Lecteurs et lectrices assidus, merci de votre patience!
Je tenais à vous dire que dorénavant, il se pouvait fort bien que les publications de mes chapitres soient plus espacées puisque ma session au collège a débutée de nouveau lundi dernier. Je n'abandonne cependant pas, ça, c'est clair, parce que ma fiction est rendue à un point vraiment excitant à écrire - et à lire aussi, je l'espère! Donc je vais dire ce que je dis toujours : n'hésitez surtout pas à m'encourager avec vos reviews, c'est toujours très plaisant à lire et à savoir que les gens apprécient ou non!
J'espère que vous allez apprécier ce chapitre, car il introduit quelque chose d'assez inattendu à la toute fin...
Chapitre 15 – Le grand saut
Bras dessus, bras dessous, avec la cape d'invisibilité d'Harry sur leur tête, Drago et Hermione traversait l'immense cour avoisinant Poudlard en se dirigeant vers le Saule Cogneur. Ils marchaient très étroitement, se tenant tous deux fermement par la taille afin que ni l'un, ni l'autre ne fasse de faux pas et se retrouve hors du champ limité que la cape avait la possibilité de cacher. Bien que la nuit était très avancée et que tout le monde dormait, ils ne voulaient absolument pas risquer de se faire voir, ni même seulement de faire voir leurs chevilles. De leur sortie du château jusqu'à leur position actuelle, le silence était resté roi et ni Drago, ni Hermione ne s'étaient laissé gêner ou même distraire par l'inhabituelle posture dans laquelle ils s'étaient placé. Ça, c'était juste avant que la Gryffondor s'enfarge dans ses propres pieds puis manque de très peu de trébucher. Pour la retenir, Drago avait, par réflexe et sans réfléchir, relevé sa main afin de la retenir par l'aisselle, ses doigts rencontrant subtilement mais prestement sa poitrine.
- Aïe! fit Hermione en grimaçant de douleur.
Ils s'arrêtèrent, permettant à Hermione de réaliser l'emplacement gênant de la main du Serpentard. Quant à lui, il ne s'en soucia guère, portant plutôt attention à la blessure qu'elle venait de s'infliger.
- Ça va? s'empressa-t-il de dire. C'est ta cheville?
- Oui, répondit-elle gauchement. Je faisais tellement de petits pas que mon pied s'est emboîté dans l'autre… Aïïïïe…
Elle se mit à palper massivement sa cheville d'une main, utilisant celle qui tenait la taille de Drago comme support pour ne pas perdre équilibre et ainsi passer tout près de trébucher pour une deuxième fois.
- Tu crois que ça va aller? Tu peux encore marcher, j'espère?
- Pas de problème. Je crois que c'est uniquement une mince entorse.
Lentement, elle reposa son pied contre le sol, y appliquant une légère pression afin de voir s'il était encore capable de supporter son poids, puis hocha frénétiquement la tête en constatant que cette douleur lui serait facilement supportable. Soulagé, Drago replaça alors sa main de sorte à ce qu'elle la soutienne avec encore plus de rigidité, et ils se remirent à marcher. Le Saule Cogneur n'était plus qu'à une trentaine de mètres d'eux, mais ils ne pouvaient que voir une énorme masse noire fondue dans le ciel.
- Je suis désolée, déclara Hermione en ricanant, mal à l'aise. J'ai mal choisi mon moment pour me blesser.
Le jeune homme l'imita, puis secoua légèrement la tête de gauche à droite.
- Ne t'excuse pas. Ç'aurait pu être pire. De toute façon, c'est un grand service que tu me rends là.
- Mais quand même, Drago. Tu as déjà ce fardeau moral sur les épaules, et là, il y a moi, qui décide de te compliquer un peu plus la tâche…
- Arrête, Granger. Tu ne me compliques aucunement la tâche. Au contraire, tu me la rends encore plus facile. Maintenant, tais-toi, et regarde où tu mets les pieds.
