Chapitre 13 – Brusque abandon


Déjà deux semaines s'étaient écoulées des quatre qui totalisaient les vacances, mais Hermione n'avait trouvé que très peu de temps pour se permettre de se laisser attrister par sa situation avec Ron et Harry. L'une des raisons qui lui permettait de rester droite et forte dans son esprit était la présence constante de Luna à ses côtés, mais le plus grand des responsables était sans nul doute Drago, qui lui, avait considérablement adouci son attitude envers la Gryffondor depuis sa perte de contrôle vis à vis Ron. Bien sûr, le blondinet restait d'abord et avant tout le Drago Malefoy, l'arrogant et orgueilleux Serpentard, mais Hermione avait appris à ne plus prendre ses remarques parfois et souvent désagréables au sérieux afin de plutôt les interpréter humoristiquement ou avec indifférence. Quant à lui, son mode de vie restait le même – se promenant de fille en fille à l'insu de Pansy – mis à part les courts moments ici et là dans ses journées qu'il passait avec la lionne au grand plaisir de cette dernière. Dans les instants présents, Drago, Luna et elle-même composaient son unique cercle d'amis. Étonnamment, c'était bien suffisant.

Ginny, avec qui elle fût autrefois quand même assez proche, semblait lentement s'être laissée influencer par la situation précaire de son grand frère, n'adressant à Hermione plus ou presque plus la parole. Ce changement de situation lui donnait une étrange impression d'être parfaitement étrangère lorsqu'elle était dans les dortoirs de la salle des Gryffondor, et c'était une chose qu'elle avait du mal à supporter puisqu'elle y passait un temps assez important lorsqu'elle ne pouvait être avec Drago ou Luna. Souvent, elle y ramenait des livres qu'elle avait empruntés à la bibliothèque – après le temps de punition de Ron pour ne pas avoir à le croiser – et s'installait dans la salle commune pour en faire la lecture, mais les regards lourds ou, au contraire, l'impression d'invisibilité qu'elle ressentait l'agaçait au plus haut point et avait des répercussions directes sur son comportement. Jour après jour, ce détail avait pour impact de la rendre de plus en plus susceptible et fragile, et Drago fut parmi ceux qui l'avait remarqué, n'y manquant pas pour piquer ses nerfs à son pur et simple plaisir.

Pendant ces deux semaines, pas une seule fois Hermione et Drago n'avaient reparlé de ce que ce dernier se devait de faire dans les plus brefs délais. Bien évidemment, il y réfléchissait chaque jour, mais l'unique perspective de se rendre à la Cabane Hurlante l'effrayait tellement qu'il se promettait constamment de remettre sa méditation à la journée suivante. Seulement, il sentait qu'il devrait faire le grand saut très bientôt et il réalisait également qu'il n'aurait pas la force ni le courage d'y arriver seul… Depuis le tout premier jour où Hermione lui avait annoncé qu'elle désirait l'accompagner là-bas, il s'était fait à l'idée qu'effectivement, il la laisserait venir avec lui même suite à son propre refus instantané et catégorique. Le temps avait simplement été nécessaire pour tenter d'apaiser son orgueil de Serpentard en ne s'avouant pas assez fort pour y arriver par lui-même. De plus, les jours avaient passé et lui avaient clairement mis sous le nez le fait que la présence d'Hermione lui procurait maintenant un sentiment de confort, et ça, il s'y était habitué. C'est tout de même sans aucune fierté qu'il irait réclamer son aide et son support lorsqu'il devra se rendre au lieu de son rendez-vous appréhendé.

Une fin de soirée comme les autres, Hermione fit son entrée dans la salle commune de Gryffondor et ne fut aucunement surprise d'être aussi transparente que l'air. Si ça se trouve, Ron avait monté une grosse majorité des élèves de sa maison contre elle afin de lui rendre la vie aussi misérable que Drago l'aurait fait les années précédentes, mais ça, elle tentait de l'ignorer, se persuadant qu'elle était mieux avec lui ou Luna plutôt qu'avec la totalité de ses camarades de classe réunie. Bien que ce cas atteignait son moral, elle ne le montrerait sûrement pas à tous ces perdants qui s'étaient laissé embarquer dans le jeu immature du rouquin. Cependant, à sa grande surprise, Harry semblait être le seul à se rendre compte qu'elle existait encore, car il lui arrivait – très rarement – de lui lancer des petits sourires. Ils étaient forcés, certes, mais c'était mieux que ce que tous les autres avaient à lui offrir.

