Chapitre 16 – Nouvelle problématique
Drago Malefoy se retrouva dans son salon à la lueur dansante du feu qui s'égayait librement dans son majestueux foyer. Quelques secondes plus tôt, sa tête avait brusquement rencontré le coin d'une petite table qui accompagnait un fauteuil solitaire lorsqu'il fut projeté du portoloin à une vitesse fulgurante. Le voyage entre la Cabane Hurlante et son manoir avait été bref mais très mouvementé, et c'est d'ailleurs pour cette raison qu'il était encore écrasé contre le sol, appuyé contre ce fauteuil qui semblait être celui du maître de la maison. Les yeux fermés, il massait sa tête à l'endroit où elle avait percuté le meuble, sentant déjà une bosse douloureusement sensible y naître.
Lorsqu'il se releva en s'aidant de ses mains, il ne fut aucunement surpris de se retrouver sans aucun accueil – et ce détail lui convenait parfaitement. Il n'aurait pas du tout été d'humeur à recevoir des louanges de son père concernant l'initiative qu'il avait pris en se rendant au lieu de son rendez-vous par lui-même et non pas l'intermédiaire des Mangemorts. La nuit était toute aussi profonde que celle qu'il avait quittée lorsqu'il était dans la Cabane Hurlante, et c'était d'ailleurs ce détail qui expliquait sans nul doute le calme apaisant qui emplissait le manoir en entier. Son père et sa mère étaient sûrement en train de dormir sereinement, vides de tous soucis et de tous problèmes, à son contraire absolu.
Ce calme fut cependant troublé lorsqu'il entendit un tintement métallique derrière lui. Dubitatif, il fit une légère rotation afin de faire face à la source du bruit, puis se sentit alors méfiant de voir que c'était le portoloin qui était placé sur le haut du foyer qui le produisait. Il s'était mit à chanceler sur lui-même, seul sur sa tablette mais pourtant très stable sur sa base circulaire. Puis, provoquant une certaine inquiétude sur le visage de Drago, il se mit à briller, évacuant progressivement une lueur aveuglante qui l'obligea à protéger ses yeux plissés d'une main. Il savait très bien que ce genre de chose était très normal chez un portoloin, mais ce qui le rendait ainsi nerveux, c'était que c'était une réaction normalement uniquement provoquée lors de l'utilisation de l'objet. Or, l'unique raison de son activité était son transfert de la Cabane Hurlante jusqu'à sa demeure… L'éblouissante lumière s'éteignit alors juste après qu'un bruit étouffant alla s'amortir dans le fauteuil près de lui, dont les pattes émirent un grondement sourd contre le plancher luisant en reculant.
Permettant à ses yeux de s'habituer au gros contraste de luminosité qu'ils venaient de subir, il rebaissa lentement la main protectrice qu'il avait élevée afin de se protéger. Ce qu'il vit alors, négligemment enfoncé dans le fauteuil de son père, fut suffisant pour devancer tout ce qu'il eut vécu de paniquant dans les deux dernières heures. Hermione s'y trouvait, adoptant la même expression purement scandalisée que lui sur son visage éclairé par les flammes ondoyantes dans l'âtre du foyer.
- Oh… baragouina-t-elle en réalisant, d'un haut le cœur, où elle avait abouti.
Drago restait immobile, complètement choqué par sa présence, chez lui, et à cet instant précis. Tandis que son visage commençait progressivement à revêtir les traits de la panique, celui d'Hermione était parfaitement dévisagé par la terreur, consciente de la situation dans laquelle elle s'était involontairement embarquée. Étant gauchement étendue sur le velours doux du fauteuil, elle se redressa d'une lenteur si exagérée que le Serpentard eut amplement le temps de se ruer sur elle, bloquant toute issue en posant ses deux mains sur les deux accoudoirs du siège. Le haut de son corps était penché vers l'avant, voulant être certain qu'il serait le plus près possible du visage d'Hermione pour bien lui faire comprendre les graves paroles qu'il voulait lui communiquer :
- Granger… Par Salazar, que… fais-tu… ici?! marmonna-t-il d'une voix rauque, ayant du mal à se faire à l'idée qu'elle l'ait suivi jusqu'à son manoir.
