Dans ce chapitre-ci, peut-être allez-vous retrouver un passage qui ne vous est pas inconnu si vous avez lu les livres. C'est bien vu, j'ai fait un petit clin d'oeil à une situation retrouvée dans Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé.
Bonne lecture!
Chapitre 9 – Vice versa
Pendant plusieurs minutes, elle allait et venait dans plusieurs couloirs, parcourant plusieurs étages à la recherche de Drago, mais la surface du château était si vaste qu'elle était bien consciente qu'elle n'avait que très peu de chance de le trouver, ou même qu'elle n'y arriverait peut-être même pas. Encore à cette heure-ci, les étudiants n'étaient que très rares dans les alentours, étant tous à la Grande Salle en train de déguster leur souper. Bien rapidement, elle réalisa que son estomac criait famine depuis qu'elle était sortie de sa salle de classe, mais les événements avaient été si éprouvants qu'elle n'y avait jamais porté attention. Cependant, maintenant qu'elle tournait en rond dans les couloirs sans rien pour occuper son esprit vacant, elle devait masser son ventre douloureux afin de tenter de calmer la rage de son estomac vide.
Puis, tout d'un coup, alors qu'elle se tenait debout en plein milieu d'un couloir, un éclair de génie passa furtivement dans sa tête. Bien sûr! Comment avait-elle pu négliger cette solution? Elle sourit inconsciemment, contente d'avoir afin trouvé le moyen pour retrouver Drago, puis se mit à courir en direction de la tour des Gryffondor. Aussitôt qu'elle se rendit devant le portrait de la grosse Dame, elle prononça le mot de passe, enjamba le trou que le tableau découvrit puis monta les escaliers en colimaçon qui menaient aux dortoirs des garçons. Heureusement qu'elle n'avait croisé personne dans la salle commune, car elle aurait eu le droit à plusieurs regards perplexes de leur part en la voyant prendre cette direction. Hermione se rendit à la couchette d'Harry puis se mit à fouiller frénétiquement dans ses bagages, cherchant une bien petite chose puisqu'elle vidait même les poches de ses pantalons sans dessus dessous. Enfin, elle mit la main sur un bout de parchemin jauni qui leur avait été bien utile, à Harry, Ron et à elle durant ces dernières années à Poudlard : la carte du Maraudeur. Poussant un petit cri de triomphe, elle poussa la valise d'Harry sur le sol, s'assit sur son lit puis sortit sa baguette magique de sa poche, répétant dans sa tête la bonne formule à prononcer afin que les propriétés magiques de la carte se dévoilent. Excitée, elle la déplia dans toute sa grandeur, dévoilant une grande surface vide.
- Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises, fit-elle en tapotant le parchemin du bout de sa baguette.
Tout juste, car la carte se mit à tracer graduellement toute la construction du château ainsi que ses occupants. Un sourire glorieux étira ses lèvres tandis qu'elle la referma aussitôt afin de l'enfouir dans sa poche. Rapidement, elle se leva, rangea les quelques vêtements qui s'étaient éparpillés un peu partout lors de sa fouille frénétique des bagages d'Harry, puis s'arrêta brusquement, les yeux rivés sur une image mouvante dans un petit cadre. Sur la table de chevet qui séparait le lit d'Harry et celui de Ron, il y avait une photo d'elle et de ses deux amis. Longtemps, elle l'observa, les regardant s'étreindre intimement et amicalement, si naïfs et innocents. Sentant des larmes perler dans ses yeux, elle les cligna vivement en secouant la tête puis referma la valise d'Harry. Elle se pressa légèrement même si elle avait qu'il n'y avait aucun risque qu'elle ne les croise puisqu'il était tous les deux à l'infirmerie, puis quitta rapidement le dortoir. Dans l'espace de quelques secondes, elle s'était déjà rendue de l'autre côté du portrait de la grosse Dame.
