Chapitre 20 - Avant que tu reviennes
Lorsqu'Hermione s'autorisa à s'asseoir juste à côté d'Harry, Ron et ce dernier la regardaient avec une visible et évidente envie de communiquer. Seulement, à en juger par leurs traits tirés par l'inconfort et le regret, ils ne savaient tous deux comment s'y prendre étant donnée leur relation devenue très tendue depuis un certain temps. Gênée, la jeune Gryffondor leur adressa un mince sourire qui encouragea le Survivant à introduire une conversation.
- Comment tu vas? demanda-t-il avec souci, appuyé par le regard vorace de Ron derrière lui.
- Je vais bien, merci, répondit la préfète en hochant la tête.
Harry lui offrit une petite moue apaisée.
- Où étais-tu aujourd'hui, Hermione? poursuit-il avec douceur sans se vouloir trop indiscret.
Ses deux amis semblaient s'être largement inquiétés, mais même malgré ce fait rassurant, la concernée n'avait nul autre choix que de mentir.
- Je n'ai pas quitté les murs de Poudlard, tissa-t-elle sans laisser l'ombre d'une quelconque hésitation dans sa voix. J'avais besoin d'être seule…
Compréhensif, Harry hocha la tête en pinçant les lèvres. À côté de lui, le rouquin lui offrit un petit sourire coincé qu'Hermione lui rendit également.
- Nous nous sommes fait un sang d'encre, ajouta Harry. Avec tout ce que La Gazette a raconté dans l'édition de ce matin…
Une vague de chaleur s'empara de son corps en entier. Les savoir inquiets à son sujet même malgré le frein qu'elle avait involontairement appliqué dans leur amitié en se liant à Drago ne put que rendre son humeur légère et joviale. Toutefois, afin que les deux garçons n'aient aucun doute sur ce qu'elle avait inventé pour justifier son absence dans l'école, elle feignit l'ignorance et se la joua bien naïve :
- Mais pourquoi donc? Que disait La Gazette?
- Que deux élèves se seraient rendus à la Cabane Hurlante cette nuit, expliqua l'Élu.
Ron sortit le journal qui dépassait largement de sa poche de pantalon puis le tendit à Hermione. Sans cesser sa comédie, elle se mit à parcourir l'article en première page d'un œil critique et méticuleux, mais surtout, avec une avidité de savoir, comme si elle n'en était qu'à sa toute première lecture.
- Apparemment, ce matin, le professeur McGonagall a convoqué quelques enseignants, les préfets et les préfets-en-chef pour l'organisation d'un certain événement, enchaîna-t-il. Après cette réunion, elle est venue nous demander si nous connaissions la raison pour laquelle tu ne t'y étais pas rendue. Puisque ce n'était pas dans tes habitudes, on a tenté de te trouver mais sans succès. Suite à ça, on s'est tous mis à paniquer et à faire un lien avec cet article, dans La Gazette d'aujourd'hui…
Il fit une pause, ne voulant pas que son amie s'offusque mais s'accorda le droit de poursuivre dans le même sujet en constatant que la lionne ne montrait aucun signe d'agacement.
- Par conséquent, si on fait le lien entre cette histoire avec Malefoy et les Détraqueurs et ce qu'il s'est dit dans La Gazette, ç'aurait pu être plausible, non?
- Parce qu'il se trouve que lui non plus n'était pas présent en matinée, ajouta Ron pour se donner le plaisir de blâmer le Serpentard, et encore là, il ne l'est pas plus.
Il pointa la table des Serpentard d'un geste las pour justifier son explication tandis que la jeune fille pesait le pour et le contre, encore une fois, de son mensonge. Son cœur se tordait dans tous les sens à l'idée de devoir raconter des bobards à ses deux meilleurs amis, mais moins ils en sauraient, mieux ils se porteraient. De toute façon, l'idée de mettre Drago dans un trou encore plus profond n'avait pas place dans sa tête.
- Mais qu'aurais-je bien pu faire à la Cabane Hurlante avec Malefoy, dites-moi?
