Chapitre 21 - Fervent Serpentard


Jour actuel : 29 décembre 1997. Six jours s'étaient donc écoulés depuis sa courte assistance au manoir des Malefoy, et ce septième promettait le retour de Drago dans la journée. Hermione ne savait où, ni quand exactement, mais ce dont elle était certaine, c'est qu'elle irait sa rencontre aussitôt qu'elle apprendrait son arrivée. Encore là, elle ignorait comment elle pourrait entrer en connaissance de ce fait puisque le moyen qu'il entreprendrait pour revenir lui était totalement inconnu. Transplanage à proximité? Poudre de cheminette? Par les airs? Un balai? Un portoloin? Elle avait beau y réfléchir mais demeurait-il qu'elle s'en contre moquait. Aussi bien pourrait-il arriver à dos de Basilic qu'elle en resterait de marbre ; ce qui lui importait juste, c'était qu'il revienne, peu important sa façon.

Depuis son réveil, elle était restée à la bibliothèque. Dans l'heure suivant son arrivée, elle aida Ron à accomplir les tâches que madame Pince lui avait confiées, mais rapidement et au grand mécontentement de son ami, elle s'était calée dans un des quelques fauteuils pour plonger dans la lecture complexe d'un bouquin. La carte du Maraudeur périlleusement cachée dans sa poche, elle attendait le moment où Ron finirait ses corvées et se déciderait de quitter les lieux afin aller s'installer à la table la plus lointaine de la bibliothèque pour la consulter conjointement à son livre. Ainsi, elle apprendrait par elle-même le retour de Drago et pourrait voler à sa rencontre aussitôt qu'elle verrait apparaître le point le représentant sur le parchemin usé.

- Arrête-toi un peu, tu as lu durant toute la journée, Hermione! se peina Ron à lui faire remarquer, prêt à quitter la bibliothèque. Tu n'es pas un peu blasée de ce bouquin?

- Non, que je te dis! s'impatienta-t-elle. Le livre de l'« Évolution de la piètre condition des elfes de maison » est très intéressant. Je n'ai pas l'intention de m'en séparer maintenant.

- Mais tu connais déjà tout à leur sujet à cause de ta sale!

- Quoi? grimaça la préfète. Non, Ron ; la S-A-L-E! La Société d'Aide à la Libération des Elfes. Et puis non, je ne connais pas tout à ce sujet. Personne ne connaîtra jamais tout sur aucun sujet.

Ron haussa un sourcil, ce qu'Hermione remarqua avec agacement. Lui tirant une grimace suffisante, le rouquin abandonna toute tentative de l'arracher de ses pages puis quitta la bibliothèque. Aussitôt qu'elle gagna la paix et la solitude, elle bondit de son siège pour aller se réfugier au fin fond de la grande pièce, camouflée derrière une multitude d'étagères surchargées de livres et d'ouvrages de toutes sortes. À peine fut-elle arrivée à une petite table libre qu'elle y déposa son livre sans marquer sa page puis sortit la carte du Maraudeur de ses poches afin de la consulter à la hâte.

- Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises, lança précipitamment la préfète.

Le plan de l'école n'était même pas encore entièrement tracé qu'elle était déjà en train de chercher avidement Drago du regard, ce qui l'obligea à en faire le tour plus de cinq fois avant de constater avec amertume qu'il n'était pas revenu. Elle alla bientôt se permettre de paniquer, mais se ravisa bien rapidement en se convainquant que la journée était encore jeune – il n'était que quatre heures et quelques poussières de l'après-midi. Poussant donc un soupir résigné, elle s'installa négligemment dans une chaise non loin d'elle puis reprit la page donc elle avait inconsciemment apprit le numéro par cœur, poursuivant sa lecture qui ne semblait toutefois pas aussi intéressante qu'avant le départ de Ron. Sous son livre qu'elle laissait plaqué contre la table, la carte était encore dévoilée, découvrant un plan détaillé de l'école. Pendant le restant de la journée, sautant même l'heure du souper, elle fit danser son regard entre elle et son bouquin. Ce n'est que lorsque son estomac émit un monstrueux grognement sourd et douloureux qu'elle battit à la retraite. Refermant « L'évolution de la piètre condition des elfes de maisons » d'une main, elle se redressa sur son siège en accordant en vain un dernier regard à son principal intérêt. Aucun signe de Drago.

