Chapitre 22 - Œil pour œil, dent pour dent


Identiques furent les journées depuis le retour de Drago, c'est-à-dire sans qu'Hermione ne puisse lui adresser la moindre parole puisqu'il l'évitait comme la variole du dragon. Elle avait, suite à ça, rapidement pris goût à fuir toute compagnie, quelle qu'elle soit. D'ailleurs, depuis cette journée où elle avait clairement compris que quelque chose avait dû se passer dans la tête du Serpentard – ou plutôt dans son manoir – pour qu'il décide du jour au lendemain de l'ignorer, Harry et Ron n'avaient passé que très peu de temps avec elle. Souvent, la préfète ne faisait que déambuler dans les couloirs en solitaire avec quelques livres ainsi que la carte du Maraudeur sous le bras – qu'elle ne voulait, soit dit en passant, absolument pas remettre à Harry – et la consultait de temps en temps pour découvrir où le blondinet se trouvait. Elle allait ensuite dans ce même secteur et se mettait à lire un de ses ouvrages en restant bien en vue dans l'espoir qu'il l'aperçoive et décide tout bonnement de venir lui parler.

Mais à l'opposé de ses désirs, jamais Drago n'avait manifesté le moindre signe qui aurait pu laisser la chance à Hermione de croire en un éventuel rapprochement. Les raisons qui le poussaient à agir ainsi échappaient complètement à la pauvre préfète, et bientôt, ses réflexions se mirent à empoisonner son attitude envers tout ce qui l'entourait. Bien sûr, nombre de fois leur regard s'était croisé, et à chacun de ces moments Hermione avait tenté de lui offrir un sourire afin qu'il en fasse de même, mais ses yeux d'acier dérivaient toujours ailleurs avant qu'il ne puisse le remarquer, visiblement indifférent.

Indépendamment de ce fait – ou peut-être pas, après tout –, Hermione ne prit pas bien longtemps à remarquer, lui ayant à ce moment décoché une grimace outragée, qu'il était dans un lamentable état ; si elle pouvait comprendre les raisons de son teint encore plus blême qu'à l'habitude ainsi que ses poches violacées en dessous de ces yeux ternis, ses ecchymoses et ses quelques fines blessures, en revanche, lui laissaient supposer plusieurs ignobles choses qui pourraient s'être produites à son manoir. Cependant, elle n'eut jamais la chance de voir ces théories confirmées ou, elle aurait espéré, anéanties.

Après plusieurs journées de solitude à se morfondre sur son sort, Hermione devait avouer que se retrouver derechef en compagnie de ses deux meilleurs amis lui fit un bien fou.

- Si tu oses me dire que Malefoy n'a rien fait de louche dans ces derniers jours, je te lance le sortilège de Chauve-Furie! lança un Ron enthousiaste à Hermione après avoir vu pour la première fois la mine du Serpentard. Bon sang! Quiconque soit l'artiste, je lui lève mon chapeau!

Harry pouffa de rire tandis qu'Hermione se fâcha. Tout en poursuivant leur route vers leur salle commune avant que les garçons se rendent à leur retenue quotidienne, elle leur affligea une puissante claque de ses deux mains en arrière de leur tête en tentant d'ignorer le confort abusif dans lequel s'était installé Drago auprès de Pansy, ce qui la rendit considérablement jalouse. Ils marchaient tous les trois dans la direction où la bande habituelle du blondinet était installée nonchalamment dans un espace de repos entre les couloirs, et elle appréhendait avec sincère conviction un quelconque accrochage. C'était franchement inévitable que soit ses deux amis Gryffondor ou bien le clan des Serpentard élèverait une plaisanterie de mauvais goût qui engendrerait par la suite un affront. D'ailleurs, au moment juste où Hermione allait tenter de dissuader Harry et Ron d'en être les premiers opérateurs, le rouquin s'échappa à son plein gré :

- Eh! Où est-ce que t'as trébuché, Malefoy? railla Ron une fois tout près des verts et argent. T'as été te balader près du Saule cogneur?

