Chapitre 19 - Deux couteaux sous la gorge
Une tempête incessante la secouait dans tous les sens tandis que son corps était en chute libre dans un abîme total. Apeurée, Hermione crispa ses paupières afin de se protéger de ses cheveux rageurs qui battaient dans tous les sens à cause du vent et qui les menaçaient de lui crever les yeux. Puis, soudainement, elle se fit expédier de ce trou noir pour finalement aboutir droit contre une étagère qui se mit à vaciller sous le choc. Retombant mollement sur un sol poussiéreux qui en était presque moelleux, elle entendit quelques objets fragiles tomber et se briser, la forçant à se protéger la tête au cas où l'un d'entre eux ne se fracassent sur sa personne. Elle resta accroupie quelques instants en formant de son corps une sphère presque parfaite, attendant que le dernier objet instable ne se décide à chuter, puis elle dût contenir un vif éternuement provoqué par la saleté repoussante du plancher qui chatouillait ses narines. Deux, trois, quatre fois, elle toussota, puis se redressa enfin sur ses genoux en posant autour d'elle un regard totalement perdu. Qu'est-ce qui s'était passé? Où venait-elle d'aboutir?
Une exclamation de protestation s'éleva alors. Sur le qui-vive, elle rampa à toute vitesse derrière un petit meuble de rangement afin de se cacher. Peu importe où elle avait débouché, quelque chose lui indiquait clairement qu'elle ne devrait pas se trouver là. Ces pensées durent sûrement s'engendrer en voyant tous les objets sinistres et de magie noire qui regorgeaient de partout dans la pièce. L'analyse qu'elle était en train d'élaborer s'interrompit vivement lorsqu'elle entendit et vit un vieil homme grincheux descendre des escaliers qui semblaient être en très mauvais état. Énervée, elle ramena rapidement ses jambes sur sa poitrine en les entourant de ses bras, gardant un œil subtil sur l'homme qui scrutait la pièce de son air avare sans se soucier des craquements inquiétants que son poids provoquait.
- Il y a quelqu'un? croassa-t-il.
Hermione espérait de tout cœur qu'il ne remarquerait pas ce que sa brusque apparition dans la pièce avait provoqué comme dommage. Dans le cas contraire, il s'avancerait sûrement dans cet espèce de sous-sol afin d'y chercher une explication, et ainsi, la jeune fille se ferait clairement voir. À cette pensée, elle se mit à palper le sol de ses mains, cherchant avidement la cape d'invisibilité d'Harry, mais paniqua en constatant qu'elle ne l'avait pas suivie dans son voyage. Heureusement pour elle, le vieillard rechigna quelque chose d'inaudible puis remonta à l'étage supérieure en la laissant seule de nouveau.
Ayant retenu son souffle pendant tout ce temps, elle s'étendit lâchement sur tout son long en évacuant son énième gros soupire de la journée. Drago devait être aussi surpris qu'elle de constater qu'elle n'était plus à ses côtés… Elle ressentit un douloureux pincement au cœur. Maudissant la curiosité qui l'avait amenée à toucher l'objet si intriguant qui l'avait projeté dans cette place inconnue, elle se releva en dévisageant grandement les alentours d'immonde apparence. Elle n'avait aucune idée d'où elle pouvait bien être.
Tout à coup, elle entendit, à l'étage d'au-dessus de sa tête, une porte s'ouvrir et se refermer en activant une petite clochette. Une boutique? Était-elle dans le sous-sol d'une boutique? Voilà qui serait bien gratifiant puisque sa présence ne serait dans ce cas pas perçue comme étant illégitime. Cependant, si son propriétaire l'apercevait sortir de sa cave, peut-être devrait-elle faire face à quelques problèmes. Son doute au sujet de son emplacement se confirma lorsqu'elle entendit la voix du même homme qui était descendu quelques secondes plus tôt proposer son l'aide au nouvel arrivant dans la bâtisse. Diantre, quel était dont ce magasin pour être dans un état aussi mauvais et stocker un tel genre de matériel?