Tous rigolèrent à l'évocation de cet absurde idée, mais furent interrompus par un rude raclement de gorge qui provenait de l'extrême bout de la salle. La totalité des élèves se retournèrent d'un parfait synchronisme, installant un silence de marbre entre les quatre murs épais afin de céder parole au professeur Dumbledore qui n'attendait que ces centaines de paires de yeux ne se posent attentivement sur sa personne. Être absente pendant qu'une seule nuit suffit grandement à Hermione pour se sentir considérablement déconnectée de Poudlard, elle pourtant habituellement si fidèle à ses potins, donc son entière attention était dévouée au directeur à la seconde près où elle s'était retournée.
- Mes très chers élèves, un article troublant faisant la une de La Gazette du sorcier m'amène aujourd'hui à vous partager ce communiqué, mais également une nouvelle plutôt réjouissante qui vous sera ultérieurement annoncée par le professeur McGonagall. Toutefois, l'utile prônant sur les loisirs, il est de mon devoir de débuter cette annonce sur une note plus ou moins agréable.
Aucun élève ne brisa ce silence, mais Dumbledore appliqua tout de même une mince pause pour laisser couler le flot de ses paroles parmi ces nombreuses têtes. Derrière le directeur, le professeur Rogue jusqu'alors absent apparut de derrière cette porte où Hermione avait vu, trois années plus tôt, les participants du tournoi des Trois Sorciers disparaître après leur nomination. Lentement, il rejoignit la table réservée au personnel de l'école. Hermione sentit un violent frisson irriter la surface de sa peau lorsqu'elle croisa son regard implicitement noir.
- Mais qu'est-ce qu'il a encore à te dévisager ainsi, nom d'une gargouille? chuchota Ron à Harry.
Même si elle savait très bien que ce n'était pas Harry que cet horrible enseignant toisait ainsi avec insistance, elle ne les contredit point. Voilà une autre information qu'elle devait se garder de partager. Elle ne pourrait bientôt que vivre dans le mystère…
- Étant un sujet d'actualité omniprésent, poursuit le directeur, j'imagine que vous êtes chacun de vous au courant que Pré-au-Lard est de nouveau sécurisé –
Des murmures enthousiastes se partagèrent entre quelques élèves, obligeant Dumbledore à s'interrompre le temps de quelques secondes.
- Cela n'autorise d'autant plus les sorties nocturnes vers la Cabane Hurlante ou nulle part ailleurs, reprit-il d'une voix suffisamment ferme pour faire rabattre le silence dans la Grande Salle. Deux élèves auraient apparemment jugé amusant de s'y rendre la nuit même où le ministère de la Magie aurait sécurisé les lieux. Des traces de pas d'un voyage d'allé appuieraient ce fait, mais l'absence de ceux d'un retour sème largement le doute sur ce qu'a avancé La Gazette. N'étant pas en mesure de vérifier si lesdits deux élèves seraient manquants puisque plus de la moitié des étudiants ont quitté pour passer le temps des fêtes autre part, nous ne pouvons que vous affirmer que dans aucun cas nous n'accepterons un tel écart à la conduite propre aux règlements de Poudlard. Un manque à la protection de l'enceinte du château a certes eu lieu – et nous en sommes horriblement confus et désolés – mais nous exigeons en tout temps une bonne droiture de comportement maintenant que tout est entré dans l'ordre. En conséquent, une nouvelle visite au village sera bientôt organisée pour ne pas faire défaut aux coutumes des années antérieures.
Cette fois-ci, ce sont des exclamations de joie qui jaillirent des bouches des étudiants. Certains se mirent même à applaudirent, déclenchant une grande vague d'euphorie qui voyagea jusqu'au visage du directeur. D'un sourire rayonnant, il céda la place au professeur McGonagall après l'avoir invitée à s'approcher d'un geste galant.
