Chapitre 10 – Qui s'y frotte s'y pique


Hermione passa le reste de la soirée en compagnie de Luna dans la Grande Salle. Ginny vint les rejoindre un peu plus tard et les trois filles passèrent du bon temps ensemble, effaçant les tristes choses qui s'étaient produites plus tôt des pensées d'Hermione. Heureusement, pour ne pas gâcher sa belle humeur, elle ne croisa ni Harry, ni Ron lorsqu'elle retourna dans la tour des Gryffondor en compagnie de Ginny. D'ailleurs, aucun d'eux ne traversèrent ses pensées durant le reste de la soirée, lui permettant de décompresser au maximum avant la convocation sérieuse qui aurait lieu la journée suivante et qui saboterait sûrement le restant de ses vacances si le tout se finissait sur une mauvaise note. Ce n'est que lorsqu'elle se mit au lit en créant le vide dans son esprit que sa tristesse et son angoisse prirent le dessus sur son humeur enjouée. Trois visages ne cessaient de tourner en rond dans sa tête, chacun d'eux provoquant un malaise et une confusion différents des autres. Au moins, une heureuse pensée pouvait être placée entre tous ces malheurs après avoir découvert le vrai déroulement des événements lors de l'attaque du Détraqueur.

La nuit passa un peu trop rapidement pour l'état mental d'Hermione, et elle fut choquée de voir que la convocation dans le bureau du professeur McGonagall était dans moins d'une heure lorsqu'elle se réveilla. Sautant sur ses pieds en voyant l'heure tardive, elle enfila rapidement un pantalon en denim et un chandail bien confortable en laine en prenant bien soin de ne pas oublier les lunettes d'Harry qu'elle avait ramassées la journée d'avant. Elle avait une bonne vingtaine de minutes pour aller manger, puis ensuite viendrait le moment où elle devrait se diriger sans grande envie vers le bureau du professeur. Aussitôt qu'elle se mit à penser à cette étape de la journée, elle sentit un frisson désagréable parcourir son corps en entier, se doutant bien que se retrouver dans la même pièce qu'Harry, Ron et Drago ne serait aucunement une partie de plaisir.

Ne souhaitant pas rester seule physiquement et mentalement jusqu'à cette rencontre, elle chercha Ginny des yeux dans la salle commune de Gryffondor lorsqu'elle sortit du dortoir des filles mais elle ne fut pas présente. À vrai dire, il n'y avait que quelques personnes qui y étaient, les autres étant sûrement déjà à la Grande Salle pour manger ou bien ailleurs dans l'enceinte de l'école. Attristée à cette idée, elle quitta donc la pièce la tête basse, espérant la croiser un peu plus loin ou apercevoir Luna qui pourrait lui remonter un peu le moral, mais aucune des deux ne croisèrent ni sa route, ni son champ de vision. Par contre, lorsqu'elle pénétra dans la Grande Salle, elle vit Harry et Ron qui passèrent tout près d'elle mais qui ne la virent point, à son grand soulagement. Tous les deux arboraient une expression qui ressemblait à celle qu'on adoptait généralement lors d'un enterrement. Sûrement savait-il, autant qu'elle, que ce qui allait se produire dans le bureau du professeur n'allait aucunement être réjouissant.

N'ayant pas mangé à sa faim la soirée précédente, elle fut légèrement attendrie de sentir l'odeur de la nourriture servie caresser ses narines. Elle n'y accorda cependant pas vraiment attention, puisque par automatisme, elle pivota la tête dans la direction de la table des Serpentard. Drago y était, accompagné par son habituel clan, mais il semblait étrangement seul. La tête accotée contre son poing, il jouait avec sa nourriture du bout de sa fourchette, capturant une petite bouchée avec dédain sans porter attention à la conversation animée qui s'élevait à ses côtés. Puis, sans bouger la tête, il leva les yeux, son regard se posant droit sur Hermione. Elle tenta une certaine approche en lui souriant, mais il ne fit rien en retour, ne faisant que la suivre du regard pendant qu'elle se dirigeait vers sa table. Enfin, la jeune fille détourna les yeux puis s'assit à la table, réalisant par la suite qu'elle s'était placée juste à côté de Ginny. Malheureusement pour elle, la vingtaine de minutes s'écroula puis elle dût rapidement quitter son amie afin de se rendre au bureau du professeur McGonagall, se protégeant la tête des hiboux et des chouettes qui laissaient tomber des lettres et des petits colis partout sur les tables et par terre.