Allégeant ses pas, elle se dirigea vers l'escalier afin de tenter d'éclaircir ses doutes restants. Au fur et à mesure qu'elle s'approchait, les deux voix se clarifièrent afin de s'éteindre aussitôt ensuite, s'éloignant sûrement vers le fond du magasin. Elle s'autorisa donc à gravir quelques marches en tentant d'évoquer le bruit le moins puissant que son poids le lui permettait. Lorsque ses yeux arrivèrent enfin à la hauteur du plancher du rez-de-chaussée, elle parcourut sa surface rapidement et fut soulagée de voir que la porte d'entrée se trouvait pratiquement à côté d'où elle se trouvait. Outre ce détail pratique, elle pouvait voir, sur les rayons du magasin, tout plein d'effroyables objets tels que des têtes réduites, des araignées vivantes grouillant dans des bocaux, des chandelles d'aspect assez louche qui lui donnaient la nette impression qu'elles étaient empoisonnées… Qu'importe, elle ne resterait pas longtemps dans cette place écœurante. Reportant son attention sur la porte, elle fronça les sourcils. N'étant pas en possession de la cape d'invisibilité, il était clair qu'elle se ferait voir en sortant, mais de toute façon, même si le cas avait été contraire, le bruit de la sonnette qui était placée au dessus de la porte rendrait sa présence automatiquement détectable.
Rassemblant son courage à deux mains, elle s'assura que les deux personnes présentes dans la boutique furent bien éloignées avant de se précipiter sur la porte, l'ouvrir à la volée en faisant violemment retentir la clochette et en sortir à grandes enjambées. Elle n'eut le temps que d'entendre la naissance d'une exclamation quelconque qui s'interrompit à cause de la fermeture de la porte avant de se mettre à courir jusqu'en perdre haleine.
Sitôt le pied à l'extérieur, elle regarda par dessus son épaule sans cesser de courir et ne fut aucunement surprise de voir, sur l'enseigne au dessus du portail d'entrée qui décorait l'immense bâtisse, « Barjow et Beurk ». Ainsi, elle était dans l'allée des Embrumes, sur le Chemin de Traverse! Soudainement éprise d'un vif enjouement à l'idée de s'être évadée aussi facilement, elle reporta son attention devant elle en dressant un sourire triomphant sur son visage, ignorant le regard des sorciers et sorcières qui passaient tout près d'elle. Son moment d'euphorie fut toutefois interrompu lorsqu'un homme se dressa volontairement devant elle, provoquant une imminente collision. Capturant les deux bras d'Hermione, l'homme l'aida ainsi à garder stabilité tout en lui permettant également de mieux voir qui elle venait de brutalement bousculer.
Lucius Malefoy.
Sentant ses jambes ramollir jusqu'en devenir du coton, son sourire s'évanouit afin de faire place à un apparent et inquiet malaise. Elle comprit aussitôt qu'elle devait, le plus vite possible, s'éloigner de lui avant qu'il ne réussisse à la faire parler grâce à son infâme manipulation. Seulement, elle n'était aucunement en état de pouvoir fuir sa rencontre.
- Monsieur Malefoy… bredouilla-t-elle d'une voix aïgue, les avant-bras encore captifs.
- Miss Granger, lui rendit-il également, un sourire malveillant sur les lèvres. Voilà qui est bien curieux… Que faisiez-vous ici, dans ce coin si… (il regarda les alentours d'un air détaché) déconseillé?
- Je partais, justement, balbutia-t-elle en espérant éviter de devoir justifier sa présence.
- Avec un immense sourire aux lèvres, que j'ai pu voir. Vous semblez soulagée, je me trompe?
Hermione dévia son regard, espérant trouver une réponse au cœur de la ruelle dans laquelle ils se tenaient, mais rien n'avait véritablement le pouvoir de l'inspirer, surtout pas dans l'horrible allée des Embrumes.
- Je me suis égarée, déclara-t-elle en reportant son regard sur Lucius. Je voulais rejoindre le Chemin de Traverse, mais j'ai manifestement emprunté la mauvaise route…
- Et que faisiez-vous sur le Chemin de Traverse? Il me semblait que les sorties de l'enceinte du château étaient fortement prohibées en ce temps, surtout si l'on constate les troublants événements qui ont précédemment eus lieu à Pré-au-Lard…
Avec bienséance, elle se dégagea de l'étreinte de Malefoy senior et s'écarta légèrement de lui afin de mettre une distance convenable entre eux. Elle voyait bien, dans son regard, tout son cynisme et toute l'ironie dont il faisait preuve en amenant ce sujet. Il la dégoûtait, carrément.
- Peut-être avez-vous entendu parler des visiteurs peu estimables qui patrouillaient la Cabane Hurlante? poursuit-il.
Cette question dérisoire lui fit lever le poil sur les bras. Il savait quelque chose, ça sautait aux yeux.
- Je… ne passe pas Noël à Poudlard, cette année… expliqua-t-elle avec un manque apparent de crédibilité et en voulant ignorer sa dernière question. Oui, c'est ça… puis, je suis… venue ici afin de… oui, je suis venue ici afin de venir acheter des cadeaux à mes parents ainsi qu'à mes amis! Voilà, et maintenant, je quittais.
