Ce chapitre-ci est sans aucun doute mon préféré! J'ai pris un plaisir fou à l'écrire, et je n'ai pas cessé une seule seconde de chercher des moyens de rendre la situation décrite encore plus parsemée d'embûches qu'elle ne l'était déjà au départ. J'espère que vous allez l'apprécier autant que moi, et n'hésitez surtout pas à me partager vos impressions à ce propos!
Chapitre 14 – L'arsenal d'Hermione
En temps normal, n'entendre que ces propres pas dans un couloir lors d'une randonnée nocturne illégale se devrait d'être rassurant, mais dans le cas présent, Drago ne se sentait aucunement rassuré. Au contraire, son stress était si vif que ce manque de bruit provoquait en lui des hallucinations auditives qui allaient sans doute le rendre complètement fou avant qu'il n'arrive à destination. Posant un pied devant l'autre en longeant les murs, il tenait sa baguette très fermement dans sa main, n'appréhendant qu'un certain moment où quelque chose d'inhabituel se produirait afin de jeter le premier sort qu'il lui viendrait à l'esprit pour se protéger. Nombre de fois, il avait tout simplement pensé retourner dans son lit et y rester pour le restant de ses vacances en attendant le moment crucial où les Mangemorts viendraient l'y arracher, mais la perspective de mourir en ayant rien tenter pour sauver sa peau le répugnait et lui donna assez de « courage » pour poursuivre son chemin.
Comment allait-il sortir du château? Il n'en avait aucune idée. Jamais il n'avait pris la peine de dresser un plan. Jamais il n'avait pris la peine d'étudier attentivement l'école afin de tenter de trouver un moyen d'en sortir. Jamais il n'avait pensé au pire qu'il pourrait arriver. Pourtant, c'était actuellement qu'est-ce qui était en train de se produire. Actuellement, Drago n'était qu'en train de déambuler dans les corridors comme un aveugle ferait dans un labyrinthe : sans savoir où se diriger et en étant parfaitement conscient qu'aucune issue libre et non protégée n'était à sa portée.
L'allée dans laquelle il venait de bifurquer était toute aussi sombre que les autres. C'est d'ailleurs le fait qu'il ne voyait pas plus loin que le bout de son nez qui expliquait le peu de distance qu'il avait mis entre sa position actuelle et celle qu'il occupait vingt minutes plus tôt avec Hermione. L'opacité de l'obscurité était si dense qu'il avait l'impression d'avoir un voile noir qui recouvrait ses yeux, et c'est précisément pour ça qu'uniquement une trentaine de centimètres séparaient chacun de ses pas et qu'ils étaient exécutés dans l'espace d'un temps fou. Allait-il vraiment s'y rendre? Seul? Sans la moindre idée de la méthode à emprunter pour sortir du château qui était, détail important, le bâtiment le plus sûr – donc ainsi, le mieux protégé – au monde? Non, il n'allait pas y arriver, et s'il n'y arrivait pas cette nuit même, il n'y arriverait jamais, car le château ne déciderait pas tout bonnement de baisser sa défense la journée suivante afin d'ouvrir le chemin à un futur Mangemort pour se hisser hors des murs de l'école. Drago était un jeune homme condamné, se voyant déjà inerte, contre le sol, frappé d'un « Avada Kedavra » lancé par le Seigneur des Ténèbres lui-même et qui ferait sûrement subir le même sort à ses parents afin de les punir d'avoir mis au monde un garçon aussi lâche et faible que lui. Ainsi, l'honorifique famille Malefoy se serait éteinte et leur nom serait souillé et insignifiant. Tout ça, par sa faute. Tout ça, parce qu'il aurait osé faire confiance à une Sang-de-Bourbe complètement trouillarde et abjecte. Sa mort aura connue une fin pathétique et digne des histoires ridicules et satiriques dont les frères jumeaux Weasley passeront leur temps à raconter à tout le monde, et…
Un bruit. Un son. Un frottement. Derrière lui. Drago se retourna vivement, brandit sa baguette devant lui et marmonna un « lumos » qui ressemblait plus à un grognement inaudible plutôt qu'à une incantation magique. La lumière l'aveugla brièvement.
