Chapitre 18 – Afin d'y remédier


Un bruit sourd martelait répétitivement une surface, dérangeant ainsi la paisible mais légère inconscience dans laquelle Hermione avait plongée. De la pluie qui boxait contre la fenêtre? Qu'importe. Se sentant aussi amorphe qu'un corps mort, elle garda tout de même les paupières closes en tentant d'ignorer l'agressant son qui ne cessait de s'abattre dans ses oreilles. Elle sentait son corps entièrement endolori et courbaturé, accusant aussitôt sa courte aventure sur le plancher de la chambre durant la nuit. Bien évidemment, elle s'était doutée qu'elle en subirait des dégâts, mais la vive douleur qui électrisa son dos lorsqu'elle esquissa un faible mouvement de déplacement dépassa largement ses attentes, lui arrachant une grimace patraque.

En venant au fait qu'elle n'aurait pas la possibilité de se rendormir, elle ouvrit de peine et de misère les yeux, découvrant devant elle une place vide et découverte. En temps normal, elle aurait dû y voir Drago… Inquiète à l'idée de se retrouver seule, elle se redressa brusquement dans le lit en parcourant la chambre d'un regard rapide et bref, ignorant le gros bourdonnement qui avait monté à sa tête. Le Serpentard n'y était pas non plus. C'est alors que le bruit étouffé qui l'avait tiré de son sommeil se démystifia, lui accordant maintenant plus d'attention qu'elle ne l'avait fait. Il provenait de la salle de bain, derrière la porte fermée, et la jeune fille détermina que ce devait être l'eau de la douche qui coulait. Pas de doute là-dessus, c'était le blondinet qui était simplement en train de se rafraîchir. Plutôt une bonne initiative, quand elle repensait au salissant périple qui les avait fait migrer jusqu'ici. Après avoir trébuché dans la neige et sur un sol rocailleux, rampé sur cette même surface, s'être agenouillée contre un plancher de bois moisi et poussiéreux, s'être pelotée contre les murs afin de se dissimuler et maintes autres choses encore, elle réalisa que peut-être une petite douche pour elle également ne serait pas de trop. Seulement, compte tenu de la situation actuelle, la chose qui primait le plus dans ses objectifs était bien de sortir d'ici le plus rapidement possible avant qu'elle ne se fasse découvrir.

Hermione s'était laissée tomber, retrouvant la silhouette de son dos qui s'était imprimée en creux contre le matelas qu'elle comparerait certainement à un véritable nuage. N'empêche, ce nuage ne lui avait pas permis d'être dispensée de son atroce mal de dos… Relâchant un long et bruyant soupir, elle ne put combattre la vélocité de ses yeux qui se refermèrent aussitôt. Son avant-bras alla rapidement s'écraser contre eux, voulant à tout prix faire disparaître l'éclatante lumière du soleil qui transperçait aisément la draperie qui couvrait la fenêtre et qui l'aveuglait. Ses rayons étaient même si puissants que la chaleur qu'ils dégageaient chauffait la surface de ses cibles au travers du rideau. Hermione avait déjà chaud, elle ne voulait pas en plus avoir l'impression d'être dans un vif brasier! Tous ces petits obstacles qui empêchaient le prolongement de son sommeil devaient sûrement être un signe afin de lui faire comprendre que la journée n'allait pas être de tout repos…

Un furtif éclair traversa alors sa tête : ce baiser, cette nuit, avec Drago… Les pensées d'Hermione se tournèrent entièrement vers ce moment intense et particulier qu'ils avaient partagé dans un égal et lucide consentement. Elle ne savait cependant qu'en dire. Bien sûr, ce baiser avait été profondément plaisant et suave, mais elle doutait fort de la raison pour laquelle il avait eu lieu. Drago l'aurait-il vraiment embrassé avec autant de passion et d'intensité simplement pour lui démontrer qu'il était reconnaissant envers ce qu'elle avait fait pour lui? Selon lui, les mots n'auraient pas assez puissants pour le lui exprimer… mais un baiser avait-il vraiment lieu d'être dans ce cas-ci? D'une part, elle doutait réellement de la raison qui avait poussé le jeune homme à faire ça, mais d'une autre, elle ignorait quelle explication il pourrait bien le justifier. Non, il ne pouvait pas avoir de sentiments envers elle, c'était certain… Pourtant, elle en avait envers lui, mais quelque chose lui disait qu'il ne pourrait jamais y avoir quelque chose de fort entre eux. Du moins, ça, c'était avant qu'ils s'embrassent…