Elle avait précipité la fin de sa phrase avec conviction, croisant les bras. Malgré tout, la Gryffondor voyait bien que Lucius ne la croyait aucunement, et ce détail se mit grandement à l'inquiéter. Il était beaucoup trop perspicace, et elle, beaucoup trop nerveuse pour arriver à lui faire gober quoi que ce soit qui ne serait qu'un tantinet plausible.
- Et vous avez jugé bon de venir accomplir vos emplettes sans vous encombrer d'un manteau, voilà qui est bien réfléchi.
Trop perspicace… Effectivement, elle n'avait point revêtît de manteau. En fait, la jeune femme n'était aucunement vêtue pour passer du temps à magasiner dans les ruelles remplies de neige et de glace. Graduellement, elle se sentait toucher le fond du baril. Ne trouvant rien à redire, elle perdit son sang-froid :
- Pour qui vous prenez-vous? Vous n'êtes aucun de mes parents pour vous permettre de commenter mon accoutrement, monsieur Malefoy!
- Ça, je ne vous le fait même pas dire.
Toute trace de sourire était complètement disparue, et seule une grimace de dégoût assombrissait son visage. Hermione se renfrogna suite à son commentaire, connaissant trop bien l'aversion que ressentait Lucius Malefoy face aux gens de son calibre. D'ailleurs, il était bien évident qu'il n'aurait pas manqué une seule occasion de le lui rappeller. Elle ignorait totalement comment elle arriverait à se sortir de cette mauvaise posture, mais, en revanche, elle savait clairement que peu importe ce qu'il dirait, elle ne livrerait aucune information qui pourrait la mettre dans une bien délicate situation – si c'était possible qu'elle le soit davantage – tout comme Drago.
Soudainement, Malefoy senior agrippa le bras de la jeune femme et la rapprocha de lui de sorte à ce que son visage ne soit qu'à un seul pouce du sien. Visiblement, il désirait lui communiquer un message à ne pas ignorer.
- Ne vous pensez pas plus maligne que vous ne l'êtes, Granger, éructa-t-il sobrement. Je vous aurai à l'œil, dorénavant, n'aillez même pas l'ombre d'un doute là-dessus. Vous, et mon fils, Drago.
Hermione tressaillit avec fougue, arrachant un sourire mauvais au Mangemort.
- Fascinant, comment le non verbal peut parler.
La considérant encore quelques secondes de cette même proximité, il savoura la terreur qu'il avait provoquée sur le visage de la Sang-de-Bourbe. En effet, le menton de cette dernière tremblait exagérément, terrifiée à l'idée de se mesurer aux viles capacités de cet homme. Brusquement, il relâcha son bras, lui décrivit son regard le plus dédaigneux, puis lui tourna le dos avec le même snobisme que la famille Malefoy entière possédait naturellement. Hermione le regarda pénétrer dans la boutique qu'elle venait tout juste de quitter, puis s'empressa ensuite de s'enfuir à toute jambe uniquement dans l'espoir de s'éloigner le plus possible de cette place. Si Lucius avait le malheur d'en ressortir avec le propriétaire du magasin et que ce dernier la pointe du doigt en mentionnant une fugitive des catacombes de sa précieuse boutique, cette journée aurait bien été la dernière à lui permettre de voir la couleur du ciel.
Lorsqu'elle fit irruption sur le Chemin de Traverse, elle ralentit considérablement le pas jusqu'à finalement s'arrêter. Rassurée par un tant soit peu de banalité, les larmes se mirent rapidement à la menacer de sortir à grands flots. Elle était encore si ébranlée par la clôture de sa conversation avec Lucius qu'elle se promit de jamais se redonner l'occasion de le croiser derechef. Il se doutait manifestement de quelque chose suite à son manque trop apparent de crédibilité, mais maintenant qu'elle était en sécurité, elle s'autorisa plutôt à s'inquiéter pour Drago. Elle se rappelait très exactement la visite de son père dans la chambre du Serpentard la nuit où ils étaient arrivés ; il avait mentionné qu'il l'avait entendu parler « tout seul »… Il n'était pas dupe, par Merlin, il était clair qu'il avait fait le lien avec elle! De plus, qu'il l'ait vue sur l'allée des Embrumes, chose plutôt anormale pour une étudiante adolescente de dix-sept ans, ne rendait pas plus la chose en sa faveur…
Jugeant qu'elle n'avait pas encore assez savouré son sentiment de liberté, elle balaya ces pensées de son esprit et les reportèrent plutôt sur ce qui l'entourait : aucune menace, aucune raison de s'inquiéter ou de devoir se cacher… Bêtement, elle se mit à ricaner.
