Les Maîtres des Dimensions
Annexe 3
Amitié ~ Severus
Mourir pour des idées, l'idée est excellente,
Moi j'ai failli mourir de ne l'avoir pas eue.
Car tous ceux qui l'avaient, multitude accablante,
En hurlant à la mort me sont tombés dessus.
(Georges Brassens, « Mourir pour des idées », 1972)
- Moi, Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore, en ma qualité de directeur de Poudlard, je t'appelle pour protéger Poudlard ! Draco praeses Poudlard expergeface patronum !
Severus avait regardé faire son directeur avec incrédulité. Qu'est-ce que c'était que ça ? Et quel était ce sentiment de sécurité ? Était-ce là le mythique pouvoir (mythique) de Poudlard ? Cette douce protection…
- Qu'est-ce que c'est ? murmura Potter.
- Un système de protection, Monsieur Potter, répondit le directeur. À partir de maintenant, toutes les protections de Poudlard sont en place. Cependant, ce ne sont pas des boucliers. Les Mangemorts risquent d'entrer. Que l'équipe professorale se tienne prête, nous allons nous rendre à la porte. Minerva ? Vous allez rester ici avec les élèves.
- Je viens avec vous, déclara Terry avec aplomb.
- Je n'en attendais pas moins de toi, sourit le directeur.
Il n'était pas le seul. Severus non plus n'était pas surpris. Et il ne le fut pas non plus lorsqu'il vit Potter, Black, Lupin et Sylciu se joindre à lui. Ils avançaient vers les portes lorsqu'Hélios arriva, une épée superbe entre les serres. Terry la saisit au vol et sourit. Apparemment, c'était la sienne. L'américain dégageait une puissance impressionnante…
La porte trembla, menaçant de s'écrouler. Ainsi, c'était à Poudlard que le combat entre les forces du Seigneur des Ténèbres et leurs opposants allait se jouer. Severus ne savait plus quoi penser. Que devait-il faire ?
La porte trembla à nouveau mais ne tomba pas. Que faire ? Le Prince au Sang-Mêlé était totalement perdu. Finalement, cette idée qu'il avait eu - attendre pour décider définitivement quel était son camp - était stupide. Réellement stupide.
Comme il fallait s'y attendre la porte céda. Un troll tenta d'entrer. Severus avala sa salive. Ils ne pouvaient pas vaincre.
- Ô Zeus qui parmi les Dieux est un roi,
Déchaîne la foudre du ciel pour moi ! s'écria Terry.
Une nuée d'éclairs émergea du bout de ses doigts et terrassa le troll en quelques secondes, créant un mouvement de stupeur derrière lui. Il ne sembla d'ailleurs pas s'en rendre compte. Severus avait déjà vu son ami utiliser cette magie et il avait conscience qu'il était puissant. Mais à ce point…
Il sentit soudainement un froid glacial s'insinuer en lui. Il sentait toute idée de bonheur disparaître en lui… Les Détraqueurs arrivaient.
- Expecto Patronum ! cria-t-on.
Un grand chien d'argent émergea de la baguette du plus jeune de Black et se rua vers le Détraqueur(s) le plus proche. Severus réalisa alors avec stupéfaction qu'il venait de s'avancer aux côtés du vert et argent, de Londubat, Lily, Pettigrow et Sunlight. Quand avait-il pris sa décision ? L'avait-il réellement prise ? Non, une partie de lui s'était révoltée à l'idée de ne plus jamais ressentir de bonheur. Il ne combattait pas pour des idéaux. Il combattait pour ne pas voir ses amis mourir. Rien de plus. Les moldus n'avaient pas le moindre intérêt.
Severus lança le premier sort qui lui vint à l'esprit avant de se figer, ahuri. Les armures du château venaient de prendre vie et bataillaient ferme, repoussant les Mangemorts au moins aussi efficacement – voire plus – que les sorciers. Depuis quand les armures combattaient-elles toutes seules ? Cette affaire devenait complètement paranormale !
- Professeur Dumbledore ! cria soudainement Terry. Nous avons peut-être une solution mais nous avons besoin que vous teniez la porte encore un moment, voire que vous les mettiez dehors !
Les mettre dehors ? Ben il était optimiste l'américain !
- Nous allons essayer, mais nous ne tiendrons pas longtemps, répliqua le mage – certainement beaucoup plus censé. Faites aussi vite que possible !
Merlin tout puissant ! Il était en train de trouver Dumbledore censé !
- Je deviens fou, souffla le Serpentard en lançant un sort au Mangemort le plus proche.
- Impedimenta ! s'exclama Black devant lui, fauchant un encagoulé qui s'en prenait à son frère.
Celui-ci releva un regard reconnaissant vers son aîné.
- Il faudra qu'on parle tous les deux, gronda le Gryffondor, parce que tu devrais être à l'intérieur avec les autres !
- Sirius… tenta le Serpentard.
- Je suis sérieux, l'interrompit le susnommé. Tu pourrais être blessé !
Severus leva les yeux au ciel devant cette expression de bons sentiments.
- Spectumsempra ! s'exclama-t-il.
Les deux frères se tournèrent vers lui. Il leur lança un regard désespéré.
- Vous règlerez vos problèmes de famille après ! siffla-t-il en replongeant dans le combat.
Pourquoi avait-il cette drôle d'impression ? Qu'était-ce ? Du… contentement ? D'avoir sauvé les Black ? Bon sang, il avait perdu l'esprit ou quoi ? Bon, d'accord, le temps où ils étaient des ennemis farouches était révolu, mais tout de même.