Ils franchirent les quelques mètres qui les séparaient de l'arbre géant, y faisant par la suite un tour complet afin de trouver l'entrée du passage qui les mènerait directement à la Cabane Hurlante. Cependant, les ténèbres de la nuit étaient si épaisses qu'ils ne pouvaient qu'à peine voir devant eux, c'en était presque aussi pire que l'obscurité qui régnait dans les corridors du collège. La lune étant presque entièrement cachée par d'épais nuages, seules les minuscules étoiles du ciel envoyaient une faible lumière. Il était donc inévitable qu'ils se rapprochent, devant obligatoirement combattre leur peur que l'arbre arrive, par un moyen inconnu, à visuellement détecter leur présence.
La neige émettait un grésillement sous leurs pieds, affluant le sentiment d'insécurité qu'ils ressentaient à l'idée de se faire repérer. En effet, l'arbre ne pouvait peut-être pas les voir, mais il pouvait clairement les entendre, comme toute autre personne... Soudainement, le pied meurtri d'Hermione rencontra une faiblesse, se posa accidentellement sur un pan de la cape qui traînait sur la neige tandis que Drago continua d'avancer. Rapidement, il se retrouva complètement découvert. Jamais il ne s'en serait rendu compte s'il n'avait pas senti la soudaine froideur de l'air contre sa peau. Naturellement, aussitôt qu'il entra en contact avec le vent gelé, il s'arrêta nettement puis s'horrifia à découvrir que ses mains étaient parfaitement visibles, tout comme le reste de son corps. Il se retourna alors en un mouvement sec, cherchant Hermione du regard, mais elle, elle était encore invisible.
- Granger! s'écria-t-il, paniqué.
L'immense être brunâtre qui n'était qu'à un mètre de lui émit alors un grondement sourd, digne de ce que l'on entendait habituellement de la part d'une personne se faisant réveiller, mais seulement, celui-ci était quinze fois plus menaçant. Paralysé par ce bruit, Drago se retourna doucement dans sa direction et le vit alors se mettre à bouger. Le tronc lui-même et ses nombreuses branches se mirent à gigoter dans tous les sens, puis le tout se secoua brusquement en faisant tomber de la neige sur sa tête et dans son cou. Le Serpentard couina, grimaça d'effroi puis se plaqua d'une lenteur exaspérante sur le saule, espérant qu'Hermione apparaisse d'un moment à l'autre sans qu'entre-temps, l'arbre ne le voit et décide de se mettre à arracher chacun de ses membres un par un en les jetant un peu partout sur le vaste terrain.
Heureusement, il vit dans la neige des pas qui s'enfonçaient et qui s'approchaient de lui. À la seconde même où ils furent rendus tout près, Drago plongea ses mains dans l'air, cherchant du bout des doigts la cape sous laquelle il irait aussitôt se cacher. Le visage d'Hermione apparut alors de nulle part pour le guider, puis il se précipita subitement sur elle juste avant qu'elle ne relâche la grande couverture sur leur corps, se retrouvant de nouveau en sécurité. Ce n'est qu'après avoir calmer son cœur en crise qu'il réalisa qu'il s'était totalement jeté sur elle, l'étreignant de toute force. Comme s'il venait de se faire pincer, il recula, restant tout de même très près sous la cape pour ne pas faire l'erreur de se rendre visible aux « yeux » de l'arbre. Enchaînant à la seconde suivante, Hermione agrippa les épaules du Serpentard puis tous deux se dirigèrent vers le passage qu'elle venait tout juste de trouver sous une gigantesque racine, et qui formait une arche. Finalement, dès leur entrée, ils perdirent pieds en même temps et se retrouvèrent étendus sur tout leur long, le corps de Drago recouvrant à moitié celui de la jeune femme.
Reprenant souffle, il roula sur lui-même afin de permettre à Hermione de respirer sans avoir le poids de tout son corps sur elle. De toute façon, même s'il aurait souhaité l'étouffer, il se serait vite résigner en constatant la façon oppressante avec laquelle leur corps était pressé l'un contre l'autre.
- J'ai eu la peur de ma vie! fit Drago, haletant, fixant l'obscur vide qui s'étendait devant ses yeux.
- Je suis tellement désolée! Mon satané pied a marché sur un pan de la cape…
- Ce n'est pas grave, marmonna-t-il en s'adossant contre la paroi de l'étroit passage. Je suis encore vivant et je n'ai perdu aucun membre… Encore une fois, ç'aurait pu être pire.
