Chapitre 17 – Acquitté


Une longue et interminable heure durant, Hermione s'était efforcée de laisser le sommeil l'emporter, mais ses pensées mouvementées l'avaient tenues bien éveillée. Soixante pénibles minutes s'étaient écoulées pendant lesquelles elle n'avait cessé de se tourner et se retourner sur le plancher de bois froid et dur sur lequel elle s'était engagée à dormir. Outre ses tortures mentales, elle accordait les mérites de son éveil constant à son dos qui s'annonçait à se retrouver courbaturée lorsque la journée se lèverait. Mais qu'avait-elle le pouvoir de faire, pour empêcher ça? Rien. Elle aurait simplement dû faire attention à où elle avait mis les pieds pour ne pas ainsi avoir eu à se fouler la cheville. Précaution prise, elle aurait bien simplifié la situation dans laquelle ils se trouvaient, elle et Drago, en plus d'éviter une souffrance dorsale.

Son hôte et elle-même s'étaient tout deux mis d'accord, et avec raison, pour ne pas risquer davantage de problèmes en l'exposant librement dans sa chambre pendant la nuit. Par ce fait, ils avaient donc déterminé que dormir sur le sol, dissimulée derrière la façade du lit qui bloquait la vue de la porte d'entrée, et ce, sous la cape d'invisibilité, tête comprise, serait la meilleure solution à employer pour Hermione. Sait-on jamais, peut-être que Lucius ou Narcissa Malefoy s'improviserait une raison d'entrer dans la chambre de leur fils sans daigner cogner à la porte, et ainsi découvriraient une Sang-de-Bourbe à ses côtés? C'est d'ailleurs cette éventualité qui avait convaincue les deux adolescents d'adopter la solution de l'inconfort plutôt que le chemin de la mort assurée pour la Gryffondor. Bien que Drago ait pris la peine de verrouiller sa porte d'un « collaporta », ils en étaient rapidement venu aux faits que ce simple sort n'aurait en aucun cas le pouvoir de résister aux contre sorts évoqués par le Mangemort entrainé qu'était Lucius. Puis, après réflexions, ils avaient ensuite débattu sur l'utilité de verrouiller une porte si un simple « alohomora », sort primaire, offrait la possibilité de déverrouiller tout obstacle de ce genre. Bien sûr, cela offrait une protection minimale, mais elle se voyait rapidement voler en éclat si une visite impatiente voudrait traverser la porte.

Drago s'était ensuite rappelé que son père avait toujours possédé la noble bonté de respecter l'intimité qu'il s'appropriait en verrouillant la porte, mais les jours actuels étant d'ordre spécial, il ne pouvait se résoudre à des suppositions et préférait ainsi adopter un maximum de précautions.

C'était donc après nombre et nombre de débats et de comparaisons de points de vue que le blondinet en était venu à cette solution, et Hermione n'avait pas cherché une seule seconde à s'y opposer, préférant sa vie qu'à une nuit de confort par pur caprice. Seulement, en réalisant que cette chère nuit s'annonçait à être dénuée de sommeil, elle se mit à constater que les chances que ses parents débarquent dans la chambre de Drago seraient minces. En fait, elle l'ignorait, mais pensait véritablement le contraire. La mauvaise humeur que son inconfort provoquait chez elle lui faisait avancer cette théorie faible en arguments. Elle aurait d'ailleurs bien voulu la partager avec le Serpentard qui reposait dans son lit de roi juste à côté d'elle, mais elle se doutait avec antipathie qu'il devait être perché à un sommeil doux parmi ses nombreuses couvertures et oreillers.