Hermione se raidit soudainement. Quant à Drago, soucieux de s'être fait balancé par elle suite à l'évocation du Saule cogneur, il se redressa vivement en faisant danser son regard sur Ron et Hermione. Cette dernière se résigna alors au retrait, ne voulant en aucun cas être incluse dans cette vile provocation.

Elle se sentait mal de se l'avouer, mais elle espérait en quelque sorte qu'une bataille soit provoquée afin qu'elle puisse intervenir et peut-être, qui sait, échanger quelques mots avec Drago. Seulement, elle vit son souhait prendre fuite furtivement lorsqu'elle suivit des yeux le provoqué qui bondit furieusement sur ses pieds en laissant derrière lui une Pansy irritée. L'expression qu'il arborait ne présageait rien de bon. Derrière lui, Crabbe et Goyle s'approchèrent pour monter la garde en faisant craquer leurs jointures, prêts à se lancer dans une envolée de pieds et de poings. Quant à Zabini et Nott, ils restèrent en retrait près de Pansy et Millicent et regardaient la scène avec un sourire progressif sur les lèvres.

Contre toute attente, Drago n'attendit pas davantage d'agacerie pour se lancer dans les contacts physiques. La seconde après l'avoir vu bondir brusquement, Hermione fut surprise de le voir à deux pouces du rouquin, retenant le collet de son chandail captif de son poing ferme. En un claquement de doigts, Harry suivit la parade, prêt à les séparer, mais à peine eut-il agrippé étroitement l'avant-bras du Serpentard afin de venir en aide à son ami que Drago se dégagea prestement en reculant d'un grand pas, paniqué. Étonnement, personne ne sembla poser sur ce geste un regard particulièrement intrigué ou songeur ; personne, mis à part Hermione, avec qui il échangea un bref regard affolé.

- Qu'est-ce que t'as, Malefoy? se permit de continuer Ron sur un ton moqueur après ce mystérieux bond de recul. T'as vu une souris? Ou une fouine, plutôt?

- Uniquement ta sale tête, Weasley, répondit-t-il du tac au tac.

Tandis qu'Hermione comprit aussitôt pourquoi Drago s'était reculé d'un geste aussi vif, lui était plutôt soulagé que personne n'en pousse la remarque pourtant si facile à lancer à son égard. En compagnie de ses fidèles derrière lui, il poussa donc un rire tonitruant tout de même feutré d'une faible inquiétude suite à sa réplique, ce qui eut pour effet d'empourprer le rouquin qui s'apprêtait à lui renvoyer la balle.

- Cette fois-ci, Ron, tu laisses tomber, ordonna le Survivant en posant une main prévenante sur son épaule. Ne lui donne pas l'honneur d'être la raison pour laquelle tu te ferais expulser de Poudlard.

- Comme d'habitude, Saint Potter, tu fais preuve d'une grande sagesse!

Ron grogna quelque chose d'inaudible mais n'insista pas. Hermione, qui s'était rapprochée de nouveau en constatant qu'aucune bataille n'allait être déclenchée, toisait le blondinet avec insistance. Même si l'échange de mot qu'avait pratiqué Drago avec Harry et Ron n'était pas particulièrement cordial, elle les enviait horriblement d'avoir droit à un minimum d'attention de sa part.

- Tu sais quoi? éleva Malefoy en éveillant l'attention du trio de Gryffondor. Toi et Ouistiti, vous me feriez énormément plaisir de venir à ce truc débile de duel.

Bien évidemment, Hermione gagnait le droit de se sentir aussi visible que le vent.

- Quoi? lança Harry en fronçant les sourcils. De quoi est-ce que tu parles?

