Note : Eh bien, je suis contente d'avoir constaté que ma fiction plaisait (peu de review, certes, mais la quantité ne fait pas la qualité :p). Et sitôt finie, sitôt postée, j'espère que la suite vous plaira aussi.


Révélations

Les pas qui séparaient Makena de sa potentielle liberté furent les plus nombreux qu'elle n'eut jamais à faire et elle crut bien qu'on allait revenir la chercher, que tout cela n'était qu'une terrible erreur ou tout simplement, que le geôlier avait trouvé un moyen de la garder avec lui.

Pourtant, une fois dans l'avion qui la mènerait vers sa nouvelle vie, elle constata que tout était bien réel et malgré son irrésistible envie de quitter le centre, elle sentit la peur l'envahir.

Ce n'était pas la même peur qu'elle avait ressentie durant toute sa vie. Cela n'avait rien avoir avec cette angoisse constante qui s'était emparée d'elle dès son arrivée au centre. Pas non plus la peur de son passé qui menaçait de resurgir en elle.

Non, c'était plutôt la peur de son propre avenir qui se dévoilait à elle.

Elle ignorait, pour le moment, ce qu'elle allait faire là-bas et elle songeait déjà que peut-être, elle allait servir de cobaye dans des expériences, une fois de plus, ce qui n'était pas pour la rassurée, évidemment.

Sa peur fut sûrement la raison pour laquelle le chef du SHIELD glissa quelques ordres à une femme qui les attendait et fut aussi la conséquence de ce qui s'enchaîna ensuite.

La femme essaya d'allonger Makena sur un brancard, mais elle refusa, effrayée à l'idée d'être une nouvelle fois attachée. S'en suivit une violente course-poursuite dans l'avion, entre la femme et l'adolescente, jusqu'à ce que Steve intervienne, soulevant avec une facilité déconcertante la pauvre Makena qui tentait de se débattre, faisant intervenir des verres et tout autre objet qu'elle trouvait sur son chemin. Mais cela fut vain, ils parvinrent malgré tout à l'attacher.

Elle hurla, essaya de se détacher sans y parvenir et finalement, elle la vit. Une seringue. Depuis que son « don » s'était activé, Makena n'avait connu que les injections expérimentales qui annonçaient toujours douleurs et blessures, mentales comme physiques. Dès lors, elle avait développé une phobie des seringues.

De ce fait, au moment où elle vit la femme s'emparait d'une aiguille, elle se débattit plus frénétiquement encore et Steve en comprit aussitôt la raison.

Cela ne devait pas être facile pour l'adolescente qui n'avait connu que les traitements et les expériences, de devoir se retrouver sur un brancard attachée et de subir une énième piqûre. Il ne pouvait, cependant, pas faire grand-chose, elle avait besoin de soin et comme elle n'était pas décidée à coopérer, il fallait employer la manière forte, c'était le seul moyen de la sauver.

Alors, puisqu'il n'y avait rien d'autre à faire pour l'aider, il lui prit la main et lui chuchota de serrer la sienne aussi fort qu'elle le désirait.

- Ca ira, maintenant, je te promets, lui murmura-t-il pour la rassurer.

Cela sembla la calmer, mais sa peur revint plus forte quand l'infirmière lui injecta la première dose de morphine et Steve vit son bras servir de repas pour l'adolescente, qui le mordu, comme pour faire cesser sa propre douleur et la lui transmettre.

A présent, ils avaient tout aussi mal l'un que l'autre.


Quasiment une demi-heure s'était écoulée quand Steve revint dans la cabine où l'attendait Fury et Stark, réveillé depuis un petit moment, mais souffrant toujours d'un mal de tête assez violent.

- Elle a fini par s'endormir, annonça Steve, épuisé. Mais il lui a fallu quelques sédatifs…

Il s'étala dans un siège et regarda son avant bras. La trace que la morsure de Makena avait laissée était encore rouge vif et on voyait bien les marques de dents. Elle n'y était pas allée de main morte, cette fois encore.

- Elle t'a mordu ? s'enquit Stark, en remarquant la marque, à son tour.

Steve sentit aisément le reproche dans la question de Stark.