Calcul qui, cette fois-ci, s'avérait faux. Malgré l'invitation de son lit à se laisser choir et s'évader dans ses bras satinés et moelleux, Drago n'avait pas fermé l'œil depuis cette même heure où il entendait Granger bouger dans tous les sens à côté de lui. À son parfait contraire, cependant, il était resté immobile, couché sur le dos avec les yeux grands ouverts. L'envie de partir dans l'inconscience du sommeil ne le séduisait guère, et de toute façon, son esprit surchargé l'en aurait empêché. Troublé, meurtri, affaibli, il fixait le toit décoré de voiles de son lit baldaquin, faisant voyager ses pensées de sa situation présente à celle qu'elle deviendrait dans un futur proche. À maintes reprises, elles avaient également dérivées à la jeune fille qui était présente dans la même pièce que lui, se questionnant sur la relation qu'il avait développée avec elle, mais surtout sur ses sentiments. Il refusait de se faire à l'idée des évidentes conclusions, mais le bien-être qu'il ressentait à ses côtés agissait comme un baume sur son cœur mutilé, et il ne pouvait s'en défaire, à son grand désarroi…

Ses oreilles lui permirent alors soudainement de diriger son attention vers d'autres horizons lorsqu'il entendit Hermione soupirer bruyamment.

- Drago, t'es réveillé? demanda la voix douce et timide de la jeune fille.

Enchanté à l'idée de distraire ses pensées, il ne prit pas bien longtemps pour répondre.

- Oui, Granger, répondit-il sommairement, je suis réveillé.

S'étant attendu à ce qu'il ne réponde pas, Hermione fut légèrement indisposée puis étira un silence inconfortable.

- J'aurais cru que tu dormais depuis déjà longtemps, déclara-t-elle avec malaise en ricanant faiblement. Je ne t'ai pas entendu bouger une seule fois.

- Si tu connais un moyen de faire endormir aussi rapidement une personne possédant un esprit aussi torturé que le mien, n'hésite pas à me le partager.

Hermione se renfrogna, gênée. Peut-être n'était-ce pas le bon moment pour engager une conversation avec lui… La tête sous la cape d'invisibilité, elle regrettait d'avoir cédé et prononcé ces mots. Quant à Drago, réalisant que sa réponse avait peut-être été perçue comme un manque d'intérêt à poursuivre une discussion et plutôt comme une marque d'agacement, il ajouta un petit rictus maladroit quelques secondes plus tard, ce qui eut pour effet de détendre la Gryffondor et de l'imiter tout aussi gauchement.

- Parle-moi, fit-elle, peut-être tu auras la chance de penser à autre chose.

- C'est un peu difficile, expliqua-t-il. Je n'ai que ce sujet en tête…

Bien sûr, elle aurait dû s'en douter. Une situation comme la sienne était sûrement trop importante et grave pour permettre à son esprit de s'occuper à autre chose. Malgré tout, elle tenta une approche, bien qu'elle soit particulièrement farfelue à glisser.

- Les études, ça va bien?

Douteux à l'introduction d'un tel sujet, le blondinet ne put s'empêcher d'esquisser un rire amusé teinté d'un petit découragement face à l'entêtement d'Hermione à constamment être perchée aux discussions scolaires.

- Granger…

- D'accord, je sais, ricana la Griffon à son tour. Au moins, je tente de te changer les idées.

Quelques secondes passèrent pendant lesquels tous deux laissèrent leur moment de dérision lentement s'atténuer, puis un silence plat s'ensuivit.

- À quoi tu penses, exactement? s'autorisa Hermione.

Si Drago n'avait la possibilité de penser à autre chose qu'à sa situation, eh bien aussi bien pouvait-il en parler librement à son amie afin de se libérer de cette impression d'encombrement. Avec droiture, il lui répondit :

- Au déroulement des prochains jours, marmonna-t-il passivement. Je sais ce qui va se passer, oui, mais j'ignore comment tout ça va se produire… Ça m'effraie.

Sujet délicat. La jeune fille dressa un mince sourire inconfortable sur ses lèvres, bien que le garçon ne pouvait aucunement le voir. En prenant bien soin de choisir les bons mots ainsi que les bonnes répliques pour ne pas le vexer, l'attrister ou quoi que ce soit d'autre qui pourrait le rendre susceptible à un changement négatif d'humeur, elle retira sa tête d'en dessous de la cape. Au moins, durant leur conversation, elle se réservait le droit de respirer de l'air fraiche.