Un bruit indistinct et moindre s'éleva soudainement parmi le ronronnement monotone que provoquaient les gouttelettes dans la douche, la forçant à se redresser de nouveau. Hermione se retira prestement d'en dessous des couvertures tout en faisant bien attention de ne pas faire de bruits, craignant que ce soit Lucius qui serait de l'autre côté de la porte. Si elle avait le malheur de se faire voir… Tout aussi rapidement, elle alla rejoindre la cape d'invisibilité qu'elle avait laissée sur le sol et se mit à la déplier avec ardeur et avec la forte intention de se cacher en dessous. Puis, cessant tout mouvement pour rester attentive, elle fut surprise de constater que, après s'être répété, le bruit provenait de la salle de bain. C'était Drago qui faisait ça? Sans plus tarder, elle s'avança vers la porte en laissant retomber la cape à ses pieds puis prêta oreille. Un faible et bref gémissement… puis un souffle court sèchement interrompu… Ça ressemblait à… Non, impossible.

D'un bond, elle alla plaquer son oreille contre le bois frais de la porte, puis patienta. Entre les multitudes de gouttelettes qui piochaient contre le sol, son doute se confirma en entendant une troisième fois ce qu'elle avait douté être.

Drago pleurait.

Choquée, Hermione appliqua encore plus de pression sur sa tête en espérant bientôt que son oreille traverse la porte. Elle n'arrivait pas à se faire à l'idée que de l'autre côté du battant, Drago Malefoy était en train de pleurer, éprit d'un désespoir trop grand pour garder ce lourd fardeau en lui. Oui, elle savait bien qu'il était humain, mais jamais elle ne l'aurait cru capable de pleurer. Trop longtemps elle avait gardée de lui une image totalement froide, impassible, cruelle et perfide, et voilà que maintenant, elle se retrouvait témoin d'une surcharge d'émotions… Elle n'arrivait tout simplement à le croire.

Une troisième fois, un léger sanglot s'éleva, provoquant chez Hermione une vague de pitié titanesque. L'envie de défoncer la porte et d'aller le rejoindre afin de le consoler la submergeait, mais plusieurs raisons évidentes l'en empêchaient. Entre autre, parce qu'il était, en ce moment, complètement nu sous la douche, mais aussi par respect envers son intimité. Sûrement croyait-il actuellement la jeune fille en train de dormir, et il deviendrait sûrement rouge de honte et de colère à la savoir collée à la porte en train de l'écouter de manière un peu trop attentive. D'ailleurs, l'idée d'aller se recoucher et de faire comme si elle n'en avait jamais rien su lui traversa l'esprit, mais elle se ravisa vu la singularité du moment. Vraiment, Drago Malefoy, en train de pleurer? Même lorsque sa tête menaça d'éclater sous le poids qu'elle y avait ajouté, elle restait là, voulant entendre un sanglot de plus et ce, uniquement pour se permettre de confirmer pour la énième fois qu'il s'agissait bien de Drago Malefoy qui pleurait dans sa salle de bain, démuni.

Hermione était si concentrée dans son activité qu'elle ne broncha aucunement lorsque les sanglots cessèrent. Encore là, elle pouvait l'entendre renifler, ouvrir la portière de la douche, en sortir, sécher grossièrement ses cheveux en les frottant sûrement contre une serviette, se rapprocher avec un petit bruit de succion contre le plancher… et ouvrir le battant sur lequel elle avait la tête littéralement plaquée.

