues ponctuer la distribution du courrier, les résidents de Poudlard en aurait oublié la guerre qui faisait rage.
- Je viens d'avoir une idée ! claironna soudainement, à la fin du dîner, Sirius en se levant vivement.
La rousse fut brusquement tirée de ses pensées par cette intervention inattendue et manqua lâcher sa cuillère. D'un même geste, Remus et James saisirent les pans de sa robe, le forçant à poser ses fesses sur son siège.
- Non ! clamèrent-ils.
Peter approuva de la tête avec emphase.
- Mais… tenta le jeune Black.
- Nan, le coupa le préfet-en-chef sans ménagement. Tu ne voudrais pas que ça se finisse comme ta dernière grande idée ?
- Euh…
- C'est ce que je me disais aussi, reprit James avec aplomb sans laisser le temps à son ami de formuler une phrase correcte. Remus, tu me passes une autre part de cette tarte ? Elle est vraiment délicieuse.
- Je te le fais pas dire, approuva Peter en se resservant pour la quatrième fois.
Même si sortir avec l'un d'entre eux avait permis à Lily de se rapprocher du microcosme que formaient les Maraudeurs, elle devait bien admettre qu'ils gardaient un coté indéchiffrable. Elle aurait payé cher pour comprendre ce qui se passait réellement entre ces quatre là. Et pas uniquement concernant l'idée de Sirius. Elle aimait sincèrement James, mais parfois, elle se surprenait à l'envier. Peu de personnes pouvaient se vanter d'avoir connu une telle amitié. Et Lily n'en faisait pas partie. Étrangement, elle songea à sa sympathie naissante avec Narcissa et Veena. Elle se sentait plus proches d'elles qu'elle ne l'avait jamais été de ses autres camarades.
- Pour l'amour de Merlin, Sirius, ne fais pas cette tête ! soupira le préfet-en-chef. Force est de constater que pour le moment, tes actions ne se sont pas vraiment révélées bénéfiques.
- Ben…
- Ben, oui ! renchérit le lycanthrope. Pire que James dans ses grands moments.
- Je te remercie de cette aimable précision, Rem', grommela le susnommé.
Cela eut au moins le mérite de dérider Sirius. Observant les quatre garçons, Lily tenta de comprendre de quoi il était question.
- Mais alors, je fais quoi ? finit par demander le jeune Black d'une petite voix.
- Aux grands mots, les grands remèdes, prescrit Peter.
Trois paires d'yeux surpris se tournèrent vers lui alors qu'un sourire étirait ses lèvres.
- Demande à Star ! conclut-il avec fierté.
Il y eut un moment de flottement avant que les trois autres Maraudeurs n'éclatent de rire.
- Pet', clama Sirius en lui donnant une grande tape dans le dos, tu es la voix de la sagesse !
Les deux autres ne purent pas commenter tant ils riaient. Cette soudaine démonstration de bonne humeur attira de nombreux regards interloqués. Quelques minutes plus tard, Lily notait avec surprise que l'atmosphère – à la table des lions au moins – c'était considérablement égayée. Les Maraudeurs étaient définitivement une race à part… songea-t-elle avec un petit sourire avant de se laisser emporter par la bonne humeur ambiante. Elle n'apprit que bien plus tard, lorsqu'elle questionna James, que le sujet de la conversation n'était autre que Veena et le comportement de Sirius à son endroit – très maladroit, il fallait bien le dire. Elle ne sut cependant pas si le jeune Black avait suivi le conseil de son ami et demandé de l'aide à Terry.