Hermione, elle, était habitée par le parfait contraire de ce que la majorité des élèves montraient à cœur joie. Le discours de Dumbledore avait fait naître en elle un vif et amer sentiment de culpabilité, et elle ne pouvait maintenant que s'imaginer les dures conséquences qu'elle et Drago auraient subies s'ils s'étaient fait prendre la main dans le sac. Bien sûr, le Serpentard s'en serait sûrement moqué s'il devait comparer cette répercussion à ce qui l'attendait chez lui, mais tout de même, un renvoi serait sujet à un grand désespoir! Après tout, s'en était fallu de peu pour qu'ils se retrouvent démasqués puisqu'uniquement quelques minutes avaient séparé leur venue et celle des responsables du ministère.
Progressivement, le calme revint dans la Grande Salle désormais présidée par McGonagall. De ses yeux perçants sévèrement encadrés de ses lunettes, elle scruta de long en large chacune des tables des quatre maisons jusqu'à ce qu'un silence absolu s'y loge.
- Bien. Maintenant que j'ai capté votre attention, j'ai le plaisir de poursuivre cette notification sur un ton beaucoup plus léger. Ce matin a eu lieu une petite conférence entre les membres du personnel de l'école ainsi que les préfets et préfets-en-chef afin de mettre au point un événement spécial qui aura lieu en début janvier. Vues les circonstances quelque peu troublantes que nous avons dû traverser suite à ce dérangement au village de Pré-au-Lard, nous avons décidé de mettre sur pied un bal de Noël, pour, je crois, le grand plaisir de tous.
Comme pour appuyer la dernière phrase du professeur, les mêmes exclamations joviales qui eurent lieu un peu plus tôt se renouvelèrent, mais d'une intensité décuplée. C'était dont ça qu'Hermione avait manqué ce matin-là! Partout autour d'elle, la jeune Gryffondor entendait les filles glousser, ricaner, et déjà elle les voyait entamer une recherche parmi les nombreux garçons afin de trouver leur éventuel prétendant. Étrangement, à l'allusion de ce bal, ses pensées et son regard voguèrent vers la table des Serpentard, là où elle aurait aimé y retrouver Drago. À défaut d'en être le cas, elle vit plutôt Pansy Parkinson qui bondissait en exécutant un pathétique sur-place sur son banc, esquissant des moues rêveuses à son imposante copine Millicent Bulstrode.
- S'il vous plait, s'il vous plait, intervint McGonagall en tentant de retrouver l'ouïe de ses étudiants en agitant les mains devant elle, veuillez rester à l'écoute.
Derechef, tous les regards se rivèrent sur le professeur. Non loin d'elle, Rogue épiait scrupuleusement la préfète du coin de l'oeil. Sûrement l'avait-il vue regarder en direction de la table de la maison qu'il portait sous son aile… Si elle devrait maintenant surveiller tous ses moindres faits et gestes, elle en deviendrait rapidement folle et paranoïaque!
- Sachez que ce bal n'est en aucun cas une obligation pour nous d'organiser, alors il en va de soi que vous devrez, comme en tout temps, respecter et appliquer les règlements de l'école lors de cette soirée. Des hiboux ont été envoyés en masses aux étudiants qui ne sont actuellement pas présents et seront aussi informés que vous ne le serez lorsque viendra le temps de plus amples détails, ce moment étant encore bien tôt. Pour conclure, comme l'a précédemment annoncé le professeur Dumbledore, une visite à Pré-au-Lard sera bientôt organisée afin de vous permettre, entre autre, de faire l'achat d'un habit d'occasion en l'honneur de ce bal si vous souhaitez bien évidemment y participer. Sur ce, je vous souhaite un bon appétit.
Après un sec hochement de tête accompagné d'un sourire bienveillant, McGonagall alla rejoindre la table des professeurs, permettant à un brouhaha particulièrement bruyant de s'élever dans la Grande Salle.
- Un bal! s'exclama un Ron irrésolu. Avez-vous l'intention d'y aller?
Hermione fit pivoter sa tête afin de faire face à Ron, de l'autre côté d'Harry. Aussitôt que leur regard se croisa, le rouquin baissa les yeux, manifestement encore très mal à l'aise en la compagnie de la préfète. Celle-ci se vit alors envoyer quelques jours dans le passé, se remémorant comment leur dernier entretien s'était achevé, puis fut par la suite obliger d'imiter son ami en baissant les yeux.
