Chapitre 11 – Le loup et la brebis


Au grand désespoir d'Harry, Ron et Drago, dimanche arriva rapidement, ne leur laissant plus qu'une seule journée pour savourer une pleine liberté. Chacun d'eux ignorait ce que les professeurs auxquels ils avaient été jumelés allaient les obliger à faire, mais ils savaient pertinemment que ce ne serait pas une activité qui leur permettrait de s'en vanter par la suite à leurs amis.

Ce souci n'était heureusement pas un détail sur lequel Hermione devait s'attarder, car elle avait été dispensée de toutes conséquences lors de l'entretien avec le professeur McGonagall. En ce matin de dimanche, elle se réveilla donc avec le cœur et la tête légers, savourant une grâce matinée qu'elle jugea bien méritée. Emmitouflée dans ses couvertures, bien au chaud, elle frottait sa joue contre son oreiller douillet en tentant d'ignorer les ronflements sonores de Parvati Patil et Lavande Brown qui partageaient, entre autre, le même dortoir qu'elle. Dans d'autres cas, Hermione aurait amplement été agacée par ce dérangement, mais elle se jura que rien ne pourrait gâcher sa journée de dimanche, et surtout pas un bruit qui pouvait être facilement endurable.

L'étroite fenêtre qui était au dessus de son lit et qui diffusait une agréable lumière imprégnée d'une chaleur confortable rendait la pièce lumineuse. À en juger par l'intensité des rayons du soleil, Hermione se dit qu'il devait être tout près de midi, ou sinon juste un peu plus tard. Cependant, contrairement à la journée précédente, ce détail ne la dérangea pas dans sa flemmardise et l'invita même à rester plus longtemps dans son lit pour rattraper le sommeil qu'elle aurait pu étirer la veille.

Ce temps de paresse, elle le passa à réfléchir. En si peu de jour, tant de choses avaient changées. Voilà maintenant qu'elle était presque plus proche de Drago que d'Harry et Ron! Au passage de cette pensée, Hermione ne put s'empêcher de sourire, réalisant par la suite que c'était d'ailleurs ce rapprochement qui avait provoqué l'éloignement entre elle et ses deux meilleurs amis. Pourquoi ne pouvait-elle simplement pas être ami avec Drago sans influencer la relation qu'elle entretenait avec Harry et Ron? Jamais elle ne pourrait les abandonner ou même s'approcher de la ligne qui causerait leur perte, mais tranquillement dans sa tête s'installait la même vision des choses à propos du Serpentard.

Drago avait toujours apposé une limite entre elle et lui, qu'elle soit physique ou émotionnelle, mais Hermione la sentait graduellement disparaître, lui laissant le droit d'être plus présente dans sa vie. Même s'il restait le même Drago Malefoy impénétrable, froid et indifférent, elle réussissait à voir ce qu'il laissait involontairement paraître dans son regard : de la vulnérabilité. Elle sentait qu'avec cette infime partie de lui, elle pourrait franchir cette porte qui semble être continuellement verrouillée.

Se retournant dans son lit, son regard tomba sur un de ses pantalons qui gisaient contre le sol. Dans une des poches, Hermione voyait la carte du Maraudeur et crut qu'il serait peut-être bon de la rendre anonymement à son propriétaire avant qu'il ne se rende compte de sa disparition. Voulant cependant en profiter pendant qu'elle était en sa possession, elle eut soudainement envie de savoir ce que faisait Drago à cet instant même, sachant qu'il ne devait sûrement pas être encore dans son lit à une heure semblable. Sans débarquer de sa couchette, elle étira son bras le plus loin possible, puis, entre deux doigts, elle prit la carte de sa poche puis se réinstalla confortablement sous ses couvertures. Silencieusement, elle sortit sa baguette qui n'était pas très loin puis chuchota les mots magiques qui dévoilaient l'utilité du bout de parchemin usé.