Lors de leur chute, la cape avait glissée sur le côté, les laissant presque entièrement à découvert. Hermione prit appui sur ses bras pour imiter Drago, ramassa la grosse couverture qui s'étendait contre le sol rocailleux puis la déposa sur ses genoux. Ils gardèrent le silence pendant quelques instants, se permettant de retrouver le souffle qu'ils avaient perdu lors de leur moment de panique.
- On ne risque plus rien, maintenant?
D'un coup de tête, le garçon désigna la cape d'invisibilité. L'idée de ne pas se trouver sous elle à l'instant même le stressait légèrement, surtout en pensant à tous les problèmes dont elle les avait épargnés dans les dernières minutes.
- Oh, non. À part un loup-garou qui a déjà rôdé dans les alentours, un prisonnier d'Azkaban confondu avec un Sinistros qui a déjà pénétré la Cabane Hurlante par cette entrée-ci ainsi qu'un Mangemort camouflé par l'apparence d'un rat inoffensif pendant plus d'une décennie, je n'ai jamais rien vu d'anormal ou d'inquiétant dans ce passage. Non, on ne risque rien.
Drago ne chercha même pas à comprendre. Aussitôt qu'elle finit son monologue, il se mit à rire, convaincu qu'elle tentait de faire de l'humour. Hermione se mit à rire également en le voyant réagir ainsi, même si elle était parfaitement consciente que sa petite histoire était véridique, puis jugea qu'il serait peut-être préférable de ne pas lui révéler que tout ce dont elle avait mentionné s'était effectivement déjà produit. Davantage de stress n'aurait que le pouvoir de le rendre complètement maladif.
Ils se remirent en chemin quelques minutes plus tard, prenant volontairement un temps considérablement long pour parcourir toute la distance qu'ils se devaient de franchir afin d'arriver à la Cabane Hurlante. La Gryffondor savait très bien que le temps où elle devrait se séparer de Drago approchait rapidement, et elle tenait à profiter au maximum des dernières minutes qu'il lui restait avant de le perdre pendant un temps indéfini… et vice versa. Pourtant, malgré tous ses espoirs que le passage aboutissant à leur destination soit encore plus loin, elle fut atrocement attristée de voir que de minces filets de lumières naissaient tranquillement, devinant par la suite que la trappe devait se positionner tout au bout.
Déjà, ils étaient rendus.
Alors qu'il ne restait plus que deux mètres entre eux et la vieille porte rectangulaire qui les séparait du danger, ils adoptèrent des pas de souris. Drago s'obligea à barrer le passage d'Hermione en tendant fermement un bras du côté où elle se trouvait, à sa grande interrogation. Fronçant les sourcils, elle s'arrêta, suivant ensuite le regard que le jeune homme avait posé à leurs pieds : une mince couche de glace tapissait le sol irrégulier sous eux. Sachant qu'elle devrait prendre appui sur une surface quelconque pour traverser cette courte distance instable, elle posa une main sur la paroi juste à côté d'elle mais la retira aussitôt, constatant qu'elle également était couverte de glace. Drago tourna la tête vers elle puis mima des lèvres l'effrayant mot « Détraqueur », qu'Hermione acquiesça aussitôt en sachant très bien qu'il ne pouvait s'agir de rien d'autre. Il reprit alors entièrement possession de son bras au moment où la jeune fille déplia la cape, prête à l'utiliser à tout moment au cas où la situation le nécessiterait.
En s'agenouillant pour ne pas risquer de tomber et ainsi causer un vacarme qui alerterait les immondes créatures de l'autre côté de la porte en ruine, il saisit automatiquement la main d'Hermione qui elle, en fit autant en se baissant. Ils s'entraidèrent, utilisant le support que leur bras offrait afin de se rendre qu'à quelques pouces du bois pourri de la porte. Drago approcha ensuite son œil d'une des minces fentes qu'avaient formé l'usure du temps entre les planches afin de s'informer de ce qui se trouvait dans la pièce adjacente, puis un frisson de dégoût parcourut son échine : de l'angle où il voyait la pièce, il pouvait y voir au moins trois Détraqueurs qui flottaient à quelques pouces du sol. En ayant assez vu, il ferma les yeux, recula sa tête puis posa ses fesses contre ses talons, à genoux. Quant à Hermione, elle, elle s'était déjà appuyée le dos contre le mur froid, ignorant l'engourdissement qu'elle se mettait graduellement à ressentir. L'expression sur son visage en disait long et Drago comprit que cette situation devait sûrement lui rappeler la journée où elle avait vécu cette effrayante expérience à Pré-Au-Lard. Là où tout avait débuté…
Longuement, ils s'échangèrent un regard sans savoir que dire.