Elle se dirigea donc rapidement vers les dortoirs des filles sans poser le moindre regard autour d'elle, puis ne se fit pas prier avant de plonger en dessous de ses couvertures. Il n'était que neuf heures du soir, mais déjà la fatigue avait gagné ses yeux qui eux avaient passé la journée entière à balayer les pages d'un bouquin dans une bibliothèque vide. D'ailleurs, c'était ainsi qu'elle occupait la quasi-totalité de ses journées.

Les minutes s'écroulèrent, puis elle s'endormit.

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, il n'y avait plus aucun mouvement autour d'elle. Les autres occupantes de son dortoir étaient toutes endormies, puis le son délicat du crépitement du feu qui se faisait entendre de la salle commune indiquait qu'elle était désertée de tout étudiant. Sinon, le silence et l'obscurité étaient totaux, ce qui était parfaitement normal à une heure pareille. Pourtant, elle avait l'inquiétante impression que quelque chose d'anormal se produisait. Ayant le sommeil habituellement lourd, presque rien n'avait le pouvoir de la réveiller au beau milieu de la nuit, néanmoins, quelque chose avait dû la tirer de son sommeil. Sentant le duvet sur ses bras se redresser par une mince peur, elle se retourna dans son lit en remontant sa couverture par dessus ses épaules afin d'avoir l'impression d'être protégée. Trop amorphe pour tenter quoi que ce soit, elle ne fit que refermer les yeux, non sans être vaquée de son inquiétude.

Une pression qui creusa légèrement son matelas tout près de son visage la fit brusquement ouvrir les yeux sur une main claire qui s'y étendait. Électrisée par un violent et désagréable saut au cœur, son regard rencontra à la seconde suivante un visage qui était caché de moitié par la base de son lit, un visage que l'obscurité rendait menaçant et totalement inconnu. Puis, alors qu'elle allait pousser un cri de peur, la main de l'inconnu qui était précédemment sur son matelas alla aussitôt se plaquer contre sa bouche afin d'étouffer le son strident qu'elle était sur le point de provoquer. Agrippant sauvagement le poignet de l'inconnu, elle reconnut, enfin et finalement, grâce à la lumière qu'envoyait la lune à travers sa fenêtre, deux yeux gris bleutés qui la regardaient avec insistance.

C'était Drago.

Elle tut aussitôt son cri qui insistait pour transpercer sa main tandis qu'Hermione se mit à dévisager le Serpentard avec une incroyable incompréhension dans les yeux. Si la situation n'aurait pas été aussi étrange, elle aurait complètement eu l'air tarée avec cette expression d'affichée sur son visage. Drago retira alors sa main de sur sa bouche, puis replia chacun de ses doigts pour uniquement laisser son index dressé qu'il pressa contre ses lèvres.

- Hum, Hermione? marmonna Parvati d'un lit voisin. Tout va bien?

- Heu, oui… oui, bredouilla-t-elle précipitamment, sentant encore son cœur battre frénétiquement contre sa poitrine. Un mauvais rêve… cauchemar… Ça va aller, ça… ça va aller…

- T'en es certaine? T'as l'air…

- Oui, certaine, la coupa-t-elle en tournant sa tête vers Drago afin de vérifier qu'il soit bien caché. Ça va, je t'assure!

Il lui fit un petit signe de la main pour lui indiquer qu'il allait sortir du dortoir, puis il se mit à ramper à quatre pattes vers la sortie aussitôt qu'elle acquiesça. Encore une fois, si la situation présente n'aurait pas été aussi étrange, Drago également aurait eu l'air complètement taré à se glisser sur le sol de la sorte.

- Je… heu… balbutiai Hermione en faisant continuellement danser son regard entre Drago qui s'éloignait et Parvati qui était sur le point de se redresser dans son lit. Je vais sortir un peu… heu… prendre de l'air…

Parvati s'était redressée, regardant Hermione avec un drôle d'air, mais Drago ne risquait plus rien car il était déjà sorti du dortoir, au grand soulagement de la jeune fille. Elle retira les couvertures qui la couvraient puis fit rejoindre ses pieds au sol, prête à quitter la place en vitesse pour aller rejoindre le fautif.

- Tu veux que je t'accompagne? demanda Parvati par pure politesse, car l'envie n'y était pas.

- Non! lança Hermione en tournant brusquement son visage vers elle, arrêtant tout geste, toute respiration.

Sa camarade la dévisagea considérablement.

- D'accord, marmonna-t-elle en se recouchant, perplexe. Si quelque chose ne va pas…

- Oui, je viendrai te réveiller. Merci beaucoup.