C'était un moyen de lui dire qu'elle avait vraiment un problème, que la façon dont elle l'avait assommé n'avait été qu'un avertissement et qu'en réalité, elle était vraiment dangereuse, contrairement à ce que disait le directeur du CRES.

Cependant, aux yeux de Steve, il avait tord de penser cela.

- Elle a peur des piqûres, constata-t-il comme si cela expliquer son comportement. Ca n'a pas été facile de lui administrer les sédatifs… J'ignorais, d'ailleurs, qu'on avait une infirmière à bord.

Sa dernière remarque avait servie à changer de sujet, car il ne voulait pas que Tony commence à faire des reproches à cette adolescente qui n'avait définitivement pas eu une vie facile et qui ne méritait certainement pas tout ce qui lui arrivait.

Apparemment, Fury saisit l'astuce et en profita, à son tour, pour se renseigner sur la demoiselle.

- Le jet est équipé pour transporter des blessés, expliqua-t-il avant d'amener le sujet qu'il désirait aborder. Alors, qu'avez-vous appris sur elle ?

- A part qu'elle est complètement tordue, il veut dire, se permit d'ajouter Stark sarcastiquement.

Steve lui lança, alors, un regard noir avant de se lever violemment de son siège.

Il en avait plus qu'assez du comportement de Tony, surtout pour ce qu'il s'agissait de Makena et il aurait bien voulu régler ses comptes avec lui. Cependant, Fury lui fit signe de se rassoir, ce qu'il finit par faire, trop bon soldat dans l'âme.

- Elle n'est pas tordue, se contenta-t-il de marmonner, en croisant les bras.

- Elle m'a agressé avec une lampe ! Elle aurait pu me tuer !

Il était resté assis, pourtant, Steve avait senti qu'il était légèrement en colère, à présent et cela tombait bien, il l'était, lui aussi.

- Tu as commencé ! Et puis, ajouta-t-il un peu plus calme, on ne te tue pas aussi facilement, voyons.

Tony soupira fortement, voyant que Steve avait, une fois de plus, raison et cela commençait vraiment à l'agacer. Puis, finalement, il sourit et dit :

- Encore heureux, tu imagines, résister à l'attaque d'un dieu complètement timbré et mourir assommé par une lampe guidée par une gamine. Ce serait un comble.

Sa remarque eut le don de détendre l'atmosphère et Steve s'autorisa un sourire en imaginant le discours qu'il aurait pu faire à l'enterrement de son partenaire.

Oh, il n'aurait certainement pas hésité à faire la comparaison comme venait de le faire Stark, mais en exagérant encore un peu plus, certainement.

- Elle est télékinésiste, alors, fit remarquer soudainement Fury.

Steve tourna la tête vers le chef du SHIELD. Encore un peu et il aurait totalement oublié sa présence.

- C'est exact, sire. Si vous aviez vu cette lampe se soulever, j'ai bien cru que j'hallucinai.

Et en effet, il ne mâchait pas ses mots, sur le coup, il avait vraiment cru qu'il rêvait.

L'objet avait volé à travers la pièce sans que l'adolescente ne manifeste aucun geste pour le manipuler, si bien qu'il s'était demandé si c'était vraiment elle qui avait fait cela ou si ce n'était qu'un tour de son esprit. Mais il s'était avéré que c'était bien un geste de Makena.

C'était plus que cela même, c'était son don.

- Elle ne semblait pas avoir besoin de concentration pour faire cela, poursuivit-il en voyant que Fury attendait qu'il lui en apprenne plus. Elle s'est exécutée avec une facilité déconcertante.

Le chef SHIELD ne parût pas, une seule seconde, surpris de ce qu'il venait de lui dire, il se contenta juste d'acquiescer comme si c'était tout à fait normal.

- D'après le directeur, elle s'exerçait seule dans sa chambre quasiment toute la journée. Cela n'est donc pas étonnant qu'elle n'ait pas besoin de faire beaucoup d'effort pour soulever une simple lampe de chevet.

Steve arqua un sourcil, étonné de savoir que Makena avait le temps de s'entraîner et que le directeur la laissait faire.

Après tout, il n'avait pas rêvé lorsque l'homme s'en était pris à l'adolescente et Captain America se doutait bien que cela résumait bien le quotidien de la jeune fille.