La Gryffondor pouvait voir le combat d'émotions qui animait ses prunelles d'acier. De seconde en seconde, son regard voyageait entre l'affolement, la fureur et l'angoisse. Ce qui était certain, cependant, c'était que le sien ne pouvait éprouver qu'une seule chose à cet instant, et c'était précisément l'envie de partir d'ici à l'instant immédiat. Afin de ne pas libérer l'hystérie en elle, elle dû pousser brutalement le blocage qu'avait formé les bras de Drago devant elle afin de se dégourdir. Aussitôt qu'elle fut sur ses deux pieds, elle se mit à faire les cent pas dans tous les sens en jetant un regard paniqué autour d'elle.
- Oh, non… souffla-t-elle. Je dois partir d'ici…!
N'étant pas très satisfait de la réponse obtenue suite à son urgente question, il alla la retrouver afin de la capturer dans l'étreinte de ses mains sur ses épaules. Pour la sortir ne serait-ce qu'un peu de son état de folie afin qu'elle lui réponde, Drago se mit à la secouer légèrement et captura ses yeux de sorte à ce qu'elle ne puisse détourner son regard.
- Qu'est-ce que tu fais ici? répéta-t-il en s'emportant. Quelle folie t'a passée par la tête pour que tu te ramènes ici?!
Hermione se mit à agiter frénétiquement la tête de gauche à droite.
- Mais qu'est-ce que tu crois, nom d'une gargouille! Que je l'ai fait par exprès, peut-être?
Le jeune homme ignora ce qu'elle venait de dire, continuant de la secouer en libérant sa panique. Son visage était d'un rouge éclatant, et Hermione n'aurait pas été étonnée d'y voir de la fumée en émaner dans les prochaines secondes.
- Es-tu seulement consciente de ce qu'il va t'arriver si mon père te voit ici?!
- Bien sûr que si! C'est justement pour ça que je veux partir sur le champ!
- Alors qu'est-ce que tu fais ici, merde?! T'es complètement tordue, Granger! Complètement!
- Tu veux bien arrêter de me secouer, oui?!
Brusquement, elle le repoussa. Cette situation les avait rendu complètement déments, mais ce n'était pas en adoptant une telle attitude qu'ils trouveraient une solution pour y remédier. Haletante, elle fixait Drago qui l'était tout autant qu'elle et qui venait visiblement de gagner une mince parcelle de calme suite à cette remise en place. Son visage, néanmoins, était toujours aussi crispé par la panique.
- À quoi diable as-tu pensé en te ramenant ici?! s'outra-t-il en gardant le même ton agressif et fumant.
Maintenant qu'elle avait usé de l'unique partie d'elle qui était encore sensée pour le repousser, l'hystérie reprit possession de son corps. Elle ouvrait la bouche en la refermant aussitôt, tentant de trouver les bons mots pour expliquer ce qu'il s'était produit, mais l'agitation dont elle était éprise l'empêchait d'agir et de penser normalement. Surtout, de voir Drago aussi frustré et paniqué qu'elle – comprenant qu'il n'avait pas plus la situation en main qu'elle ne l'avait – ne l'aidait aucunement à répondre à sa question sans l'empêcher de s'imaginer le pire si elle devait rester au manoir. Finalement, elle réussit à pondre une histoire assez cohérente pour que le blondinet la saisisse :
- Je… je n'ai rien fait…! J'ai… je… quand j'ai voulu me relever… mon pied… mon pied, il… Je suis tombée, bordel… Je suis tombée et… et ma main… elle a touchée le portoloin…! Jamais je n'aurais fait quoi que ce soit pour me mettre dans le même pétrin que toi!
- Pas tout à fait le même, disons-le! dynamita-t-il. Mais si, par contre, tu restes ici, on va finir dans le même état : morts!
Il bondit presque sur elle afin saisir son bras d'une main puissante et ensuite la traîner sans aucun ménagement jusqu'au foyer, là où se trouvait le portoloin. Là, il le relâcha tout aussi brusquement qu'il en avait pris possession.