- Moi aussi, avait-elle répondu. Je veux dire… J'ai peur pour toi, j'ai peur pour ce qu'il va t'arriver…

Touché, il sourit tendrement, réalisant à quel point entendre ce genre de parole à son égard avait le pouvoir de soulager sa misère, surtout de sa part… Cependant, son orgueil, le travaillant comme à son habitude, le poussa à faire dériver le fond de sa pensée :

- Je ne suis plus un gamin, Granger. Je préfère être le seul à me soucier de moi-même.

Une fois de plus, Hermione se renfrogna, légèrement déçue par sa réaction.

- Tu devrais plutôt t'inquiéter pour ta propre sécurité, crois-moi…

- Non, je n'ai pas à m'en faire pour ça, répondit-t-elle du tac au tac.

Drago haussa un sourcil, septique face à cette soudaine assurance dont elle n'avait aucunement fait preuve depuis son arrivée au manoir.

- Et qu'est-ce qui te fait dire ça, dis-moi?

- Parce que tu m'as dit que tu me sortirais d'ici, et Merlin sait à quel point je te fais confiance.

Tétanisé par cette réponse plus ou moins déstabilisante, le Serpentard se retrouva dans l'incapacité de répliquer. Cette réponse instantanée qu'elle avait déclarée sans même une mince parcelle d'hésitation dans la voix n'eut comme conséquence que d'accélérer considérablement son rythme cardiaque. Un frisson avait ensuite exploré sa peau blême, lui arrachant au passage toute possibilité de rétorquer quelque chose de crédible à celle qui semblait attendre une suite. D'ailleurs, Hermione souffrait de ne pas connaître sa réaction, et le simple fait qu'il ne réponde rien du tout la rendait extrêmement nerveuse. En avait-elle dit trop sur la vérité au sujet de ses sentiments?

- Tu ne sais pas ce que tu dis… bredouilla finalement Drago.

- Pourquoi est-ce que tu dis ça? questionna-t-elle, regrettant progressivement d'avoir poussé quelque chose d'aussi gênant. Tu m'as bel et bien affirmé que tu me sortirais d'ici, non?

Le blondinet soupira, mal à l'aise.

- Oui, bien sûr… et c'est ce que je ferai… mais je ne comprends pas comment tu peux m'accorder une telle confiance… Après tout ce temps, toutes ces années… la confiance que tu m'accordes naïvement ne peut être qu'aveugle…

Le soulagement qu'elle ressentit suite à ses dires lui permit de poursuivre à son compte. Elle n'avait pas l'intention de débattre à ce sujet, mais elle justifierait certainement minimalement sa déclaration afin de lui démontrer qu'il avait tort.

- Si tu savais à quel point les choses ont changées, de mon point de vue…

Aussitôt, Hermione remercia les ténèbres de la nuit à l'avoir inspirée elles et elles seules à débuter une telle conversation, car elle jurerait qu'elle devait être complètement écarlate. Ignorant si Drago avait compris ses mots comme elle les interprétait sous son angle de la chose, elle était parfaitement consciente qu'elle venait de soulever une multitude de sous-entendus qui crevaient les yeux de manière assez évidente. En effet, le jeune garçon n'avait pas passé à côté de cette vision…

- Du mien aussi, Granger, déclara-t-il à son tour afin de mettre son poids dans la balance.

- Alors pourquoi est-ce que tu t'étonnes encore à m'entendre parler?

- Pour la simple et bonne raison que toi et moi, ça restera toujours et à jamais quelque chose de marginal, ça, tu ne peux pas le nier. Donc peu importe ce qu'il se passera dans le futur, rien ne se retrouvera à être… disons-le… normal. Du moins, à mon avis personnel…

« Peu importe ce qu'il se passera dans le futur »? À cette phrase-ci, Hermione sentit un violent choc au niveau de la poitrine, puis ne sut quoi répondre en retour, réalisant qu'il n'avait pas tort.