Basculant dans le vide, mais surtout, réalisant dans quelle situation elle venait de se faire prendre, Hermione se mit à battre frénétiquement des bras afin de ne pas s'effondrer sur le jeune homme qui avait sursauté en l'apercevant. Elle posa rapidement un pied bien à plat contre le sol devant elle, espérant que ça soit suffisant pour ne pas perdre totalement l'équilibre, et s'aida en plus en se retenant par l'arche de la porte ouverte. Bras tendus contre le mur à gauche et à droite, elle avait enfin retrouvé une position solide. Oh, par Merlin… Tête baissée, elle pouvait voir que Drago se tenait devant elle, immobile – du moins, de la taille jusqu'aux orteils – et le moment décisif où il faudrait qu'elle croise son regard se faisait largement désirer. Elle ne savait pas si c'était l'effet de son imagination, mais elle avait même l'impression que ses doigts de pieds étaient devenus écarlates…

Forçant un air naturel, elle releva la tête et s'obligea automatiquement à se recroqueviller sur elle-même en voyant dans quel état elle venait de le mettre. Non pas seulement ses orteils étaient d'un rouge vif, mais son visage en entier également, y comprenant ses yeux. Même si elle ne s'autorisa pas à baisser les siens sur son torse nu, elle pouvait facilement constater que cette partie de son corps également était de cette même couleur. Avait-il pris une douche particulièrement brûlante, ou était-ce la colère qui l'avait rendu aussi pigmenté qu'un Boutefeu Chinois?

- Mais qu'est-ce que tu fabriques là?! précipita-t-il.

Visiblement, il ne paraissait pas trop enchanté à l'idée de s'être fait entendre. Hermione rendit les derniers honneurs à sa nervosité puis affronta son regard révolté.

- Eh bien, j'allais me rendre au petit coin…

- Alors que j'étais dans la douche?

- J'attendais…

- …l'oreille plaquée contre la porte?

Prise sur le fait. Sentant le sang lui monter à la tête, la jeune Gryffondor se renfrogna. Étonnamment, Drago ne semblait pas particulièrement en colère, mais plutôt bredouille et humilié. Sûrement avait-il passé le cap de s'énerver pour un rien puisque pire l'attendait dans les prochains jours.

Cette fois-ci, Hermione n'avait absolument rien à répliquer. Elle aurait beau s'excuser, mais elle ne ferait que le convaincre de son indiscrétion, tandis que si elle continuait de nier la réalité de l'incident, ça ne ferait que le mettre en rogne. Elle opta alors pour le silence, jugeant qu'il serait le meilleur issu afin de ne pas alourdir la situation. En outre, Drago aussi sembla également gratifier le non verbal, car il n'ajouta pas plus de mot qu'Hermione ne l'avait fait. Seulement, contrairement à elle, il la dévisageait avec l'envie démesurée de la convaincre que ce qu'elle avait entendu dans la salle de bain n'était pas vraiment ce qu'elle en avait déduit, trop embarrassé.

Rejetant finalement toutes excuses, il la contourna afin de pénétrer dans sa chambre. La Griffon le suivit du regard, pivotant sur elle-même lorsqu'il avait frôlé son bras de son torse nu. Ses yeux avaient automatiquement fait nid sur son dos cagneux et blafard qui s'était offert à eux, détaillant ses épaules graciles jusqu'à ses reins, tandis que le Serpentard se dirigea vers une armoire à linges placée tout près de son lit. Il l'ouvrit puis se mit à farfouiller énergiquement dans le bazar qui l'encombrait, ignorant le regard de la jeune femme qu'il sentait peser sur sa personne. Au bout de quelques secondes, n'entendant aucune porte se fermer, il suspendit ses gestes, regarda par dessus son épaule et s'empourpra en réalisant qu'elle se tenait encore à la même place à l'observer. Hermione elle-même ne s'en était pas rendue compte.

- Tu regardes quoi comme ça? demanda le Serpentard, incommodé. Tu y vas, au petit coin? ajouta-t-il dans l'espoir de gagner ne serait-ce qu'un peu d'honneur dans son moment de solitude.

La jeune femme sortit alors de sa torpeur puis disparut derrière la porte de la salle de bain aussi rapidement qu'une flèche, s'y adossant par la suite. Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris? Elle était restée là, immobile, à toiser son corps dans un manque total de convenance, et ce, sans aucune subtilité! Qu'allait-il penser, maintenant? Elle se rassura cependant en ce disant que Drago devait sûrement se dire la même chose en ce moment, mais uniquement par pour la même raison…