Lorsqu'elle s'y présenta, elle ne fut aucunement rassurée même si elle ne voyait pas pourquoi elle l'aurait été. McGonagall était assise derrière son bureau, un air sévère lui déformait les traits, tandis qu'Harry et Ron occupaient deux des quatre sièges installés directement devant elle. Hermione fut surprise de voir que Drago n'y était pas, car elle l'avait vu quitter la Grande Salle au moins cinq minutes avant elle d'un pas pressé. Adressant un petit sourire courtois à la directrice de la maison des Gryffondor, elle contourna les sièges puis alla s'asseoir à côté d'Harry, sentant aussitôt un malaise lui torturer les entrailles. Le Survivant tourna la tête dans sa direction et Hermione en profita aussitôt pour tenter de sympathiser avec lui en lui offrant un petit sourire qu'il lui rendit, contre toute attente. Déjà, un mince espoir se forma en elle. Ron, cependant, ne broncha pas d'un seul centimètre et ne tourna même pas les yeux dans sa direction lorsqu'elle entra dans la pièce, laissant ses bras croisés fermement autour de sa poitrine.

Quelques minutes passèrent sans qu'un seul mot ne se prononce, n'attendant que l'arrivée de Drago. Déjà que le professeur McGonagall ne semblait pas du tout d'humeur vive, Hermione se mit à prier mentalement que le Serpentard ne tarde pas trop pour ne pas aggraver la situation. Enfin, avec un peu de retard, elle entendit la porte s'ouvrir et se refermer derrière elle. Puis, du coin de l'œil, elle vit Drago contourner le siège à côté d'elle puis s'y asseoir. Précédé d'un soupir mécontent, le professeur se leva puis ouvrit un tiroir.

- Bon, je vois que le message a été remis à tous les destinataires, fit-elle en fouillant dans sa paperasse.

Elle en sortit quelques dossiers puis les déposa sur son grand bureau de chêne. Un à un, elle les ouvrit, puis, satisfaite, elle les referma d'un coup de main ferme. Son regard se mit à parcourir chacun des visages coupables devant elle qui fixaient le sol à leur pied.

- J'imagine et espère que vous savez tous pourquoi vous êtes ici.

Seule Hermione hocha la tête, décidée à coopérer.

- Monsieur Malefoy, mademoiselle Granger, monsieur Potter et monsieur Weasley, énuméra-t-elle, vous avez été convoqué ici suite à un conflit qui s'est produit hier, en soirée, dont j'ai été mise au courant par une des élèves qui était présente lors de votre… spectacle.

Aucun des trois garçons n'osaient regarder le professeur dans les yeux, ce qui facilitait la distinction des plus à blâmer dans cette affaire.

- Heureusement que j'en aie été informée, car jamais je ne laisserais une telle chose se produire sans appliquer les conséquences que ces actes irresponsables introduisent. Je suis profondément outragée et gênée par la méthode que vous avez décidé d'employer pour régler vos différents.

- Allez dire ça à Malefoy, marmonna Ron en boudant. C'est lui qui m'a collé un œil au beurre noir en premier!

- Je vous demande pardon? couina le professeur.

- Et il ne te va pas trop mal, Weasley, intervint Drago en se penchant vers l'avant afin de le regarder, serrant les dents. Peut-être que si tu n'avais pas insulté ma famille en les traitant de Mangemort, je n'aurais pas eu l'envie de te corriger!

- J'te signale que de nous deux, c'est toi, le plus mal en point! poursuivit le rouquin en se penchant également vers l'avant, près à lui bondir dessus.