Rien.
Il baissa sa baguette et scruta attentivement le sol, mais il n'y avait rien non plus. Pas de rat, pas de crapaud, pas même un petit papier bruyant sur lequel il aurait marché. Il tut alors sa respiration rauque qui devenait graduellement un halètement puis il tendit l'oreille, devenant attentif même aux battements d'ailes d'une mouche.
Rien, plus aucun son, seulement les bonds que faisait son cœur dans sa poitrine. Pendant quelques secondes qui parurent une éternité, il resta immobile, n'attendant que le frottement louche se reproduise afin qu'en en découvre la source. En voyant que le silence persistait, Drago détermina que se devait sûrement être un vilain tour de son imagination. Après tout, il avait réussi à entendre des cris de Scroutts à pétard un peu plus tôt dans son aventure nocturne, alors un simple frottement ne devrait pas avoir le pouvoir de l'effrayer. Il rebaissa alors sa baguette, puis, au moment où il allait prononcer la formule « nox », le satané frottement se répéta de nouveau. Remontant aussitôt sa baguette à la hauteur de ses yeux, son cœur se remit à battre violemment en réalisant qu'il n'y avait absolument rien à proximité de lui. Du coup, il se mit à paniquer, serrant son poing libre afin d'éventuellement entreprendre un combat contre l'air.
- Bordel! C'est quoi ce bruit? marmonna-t-il en grimaçant de peur.
- Oh! Mais c'est un méchant élève indiscipliné, que je vois là? fit une voix masculine derrière lui.
L'accumulation de stress et de peur activa automatiquement à la puissance dix les cordes vocales de Drago, exécutant par la suite un énorme bond pour finalement aller s'écraser contre le mur derrière lui, une main sur le cœur. C'était Peeves, l'esprit frappeur. Il arborait un sourire sournois, flottant en demi cercle autour du blondinet qui tentait de contrôler son envie de vomir. Maintenant définitivement haletant, le Serpentard dévisageait avec crainte le fantôme, appréhendant la suite des événements.
- On joue à quoi, par ici, espèce de petit délinquant? poursuit-il sans cesser de tournoyer autour du jeune homme. Encore un autre de la bande à Potter? Toujours là pour chercher les ennuis?
Drago ne trouva rien à répondre, donc, dans l'espoir de sauver sa peau, il hocha la tête furtivement, ne se sentant pas de taille à trouver une bonne explication ni même seulement d'argumenter avec lui.
- C'est quoi ton nom, mon cher petit malin?
- Je ne te le dirai pas, fit Drago d'une voix étonnamment aigue, pas encore remis du saut que Peeves avait provoqué en lui.
- Ah bon? s'irrita l'esprit. Et pourquoi pas?
- Parce que tu vas me balancer.
- Ça va de soi.
Le fantôme se mit alors à inspirer une quantité anormale d'air, faisant bomber sa poitrine sous le regard horrifié de Drago. Il était clair qu'il allait se mettre à hurler afin de réveiller les professeurs. Malgré l'enchaînement phénoménal d'une vingtaine de « non » du blondinet et de toute la panique qu'il devait afficher à cet instant, Peeves interrompit son souffle, lui adressa un sourire baveux, puis relâcha de toutes ses forces :
- ÉLÈVE HORS DU DORTOIR! ÉLÈVE HORS DU DORTOIR!
Il continua d'hurler ces mots en s'éloignant, les deux bras en l'air, cherchant à réveiller un maximum de gens en se promenant partout dans l'école. Drago restait plaqué contre le mur, se glissant rapidement dans l'autre direction, sentant tout espoir le quitter. Peeves tourna alors dans un autre corridor, disparaissant avec ses hurlements. Bien que lui n'était plus là, le Serpentard savait très bien que quelques uns des professeurs allaient entendre ses cris et se mettre à la recherche de l'élève en question.