Après s'être assuré qu'Hermione ait quitté la pièce, le blondinet soupira bruyamment en laissant lâchement tomber sa tête vers l'avant, contre une tablette de son armoire. Il se traita de tous les noms. Comment diantre avait-il pu se laisser aller de la sorte alors que Granger n'était que de l'autre côté du mur? Voilà maintenant qu'il passait pour une chochotte! Il avait honte, tellement honte qu'il en rougissait encore, même seul, même à l'écart de son regard qui pouvait voir trop de choses… Mais c'était si difficile de gérer tout ça, de penser aux jours prochains, d'imaginer ce qu'il sera devenu dans moins d'une semaine… Et en plus, avec elle chez lui…

Drago se ressaisit puis tenta de libérer ses pensées, se devant de garder la tête haute suite à la sévère chute de son amour-propre. Relevant la tête, il poursuivit sa recherche dans son armoire, puis en sortit finalement un simple chandail à manches longues et à col en « V », ainsi qu'un pantalon de denim foncé qu'il enfila en vitesse avant qu'Hermione ne ressorte de la salle de bain. Négligemment, il lança sa serviette sur son lit puis alla s'y asseoir, massant avec ardeur ses petits yeux devenus boursoufflés par les larmes. Plus ou moins une minute plus tard, la Gryffondor sortit de la pièce d'à côté puis s'avança timidement dans la chambre, les mains jointes derrière son dos.

Levant un sourcil dubitatif, Drago la considéra quelques instants.

- Ça ne se tire pas, chez les Moldus, une chasse d'eau? fit-il, douteux au sujet de sa courte visite dans la salle de bain.

En fait, il savait pertinemment qu'elle y avait été uniquement sous prétexte d'avoir eu une raison de se tenir à côté de la porte pendant qu'il était dans la douche. Il n'était pas bête, tout de même. N'empêche, Hermione esquissa une petite exclamation surprise et idiote puis fit demi tour afin d'exécuter le souhait du Serpentard, ricanant pour elle-même en réalisant qu'elle tirait la chasse d'une toilette inutilisée. Revenant sur ses pas, elle retourna au point exact qu'elle avait quitté avant l'intervention du blondinet, puis reprit exactement la même pause. Tandis qu'elle le toisait avec inconfort, lui, il fixait le parquet avec un intérêt particulier.

- Il faudrait peut-être tenter de trouver un moyen pour toi de retourner à Poudlard au plus vite, déclara Drago avec hâte de briser cette ambiance d'enterrement.

Hermione s'autorisa à aller le rejoindre sur le lit. Elle hocha la tête.

- Tu y as réfléchi? quémanda-t-elle en fronçant les sourcils.

- J'y travaille. J'ai la tête à un peu trop d'endroit, en ce moment. C'est assez exigeant.

Tous deux se mirent à réfléchir.

- En se basant sur ton niveau intellectuel, tu pourrais transplaner! s'illumina Drago, un sourire niais mais vainqueur aux lèvres.

Agacée par cette réplique qu'elle avait entendue trop souvent et qui, pourtant, devait être fortement et incontestablement bannie des pensées de chacun des sorciers et sorcières qui fréquentaient Poudlard, la jeune femme roula les yeux en soupirant, blasée.

- « L'histoire de la magie » manque à ta culture générale, Drago, alors je me fais un déplaisir de te signaler que transplaner est absolument impossible dans l'enceinte de Poudlard. Tout le monde devrait le savoir.

Le fautif se renfrogna.

- Et détrompes-toi, mon « niveau intellectuel » ne me permet pas d'en faire autant, s'embrunit-elle, furibonde.

- Tu me fais marcher, là? anticipa-t-il avec raillerie.

Hermione le fusilla du regard. S'il avait l'intention de se moquer d'elle, elle trouverait bien le moyen de lui faire ravaler son sourire de ravissement.

- Es-tu en train de me dire que je suis capable de faire quelque chose dont toi, tu n'es pas capable de faire?

- Ce n'est aucunement le fait que je ne suis pas capable de le faire, s'empourpra-t-elle, c'est uniquement qu'à l'occasion, j'oublie un bras ou une oreille… ou j'arrive uniquement à déplacer une jambe…

Le Serpentard pouffa sous l'expression d'indignation totale de la jeune femme. Croisant étroitement les bras autour de sa poitrine, elle ne put réprimer bien longtemps un petit rictus amer qui lui donna un air à la McGonagall. Pourquoi s'irriter pour si peu? D'une manière ou d'une autre, c'était si réconfortant de voir Drago s'esclaffer de la sorte que de rire avec lui ne pourrait qu'alléger l'ambiance. Son rire fut cependant interrompu par un grondement sourd et désagréable qui provenait de son estomac. Le jeune homme contempla le responsable de l'étrange son avec effarement, puis réalisa que lui aussi était en train de se ronger l'intérieur. Les événements avaient tellement été surchargés en émotions de toutes sortes qu'ils avaient complètement mis de côté leur pauvre ventre qui criait famine.