C'est à ce moment précis qu'elle se mit à imaginer le pire et s'accordant même l'horreur de s'en convaincre. La journée avait beau ne pas être officiellement finie, mais n'en restait-il que les huit heures et demie du soir que l'horloge affichait n'allaient probablement pas lui ramener le Serpentard. En effet, après avoir rejoint Harry et Ron à dix heures dans la salle commune des Gryffondor suite à un mince repas qui consistait des quelques restants du festin du souper, elle ne l'eut pas croisé. Elle fut même obligée d'éloigner sa motivation à vouloir le retrouver d'ici minuit puisqu'elle n'avait plus la possibilité de consulter la carte, étant en compagnie de ses deux proches amis dont un qui en était le propriétaire.

Après tout, peut-être avait-elle seulement mal compris la notion du temps qu'avait voulu imposer Lucius en mentionnant « une semaine ». Peut-être avait-il simplement lancé une échéance approximative dans la hâte d'aller se coucher de nouveau auprès de sa femme. Rien n'était certain, mais elle ne pouvait que tenter de s'accrocher à ces suppositions pour ne pas tranquillement se faire mourir d'inquiétude.

Cette nuit-là, elle dormit mal, très mal. Elle fit un horrible cauchemar dans lequel les pires atrocités étaient infligées à Drago, et qu'elle se voyait dans l'incapacité d'interagir afin d'y mettre fin. Encapuchonné d'une tunique d'un noir de jais, ses cheveux qui balayaient son front et son teint pâle lui donnait l'apparence d'un vampire. Appuyant cette allusion, un sourire machiavélique dévoila deux grandes dents entaillées comme deux poignards avides de sang. En dessous d'elles, ses petites armes blanches avaient finement lacéré sa lèvre, faisant naître de minces traînées de sang qui coula jusqu'à son menton. Étendu contre le sol, la manche de sa tunique était relevée jusqu'au creux de son coude, offrant à la vue de la multitude de Mangemort qui l'entourait une Marque des Ténèbres bien fraiche et opaque. Puis, comme si la goute de sang qui pendant à son menton blanc était d'un poids immense, elle alla s'écraser contre le sol en le faisant trembler sous elle, tirant brutalement Hermione de sa mauvaise rêverie.

Assise sur son lit, ses yeux étaient imbibés d'eau, choquée par les images qui avaient pris possession de son esprit durant son sommeil.

Deux autres jours passèrent et Hermione fut soulagée de ne plus refaire cet affreux cauchemar qui hantait déjà pleinement ses journées. La préfète était cependant tellement préoccupée qu'Harry et Ron furent obligés de lui rappeler qu'ils étaient la veille du Nouvel An. À leur grand effarement, elle n'avait manifesté aucune joie à cet égard, replongeant plutôt dans « L'évolution de la piètre condition des elfes de maisons » qu'elle était maintenant sur le point de terminer. À en juger par l'épaisseur de l'ouvrage dont elle avait entreprit la lecture et le peu de temps qui s'était écoulé depuis qu'elle l'avait débuté, ses deux amis en déduisirent que ses journées entières y avaient été consacrées. Pris par pitié, c'est avec fierté qu'ils l'arrachèrent de sa prison, l'amenant plutôt avec eux dans la Grande Salle afin de fêter un minimum ce changement d'année. Comme ils s'en étaient toutefois attendu, Hermione n'était guère enthousiaste ; elle était complètement évachée sur la table des Gryffondor, sa main supportant sa lourde tête dont les paupières se refermaient constamment.

- Hermione, tout de même! s'enquit Harry qui avait pris part à une conversation avec plusieurs de ses camarades.

Visiblement, le manque de tenue de la préfète l'indignait considérablement. Dérangée, l'interpelée ne fit que lever la tête sans démontrer le moindre intérêt.

- Je peux savoir ce qu'il te prend, ces derniers temps? la questionna-t-il en fronçant les sourcils. Tu as autant d'énergie qu'en possède Croûtard!

Ron, qui n'était pas très loin d'eux, poussa une plainte de protestation.

- Ce doit être la fatigue, proposa Hermione en haussant les sourcils. L'organisation de ce bal est très exigeante.

Elle espérait manifestement qu'Harry avale ses salades pour la laisser gérer sa soirée comme bon lui semblait, mais il ne se laissa pas duper aussi facilement :

- Tu n'y as été qu'une seule fois, Hermione.

- Qu'est-ce que t'en sais? renchérit-elle, agacée.

Effectivement, Hermione ne s'était pointée qu'à une seule rencontre du comité de l'organisation du bal de Noël sur les cinq qui avaient eues lieu. Toutes les autres avaient été remplacées par la passionnante activité que représentait la lecture de son bouquin sur les elfes de maison.