Elle n'attendit même pas de réponse qu'elle se précipita hors du dortoir en deux grands pas. À une vitesse surprenante, elle descendit l'escalier de pierre en colimaçon en manquant de les débouler à plusieurs reprises, mais arriva à la hauteur de la salle commune saine et sauve, à l'exception de son cœur qui était presque en train de creuser un trou pour s'éjecter de son corps. Aussitôt qu'elle mit les pieds dans la pièce, elle scruta les alentours hystériquement à la recherche de Drago, mais elle ne le vit point.

- Sors de ta cachette! souffla-t-elle en s'avançant en plein milieu de la pièce.

Une main s'agrippa alors à son épaule. Poussant un petit couinement de surprise, elle se retourna vivement pour tomber nez à nez avec l'intrus qui se mit à agiter les bras pour lui faire signe de baisser le ton de sa voix.

- Shhhttt, pas si fort!

- Mais qu'est-ce, que tu fais, ICI?! lança-t-elle en ressortant son attitude de préfète-en-chef, indignée. Es-tu devenu complètement fou?! T'imagines-tu simplement les conséquences qui s'en suivraient si quelqu'un d'autre que moi te voyais ici?

À chaque mot qu'elle eut prononcé, elle s'approchait de Drago, qui lui fut bientôt obligé de reculer en voyant qu'elle n'avait pas l'intention d'arrêter d'avancer. Rencontrant rudement le mur derrière lui, il leva ses mains en toute résignation, conscient que venir ici à une heure pareille était quelque chose de très risqué. Hermione le dévisageait avec son air sévère et ferme, et le Serpentard ne put faire autre chose que de se mettre à ricaner inconfortablement.

- Ne ris pas! ordonna-t-elle en lui donnant une petite poussée sèche sur l'épaule. Pourquoi est-ce que tu ris toujours dans les mauvais moments? C'est très risqué, ce que tu fais là!

Drago reprit son air solennel dans l'intention d'introduire le sujet délicat qui était justement la raison de sa venue.

- Granger, commença-t-il en posant ses mains de chaque côté des épaules de son interlocutrice afin de l'obliger à reculer, ce n'est absolument pas la peine de monter sur tes grands chevaux. De toute façon, tu sais très bien que tes consignes de préfète me laissent totalement indifférent.

- Comment veux-tu que je réagisse autrement? s'indigna-t-elle en ignorant sa pique. Tu te pointes ici aux petites heures du matin, dans le dortoirs des filles et ce, dans la salle des Gryffondor!

- Arrête de parler si fort! grimaça le blondinet.

- Comment t'as fait pour y entrer, j'y pense? réalisa soudainement Hermione, les yeux grands ouverts. Il y a un mot de passe à donner, et…

- D'après toi?

Éprise d'une énorme réflexion qui s'étendit sur plusieurs secondes, elle ignorait complètement l'expression impatiente qu'arborait Drago.

- Quelqu'un me l'a donné, qu'est-ce que tu crois! s'exaspéra-t-il.

Hermione grimaça, visiblement très agacée.

- Ah, oui. Une de tes fans, j'imagine?

- Serait-ce une lueur de jalousie, que je perçois là, dans tes yeux? piqua Drago en esquissant un sourire sournois.

Il avait levé un doigt vers ses yeux, amusé de la voir dans un état semblable. La Gryffondor s'empourpra rapidement et ferma les yeux, irritée. Posant une main autoritaire sur sa hanche, elle utilisa l'autre pour gifler celle du jeune garçon qui s'était mis à rire.

- Tu es ridicule, marmonna-t-elle. Qu'est-ce que tu fais ici, par Merlin? J'espère que c'est important!

À en juger par l'expression que Drago afficha soudainement, ce devait inévitablement l'être. Elle regretta soudainement d'avoir réagi avec autant de rigueur, puis ses traits se relâchèrent afin de faire place à une totale attention. Un silence tendu s'étira, mais Hermione laissa le temps nécessaire à Drago pour lui faire dire ce qu'il avait à lui dire sans le brusquer, réalisant que leur conversation deviendrait rapidement bien corsée.

- Je vais y aller cette nuit, déclara-t-il au bout de quelques secondes en fixant ses pieds.

Hermione savait de quoi il parlait, et elle fut tellement prise au dépourvu qu'elle ne fit que secouer la tête de gauche à droite, refusant cette réalité. Muette, elle ne faisait que mimer des « non » avec ses lèvres, se sentant presque aussi concernée que lui dans sa quête.