Peu longtemps après, Drago avait parcouru l'entière distance entre sa chambre et le rez-de-chaussée à pas de souris avec l'idée de se rendre à la cuisine afin de ramener quelque chose à manger dans sa chambre. Aucune raison formelle ne le poussait à s'exécuter avec autant de discrétion, mais il ne voulait simplement pas perdre la chance de tomber, par pur hasard, sur une conversation d'aspect privée dont les informations pourraient peut-être lui venir en aide dans sa mission évasion qu'il se devait d'accomplir pour Hermione.

Il venait tout juste de quitter la dernière marche du gigantesque escalier que son regard alla immédiatement se poser sur le portoloin au dessus de son foyer. Non, ce n'était même pas la peine d'y penser, c'était absolument certain qu'aucune réaction ne s'engendrerait s'il tentait de l'utiliser, comme lors de leur arrivée. De toute façon, la journée étant à son zénith, les passages dans le manoir se faisaient beaucoup plus fréquents, donc rendaient impossible d'amener la Gryffondor jusqu'à l'objet. Pénétrant alors sous l'énorme arche que formait l'union des deux escaliers qui caressaient les murs opposés, il ne put s'empêcher de penser que c'était là qu'avait eu lieu le début de sa folie qui l'avait poussée à insulter son amie… et également à l'embrasser par la suite. Mais au diable ces pensées, il était d'abord et avant tout descendu afin de ramener de quoi se nourrir un peu.

Adoptant continuellement cette même discrétion dans ses pas, il dû traverser une longue pièce dans toute son étendue avant d'enfin entendre des voix s'élever. Bien évidemment, puisque seuls ses parents vivaient ici à l'exception de lui-même et quelques elfes de maison, se furent les voix de Lucius et Narcissa qui s'éclaircirent au fur et à mesure qu'il s'avançait vers la cuisine. Il n'avait pas l'intention d'emprunter l'attitude d'un fouinard en se faufilant en douce et ainsi risquer se faire prendre la main dans le sac, mais plutôt se faire discret en s'approchant d'une lenteur exagérée de la cuisine dans l'espoir d'entendre un maximum de leur conversation – si elle s'avérait être d'une juste utilité – avant d'y faire irruption.

- …dans mon bureau, et mène directement sur le Chemin de Traverse, fit la voix de Lucius. Tu le sais, les autres sont tous bloqués.

Drago freina encore plus son pas, sentant un pincement dans sa poitrine. Quelle chance! Il arrivait directement au moment où quelque chose d'intéressant risquait de sortir de leur bouche! Conscient que ses parents risquaient de l'apercevoir à tout moment, il envoya promener ses précautions de subtilité puis se plaqua contre le mur, juste à côté du cadre de porte qui s'ouvrait à la cuisine. Il tendit l'oreille.

- Une vigilance de trop, si tu veux mon avis, fit la voix doucereuse de sa mère. Notre fils n'est pas un idiot téméraire, Lucius, il aurait très bien su ce que l'idée saugrenue de repartir d'ici aurait provoqué.

- Ce n'était qu'une précaution de plus, tu le sais, chérie, poursuit son père.

- Une précaution? Invalider tous les portoloins, désactiver le réseau de cheminée, installer des Mangemorts autour du périmètre du manoir… Ne crois-tu pas que c'est un peu abusé? Tu aurais simplement dû mentionner dans ta lettre qu'il serait impossible pour lui de repartir, sous peine de graves conséquences…

- Je n'ai pas eu à le faire, il le sait déjà. Comme tu dis, notre fils n'est pas un idiot téméraire, il est intelligent. Tu vois, même malgré les doutes communs qui nous rongeaient, il a réussi à arriver ici par lui-même. Si ce n'est pas de la volonté, j'ignore ce que c'est!