Ainsi, un silence de plomb s'installa dans la pièce, permettant aux deux protagonistes de vaquer dans leurs pensées qui, heureusement pour Drago, ne se dirigèrent pas vers leur habituelle direction. À sa plus grande confusion, il se mit à méditer et analyser la phrase qui avait visiblement marqué chacun d'eux sans qu'ils ne le démontrent. « Peu importe ce qu'il se passera dans le futur »… Lui-même n'avait pas compris où est-ce que ces mots pourraient bien mener. Il les avait prononcés instinctivement, sachant distraitement qu'elles avaient véritablement un sens dans la relation qu'Hermione et lui entretenaient, mais sans le connaître concrètement.

Puis ensuite s'éprit de lui l'envie de l'avoir à ses côtés… Inconfortable même uniquement à l'idée d'y penser, il ne s'imaginait en aucun cas lui demander de venir le rejoindre en dessous des draps, ce qui paraîtrait plutôt déplacé. Le Serpentard s'étonna alors de réfléchir aussi posément alors que dans les derniers jours, il avait abusé de son charisme échelonnant pour profiter de ce que quelques filles lui avaient naïvement offert. Seulement, ce qu'il ressentait à cet instant n'était en rien semblable à ce qu'il avait vécu avec ces filles. Son corps ne demandait qu'à la sentir près de lui, rien d'autre. Il voulait la voir. Uniquement savoir qu'elle était juste à côté de lui, à quelques pouces, et sentir sa chaleur corporelle vibrer contre sa peau. Ce sentiment de bien-être qu'il ressentait nouvellement à ses côtés, il ne voulait que le sentir accrue, et ce, sans nécessairement devoir la toucher… Simplement la sentir…

Conscient qu'il violerait ainsi leur entendement en ce qui concerne les méthodes de sécurité à employer durant la nuit, il se lança tout de même, profitant de l'éclair de génie qui l'avait traversé afin de dévier la trajectoire précise de son souhait.

- Tu sais, je ne crois franchement pas que mon père va débarquer dans ma chambre au beau milieu de la nuit.

Hermione fronça un sourcil, ne comprenant pas vraiment où Drago voulait en venir en lui mentionnant ça. Elle se laissa sombrer dans l'incertitude pendant un certain moment, s'attendant à ce qu'il se rende plus explicite, mais intervint en constatant qu'il n'avait pas l'intention d'élaborer son curieux avancement.

- Pourquoi est-ce que tu dis ça?

Son regard fut alors attiré sur le bord du lit dans lequel Drago reposait lorsqu'elle l'entendit bouger pour la première fois depuis cette longue heure et ces quelques poussières. Son visage apparut, faiblement éclairé par les rayons de lune tamisés au travers du voile qui recouvrait une de ses immenses fenêtres. Ses cheveux clairs qui pendaient sur son front, sa peau presque blanche et son chandail léger d'une couleur ivoire contrastaient parfaitement avec l'ambiance de la nuit. Placé contre le ventre, appuyé sur ses coudes et les avant-bras entrecroisés, il fixait maintenant Hermione de ses yeux pâles et d'une sérénité si ample qu'elle se demandait s'il n'avait pas soudainement été libéré de tous ces soucis.

- Tu me fais pitié à dormir par terre comme ça, se justifia-t-il avant de se lancer pour de bon. Viens. Mon lit est assez large pour t'accueillir.