- Écoute, je ne suis simplement pas d'humeur à fêter, ce soir, expliqua-t-elle en esquissant une moue maussade.

- Tu ne l'étais pas la veille et le jour de Noël non plus, poursuit le Survivant.

- Effectivement, tu as raison.

- Tu as peut-être quelque chose à avouer à ton meilleur ami?

Cette tentative de manipulation la provoqua quelque peu, mais elle ne fit que le démontrer en affichant un air renfrogné, sans plus. Lui dénoncer à cet instant même qu'elle attendait depuis plus de neuf jours l'arrivée de Drago Malefoy, chez qui elle eut passé une nuit pendant laquelle ils avaient échangé un baiser et ce, afin de lui rendre service en l'aidant à se rendre à l'endroit où il recevrait la Marque des Ténèbres avec l'aide de la carte du Maraudeur et la cape d'invisibilité qu'elle lui avait tous deux dérobées sans sa permission? Quelque chose lui indiquait que ce n'était guère une bonne idée. Donc, pour toute réponse, elle ne fit qu'hausser les épaules en déviant son regard sur la table des Serdaigle. Là, Luna semblait être nettement d'une meilleure compagnie qu'Harry à ce moment.

Sans hargne au cœur, elle quitta la table des Gryffondor et alla rejoindre Luna. Une paire de lunettes assez particulière sur le bout du nez, elle lisait Le Chicaneur en parcourant le journal dans le sens de la longueur et suivant les lignes de droite à gauche. Seule avec elle, Hermione détermina qu'elle ne risquerait pas d'être assaillie d'une panoplie de questions dont la réponse devait rester secrète.

- Bonjour Luna, fit la préfète en s'assoyant à ses côtés.

La Grande Salle était victime d'un brouhaha et d'un mouvement incessant, donc tous les élèves se promenaient un peu partout en s'assoyant où bon leur semblait.

Une heure passa et bientôt, celle du souper ferait retentir les cloches de l'école. Toutes deux assises l'une en face de l'autre à cheval sur le long banc, Luna faisait face à la grande porte de chêne et Hermione, à la table des professeurs, tout à l'autre bout. Au grand contentement de cette dernière, elle avait réussi à glisser dans leur conversation l'étonnante lecture dans laquelle elle s'était engagée en empruntant « L'évolution de la piètre condition des elfes de maison » à la bibliothèque. Jusque là, Luna s'était montrée grandement intéressée et avait participé à cette échange avec vigueur, mais à cet instant précis, pendant que Gryffondor expliquait la différence entre les elfes d'aujourd'hui et d'hier, la blondinette semblait tout autre part. Le regard perché par dessus l'épaule d'Hermione, Luna leva lentement le bras afin de pointer d'un doigt tendu la porte de la Grande Salle. S'interrompant, la préfète fronçant les sourcils puis se retourna brusquement afin de découvrir la raison de l'écart d'attention de son amie.

Une tête blonde disparut si rapidement de la Grande Salle par son énorme porte qu'Hermione crut d'abord avoir été proie à une hallucination. Tandis que son cœur était maintenant en train de battre par lui-même contre le plancher en baignant dans une petite flaque rouge, elle porta une main tremblante à l'endroit où il aurait originalement dû être en fixant le même point durant plusieurs secondes. Puis, par peur que l'idée que Drago soit enfin revenu ne soit chassée de son esprit en accomplissant des gestes trop brusques, elle se remit sur pied d'une lenteur exaspérante.

- Est-ce que…? bredouilla-t-elle en voulant d'abord savoir sa vision affirmée avant de se jeter à sa rencontre hâtivement.

- Oui, approuva Luna en ajustant ses Lorgnospectres sur l'arête de son nez, je crois bien que c'était lui.

Aussitôt, elle quitta l'immense salle qui se remplissait d'élèves à toute jambe. Bien rapidement et à son grand soulagement, elle déboucha dans un corridor dans lequel Drago était effectivement et également présent. À une vingtaine de mètres devant elle, il marchait en compagnie de Zabini en s'éloignant de plus en plus. Automatiquement, un gigantesque sourire se fraya un chemin parmi ses traits qui avaient arborés l'accoutrement de l'inquiétude parfaite depuis presque dix jours consécutifs. Se mettant à rire bêtement, elle se mit à avancer d'un pas rapide afin de le rejoindre avant qu'elle ne le perde de vue. Seulement, la tâche était ardue puisque tous les élèves qui se pressaient dans la direction de la Grande Salle ralentissaient ses mouvements.