- Bien évidemment! ironisa le blondinet. Deux contre un, ça avantage!

- Assez! coupa le professeur.

Un silence de marbre s'installa entre les quatre élèves. Hermione et Harry restaient silencieux et immobiles, étant tous deux conscients que le véritable conflit était entre Drago et Ron, puis ils attendirent la suite de la discussion.

- Manifestement, le vrai problème se trouve entre vous deux, trancha-t-elle en pointant les deux extrémités de la rangée de sièges installés. Ce qui me désole encore plus, c'est que ce n'est pas la première fois que ça arrive, mais bien la deuxième, et ce, en moins d'un mois! Je ne saurai tolérer ce genre d'enfantillage une seule fois de plus, considérez bien ceci avant que l'idée de recommencer ne vous traverse l'esprit.

- Professeur, intervint doucement Harry. Ron a raison, c'est Malefoy qui a commencé. Il nous a…

- Savoir qui a commencé ou qui a terminé ne m'intéresse guère, Potter. Ce qui est important dans ce genre de situation, c'est bien qui y a participé, et ça, je le vois clairement dans vos visages. Vos expressions de culpabilité et vos entailles et ecchymoses qui recouvrent votre peau ne sauraient me mentir!

Harry se renfrogna, s'écrasant dans son siège.

- Miss Granger, à moins que mes yeux me fassent défaut, il me semble que vous ne portez aucune marque de cette bataille. Pourquoi alors est-ce que mademoiselle Luna Lovegood m'a informé que vous aviez un lien dans tout ça?

- Je suis uniquement intervenue afin de tenter de les séparer, je n'ai aucunement participé à leur bagarre.

- Intervenue pour me jeter un sort, ouais, marmonna Ron, juste pour m'amocher encore plus!

- Un sort de désarmement, Ronald, déclara Hermione en séparant chacun de ses mots, outrée, c'était un sort de désarmement puisque tu étais presque sur le point de tuer Drago en le ruant de coups de pied!

- Non, non, c'est complètement faux, intervint Drago en fronçant les sourcils, humilié par ce commentaire. Il n'était aucunement en train de me tuer, j'avais la situation parfaitement en main!

- Oui, bien sûr, ironisa Ron en haussant les sourcils. Plié en deux, par terre, en train de tousser du sang! Ça, ça s'appelle avoir la situation bien en main!

- C'était une ruse, Weasley, mentit Drago, devenu écarlate. Je savais très bien ce que je faisais, et tout était calculé.

- C'était une ruse, aussi, quand t'as failli te mettre à pleurer? fit Ron en inventant des détails juste afin de le mettre encore plus en colère.

- Ron… marmonna Harry, trouvant qu'il allait un peu trop loin.

- Je n'ai jamais failli me mettre à pleurer, rugit Drago en se levant brusquement de son siège, faisant sursauter Hermione.

- Par la barbe de Merlin, cessez immédiatement! s'écria le professeur McGonagall.

Une fois de plus, elle ramena le silence dans son bureau. Hermione était visiblement embarrassée de se retrouver dans cette position tandis qu'Harry n'avait qu'envie de connaître les conséquences de ses actes afin de quitter l'atmosphère plus que désagréable qui régnait autour de lui.

- Monsieur Malefoy, assoyez-vous! ordonna-t-elle. Immédiatement!

Drago s'exécuta aussitôt, se laissant brusquement tomber sur sa chaise qui avait légèrement reculée lors de son redressement subit.

- Je suis absolument consternée par votre comportement, s'indigna le professeur. De toute ma carrière, jamais je n'ai vu des étudiants de septième année agir avec un tel manque de jugement et de convenance, jamais! Je ne veux plus en entendre davantage, c'est bien compris? Je ne veux pas savoir ni comment les événements se sont déroulés, ni les motifs qui vous ont poussé à agir de la sorte. Messieurs, j'ignore même pourquoi le professeur Dumbledore a eu la bonté de ne pas vous expulser du collège sur le champ!