Comme s'il ne lui laissait pas le choix de faire autrement, il disparut de son champ de vision pour se déplacer vers l'extrême droite de son lit, cédant sa place réchauffée et préparée à la jeune fille qui, il l'espérait, ne refuserait pas sa proposition. Dans un même temps, se déplaçant ainsi et aussi vite, il évitait de voir sa réaction qui risquait peut-être d'être négative… ce qu'il se mit d'ailleurs à penser, puisque quelques secondes passèrent sans qu'un seul mouvement ne se fasse. Couché contre le dos, il attendait…

Par chance qu'il s'était éclipsé de son champ de vision juste après lui avoir fait cette proposition, car l'expression qu'Hermione eut arborée se rapprochait étrangement de celle qu'elle avait adoptée lorsqu'elle avait vu des Détraqueurs près de la Cabane Hurlante. Son cœur s'était mis à tambouriner contre sa poitrine, et elle ignorait si elle serait capable d'agir normalement si elle acceptait d'aller le rejoindre dans son lit, près de lui, sous les mêmes couvertures... Sans doute serait-elle beaucoup trop nerveuse. Pourtant, c'était clair dans sa tête, elle ne pouvait absolument pas refuser, car elle savait pertinemment qu'elle voulait, tout comme lui, sentir la proximité de son corps au sien.

Sans attendre une seule seconde de plus, elle se redressa donc puis se remit sur ses pieds dans de gestes saccadés et maladroits. Lorsque Drago aperçut sa silhouette noire se relever en se détachant du rideau translucide et clair derrière elle, il soupira d'aise, ne pouvant retenir un petit sourire. Hermione laissa le mince oreiller qui lui avait servi de support pour sa tête ainsi que la cape d'invisibilité contre le sol, et elle se glissa en dessous des draps, esquissant un faible gémissement contenté en sentant la chaleur qui s'en émanait. Entrevoyant la position très neutre que Drago avait adoptée et qui n'était pas susceptible de la rendre plus mal à l'aise qu'elle ne l'était déjà, elle l'imita.

- Un peu plus confortable que le plancher, pas vrai? taquina le blondinet.

- Ça, tu peux le dire, fit Hermione en rigolant.

Les deux adolescents joignirent leurs rires et les estompèrent en même temps. Cinq longues minutes passèrent, et Hermione avait déterminé qu'elle pouvait maintenant tenter de gagner le sommeil en voyant que mot ne se prononçait. Les yeux fermés, elle avait l'étrange impression que le jeune homme à côté d'elle avait encore les siens grands ouverts. En n'ayant pas particulièrement envie de créer un malaise de plus en posant un regard soucieux sur lui, elle opta plutôt pour l'indifférence.

- Je m'en veux.

La Gryffondor céda, ouvrit les yeux puis tourna la tête dans sa direction. Il ne la regardait pas, et fixait encore droit devant lui.

- Je n'aurais jamais dû agir de la sorte avec toi, précisa-t-il avant qu'elle ne lui demande de s'expliquer.

- Drago…

L'interpelé tourna à son tour la tête vers la jeune femme. Son regard attristé et rempli de remord électrisa son sang et dû la forcer de détourner les yeux.

- N'y pense plus, le rassura-t-elle. La situation a dégénérée et nous paniquions tous les deux, alors ta réaction était parfaitement compréhensible.

- Non, pas du tout. Tu étais dans la même situation que moi, et je ne me rappelle pas t'avoir entendu m'insulter comme je l'ai fait envers toi…

Elle tourna la tête afin de poser sur lui un regard plein de tendresse.

- Arrête, Drago, ce n'est pas grave… Ce devait sûrement être l'accumulation de stress, ou je ne sais quoi d'autre… Peu importe, cesse de te torturer encore plus que tu ne l'es déjà. C'est tellement superflu, comme tracas…

Drago ne répondit point, jugeant qu'elle devait sûrement avoir raison. Pourtant, il ressentait encore et toujours ces remords, cette impression qu'il ne connaîtrait jamais la meilleure façon pour la remercier de tout ce qu'elle avait fait pour lui… Ça le torturait, mais il n'avait pas l'intention d'abandonner.

- Aucun mot ne pourrait exprimer toute la gratitude que j'ai envers toi, déclara-t-il avec sincérité. Aucun mot n'est assez fort… Tu as tellement risqué, pour moi.