Drago sortit une brochure d'un orange criard de sa poche de pantalon et la lança négligemment au visage du Survivant. La légèreté du papier qui se glissait entre les particules d'air mouvantes fit cependant dériver la trajectoire du pamphlet pour finalement atterrir entre les mains d'Hermione. Brusquement, Ron s'en empara en ignorant sa complainte de protestation puis en lit rapidement le contenu, la tête d'Harry perchée au dessus son épaule.

- Un club de duel… dans la Grande Salle… s'échelonne sur une semaine… marmonna Ron en balayant la brochure de ses yeux.

- C'est aujourd'hui, en plus, s'exclama Harry.

- À quatre heures, confirma Drago en croisant les bras afin de les mettre au défi, juste après nos charmantes retenues.

Hermione, qui était restée à l'écart les mains sur les hanches à cause de l'impulsivité vexante de Ron, fronça alors les sourcils en reprenant possession du pamphlet. Elle ne semblait visiblement pas accepter que ce genre d'activité, même approuvé par la direction, ait lieu par simple et pur divertissement.

- Comme celui qui a été organisé par Lockhart en deuxième année? fit Ron en levant les yeux sur le Serpentard, ses mains encore positionnées comme s'il tenait une brochure invisible.

Avant même que Malefoy ne réponde, Hermione avait brusquement baissé les bras, chiffonnant la publicité d'une main.

- Peu importe, c'est une très mauvaise idée, poussa-t-elle finalement à l'adresse d'Harry et Ron. T'as bien vu qui en est l'organisateur?

Hermione frémit. En prononçant ses derniers mots, elle avait posé un regard inquiet sur Drago, qui lui sembla soudainement être éprit d'un malaise. Sentant un certain picotement derrière ses paupières battantes, elle se rappela qu'elle avait, entre autre, mentionné sa rencontre avec Rogue lors de son arrivée à Poudlard dans la lettre qu'elle lui avait envoyée. Peut-être lui également, ça lui était brièvement venu à l'esprit…

- Rogue, oui, je sais, approuva Harry. Raison de plus de s'y rendre ; il pourrait voir son chouchou se faire écraser directement devant ses yeux.

- Non, Harry, trancha Hermione, catégorique. Personne ne se fera écraser, parce que vous ne vous y rendrez pas!

Le blondinet esquissa un sourire désagréablement tacite, amusé par sa remarque.

- Vous pouvez bien évidemment écouter Granger, ou au contraire prouver que vous n'êtes pas que des lamentables lâches qui ont la trouille.

Hermione soupira bruyamment, exaspérée, sachant pertinemment que cette provocation aurait pour effet d'inciter les deux Gryffondor à s'y rendre simplement afin de ne pas passer pour des couards, surtout devant Malefoy. En effet, Ron rougit aussitôt et au moment même où il alla répliquer, Harry le devança en jugeant que sa réplique serait sûrement beaucoup plus impartiale que la sienne :

- T'inquiètes pas, Malefoy, on y sera.

- Ce n'est pas moi qui devrais s'inquiéter, Potter.

La prestance avec laquelle Drago prononça ces mots provoqua un très désagréable frisson le long de l'échine de la préfète. Il sembla si calme, si sûr de lui, si… confiant. C'en fut désemparant à un point tel que même Harry et Ron arrivèrent à la sentir et en furent légèrement déstabilisé. Cependant, contrairement à Hermione, ils ne savaient aucunement que ça ne présageait réellement rien de bon, car elle, elle savait que plusieurs choses s'étaient produites dans les derniers jours pour Drago. Sûrement que son surplus d'assurance avait un lien à quelque chose qui se serait produit là-bas… Encore là, elle se peinait à ignorer ce que c'était.