- Bien sûr! s'exclama Harry en camouflant son assiette d'une quantité exagérée de toutes variétés de bouffe qui décoraient les longues tables. Ron, on a été contraint à rester au château durant toutes les vacances de Noël pour se fendre la tête à ranger des livres et à exécuter toutes sortes de tâches ennuyantes pour nos professeurs, je crois donc que nous pouvons nous donner le droit à un peu de divertissement!
Ron acquiesça, jugeant que l'argumentation du Survivant était suffisamment tangible pour balayer l'hésitation qu'il avait antécédemment ressentie à l'égard de ce bal.
- Le seul hic, c'est de se trouver une compagne.
Aussitôt que ces paroles furent prononcées, le rouquin se mit à détailler Hermione du regard, qui elle s'empressa de remplir son assiette de salade.
- Hermione, tu vas y aller, à ce bal? quémanda-t-il en cachant ses arrière-pensées.
Feignant le désintérêt, elle haussa les sourcils en relevant la tête. Elle pensait bien évidemment à y aller, mais elle ne pouvait se faire à l'idée d'y aller avec quiconque d'autre que Drago. Cependant, se doutant fort bien qu'il voudrait s'exhiber en public à ses côtés, elle en conclut qu'elle finirait par trouver cette attraction puéril et sujette à des amourettes dépravées d'adolescents. En tout état de cause, il serait même possible que le Serpentard ne soit même pas de retour entre les murs de Poudlard la soirée du bal, poussant son désintérêt à prendre le dessus.
- Moi? Je l'ignore, bien franchement. Je suis préfète-en-chef ; j'ai donc plusieurs tâches plus significatives que ce bal à accomplir.
- Eh bien justement, Hermione, intervint Harry, tu es préfète-en-chef, et ce matin a eu lieu une rencontre avec les professeurs et les élèves de ton rang, donc il est clair que ta présence sera nécessaire, tu ne crois pas ? Ne serait-ce même uniquement que pour être de tâche de surveillance.
Hermione grimaça, agacée. Harry avait tout vrai. D'une manière ou d'une autre, il faudrait qu'elle participe à ce bal. Résignée, elle haussa les épaules en esquissant une moue détachée.
- Dans ce cas, si je n'ai pas le choix…
De manière trop évidente, elle tentait de porter son attention ailleurs, et Ron ne manqua pas de le remarquer. Hermione n'avait aucunement envie que son ami ne se lance dans une demande pour l'accompagner à cette soirée dansante qu'elle se verrait obligée de refuser par manque d'envie, donc elle entreprit de fixer obstinément une feuille de salade particulièrement couverte de sauce à la citrouille. Malgré son champ de vision restreint, elle pouvait néanmoins voir, du coin de l'œil, qu'il ne cessait de la regarder. Harry, juste à côté d'elle, mangeait avec vive concentration.
- Tu vas inviter Malefoy? osa soudainement Ron.
Le temps se suspendit alors. Harry tenait sa fourchette à quelques pouces de sa bouche entrouverte, immobilisé par ce manque de tact, tandis qu'Hermione cessa de mâcher sa bouchée qui devint rapidement acerbe entre ses dents. Levant les yeux sur son ami avec malaise, elle reposa son ustensile en provoquant un tintement sonore aigu.
- Pardon? fit-elle, indisposée.
En constatant l'ambiance malaisée qui s'était abattue sur les trois amis au son de sa question, Ron s'empressa de désembrouiller son interrogation.
- Je te demande ça simplement par pure et simple curiosité, mentit-il prestement. Il ne s'agit en aucun cas d'une provocation, je te rassure…
Hermione déchiffra son teint devenu écarlate pour de la sincérité, puis poussa un petit rictus patraque. Soulagée par cette justification, Harry compléta le geste qu'il avait été sur le point d'exécuter juste avant sa question puis engloutit la nourriture piquée à sa fourchette. Il tendit l'oreille pour connaître la suite sans manquer un seul mot.