Trois regards complètement effarés se levèrent aussitôt sur la dame, complètement paniqués. Hermione, quant à elle, se replia sur elle-même, se sentant extrêmement inconfortable d'être présente dans une pièce où elle était la seule à ne pas être pointée du doigt.

- Oui, vous m'avez bien entendu! En temps normal, nous aurions presque dû vous renvoyer dès votre première infraction! Ce n'est donc avec absolument aucun regret que je vous annonce que vous allez passer vos vacances ici, à Poudlard, sans aucun droit de quitter l'enceinte de l'école.

- Quoi? fit Ron, les yeux grands ouverts. Vous n'avez pas le droit!

Harry était tout aussi courroucé par la nouvelle que Ron, mais il resta silencieux, jugeant que protester ne changerait absolument pas les choses et les empireraient peut-être même. Puis, à côté d'Hermione, à part peut-être s'être visiblement et soudainement perché aux lèvres du professeur, Drago ne réagit aucunement.

- Oh que si, j'ai le droit, contredit McGonagall en arrachant un soupir peiné à Ron et Harry. Des hiboux ont même déjà été envoyé à vos parents et nul ne pourra contester cette très sage décision.

- Et on va faire quoi, pendant tout ce temps? protesta finalement Harry, cédant sous le désespoir. Nos vacances sont entièrement organisées!

- Ne vous inquiétez dont pas pour ça, elles le sont encore, signala McGonagall. Vous serez jumelé à un professeur et passerez quatre heures en retenue chaque jour de la semaine, et ce, jusqu'à ce que les cours recommencent.

Harry et Ron inspirèrent bruyamment, ne se gênant aucunement pour montrer leur mécontentement. Quant à Drago, il ne fit que grimacer d'agacement en chassant l'air de sa main, réalisant tout de même qu'aller chez lui, au Manoir des Malefoy, aurait sans doute été pire s'il se basait sur les circonstances actuelles. Cependant, quelque chose lui disait qu'il avait sûrement été jumelé au professeur Rogue pour purger son temps de retenue, ce qui, tout compte fait, n'arrangeait aucunement les choses.

- De plus, je retire cent cinquante points à Gryffondor et cent points à Serpentard. Vous pouvez me remercier que ça ne soit davantage.

Le professeur affichait une expression sévère, grave et indiscutable.

- Vous commencerez votre retenue après-demain, c'est-à-dire lundi, expliqua-t-elle. Chaque jour, vous devrez vous rendre au bureau du professeur auquel vous avez été assigné à midi tapant sans aucune minute de retard. Monsieur Weasley, votre tuteur sera madame Irma Pince – la bibliothécaire, ajouta-elle par dessus ses petites lunettes en voyant son expression interrogateur, Potter, vous viendrez à mon bureau et monsieur Malefoy, vous irez rejoindre le professeur Rogue dans les cachots.

Stupides avaient été ses doutes à ce sujet. Malgré cette affirmation qui ne le réjouissait guère, Malefoy trouva l'occasion de lancer une vanne à Ron.

- Weasley dans une bibliothèque? fit-il. Quelle chance! Tu pourras consulter les bouquins que ta famille n'aurait jamais pu t'acheter!

Cachée derrière son rideau de cheveux, Hermione esquissa un très mince sourire malgré elle tandis que Ron s'était levé brusquement afin de répliquer physiquement.

- Dix points de moins pour Serpentard, trancha rapidement McGonagall afin d'interrompre le provoqué. Weasley, assoyez-vous.

Ron, qui fulminait comme jamais, se rassit en croisant de nouveau les bras autour de sa poitrine, soutirant un petit ricanement satisfait de la part du Serpentard. Leur supérieur ne pris même pas la peine de réprimander le blondinet sur ses paroles tellement leur comportement l'exaspérait.