- Lucius, j'ai l'impression d'être prisonnière de ma propre maison, et en plus de ça, comment crois-tu que Drago perçoit toute cette situation? Lui qui s'est mis à avoir des doutes sur sa décision, le minimum serait peut-être de lui donner l'illusion d'une certaine liberté en débloquant les voies de sortie!

- Pour lui donner une chance d'agir sous une pulsion d'affolement et de le voir s'enfuir? Il n'est pas question que je vois mon fils périr des mains de notre maître.

- Tu sais aussi bien que moi que cette idée ne lui traversera même pas l'esprit.

Assez. Avait-il bien compris? Les mesures de sécurité afin d'éviter sa fuite avaient été un peu trop poussées à son goût et l'insulta considérablement. Peut-être n'avait-il pas l'âme du plus courageux sorcier du monde de la magie, mais il n'était pas un lâche de première classe qui agirait comme une andouille sur un coup de tête! Du moins, de son avis personnel. Et puis ces doutes, ces inquiétudes, que ses parents avaient eus à son sujet… Pourquoi avait-il l'impression de n'être qu'un raté? Pourquoi avait-il l'impression d'être un fardeau pour Lucius et Narcissa? Et par dessus tout, pourquoi était-il convaincu toute cette démarche n'était qu'une grossière erreur, et que Drago ne serait aucunement en mesure d'accomplir les tâches qu'un Mangemort se devait d'accomplir?

Se ressaisissant, il ramena ses pensées sur le droit chemin. Se remémorant les toutes premières paroles qu'il avait entendues de la bouche de son père, il jubila intérieurement. L'homme avait mentionné son bureau, et ensuite introduit le fait qu'ils étaient « tous bloqués »… Aucun doute, il voulait certainement parler des portoloins. Donc s'il avait bien compris, un portoloin dont l'accès était encore libre se trouvait actuellement dans le bureau de son père!

Plus ou moins satisfait de ce qu'il venait d'entendre, il quitta rapidement les lieux, remontant quatre à quatre les marches qui le menèrent à l'étape du dessus. En moins de trente secondes, il se tenait maintenant au centre de sa chambre, en compagnie d'Hermione qui était en train de s'auto digérer.

- Pas de pancakes, ni d'omelettes? Et les rôties, les tartines, et les brioches?

- Granger! se lança-t-il. Je crois avoir trouvé le moyen de te sortir d'ici! Aujourd'hui même, en plus!

Ce n'est qu'après avoir prononcer sa dernière phrase qu'il remit aussitôt en question ses paroles. Avait-il vraiment envie de la voir partir aussi tôt?

Quant à Hermione, c'était comme si sa faim venait tout juste de prendre ses jambes à son cou. S'arrachant du livre dans lequel elle avait plongé durant l'absence de Drago, elle glissa ses pieds sur le sol en gardant ses fesses contre le lit puis lui adressa un sourire avide d'information. Bien que la panique de la situation s'était largement étouffée, n'en restait-il qu'elle se sentirait bien mieux à l'idée de se trouver à Poudlard plutôt qu'au manoir des Malefoy, repère de Mangemorts et de Sang-pur hostile à sa race dite inférieure.

Sentant l'impatience de la jeune fille, il laissa son angoisse de côté puis lui expliqua brièvement et en surface la conversation qu'il avait surpris. La jeune femme était restée accroché à ses lèvres durant tout son récit.

- Donc, si je comprends bien, calcula Hermione, tu es en train de me dire que nous devons nous rendre dans le bureau de ton père?

- Bien évidemment, puisque je viens de dire que le seul portoloin accessible se trouve là! approuva le blondinet avec frénésie. Tu vois peut-être d'autres alternatives?

- Non, bien sûr que non. C'est juste que me retrouver dans l'office de Lucius ne rend pas la chose plus sécuritaire. J'ai un mauvais pressentiment, Drago… Il risquerait de débarquer à tout moment!

- C'est un risque à prendre, Granger. C'est ça, ou bien tu attends patiemment que je reçoive la marque des Ténèbres pour que nous revenions ensuite main dans la main à Poudlard.