- Ron, lui et moi, ce n'est que… ce n'est que devenue une relation… une relation… correcte, expliqua la jeune femme en choisissant bien ses mots. Ce n'est rien de plus. Il n'est pas devenu un ami, pas du tout, et pour lui non plus ce n'est pas le cas. Seulement, nous sommes, disons-le, maintenant capable de nous adresser un mot sans nécessairement… s'insulter à tout bout de champ… Tu comprends?
Le principal intéressé hocha frénétiquement la tête, ne voulant aucunement qu'une quelconque querelle se développe de nouveau entre eux.
- Donc, tu n'as pas de… compagnon, pour ce bal?
Entre les deux interlocuteurs, Harry ne put s'empêcher de dresser un regard tacite et taquin du coin de l'œil à Ron. Celui-ci ignora complètement ce geste même s'il pouvait aisément le remarquer, puis tenta de contrôler le sang qui montait dangereusement à ses oreilles.
- Je… Il est un peu tôt pour moi pour que j'y pense, s'évada-t-elle en reposant son attention sur son assiette.
Mal fichu, Ron se gratta massivement la nuque. Soit Hermione n'avait pas compris la subtilité de la chose, soit elle faisait tout pour ne pas qu'il en arrive à terme. Abandonnant donc toute tentative de proposition pour cette fois-ci, il imita ses deux amis puis se mit à manger son dernier repas de la journée avec la même ardeur que l'Élu à sa droite.
La préfète termina son plat avec inappétence, méditant sur le sort de Drago à cet instant même. Son menton captif entre ses petites mains aux longs doigts fins, elle fixait le bol de pudding sans véritablement le voir, perdue dans ses pensées. Harry et Ron, à côté d'elle, étaient en pleine discussion acharnée, mais elle ne les entendait pas. Elle ne voyait que des bras et des mains passer tout près de son visage, étant le seul indice qui lui permit de constater qu'ils ne devaient sûrement pas parler de bouquins pour être devenus aussi gestuels. Ce n'est que lorsqu'elle entendit le nom de la personne qui occupait ses pensées en permanence qu'elle devint toute ouïe à leur conversation.
- Qu'est-ce que vous dites? coupa Hermione sur le qui-vive.
Harry et Ron se retournèrent vers la jeune femme qui était totalement absente d'esprit la seconde d'avant.
- Malefoy, expliqua Harry, nous étions en train de dire qu'il était sûrement un des deux élèves à s'être rendu à la Cabane Hurlante pendant la nuit dernière.
- Non, pas « sûrement », Harry, corrigea le rouquin. C'est certain. Comment pourrait-il en être autrement? Nous savons tous qu'il était contraint, comme nous, à rester au château pour les vacances, et voilà maintenant qu'on ne l'a pas vu de la journée!
- Ou peut-être uniquement est-ce un adon que vous ne l'ailliez pas croisé?
Dubitatifs, les deux garçons restèrent silencieux.
- Sinon, comment expliqueriez-vous qu'il n'y ait aucune trace de voyage de retour et que, de plus, la cabane serait complètement déserte?
Monter ainsi des questions de toute pièce en connaissant parfaitement les réponses lui déplaisait considérablement, mais c'était la meilleure solution.
- Un balai! s'exclama le Weasley. Malefoy possède un balai, il aurait très bien pu s'en servir pour revenir.
- Les garçons, vous vous contredisez, là. Depuis le tout début, vous persistez à dire que Dra… Malefoy n'est pas à Poudlard, et là, vous avancez qu'il y serait revenu en balai? Et pouvez-vous simplement me dire ce qu'il aurait bien pu faire à la Cabane Hurlante?
- Je ne sais pas, mais j'ai une très bonne idée en ce qui concerne comment le découvrir.
Inquiète, Hermione fronça les sourcils en dévisageant Harry avec une certaine frayeur dans les yeux.
- Nous n'avons qu'à nous y rendre aussi afin de vérifier les lieux, conclut le porteur de la cicatrice. Dès ce soir. Malefoy mijote quelque chose, j'en suis sûr.