Au grand bonheur d'Harry et de Ron – et de Drago, leur retenue se termina plus de trente minutes plus tôt qu'à l'habitude étant donné l'occasion spéciale qu'était le club de duel. Ils se mirent donc à se gaver d'espoir qu'il en reste ainsi jusqu'à la fin des séances prévues à cette même heure chaque soir, mais Hermione, contrairement aux deux garçons, espérait largement le contraire. Franchement, l'idée de voir Drago et Harry ou Ron s'affronter devant ses propres yeux ne la séduisait guère, surtout sachant qu'ils se détestaient tous suffisamment pour ne pas savoir s'arrêter si jamais leur affront prenait une tournure plus violente et incontrôlée. C'est donc avec grand effarement qu'Harry et Ron aperçurent Hermione dans la Grande Salle lorsqu'ils y entrèrent également, elle qui avait assuré avec gravité qu'elle n'avait aucunement l'intention d'y assister par faute de bon sens. Lorsqu'ils leur demandèrent ce qui l'avait poussé à changer d'avis, elle ne fit que détourner son regard en poussant un gloussement snob. Secrètement, et bien que les professeurs présents – en l'occurrence, Flitwick, Chourave, McGonagall et Rogue, les directeurs de chacune des maisons – avaient clairement pour tâche de contrôler les duels, Hermione s'était promis d'intervenir si jamais quelque chose allait mal.

Il était trois heures cinquante et des élèves entraient par dizaines à chaques minutes qui passaient, rendant la Grande Salle encore plus chaotique qu'à l'ordinaire. Pour l'événement, les quatre tables sur lesquelles les étudiants des quatre maisons mangeaient habituellement furent retirées afin de faire place à une largement plus grosse qui ressemblait davantage à un podium qu'autre chose. Tous les sièges et bancs avaient été écartés afin de laisser amplement de place aux élèves autour du centre d'attraction, et cette disposition des choses donnait l'impression à la salle d'être trois fois plus vaste qu'elle ne l'était réellement.

Une fois que les énormes portes furent fermées et que les quatre professeurs, se tenant debout sur l'immense table, obtinrent un silence impeccable, Hermione se mit à croire de plus en plus que ce club de duel n'était qu'une très mauvaise idée ; partout autour d'elle et autour de la table, des étudiants se dévisageaient sans retenue, prévoyant d'avance avec qui ils se lanceraient dans un combat magique. Les bras croisés et les sourcils froncés, elle attendit auprès d'Harry et Ron qui semblaient tous deux décidés à mettre une raclée définitive à Drago. Dans son dos, elle pouvait les entendre proférer des injures à l'égard du Serpentard, mais malgré son agacement, elle n'en accorda aucune importance. Cette fois-ci, elle ne prendrait aucun parti. Ainsi, elle ne risquerait pas d'abîmer une de ses relations avec les trois garçons… quoi que celle qu'elle entretenait avec Drago fût visiblement menacée.

Un interminable discours tirant sur l'historique de ce genre de combat fut introduit par Flitwick, puis poursuit par Chourave. La quasi totalité des élèves dormaient presque jusqu'au moment où la voix de Rogue s'éleva, attisant leur attention par peur de se faire pincer à démontrer un apparent désintérêt qui se verrait puni par une expulsion de la salle.

- Par la suite, enchaîna le professeur Rogue, laissez-moi clarifier un certain point que vous vous devrez de bien assimiler. Si vous vous retrouvez actuellement ici, c'est pour mettre fin à vos puérils enfantillages dont vous appelez communément vos « vacances » afin de les rendre ne serait-ce qu'un peu plus salutaires, donc par ce fait même, un comportement irréprochable sera exigé. Puisque nous avons été témoin d'un extrême et sérieux relâchement au niveau de vos activités quotidiennes, nous avons jugé bon de mettre sur pied ce club de duel qui sera, je vous préviens, beaucoup plus sérieux qu'une simple manière d'occuper vos journées. Donc si vous n'avez pas l'intention de prendre ce temps au sérieux, je vous conseille fortement de quitter la pièce sur le champ.