- Non, non, Drago, non, souffla-t-elle, inquiète, Tu n'es pas prêt… Regarde-toi, tu n'es pas du tout prêt…!

- Je ne pourrai jamais être prêt! s'irrita-t-il. Ce n'est pas une chose à laquelle je pourrai un jour me sentir prêt d'affronter!

Il la regardait, tentant par ses yeux emplis de vulnérabilité de lui faire comprendre qu'il n'avait aucunement le choix.

- Si ce n'est pas aujourd'hui que j'y vais, alors ce sera demain, ou après-demain, ou la semaine prochaine, même, mais il va tout de même falloir que je le fasse. Alors que ce soit maintenant ou plus tard, qu'est-ce que ça change? Il s'agit juste d'aller rejoindre un satané portoloin…

- Pas du tout! Tu sais très bien que c'est loin d'être uniquement ça, ta tâche! Il faut…

- Je sais, Granger, coupa Drago, sentant graduellement un malaise s'installer en lui, je sais très bien ce que j'ai à faire. Je veux simplement parler de la partie qui consiste à se rendre là-bas… Celle où toi, tu pourrais entrer en jeu…

Silence.

- J'ai cru comprendre, l'autre jour, que tu connaissais peut-être… un moyen de sortir de l'école sans risquer de se faire voir?

- Oui, en effet, acquiesça simplement Hermione. Pourquoi?

Elle savait maintenant qu'il allait demander à connaître ce moyen, mais elle se promit mentalement que s'il ne lui permettait pas de l'accompagner, elle ne l'aiderait aucunement. Bien sûr, elle n'avait aucune envie de le laisser à son propre sort, mais elle ne voulait pas simplement lui tendre ce dont il avait besoin pour y arriver sans en être directement de mise.

- Je crois bien que finalement, tu pourrais m'aider… avoua-t-il avec misère.

- Je ne te rendrai pas ce service, Drago, jura Hermione en croisant les bras, pas si je ne peux pas t'accompagner. J'ai…

- C'est justement de ça que je veux dire, précisa le blondinet en se demandant de quoi d'autre pouvait-elle bien penser que ça serait.

Apparemment, ils s'étaient tous deux mal compris, car elle fut très étonnée de voir qu'il avait changé d'avis. En fait, elle croyait qu'il allait simplement venir à elle en réclamant haut et fort qu'il voulait connaître le moyen qu'elle avait en tête, mais en fait, c'était loin d'être ça. Alors ainsi, elle l'accompagnerait, elle, la carte du Maraudeur, et… la cape d'invisibilité d'Harry. Voilà ce qu'elle avait eu en tête depuis le tout début, comme méthode de fuite subtile, et elle était certaine que ça serait une formule gagnante, comme toujours.

- Oh… fit-elle, indisposée. Finalement… t'acceptes que je vienne?

Le Serpentard hocha la tête, silencieux, mais surtout impatient de connaître sa décision. Hermione sentit soudainement une grande nervosité la gagner, comme si elle se trouvait maintenant dans la peau de Drago. Elle voulait certainement l'aider à parvenir à son but, mais maintenant qu'elle savait qu'il l'accueillait à bras ouverts, elle n'était plus certaine de vouloir être de la partie. Bien qu'elle ait déjà participé à de nombreuses et périlleuses aventures en compagnie d'Harry et de Ron, cette fois-ci, elle se sentait moins en sécurité, ne connaissant pas vraiment les capacités de Drago à tenir une situation en main. C'était, pour elle, comme plonger la tête première dans le néant, ne sachant pas à quoi elle pourrait se heurter ni dans quel état elle pourrait finir…

- Tu n'as plus l'air certaine de vouloir ce que tu t'efforçais tant à obtenir, déclara Drago, vexé par son hésitation.

Même après cette réplique, Hermione ne trouva rien à répondre. Non… La peur était maintenant si vivante en elle. Elle savait trop bien que Drago ne lui pardonnerait jamais ce changement brutal d'avis, mais elle n'en avait pas la force. Elle craignait tout de ce qui allait se produire selon le plan que son père avait dressé pour lui : de la confrontation avec les Détraqueurs jusqu'à l'acquisition de la marque des Ténèbres pour Drago dont elle ne serait même pas témoin… Le blondinet ne prit alors pas bien longtemps avant de comprendre ce que ce silence voulait communiquer.

- Tu… tu veux rire, j'espère? Tu me largues? Maintenant?