- Pas de temps à perdre! Touche-le! Touche le portoloin, et disparais avant qu'il ne soit trop tard et que quelqu'un ne te voit! Vas-y! Maintenant!
Soulagée de voir que la solution à son énorme problème ne se trouvait qu'à quelques pouces d'elle, Hermione ne prit même pas le temps de lancer un dernier regard à Drago avant d'élancer sa main sur le portoloin.
Rien ne se passa.
Son soulagement se convertit graduellement en panique, comme à son arrivée. Le fin éclat d'espoir qui s'était formé dans son cœur en croyant que tout serait réglé en repartant comme elle était venue éclata aussitôt, lui arrachant un gémissement peiné et incontrôlé. Elle retira sa main, attendit quelques secondes, puis la reposa dessus. Rien ne se produisit, comme à la première tentative. Drago regardait l'horreur qui se produisait devant ses yeux, puis une agressivité s'éprit aussitôt de ses gestes et de ses mots.
- À quoi tu joues, merde? s'enivra-t-il. Ce n'est pas le temps de rigoler! Touche ce satané portoloin et disparais de ma vue!
- Je sais… paniqua la jeune femme, intimidée par le comportement brutal du garçon. J'essaie, mais… ça ne marche pas!
Il agrippa alors violemment son poignet en lui arrachant une exclamation de douleur, puis alla porter sa main sur le portoloin avec fureur, ne réalisant pas que si cette troisième tentative aurait fonctionnée, il l'aurait accompagnée dans son voyage de retour vers la Cabane Hurlante à cause de leur contact physique. En voyant qu'aucun effet ne se produisit, il répéta son mouvement à plusieurs reprises, devant rapidement hors de lui.
- Que… Saleté de merde! jura-t-il.
- Drago, arrête! Tu me fais mal, lâche-moi! le pria-t-elle en tentant de se dégager.
Réalisant que cette solution ne les disposerait pas de leur problème, il lâcha prise, redonnant l'entière possession du poignet qu'il tenait fermement à son propriétaire. Hermione se mit à masser sa main furtivement, ayant précédemment senti que plus aucune goutte de sang n'avait dû y circuler puisque Drago avait serré si fort que même des marques rouges opaques étaient apparues. Le voir agir ainsi envers sa personne la rendait encore plus craintive, et ça ne fit qu'accroître son envie de partir de cette prison. Oui, cette situation était très angoissante et ne présageait rien de bon, mais elle était en train de voir réapparaître l'ancien Drago et ça, elle ne voulait plus y avoir droit.
Lorsqu'il l'eut lâchée, il se retrouva immobile de nouveau, ne sachant plus quoi faire. Hermione, elle, n'osait plus le regarder dans les yeux, de peur qu'il ne se remette à lui crier dessus sans aucune raison valable, et ne faisait que continuellement palper sa main en sentant enfin la chaleur lui revenir suite au retour de son sang. Bien qu'elle fût encore agitée et inquiète par cette situation, elle le laissait beaucoup moins paraître, se sentant maintenant horriblement mal à l'aise de se retrouver à être une indésirable chez lui. Soudain, Drago reporta son attention sur elle, s'approchant de la jeune fille au même moment où elle recula, effrayée par son mouvement subi.
- Est-ce que tu sais pourquoi ça ne fonctionne pas?
- J'imagine que le portoloin a dû être ensorcelé pour ne permettre qu'un voyage à sens unique afin que ça t'empêche de repartir si l'envie ne te passait par la tête…
Il avait posé sur elle un regard complètement indisposé, même vulnérable. Sa personne semblait avide de recevoir une réponse de sa part.
- Toi, tu ne connais pas un quelconque sort qui pourrait faire en sorte qu'il puisse être réutilisable?
Prise sur le vif, elle se mit à réfléchir prestement, grimaçant sous l'effort, puis secoua faiblement la tête au bout de quelques secondes, cet option ne se retrouvant pas parmi ses connaissances. Le Serpentard la dévisagea alors avec mépris en étendant une pause.