- Nous y sommes, chuchota le condamné.
Pour toute réponse, Hermione fit une moue réprimée. Il ne voulait pas la retenir plus longtemps si son envie était de partir – ce qu'il croyait déceler dans son regard éteint.
- Tu peux partir, si tu le souhaites, ajouta-t-il à contrecœur. Tu m'as beaucoup aidé jusqu'ici, mais de l'autre côté de la porte, ton aide me sera complètement inutile.
Prestement, la jeune fille fronça les sourcils.
- Il n'est pas question que je parte, trancha-t-elle de son ton de préfète autoritaire.
- Je te répète tout de même que ton aide ne sera pas d'un grand secours…
- Je m'en moque. Je partirai quand tu auras déserté les lieux. Pas avant. Je ne veux plus en parler.
Il la dévisagea longuement, intérieurement soulagé qu'elle persiste à vouloir rester avec lui juste au bout. D'un coup sec, il hocha la tête, puis se plaqua de nouveau le visage contre la porte de bois. Hermione pouvait voir qu'il ne cessait de jouer avec ses propres mains, contractant et décontractant les poings, frottant ses doigts entre eux, et, avec l'aide d'une faible lueur de lumière qui provenait de la pièce voisine, elle put même remarquer qu'elles semblaient complètement moites.
- Bon, alors, le plan… Je vais sortir, et…
- Nous allons sortir, corrigea la Gryffondor.
- Non. Je vais sortir et m'occuper d'eux. Si jamais tu vois que je suis en misères, là, tu pourras intervenir.
- Es-tu complètement névrosé? Ils vont tous se ruer sur toi à la seconde même où tu mettras un pied dans la pièce!
- Tu as le choix, Granger : ou tu acceptes ma décision, ou bien tu fais demi-tour et tu repars. C'est moi qui décide.
Hermione se renfrogna, lui lançant un regard qui lançait des couteaux. Il était lui-même en train de se livrer à une folie assurée.
- Ne joue pas les héros, cracha-t-elle. Tu sais très bien que tu n'arriveras pas à tous les maîtriser. Ils vont te vider de ton âme un par un!
Drago ignora ses paroles et détourna son attention sur la porte, vexant au plus haut point la Gryffondor qui ne tentait que de le convaincre de ne pas risquer aussi ridiculement sa vie. En un coup de vent, il sortit sa baguette magique de sa poche puis se remit sur ses pieds tout en restant accroupi. Il pouvait sentir son sang chauffer ses veines tellement il circulait avec ardeur. Son cœur, lui, battait à tout rompre, ayant pour effet d'accélérer sa respiration. Puis, au moment où il allait pousser le pan de la porte pour brusquement faire irruption dans la pièce, Hermione fit rapidement évaporer sa poussée d'adrénaline en le retenant fermement par le bras. Enragé par son interruption qui lui avait coûté son courage du moment, il se retourna vers elle et fut surpris de voir qu'elle s'était redressée, se tenant qu'à deux pouces de son visage en arborant une expression de totale panique.
- Ne fais pas ça, par Merlin! s'emporta-t-elle. Laisse-moi venir!
Il prit une grande respiration afin de calmer le bouillonnement qu'il avait ressenti suite à son intervention frustrante.
- Tu… ne… bouges… pas.
Maintenant qu'à un seul pouce de son visage, il était certain qu'il s'était bien fait comprendre, car elle s'était rassise, résignée. Sa main était encore sur son bras, mais elle n'appliquait plus aucune pression, espérant qu'il prenne ça comme une tentative de lui faire comprendre qu'elle craignait ce qui allait se produire, mais il se dégagea brusquement.
Puis, d'un élan soudain, il enfonça la porte, s'ouvrant et se refermant aussitôt par le choc.