Le week-end de sortie à Pré-au-Lard arriva – quoiqu'il en dise à Drago – trop vite pour Harry. Nécessité faisant loi, il avait redoublé d'efforts pendant les entrainements et O'Neill se montrait ouvertement satisfait de son niveau à l'épée ; c'était, lorsqu'on connaissait le caractère pointilleux du maître d'arme, un compliment considérable. Elle ne lui serait malheureusement pas d'une grande utilité dans l'épreuve qui allait suivre, car malgré les imaginations des deux voyageurs dimensionnels réunis, ils n'avaient pas trouvé de prétexte justifiant que le brun prenne l'arme pour se rendre au village sorcier – il aurait été, en effet, assez difficile de dire de but en blanc au professeur McGonagall qu'une attaque était à craindre, Dumbledore ayant refusé l'annulation pure et simple de la sortie.
Harry dut donc se contenter de sa baguette – qui lui semblait soudainement étrangement inutile – et de prières à des divinités dont il n'était pas sûr de croire en l'existence pour affronter ce qui aller suivre. Drago, de son coté, semblait anormalement tendu, du moins pour quelqu'un qui ne connaissait pas la situation, ce qui ne manqua pas d'alerter les Maraudeurs. Avec un brin d'agacement – il avait les nerfs en pelote – le Survivant nota que Veena et Sirius se faisaient toujours la tête ; ou plus vraisemblablement, la première faisait toujours la tête au second qui ne savait plus que faire pour attirer son attention. Harry nota dans un recoin de son esprit qu'il devait tirer cette situation au clair avec la Serdaigle. Cependant, convint-il avec lui-même, ce n'était pas vraiment le moment le plus propice à ce genre de discussion.
Une heure passa, uniquement ponctuée par des rires et autres cris de joie de la part d'élèves ravis. Perplexe, le voyageur dimensionnel commença à douter de sa théorie. Afin de permettre à Narcissa d'être avec Remus le plus discrètement possible, il avait annoncé de façon assez péremptoire vouloir être avec son cousin – Severus avait semblé comprendre que ce n'était qu'un prétexte mais n'avait pas commenté. Harry se trouvait donc entouré de ses deux amis vert et argent, des Maraudeurs, de Drago et de Lily, le tout formant une bande de joyeux drilles. L'ambiance joyeuse aidant, le jeune homme se sentit se détendre, la possibilité d'une attaque semblant à chaque minute plus improbable. Les deux filles du groupe entrainèrent leurs amis dans des boutiques de vêtements et se mirent en tête de refaire la garde-robe de Severus. Si Sirius le prit au début en pitié et tenta de l'aider, il cessa immédiatement à l'arrivée de Veena, venue prêter main forte à Lily et Narcissa, et rejoint bientôt le reste de l'assistance masculine dans un fou-rire plus ou moins contrôlé sous l'œil excédé de la victime de ces dames.
Drago paraissait avoir complètement oublié qu'il était initialement contre cette sortie et riait à gorge d'éployée alors que le futur maître des potions tentait – vainement – de se soustraire à la poigne de Narcissa ; elle tenait à tout prix à ce qu'il essaie une robe qu'elle disait à la dernière mode et qui rappela vaguement à Harry celle de Ron lors de bal du Tournoi des Trois Sorciers… en un peu mieux, devait-il tout de même admettre.
- Je propose un cessez-le-feu le temps d'aller boire un verre puis, les filles, vous pourrez de nouveau exprimer vos talents sur ce cher Severus, annonça James.
- Je crois que je préférais encore l'époque où vous ne m'adressiez la parole que pour m'insulter, soupira le vert et argent avec un air quelque peu théâtral.
- Sois fort Sev', claironna Regulus qui les avait rejoint en même temps que Veena, montre à cette bande de chatons le courage des serpents !
- Ça c'est parler, applaudit Harry, se prenant au jeu. Gloire à Serpentard !
- Il n'est pas dit que des verdâtres nous vaincrons ! s'exclama Sirius, piqué au vif.
- Tu veux refaire ta garde-robe toi aussi, cousin ? fit Narcissa avec un air d'innocence pure.
- Euh… Peut-être qu'on pourrait jouer ça sur un autre terrain ? proposa l'aîné des frères Black avec un air penaud.