Hermione s'éloigna du tableau puis alla s'écraser contre un mur, à l'abris de tout passage et surtout de Rusard qui pourrait la découvrir en train de consulter cette carte illégale qu'il avait autrefois confisquée. De peine et de misère, elle la déplia puis se mit à chercher le petit point qui représentait Drago Malefoy. Elle fut tout d'abord impressionnée de voir la masse noire dont les noms étaient totalement illisibles et compressés dans la Grande Salle, mais elle reporta rapidement son attention aux cachots des Serpentard. Non, il n'y était pas. Ses yeux parcoururent alors les alentours, cherchant les noms de Crabbe, Goyle, Pansy, Nott ou Zabini, mais lorsqu'elle les trouva, Drago n'était pas avec eux non plus. Elle alla ensuite regarder dans le coin de l'infirmerie, car sait-on jamais, peut-être aurait-il décidé de s'y rendre, mais mis à part Harry et Ron accompagnés par Mme Pomfresh, il n'y avait personne d'autre. Séparant douloureusement ses yeux des petits points qui représentaient ses amis, elle poursuivit sa recherche méticuleusement, gardant espoir que Drago ne se soit pas, d'une quelconque manière, enfuit à l'extérieur du château.
Finalement, lui arrachant un petit gloussement hâté, elle le vit enfin. Il était seul, dans une salle de bain sur un étage complètement vide au dessus d'elle. Le point était complètement immobile, ce qui se mit à inquiéter la jeune Gryffondor, donc elle replia la carte puis se mit à courir comme une flèche en direction des escaliers qui lui permettraient de monter. Rapidement, elle fut rendue devant la porte des toilettes des garçons, tournant le parchemin usé entre ses mains afin de tenter d'évacuer son stress. Elle reposa les yeux sur la carte et vit qu'il était encore parfaitement immobile. Peut-être s'était-il évanoui? Peut-être s'était-il simplement écrasé par terre afin de se reposer? Elle mourrait d'envie et d'inquiétude de le savoir, mais quelque chose l'empêchait d'ouvrir cette porte par crainte de ce qu'elle verrait de l'autre côté. Prenant son courage à deux mains, elle ressortit sa baguette magique de sa poche, tapota la carte en marmonnant à très basse voix « méfait accompli », puis la replia afin de la ranger dans sa poche. Au bout de quelques secondes d'hésitation supplémentaires, elle posa lentement sa main sur la poignée de métal froid, la tourna puis ouvrit doucement la porte sans aucun bruit.
Comme à son habitude, la carte n'avait pas menti. D'ailleurs, le contraire ne lui avait aucunement traversé l'esprit. Effectivement, Drago était bien là, ne tenant debout que par son appui sur l'évier devant laquelle il se trouvait. Malgré son dos recourbé et sa tête platine penchée vers l'avant, Hermione pouvait facilement voir qu'il ne se sentait pas bien en regardant le reflet que le miroir renvoyait de lui. Son visage était déformé par la douleur et la jeune Gryffondor crut même apercevoir que son corps était secoué de quelques faibles soubresauts. Avant qu'elle ne regrette d'être aussi indiscrète et ce, à son insu, elle claqua légèrement la porte derrière elle afin de lui signaler que quelqu'un venait de faire irruption dans la salle de bain.
Drago se retourna vivement en direction de la porte, s'arrachant en même temps une grimace de douleur suite à ce mouvement trop brusque. Hermione attendit patiemment de comprendre par sa réaction si sa présence le dérangeait ou non, et fût bien soulagée de voir qu'il ne fit que se retourner en regardant la projection que lui rendait la glace. Son visage était presque entièrement maculé de sang séché et plusieurs plaies ouvertes le défiguraient, mais le pire restait ses côtes qu'Hermione devina être atrocement douloureuses. En effet, les coups de pieds que lui avait envoyé Ron directement dans le thorax l'avaient particulièrement affaibli et le simple fait de respirer lui faisait un mal de chien.
Inquiète, elle s'approcha lentement de lui tandis qu'il préparait un bout de papier à mains imbibé d'eau afin de nettoyer ses blessures au visage.
- Tu devrais aller à l'infirmerie, Drago, conseilla soigneusement la jeune fille sans se vouloir trop autoritaire.
- Pas question, trancha-t-il, catégorique. Potter et Weasley y sont sûrement déjà.
- De vous trois, tu es visiblement le plus mal en point. Vas-y, s'il te plait…
- Plus tard.