Hermione sursauta, ne s'attendant pas à ce qu'il s'exécute aussi vite. Aussitôt, elle étouffa une exclamation terrorisée et se rua également sur la porte en regardant dans l'entrebâillement qu'elle avait improvisé. Elle était inquiète à un point tel qu'elle combattait durement l'envie d'en sortir afin de l'aider à se débarrasser des Détraqueurs malgré la forte et ferme réticence du jeune homme. Seulement, lorsque son visage apparut dans l'espace libre, elle ne vit que Drago, seul. Il se tenait en plein milieu d'une pièce vide.
Plus rien. Aucun Détraqueur.
Le Serpentard se tenait encore en position d'attaque, regardant frénétiquement autour de lui en cherchant ces horribles bêtes des yeux, mais il fut bien obligé d'abandonner en constatant qu'il était seul au beau milieu de la place. Plusieurs secondes s'écroulèrent, et rien ne se produisit. Pas aucun son. Pas aucune apparition. Le calme total. C'était comme si jamais il n'y avait eu de Détraqueurs dans les alentours.
Jugeant qu'elle pouvait maintenant sortir de là sans risquer aucun danger ni aucune représailles de la part de Drago, Hermione rejoignit tranquillement le jeune homme, étant éprise de la même incompréhension que lui. Ses yeux balayaient chacun des recoins de la pièce, voyageant dans l'autre qui lui faisait face pour finalement finir sa trajectoire dans le long corridor qui s'assombrissait lorsqu'on étendait le regard plus loin. Mais la conclusion restait la même : il ne restait plus aucun Détraqueur dans cette maudite maison hantée. Pas une seule trace. Même la température s'était rapidement élevée, faisant apparaître des petites marres d'eau qui coulaient entre les planches usées du plancher, précédemment des petites plaques de glace.
- Qu'est-ce qui s'est passé? demanda Hermione, totalement incrédule.
Drago avait complètement l'air sonné. Les deux yeux grands ouverts, la bouche entrouverte ainsi que ses bras pendant de chaque côté de son corps, il tournait très lentement en rond, ne comprenant aucunement ce qui s'était produit.
- Je… je sais pas, marmonna-t-il, absent d'esprit. À la seconde où je suis entré… ils… ils se sont… juste évaporés, disparus… envolés…
Hermione ne put réprimer un rictus à la fois satisfait et étonné, visiblement fière d'avoir tout juste compris ce qui venait de se produire :
- Ils ont donc été placés ici simplement pour protéger le portoloin, expliqua-t-elle, en attendant seule et uniquement ta venue. Je suis prête à gager cinq gallions et mon titre de préfète-en-chef qu'ils auraient aussitôt attaqué si quelqu'un d'autre aurait fait irruption ici.
Fière de son avancement, elle continua de ricaner en posant ses mains sur ses hanches. Son regard se baladait encore dans la pièce, admirant naïvement l'air se déplacer en hochant bêtement la tête, ne remarquant pas que Drago lui lançait un regard perçant qui voulait précisément dire « c'est ce que je disais ». Cependant, lorqu'elle le regarda et le constata, son sourire fier s'évanouit, puis elle se renfrogna.
- Tu avais raison, avoua-t-elle en croisant les bras.
- Je sais, fit-il simplement. C'est rarement l'inverse, seulement, les gens ont du mal à me croire. C'est assez frustrant, si tu veux mon avis.
Elle haussa un sourcil, déstabilisée face à son manque apparent de modestie. Alors qu'il détourna son regard pour se mettre à errer un peu plus loin, elle esquissa un soupir pincé puis le suivit. Ce n'était pas le temps de plonger dans un froid avec lui, peu importe la raison. Ils y étaient, maintenant, à la place où il ne restait plus qu'un objet banal pour le séparer du lieu dans lequel il recevrait une marque des abysses, signe de soumission envers un puissant Seigneur Noir.
- Je ne sais pas quel objet sert de portoloin, annonça le jeune homme. Il va falloir essayer de trouver un item qui serait susceptible de l'être.
La Gryffondor hocha la tête.
- Je vais chercher de ce côté.