- Oh, regardez, un chaton qui a peur de se mouiller ! railla carrément Regulus. Qui a dit que les Gryffondors étaient courageux ?
- Quelqu'un qui ne les connaissait pas, confia le Survivant, franchement amusé.
C'est dans la cacophonie qui suivit cette affirmation que le groupe quitta Gaichiffon pour s'engager dans la grand-rue de Pré-au-lard, marchant d'un pas vif vers les Trois Balais. Ils n'avaient toutefois pas dépassé Zonko lorsque Harry se figea. Emporté par la gaieté de ses camarades, il en avait presque oublié les risques qu'ils courraient. Mais ceux-ci venaient de se rappeler à lui avec force. Sans qu'il ne sache vraiment d'où lui venait cette conviction, le brun sut que les Mangemorts étaient là avant même de les voir ou les entendre. À en juger par le traits tirés de Drago, il ne fut pas le seul.
Il n'eut pas le temps de comprendre comment il avait acquis cette certitude. A peine avait-il brandi sa baguette que les premiers cris de terreur, annonciateurs de l'arrivée des encagoulés, se firent entendre. A une vitesse incroyable, la rue devint le théâtre d'un mouvement de panique – inutile, nota rapidement le jeune homme, puisque les Mangemorts les encerclaient.
- Lorsque tout cela sera fini, fait moi penser à tuer Dumbledore ! gronda le renié avec humeur.
De coin de l'œil, Harry le vit brusquement pâlir mortellement, comme s'il venait de comprendre ce qu'il avait dit. Son ami concéda mentalement que cette plaisanterie était hasardeuse, mais ne commenta pas – Drago n'en avait nul besoin et l'instant n'était guère propice.
- Tu savais.
La voix de Veena était calme ; ce n'était qu'une simple constatation. Se tournant vers elle, Harry vit cependant la peur dans ses prunelles. Elle cachait sa peur derrière une sérénité de façade. Sa main était crispée sur sa baguette et ses joues un peu pale. Le jeune homme se détourna et se mit en route vers la zone du combat. Williams et O'Neill étaient déjà là, bataillant ferme contre une douzaine de Mangemorts. Et d'autres apparaissaient à chaque minute. Le brun peina à déglutir, réalisant l'ampleur de la situation. Drago avait raison, c'était de la pure folie.
- Endoloris !
Par pur réflexe, Harry fit un bond sur le coté et manqua s'écrouler sur le sol, son pied s'affaissant dans un nid-de-poule. Il retint une exclamation, une soudaine douleur lui traversant sa cheville.
- Expelliarmus, lança-t-il à l'aveuglette.
C'était mieux qu'un juron. Mais cela attira l'attention de trois encagoulés. Une pluie de sortilèges s'abattit sur le brun.
- Protego !
Son bouclier absorba une grande partie des mauvais sorts, il dut sauter pour éviter les autres. Sa cheville était douloureuse, mais ce n'était manifestement rien d'autre qu'un faux mouvement – il n'aurait plus manqué qu'il se fasse une entorse avant même que le combat à proprement parlé ne commence ! Ridicule… Mais bien vite, les réflexes acquis lors des entraînements – avec Drago, le groupe de protection, le professeur O'Neill ou même seul – reprirent le dessus. Ce fut comme si Harry était passé en « mode combat ». Les sorts semblaient venir seuls à ses lèvres et son corps se mouvait avec une étrange facilité. Il n'aurait su dire à quel moment il était devenu ce guerrier calme et méthodique. Mais il avait cependant compris quelque chose : penser nuisait à son efficacité. Il tenta donc – avec un succès mitigé – de cesser de se poser des questions et d'agir à l'instinct.