- Ce n'est pourtant pas la seule chose qu'elle faisait, là-bas, pesta-t-il à voix basse.

Malheureusement, volontairement ou involontairement, sa voix fut suffisamment forte pour que Fury l'entende.

- Elle vous en parlé ?

- Non, elle n'en a pas eu besoin.

- Cela ne sert à rien de faire des suppositions alors, remarqua Fury sévèrement. Attendons qu'elle se décide à nous en parler.

Steve tiqua face au calme dont faisait preuve Fury et il ne put se retenir de bondir de son siège, visiblement tendu.

- Mais enfin, vous n'allez pas me dire que vous n'avez pas vu les marques sur ses bras et le regard que lui a lancé le directeur ou sa façon de lui parler ! s'emporta-t-il, s'adressant pour la première fois de cette manière à un supérieur.

Tony soupira, manifestant son mécontentement face à la réaction exagérée du Captan America puis marmonna :

- Peux-tu cesser de crier, il y en a qui se sont fait assommés, ici.

Cela n'eut aucun effet sur le sentiment de colère qui bouillonnait en Steve.

Pourtant, Fury ne s'énerva pas pour autant, il savait qu'il valait mieux éviter de se mettre à dos Rogers et de ce fait, se permit de noter dans un coin de sa tête que le sujet « passé de Makena » était à manipuler avec précaution en sa présence.

- Nous ignorons ce qu'ils faisaient avec elle, Rogers, constata-t-il, toujours aussi calmement.

A nouveau, Steve parût surpris de la manière dont son « supérieur » prenait la chose et une fois de plus, cela l'agaça énormément.

- Vous avez bien vu qu'elle est pâle et horriblement maigre, c'est évident qu'elle a vécu l'horreur là-bas !

- J'en suis conscient, répondit Fury essayant de ne pas énerver plus que nécessaire le blond. Je préfère, seulement, attendre d'en savoir plus de sa bouche, plutôt que d'avoir à m'imaginer ce qu'elle a pu vivre dans ce centre. Et vous feriez bien de faire même, lui conseilla-t-il.

Face à de tels propos, Tony ne put qu'applaudir intérieurement.

Fury était décidemment doué pour ménager les susceptibilités de chacun afin d'éviter de se mettre un Avengers à dos, pour cela, il ne pouvait rien lui reprocher.

C'était un excellent menteur, aussi, vu que Stark savait pertinemment qu'il se fichait de connaître la vie de Makena, ce qu'il voulait savoir, c'était quelle était sa source. Le reste lui importait presque autant que de savoir si le millionnaire avait encore des maux de tête.

Pourtant, comme Stark s'en doutait, sa manière de parler et ses propos avaient calmés Rogers, qui s'était finalement rassis, pour la seconde fois.

- Oui, vous avez raison, sire, cependant… ce que je voudrais savoir, pour le moment, c'est ce qu'elle va devenir au SHIELD.

Evidemment, Steve s'inquiétait pour la petite, après tout elle avait quitté un enfer, il avait le droit d'espérer que ce ne soit pas pour retourner dans un autre.

Malheureusement, et il fallait s'en douter, Fury refusa de lui en dire plus.

- Cela ne vous regarde plus, agent Rogers.

- Sauf votre respect sire, je pense que cela me regarde, rétorqua Steve, bien décidé à lui faire cracher le morceau. Ce n'est qu'une enfant, vous n'allez pas lui faire connaître le même enfer qu'elle a vécu jusqu'à présent, si ?

Et il aurait souhaité voir, ne serait-ce qu'une once de culpabilité sur le visage de Fury lorsqu'il lui répondit, mais il resta aussi impassible qu'à son habitude.

- Ce n'est plus une enfant, justement, elle a dix-sept ans et est donc à même de prendre ses propres décisions, explica Fury, sans vraiment répondre à la question de Steve. Pour le moment, elle dort mais dès qu'elle se réveillera, je lui demanderai son avis, je vous le promets.

Mais bien entendu, Steve savait que ce n'était qu'un mensonge de plus de la part du manipulateur qu'était Fury. Cependant, il se doutait, aussi, que cela ne servait à rien de s'énerver plus car cela ne changerait rien.