- Je vous préviens, avertit-elle. Si jamais quelque chose de semblable à ce qui s'est produit hier à lieu de nouveau, vous serez expulsé sans même évaluation sur vos actes. Monsieur Malefoy, j'exige que vous ailliez à l'instant même voir Mme Pomfresh afin qu'elle puisse examiner votre état. Vous pouvez quitter.

Le rouquin ne le se fit pas dire deux fois, suivit de près par Drago qui, à contrecœur, se dirigea vers l'infirmerie. Derrière, Harry sortit du bureau la tête basse tandis qu'Hermione ne se pressa pas pour en faire autant.

- Mademoiselle Granger, fit la professeur en s'assoyant derrière son bureau, je vous remercie d'apporter de l'équilibre dans toute cette histoire. Qui sait comment cette situation aurait pu aboutir sans votre intervention!

Hermione lui sourit, acceptant ses éloges, puis sortit de la pièce en refermant la porte derrière elle. Elle savait bien que le professeur McGonagall avait toujours été une personne très sévère et autoritaire, mais jamais elle ne l'avait vu aussi en colère jusqu'à ce jour. Un peu déstabilisée par la tournure des événements et par les conséquences que ses amis avaient acquises, elle continuait de culpabiliser sur ce qui s'était produit dans le bureau.

Un peu plus loin, Harry marchait seul, abandonné par un Ron trop frustré. Se rappelant qu'elle avait encore ses lunettes dans ses poches, elle l'interpela d'où elle était puis accouru vers lui en espérant qu'il lui démontre la même sympathie que lorsqu'il lui avait souri quelques minutes plus tôt et qu'il ne l'envoie pas promener. Heureusement, il ne fit qu'enfouir ses mains au creux de ses poches sans esquisser la moindre grimace, attentif à ce qu'elle avait à lui dire. Hermione lui sourit, puis plongea sa main dans sa poche.

- J'ai… fit-elle en lui tendant ses lunettes. Je les ai ramassées hier, après que vous ayez quitté la pièce. J'ai pensé que tu aimerais les ravoir.

Harry ricana légèrement, acquiesçant à ce qu'elle avait dit.

- Tu les as trouvées, s'exclama-t-il en les installant sur son nez, ravi. Merci beaucoup, je n'avais pas trop la motivation de retourner les chercher.

Il grimaça soudainement en voyant que sa vue ne changea pas pour autant lorsqu'il les plaça devant ses yeux. Hermione le remarqua puis se souvint que les deux petits écrans de verres s'étaient fracassés en plusieurs fragments contre le sol. D'un geste certain, elle sortit sa baguette magique, la pointa sur le nez d'Harry puis lui sourit.

- Reparo!

Les deux vitres réapparurent dans les montures, corrigeant la vue d'Harry instantanément. Satisfait, il lui adressa un sourire puis les poussa sur son nez de son index.

- Voilà qui est mieux, déclara-t-il.

Hermione rangea sa baguette, sentant une légère chaleur envahir son corps. Après tout, peut-être que les vacances au château n'allaient pas être si horribles qu'elle l'aurait cru. Maintenant qu'une certaine paix s'était installée de nouveau entre elle et Harry, elle pourrait dormir un peu mieux en ayant moins de préoccupation en tête. Cependant, en contradiction avec le Survivant, elle se doutait que sa réconciliation avec Ron serait aussi facile, mais elle était certaine qu'Harry l'aiderait et tenterait d'adoucir sa rancune envers la jeune fille. Ils avaient toujours été les trois inséparables, elle avait donc aucune envie que leurs études à Poudlard se finissent en étant séparé et en colère.

- Merci encore, fit Harry, légèrement mal à l'aise. À plus tard.

Il lui fit un petit signe de main puis tourna les talons, se dirigeant sûrement vers la tour des Gryffondor. Hermione attendit qu'il bifurque dans un autre corridor, puis retourna dans la Grande Salle afin d'aller rejoindre Ginny qui l'y attendait, visiblement beaucoup plus heureuse que lorsqu'elle l'avait quitté un peu plus tôt.