- Alors dans ce cas, tout dépendra des gestes que tu poseras, répondit-elle en lui adressant un sourire chaleureux.

Par là, elle avait insinué des choses se rapprochant de près ou de loin à Poudlard, dans leurs cours, pendant leurs études, bref, dans le cadre scolaire, mais elle s'empourpra bien rapidement lorsqu'elle réalisa l'imprécision de ses mots et tout ce qu'ils pouvaient sous-entendre. La couleur de sa peau tourna encore plus au cramoisi lorsqu'elle vit le petit sourire que Drago esquissa, ce qui ne s'accordait aucunement pas avec les réels propos qu'elle s'était voulue d'avancer. C'était clair, net et précis, elle s'était mal fait comprendre.

- Heu… Je… Je voulais plutôt… bégaya-t-elle en riant nerveusement. En fait, ce n'est pas ça que je voulais dire…

- Non, non, non, la coupa-t-il en ricanant très légèrement. T'as raison, parfaitement raison…

Progressivement, il avait cessé de rire, gardant ce même regard fatal et tendre qui pouvait parler bien plus ouvertement que les mots. Hermione doutait que sa capacité à supporter son regard ne se maintienne encore bien longtemps, mais quelque chose l'obligeait à le faire. Une impression que quelque chose d'anormal se produirait… Par Merlin, il était si beau…

- Tu me permets de te remercier à ma manière, Granger?

Elle savait pertinemment ce qu'il ferait, et c'est exactement cette raison qui la poussa à hocher la tête. Son corps était paralysé tandis que son cœur, lui, s'agitait plus que jamais, cet énorme contraste la déstabilisant au plus haut point. Elle crut alors d'abord et momentanément ne pas pouvoir supporter ce qui allait peut-être se produire, mais se ravisa bien rapidement lorsque Drago exécuta un premier mouvement.

De la plus extrême douceur, il redressa le haut de son corps à l'aide de ses coudes, puis fit pivoter son entière personne afin de se retrouver étendu sur son flanc, face à Hermione. Étant maintenant uniquement retenu d'un seul coude, il se rapprocha lentement d'elle en se glissant aisément sur la surface drapée de satin qui recouvrait son matelas, afin de finalement suspendre tout mouvement pendant plusieurs secondes. Il la toisa, silencieux, dégageant une quiétude enjôleuse qui la rendait de moins en moins apte à garder son calme. Après ce qui semblât être une éternelle éternité, il passa un bras par dessus la jeune fille afin d'aller rejoindre la surface libre qui s'étendait de l'autre côté de son corps, puis son torse se retrouva ensuite complètement au dessus du sien. Malgré l'espace qu'avait volontairement gardé Drago entre leur buste, tous deux pouvaient sentir qu'ils ne s'étaient jamais senti et retrouvé aussi près l'un de l'autre qu'à ce moment même. Même l'étreinte qu'ils avaient partagée un peu plus tôt dans la soirée n'égalisait pas ce geste, et pourtant, ils s'étaient complètement blottis dans leurs bras, sans retenue.

Ils entretenaient maintenant un ferme face-à-face, et Hermione avait l'envie saisissante d'entourer son cou de ses bras. Son cœur était en plein délire ; voir Drago ainsi perché au-dessus d'elle avec ses bras qui s'étendaient de chaque côté de sa tête, son visage qui était parfaitement aligné au sien, sa bouche qui reposait entrouverte, ses cheveux blonds qui dégageaient son front afin de pendre lascivement dans le vide… La folie qui avait saisie son cœur s'attisa alors encore plus lorsqu'elle vit enfin ses bras se plier afin de permettre à son visage de se rapprocher du sien. Bientôt, elle put sentir un léger chatouillement sur son front tendu, causé par les mèches de cheveux d'or pâle du jeune homme qui le balayait. Son attention rencontra cependant complètement la dérive lorsqu'elle ne vit plus qu'une masse indistincte et sombre devant elle, les traits du visage d'ange de Drago se brouillant complètement tellement il était rendu près du sien. Se laissant emporter par une vague d'impuissance, elle ferma les yeux, laissant le choc explosif de ses lèvres contre les siennes emplir tout son corps et sortir de sa peau sous forme d'un énorme frisson qui lui hérissa automatiquement le poil sur les bras.