Sans même y réfléchir, Severus lança une volée de sortilèges. Il sursauta en entendant tout à coup Lily pousser un cri d'horreur. Il vit Black – l'aîné – faire un vol plané avant de retomber lourdement sur le sol. Il saignait énormément et ne semblait plus conscient. La rouge et or s'élança, barrant la route au Mangemort qui s'avançait contre son condisciple.
- PROTEGO ! lança-t-elle immédiatement.
La situation devenait très difficile. Severus dut faire un bon sur le coté pour éviter un sort et sa vue fut obstruée. Impossible de savoir comment s'en sortait la Préfète-en-Chef. Tant pis, il ne pouvait pas l'aider pour le moment de toute façon.
- Spectumsempra ! s'agaça-t-il.
Un Mangemort tomba à ses pieds sans qu'il n'y prête attention. Les repousser, avait dit Terry. Soit. C'est ce qu'il tentait de faire. Franchement, Terry et ses idées ! Il faudrait que Severus lui signale qu'ils n'étaient pas tous des super-sorciers.
Le Serpentard reçut brusquement un coup dans les jambes. Il tomba sur le sol en poussant un cri de douleur. Mais apparemment, estima-t-il rapidement, rien de grave. Ce devait être un coup perdu, car personne ne semblait réellement le remarquer. Parfait. Et s'il restait là ? Non-non, ce n'était certainement pas une bonne idée. Quoiqu'il avait une vue intéressante sur le combat.
Ah, il ne pensait pas être aussi proche de Potter. Celui-ci était à peine à quelques mètres de lui. Et il se battait comme un beau diable. Impressionnant – le vert et argent ne le lui dirait jamais, évidemment.
Il se releva promptement, évitant un sort de justesse – décidément, si ça continuait, il allait se faire avoir par un sort perdu. Ce serait un comble !
- Stupefix ! lança-t-il.
Un Mangemort s'affaissa, libérant la vue du sorcier. Et il eut un hoquet d'horreur en voyant un autre encagoulé pointer sa baguette en direction de Potter. Celui-ci, de dos, ne remarquait pas qu'il était dans la ligne de mire de l'ennemi.
Severus s'élança sans trop savoir ce qu'il voulait faire. Le prévenir ? Le défendre ? Bonne question… Était-ce à cause de cette dette qu'il avait envers le Gryffondor. Non, Terry avait été très clair là-dessus : elle ne pouvait interférer avec le libre-arbitre. Mais ce serait une bonne excuse si besoin était.
Un éclair vert émergea de la baguette du Mangemort, et Severus comprit qu'il n'aurait pas besoin d'excuse. Son cerveau lui signala qu'il avait encore le temps de s'éloigner de la trajectoire, mais pas de prévenir Potter – le vert et argent n'aurait jamais cru pouvoir réfléchir aussi vite.
Et il ne s'écarta pas, sans vraiment savoir pourquoi. Parce que, ces derniers temps, il avait vu que les Maraudeurs étaient différents de ce qu'il croyait. Parce que Potter s'était montré plus gentil avec lui en quelques mois, que les Serpentards dans toute sa scolarité – Narcissa et Terry mis-à-part. Il ne savait pas.
Et il n'avait pas envie de savoir à vrai dire. Il était en train de faire ce qu'il devait faire, il le sentait au plus profond de son être. Alors que demander de plus ?
Le sortilège de mort le toucha, et il ne sentit aucune douleur. Était-ce normal ou simplement dû à ce sentiment de paix intérieure qu'il ressentait ? Personne n'avait jamais témoigné des effets de l'Avada Kedavra, alors comment savoir ? Peu importait de toutes façons. La seule chose à retenir, c'était qu'il était en paix. Voilà tout.
Finalement, le Seigneur des Ténèbres ou Dumbledore, Severus n'avait pas choisi. Sang-de-Bourbe ou Sang-Pur, il n'avait pas choisi. Ce choix que tout le monde semblait croire inévitable, il ne l'avait pas fait.
Il avait simplement choisi de protéger ceux qu'il aimait. Ses amis. Tout simplement. Et il mourrait le sourire aux lèvres…
… pour James Potter.
Qui l'eut cru ?
Voilà ce chapitre bonus, assez court, mais c'était nécessaire, le faire plus long aurait cassé l'effet.
Pour la petite histoire, j'avais prévu dès le départ de la fic la mort de Severus. Cependant, en écrivant, je me suis attachée à ce personnage – même si je l'aimais déjà un peu – et j'ai même cherché un moyen d'éviter sa mort. Mais non, définitivement, Severus mourant en protégeant James, je ne pouvais pas remplacer une telle scène. Je trouve que c'est un aboutissement de l'évolution du Severus de l'autre monde absolument incontournable. Alors tant pis.
J'espère ne pas avoir déçu ses fans, mais en même temps, c'était le meilleur moyen pour que Severus marque les esprits de ses camarades. James n'est pas prêt de l'oublier. Un beau pied-de-nez au professeur Rogue de Rowling qui est en grande partie la cause de la mort de James.
Bref, j'ai adoré écrire ce chapitre, bien qu'il ne soit pas particulièrement heureux (c'est le moins qu'on puisse dire). Je trouve que le début de la chanson de Brassens (car le reste ne convenait pas) était particulièrement pertinent dans le cas de Severus, du moins tel que je l'ai fait évoluer. Je le voyais mal devenir brusquement un fervent défenseur de la cause moldue. Alors qu'il ne fasse pas de choix me semblait pertinent.