Drago revenait de l'infirmerie et avait eu le droit à plusieurs traitements magiques sur ses nombreuses blessures qui avaient maintenant presque entièrement cicatrisées. Il ne ressentait plus aucune douleur à l'exception de quelques élancements ici et là, mais il ne s'en plaint pas, se réjouissant plutôt du fait qu'il pouvait maintenant bouger sans avoir une envie irrésistible d'hurler sa douleur à la surface du monde. Maintenant étendu sur son lit décoré aux couleurs de sa maison, il tenait une lettre dans ses mains. Cette lettre était arrivée le matin même par la voie des airs, rendue par son hibou Grand Duc qui voyageait fréquemment entre le Manoir de sa famille et Poudlard. C'était la réponse appréhendée de son père. Ne se rappelant pas combien de fois il l'avait lu, il tentait vainement de se faire à l'idée et de s'imaginer tout ce qui allait se produire dans les temps à venir, mais surtout ce qui allait se produire s'il n'agissait pas selon ce qui était entendu…

« Cher fils,

Je suis horriblement déçu de constater que tu n'as pas pu faire tous ces liens par toi-même. Apparemment, tu n'as pas bien compris ce qu'il s'est produit, alors je me vois obligé de t'expliquer tout dans les moindres détails du début à la fin. Ce que je m'apprête à faire m'est absolument interdit, mais me faire à l'idée que tu seras peut-être tué si tu ne suis pas les directives correctement serait insupportable.

Cette voix était bel et bien celle du Seigneur des Ténèbres. Il s'agit d'un test d'aptitudes et de volonté adressé à toi seul afin d'évaluer ton dévouement à notre Maître et ta débrouillardise, car Drago, comprends que tout ça n'est aucunement un choix. Ton avenir est tracé. Tu te dois de suivre ce chemin et cette année est le bon moment pour toi de pénétrer les rangs de Mangemorts, surtout selon l'avis personnel du Seigneur.

Tu vas devoir te rendre à la Cabane Hurlante le plus tôt possible. Là-bas, il y aura un portoloin auquel tu devras te rendre afin qu'il t'amène ici, au Manoir. Tu y recevras la marque des Ténèbres. Il doit en être ainsi, et ce, avant la fin des vacances de Noël. Autrement, il y aura des conséquences très graves directement des mains du Seigneur pour ton manque de volonté et ton rejet face à son invitation. Si tu n'agis pas selon le plan, des Mangemorts viendront te chercher à Poudlard par force. S'il te plait, Drago, tu n'as plus le temps d'hésiter et de combattre cette envie, donc complète la tâche qu'on t'a assignée.

Le plan a dû être modifié après avoir pris en compte le pétrin dans lequel tu t'es installé avec cette histoire concernant Potter et Weasley. Je te pris de bien vouloir faire attention à ces regards que tu tournes sur ta personne en agissant comme un enfant indiscipliné, ce que tu n'es pas. De plus, si jamais des questions te tourmentent, ne m'envoie plus de lettre, c'est trop risqué. Le professeur Rogue a pris soin de te prendre sous sa tutelle afin que tu purges ton temps de punition entre de bonnes mains et pourra lui-même répondre à tes interrogations.

Ne me déçois pas, Drago »

Il tenta de faire le vide dans sa tête, mais il était si effrayé que la seule chose qu'il trouvait à faire était de lire et de relire cette lettre. Puis, soudainement pris d'une rage incontrôlable, il se redressa brutalement, déchirant en un rugissement de colère la lettre qu'il tenait entre ses mains et en jetant les fragments de parchemin au bout de ses bras. Tandis qu'ils retombaient paisiblement contre le sol, il s'assit sur son lit, les deux pieds tout près du résultat de sa frustration, puis alla tout aussi brutalement poser ses coudes contre ses genoux en laissant sa tête mollement pendre entre ses épaules. Incapable d'en prendre davantage, il s'abandonna aux larmes qui l'avaient trop longtemps submergé, maudissant son impuissance face à son destin et face aux choix qu'il n'avait la possibilité de faire.