- Quoi? s'indigna la préfète en cognant ses poings fermés contre la table, totalement paniquée. Tu es complètement tombé sur la tête, ou quoi? Tu n'as pas compris ce que le professeur Dumbledore vient de dire? C'est très sérieux, maintenant!
- On ne risquera rien, Hermione, tu le sais! tenta-t-il de la rassurer en massant gentiment son épaule tendue. Avec la cape d'invisibilité de mon père et la carte du Maraudeur, tout est en notre faveur ; elles ne nous ont jamais fait défaut.
Elle sentit soudainement sa poitrine se déchirer sous le choc des paroles de son ami. Non, il n'avait plus la cape d'invisibilité… Elle était encore au manoir des Malefoy, sûrement encore paisiblement étendue au pied de la bibliothèque de laquelle elle s'était approchée avant d'être brutalement amené chez Barjow et Beurk, ou sinon, tout simplement entre les mains du Serpentard… Peu importait ; où qu'elle soit, Harry n'était pas en sa possession. Oh, par Merlin… la pièce dans laquelle elle s'était trouvée lors de son départ, c'était… le bureau de Lucius! Et si Drago n'avait pas pensé à récupérer la cape afin de la cacher? Mille Gorgones! Elle tomberait entre les mains de son père! Hermione ignorait totalement quel genre de conséquences ce fait amènerait, mais elle savait pertinemment qu'aucune d'entre elles ne seraient bénéfiques sur un quelconque point.
Et… la carte du Maraudeur? Gardant une mince parcelle d'espoir en elle, elle plaqua brusquement sa main contre sa cuisse à la hauteur de sa poche, puis fut considérablement rassurée d'entendre le petit bruissement du parchemin. Au moins, elle avait un item sur deux…
- Ça va, Hermione? T'es toute pâle.
Si jamais l'idée d'entreprendre une recherche de ces deux objets dans ses bagages passait par la tête d'Harry, elle se trouverait définitivement au pied du mur.
- Non, ne faites pas ça, les supplia-t-elle en retenant une envie de rejeter son contenu stomacal contre le plancher de pierre. C'est beaucoup trop risqué… S'il vous plait, faites-moi plaisir et ne faites pas une telle folie!
Stressant au son de leur silence, elle s'énerva.
- Je jure sur la tête de Godric Gryffondor que je vous dénoncerai à Dumbledore si vous osez mettre en œuvre tes paroles, Harry! Toi aussi, Ron! Je suis préfète-en-chef, alors je vous ordonne d'obéir!
Les deux garçons s'échangèrent un regard pour le moins incrédule, mais Hermione ne cilla pas dans l'espoir d'ajouter de l'ampleur à sa menace. Dans tous les cas, elle n'avait aucunement l'intention de mettre en pratique ce chantage anodin ; c'était uniquement pour tenter de les convaincre de ne pas entreprendre de démarches, et, à sa grande joie, sa tentative produit l'effet escompté. Se soumettant à sa convoitise, Harry et Ron hochèrent la tête non sans cesser de la dévisager avec scepticisme.
Deux jours passèrent sans qu'Hermione n'ait aucune nouvelle de Drago, comme prévu, et ce fût déjà la veille de Noël. Nombre de fois, l'envie de retourner à la Cabane Hurlante pour emprunter le portoloin lui traversa l'esprit, mais se rappelant qu'elle avait elle-même menacé ses deux amis de les dénoncer si jamais ils décidaient de s'y rendre, elle se résigna. Quoi que son esprit aurait pu décider, elle n'aurait toutefois pu céder à ses envies puisque le principal atout à une évasion impeccable n'était pas en sa possession… D'ailleurs, elle fut bien soulagée qu'Harry n'eut pas mentionné le manque de sa cape d'invisibilité durant ces deux jours derniers, ce qui prouvait fermement qu'ils, lui et Ron, avaient abandonné toutes tentatives de vouloir percer l'étrange mystère qui entourait le Serpentard. Théoriquement parlant, il ne restait que cinq jours avant son retour, mais déjà, Hermione avait toute la difficulté du monde de se concentrer sur toute autre chose que lui.