À son tour, le Serpentard l'imita et hocha également la tête. Hermione s'éloigna donc lentement, traînant les pieds sans vraiment avoir l'intention de chercher ce foutu objet qui enverrait son ami dans d'horribles circonstances. Elle sentait graduellement une peine l'envahir, se doutant même qu'elle pourrait éventuellement se mettre à pleurer si elle ne se ressaisissait pas sur le champ. Après tout, il n'allait pas se faire tuer ; il allait bel et bien revenir à Poudlard par la suite…
La poussière qui décorait tristement les meubles et les ornements de toutes sortes s'étaient mêlée à la glace fondue et maintenant, une épaisse boue recouvrait plusieurs surfaces par endroit. La jeune fille passa devant un miroir rompu en de dizaines d'armes tranchantes, un fauteuil qui avait connu une triste fin dont la mousse qui l'avait autrefois rembourrée ressortait de tous les côtés, une armoire qui aurait pu être très jolie et imposante si elle avait encore gardée ses portes battantes qui gisaient contre le sol… Rien pour l'aider à garder un moral fort pour le départ de Drago, bref.
Elle aboutit finalement dans une vaste salle qui semblait être un salon. Droit devant elle, bien centré avec l'arche qu'elle venait de franchir, il y avait un grand foyer, sûrement construit de marbre, mais qui avait l'allure d'être sculpté dans un vieux bois mou et moisi. C'était l'unique mobilier qui occupait la pièce. L'objet qu'elle vit ensuite en plein milieu des quatre murs lui arracha un soupir complètement abattu et peiné, ainsi qu'un battement de cœur. Quittée par toute trace d'enthousiasme, elle venait manifestement de trouver le portoloin. Ça, il n'y avait aucun doute.
- Drago, l'appela-t-elle d'une voix coupée de toute émotion. Ici, j'ai trouvé.
Il vint la rejoindre quelques secondes plus tard, et son regard se posa automatiquement sur l'objet argent posé par terre qu'il sembla reconnaître aussitôt. En effet, il se rappelait posséder le même dans son salon, reposant paisiblement au dessus de son foyer. Les doutes d'Hermione furent confirmés lorsqu'elle l'entendit gémir à côté de lui.
- Original, ironisa-t-elle. Une tête de mort en argent apparemment massif, étranglée par un serpent de jade ou d'émeraude… Pas vraiment besoin de chercher plus loin, je crois qu'on a trouvé.
Drago marcha vers le chandelier – car oui, c'était un chandelier – puis l'observa avec crainte, comme s'il s'attendait à ce que des Détraqueurs en ressortent. Sentant son cœur se tordre, Hermione restait debout en dessous de l'arche, puis l'observait avec la peur qu'il déciderait soudainement de s'y ruer et qu'il disparaisse aussitôt sans lui adresser le moindre au revoir. Mais il n'était pas fou, elle le savait. Il était clair qu'il resterait ainsi à dévisager le chandelier en tentant de filtrer ses pensées pendant un temps indéterminé, et elle s'engageait à rester avec lui jusqu'à ce qu'il trouve le courage nécessaire pour y poser le petit doigt.
Il s'était maintenant assit contre le sol, capturant son visage entre ses deux mains. Cette triste scène l'invita alors à aller le rejoindre, s'asseyant en face de lui, de l'autre côté du portoloin. Elle croisa les jambes en les repliant sur sa poitrine puis les entoura de ses bras, la cape d'invisibilité d'Harry reposait à ses côtés. Vingt minutes passèrent sans que parole ne rompe le calme. Drago semblait presque s'être endormi, mais Hermione ne voulait pas risquer de le sortir de sa torpeur, voulant plutôt le laisser méditer à ses propres pensées. Cependant, lorsqu'il poussa un soupir en relevant la tête, elle se mit à prier de tout cœur qu'il se remette à son activité, voulant repousser le plus loin possible le moment où il devrait faire le grand saut. Lentement, il s'agenouilla, se rapprochant dudit portoloin en se traînant. Ses deux mains étaient grandes ouvertes sur ses cuisses, et il semblait sur le point de faire un énorme sacrifice. C'était d'ailleurs parfaitement le cas.
- Je m'y lance, souffla-t-il en posant les yeux sur Hermione.
La jeune fille ne réagit pas, continuant de longuement le regarder avec appréhension. Sachant très bien que rien de ce qu'elle dirait pourrait l'empêcher d'y aller, elle jeta l'éponge puis hocha la tête en lui offrant un mince sourire d'encouragement qui ne parut même pas la convaincre elle-même. Au moins une autre minute passa sans que mouvement ne se fasse.