Visiblement, elle, Parvati et Lavande étaient presque les seules personnes des dortoirs des Gryffondor à être encore couchées. Certaines, dont Harry, Ron, Ginny et les jumeaux Weasley, étaient dans la salle commune mais quittaient déjà les lieux. Dans les couloirs environnants, les gens se promenaient tandis que la majorité était, comme d'habitude, dans la Grande Salle. Hermione n'y porta cependant pas vraiment attention, allant automatiquement poser son regard dans les dortoirs des Serpentard : pas de Drago. Quelques uns de ses fidèles y étaient, mais Zabini et Pansy étaient absents, laissant la jeune femme supposer qu'ils devaient justement être avec lui en quelque part dans les environs. Effectivement, ses yeux allèrent rapidement repérer les trois Serpentard, mais à l'extérieur, près de la cour centrale. Ils se dirigeaient tous vers la forêt interdite, ce qui éveilla vivement l'attention d'Hermione. Se redressant soudainement dans son lit, elle fronça les sourcils en rapprochant la carte de ses yeux, comme si elle craignait que les petits points représentant les élèves disparaissent. Sur la carte, ils s'arrêtèrent tout d'un coup, puis Zabini et Pansy firent demi-tour en laissant Drago tout près de la lisière de la forêt, juste à côté de la cabane d'Hagrid. Que diable pouvait-il bien faire?

Hermione resta immobile pendant un certain temps, observant ses prochains mouvements, mais il ne bougeait plus. Perplexe, elle déposa la carte sur son lit, en sortit puis se vêtit rapidement avec l'intention d'aller en savoir un peu plus sur son activité louche. Une fois habillée, elle reposa les yeux sur la carte et fut encore plus intriguée qu'elle ne l'était déjà en voyant qu'il n'avait toujours pas bougé. Elle prononça la formule pour effacer toute trace sur le parchemin, le rangea puis sortit en flèche de la salle des Gryffondor.

Une fois qu'elle fut rendue au rez-de-chaussée, elle croisa Zabini et Pansy, qui avaient tous deux laissés Drago quelques minutes plus tôt.

- Je ne sais pas trop ce qu'il a, fit Zabini.

- Il est encore pire que ces derniers temps, s'exclama Pansy en grimaçant.

La jeune Gryffondor continua son chemin sans s'attarder sur eux puis fut rapidement rendue à l'extérieur de l'école. Le froid était presque paralysant, mais la chaleur que le soleil projetait créait des variations contrastantes de température à chaque pas qu'Hermione franchissait dans la neige épaisse sous ses pieds. Se rappelant que Drago était tout près de la cabane d'Hagrid, elle se dirigea d'un pas aventurier dans cette direction, puis à la seconde même où elle vit une silhouette un peu plus loin, elle s'arrêta afin de pouvoir observer ce qu'il faisait seul ainsi. Il était de dos et il semblait lancer quelque chose dans la direction de la forêt interdite. Intriguée, Hermione s'approcha de lui, découvrant peu à peu ce qu'il était en train de faire, puis sourit enfin lorsqu'elle réalisa qu'il n'était qu'en train de lancer des boules de neige énergiquement dans un enclot adjacent à la cabane d'Hagrid. À l'intérieur des petites clôtures, il y avait des veracrasses. Il devait être en train de se défouler, car elle ne voyait aucunement l'intérêt de pratiquer cette activité.

Quelques secondes plus tard, elle fut juste à côté de lui. Drago s'était retourné pour savoir de qui il s'agissait, mais il n'arrêta pas pour autant son activité. En fait, il ne lui adressa même pas une quelconque salutation. Hermione s'en moqua, puis le regarda rater et atteindre ses trajectoires sur des veracrasses qui dormaient. Même lorsqu'il atteignait l'un d'entre eux, il ne faisait que grogner de paresse et se rendormir aussitôt, mais Drago ne sembla pas le moins du monde être agacé par ce manque de réaction.

- Pas très trouillards, ces veracrasses, commenta Hermione avec un petit sourire.

Drago tourna très brièvement les yeux sur elle, lançant une autre boule de neige aussitôt ensuite en observant le résultat de son lancé.