- « Miss Je-Sais-Tout », hein? souffla-t-il, sarcastique et désagréable. Où sont tes connaissances lorsqu'on en a vraiment le besoin? Tu n'as pas l'intelligence à la bonne place, Granger! Elle ne sert absolument à rien!
Il se retourna en passant une main dans sa chevelure platine. Il se mit à faire des cent pas plutôt lents, sentant peu à peu le contrôle s'éprendre de lui, puis laissa la réflexion emplir son esprit chargé. Quant à Hermione, elle fut horriblement blessée par sa remarque. Voilà qu'il se mettait à l'insulter et à se moquer d'elle! Affectée, elle fronçant les sourcils en réprimant une envie de pleurer, puis se mordit la lèvre inférieure. Non, elle n'allait pas le laisser lui marcher sur les pieds ainsi!
- Ce n'est pas la peine de m'insulter, lança-t-elle sur la défensive. Je n'ai rien demandé pour me retrouver ici, alors ne t'attaque pas à moi comme si j'étais la seule personne qui pourrait trouver un moyen de nous en sortir! Je ne suis pas infaillible!
Sa voix s'était faite largement tremblante à la fin de sa phrase, ce que Drago ne manqua pas de remarquer. Continuant ses cent pas, il poussa un faible rictus en esquissant un sourire mauvais.
- Oh, arrête, tu vas me faire pleurer, cracha-t-il en se moquant ouvertement d'elle. Si seulement tu savais à quel point je le sais, que tu n'es pas infaillible.
Offensée, elle poussa un soupir attristé en retenant avec de plus en plus de véhémence ses larmes qui n'étaient maintenant que sur le coin de ses yeux. Elle se retourna donc en croisant fermement et étroitement ses bras autour de son corps, sentant toute chaleur humaine la quitter. Tête baissée, elle marchait très lentement en restant dans le même espace restreint, réalisant qu'elle ne pouvait pas se permettre de s'éloigner et se perdre dans cette gigantesque maison qui n'était pas la sienne.
Soudainement, un bruit à l'étage du dessus s'éleva, alertant brusquement Drago et Hermione, qui relevèrent aussitôt la tête vers le haut des deux escaliers majestueux qui se rejoignaient de chaque côté de la pièce. Le jeune homme, ressentant la panique parcourir son corps, fit un geste négligé dans la direction de la Gryffondor, qui elle, comprenant aussitôt, enfila sur sa tête la cape d'invisibilité qui l'avait suivie jusqu'au manoir et qui avait reposée, jusque là, sur le fauteuil dans lequel elle avait atterrie lors de son arrivée. Drago se précipita alors vers la jeune fille invisible en s'aidant de la position où elle s'était trouvée juste avant d'enfiler la cape, puis lui pointa l'un des escaliers de son index.
- On va monter, chuchota-t-il de manière presque inaudible. Ce doit être mon père ou ma mère, mais peu importe. Suis-moi, c'est bien compris?
- Oui, souffla-t-elle d'un ton aussi bas que le sien.
Il s'engagea alors dans l'énorme et somptueux escalier en tentant de se guider dans l'obscurité de la grande pièce qu'ils étaient sur le point de quitter. Hermione, malgré toute la haine qu'elle ressentait pour lui à cet instant précis suite à ses insultes désobligeantes, s'obligea à aller capturer sa main afin qu'elle ne le perde pas de vue et qu'elle se retrouve ainsi perdue. Drago n'y accorda pas plus d'attention qu'il n'en fallait – puisqu'il la détestait autant qu'elle ne le détestait à cet instant – puis la serra pour ne pas que leur lien ne se cède. Pendant une bonne minute, ils empruntèrent une petite série de couloirs dont Hermione ignorait où ils menaient, puis le jeune garçon s'arrêta finalement devant une porte qui se situait complètement au bout d'une allée toute aussi sinistre que les autres. Avec un silence complet, il se sépara de la main de la Gryffondor, saisit la poignée puis l'ouvrit, libérant le passage pour qu'elle y pénètre. Rapidement après, il s'y glissa aussi, puis referma la porte derrière lui en s'y adossant. D'un coup de baguette, il alluma les lumières de la pièce.