- J'y vais… reprit-il dit dans un murmure, s'approchant de quelques centimètres encore en faisant ramper ses genoux vers le portoloin.
Il tendit la main devant lui, la faisant lentement se rapprocher de l'objet. On aurait dit que tout était au ralenti, car même la Gryffondor sentait son cœur faiblir la cadence de ses battements, réalisant que quelques secondes d'ici là, Drago serait parti à plusieurs dizaines de kilomètres, sinon une bonne centaine de kilomètres d'où elle était. Lorsqu'elle ne fut plus qu'à un pouce de l'item argenté, il lui adressa un regard quelconque, comme s'il voulait lui dire quelque chose avant de finalement toucher à son futur, mais qu'il ne trouvait pas les mots pour le lui exprimer.
- Bonne chance, fit la jeune Griffon afin de le pousser à lui dire quelque chose. Fais attention à toi…
La chance avait-elle un rôle à jouer dans tout ça? Elle ne croyait pas, mais elle se devait absolument de dire quelque chose, à défaut de se jeter littéralement sur lui pour l'étreindre et lui prier de ne pas faire une telle chose. Cette envie la terrassait… D'ailleurs, ces mots d'aspect ironique eurent pour effet de faire sourire, malgré tout, le blondinet.
- Merci Hermione.
Elle eut tout juste le temps de voir un sourire se dessiner sur ses lèvres qu'il disparut dans un nuage soudain de poussière une fraction de seconde plus tard. Le portoloin vacilla dans tous les sens et chuta sur son long en produisant un tintement aigue, mais elle, elle ne l'entendit point. Son regard fixait la place qu'avait précédemment occupé Drago tandis que son cœur s'était tout bonnement arrêté durant l'espace de quelques secondes – du moins, durant le temps qu'il lui fallut pour comprendre ce qu'il venait de se produire. Il était parti? Déjà? Ce devait forcément être le cas, puisque la minute suivant celle qui s'était tout juste écoulée en un claquement de doigt, la place devant elle restait encore vacante. Ses oreilles cillaient à la rendre folle, mais ce détail ne lui importait guère puisque presque tous les organes de son corps refusaient d'agir selon leurs fonctions habituelles. Elle se sentait mal, maintenant, et visiblement, le départ de Drago en était la cause. Sans savoir pourquoi, elle se doutait que tout redeviendrait comme avant lorsqu'il reviendrait entre les murs de Poudlard.
Elle n'avait plus rien à faire ici. Drago venait de partir, et elle, de son côté, avait terminé sa mission. Elle avait complété son mandat, répondu aux attentes que le Serpentard s'était fait à son égard et ce, même si, elle devait l'avouer, elle ne s'était pas vraiment retrouvée à être très utile dans toute cette histoire. Bien qu'elle ne connaissait pas le point de vue de Drago, elle jugeait personnellement qu'elle aurait aussi bien pu lui donner entre les mains les deux accessoires qui s'étaient retrouvées à être vitaux dans cette quête, et il aurait très bien pu s'en sortir sans elle. Entre sa petite personne, la cape d'invisibilité et la carte du Maraudeur, la première option n'avait, contrairement aux autres, aucunement été indispensable…
C'est avec cette triste pensée qu'Hermione fit mollement tomber son poing dans le tapon de la cape qu'elle avait créé en jouant machinalement avec, puis entama sa relevée afin de retourner dans ses draps qui avaient sûrement largement rafraîchi durant son absence. Sa cheville ne s'étant cependant pas encore complètement remise de sa légère foulure tout près du Saule Cogneur, son pied se retrouva prisonnier d'une seconde faiblesse, puis elle retomba aussitôt, prenant instinctivement appui sur ses mains en s'étendant contre le sol. L'une d'elles glissa sur le parquet sur lequel une fine poussière avait créé un tapis glissant, puis sa peau, s'irritant au contact rugueux, rencontra… le portoloin.
Avant même qu'elle ne puisse émettre une exclamation horrifiée en voyant tout ça se produire, la pièce dans laquelle elle s'était trouvée… disparut.