- Non, approuva Drago d'un ton neutre et désintéressé. Pas autant que moi, en tout cas.

Hermione fronça les sourcils, devinant que quelque chose avait dû se produire pour qu'il soit d'une telle humeur. Surtout très piqué par la curiosité suite à cette réplique un peu étrange, elle s'approcha de lui d'un petit pas et tenta de capturer son regard.

- Pourquoi est-ce que tu dis ça?

Un autre lancé, trajectoire atteinte. Drago sourit très faiblement, satisfait de son coup, puis secoua ses mains entre elles afin de les réchauffer légèrement. Il se tourna d'un demi degré vers Hermione, faisant planer son regard partout sauf sur elle.

- J'ai envoyé une lettre à mon père dernièrement, et j'ai reçu sa réponse hier.

Il baissa les yeux, les faisant suivre les traces de pas qu'Hermione avait créées dans la neige. Puis, il les plissa, les leva au ciel, les rebaissa, fixa les pieds de la jeune fille devant lui pour finalement les plonger dans les siens.

- Il va falloir que je m'y rende, déclara-t-il.

- Te rendre… où? demanda Hermione, incertaine de comprendre.

- La Cabane Hurlante, expliqua-t-il en déviant son regard de nouveau. Il va falloir que je m'y rende le plus tôt possible. Avant la fin des vacances, en fait…

La jeune Gryffondor comprit alors de quoi il s'agissait et sentit une violente secousse frapper son cœur. Les événements allaient alors se produire aussi rapidement? Une soudaine affliction l'emplit aussitôt, comprenant tout d'un coup ce qu'avait dit Pansy lorsqu'elle et Zabini l'avaient croisé dans le château. Sans trop faire preuve de pitié en grimaçant de tristesse pour ne pas qu'il s'énerve, Hermione ne put cependant pas réprimer un soupir sec mais désespéré, attirant le regard d'acier du Serpentard.

- Est-ce que ton père a mentionné c'est quoi qu'il y avait, là-bas?

Drago se pencha, prit une poignée de neige entre ses mains puis la modela jusqu'à ce qu'elle ressemble à une sphère trop parfaite, près à continuer d'assiéger ces pauvres veracrasses. Il tentait évidemment tout faire pour ne pas avoir à regarder Hermione.

- Des Détraqueurs, fit-il en esquissant un mouvement de tête bref, puis un portoloin.

- Le portoloin, c'est pour t'amener où?

- Chez moi, répondit-il après avoir lancer une boule de neige qui frappa le mur de pierres de la cabane d'Hagrid, là où je recevrai… Là où je la recevrai.

Hermione hocha lentement la tête tandis que Drago enfouit ses mains au creux de ses poches. Sans poser un regard pesant sur lui, la jeune fille l'observait tout de même du coin de l'œil, tentant de déceler une quelconque lueur de désespoir sur son visage rougi par le froid perçant. Il fallait définitivement avoir une envie intense de se défouler pour sortir à l'extérieur par une température semblable.

- Tu es… obligé d'y aller?

- Tu… tu me poses réellement la question, ou bien c'est une tentative humoristique de mauvais goût? lança-t-il sur un ton amer.

En voyant qu'elle ne répondait pas et qu'elle baissait même la tête en rougissant, il tenta de ne pas faire de commentaire désagréable sur sa question qu'il jugeait vraiment très stupide. Il détendit son visage qui s'était déformé par le dégoût, s'éclaircit la gorge, puis reprit sur un ton plus convenable et neutre.

- Oui, je le suis. C'est ça, ou si, au contraire, je n'y vais pas, il enverra des Mangemorts à Poudlard pour venir me chercher. Si c'est le cas, quand ils me ramèneront chez moi, ça ne sera pas pour que je reçoive la marque…

Drago marqua une pause en se disant qu'elle comprendrait bien par elle-même ce que ce manque de sa part causerait. Puis, réalisant qu'elle venait tout juste de poser une des questions les plus stupides qu'il ait entendu, il préféra, tout compte fait, préciser la conséquence.