- Tu peux enlever la cape, fit-il. Collaporta!
Le son délicat d'un verrou s'activa au même moment où Hermione retira la cape de sur sa tête. Son regard fit ensuite un tour complet de la pièce dans laquelle ils se trouvaient. Ce devait être sa chambre personnelle, à en juger par les photos, les couleurs et les sinistres décorations qui l'habillaient. Malgré le fait que cette pièce n'avoisinait aucunement les goûts de la Gryffondor, elle devait admettre qu'elle était d'une splendeur troublante. Tout était si propre, si ordonné, si majestueux. Elle s'était toujours doutée qu'il avait été élevé dans un milieu comme celui-ci, si elle se basait sur son comportement parfois aristocratique et toujours exagérément supérieur à la norme.
Drago disparut dans une pièce adjacente à sa chambre, qui, par l'arche de la porte, Hermione devina à être sa salle de bain privée. Même malgré sa forte rancune à son égard, elle tenta tout de même de trouver quelque chose à dire afin que leur relation actuelle se détende légèrement, réalisant par le même fait qu'elle pourrait peut-être être prise dans ce manoir pendant un temps indéfini.
- C'est ta chambre? demanda-t-elle, connaissant déjà la réponse.
Elle n'avait pas osé pénétrer la salle de bain pour le rejoindre, même si elle savait pertinemment qu'il n'était qu'en train de se laver les mains. Drago, de son côté, grimaça à cette question qu'il jugea complètement inutile. C'était inévitable, cette situation qui compliquait encore plus ses projets ne lui donnait aucunement l'envie d'être agréable, ni courtois. Il ne ressentait aucunement l'envie de l'entendre lui poser ne serait-ce qu'une seule question ou lui prononcer une seule parole. À ce stade-ci, il ne voulait qu'être seul. Il retenait même fermement l'envie de lui jeter le maléfice du saucisson, la bâillonner, et de la jeter par la suite dans les cachots de sa demeure afin qu'elle ne vienne pas se mettre dans ses jambes. En dépit de ces mauvaises pensées, il réussit à adopter un ton dégagé en lui répondant.
- Tout juste.
Il ferma les robinets en argent massif, s'essuya les mains puis retourna dans sa chambre, s'adossant contre le mur juste à côté de la porte. Impassible et renfrogné, il croisa les bras en jaugeant Hermione qui se sentait de plus en plus mal de se retrouver là. C'est avec dégoût qu'elle reconnut alors instantanément le vieux Drago Malefoy des six années antérieures, l'arrogant, le prétentieux, l'odieux blondinet qui se croyait supérieur à tous eux qui l'entouraient. Cependant, elle ne voulait se laisser affliger par cette façade de lui, et voulait au contraire rester forte et tenir son bout de la corde.
- Qu'est-ce qui va se passer, maintenant? demanda-t-elle, craignant tout de même sa réponse.
Drago soupira, dérangé.
- Assurdiato! lança-t-il en sortant sa baguette de sa poche pour la pointer sur sa porte de chambre. Je ne sais pas, Granger. Ce n'est pas parce que tu es ici chez moi que je suis davantage sensé savoir quoi faire. Au cas où tu l'ignores, ton apparition chez moi n'était aucunement dans le plan prévu.
Ce ton désagréable… Cette expression hautaine et indifférente qui lui donnait l'atroce impression d'être nuisible… Pourquoi agissait-il soudainement ainsi avec elle? Le cœur de la pauvre Gryffondor se tortillait dans tous les sens, ayant l'impression de se retrouver de nouveau en compagnie de son pire ennemi, celui avec lequel elle nourrissait une forte animosité depuis trop longtemps.
- De toute façon, c'est toi, la supposée « Miss Je-Sais-Tout », non? Peut-être vas-tu te retrouver à être plus efficace que tantôt? À bien y penser, je ne crois pas vraiment, puisque tu me sembles être uniquement compétente lors des examens à Poudlard.