Ce dernier mot, il l'avait poussé en un soupir volatil. Par le simple ton de sa voix, Hermione ne put aucunement le regarder dans les yeux, certaine qu'elle y découvrirait quelque chose qui la hanterait pour le restant de ses jours.

Lui, il ignorait complètement comment réagir face à ça. Devait-il être humilié ou en colère? Il était venu la tirer de son sommeil, en pleine nuit, en affrontant son orgueil de Serpentard pour lui avouer qu'il aurait besoin d'elle, et il repartirait les mains vides après un refus? Naturellement, le mélange se fit automatiquement et une agressivité soudaine se saisit de lui, dessinant des traits crispés par une rage chagrinée sur son visage. Jamais il n'aurait cru un seul instant qu'elle reviendrait sur sa décision, surtout après la ténacité dont elle avait fait preuve la toute première fois qu'elle lui avait déclaré qu'elle voulait l'accompagner.

- Les règlements… bredouilla-t-elle. On pourrait risquer de gros ennuis…

- Oh oui, tu pourrais risquer d'avoir une grosse retenue!

S'il avait eu là l'intention de lui faire ravaler sa très mauvaise excuse, Hermione détermina qu'il y était parfaitement arrivé. Honteux de se retrouver rejeté de la sorte, Drago tenta de le camoufler en lui offrant un de ses sourires classiques et méprisants qu'il lui avait toujours affiché lors de leur six dernières années quand il l'insultait.

- J'imagine qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même.

Déjà, il réfléchissait aux moyens qu'il entreprendrait pour lui faire regretter, à son retour, l'humiliation qu'elle était en train de lui faire subir.

- Je suis désolée, Drago… Je…

- Pas autant que moi de t'avoir réveillée, lui cracha-t-il en se voulant particulièrement désagréable et ironique. Alors, dors bien sur tes deux petites oreilles, princesse.

Il fit volte-face, quittant la salle commune d'un pas rapide. Il ne le se l'aurait jamais avoué, mais il se sentait horriblement blessé et perdu en se découvrant finalement seul pour accomplir cette tâche. Depuis le tout début, il avait cru qu'elle serait avec lui jusqu'au bout, lui permettant par la même occasion de se sentir ne serait-ce que légèrement rassuré, mais maintenant, il avait plus peur que jamais. Complètement abandonné et livré à lui-même, c'était ça qu'il constatait.

Tout cet horrible sarcasme dont il s'était servi pour mutiler Hermione psychologiquement avait portée fruit. Elle resta immobile pendant un temps qu'elle n'aurait su estimer, fixant le passage derrière lequel Drago était disparu. Ses yeux se mirent alors à picoter à un point tel qu'elle ne put retenir ses larmes. Lourdes, elles traçaient un chemin sur ses joues encore chaudes de la chaleur et du confort qu'elle avait ressenti quelques minutes plus tôt, lorsqu'elle était dans son lit à dormir paisiblement. Où était donc son courage de Gryffondor? La principale raison pour laquelle elle avait été admise dans cette maison, où était-elle partie? Sûrement sa triste situation sociale le lui avait arraché. Atterrée par ce qu'elle venait de faire, elle se laissa choir sur un fauteuil en cuir rouge face auquel un feu brûlait et dansait encore dans l'âtre, puis elle se perdit dans ses pensées. Malgré le calme apparent duquel son corps était prisonnier, ses entrailles, eux, la tiraillaient et lacéraient ses os. Elle se détestait, se répugnait, se décevait tellement à cet instant qu'elle avait du mal à supporter sa propre personne.

Drago avait franchi plusieurs dizaines de mètres et s'était maintenant adossé contre un mur après s'être certifié que personne ne risquerait de passer par là. Fermant les yeux, il tentait de calmer sa respiration ainsi que la panique qui l'avait gagnée. Puis, une fois qu'il fit le vide dans son esprit, il ménagea ses idées de sorte à ce que les nuisibles ne s'entremêlent pas avec celles auxquelles il devait se prêter corps et âme pour ne pas faire de bêtise. Maintenant laissé seul à son propre sort, il n'avait pas le droit de se laisser distraire par la Granger qui l'avait abandonné, ni par rien d'autre qui pourrait éventuellement lui coûter bien des choses. Il se devait de faire quelque chose qu'il n'avait jamais eu à faire jusqu'à ce jour : accomplir une importante mission de son seul et propre chef, sans aucune aide extérieur…

- Je n'y arriverai pas… chuchota-t-il pour lui-même en laissant tomber sa tête entre ses mains.