Justement, à peine avait-il pensé ça qu'il entendit, dans une écho grandissante, des bruits de pas au loin. Ses yeux redoublèrent alors de diamètre tandis qu'il se mit à chercher frénétiquement une place où il pourrait se cacher. Il marmonna « nox » et rangea sa baguette. Soudainement, il entendit encore une fois ce frottement. Il se retourna vers la source du bruit, puis se retrouva ensuite à être tirer par la manche du chandail par… l'air. Il n'y avait rien, ni personne, il semblait simplement que l'air l'entraînait dans une direction que Drago ignorait où ça menait. Complètement affolé par cette chose inhabituelle, il se débattit en ramenant brusquement son bras sur lui-même puis se mit à reculer, posant son regard sur le coin du corridor, là où des gens étaient sur le point d'apparaître. Puis, cette fois-ci, une main invisible – car il était certain qu'il s'agissait d'une main – s'empara de son poignet pour tirer de toute ses forces dans la même direction que l'air l'avait amener précédemment.
- Merde! C'est quoi ça?! paniqua-t-il. Lâche-moi!
Tout d'un coup, Hermione apparut, comme si quelqu'un venait de lever un rideau pour la faire apparaître. Son poignet fut libéré, et les deux bras de la Gryffondor étaient maintenant suspendus dans les airs, tenant apparemment le vide, puis elle lui fit signe de le suivre de la tête en lui adressant un regard massacreur.
- Tu vas me suivre, oui? s'indigna-t-elle en un souffle. Ils arrivent!
Elle pointa d'un doigt paniqué le coin du couloir, puis elle dût par la suite saisir de nouveau le poignet de Drago pour le traîner avec elle, visiblement trop déconcerté de la voir apparaître à un tel moment critique pour faire un moindre geste. Finalement, il fut libéré de son étreinte puis il la suivit de son plein gré en courant à une vitesse affolante, jusqu'à ce qu'elle bifurque dans un creux de mur juste à côté d'une énorme statue de marbre. Là, consciente de son changement très brusque de direction, elle s'obligea à rapidement entrainer Drago à ses côtés pour ne pas qu'il continue sa course tout droit, car déjà, des professeurs avaient fait irruption dans le corridor.
- Là! Je les ai vus! s'écria énergiquement le professeur McGonagall, tout à l'autre bout. Ils sont deux! Oh, les petits morveux!
Ayant tiré vers elle le bras du Serpentard afin qu'il s'y cache le plus rapidement possible, elle s'empourpra violemment lorsqu'elle sentit son corps entier se presser contre le sien, ayant employé beaucoup de trop vivacité dans son mouvement. Drago, lui, ne parut pas aussi choqué par cette situation car il restait là, haletant, complètement paniqué.
- Quand ils vont passer par là, ils vont nous voir, Granger! Ta planque est nulle, et on ne joue pas à cache-cache, en ce moment!
Hermione s'empressa de déplier la cape d'invisibilité qu'elle avait rapidement amassé dans un petit tas sous son bras pour courir, ignorant ses protestations, puis se mit à se couvrir en tentant d'en faire de même avec Drago, qui la regardait comme si elle était attardée, sans vouloir coopérer.
- Bien sûr! s'élança Drago avec un trop-plein d'ironie méchante. Avec une doudou sur la tête, on risque moins de se faire voir!
Devenant rapidement agressif en voyant la stupide détermination qu'avait la Gryffondor pour qu'ils se cachent sous une « simple couverture », il agita brutalement les bras de tout bord, tout côté pour la leur retirer de sur la tête, arrachant par la même occasion une exclamation d'indignation de la jeune fille.
- Mais t'es sotte ou quoi? C'est une satanée couverture, Granger!