Ne se souciant guère de ses vêtements sales et de son allure totalement négligée, elle se mit à déambuler sur le Chemin de Traverse avec la tête légère. Cependant, lui arrachant des grimaces agacées, il n'y avait pas un endroit sur lequel elle ne pouvait poser les yeux sans que Drago ne soit évoqué dans son esprit. Par conséquent, il dérivait ensuite vers Lucius, qu'elle venait tout juste de croiser, pour finalement surgir de nouveau vers le jeune homme, qui, ensuite… Bref, les pensées d'Hermione étaient captives dans un seul et très peu sécurisant cercle vicieux. Ce ne fut alors pas bien long pour elle de retrouver l'énorme poids qui s'était évaporé de ses épaules lors de son entrée sur le Chemin de Traverse.
- Obtenez la dernière édition de La Gazette du sorcier! Obtenez la dernière édition de La Gazette! Sept petites Noises, et elle est à vous!
Hermione sursauta. Tout près d'elle, un crieur annonçait le journal de la journée juste à côté de sa boutique. Le sujet traité à la une se devait sûrement d'être intéressant puisqu'une masse généreuse de gens se précipitaient à tout bout de champ sur l'homme pour s'en acheter un exemplaire. Curieuse, la jeune fille s'en approcha afin de tenter de soutirer des informations à travers les rumeurs des conversations puisqu'elle n'avait pas les sept Noises que la copie les lui coûtait. Malheureusement, mais attisant encore plus sa curiosité, elle ne faisait qu'entendre les mots « Poudlard » et « Détraqueurs » à gauche et à droite, ce qui lui donna le cran nécessaire pour piquer un exemplaire de la Gazette sans que le crieur ne s'en aperçoive. Rapidement, elle s'éloigna de la foule en dépliant prestement le journal, se jurant qu'elle irait le reporter aussitôt qu'elle en aurait fini la lecture :
« Pré-Au-Lard retrouve finalement ses activités quotidiennes!
Deux semaines après le tragique incident qui a failli coûter la vie d'une jeune élève de Poudlard, le ministère de la Magie s'est enfin décidé à entreprendre les mesures nécessaires afin de procéder à une fouille méticuleuse de la maison abandonnée mieux connue sous le loufoque pseudonyme de « Cabane Hurlante ». Rappelons qu'un groupe d'élèves s'était rendu dans l'aire de visite consacrée à cette légendaire attraite touristique et a été impliqué dans une attaque par des Détraqueurs lors d'une visite au village organisée par leur école. Aucune justification n'a été trouvée pour expliquer la présence de ces créatures dans ces lieux, mais des recherches ont débutées pour démystifier ce curieux événement.
Dans la nuit du 21 au 22 décembre dernier, des Aurors ainsi que des responsables du Département de contrôle et régulation des créatures magiques se sont rendus sur les lieux de l'agression afin de sécuriser la place et ainsi permettre de nouveau les activités habituelles de Pré-au-Lard. Il semblerait cependant qu'aucun danger de menacerait plus la sécurité de ses visiteurs, puisque ladite « Cabane Hurlante » était complètement déserte.
Paradoxalement, des traces de pas fraiches de la nuit même menant jusqu'à l'extérieur de cet antre sinistre ont été découvertes. Elles suivaient le chemin d'un passage qui se disait secret jusqu'à ce jour, et débouchaient sous le Saule cogneur, grand arbre monumental qui aurait été planté en 1971 directement à cet endroit pour précisément camoufler cet accès. Ces traces indiquaient apparemment la présence de deux personnes, et tout porte à croire qu'il s'agirait de deux élèves de Poudlard qui s'y seraient illégalement rendu. De plus, aucune trace d'un quelconque voyage de retour n'a été aperçue, ce qui pourrait peut-être expliquer, s'il a lieu, l'absence de deux élèves de l'école.
Ce passage a maintenant et bien évidemment été banni et formellement interdit à tout sorcier.
Pour plus d'information sur l'attaque des Détraqueurs, veuillez consulter l'article daté du 6 décembre 1997.