Ne sachant pas dans quel état il reposait aux instants qu'elle y pensait, l'envie d'en apprendre plus sur sa condition la démangeait à un point tel que le troisième jour qu'elle passa sans sa compagnie, celui-ci même et jour de Noël, elle tenait, entre ses mains une plume. Suspendue au-dessus d'un parchemin vierge qu'elle contemplait depuis maintenant une vingtaine de minutes, elle réfléchissait avidement aux détails qu'elle mentionnerait dans cette missive qu'elle destinait à nul autre que Drago. Son inquiétude était si vive qu'elle ne pouvait se permettre de parcourir ses cinq prochains jours sans avoir la moindre nouvelle du blondinet. Installée dans une bibliothèque vide à cause de cette journée festive à cette même place où elle et Drago s'étaient faits partenaires, elle chatouillait son menton du bout de la plume douce.
Elle tressauta vivement au moment où une ingénieuse manière d'introduire le sujet en de modestes mots lui vint à l'esprit. Sauçant la pointe de sa plume dans l'encrier, elle se mit à écrire sa lettre avec véhémence par peur d'omettre quelques détails qu'il ne fallait en aucun cas qu'elle écarte de ses propos. Maintes fois, elle pensa à gribouiller quelques mots d'un gros trait grossier, les regrettant, mais jugea après tout que le fond de sa sincère pensée était la meilleure chose pour lui à apprendre, elle s'ouvrit à part entière. Finalement, après avoir signé d'une calligraphie soignée son prénom au bas du parchemin, elle se relit une, deux, trois et quatre fois, hésitant même pour se relire une cinquième fois.
Elle soupira, sur le point de plier la lettre en trois pans égaux. Cédant, elle se relit pour la dernière fois :
« Drago,
Trop de jours ont passés sans que j'obtienne la moindre nouvelle de ta part. J'ai vécu deux rencontres bien dérangeantes la journée même de mon départ subi de ta demeure, et c'est ce qui me pousse très exactement à t'écrire aujourd'hui.
Ton père et Rogue savent maintenant clairement que je me suis rendue chez toi sans que je n'ai osé avancer le moindre fait qui pourrait le supposer, et le fait juste de devoir en venir à cette conclusion m'a donnée une peur bleue en ce qui concerne ta sécurité. J'ai reçu des menaces à profusion de leur part qui m'exigeaient de me tenir loin de toi, mais mon état d'esprit est si troublé que je ne peux m'empêcher de te demander comment les choses se produisent de ton côté. Les propos de Rogue m'ont laissé croire qu'il t'arriverait malheur…
Informe-moi, s'il te plait.
Hermione »
Elle s'autorisa finalement une dernière lecture suivant celle qu'elle venait juste de faire, les totalisant au nombre de six, puis plia la missive afin d'ensuite la glisser dans une enveloppe qu'elle scella aussitôt. Dix secondes plus tard, elle était en chemin pour rejoindre le sommet de la tour où se trouvait la volière.
Une fois rendue, l'air froid de la nuit nouvelle ne manqua pas de l'attaquer. C'est donc prestement qu'elle confia sa précieuse lettre au premier hibou qui se présenta à elle, payant la mince somme que ce voyage exigeait dans une petite bourse attachée à sa patte. Précisant la destination de son colis à l'oiseau, celui-ci poussa un strident hululement avant de prendre une puissante envolée qui obligea Hermione à protéger ses yeux. Le cœur battant, elle observa le hibou s'éloigner jusqu'à se faire elle-même transporter mentalement à travers le temps. Ignorant le froid qui mordait sa peau, elle regardait le vide tout près d'elle, se rappelant la silhouette de Drago à cet endroit exact qui avait autrefois hésité à lui partager ce qu'elle savait entièrement dans les temps actuels.
La journée de Noël prit fin tout comme la suivante. À son grand désespoir, elle ne reçut pas de réponse la matinée suivant l'envoie de sa missive. Harry et Ron étant encore de corvée auprès des professeurs auxquels ils avaient été jumelés, la préfète passait ses journées en compagnie de Luna, à laquelle elle dût également cacher tout fait réel concernant tout ce qui pouvait englober l'histoire avec Drago.