Seulement Drago venait-il tout juste de poser ses lèvres contre celles d'Hermione qu'il en demandait déjà encore plus. Il laissa néanmoins leur bouche se presser délicatement l'une contre l'autre, savourant la chaleur exquise de l'humidité que tant de désir avait provoquée, puis releva que très minimement la tête, juste de sorte à ce qu'un infime demi centimètre ne sépare leurs lèvres. Derechef, il se rapprocha, capturant cette fois-ci sa lèvre inférieure entre les deux siennes qu'il pinça adroitement, la caressant du bout de la langue puis en se retirant avec une volupté poignante d'un simple levé de menton. Le minuscule gémissement qu'Hermione esquissa à cet instant le poussa aussitôt à répéter pour une troisième fois sa démarche, pour son plaisir et également pour le sien. Entreprenant alors une troisième plongée vers sa bouche délicieusement ouverte et suppliante, il s'éprit cette fois-ci de sa lèvre supérieure avec laquelle il joua sensuellement en faisant osciller faiblement sa tête dans tous les sens. Enfin, il releva son menton, quittant lentement son doux chenal en laissant leur bouche se défaire avec moiteur, puis replaça ensuite son visage de sorte à ce qu'il puisse regarder la Gryffondor droit dans les yeux lorsqu'elle reviendrait enfin à la réalité, chose qui semblait pour elle être une dure tâche à en juger par l'expression qu'elle affichait.

Vaquée de ce sentiment d'extase qui l'avait empli quelques secondes plus tôt et qui avait fait disparaître ce malaise de proximité, elle ressentit à nouveau cet inconfort s'éprendre de ses sens. Maintes et maintes fois, elle avait tenté, durant ce torride baiser, de faire voyager ses mains sur ses bras, dans son dos, dans son cou, mais elle n'avait jamais osé poser un tel geste sur son corps, le jugeant encore trop étranger à son égard pour se permettre une telle chose. Pourtant, Merlin sait à quel point ce moment l'avait ébranlé. Positivement, certes, mais il en restait qu'elle se mit à croire qu'elle ne pourrait jamais s'habituer à être aussi proche de Drago Malefoy. Était-ce une bonne chose ou non?

Ouvrant enfin les yeux, ils rencontrèrent incessamment ceux de Drago, eux qui la détaillaient avec la même ferveur qu'il avait employée lors de leur baiser. Longuement, ils se toisèrent, et Hermione sentait grandir en elle un feu passionnel qui, si elle n'aurait pas été aussi coincée dans sa gêne, l'aurait clairement poussée à l'embrasser de nouveau. Seulement, elle était consciente que ce qu'ils venaient de vivre n'était qu'une manière pour le Serpentard de la remercier… Tout de même, d'un élan indécis, elle porta sa main jusqu'à sa nuque, là où, du bout des doigts, se mit à caresser ses cheveux fous. Ce geste soutira un mince sourire au jeune garçon, mais il rompit soudainement toute la magie du moment en se retirant de son perchoir au-dessus d'Hermione pour se replacer sur le dos, juste à côté d'elle. La main de la jeune fille avait chuté sur son épaule et poursuit son chemin en caressant involontairement son bras, mais elle la retira bien rapidement en constatant que le blondinet n'en avait sûrement plus rien à faire…

Le temps passa, et Hermione se décida enfin à tourner la tête vers Drago ; il avait les yeux paisiblement fermés. Endormi?

- Bonne nuit, Drago…

Il ne répondit pas. Endormi.