Hermione grimaçait, inquiète et que très peu convaincue. Son front était barré d'un grand pli et elle jouait nerveusement avec ses mains. Drago roula les yeux, lassé, puis s'approcha d'elle. Abruptement, il s'accroupit en rejoignant ses fesses à ses mollets puis déposa ses avant-bras contre ses propres genoux. De cette position, son regard pouvait presque égaliser celui de la jeune femme qui le regardait encore avec ce même tracas dans les yeux.

- Ça va marcher, la rassura-t-il avec douceur. On ne va y rester qu'un très court moment, il s'agit uniquement de toucher un portoloin!

- Un portoloin dont nous ignorons totalement l'apparence.

Juste. Il avait beau avoir entendu son père mentionner un tel objet, mais jamais il n'avait précisé ce à quoi il pouvait bien ressembler. Avouant n'avoir pas penser à ce mince détail, il détourna son regard, pensif, tandis qu'Hermione se sentit déjà rassurée de le voir près d'elle, ainsi, à tenter d'en faire autant.

- De toute façon, tu n'as aucun souci à te faire puisque tu vas avoir la cape d'invisibilité sur la tête, pas vrai?

- Oui, c'est juste, mais imagine-toi un peu que Lucius fasse irruption dans la pièce et qu'il t'y voit, d'apparence seul. Je doute fort bien que les conclusions qu'il en tire soient bénéfiques pour ta personne dans de telles circonstances.

Drago soupira.

- Je croyais t'avoir dit de ne pas t'en faire pour moi.

- Tu peux bien dire ce que tu veux, mais c'est de mise. La priorité n'est pas uniquement ma sécurité, mais bien la nôtre.

Il avait beau être en désaccord avec son avancement, il garda tout de même son avis pour lui-même, n'ayant aucunement l'envie ni le temps de s'aventurer dans un tel débat. La considérant quelques instants, il réfléchissait à toute allure à ce qu'il pourrait bien évoquer comme argument afin qu'elle accepte de se lancer dans cette quête.

- Granger, c'est l'unique solution, s'entêta-t-il. De plus, les chances que mon père entre dans son bureau au même moment où nous y serons sont très minces.

- Tout porte à croire que tu as hâte de te débarrasser de moi! lança-t-elle en esquissant un rictus malaisé.

- Tout porte à croire que j'ai hâte que tu te retrouves enfin en sécurité, renchérit-il du tac au tac, et ça, ce n'est sûrement pas dans mon manoir que ça sera le cas.

Décisif, il s'était relevé et dirigé vers la porte de sa chambre, laissant une Hermione de plus en plus rassurée derrière elle. Une fois rendu, Drago pivota sur sa personne, s'adossa contre la porte puis se mit à taper du pied, impatient. Il ignora volontairement le sourire touché qu'elle s'était collée au visage.

- Alors tu te lèves, tu prends tout ce qui t'appartient et tu me suis. Son office se trouve sur le même étage que ma chambre, alors le voyage sera court.

La Gryffondor se laissa finalement convaincre et s'exécuta. La cape d'invisibilité sur la tête, elle suivit Drago dans les grands couloirs qui serpentaient le second étage sur laquelle ils se trouvaient. Son cœur battait à tout rompre, craignant toute encombre qui aurait le malheur de leur nuire, mais de suivre un garçon aussi ferme et résolu que lui l'apaisait considérablement. Ainsi, il voulait d'abord et avant tout qu'elle se rende à destination saine et sauve… Amusé par cette situation renversée, elle ricana muettement en réalisant finalement qu'elle n'avait plus rien à craindre.

Ça, c'était avant que Drago ne s'arrête brusquement en plaquant le corps invisible d'Hermione contre son dos afin de l'arrêter de tout mouvement. Alertée, elle étira son cou par dessus l'épaule du jeune homme et fut horrifiée de voir que Lucius venait tout juste de pénétrer dans l'exacte pièce où ils se devaient d'aller. Heureusement, il ne semblait pas avoir vu son fils à l'angle du couloir qu'ils venaient tout juste de franchir. Après avoir entendu la porte se refermer derrière Malefoy senior, Hermione découvrit son visage de la longue cape.

- Génial, souffla-t-elle avec ironie. Maintenant, on fait quoi?

- Attendons un peu, répondit-il en se retournant, employant le même faible ton qu'elle. Peut-être qu'il va en sortir bientôt.