Hermione n'insista pas malgré son envie de le forcer à y aller. Son ton était ferme et strict, et insister ne ferait que le mettre en colère. Se soumettant donc à sa décision, elle hocha la tête et l'observa soigner maladroitement ses blessures. En voyant que tous ses membres semblaient lui provoquer une agonie incroyable même par ses petits gestes stagnants, elle alla le rejoindre au lavabo puis s'y accota les mains.
- Va t'asseoir, fit-elle en lui désignant un petit espace propre près d'où ils étaient. Je vais t'aider à soigner tes plaies, tu devrais plutôt te reposer…
- Et puis quoi, après? s'énerva-t-il aussitôt en lui lançant un regard noir. Tu vas venir me border ce soir dans mon lit et me lire une histoire pour que mon sommeil soit plus léger?
Elle le dévisagea avec une petite crainte dans les yeux, étant peu habituée à ce genre de comportement envers elle depuis ces derniers temps. Drago reporta son attention sur l'évier devant lui puis rebaissa la tête entre ses épaules qui se mirent soudainement à trembler faiblement. Il était surchargé par les derniers événements et il sentit bientôt qu'il ne pourrait plus garder ça encré en lui. Donc, avant que ses émotions ne prennent le dessus sur sa fierté devant la Gryffondor, il prit une grande respiration puis tenta de repousser le moment fatidique où il éclaterait en sanglots.
- Va –t-en, marmonna-t-il sans relever les yeux.
- Non, dit Hermione en sachant très bien qu'il serait préférable pour lui de ne pas être seul à cet instant.
Le jeune Serpentard laissa tomber le papier mouillé et taché de sang dans l'évier puis ricana en un petit souffle faible, s'ayant douté qu'elle n'allait pas le laisser ainsi à son propre sort aussi facilement. Un pincement provoqué par son rire le fit grimacer de nouveau et il gémit faiblement en portant une main sur son ventre.
- Drago, tu refuses d'aller à l'infirmerie, mais tu ne peux qu'à peine te tenir debout par toi-même, signala aussitôt Hermione avec fermeté. Va t'asseoir et laisses-moi m'occuper de tes blessures, c'est la moindre des choses.
- Je vais très bien, s'obstina-t-il.
Il releva la tête, la défiant du regard qu'Hermione croisa sans ciller. D'ailleurs, ce qu'elle y vit était une controverse parfaite avec ses paroles, car une infinie douleur rongeait son âme et elle arrivait clairement à le voir. La dureté du regard du Serpentard diminuait à chaque seconde qui passait et bientôt, il dut baisser la tête en se sentant vaincre par ses émotions.
- Drago… chuchota Hermione en posant une main sur son épaule.
L'interpelé renifla bruyamment puis hocha faiblement la tête, se pliant au seul désir d'Hermione. Il se retourna lentement, puis d'une démarche saccadée, il alla rejoindre le mur opposé, s'y adossa afin de finalement s'asseoir contre le plancher froid. Contente qu'il l'ait enfin écouté, Hermione entreprit de préparer le nécessaire pour nettoyer ses plaies puis alla par la suite s'agenouiller à ses côtés. Comme un certain malaise était inévitable pendant ce moment assez intime, Drago avait jugé bon de laisser ses yeux clos et de penser à autre chose que de ce qu'il se passerait réellement. Cependant, cette tâche était très ardue, car le contact douloureux entre sa peau sensible et le chiffon ne cessait de la remmener à la réalité. Peut-être ne pourrait-il pas faire voyager ses pensées, mais du moins, il garderait les paupières fermées afin de laisser une certaine barrière entre eux.
Hermione ne savait vraiment comment s'y prendre, n'osant pas trop toucher son visage pour deux raisons. De un, par peur de le blesser, et de deux, parce qu'il s'agissait quand même, malgré leur rapprochement, de Drago Malefoy. Maladroitement, elle épongeait le sang sur sa peau en se fiant aux grimaces du Serpentard pour appliquer la pression nécessaire afin de ne pas le blesser, l'obligeant inévitablement à observer son visage. C'est à cet instant précis qu'elle réalisa, après plus de six années, que Drago Malefoy était beau. Bien que ses traits et ses expressions faciales relevaient tous de ce qui s'approchait d'une personne hautaine tirée de l'aristocratie, elle devait elle-même s'admettre qu'il était d'une beauté saisissante.