- Drago! s'écria-t-elle finalement avec bonheur dans l'espoir qu'il se retourne.

Mais l'interpelé ne se retourna pas ; il continua tout simplement sa marche aux côtés de son acolyte. Pourtant, elle aurait juré qu'elle avait poussé son prénom d'une voix suffisamment forte pour qu'il l'entende d'où il était puisque Zabini, lui qui était juste à côté du blondinet, s'était lui-même brièvement retourné afin de toiser celle qui s'adressait à son ami. Une étrange impression lui fit même douter qu'il se mit à presser le pas. Accordant cette perception déformée et illusoire dont elle venait d'être victime à un reflet imaginaire, elle se reprit :

- Hé, ho! Drago! répéta-t-elle d'une voix légèrement plus insistante sans toutefois devenir agressante.

Derechef, Zabini se retourna, agacé. Drago, quant à lui, gardait la tête dressée devant lui. Cette fois-ci, Hermione fronça les sourcils jusqu'à s'en étirer inconfortablement les muscles du front. Était-il devenu sourd? De sa position, tout en continuant de les suivre, elle vit le visage de Zabini se tourner vers celui dont elle tentait désespérément d'attirer l'attention. Elle s'était suffisamment rapprochée pour l'entendre parler :

- Drago, la Sang-de-Bourbe veut te parler, derrière, l'informa-t-il en reportant son attention parallèlement à la direction que ses pieds suivaient.

Rien. Le jeune homme ne fit que pivoter très légèrement la tête vers son ami sans esquisser la moindre expression qui démontrerait un quelconque bonheur, surprise, ou même d'agacement. Lorsqu'il resitua son visage devant lui, c'est précisément ce geste qui cloua la préfète sur place : d'un mouvement las, il avait haussé les épaules en battant faiblement l'air d'un bref coup de main.

Hermione eut soudainement l'impression que les murs autour d'elle s'écroulèrent. Devenue immobile en plein centre du couloir, elle ne réagit point lorsque les étudiants la bousculaient pour pouvoir passer aisément, irrités par son manque de coopération pour permettre une circulation plus libre. Elle fut choquée à un point tel qu'elle ne put croire ce qu'il venait de se produire. Dans son dictionnaire personnel mental, Drago Malefoy n'avait plus aucune raison de l'ignorer en haussant bêtement les épaules comme il venait tout juste de faire depuis déjà bien longtemps. De plus, il n'aurait pas pu confondre « Sang-de-Bourbe » avec nulle autre personne qu'elle. Et encore là, maintenant qu'ils étaient amis, il aurait dû la défendre en interdisant Zabini de l'appeler ainsi! Alors qu'une multitude de questions se bousculaient dans sa tête, elle regarda fixement les deux Serpentard bifurquer au bout complet du couloir afin de disparaître.

L'impression de revenir au point de son absence revint habiter son esprit, mais maintenant à puissance triple.

Le corridor se vidait progressivement, se qui lui permit de distinguer des bruits de pas qui se pressaient vers elle dans son dos. Arrivant à ses côtés, une Luna haletante se mit à regarder dans tous les recoins des alentours à la recherche de Drago.

- Ce n'était pas lui? demanda-t-elle de sa voix aigue, désolée.

Hermione ne répondit pas. Ses yeux s'alourdissaient de larmes et celle qui coula lâchement le long de sa joue ne la fit pas réagir pour autant.

- Si ce sont mes Lorgnospectres qui m'ont poussées à avoir des visions troublées, je suis horriblement désolée de t'avoir donné de faux espoirs... Mon père m'a pourtant assuré qu'il n'y aurait pas d'effets secondaires sur nulle autre chose que la lecture du Chicaneur… Ça ne serait pas la première fois ; j'ai même confondu Lavande Brown avec Cormac McLaggen, plus tôt.

Elle ne l'écoutait pas, déchirée par ce qu'elle venait tout juste de vivre. Dans un état de choc cérébral, les appels au retour de l'esprit de la préfète de Luna furent inutiles ; seul le son assourdissant de l'horloge qui venait d'atteindre les six heures du soir permit à Hermione de revenir à la dure réalité. Sans lui adresser la moindre parole, elle alla rejoindre la tour de Gryffondor même si son estomac protestait pour qu'elle se dirige plutôt vers le buffet du soir.

Hermione pleurait à chaudes larmes dans son lit lorsque la transition entre 1997 et 1998 se fit, ne se doutant absolument pas que dans la Grande Salle, Harry et Ron la cherchaient éperdument des yeux afin de fêter ce Nouvel An en bonne compagnie et joyeusement.