- Ça serait plutôt pour me tuer, conclut-il.

Ils restèrent par la suite un certain temps en silence, laissant à Hermione le temps d'évaluer toute la situation qui s'imposait à lui et à Drago de calmer la folie qui naquit en lui à l'évocation de cette éventualité. Lentement, comme s'il avait été seul, il se retourna puis se mit à marcher en longeant la lisière de la forêt. Il fixait les arbres, mais son regard était totalement vacant, reconstituant la scène dans laquelle il avait acté en déchirant sauvagement la lettre de son père la journée d'avant. Il revoyait les mots dans sa tête, puis, de loin dans sa mémoire revinrent les souvenirs dans lesquels Drago voyait son père lui parler du grand projet qu'il aurait dans l'avenir pour son cher fils duquel il était si fier. Si seulement il avait su que ce grand projet serait ce qu'il lui offrait maintenant, il n'aurait jamais osé être enthousiaste à l'idée de suivre les traces que Lucius traçait juste pour lui.

Hermione restait derrière, le regardant s'éloigner lentement. Après cette nouvelle, elle comprendrait très bien qu'il veuille rester seul, mais elle ressentait étrangement le besoin d'être avec lui. Quelque part en dedans d'elle, elle sentait que Drago demandait son aide sans véritablement la vouloir.

Donc rapidement, elle alla rejoindre sa droite.

- Je viendrai avec toi, déclara-t-elle solennellement.

Réaction prévisible, Drago fronça les sourcils en secouant la tête.

- Non, tu ne viendras pas, répliqua-t-il catégoriquement sans même la regarder.

- Et pourquoi ça? s'obstina la Gryffondor.

- Et pourquoi tu le ferais? rétorqua le blondinet. Ça ne te concerne aucunement, et je ne veux pas t'avoir dans les jambes.

Vaguement blessée, elle esquissa l'expression de la fille vexée, mais ne lâcha pas son bout de corde. Au contraire, elle tira juste un peu plus.

- Tu auras besoin d'aide.

- Utiliser un portoloin ne nécessite pas de mode d'emploi.

- Es-tu en train de me comparer à un mode d'emploi?

- Tu n'iras nulle part avec moi, Granger.

Drago se mit à marcher un peu plus vite, comme s'il espérait la semer ou, du moins, lui faire comprendre que sa présence n'était plus désirée, mais Hermione n'abandonna pas pour autant. Elle adopta la même vitesse que lui.

- Tu sais comment sortir du château pour te rendre là-bas sans te faire voir, peut-être? Tu sais très bien que depuis ce qu'il s'est passé avec Harry et Ron, tu vas avoir droit à une très étroite surveillance, espèce de prétentieux!

Le Serpentard ne fut qu'être amusé par son insulte. Il se mit à ricaner narquoisement, se doutant qu'Hermione Granger pourrait lui être utile dans ce domaine de vie.

- Es-tu en train de me dire que toi, Granger, tu saurais m'aider à sortir en douce de l'école? Vraiment! Arrêtes un peu, la seule chose que tu ne saches pas faire, c'est bien de briser des règlements.

- C'est bien flatteur, sourit Hermione avec fierté, mais tu serais surpris.

- Non. Peu importe, c'est non.

En voyant que son argument ne l'avait pas convaincue, elle activa ses neurones cinq fois plus vite qu'à la normale afin de trouver un autre moyen de le faire flancher.

- Et… et, et les Détraqueurs! Tu y as pensé, ça, hein? Ils ne sont pas qu'un!

Drago s'arrêta soudainement, tout comme la jeune fille, puis lui fit face. Pendant quelques secondes, il fit mine de réfléchir de manière très caricaturée en envoyant son regard partout dans les airs, puis lui fit le genre de sourire qu'il réservait à ses répliques cinglantes qui fermaient habituellement les grandes tapes comme celle d'Hermione.