Article rédigé par Rita Skeeter, en date du 22 décembre 1997 »
Sidérée par cette lecture, elle refit un rapide survol du texte pour finalement jeter le journal contre le sol avec rigueur. D'un côté, elle était vraiment très soulagée que le ministère ait décidé d'agir tout juste et par chance après leur passage, mais vu sous un autre angle qui paraissait beaucoup plus important que le premier, jamais elle n'avait pensé aux traces qu'elle et Drago laissaient derrière eux… Maintenant, le monde sorcier en entier savait qu'ils avaient été deux à s'y rendre… donc tout ceux dont il aurait été préférable de cacher cette information allaient maintenant être au courant, y comprenant Lucius… et il était clair qu'il allait en faire subir les conséquences à Drago. Du moins, si ce n'était pas son propre père qui s'en chargerait, le Seigneur des Ténèbres lui-même s'en garderait-il sûrement le privilège.
Suffoquée dans sa panique, elle poussa un faible gémissement plaintif aigue en allant s'adosser contre un mur de brique. Un grand malaise se mit à tourbillonner dans son estomac et dans sa tête tandis qu'elle se retenait de se mettre à hurler en saccageant toutes les petites choses qui lui passaient sous la main. Elle qui avait si hâte de quitter le manoir Malefoy, voilà qu'elle était dans une presque bien pire situation! Elle aurait tout fait pour retourner auprès de Drago à cet instant précis…
Le froid de l'hiver la paralysait, mais pourtant une chaleur trop désagréable coulait dans ses veines et lui permettait encore de bouger ses bras. Agrippant ses mains à sa chevelure sale, touffue et indomptée, elle se mit à s'imaginer une panoplie de scènes se décrivant en une torture affligée au jeune blondinet, ou encore pire… son meurtre.
- Oh, sac à gargouilles… gémit-elle sans s'entendre parler. Tout est de ma faute…
- Ça va, mademoiselle?
Hermione relâcha soudainement ses cheveux et fixa de ses grands yeux paniqués la dame qui venait de lui poser cette question. Elle devait sûrement travailler dans les bureaux de La Gazette, car elle portait un écusson qui en indiquait justement le nom, juste au-dessus du sien : Zamira Gulch. Inconnue. Diantre, que lui voulait-elle?
- Est-ce que vous vous sentez bien? renforça-t-elle en voyant qu'Hermione ne faisait que fixer son écusson sans dire ne serait-ce qu'un seul mot.
Quelques secondes passèrent pendant lesquelles la Gryffondor crut qu'elle allait se mettre à lui crier dessus pour qu'elle la laisse tranquille, mais elle se ravisa :
- Le réseau de cheminée! s'écria-t-elle hystériquement.
Surprise par tant de vélocité et d'impulsivité dans ses paroles, la dame recula d'un pas incertain en la dévisageant avec inquiétude. Sûrement était-elle en train de se dire qu'il serait triste d'envoyer une si jeune fille séjourner à Ste Mangouste… Pour toute réponse, la dame nommée Zamira lui demanda gentiment de répéter, ne comprenant pas vraiment où elle voulait en venir en lui balançant ça au visage.
- Le réseau de cheminée! répéta Hermione de nouveau. Je dois absolument me rendre à Poudlard! Maintenant! Je dois avoir accès à une cheminée, s'il vous plait!
Elle s'était presque mise à pleurer. Prise par pitié, la femme acquiesça en posant une main compatissante sur son épaule.
- Bien sûr, aucun problème, prononça-t-elle hâtivement. Notre réseau est ouvert, bien entendu. Nous possédons une cheminée pour nous permettre de nous rendre aux postes de volière.
- Je veux l'utiliser, s'il vous plait! Maintenant! C'est urgent!
Rapidement, la dame l'entraîna dans les bureaux de la boutique et se vit offrir la magnifique vision d'un foyer qui n'attendait qu'elle pour repartir à Poudlard. Devenant tout à coup aussi fébrile qu'un lutin de Cornouailles, elle bondit dans l'âtre et prit une poignée de poudre de cheminette dans sa main, rigolant à son contact doux et étrangement réconfortant. D'un bref hochement de tête, elle remercia la femme qui lui avait permis de retourner à bon port tandis qu'elle s'écria « Poudlard! » en jetant la poudre à ses pieds… sans justifier sa précise destination dans l'école.
Subitement, ses fesses rencontrèrent des buches assez inconfortables qui lui arrachèrent un couinement de souffrance. Se relevant aussitôt à demi pour dégager ces bouts de bois d'en dessous d'elle, elle se laissa retomber afin de laisser le temps à la poussière et les cendres de redescendre sur le sol. Les yeux crispés, elle toussotait en chassant l'air d'une main et en se pinçant le nez de l'autre. Cette odeur… Elle n'avait même pas à ouvrir les yeux qu'elle savait qu'elle se trouvait maintenant à Poudlard, quoique qu'elle fût un peu plus âcre qu'à la normal… Puis, enfin, elle se mit à quatre pattes afin de mieux pouvoir se relever par la suite.