Makena était condamnée à entrer dans le SHIELD, de gré ou de force.


Cela faisait quelques heures, maintenant, que les trois hommes et la fille Coulson étaient arrivés au SHIELD et cela faisait quasiment autant de temps que Fury et Natasha, rentrée de mission plus tôt que prévu à la demande du chef borgne, s'entretenaient avec l'adolescente dans l'espoir de découvrir quelle était la source du don de Makena.

Pendant ce temps, Steve et Tony devaient attendre en salle de réunion que Fury revienne avec les précieuses informations. Mais cela semblait bien plus compliqué pour Rogers que pour Stark.

Le premier tournait en rond dans la pièce, faisant les cent pas en essayant de se calmer, tandis que l'autre regardait le premier, agacé par son comportement.

- T'en fais pas, elle va survivre, ta petite protégée, lâcha finalement Tony.

Steve s'arrêta un instant, lui lançant un regard noir, puis il reprit son éternelle marche.

Il n'en pouvait plus de ne pas savoir ce qu'il se passait, après tout, il lui avait promis que tout irait bien, à présent.

Mais comment tenir une promesse quand on était mis à l'écart de la situation ?

Il commençait presque à s'en vouloir d'avoir appliqué les ordres de Fury.

Cependant, il était encore bien plus agacé par la remarque de Stark, maintenant. Certes, il s'inquiétait pour l'adolescente, il avait même l'impression d'être le seul, mais ce n'était pas pour cela qu'il était attaché à elle. Il n'aimait juste pas le fait qu'elle se retrouve seule avec Romanoff et Fury, c'était tout.

- Ce n'est pas « ma petite protégée », dit-il subitement, à voix haute.

-Ah oui ? lança Tony, son éternel ton sarcastique ponctuant sa phrase. Tu as pourtant fait en sorte qu'elle vienne ici, non ? Et là, tu t'inquiètes pour elle, non ?

A nouveau, Steve parût agacé par les propos de Stark. Mais il refusa de lui montrer qu'il avait raison, parce que ce n'était pas le cas, tout simplement.

- Je n'ai rien fais, c'est Fury qui a décidé qu'elle viendrait avec nous. Quant au fait que je m'inquiète, c'est faux, je suis juste impatient d'en savoir plus.

Il y avait de cela aussi, bien qu'il fût vraiment inquiet. Après tout Makena était un mystère, une énigme sans solution dont il aurait aimé connaître le passé, savoir ce qu'elle avait enduré pour qu'elle devienne ce mur de glace, qu'il avait, cependant, réussi à fissurer l'espace d'un instant.

- Pas à moi, fit le millionnaire, plus souriant cette fois. Vu la crise que tu nous as piqué dans le jet, tu es plus préoccupé par l'avenir de cette petite que par son passé.

Il n'avait jamais aussi bien visé qu'à cet instant.

A croire que, finalement, Stark était attentif au comportement des autres, même s'il donnait l'impression de s'en moquait royalement.

Pourtant, Steve voulut rétorquer quelque chose, pour l'empêcher de se faire des films ridicules, mais Fury arriva au même moment, coupant court à leur petite discussion.

- Elle refuse de me parler ou de parler à l'agent Romanoff, lança le chef borgne en arrivant.

- Génial, en plus d'être dingue, elle est capricieuse, fit Tony retrouvant son humeur sarcastique. Tiens, elle me rappellerait presque un dieu au casque à corne qui s'était mis en tête de conquérir la Terre.

Aux yeux de Stark, la comparaison avec le frère de Thor était parfaite, car sa vision de l'adolescente était exactement celle d'une version féminine du dieu, en pire car lui au moins ne l'avait pas assommé sournoisement.

Oui, mais il avait tué quelques personnes quand même… Sauf qu'on ignorait si l'adolescente avait fait de même ou pas. Cependant, lui, avait balancé Iron Man du haut de sa propre tour… Mais c'était dans le feu de l'action et cela s'y prêtait bien sur le moment.

Donc, finalement, elle était pire comme il le pensait.

Cependant, Steve ne sembla pas trouvait la comparaison très amusante.

- Ne la compare pas à Loki, dit-il rageusement, et elle n'est pas dingue !