- Idiot! s'exclama-t-elle en un murmure, reposant la cape au dessus de leur tête. Remets-la! Couvre-toi, par Merlin! Fais-moi confiance!
Non sans chigner, Drago l'aida à se couvrir en se sentant complètement ridicule et pathétique de se laisser embarquer dans son petit jeu qui semblait immature et vain. Il avait l'impression d'être avec un enfant, et il était certain qu'ils allaient tous les deux être découverts lorsque les professeurs s'approcheraient de la statue derrière laquelle ils étaient cachés. D'ailleurs, le bruit de leurs pas s'intensifiait, les devinant qu'à quelques mètres de là.
Sentant un léger courant d'air sur ses chevilles, Hermione baissa les yeux et vit rapidement que leurs pieds n'étaient pas couverts par la cape. Aussitôt, elle posa ses deux mains sur les épaules du garçon en y appliquant pression afin qu'il se baisse en même temps qu'elle.
- Baisse-toi, ordonna-t-elle de manière quasi inaudible.
Drago s'exécuta, ne sachant aucunement pas pourquoi il devait en faire autant. Il s'accroupit alors tandis qu'Hermione s'agenouilla, gardant son oreille attentive à tout ce qu'elle pouvait entendre.
- Maintenant, tu ne bouges pas.
La préfète avait été catégorique, donc le blondinet se jura de ne faire aucun mouvement même s'il sentait que sa proximité avec elle sous cette couverture devenait plutôt gênante. Lentement et sous le regard réprimandant de la Griffon qu'il ignora, il tourna sur lui-même afin de faire face au corridor, donc de dos à elle. Tous deux entendirent alors les professeurs discuter entre eux et apparaître droit devant la statue, donc par le fait même, en plein dans leur champ de vision. Drago, n'ayant toujours pas compris sous quoi ils étaient cachés, paniqua, prêt à pousser un juron vaincu, mais la main d'Hermione fit le tour de sa tête blonde pour finalement aller se plaquer contre sa bouche entrouverte. Par la pression involontaire qu'elle y appliqua, elle fit basculer son ami vers elle et son dos alla s'effondrer contre son buste. Ils ne pouvaient se voir à cause de leur position et de l'obscurité, mais tous les deux étaient devenus complètement écarlates.
- Ils ne nous voient pas, chuchota à peine Hermione dans son oreille malgré sa soudaine gêne face à leur position.
Doucement, sans faire de gestes brusques, Drago retira la main de la Gryffondor de sur sa bouche, mais n'osa pas se redresser, de peur que les professeurs qui se trouvaient devant eux ne les découvre.
- Ils ont tourné là, j'en suis pourtant persuadé, fit McGonagall, déconcertée.
Tout ça était complètement dingue aux yeux de Drago. Le professeur était droit devant eux, qu'à deux mètres, et les regardaient avec insistance sans aucunement les voir.
- Tu as dû te tromper, Minerva, plaça le professeur Chourave. Il n'y a visiblement personne ici.
Drago ne put retenir un petit rictus complètement épaté. Amusée par sa réaction, Hermione sourit en posant un regard tendre sur la tête du Serpentard qui ne reposait qu'à à peine deux pouces de son visage. Inconsciemment, elle avait posé ses mains sur ses épaules, ses doigts s'étendant sur sa poitrine afin de le « retenir ». Même lorsque les professeurs s'éloignèrent un peu en continuant de discuter, ils ne bougèrent pas. Peeves les avait rejoint et le professeur Flitwick et Bibine ne tarderaient pas à fermer le petit groupe.
- C'est complètement dingue, ce truc, marmonna Drago d'une voix très basse.
- Je sais, rigola Hermione, tout aussi bas.
Les professeurs se mirent alors à sermonner l'esprit frappeur.