Ce qu'elle vit alors lorsqu'elle ouvrit les yeux la gifla mentalement de plusieurs longues séries de centaines de coups de poing successifs au ventre. Là-bas, assis à son bureau en la dévisageant grandement d'un fort mélange de surprise et de dédain, se trouvait le professeur Rogue. Elle avait abouti dans les cachots, dans son bureau, plus précisément… Cette fois-ci, elle était totalement pétrifiée d'horreur et ne bougeait plus la moindre partie de son corps, même lorsqu'il se leva afin de s'approcher d'elle de sa démarche traînante. Même sa poitrine avait de la difficulté à se soulever pour lui permettre de respirer.
- Puis-je avoir l'honneur de savoir ce que vous faites dans… mon antre?
La main jointe en avant de lui, il n'y avait absolument aucune trace d'agitation, de colère ou quoi que ce soit d'autre de semblable dans sa voix. Au contraire, il avait laisser couler ses paroles comme de l'eau sur un galet, doucement, mais présageant un violent courant par la suite. Pourtant, Hermione savait pertinemment qu'elle venait de toucher le fond du baril pour une seconde fois. En fait, elle venait de complètement le défoncer. Elle pouvait sentir ses organes cesser de fonctionner, raison pour laquelle sont teint devint rapidement bien livide.
- Alors? s'enquit-il patiemment.
La jeune femme cherchait à toute allure une excuse pour justifier son apparition dans son bureau, mais rien ne lui venait à l'esprit. Rien. Son cerveau avait cessé de fonctionner, il ne voulait plus coopérer. C'était comme si son corps avait trop subit de changement d'émotions et de tempéraments dans ces derniers temps qu'il ne voulait plus du tout être de la partie. Il venait de vaquer sa tête, de partir au loin dans l'espoir de jours plus tranquilles, laissant son maître entre les mains d'un vil et vicieux homme qui n'allait aucunement lui offrir la chance de s'en sortir indemne.
- Dans ce cas, plaça-t-il suite à son silence, devrais-je plutôt vous demander ce que vous faisiez hors de Poudlard?
- Je n'étais pas hors de…
- Aucune issue n'est à votre portée, Miss Granger.
Ces mots, il les avait prononcé avec une telle fermeté qu'un énorme frisson contracta tous ses muscles.
- Que faisiez-vous sur le Chemin de Traverse? précisa-il de sa même voix sournoise, tenace.
Il se faisait de plus en plus précis dans ses questions… Ça y était. Elle venait de se faire démasquer pour la deuxième fois de la journée. Ne pouvant plus supporter son regard pesant une seule seconde de plus, elle baissa les yeux, rencontrant aussitôt… La Gazette du sorcier. Comme si, en plus, elle avait besoin de ça! À la une ; l'article qu'elle venait tout juste de lire. Il savait, lui aussi, tout comme Lucius. Elle venait de livrer Drago à d'atroces souffrances. Elle était en train de l'apprêter sur une grille devant des ogres affamés.
Rogue suivit le regard d'Hermione et ne put qu'esquisser un sourire mauvais en voyant ce qui l'avait attiré.
- Avez-vous l'impression de vous sentir comme ce Potter, Miss Granger, en faisant la une des journaux?
Sur le vif, elle releva brusquement la tête en s'appropriant les traits les plus choqués et paniqués qu'elle avait le pouvoir d'évoquer.
- Mais de quoi est-ce que vous parlez, professeur? lança-t-elle, écarlate.
- Je me suis toujours douté que cet insipide gamin de Malefoy serait trop incompétent pour y arriver par lui-même, se lança-t-il ouvertement sous le regard horrifié d'Hermione. Il faut absolument tout lui montrer, tout faire à sa place. À vrai dire, j'ai eu des doutes sur votre implication dans cette quête qui lui revenait depuis que vous m'avez demandé l'autorisation pour consulter la Réserve. Je dois admettre que sans vous, il serait encore à Poudlard à ce moment même, à pleurnicher comme un enfant.
Tétanisée par sa tirade, son menton se mit à trembler. Cette manière de parler de lui… Elle avait si peur qu'elle ne put se retenir de demander, après quelques instants :
- Que va-t-il lui arriver?