Puis, il changea de ton pour s'adresser au chef du SHIELD :

- Que peut-on faire, sire ?

- Lui –il montra Stark-, rien mais vous en revanche, je pense qu'elle accepterait de vous parler.

Ses propos semblèrent étonnés Steve :

- A moi ? Pourquoi ?

Il était vrai que c'était lui qui avait réussi à percer sa carapace et à la faire sourire. Lui aussi qui avait été là pour elle durant le voyage vers le SHIELD. Et encore lui qui lui avait promis que cela irait mieux, maintenant qu'elle était au SHIELD. Mais il n'avait quasiment jamais ressenti d'atomes crochus entre eux.

Du moins, il avait eu le sentiment qu'elle éprouvait une grande animosité envers lui, comme envers les autres membres des Avengers et envers la société en général, d'ailleurs.

Pourtant, Fury lui fit comprendre qu'il avait tord de penser cela.

- Dès son réveil, elle a cherché à vous voir, elle voulait vous remercier d'avoir pris l'entière charge de ce qui s'était passé, avec Stark. Alors, êtes-vous d'accord de vous entretenir avec elle pour découvrir la source de ce « don » ?

Steve se contenta d'acquiescer, encore un peu surpris de ce qu'il venait d'apprendre.


En entrant dans la pièce, Rogers fut étonné de découvrir qu'il s'agissait d'une salle entièrement blanche, avec des machines dont le « bip » vous énervait.

C'était exactement le genre de salle dont il s'attendait à voir Makena pour la première fois.

L'adolescente était allongée et des tuyaux la traversaient de tout part. Même si Steve savait que tout cela n'était là que pour soigner la demoiselle, il avait du mal à s'y faire, elle avait l'air si fragile dans cette pièce comme elle avait parût vulnérable dans l'avion ou en essayant de se lever, au CRES.

Il s'était attendu à ce qu'elle dorme quand il arriverait, puisque d'après l'infirmière qu'il avait croisé, elle était épuisée mais visiblement, elle s'attendait à avoir de la visite, puisque dès qu'il était entré, elle avait tourné la tête pour le voir.

- C'est assez ironique, commença par dire Rogers pour détendre l'atmosphère, c'est dans ces conditions que je pensais vous rencontrer et dans celles de notre rencontre que j'aurai songé vous revoir.

Il aurait espéré que cela la fasse, au moins, sourire mais ce n'eut pas l'effet escompter. Elle se contenta de le regarder s'approcher d'elle, puis finalement, lâcha :

- Alors, c'est vous qu'ils ont envoyé, cette fois… dit-elle de son accent étranger, ravissant.

Elle ne semblait pas déçue, ni surprise, c'était une simple constatation de sa part mais visiblement cela ne l'enchantait pas de savoir que Rogers était venu. Ou bien était-ce sa raison qui ne plaisait pas à l'adolescente ?

- Je suis venu de mon plein gré, rétorqua Steve avant de s'assoir à côté d'elle. J'ai cru comprendre que vous vouliez me parler.

- Vous remerciez, le corrigea-t-elle, et vous présentez mes excuses, pour la morsure…

Steve regarda la petite marque qu'avait laissée les dents de Makena sur son avant-bras.

Il l'avait presque oublié, mais la demoiselle, elle, n'avait pas réussi à en faire de même. Elle s'en voulait terriblement de l'avoir mordu, ce n'était pas dans ses habitudes de montrer ses faiblesses, encore moins de blesser les gens, mais quand elle avait vu cette seringue, elle avait paniqué et dès lors, tout self-control avait été impossible.

Cependant, Steve releva la tête en souriant, ce qui surprit Makena.

- Vous n'avez pas besoin de me remercier, c'était normal. Quant à la morsure, je n'ai plus mal, alors, ce n'est pas important.

Rassurée par ses propos, l'adolescente put se permettre un léger sourire qui apaisa Steve.

Il avait remarqué, en se rapprochant, qu'elle était bien moins pâle que lorsqu'il s'était rencontré et qu'elle avait visiblement dormi d'un somme réparateur puisque les cernes s'étaient estompés, cependant ne l'ayant pas vu sourire, il s'était mis dans la tête qu'elle souffrait toujours.