Mais elle fut rapidement ramenée à la dure réalité de sa situation lorsqu'elle sentit un objet irriter sa peau dans sa poche. D'une main, elle plongea à l'intérieur et y reconnut les lunettes d'Harry qu'elle avait ramassé sur le sol de la bataille quelques minutes plus tôt. Aussitôt que ses doigts rencontrèrent la monture, elle sentit un pincement saisir son cœur, ainsi que, pour la énième fois, des larmes lui monter aux yeux. Drago leva les paupières lorsqu'il l'entendit renifler.
Ses yeux étaient déjà complètement imbibés d'eau, lui donnant un effet lustré, et Drago comprit qu'elle était sur le point de pleurer. Hermione ne fit rien pour cacher son visage et continua plutôt de nettoyer ses plaies, se sentant cependant très intimidée par le regard d'acier du Serpentard qui la fixait avec insistance.
- Ils ne veulent plus me parler, expliqua enfin Hermione d'une voix étouffée.
Un silence pendant lequel elle continuait sa tâche et que Drago l'observait sans ciller s'installa. Hermione renifla une fois de plus, se forçant pour garder ses larmes dans ses yeux. Elle n'avait tout de même pas lui faire subir une scène de larmes de sa part.
- Je n'ai jamais eu quelqu'un à qui parler, moi, ajouta-t-il pour mettre un second poids sur la balance.
Il ne dit pas ça pour avoir sa pitié, mais uniquement pour lui démontrer indirectement qu'il y avait pires situations que la sienne. En effet, Hermione se trouva alors très bête de se plaindre pour si peu alors qu'elle se doutait que les choses entre elle, Harry et Ron s'arrangeraient sûrement éventuellement. Réalisant que Drago, lui, était condamné à recevoir la marque des Ténèbres dans les prochains temps et qu'il ne pouvait rien faire pour empêcher ça, elle baissa les bras, ignorant les petits filets de sang dilué par l'eau qui coulaient le long de ses mains, puis plongea son regard dans le sien. Pendant plus d'une grosse dizaine de secondes, ils étaient tous deux immobiles, s'échangeant un regard plein de compassion l'un envers l'autre, jusqu'à ce que Drago hausse brusquement les sourcils en déviant son regard, visiblement très mal à l'aise.
- Ça va aller comme ça, fit-il après s'être éclairci la gorge. C'est assez, je…
Il tenta de se relever afin de briser complètement cette connexion inconfortable entre elle et lui en prenant appui sur le mur, mais il faiblit aussitôt et faillit trébucher. Hermione se releva aussitôt puis lui tint le bras afin de l'aider à se redresser.
- Ça va aller… répéta-t-il en se dégageant tranquillement de l'étreinte d'Hermione.
- Qu'est-ce que tu fais? demanda-t-elle en supervisant le moindre de ses gestes.
- Je veux que tu partes. Laisses-moi seul, j'ai… j'ai besoin de réfléchir.
Hermione hocha la tête puis essuya ses mains sur sa jupe. Elle restait là, regardant Drago se rendre à l'évier puis continuer de nettoyer ses plaies sans se soucier de sa présence. Finalement et à contrecœur, elle se tourna puis se dirigea vers la porte. Une fois la main sur la poignée, elle prit tout son temps pour l'ouvrir, espérant qu'au dernier moment, il l'interpelle pour une quelconque raison.
- Granger, fit-il d'une voix qui résonna dans la salle de bain vide.
Lentement, elle se retourna, sentant son cœur cogner lourdement contre sa poitrine. À en juger par l'expression qu'arborait Drago, il était sûrement sur le point de lui faire une grosse confession. Les yeux baissés, une moue crispant sa bouche, il releva son attention sur le reflet d'Hermione à travers le miroir.
- Merci, déclara-t-il simplement.