C'en était trop. Incapable d'en prendre davantage, Hermione fondit en larmes, cachant son visage honteux de ses mains tremblantes. Elle se retourna vivement et alla s'accoter contre le mur opposé à celui où Drago était, faisant face au coin afin de ne pas avoir à le croiser du regard lorsqu'elle oserait enfin lever les yeux. L'assaillant ressentit un vif pincement dans ses entrailles en voyant sa brusque et subite réaction. Ne s'étant aucunement attendu à la voir répondre à ses moqueries de la sorte, il ravala durement son arrogance, regrettant maintenant d'agir d'une manière aussi sordide avec elle. Il se rendit rapidement compte qu'il avait largement exagéré sa mauvaise humeur et qu'il en avait abusée en se défoulant sans retenue sur la personne qui s'était avérée être la plus utile et présente pour lui. Sans savoir quoi faire ni quoi dire pour la réconforter, il ne fit que fixer le sol, se massant inconfortablement la nuque d'une main moite. Il fit, par la suite, quelques pas vers l'avant dans l'intention d'aller la rejoindre, mais il s'arrêta à mi chemin, ne sachant aucunement quoi dire en réalisant à quel point il avait été désagréable et insolent à son égard.
Puis, brutalement, Hermione se retourna, faisant voler ses cheveux dans son visage qui était entièrement rougi, tout comme ses yeux, d'ailleurs. Sous la force de son mouvement, des larmes avaient même été s'écraser contre le mur à côté d'elle.
- Il me semble qu'après tout ce que j'ai fait et enduré pour te venir en aide afin que tu puisses arriver ici sain et sauf, s'écria-t-elle sans ménager sa voix, je me réserve minimalement le droit à ton respect, Malefoy!
Il ne pouvait que faiblir en faisant face à une Hermione aussi détruite et atteinte. Il s'en voulait à mourir… Voir son visage aussi attristé en était presque insupportable, et c'est pourquoi il n'eut autre choix que de baisser les yeux.
- Je ne te demande pas ton amour, ni ton amitié, ni que tu m'envoies des fleurs ou même que… que tu me… me… me passes tes notes de cours en classe…! lança-t-elle sans calmer sa crise. Tout ce que je te demande, c'est ton respect! Je ne crois pas que ça soit trop demandé si tu tiens compte de tout ce que j'ai sacrifié pour ta petite personne!
Un sanglot bruyant coupa la fin de sa phrase et l'empêcha de poursuivre son discours. Aussitôt, elle reposa ses mains dans son visage puis se remit de dos à Drago, sentant la folie s'éprendre d'elle. Le jeune homme aurait voulu disparaître, s'effacer complètement, mais il savait qu'il devrait affronter la peine de la jeune fille et dire quelque chose, car qu'il le veuille ou non, il était coincé avec elle pour un temps indéterminé. De toute façon, il savait clairement qu'il n'aurait pas la force de laisser Hermione dans cet état. Il ignorait ce qu'il lui avait pris d'agir de la sorte avec elle, mais jamais il ne recommencerait en réalisant à quel point la voir ainsi l'affectait.
- Je veux sortir d'ici… gémit la jeune fille en agrippant des touffes de cheveux sur sa propre tête.
Assemblant tout le courage possible entre ses mains, Drago s'avança vers elle en s'attendant à tout de sa part. Qu'elle le rejette, qu'elle le pousse, qu'elle le gifle, qu'elle l'insulte, qu'elle lui crache au visage, il comprendrait chacune de ces réactions et les accepteraient sans rien faire pour s'en protéger, les méritant pleinement. C'est donc avec pleine conscience des répercussions possibles suite à son geste qu'il alla poser une main sur son épaule afin qu'elle se retourne. Effectivement, elle se retourna, puis, comme il s'en était attendu, elle lui administra une gifle si puissante mais ô combien libératrice qu'elle résonna dans toute la pièce, produisant presque un écho. Son visage pivota brusquement suite à ce violent impact tandis qu'il crispait tous ses traits faciaux en retenant un gémissement de douleur. Lentement, il rouvrit les yeux puis osa enfin poser son regard dans le sien.