A présent, même si ce n'était qu'un tout petit sourire et qu'il s'était fané très, trop rapidement, Steve était rassuré, elle devait allait mieux, malgré tout.

- Je suppose que vous avez compris, si vous avez mis la faute sur vous…

Il ne fallut pas beaucoup de temps à Steve pour faire le lien dans ses propos. Elle venait tout simplement de lui confirmer ce qu'il avait songé dès lors qu'il avait remarqué le comportement du directeur.

- Compris que le directeur n'était pas aussi sympathique qu'il voulait le faire croire ? répondit Rogers, atténuant, volontairement, ses propos et la situation qu'il décrivait. Oui, ça je l'ai bien compris. Mais n'en parlons plus, d'accord ? Je suis ravi de voir que vous avez repris des couleurs, depuis la dernière fois.

Il avait tenté de changer de sujet dans l'espoir de revoir son sourire apparaître et cela eut l'effet escompté, cette fois-ci : Makena sourit faiblement.

- Ils s'occupent bien de moi, ici. Ils n'essayent pas de me faire des tests à n'en plus finir, du moins, et puis la nourriture n'est pas si mauvaise que ça.

A nouveau, elle sembla emprunte à une grande peine que Steve ne parvenait à saisir.

C'était évident qu'il s'agissait d'une trace de son passé qui la faisait souffrir, mais si elle ne lui parlait pas, il ne pourrait pas l'aider.

Il murmura, alors, son prénom pour la faire réagir et elle leva les yeux vers lui. Pas une once de tristesse ne se lisait dans ses yeux, pourtant, Steve savait qu'un part d'elle, au fond de son cœur, souhaitait pouvoir, ne serait-ce que pleurer, extérioriser cette peine mais le mur de glace qui la protégeait l'en empêchait.

- Je ne voulais pas paraître capricieuse, vous savez ? avoua-t-elle au bout d'un moment. Si j'ai refusé de parler à ce Nick Fury, c'est parce que mon père m'a bien fait comprendre qu'il fallait toujours se méfier des organisations, même de la sienne. Et cette russe ne m'inspirait pas confiance…

Elle semblait gênée, à présent, comme si elle avait peur que ses propos blessent Captain America, mais celui-ci continua de sourire, essayant de la rassurer comme il le pouvait.

- Je vous comprends, elle n'inspire confiance à personne.

- Mais à vous, poursuivit-elle, un peu moins gênée, je veux bien vous dire d'où vient mon don, même si vous allez leur dire juste après.

Alors, Fury avait vu juste, elle était prête à tout raconter à Steve. Mais Rogers ne parvenait à saisir la raison.

- Pourquoi à moi ?

- J'ai confiance en vous.

Leurs regards se croisèrent en cet instant et cela n'appuya que plus encore les propos de l'adolescente.

Elle avait plus que confiance en lui, elle avait foi et cela était tout aussi touchant qu'effrayant pour Rogers, car il sentait que s'il faisait un seul faux pas avec elle, cela briserait quelque chose entre eux et en elle.

Comme si l'humanité de Makena ne tenait qu'à un fil que Steve tenait dans ses mains.

- Je ne veux pas vous forcer à me dire quoi que ce soit, vous savez ?

- Je le sais, répondit Makena d'une voix douce, je ne me sens pas forcée. Mais, il faut bien que j'en parle à quelqu'un, je n'ai jamais pu le dire à personne…

- Pourquoi ? s'enquit immédiatement Steve.

Makena se mordit la lèvre, voulant certainement s'empêcher de dire les choses de travers, mais finalement, elle lui répondit franchement :

- Mon père refusait que j'en parle, les médecins faisaient ce qu'ils devaient faire et cela en restait là.

Steve trouvait que le comportement de son père dans cette affaire était vraiment très louche, mais il avait toujours eu un grand respect pour les défunts et de fait, il n'osa pas lui faire de reproches.

- Et vous ne voulez pas respecter les directives de feu votre père ? lui demanda-t-il, poliment.

Sa façon de s'adresser à elle fit sourire Makena qui n'avait pas l'habitude d'entendre un homme parlait de cette manière et à vrai dire, elle n'avait pas l'habitude d'entendre un homme parlait hormis le geôlier.