Hermione lui sourit, touchée. Drago lui fit un petit signe de tête qui équivalait sûrement à un sourire qu'il ne pouvait s'autoriser à lui offrir, puis détourna son attention en espérant lui faire comprendre qu'elle pouvait maintenant le laisser seul, car c'est bien ce dont il avait le plus envie à cet instant. Elle s'exécuta donc, sortant de la pièce en refermant la porte derrière elle, l'esprit totalement vague étant sans doute ailleurs que dans son propre corps. Elle s'adossa contre la porte, laissant sa tête choir derrière elle puis ferma les yeux. Peut-être devenait-elle de plus en plus insensée de jour en jour, car elle était convaincue que c'était Drago qui faisait battre son cœur avec autant de frénésie.
La soirée passa rapidement et Hermione était maintenant dans la Grande Salle, avalant son dernier repas de la journée avec retard et peu d'entrain. Comme elle s'en était bien doutée, Drago ne vint pas manger, tout comme Harry et Ron qui étaient également absents. Cependant, elle pouvait voir toute la petite bande de Drago qui la dévisageait de manière très déplacée en se disant des secrets malsains sûrement à son sujet. Elle s'en moquait. Maintenant redevenue seule sur son banc et dans ses pensées, tous ses petits soucis avaient repris place dans sa tête, torturant son cœur qui ne demandait qu'à être compris à travers cette période difficile. Heureusement pour elle, Luna vint la rejoindre, toujours aussi fidèle.
- Alors, comment il va? demanda-t-elle de sa petite voix.
Hermione ne l'avait jamais mis au courant de rien, et elle ne l'avait sûrement pas vu chercher éperdument Drago dans toute l'école puisqu'elle était pendant tout ce temps avec le professeur McGonagall.
- De qui parles-tu?
- De Drago, bien sûr, répondit-elle en souriant. Je sais que tu as été le voir. Quand j'ai su que tu as été méchamment rejetée par Harry et Ron, je me suis immédiatement imaginé que tu devais te trouver en sa compagnie. J'ai raison?
Cette Luna Lovegood était incroyable. Non seulement elle était d'une naïveté incomparable, mais en controverse, elle était d'une intelligence et perspicacité du tonnerre. Hermione se trouva vraiment très chanceuse d'avoir cette fille comme amie, car sans elle et ses dons pour remettre les sourires sur les visages tristes, elle ignorerait ce qu'elle ferait.
- Oui, j'étais avec lui, déclara Hermione, gênée. Il est très blessé, mais il refuse d'aller à l'infirmerie à cause qu'Harry et Ron y sont.
- C'est ce que je me suis dis. Cependant, si tu le recroises bientôt, dis-lui d'y aller maintenant, Harry et Ron l'ont quittée il y a quelques heures.
- Ah oui? s'étonna la Gryffondor, soulagée que ses amis n'aient rien eu des très grave. Ils n'étaient pas très souffrants?
- Beaucoup moins que Drago, expliqua Luna. Mme Pomfresh agité deux ou trois fois sa baguette, et tout mal a disparu. Bien sûr, ils sont assez courbaturés, mais ç'aurait pu être beaucoup plus pire.
- Est-ce qu'ils t'ont parlé de… de moi?
- Eh bien, je leur ai demandé s'ils savaient où tu te trouvais, mais aucun d'eux n'a voulu répondre. Ils avaient l'air de deux enfants qui refusaient de manger leurs brocolis.
Les deux jeunes filles se mirent à rigoler tandis qu'Hermione se mit à jouer avec la nourriture dans son assiette, sentant graduellement sa faim s'envoler. Luna prit soudainement un air plus sérieux.
- Le professeur McGonagall m'a demandée de t'informer que demain, à midi, une convocation à son bureau aura lieu. Toi, Harry, Ron et Drago devrez vous y présenter. Elle est très offensée par ce qui s'est produit, signala-t-elle avec amertume. Je crains qu'il y ait de grosses conséquences pour chacun de vous…
Hermione s'en était bien douté, mais ça ne l'empêcha pas de sentir une violente nervosité monter en elle pour autant.
- Elle ne va tout de même pas nous expulser du collège, j'espère? s'inquiéta-t-elle.
- Non, s'empressa de répondre Luna. Ça m'étonnerait vraiment. Je m'imaginais plus une petite retenue ou quelque chose du genre… Harry et Ron sont au courant. Ils ont bien tenté d'expliquer leur version des faits au professeur McGonagall, mais elle a jugé bon que tous les responsables soient présents pour rafistoler toutes les pièces du puzzle.