À bien y penser, il l'avait peut-être bien méritée, cette gifle, mais il ne la laisserait pas recommencer. Son geste avait été encore plus insultant que ses propres paroles, selon lui. Tout de même, il n'y accorda pas d'importance pour cette fois-ci.
- Je… Je ne sais pas trop ce qui m'a pris… souffla-t-il maladroitement. C'est que…
Il soupira, réalisant qu'aucune de ses excuses ne pouvaient justifier son comportement. Il apposait de grandes pauses entre ses fragments de phrases.
- En fait, je n'ai aucune excuse valable à te donner... Je sais uniquement que c'est la panique qui m'a fait agir de la sorte… Je… Je regrette…
Hermione pleurait maintenant plus doucement, attentive à ses paroles qu'elle semblait boire comme une élixir de vie.
- Je suis parfaitement conscient de tout ce que tu as fait pour moi, et je t'en suis reconnaissant, contrairement à ce que j'ai pu laissé paraître… Tout ce que j'ai pu dire de méchant… je ne le pensais pas.
Un silence s'étira.
- Je ne sais même pas si je peux te croire… couina-t-elle, les lèvres tremblantes.
- Je vais trouver un moyen de te sortir d'ici… la rassura-t-il en reposant sa main sur son épaule. J'espère que je saurai ainsi te convaincre que je suis sincère. Demain, nous…
Quelqu'un cogna à la porte, remettant les deux adolescents sur le qui-vive. Drago se retourna brusquement en jetant un regard horrifié sur sa porte de chambre, puis, d'un signe de main bref mais précis, il indiqua à Hermione de se cacher derrière la cape d'invisibilité et rester aussi muette qu'une tombe, ce qu'elle fit aussitôt en se dirigeant vers le coin extrême de sa chambre. Même malgré le sort de mutisme que le jeune homme avait jeté, ils n'osaient plus parler, de peur qu'ils se fassent entendre d'une quelconque manière. Adoptant une attitude neutre après s'être assuré que son amie était bien cachée, il annula son sortilège qui bloquait tout son, lançant un « alohomora » puis ouvrit la porte afin d'y découvrir son père de l'autre côté.
Vêtu d'un peignoir de satin argenté, ses longs cheveux platine étaient regroupés d'une boucle noire près de sa nuque, et il chaussait des chaussons de cette même couleur. Lorsqu'il aperçut son fils, un grand sourire étira ses lèvres.
- Drago, s'exclama-t-il, enchanté mais sournois, mon cher fils!
- Père, fit simplement sa progéniture.
Hermione s'était maintenant considérablement calmée, malgré quelques hoquets qui faisaient vibrer sa respiration, puis elle regardait la scène avec bonne attention. Elle n'arrivait pas à croire à quel point Lucius Malefoy avait le don d'être toujours très élégant, peu important la situation dans laquelle il se trouvait. Puis, manifestement, elle remarqua que la beauté de cette famille pure n'avait jamais brisé son hérédité… Maudit soient-ils.
- Je suis bien content de te voir ici. Je dois avouer que je ne m'attendais pas à te voir arriver si tôt, mais c'est bien de constater que tu es impatient à l'idée de ton baptême.
Il s'avança dans la pièce, ne voyant pas la grimace de dégoût qu'avait esquissé son très aimé fils. Se retournant vers lui, il poursuit, de sa voix mielleuse :
- J'ai entendu tout un vacarme, dans le salon. J'ai été voir ce qu'il se passait, et en voyant que le portoloin s'était légèrement déplacé, j'ai cru constater que tu étais arrivé. As-tu rencontré des problèmes pour avoir causé tant de bruit?
- Non, aucun. J'ai simplement été projeté assez brutalement, quand je suis arrivé… puis je perdais pied à tout instant à cause de l'obscurité.
- Et c'est sans doute la raison pour laquelle tu t'es mis à parler tout seul?
Son cœur sauta un battement dans sa poitrine, tout comme Hermione qui se mit à appréhender la suite. Comment allait-il se sortir de là? Comme si elle espérait pouvoir se sortir de là, elle ferma les yeux en les crispant de toutes ses forces.