- A quoi bon ? Il est mort, il ne sera pas là pour me punir…

Il n'y avait aucun signe de tristesse dans ses propos, comme si elle ne ressentait aucune peine à parler de la mort de son père.

La vérité était assez proche, elle était juste incapable d'être triste pour lui, car elle ne l'avait que trop peu connu.

- Je ne sais pas vraiment par où commencer, avoua-t-elle, subitement.

- Eh bien… par le début, où êtes-vous née ?

- A Manhattan, mais j'ai vécu une grande partie de mon enfance en France, à Montreuil.

C'était donc de là que venait son ravissant accent, ne put s'empêcher de songer Steve, avant de la relancer :

- Comment vos parents se sont-ils rencontrés ?

Makena eut un sourire triste, il comprit que ce serait plus difficile encore qu'il ne se l'était imaginé.

- A la Stark Expo, lui répondit-elle, d'une voix monotone, comme si cela lui rappelait de mauvais souvenirs. Ma mère était une scientifique française et son patron lui avait fourni une place pour qu'elle découvre les nouveautés du pays. C'est là qu'elle a rencontré mon père et ils se sont tout de suite bien entendus, ce qui est certainement la raison pour laquelle cela n'a pas fonctionné... Ma mère s'est arrangée pour prolonger son séjour aux States et puis, je vous passe les détails, ils ont finis par m'avoir. Seulement, très rapidement mon père s'est rendu compte qu'il n'était pas prêt à être père et aussi, qu'il n'aimait pas tant ma mère que cela. Ma mère, elle, préférait encore ses recherches à mon père. Alors, elle est retournée en France avec moi, conclut-elle, son ton étant redevenu froid.

- Et de là, elle a commencé les expériences sur vous ? supposa Steve, pris dans le récit de l'adolescente.

Makena tiqua, ne comprenant pas pourquoi il en avait déduit que sa mère avait fait des expériences sur elle.

C'était affreux, horrible de penser une telle chose, mais il ne pouvait pas se douter que sa mère, malgré sa passion pour son travail, était la femme la plus tendre qu'elle eut connue. Mais, là encore, elle n'en avait pas connue beaucoup d'autres.

- Quoi ?! Non, jamais. Ce qui m'est arrivé était un accident, avoua-t-elle, légèrement gênée. J'étais jeune et curieuse, comme beaucoup d'enfants. Alors, bien sûr, quand ma mère m'a interdite d'aller dans son laboratoire, je n'ai pas pu résister, j'y suis allée. Malheureusement, je me suis permise de goûter à une expérience qu'elle était en train de réaliser, pour développer les sens de l'être humain. Et voilà le résultat.

Elle conclut cette partie de son récit en faisant virevolter la télécommande posée sur la table de chevet, un bref instant. Steve admira son geste et suivit du regard l'objet jusqu'à ce qu'il retombe lourdement à sa place de départ, le faisant revenir à lui.

- Son expérience n'était pas vraiment au point, n'est-ce pas ? s'enquit-il, en constatant qu'en effet, l'adolescente était télékinésiste mais ses sens n'étaient pas plus développer pour autant, ou alors, il l'ignorait.

- Non, pas exactement. Enfin, elle a fonctionné, à peu près, sur moi et dès lors, mon cerveau s'est développé et j'ai acquis des capacités incroyables, comme la télékinésie. Ma mère, en revanche, était persuadée qu'avec une légère dose de je-ne-sais-quoi, en plus, elle pourrait développer plus que cette télékinésie, elle voulait pouvoir communiquer par l'esprit et ce genre de trucs. Le je-ne-sais-quoi l'a tué.

Une fois de plus, elle n'avait pas manifesté la moindre tristesse, mais cela ne surprit pas Steve. Il avait commencé à comprendre comment elle fonctionnait et les manifestations émotionnelles ne faisaient pas parti de ses habitudes, visiblement.

Il se concentra plus sur ses paroles et cela le fit réagir, subitement :

- Elle en avait fait l'expérience sur elle-même ? demanda-t-il, surpris.