- Tu te souviens peut-être de ce qu'il s'est passé la dernière fois que tu as faite face à un Détraqueur, Griffon d'Or?

- Oh, oui, je m'en souviens! l'assura aussitôt. Tu m'as sauvée, en fait, alors on risque pas trop d'avoir de problème si je viens, non?

Le Serpentard ferma les yeux, soupirant aussi fort qu'un buffle irrité. Ce qu'elle était têtue…

- Je ne t'ai pas sauvée, Granger! Merde, combien de fois il va falloir que je te le dise?

- Tu peux arrêter ton cinéma, Drago, je sais ce qu'il s'est passé.

Le ton ennuyé sur lequel Hermione plaça sa phrase intrigua vivement le jeune homme, provoquant son silence ainsi qu'une simagrée faciale d'incompréhension qui l'invitait à s'expliquer de manière plus explicite.

- J'ai parlé à Luna, expliqua-t-elle.

Aussitôt, Drago dévia son regard, devenant peu à peu écarlate et très à l'étroit dans sa propre personne. Il aurait dû deviner qu'elle irait demander une version différente de la sienne, mais cette éventualité n'avait pas traversée son esprit depuis que son sauvetage n'était plus d'actualité dans les potins de Poudlard. Une moue maladroite crispa donc ces lèvres, se recroquevillant sur sa propre personne.

- Elle m'a dit qu'est-ce qui s'est passé, et j'ai été à peine surprise d'apprendre que tu avais menti à ce sujet, fit Hermione tranquillement. Pourtant, je ne vois pas ce qui est mal là-dedans. Tu m'as sauvée, oui, et je t'en remercie.

- Et je n'ai pas du tout l'intention de recommencer, précipita Drago en profitant de cette faille pour changer de sujet. Donc non, tu ne viens pas avec moi. Point à la ligne.

Il se remit à marcher, mais en direction inverse, revenant vers la cabane d'Hagrid. Hermione restait tenace, elle le suivit donc.

- Tu vas peut-être te faire tuer, si tu vas là-bas seul!

- Eh bien, ça serait sans doute mieux que ce qui m'attend si je m'y rends sain et sauf, qu'est-ce que t'en penses?

- Pourquoi est-ce que t'es si négatif, Drago?

En entendant ça, le blondinet stoppa net sa marche, répétant ces mots dans sa tête afin de s'assurer qu'il les avait bien compris, puis, de nouveau, se retourna vers Hermione. Les traits déformés par une soudaine exaspération, il prit bien le temps de la dévisager, attendant même le moment où la jeune fille détournerait son regard, regrettant sa misérable question.

- Pourquoi est-ce que je suis négatif? s'exclama-t-il, outré. Est-ce que vois ne serait-ce qu'un brin de positivité dans ce que je vis? C'est mon destin, mon avenir, mon futur! Je suis voué à ça, Granger! Peut-être même que quand j'aurai cette merde sur mon bras (il releva vivement sa manche de manteau, dévoilant l'intérieur de son poignet) et que je reviendrai à Poudlard, j'aurai pour mission d'assassiner l'entourage de Potter pour faciliter son accès à lui! T'imagines, un peu? Un gamin de dix-sept ans qui étudie à Poudlard à temps plein en étant Mangemort à temps partiel, est-ce que tu arrives à voir quelque chose de positif là-dedans, maintenant?

Hermione ne flancha pas, même devant l'air démoniaque qu'il avait affiché durant sa puissante tirade. Elle ne faisait qu'afficher un air grave, sérieux et réceptif, comme à son habitude et, de nouveau, elle perçut cette lueur de vulnérabilité dans son regard. Puis, malgré son monologue qui avait pour but de convaincre qu'il n'y avait pas de demi-mesure, elle hocha la tête à sa question. Brusquement, Drago tendit les bras de chaque côté de son corps, ouvert à toutes réponses qu'elle pourrait lui offrir.

- T'arrives à y voir quelque chose de bon? cracha-t-il en lui adressant un sourire outragé.