Ils attendirent ainsi pendant plus de dix minutes, et Lucius n'en était pas sorti. En fait, aucun bruit n'avait été entendu de la pièce durant tout ce temps.

- Drago, il faut se rendre à l'évidence : il n'a pas l'intention d'en sortir bientôt! déclara Hermione avec nervosité. Retournons dans ta chambre, s'il te plait.

- Attends, fit-il en restant attentif. Reste là.

Il aurait aussi bien pu lui ordonner de le suivre qu'elle n'aurait pas bougé le moindre membre de son corps, le moment étant trop précaire pour se lancer dans la gueule du loup. Sur la pointe des pieds, il s'avança vers la porte de la pièce, longeant le mur avec prudence et vigilance. Puis, sous le regard scandalisé d'Hermione, Drago posa une main sur la poignée de la porte, la tourna silencieusement et ouvrit le battant.

- Par Merlin, mais qu'est-ce que tu fais! souffla-t-elle d'une voix étouffée.

Mais Drago ne l'entendait pas, ou plutôt ne lui accordait pas la moindre attention, puis entra définitivement dans la pièce. La jeune fille se figea, affolée, puis attendit. Les secondes s'étirèrent démesurément et la tête du blondinet surgit alors du cadre de la porte, un sourire goguenard fendant son visage jusqu'aux oreilles.

- C'est ce que je pensais, s'autorisa-t-il de s'exclamer d'une voix un peu plus forte. Mon père n'est pas là, il a sûrement utilisé le portoloin pour quitter les lieux.

Évacuant sa lourde charge d'inquiétude en un soupir rasséréné, elle alla le rejoindre dans la pièce puis ferma la porte derrière elle. Précipitemment, elle se débarrassa de la cape.

- Espèce de grand cinglé! s'outra-t-elle en serrant les poings. Tu aurais eu l'air de quoi, d'entrer comme ça dans son bureau s'il avait encore été présent?!

- Tu vois bien que ce n'est pas le cas, expliqua-t-il avec détachement, alors ce n'est pas la peine de réfléchir à la situation inverse.

Hermione roula les yeux, atterrée par son idiote impulsivité qui aurait pu lui coûter bien des soucis. Elle reporta ensuite son attention autour d'elle, réalisant qu'elle se trouvait dans une sorte de paradis terrestre. Balayant la pièce d'un regard circulaire, elle détaillait les murs entièrement jonchés de bouquins de toutes sortes avec des étoiles scintillantes dans les yeux. Béate, elle s'avança avec deux bras mous de chaque côté de son corps, mais se ressaisit bien rapidement en réalisant qu'elle n'avait aucunement le temps de s'y attarder. Tout de même, elle se dirigea vers une des étagères en se trouvant particulièrement attirée par un des multiples et étranges objets dorés de ce qui semblait être une collection.

- Pas de temps à perdre, déclara Drago en épluchant la pièce de ses yeux, il faudrait commencer à cherch…

Lorsqu'il se retourna afin de s'adresser directement à Hermione, elle n'y était plus. Partie. Il ne restait plus que la cape d'invisibilité qui gisait contre le sol à l'endroit qu'elle avait précédemment occupé. Incrédule, il se mit à agiter la tête dans tous les sens, la cherchant dans tous les recoins de la pièce, mais non, elle n'y était plus.

- Granger? éleva-t-il sans recevoir de réponse.

C'est alors qu'une boule lui serra la gorge : elle avait sûrement trouvé le portoloin… Non, en fait, elle l'avait trouvé, sans aucun doute. Vaqué de toute émotion à l'exception d'un certain dégrisement, il s'avança nonchalamment vers le tapon sur le sol, puis prit la cape entre ses mains. Longuement, il la fixa. Il n'aurait jamais cru que son départ s'effectuerait aussi rapidement et ce, sans le moindre au revoir… Voilà qu'il était maintenant entièrement livré à sa propre personne, faible, lâche, et craintif, sans aucun support, sans Hermione.

S'était-elle bien rendue sur le Chemin de Traverse? Était-ce vraiment là où le portoloin menait, d'abord? Était-elle maintenant en sécurité, sur le point de retourner entre les murs sécuritaires de Poudlard? Il ne le saurait qu'à son retour, mais déjà, il sentait son âme se faire gruger encore plus rapidement qu'avant son départ subit.