Il évita des attaques, répliqua avec force, mélangeant allègrement magie traditionnelle, antique et même, dans certains cas, ancienne. Il se fit violence pour ne pas chercher du regard ses amis ; il devait faire reculer les Mangemorts, c'était l'unique objectif. Il n'aurait su dire combien de temps il demeura ainsi, mais soudain, sa concentration vola en éclat. Pourquoi ? Il n'aurait su le dire. Un cri ? L'esprit de Drago qu'il sentait à l'orée de ses barrières mentales qui s'ébranla ?
Il se retourna vivement et retint bravement un frisson d'effroi. Voldemort était là, se battant avec Williams et O'Neill – les deux hommes, bien que de grands sorciers, paraissent connaître des difficultés que Harry ne comprenait pas. Il eut soudainement un hoquet d'horreur en voyant Severus attaquer le professeur de défense contre les forces du mal dans le dos. L'homme vacilla sous l'effet d'un éclair sombre et tomba à genoux. James et Sirius bondirent sur leur camarade Serpentard et le plaquèrent à terre. Atterré, le garçon d'un autre monde préféra détourna les yeux ; il n'arrivait pas à croire à ce qu'il voyait.
- Expelliarmus ! lança-t-il, mettant dans ce sort toute sa colère.
Une dizaine de Mangemorts entourant leur maître fut projetée en arrière, leurs baguettes roulant sur le sol. Deux prunelles rouges se posèrent sur le brun. Le visage de Voldemort se tordit dans un rictus peu engageant. Harry resserra sa prise sur sa baguette et soutint le regard de son adversaire. O'Neill préféra de cet instant de distraction du mage noir pour l'attaquer avec force. Un bouclier de magie noire bloqua de justesse les sorts de l'enseignant et un juron brûla les lèvres du voyageur dimensionnel. Cela ne serait pas aussi simple – et il ne savait absolument pas si son maître d'armes était censé mourir et donc pouvait être celui dont il était question dans la prophétie. Voldemort répliquait lorsque Williams se releva le visage douloureux et sauva O'Neill de justesse. Harry le regarda un instant, impressionné par l'équipe qu'ils formaient. Dans un automatisme sur lequel il ne s'interrogea pas, il chercha des yeux la silhouette de Drago. Son entreprise fut retardée par l'attaque d'un groupe de Mangemorts apparemment assez énervé. Quelques éclairs plus tard, le regard vert du Survivant trouva son ami.
Il était avec le reste du petit groupe avec lequel ils avaient passé le début de la journée et paraissait tout faire pour aider James et Sirius à maintenir à terre un Severus particulièrement remuant. Le Serpentard ne semblait pas apprécier le traitement qui lui était réservé. Fronçant les sourcils, Harry se demanda pourquoi les deux Maraudeurs ne l'avaient pas carrément assommé. C'eût été plus simple à gérer pour eux… A coté, Lily, Narcissa et Veena se battaient comme des diablesses, secondées par Remus et Regulus. Lançant un sort à un Mangemort un peu trop zélé, le brun décida de rayer définitivement « sexe faible » de son vocable. Les trois filles étaient tout sauf faibles !
Pestant contre lui-même de laisser encore ses pensées dériver – il se soupçonnait de faire ça pour évacuer le stress et la peur – Harry se retrouva soudainement face à un encagoulé assez féroce.
- Expelliarmus ! lança-t-il.
- Protego !
A la surprise du garçon de l'autre monde, le Mangemort ne fit qu'un pas en arrière, à peine dérangé par le charme de désarmement. Harry fut alors partagé entre l'excitation d'avoir trouvé un adversaire qui sortait de l'ordinaire – sentiment hélas parfaitement hors de propos – et une vague inquiétude.
- Incendio ! s'écria Harry.
Son adversaire évita trop tard la boule de feu, une grosse partie de sa cape brula, libérant sa tête. Il était blond, nota quelque peu inutilement le voyageur dimensionnel. Un grand blond à la carrure de joueur de rugby – il aurait fait un lutteur remarquable. S'il avait décidé de se servir de ses poings, le Survivant n'aurait pas tenu longtemps. Heureusement pour lui, en bon sorcier, cela ne traversa pas l'esprit de l'homme qui se contenta d'un sortilège informulé. Harry roula sur le coté et répliqua avec une vitesse qui le surpris lui-même.