Une pause s'imposa, mais aucun geste ne se fit.

- De plus, aucun spectateur ne sera permit, ajouta McGonagall par-dessus ses lunettes carrées. Nous voulons dire par là que si vous désirez rester ici, c'est pour participer, et non simplement pour observer et commenter les duels.

Quelques lamentations s'élevèrent, ce qui eut pour effet de faire grimacer la directrice de Gryffondor.

- Nous en sommes bien navrés, fit-elle retentir d'une voix forte, mais il doit en être ainsi. Nous ne voulons en aucun cas que des colporteurs ne soient ici uniquement pour se permettre de se moquer ou de ridiculiser ce qui va se produire entre ces murs uniquement pour le plaisir de jouer les andouilles. Il est trop facile d'en faire autant lorsque nous ne faisons que poser un regard critique sur ce qui nous entoure sans directement nous y impliquer.

Les plaintes s'étouffèrent alors tandis que d'un doigt maître, McGonagall désigna les portes de la Grande Salle. Quelques étudiants mécontents la quittèrent, réduisant le nombre de candidats à une soixantaine. Harry et Ron s'attendirent à voir Hermione la quitter également, mais c'est suite à un grand combat mental qu'elle céda à ses principes et ne bougea pas, s'engageant donc à un éventuel duel. Sans commenter verbalement sa décision finale, les deux Gryffondor s'échangèrent un regard entendu en haussant les sourcils, épatés par sa soudaine hardiesse, puis reportèrent leur attention sur les professeurs qui regardaient les derniers élèves qui s'étaient uniquement pointés dans l'espoir de pouvoir rigoler déserter la place.

Hermione aurait vraiment voulu pouvoir rester uniquement en tant que spectatrice, mais elle ne pouvait absolument pas se résigner à manquer ce à quoi elle risquait d'assister. Elle n'approuvait peut-être pas un futur duel entre ses amis, mais s'il avait véritablement lieu, elle se devait absolument d'être présente. C'est donc avec une légère crainte qui fit naître un tourbillon de malaise au creux de son estomac qu'elle encra ses pieds dans la pierre du sol, se remémorant toute une panoplie de sortilèges qui pourraient s'avérer utiles lorsque son tour passerait pour affronter un quelconque étudiant. Elle ignorait d'ailleurs la façon dont ils procéderaient pour former les duos, mais au moment même où elle leva le bras dans les airs afin de poser cette question, McGonagall poursuivit ses consignes à haute voix :

- Lorsque mes indications seront complètes, vous écrirez votre nom sur un bout de parchemin que je vous fourni à l'instant (elle brandit sa baguette et des petits morceaux de papier voyagèrent jusqu'aux étudiants) et irez ensuite les poser dans le Choixpeau. Il chargera de former les couples qui s'affronteront.

La seconde qui suivit, on entendit de faibles grincements de plumes contre des parchemins ainsi que quelques murmures faibles. Hermione, tout comme Harry et Ron, semblait légèrement indisposée devant cette manière de déterminer qui affrontera qui, mais la préfète finit par croire que cette méthode risquait d'aboutir à d'intéressants combats. Tentant de se frayer un chemin vers le Choixpeau afin d'y déposer son nom parmi les élèves qui recommencèrent à s'agiter autour de la table centrale, la jeune femme remarqua que Drago semblait particulièrement excité. Elle ne fut donc pas très surprise de le voir brutaliser plusieurs élèves sur son passage en les menaçant de les envoyer à Ste Mangouste s'ils ne le laissaient pas passer. Malgré tous les mauvais souvenirs qu'évoquait cet ancien comportement, Hermione ne put s'empêcher de rigoler.

Enfin, tous les élèves reprirent leur place et, provoquant chez chacun d'eux une vague d'excitation, le professeur Rogue plongea sa main dans le chapeau pour en sortir deux bouts de parchemin jumelés.

Ainsi, les duels commencèrent.