Enfin satisfait d'entendre de la voix propre à cette Granger la confirmation de ce qu'il avait avancé, son sourire s'effaça afin de faire place à l'habituelle moue renchérie qu'il avait toujours affichée. Les choses devenaient plus sérieuses, maintenant. Malgré cette satisfaction, un doute s'éprit de lui par la suite : depuis quand, dans l'histoire de Poudlard, Hermione Granger s'intéressait-elle au sort de Drago Malefoy? Se doutant d'une quelconque relation, il haussa un sourcil.
- Rien de ce qui pourrait entrer en votre intérêt, répondit-il simplement.
Ainsi, il découvrirait plus en profondeur l'étendue de leur rapprochement en se basant sur sa réaction. En effet, Hermione fut tellement agacée par cette faible réponse d'aspect assez relative qu'elle en fronça les sourcils en crispant les lèvres. Elle voulait le savoir. Même si elle était parfaitement consciente qu'elle était en train de laisser tomber sa discrétion à l'eau, elle voulait connaître ce que ses dégâts allaient engendrer comme conséquences.
- Non, s'il vous plait, professeur… le supplia-t-elle avec gêne.
Rogue grogna, mécontent, mais surtout fort condescendant.
- Vous avez suffisamment été impliquée dans cette histoire. Sachez, au passage, que dans un tel cas, ce n'est absolument pas une bonne chose en ce qui votre sécurité dans le futur. Une personne de trop au courant nécessite souvent suppression…
Il marqua une pause. La Gryffondor se laissait peu à peu convaincre de s'éloigner de cette histoire, effrayée à l'idée d'avoir été un témoin gênant dans les plans du Seigneur Noir.
- Il est maintenant temps pour vous de vous en défaire avant que vous ne vous trouviez dans une position encore plus nuisible que vous ne l'êtes déjà. Vous connaîtrez le sort de monsieur Malefoy lorsqu'il sera de retour à Poudlard… si, bien sûr, il en aura encore la possibilité.
- Vous ne lui ferez pas de mal!
Ces paroles tacites éveilla en elle une poussée autoritaire et ferme. Lorsqu'Hermione prononça ces mots, elle s'était inconsciemment rapprochée du professeur, poings fermés, et elle employait maintenant une prestance on ne peut plus coriace.
- Êtes-vous complètement sourdre? Restez en dehors de tout ça, dorénavant! Vous n'auriez jamais dû intervenir, mais maintenant que c'est fait, effacez vos traces avant que quelqu'un d'autre s'en charge à votre place!
- Seriez-vous en train de me menacer?
Une fraction de seconde plus tard, Rogue se tenait à deux pouces de son visage, arborant une expression dont Neville aurait pu en faire des cauchemars pour le restant de ses jours. Hermione ne broncha pas pour autant, décidée à garder en elle une infime parcelle d'assurance.
- Votre entêtement commence dangereusement à me taper sur les nerfs, Miss Granger, alors je vais abréger notre conversation : ou bien vous avez la brillante idée de rester éloignée de toute cette histoire, ou au contraire, vous persistez à être continuellement dans nos jambes en étant totalement alerte aux conséquences qui s'en suivraient. Je vous assure que cette conséquence serait bien pire qu'une simple expulsion de l'école.
Son assurance prit rapidement son envolée tandis qu'elle s'assombrit. Il était très sérieux, et le fait que Lucius et lui-même portent le même état d'esprit la convint en définitive de rester à l'écart de ce problème… du moins, jusqu'au retour de Drago. Jetant donc son drapeau blanc, elle baissa la tête en signe de résignation.
- Sage décision, s'assouvit l'homme aux cheveux gras. Maintenant que le message est bien passé, sortez immédiatement de mon bureau.
Sans même relever la tête, elle se dirigea vers la porte de sortie. Elle sentait ses yeux se gonfler d'eau, mais elle se força à rester forte, car elle savait, au fond d'elle, qu'elle ne jetterait jamais l'éponge aussi rapidement. Surtout pour Drago, elle se devait de lui venir en support jusqu'au bout. Depuis déjà tant d'années, elle, Harry et Ron s'engageaient dans de grands et dangereux périples qui les menaçaient souvent de ne pas en sortir vivants, mais elle avait toujours gardé la tête haute dans tous ces cas. Bien que cette fois-ci, elle n'en faisait pas autant, elle se promit mentalement de se reprendre en main et également qu'elle ne lâcherait jamais son bout de la corde.
Rogue, juste avant que la jeune femme ne franchisse la porte, l'interpela. Toute ouïe, elle exécuta un léger pivotement de sa tête en suspendant son menton au-dessus de son épaule.