- Expelliarmus !
Cette fois, le Mangemort blond ne put pas esquiver. Il se retrouva repoussé en arrière alors que sa baguette atterrissait dans la main tendue de Harry. Mais il n'eut pas le temps de se demander ce qu'il allait en faire. Déjà, un nouvel encagoulé l'attaquait. Puis deux, trois, quatre… Le brun fit un pas en arrière, commençant à se sentir submergé. Il bondit en arrière, se ménageant quelques secondes pour réciter une incantation.
- Ô Héphaïstos, forgeron des Dieux,
Offre-moi le pouvoir du feu !
Des rideaux de flammes surgirent de nulle part. La plupart des Mangemorts fit marche arrière – il sembla à Harry que l'un d'entre eux brûla – mais le feu les poursuivit impitoyablement. Le jeune homme avait remarqué que la magie ancienne – et par extension l'antique –, bien que pouvant être douce et apaisante, était féroce voire même cruelle envers ses ennemis. Peut-être était-ce parce que la magie s'accordait avec le temps dans lequel elle apparaissait… enfin, ce n'était pas le problème du moment. Le feu d'Héphaïstos ne paraissait pas réellement rencontrer d'obstacle dans son avancée inexorable, mais il ne fallait pas pour autant baisser sa garde. Là où un Mangemort tombait, trois semblaient le remplacer. Parcourant les lieux du regard, Harry ressentit un certain soulagement en voyant que tous ses amis semblaient, à défaut d'être indemnes, au moins vivants. Même s'ils avaient un comportement assez étrange vis-à-vis de Severus – le temps des interrogations viendrait plus tard.
Une ombre attira son attention sur sa gauche juste à temps pour qu'il parvienne à éviter une dague particulièrement effilée. Manifestement, les Mangemorts se lançaient dans l'utilisation d'armes blanches. Pestant une nouvelle fois de ne pas avoir son épée sur lui – quel intérêt d'avoir une arme aussi formidable si c'était pour ne pas pouvoir l'utiliser dans un moment comme celui-ci ? – Harry bondit en arrière, évitant un nouvel assaut de la lame. Face à lui se tenait un homme à peine plus vieux que lui, les yeux injectés de sang et le visage déformé par la colère. Un frisson parcourut l'échine du Survivant alors qu'il comprenait que celui à qui il faisait face n'était ni plus ni moins qu'un fou – un fou meurtrier. La prudence était de mise dans de telles circonstances. Une douleur cuisante au bras gauche le lui rappela durement. Le jeune homme regarda avec une certaine stupeur son sang couler abondamment, tachant ses vêtements au passage. Dans un cri bestial, le Mangemort sauta sur lui… pour être violemment repoussé par le bouclier d'Athéna. Il s'affala sur le sol, demeurant sonné pendant une seconde. Temps que Harry mit à profit.
- Stupefix ! cria-t-il.
Son assaillant ne se releva pas… mais deux autres prirent sa place. Tentant de faire abstraction de sa blessure qui l'élançait furieusement, le voyageur dimensionnel leva sa baguette. Son attention, comme celle de ses adversaires se trouva soudainement détournée. Une lumière d'un blanc éclatant jaillit non loin de là. Avec surprise, Harry découvrit que sa source n'était autre que le bracelet de Drago.