- Sait-elle que je n'ai absolument rien à voir avec cette bataille? demanda-t-elle subitement avec peur de subir le même désagréable sort que les trois autres jeunes. Après tout, la seule chose que j'ai faite durant cette confrontation, c'est d'avoir tenté de les séparer à deux reprises et lancer un sort de désarmement pour ne pas que Ron finisse par tuer Drago!
- Je ne crois pas qu'elle le sache, mais n'oublie pas de le préciser lors de votre entretien.
- Je n'y manquerai pas…
Un petit silence s'installa entre elles, Hermione continuant de jouer avec ses cubes de bœufs devenus froids. Les élèves tout autour d'elle semblaient si joyeux et enthousiastes d'enfin embarquer dans la période du temps des fêtes et elle maudissait les événements qui l'empêchaient également de l'être. Elle passerait ses vacances au château tandis que tous ces amis iraient gaiment fêter dans leur demeure sans aucun souci en tête…
- Dire que tout ça, c'est à cause de ce que je croyais être un sauvetage, marmonna Hermione, s'apitoyant sur son sort.
- Ce que tu croyais être un sauvetage? demanda Luna, perplexe.
- Bien, oui, appuya Hermione comme si c'était évident. Il n'a jamais voulu me sauver la vie, il me l'a dit. Il ne faisait que se protéger.
Une autre raison pour saboter son humeur s'ajouta à la liste.
- Comment aurait-il pu vouloir se protéger puisque le Détraqueur ne s'est jamais approché de lui? fit Luna.
Ce fut alors à Hermione de devenir complètement perplexe. Drago aurait-il menti pour ne pas avoir sur la conscience qu'il aurait sauvé la vie d'un de ses ennemis? Soudainement, Hermione devint très attentive. Elle lâcha sa fourchette dans son assiette en faisant résonner dans la Grande Salle un tintement aigu puis se tourna complètement vers Luna, prêtant oreille à ses dires.
- Qu'est-ce que tu dis? demanda-t-elle vivement en voulant en savoir plus. Je… je n'arrive pas à croire que je n'ai jamais pensé venir te demander comment les choses se sont produites! La sécurité de Drago n'a jamais été menacée par le Détraqueur?
- Jamais, gloussa Luna. J'ignore ce qu'il t'a raconté, mais le Détraqueur ne t'a jamais lâché une seule seconde. J'ai tenté à maintes reprises de lancer un sortilège du Patronus, mais je n'y arrivais pas, alors Drago s'est jeté devant moi et bam! Seulement un coup, et un gros serpent argenté a fait fuir le Détraqueur. C'était vraiment puissant.
Hermione ouvrit grand les yeux et entrouvrit inconsciemment la bouche, complètement béate. Une reconstitution de la situation se créa dans sa tête, appliquant un baume soulageant sur son cœur. Un sourire rêveur et distant étira alors ses lèvres tandis qu'elle eut soudainement envie d'aller le rejoindre dans la salle de bain juste pour être avec lui.
- Donc il m'a bel et bien sauvé… conclut doucement Hermione.
- Ou bien il avait pitié de ma piètre performance devant le Détraqueur, ou bien il a simplement jugé qu'il serait peut-être bon de te sortir de là, ricana Luna. Quelque chose me dit que la deuxième option est plus sensée.
Cette découverte fut suffisante pour la rendre d'une humeur pimpante d'énergie. Elle se mit à rire puis remercia de tout cœur son amie qui avait tenté en vain de la sauver des griffes du monstre. Drago pouvait maintenant tout faire pour tenter de paraître le plus salaud possible, mais Hermione finirait par savoir qu'il ne l'était pas du tout, que c'était plutôt un rôle qu'il voulait se donner, une carapace orgueilleuse qui refusait de laisser voir son côté humain et sensible. De toute façon, elle avait déjà franchi la barrière qui la séparait de lui. Peu importe ce qu'il ferait, elle savait ce qu'il était, et ce n'était sûrement pas ce genre de personne que le Seigneur des Ténèbres voudrait dans ses rangs de fidèles serviteurs.