- Le bon là-dedans, indiqua doucement Hermione, c'est que tu n'as pas à passer à travers tout ça seul et sans support.

Drago resta immobile quelques secondes, laissant ses bras figés dans le vide. Puis, irrité de n'avoir rien à redire là-dessus, il les laissa mollement tomber le long de son corps. Bientôt, il ne trouva plus la force de soutenir son regard et s'obligea, à contrecœur, à baisser les yeux, soupirant par la même occasion. Il avait du mal à se l'avouer, mais elle avait raison.

- Depuis le tout début, c'est vers moi que tu t'es tourné, pas vrai? Tout ce que tu m'as dit concernant la marque des Ténèbres, tu n'étais aucunement obligé de me le partager, mais tu l'as fait, et ce, à moi. Et là, au moment fatidique, celui qui demande le plus de soutien, tu rejetterais la main que je te tends pour te venir en aide? J'aurais servi à quoi, moi? Drago, on ne se connaît pas beaucoup, mais il y a bel et bien une partie de moi que tu as toujours connue, et c'est ma ténacité.

Il ne disait rien, ne bougeait pas. Il ne faisait que la regarder, lui et sa vulnérabilité.

- Est-ce que c'est moi, qui te bloque? Est-ce que c'est à cause de ce que je suis? Tu as honte? Saches qu'au tout début, l'idée d'aider un sale arrogant de Sang Pur insupportable et méprisant ne me souriait guère, mais je l'ai fait, et finalement, ce n'est pas si mal.

Malgré tous ces mots qui auraient, autrefois, provoqué une grosse colère en lui, Drago esquissa involontairement un sourire d'une demie seconde, un temps qui fut suffisant pour Hermione de ne remarquer. Ce sourire, il la toucha droit au cœur, aguichant un long frisson qui électrisa son corps en entier et qui la fit également sourire par la suite. Quelque chose d'étrange s'était produite en elle à cet instant précis. C'était comme si… comme si elle venait tout juste de franchir cette barrière.

- T'as un sale culot de me dire en pleine face que je suis arrogant, insupportable et méprisant.

Il avait ce petit sourire sur les lèvres, celui qui ne pouvait que rassurer. La jeune Gryffondor ricana faiblement, fixant la prunelle de ses yeux.

- Et prétentieux, ajouta Hermione en faisant un clin d'œil à l'insulte qu'elle lui avait lancée un peu plus tôt dans leur conversation. Tu es bien pire que ça, mais ça te donne un aperçu de comment les gens te voient en grande majorité.

De nouveau, Drago se mit à rire. Faiblement, mais tout de même, il riait avec sincérité, comme si c'était une chose qu'il n'avait pas faite depuis bien longtemps et qui pouvait suffire à lui procurer un bien-être fou pendant au moins quelques secondes.

- Granger fait de l'humour, maintenant?

- De l'humour? Je suis très sérieuse.

Ils échangèrent un regard en se souriant mutuellement, puis le vrai Drago reprit soudainement possession de son corps.

- Et là, tu t'attends à quoi en restant plantée là? lança-t-il en y gardant une touche de légèreté.

- Tu sais ce que je te propose, déclara Hermione en reprenant son sérieux. Considères-le bien attentivement, puis on pourra en rire un brin lorsque tu viendras réclamer mon aide avant de te rendre là-bas.

Après un petit sourire rempli de sous-entendus, elle tourna les talons puis se redirigea vers l'école, accélérant le pas afin de s'y rendre le plus vite possible. Le vent était tout aussi violent qu'à son arrivée et le froid tout aussi poignant, mais c'est ce qui lui donna la détermination nécessaire pour parcourir à grandes enjambées l'épaisse neige qui avait tendance à ralentir les passants. Drago, quant à lui, la regarda s'éloigner avec l'esquisse d'un sourire sur les lèvres, fixant longuement sa silhouette s'éloigner jusqu'à en disparaître. Le froid ne le fit pas broncher, le vent ne le fit pas grimacer. Il restait simplement debout en la regardant partir.