Eoloas n'en était plus à son premier combat. Il connaissait ce genre d'attaque, notamment pour avoir vécu celle de l'Ecole – souvenir encore cuisant d'une défaite qui lui avait coûté si cher. Il considérait donc avoir un regard assez clair sur la situation. Et en l'occurrence, elle n'était pas bonne. Du tout. Robin et lui avaient beau se démener cela ne semblait pas le moins du monde ébranler Voldemort. Jetant un regard furtif à son ami, le professeur de défense remarqua avec ennui que celui-ci ne semblait guère en meilleure forme que lui. Potter et Black étaient toujours occupés à retenir Rogue, victime d'un des fameux Imperium du Maître des Esprits. L'Âme Damnée - Tristan Von Uchten, de son véritable nom si Eoloas se souvenait bien – se tenait légèrement en retrait derrière son maître, utilisant les autres pour attaquer. Et par les autres, il entendait généralement les jeunes élèves. Ceux-ci, depuis que Rogue avait été touché, paraissaient assez bien éviter les sorts, mais ce n'était qu'une question de temps avant qu'une nouvelle personne ne soit atteinte.
Alors que Voldemort lançait une énième attaque, Eoloas sut que ce qu'il faisait jusqu'alors ne suffirait pas. Prenant une profonde inspiration, il se concentra comme les Maîtres le lui avaient appris. Son tatouage, symbole de son rang, émit une douce chaleur qui se propagea du creux de son poignet sur tout son corps. L'Auror sentit sa Magie Propre refluer en lui et la relâcha juste à temps pour parer l'assaut du mage noir. Eoloas dut se retenir de sourire en voyant la surprise se peindre sur le visage de son ennemi. Il ne s'attendait manifestement pas à trouver une adversaire aussi coriace en la personne d'Eoloas Williams. C'était logique, en vérité. Personne, pas même Dumbledore ne savait que l'Auror avait étudié à l'Ecole. Peut-être, si elle n'avait pas été détruite…
L'enseignant chassa cette pensée. Songer à ce que sa vie aurait pu être n'apportait rien et ce n'était guère le moment pour se laisser aller à la mélancolie.
- Impero !
La voix forte de Von Uchten retentit, couvrant les autres bruits de la bataille. Eoloas sentit son sang se glacer lorsqu'il découvrit sa cible. Il observa, impuissant, l'éclair s'abattre sur Sylciu Celford – ou quel que soit son nom – avec une conscience aigüe du drame qui se jouait. Le garçon, et cela n'avait rien d'étonnant, détenait une puissance extraordinaire qui entre les mains de Voldemort signifiait la chute des forces du bien mais également une grave perturbation dans la Magie. A moins qu'avec un peu de chance Elle ne le permette pas…
Eoloas en était à ce stade de ses réflexions lorsqu'une chose qu'il n'avait pas envisagée – et pour cause – se produisit. Le Bracelet du Gryffondor s'activa dans un halo de lumière blanche. Le halo se mua en vague qui déferla sur l'Âme Damnée. Elle fit un splendide vol plané en arrière avant de retomber sur le sol comme une poupée désarticulée. A l'angle très peu naturel de sa nuque, l'enseignant jugea qu'il était inutile de se poser plus de questions quant à sa survie.
Son regard retomba alors sur Celford. Pas besoin d'avoir fait plusieurs années d'études à l'Ecole pour comprendre ce qui venait de se passer, mais cela signifiait plusieurs choses… Et la plus grave, c'était qu'Eoloas s'était trompé. Depuis le début, il avait mal jugé les soi-disant américains. Le Bracelet s'était activé et avait protégé son porteur. Cela ne signifiait qu'une chose et tout Apprenti, même novice, le savait…
- Par les Mondes, murmura le professeur de défense du mal, incapable de détacher son regard du garçon.
Joyeuse année 2010 à tous !
Je suis désolée du retard (énorme) de ce chapitre mais je n'ai pas vraiment le temps d'écrire ces temps-ci. Ceci dit, que ceux qui se posent la question se rassurent, je terminerais cette fic.
Le prochain chapitre sera nommé « Apprenti » et vous livrera la plupart des explications sur cette fic – avant le combat final !
Merci à tous ceux qui ont reviewer le chapitre précédent et qui continue à lire cette fic malgré la parution plus qu'irrégulière de ses chapitres.
Eterna