- Wow, autant de professeurs pour uniquement deux élèves qui pourraient n'être qu'en train de faire une ballade nocturne dans l'école, fit Hermione d'une voix un peu plus forte puisqu'elle était enterrée par la dispute causée par leurs supérieurs.
- J'espère qu'il n'y en a pas d'autres qui vont s'ajouter, sinon on risque bien d'y rester pour toute la nuit.
- Attends, je vais vérifier.
D'une main, elle alla chercher, au fond de sa poche, la carte du Maraudeur. La tête de Drago empêchait une facile accessibilité, donc elle dût précautionneusement déplier la carte devant les yeux du jeune homme, tenant alors son corps captif dans un cercle fermé que formaient maintenant ses bras. Hermione le fit avec fierté, contente d'avoir une autre raison d'impressionner le Serpentard car il était clair qu'il ne connaissait pas l'existence de cette carte. Elle sortit ensuite sa baguette puis remarqua que Drago suivait chacun de ses mouvements, la faisant sourire de nouveau.
- Lumos!
- Woah, qu'est-ce qui te prends?! précipita-t-il en baissant brusquement la baguette d'Hermione. Ils vont nous voir avec la lumière que tu diffuses!
La jeune femme soupira.
- Drago, tout ce qui se trouve sous cette cape est complètement et absolument invisible aux yeux des autres, expliqua-t-elle. Tu n'as aucun souci à te faire.
Elle leva sa baguette à la hauteur de la carte puis la consulta, ignorant le regard que lui lançait Drago du coin de l'œil, impressionné. Devenant alors curieux au sujet de cette carte, il baissa les yeux puis la regarda de haut en bas et de gauche à droite. Pour une nouvelle raison, il se retrouvait encore plus impressionné.
- Et ça, c'est…?
Il ne termina pas sa phrase, n'étant pas certain de la théorie qu'il avancerait. Hermione la termina pour lui :
- C'est une carte de l'école Poudlard. Elle comporte toutes les pièces de tous les étages, ainsi que toutes les portes et les passages secrets – y compris ceux qui mène hors du château, et même ceux qui mène directement à Pré-Au-Lard. Et comme tu peux le constater (elle pointa les deux petits points qui les représentaient), cette carte nous montre également chacun des occupants du collège ainsi que leur déplacement.
Totalement bouche bée, Drago ne savait pas où regarder, ni quoi penser. L'apparition soudaine d'Hermione, la cape qui les rendait invisible, cette carte qui montrait l'essentiel de ce qu'un fautif à besoin de savoir… De plus, elle venait de le sauver d'une expulsion assurée.
- Non, fit Hermione en étudiant la carte avec minutie, il n'y a pas d'autres professeurs dans les environs.
Le Serpentard ne l'écoutait pas. Il était maintenant sur une autre planète, dans un autre monde, perdu dans ses pensées. Il se sentait bien, il se sentait maintenant confiant et en sécurité. Surtout, il sentait que son bien-être était placé entre de bonnes mains : celles d'Hermione. Il n'arrivait pas à croire à son intervention dans sa panique, sortie de nulle part, son visage apparaissant dans l'obscurité du corridor tel un phare dans la nuit. Elle avait été comme un ange qui descendait du ciel pour lui venir en aide.
Oh, oui, il l'appréciait. À un point fou.
- Hey, ho, Drago? balança Hermione en le secouant légèrement. Tu dors?
- Huh? fit-il en sortant de ses pensées.
- T'as écouté ce que je viens de te dire?
- Non.
Hermione grimaça, passive.
- Les professeurs sont partis, comme tu peux voir. On peut se lever, maintenant. Il n'y a plus personne dans les parages, alors on se risque plus rien.