- Si jamais j'apprends que vous avez divulgué une quelconque information à ce sujet à quiconque, même à Potter ou Weasley, sachez que ça ne restera aucunement impuni. J'espère que vous comprenez le sens de mes pensées.
N'ayant pas vraiment le choix, elle acquiesça en un bref signe de tête, puis sortit aussitôt de son bureau en laissant la grosse et lourde porte se refermer derrière elle.
Jamais, au grand jamais, Hermione n'aurait pensé se retrouver dans une telle situation, car elle était rendue bien pire que ce qu'elle aurait imaginé. Après tout, elle n'avait voulu qu'aider Drago à se rendre à la Cabane Hurlante sain et sauf, mais le destin s'étant apparemment dressé contre elle, elle s'était retrouvée au manoir des Malefoy, chez Barjow et Beurk, et, en plus de ça, dans le bureau du professeur Rogue avec son propriétaire lors de sa tentative subtile d'entreprendre une fuite des lieux. Dans les temps présents, elle ne pouvait s'empêcher de penser au jeune Serpentard, se demandant si son père s'était déjà informé de l'actualité en lisant La Gazette. Elle savait bien qu'il se devrait d'écoper le résultat de ses semences, mais Hermione ne pouvait se faire à l'idée qu'une telle chose se produirait. Mais ce qui l'inquiétait au plus haut point, c'était de penser que le Seigneur des Ténèbres préfèreraient peut-être le tuer suite à son impudence plutôt que d'uniquement le lui faire regretter.
Rapidement, la jeune préfète sortit des cachots et se rendit dans le hall d'entrée. Lorsqu'elle regarda l'heure qu'affichait l'horloge centrale, elle fut surprise de constater que l'heure du souper ne tarderait point. C'était sans doute cette explication qui justifiait l'absence totale d'élèves dans les corridors. Insoucieusement, elle balaya ses vêtements d'un léger coup de main, voulant retirer un maximum de saleté qui pourrait éventuellement attirer des questions.
- Mademoiselle Granger, par Merlin! s'écria une voix féminine derrière elle.
Brusquement, Hermione se retourna. C'était le professeur McGonagall qui se pressait dans sa direction.
- Où étiez-vous donc? s'indigna-t-elle. Vous en avez inquiété plus d'un par votre manque!
Ne comprenant pas pourquoi tant de panique incrustait le ton de sa voix, la Gryffondor esquissa une grimace d'incompréhension en haussant faiblement les épaules.
- Je vous demande pardon?
- N'avez-vous pas lu La Gazette, ce matin? Allez immédiatement dans la Grande Salle, je m'étonne d'ailleurs à constater que vous n'y étiez pas déjà... Peu importe, le professeur Dumbledore a une importante annonce à vous faire. Allez rejoindre les autres, maintenant! Allez, oust!
C'est donc avec curiosité qu'elle fit irruption dans la Grande Salle, attirant beaucoup de regards sur elle étant donné que la totalité des élèves restant à Poudlard pour les vacances y étaient déjà. Pourquoi donc son absence avait été particulièrement remarquée? Une once supplémentaire d'inquiétude s'ajouta sur ses épaules.
Entre les murs de l'énorme pièce, la rumeur des conversations était chaotique. Tous les élèves semblaient énervés, et Hermione détermina que la cause devait être ladite importante annonce que se devait de faire leur directeur. Automatiquement, elle avait posé les yeux sur la table des Serpentard, mais se rappela bien rapidement que Drago n'était nulle part ailleurs que dans le manoir de sa famille. C'est alors que ses yeux effectuèrent un déplacement instantané sur la table de sa maison. Était-ce seulement un vilain tour de son imagination, ou tous les élèves présents des Gryffondor qui partageaient la même année d'enseignement qu'elle semblaient soulagés de la revoir? Parmi le lot, les têtes d'Harry et Ron se démarquèrent particulièrement, tous deux à demi relevé de sur leur siège.
Attendrie de voir ces deux visages familiers qui la dévisageaient avec une autre expression que la colère ou le mépris, elle ne put réprimer un petit sourire. Malgré les deux couteaux tranchants et menaçants qui étaient en maintenance sous sa gorge, elle se permit de croire qu'elle aurait peut-être maintenant droit de nouveau à l'amitié d'Harry et de Ron, ce qui appliqua un baume réconfortant sur son cœur. De toute façon, il fallait bien que ses pensées dérivent vers un autre port qu'à celui de Drago, car encore une semaine la séparait de la réponse à sa plus grosse question.