Parvati et Padma Patil, sœurs, s'affrontèrent à leur grand malaise, entre autre. Il y eut également l'étonnant match du petit et jeune Dennis Crivey et de la grosse et épaisse brute Gregory Goyle, dont, au grand effarement de tous, le jeune Gryffondor en sortit vainqueur grâce à un sort lancé si bêtement par le Serpentard qu'il ricocha jusqu'à l'atteindre en plein visage. Ensuite, Ginny se vit affronter Luna ; un combat qui finit, au grand soulagement des deux amies, à la loyale. Après vinrent les duels entre Ernie Macmillan et Millicent Bulstrode, Michael Corner et Seamus Finnigan, Theodore Nott et Neville, dont ce dernier fut envoyé d'urgence à l'infirmerie afin de rejoindre Goyle, le pauvre ayant trébuché en exécutant un faux déplacement et se rentrant la baguette dans le nez. Harry, Ron et Hermione virent rapidement leur impatience monter à l'idée d'en faire partie, tout comme leur excitation face à tous ces combats passionnants auxquels ils assistaient.

Rogue plongea pour la énième fois sa main dans le Choixpeau et accorda le même regard las qu'il avait offert à tous les bouts de parchemin qui avaient précédemment passés sous ses yeux à celui-ci. Seulement, arrachant de bruyantes inspirations avide de connaître les combattants à beaucoup d'élèves, le professeur de potions esquissa un mouvement de plus qu'à son habitude ; il haussa un sourcil, faisant par la suite naître un sourire mauvais sur ses lèvres.

Tous retinrent leur souffle.

- Harry Potter et Drago Malefoy, poussa-t-il en relevant les yeux.

Plus d'un réagit à l'évocation des deux nouveaux opposants. Tandis que la foule en entier se mit à engager de faibles murmures en pariant sur qui aurait l'avantage dans le combat, McGonagall grimaça sans cacher son mécontentement, repensant à la bataille qui avait failli leur coûter une expulsion. Elle s'était bien évidemment doutée que ce duo tendu ressortirait du Choixpeau, mais elle avait espéré qu'elle puisse s'en passer car elle savait pertinemment qu'il faudrait qu'elle accorde une attention particulière au déroulement de ce duel. Quant à Hermione, elle s'indigna mentalement en retenant fermement l'envie d'exposer son insatisfaction face à ce choix, mais elle se retint en entendant Ron, à côté d'elle, pousser un cri d'encouragement à Harry qui montait maintenant sur l'énorme table. De l'autre côté de la table, un Drago qui semblait encore plus confiant qu'il ne l'était quelques heures plus tôt en fit de même, bondissant sur l'estrade en ne s'aidant que d'une main.

- Tachez de vous souvenir de n'utiliser que vos baguettes, s'empressa d'avertir le professeur McGonagall sous ses sourcils froncés en provoquant quelques rires.

Hermione était nerveuse et se sentait devenir bientôt hystérique. En aucun cas l'envie de voir Harry ou Drago s'entre blesser ne l'avait atteinte, et c'est d'ailleurs pourquoi elle plongea sa main dans sa poche, tâtonnant sa propre baguette magique. Elle savait bien que les quatre professeurs des maisons seraient là pour intervenir en cas d'urgence, mais le fait de savoir qu'elle pourrait avoir le même pouvoir qu'eux apaisa sa conscience. Son autre main, qui était libre, alla rencontrer le bord de la table, l'agrippant avec stress et attendant le début du combat avec une large appréhension.

Les deux combattants étaient face à face et une quinzaine de mètres les séparaient. Au signal de Rogue, le Gryffondor et le Serpentard se saluèrent en s'inclinant légèrement – Drago ne fit que baisser faiblement la tête en savourant le semblant de soumission que lui soumettait Harry – puis se séparèrent de quelques mètres supplémentaires. Enfin, ils se placèrent en position d'attaque. Hermione ne put se retenir d'étreindre étroitement le poignet de Ron.