Le matin suivant, en revanche, Hermione sursauta considérablement lorsqu'un objet non identifié alla se baigner dans son bol de céréales en éclaboussant sa tenue de lait. Rejetant un couinement de surprise en grimaçant, elle retira précipitemment ce très mince paquet du point de sa chute avant qu'il ne s'imbibe trop de ce liquide, puis leva la tête dans les airs afin de découvrir une multitude d'hiboux qui volaient dans tous les sens en laissant tomber sous eux toutes sortes d'objets – beaucoup plus de lettres cachetées, en l'occurrence. N'ayant pas encore réalisé que cette lettre était sienne et sûrement celle qu'elle attendait avec impatience, son visage décrivit une expression particulièrement énervée lorsqu'elle constata qu'elle ne devait être de nul autre expéditeur que Drago. Sous le regard curieux d'Harry et de Ron, elle plaqua la missive contre sa poitrine en la couvrant entièrement de ses mains.
- Elle est de qui, cette lettre? se permit Ron en tentant de la lui prendre du bout des doigts.
Hermione fit claquer sa main contre celle du rouquin, interdite.
- De mes parents, mentit-elle en se levant du banc. Veuillez m'excuser.
D'un pas pressé, elle quitta la Grande Salle en gardant la lettre contre son cœur, contenant une envie insoutenable d'arracher l'enveloppe qui la séparait des mots écrits du Serpentard. C'est d'ailleurs ce qu'elle fit aussitôt qu'elle franchit le seuil de l'énorme porte qui menait au hall d'entrée. Chiffonnant maintenant l'enveloppe dans un poing ferme, elle dépliait avec presse le parchemin qui était largement plus petit que ce qu'elle s'était permit d'espérer d'avoir entre les mains. Il en était de même avec son contenu ; déjà que la lettre qu'elle avait elle-même écrite était courte, celle de Drago devait l'être deux fois plus. Espérant tout de même y recueillir de précieuses informations, elle approcha le parchemin de ses yeux :
« J'espère que tu es consciente des risques que tu as saisis en m'envoyant ces mots. Le fait que j'aie été le seul lecteur a été un large coup de chance étant donné que le moindre de mes gestes est surveillé. Ne m'écris plus. »
Peinée et confuse, elle dût baisser son regard jusqu'au bas du papier pour y lire une dernière phrase poignante :
« Je subis mon juste châtiment. »
Aucune salutation, aucun au revoir… Ni même son nom n'était signé. Sentant un flot de larmes lui monter aux yeux, elle ne savait toutefois pas si la cause était la faible consistance de la missive, ou plutôt l'évocation des souffrances qu'il vivait à son domicile. Les deux, peut-être… Cinq longs et pénibles jours s'étaient écoulés depuis son retour à Poudlard durant lesquels Hermione avait tout fait pour se convaincre que Drago allait bien, et bien que ces derniers mots fussent assez explicites, elle ne savait comment les interpréter. Globalement, elle connaissait effectivement les risques qu'elle avait pris en lui écrivant, mais ne pouvait-il pas comprendre qu'il était maintenant normal, depuis qu'ils s'étaient considérablement rapproché, qu'elle cherche à connaître l'état dans lequel il était en de telles circonstances ?
Contrairement à ce qu'elle avait espéré ressentir à la lecture d'une réponse du blondinet, Hermione se retrouva propriétaire d'une âme encore plus déchirée qu'auparavant. Elle avait beau tenter de se rassurer en se rappelant que deux jours la séparaient de son retour, mais c'était en vain, les mots qu'avaient écrits Drago revenant constamment dans sa mémoire. Toutefois, la Gryffondor se promit d'en apprendre plus lorsqu'il referait apparition entre les murs de Poudlard, sûrement assez mal en point si elle devait s'en tenir à ses dires sur papier. C'est donc en se donnant un bon coup de pied au derrière qu'elle ravala ses larmes, replia la lettre et l'enfouit au plus profond de sa poche, bien en sécurité.
Deux jours, plus que deux jours...