Lorsqu'il leva les yeux, il remarqua qu'effectivement, le couloir était maintenant vacant. Il ignorait combien de temps il venait de passer à errer dans sa propre tête, mais se devait être durant un assez long moment pour que les professeurs aient eu le temps de tourner le coin tout à l'autre bout de l'allée. En se donnant donc un coup de pied au derrière, il se retira de sur la jeune femme tandis qu'elle ôtait la cape de sur eux. La chaleur réconfortante qu'abritait la couverture s'évapora soudainement afin de laisser place à un froid crispant et décourageant. Rapidement, les deux amis se remirent sur leurs deux pieds puis se firent face. Tous deux ne furent pas surpris de sentir un léger malaise naître dû à la manière dont leur dernière conversation avait aboutie dans la salle commune des Gryffondor. Hermione, honteuse d'avoir, un peu plus tôt, refuser de l'accompagner après s'être laissée emporter par sa peur, se mit à amasser dans un petit tas la cape d'invisibilité afin de pouvoir fuir le regard perçant d'acier qui l'importunait.
- D'où tu sors tout ça, Granger? demanda Drago, ayant attiré son regard.
Hermione ricana, mal à l'aise.
- Rien de ça ne m'appartient. C'est à Harry.
- Et qu'est-ce que Potter fait avec ce genre d'item?
- Eh bien… hésita-t-elle. Ce sont des cadeaux qu'il a reçus dans les années antérieures. Cette cape lui a été offerte anonymement en première année. La carte, elle, c'est Fred et Georges Weasley qui leur a donnée. Ils l'avaient piquée dans le bureau de Rusard.
Drago hocha lentement la tête en esquissant une moue interloquée.
- Et bien sûr, il t'a donné la permission de les lui emprunter afin que tu m'aides à sortir du château pour que j'aille librement acquérir la marque des Ténèbres?
Petit froid. Ce genre de sarcasme était-il permis dans de telles circonstances?
- Non, heu… J'étais déjà en possession de la carte depuis un certain temps et… la cape, je… je viens tout juste d'aller la chercher.
- Où?
- Dans sa valise. Là où il l'a cache habituellement.
Le Serpentard fut positivement outré par le culot de son amie. Tandis que ses sourcils rejoignaient son front, un petit rictus s'éprit de lui.
- T'as profité de sa confiance qu'il a en toi pour aller la lui piquer à son insu pendant qu'en plus, il dormait juste à côté?
- Oh, s'il te plait, Drago, le supplia-t-elle en grimaçant, n'en ajoute pas pour que je me sente encore plus mal que ce n'est déjà le cas!
Par automatisme, Hermione jeta un coup d'œil à la carte afin de vérifier que les couloirs environnants étaient encore tous vides. Lorsqu'elle fut rassurée, elle reporta son attention sur Drago, qui lui arborait maintenant un petit sourire plein de reconnaissance. Elle rougit alors tellement intensément qu'elle était certaine que même l'obscurité n'était pas assez forte pour que ça passe inaperçu. Baissant les yeux, elle profita de ce moment pour éteindre la lumière que diffusait l'extrémité de sa baguette.
- Pourquoi?
- Pourquoi quoi?
- Pourquoi est-ce que tu es finalement venue?
S'il y avait bien une question à laquelle l'envie de répondre n'était pas dans le programme, c'était celle-ci. Hermione avait des raisons bien précises qui l'avaient poussé à le retrouver, et les lui dire remettrait sûrement Drago en confiance, seulement elle n'avait pas encore l'audace de lui déclarer de telles choses à son égard. Il était d'abord et avant tout quelqu'un d'extrêmement différent et opposé dans leurs principes et ça, même le blondinet le savait, et elle ne voulait pas qu'il en vienne à savoir qu'elle avait mis les siens de côté afin de lui venir en aide et ce, de son plein gré. Cependant, si elle aurait la chance, une fois de plus, d'être d'un niveau encore plus élevé dans son estime, elle n'y manquerait pas…
- J'imagine que… commença-t-elle, bégayant comme un enfant, j'ai dû réaliser que… tout ça, c'était bien dangereux… et, heu… disons que… j'avais un peu peur… un peu peur qu'il t'arrive quelque chose…
Drago leva un sourcil.