- Oui, j'avais survécu, pourquoi pas elle ? Elle n'aurait pas dû penser de cette manière évidemment… Après, ça a été la descente aux enfers. Il a fallut expliquer à mon père que j'étais différente, ce que ma mère avait fait, dans une lettre, juste avant de faire l'expérience. Elle pensait vraiment à tout, constata-t-elle, plus pour elle-même que pour Steve. Et mon père m'a emmené dans le CRES, parce qu'il voulait me préserver du danger potentiel que représenter le monde extérieur… Il ignorait bien que le CRES était un enfer pour moi.

Elle soupira, repensant à sa vie au CRES, cette vie de terreur qu'elle avait réussi à quitter et Steve en profita pour poser la seule question qu'il désirait véritablement poser :

- Que vous ont-ils fait, là bas ?

Il avait songé que cette question serait difficile à entendre pour Makena et qu'elle ne pourrait y répondre, car cela lui aurait demandé de se replonger dans son passé, de se rappeler de la torture qu'on lui avait infligé.

Il avait eu tord.

- Ils ont essayé de recréer l'expérience de ma mère, en vain, répondit-elle naturellement, comme s'il s'agissait d'une discussion banale. Pour cela, ils ont dû me prélever du sang, beaucoup de sang et faire des tests sur moi, pour voir si cela m'affectait ou pas. Quant au directeur, il me considérait comme une espèce de monstre et il me le faisait comprendre. J'étais un potentiel danger, à ses yeux…

Là, cependant, Steve avait pu ressentir la difficulté qu'elle avait eu à parler du directeur.

C'était donc cela qui avait été le plus dur. Non pas les expériences à répétitions, pas non plus les prélèvements de sang ou la douleur qu'engendrer les nombreux tests. C'était le fait que quelqu'un la voyait comme un monstre.

Elle n'avait jamais pu le supporter, car elle aurait souhaité être normale ou du moins, qu'on ne lui rappelle pas à longueur de journée qu'elle n'était qu'une expérience de plus. Mais durant toute son adolescence, on n'avait pas arrêté de le lui répéter et elle en avait vraiment souffert.

Au début, elle en avait pleuré, des nuits durant et puis, finalement, elle avait décidé que cela ne l'atteindrait plus et c'était la raison pour laquelle, elle était devenue si froide.

Soudain, elle sentit un contact chaud sur sa main glacée et constata que Rogers s'était permis de la lui tenir. Elle leva la tête vers lui et aperçut le regard solennel du Captain America.

- Cela est fini, Makena. Ici, vous n'êtes plus considérée comme un monstre, mais comme un super-humain.

Cependant, cela ne rassura pas l'adolescence, qui avait fini par comprendre que sa différence n'était pas un atout et ne le serait jamais.

- Je ne crois pas que le SHIELD soit mieux que le CRES, si mon père a préféré m'enfermait là-bas plutôt qu'ici, lui avoua-t-elle aussitôt.

Elle avait réfléchit des jours durant à la raison qui poussait son père à la laisser enfermée au CRES au lieu de l'emmener avec lui au SHIELD.

Elle s'était finalement dit que l'organisation pour laquelle l'agent Coulson travaillait devait être pire encore que le centre où elle était.

Et peut-être avait-elle raison ?

- Je ferais ce qu'il faut pour que votre séjour ici soit bien mieux que celui que vous avez passé au CRES, d'accord ? lui promis Steve, soudainement.

Elle sembla surprise, l'espace d'un bref instant, puis finit par sourire en voyant les efforts déployés par Steve pour tenter de la rassurer.

Elle voulut lui répondre, mais elle n'en eut pas le temps car on vint chercher Steve et elle dût se contenter d'un simple « merci » qu'elle put, à peine, lui glisser avant qu'il ne quitte la pièce, la laissant seule.

Ce n'était pas grave, elle avait toujours été seule, elle était mieux ainsi. Du moins, c'était ce qu'elle se disait, mais au fond, elle ne pouvait se voiler, elle commençait vraiment à s'habituer à la présence rassurante du Captain America et elle ignorait si cela était une bonne chose ou pas.


Voilà qu'un nouveau chapitre se clôt.
Promis, le prochain fera vraiment apparaître Loki ! :D
En attendant, j'espère lire pleins de reviews
héhé !
L'offre sur les bisous de l'Avengers de votre choix tient toujours, évidemment ^^