- Tu ne m'as pas élevé en retirant les jurons du vocabulaire à me transmettre, donc oui, c'est la raison pour laquelle je me suis mis à parler tout seul.
Lucius esquissa un sourire mauvais puis hocha la tête, balayant ensuite la chambre de son fils d'un regard analyseur. Après s'être rouvert les yeux, Hermione crut un instant qu'il avait croisé son regard, mais se rassura en se rappelant qu'elle était invisible et qu'elle ne risquait pas de se faire détecter, pas tant qu'elle aurait cette cape sur la tête.
- Très bien, lança enfin Malefoy senior. Il est très tard – ou plutôt très tôt, donc je vais te laisser dormir. Demain, cependant, je viendrai t'expliquer comment les prochains jours vont se dérouler. Tu pourras retourner à Poudlard dans approximativement une semaine, une fois que tout ça sera réglé.
Drago hocha la tête, soumis. Son père lui fit alors un hochement de tête qui se décrivit à être une salutation, puis quitta la pièce en fermant la porte derrière lui. Rapidement, le jeune Serpentard lança un « collaporta » ainsi qu'un « assurdiato », puis il fit signe à Hermione qu'elle pouvait se découvrir. Une fois qu'elle s'exécuta, ils se retrouvèrent dans un moment de pur inconfort, leur moral ayant largement descendu suite à cette visite en plus de la conversation dans laquelle ils se trouvaient avant cette interruption. Le jeune homme devait-il poursuivre ce qu'il disait juste avant qu'ils ne se fassent interrompre? Ou était-il mieux, au contraire, de changer de sujet? Il devait avouer qu'il ignorait comment réagir dans de telles circonstances, ne s'étant jamais retrouvé en froid avec une amie… puisqu'il n'en avait jamais véritablement eues.
Les secondes passèrent, et aucun d'eux n'avait bougé, mis à part le mouvement que Drago avait établi en s'appuyant contre la porte. Hermione avait la tête baissée vers ses mains avec lesquelles elle jouait distraitement à défaut de ne pas savoir quoi faire d'autre. Timidement, elle releva les yeux sans bouger la tête afin de jeter un regard curieux sur son hôte, et elle se sentit faiblement rougir en constatant qu'il semblait l'avoir regardée durant tout ce temps. Les deux adolescents semblaient tous deux éprouver une sensibilité à l'égard de l'état pitoyable dans lequel leur compagnon se trouvait. La Gryffondor plaignait d'ailleurs particulièrement le sort du Serpentard, se retenant fermement pour ne pas aller l'étreindre afin de consoler l'angoisse que la visite de son père avait provoquée dans son visage. Seulement, elle ne s'autorisait plus à faire un quelconque geste vers lui, de peur qu'il ressorte une des réactions qui l'avait rendue dans une toute aussi piètre humeur que Drago.
Quant à lui, la raison de son humeur massacrante se partageait entre la conversation qu'il venait d'entretenir avec son père et le comportement qu'il avait adopté à tort envers Hermione quelques minutes plus tôt. Il en était d'ailleurs tellement mal à l'aise que ce n'était nulle autre que cette raison-ci qui le coupait de tout mouvement vers elle, mais pas pour bien longtemps encore.
En effet, après avoir débattu du pour et du contre du geste qu'il s'apprêtait à faire, il céda puis traversa sa chambre pour aller la rejoindre. Hermione l'eut suivi du regard jusqu'au bout, pour finalement fermer les yeux en se laissant faire lorsqu'il entoura son corps de ses bras. Rejoignant doucement sa poitrine, elle alla par la suite crocheter ses mains à ses épaules, couvrant ses omoplates de ses avant-bras. Rassuré par la réponse positive à son élan d'affection soudaine, Drago ferma les yeux à son tour en enfouissant son visage dans ses cheveux qui chatouillaient sa peau, puis comprima un peu plus son étreinte, savourant un moment de véritable et sincère tendresse, chose qu'il n'obtiendra sûrement pas durant la prochaine semaine entre les murs de son manoir.