- Mais, mais, mais c'est d'abord et avant tout, parce que j'avais presque fait une promesse! précipita-t-elle, alarmée par sa réaction peu rassurante.
Peut-être aurait-elle dû garder sa vérité pour soi.
- Tu ne m'as jamais fait aucune promesse, déclara Drago calmement.
Hermione ouvrit la bouche afin de répliquer, mais aucun son n'en sortait. Sa gêne était maintenant si vive qu'elle était même en train d'effectuer quelques mimiques afin de tenter de retrouver l'usage de la parole, consciente qu'elle était parfaitement ridicule. Calmant alors aussitôt son angoisse, Drago sourit.
- Ne mens pas. Tu te faisais du tracas pour ma sécurité?
La lionne crispa les lèvres. La réponse était oui, mais allait-elle s'enfoncer dans un gouffre de nouveau à cause de sa trop grande franchise? N'avait-il pas de juste milieu, comme réponse possible?
- Un peu…
Drago se mit à rire.
- Elle est bien bonne!
Voilà que le sale serpent se moquait d'elle! Piquée, elle se renfrogna et serra les poings, espérant se donner assez de courage pour le faire taire. Ce qu'il avait le don de rire dans les mauvais moment, lui!
- Tu sais que je pourrais prendre la cape et la carte, et repartir me coucher à cet instant même en te laissant te débrouiller seul?
Le Serpentard se tut.
- J'ai dit quelque chose de mal?
- Tu te moques de moi!
- Quoi? s'indigna-t-il. Moi? Je me moque de toi? Ne sois pas ridi…
Hermione plaqua violemment sa main contre sa bouche. Surpris par ce geste un peu excessif de sa part, il grimaça en lui agrippant sèchement le poignet afin de libérer sa bouche.
- Tu pouvais simplement me dire de me taire, ça aurait produit le même effet.
- Shhhttt…
Tous deux tendirent l'oreille. Des bruits de pas. En même temps, une expression de panique se dessina sur leur visage. Hermione ramena alors vivement la carte du Maraudeur devant ses yeux, puis remarqua que les professeurs qui étaient présents quelques minutes plus tôt revenaient sur leurs pas, tournant même presque le coin. Ils n'avaient que cinq petites secondes pour se cacher, sinon ils seraient cuits.
- Vite, vite, la cape! lança Drago en chuchotant.
Dans de grands gestes grossiers, la jeune fille tenta de la déplier, mais elle était si grande et lourde qu'elle n'y arrivait pas. Drago était presque en train de danser à côté d'elle, la suppliant par ses gestes d'accélérer sa manœuvre, mais ça ne fit que stresser encore plus la pauvre Gryffondor qui se mit à jurer. Il regarda alors par dessus son épaule afin de constater avec horreur que les professeurs avaient tourné le coin. Sentant son corps en entier se vider de son sang, il profita de leur attention détournée entre eux pour brusquement entourer la taille de la jeune fille de ses deux bras, la ramener complètement sur lui, puis se lancer dans le même creux du mur dans lequel ils s'étaient caché un peu plus tôt. Le visage d'Hermione était maintenant installé dans le creux du cou du Serpentard, et elle devint alors complètement immobile, pétrifiée par sa posture très gênante.
- Mais qu'est-ce que tu fais? s'empressa de dire le jeune homme en constatant son immobilité. Déplie la cape! Vite, ils arrivent!
Hermione sortit de sa paralysie puis arriva finalement à trouver la pleine capacité de refuge qu'offrait la cape d'invisibilité. Rapidement et aidé par Drago, elle se couvrit, elle et lui, puis aussitôt, le jeune homme resserra son étreinte autour d'elle afin qu'ils se baissent pour que leur cheville ne dépassent pas. Sa tête reposait maintenant sur sa poitrine, et elle était certaine que son cœur battait encore plus vite que le sien, qui était presque en train de marteler son oreille. Elle était certaine que cette nuit là sera et restera la plus éprouvante qu'elle aurait vécue de toute sa vie en matière de diversité d'émotions. Si elle aurait un jour su qu'elle se retrouverait dans les bras de Drago Malefoy…
Les secondes s'écroulèrent, puis les professeurs passèrent devant eux sans même jeter un regard au creux du mur dans lequel ils étaient cachés. Aussitôt, Drago soupira de soulagement.
- On l'a échappé bel, souffla Drago en retirant la cape d'au dessus de leur tête.
Hermione se releva en replaçant négligemment ses cheveux en broussaille tandis que Drago se mit à plier la cape de sorte à ce que si une urgence se présente de nouveau, ils puissent arriver à s'en servir sans grande cérémonie. Il se releva alors à son tour puis il s'éclaircit la gorge, signe qu'il fallait maintenant prendre ce temps précieux bien au sérieux. Suite à ça, il se rapprocha de la jeune fille afin de relever ses mains pour qu'il puisse consulter la carte en même temps qu'elle. Il fallait maintenant qu'ils se prennent en main et qu'ils arrêtent de perdre leur temps avec de futiles simagrées.
- Bon, heu… fit Drago. Toi qui connais mieux cette carte que moi, est-ce que tu connais un quelconque passage qui nous permettrait de sortir du château?
Hochant frénétiquement la tête, Hermione plissa les yeux puis se mit à chercher du regard le passage secret qu'elle avait repéré un peu plus tôt. Le jeune homme alla alors se placer derrière elle, la tête par dessus son épaule, afin de mieux voir la grande surface du parchemin. Troublée par le fait de sentir son souffle effleurer la peau de la naissance de son épaule, elle dût se déplacer légèrement sur le côté pour pouvoir retrouver usage des mots.
- Ici, déclara-t-elle en pointant un passage sous un escalier. Si on prend cette sortie, on arrive dehors, juste là (elle pointa une certaine trappe bien cachée tout près de la forêt interdite). Ensuite, nous n'aurions qu'à nous rendre jusqu'au Saule Cogneur (elle traça une ligne droite vers l'arbre, puis piqueta l'énorme végétal du bout de son index), et nous pourrons prendre le passage qu'il garde en dessous de ses racines. Là, il y a une allée très sinistre qui va nous mener directement dans la Cabane Hurlante. Voilà, heu… on y sera.
C'est tout? Drago, épaté, haussa les sourcils.
- Aussi simple que ça?
- Aussi simple que ça.
- Traverser l'allée sous le Saule, c'est environ combien de temps?
- Peut-être quinze minutes. Vingt, tout au plus.
- Une plus grande marche n'aurait pas été de refus pour moi…
C'était comme si Drago venait tout juste de réaliser le pourquoi ils étaient en train d'errer dans les corridors de l'école en pleine nuit. Hermione, comprenant l'angoisse du Serpentard, se rappela aussitôt qu'il y avait un autre passage qui menait à Pré-Au-Lard et qui nécessitait une plus longue randonnée. Harry l'avait déjà emprunté.
- Dans ce cas, nous pouvons passer par là, ajouta-t-elle en pointant une autre trappe secrète. Ce passage nous mène…
- Non, ce n'est pas la peine, coupa Drago. Celui-là sera parfait. Il ne faut pas m'encourager à jouer avec le feu.
Hermione acquiesça donc aussitôt, fière de la sagesse dont il faisait preuve.
- Alors on y va? soupira-t-il.
- Oui, allons-y.
Les deux adolescents se remirent donc en marche, se dirigeant vers le passage secret qui allait les permettre de sortir du château. Armés de la carte du Maraudeur, de la cape d'invisibilité, de leur baguette ainsi que de leur courage, ils marchaient avec un mince sourire d'accroché à leurs lèvres, sachant qu'ils étaient, tous deux, entre de bonnes mains.