- Harry va l'écraser, souffla-t-il tout près de son oreille, ne t'inquiète pas pour lui!

Mais la préfète craignait beaucoup plus le contraire. Elle ne fit cependant qu'hausser les épaules impatiemment sans cesser la danse furtive que faisaient ses yeux en voyageant d'Harry à Drago. Ce n'est que le professeur Flitwick qui réussit à détourner l'attention d'Hermione afin de la poser sur lui lorsqu'il s'avança entre les deux opposants sur la table.

- Trois… Deux… Un… Allez-y! s'écria-t-il.

Il s'écarta rapidement, ne voulant pas être assailli par une multitude de sorts qui seraient lancés par Harry et Drago aussitôt son compte terminé, mais au grand étonnement de l'audience complète, un silence étouffant se préserva. Les deux ennemis continuaient de se fixer ; Harry avec les sourcils froncés, méfiant, et Drago avec un sourire goguenard pendu aux lèvres. Tous deux semblaient attendre que l'autre fasse le premier mouvement, mais les secondes passèrent sans qu'aucun son ni aucun geste ne s'émette.

- Expelliar… rugit finalement Harry en s'avança d'un pas agile.

Avant même que la fin de son incantation ne soit dévoilée, Drago avait fendu l'air d'un coup de baguette et le filet électrique qui jaillit de celle d'Harry se rompit aussitôt en provoquant une explosion lumineuse et un tintement aigue. Enchaînant d'une mimique gracieuse la seconde suivante, un jet bleu électrique s'abattit sur le Survivant qui n'avait rien vu venir, le faisant voler jusqu'au bout de la table, là où il s'effondra sur le dos après une impressionnante culbute.

Hermione avait tressailli violemment en plaquant ses mains contre sa bouche, inquiète par la condition d'Harry mais surtout sidérée par cette attaque subite et si bien contrôlée que Drago avait évoquée sans prononcer la moindre parole. Depuis quand était-il capable de lancer des sorts informulés aussi prestement et habilement? Était-ce là la raison pour laquelle il affichait un sourire aussi triomphant et infaillible? Dans tous les cas, aussitôt que le Serpentard baissa sa garde, des exclamations qui se partageaient entre plusieurs émotions retentirent autour d'elle tandis qu'Hermione se hissa sur la pointe des pieds pour s'assurer de ne rien manquer à la suite du duel.

Harry se releva furtivement, son teint devenu aussi vif que celui d'une pivoine. Embarrassé de s'être fait mis à terre par Malefoy dans un temps aussi proche de l'amorce du duel et ce, aussi facilement, il se ressaisit dans l'espoir de regagner l'attention qu'il avait toujours involontairement obtenu. La mine renfrognée, il n'osa même pas poser un regard autre part que sur le visage déjà railleur de Malefoy qui ne fit que lui donner la vive envie de lui taper dessus jusqu'à temps qu'il fasse disparaître son sale sourire.

Le combat reprit alors, mais Harry fut tellement énervé de voir Malefoy lui jeter des sorts à tout bout de champ sans entendre une seule incantation sortir de sa bouche qu'il s'attira bien rapidement les huées des Serpentard ; involontairement et pendant leur combat effréné, il avait, d'un coup de baguette, enflammé le drapeau qui les représentait et qui ne pendait plus que par quelques pans brûlés au plafond. D'ailleurs, il agissait tellement avec de faibles mouvements et réflexes que les élèves autour des deux protagonistes commençaient à s'échanger des commentaires qui dénigraient ses performances magiques. Toujours est-il que le problème ne provenait pas de la faiblesse d'Harry, mais plutôt de l'impressionnante et inhabituelle performance de Drago. De son côté, ce n'était pas uniquement ses pouvoirs qui s'étaient largement améliorés, mais également son sens de la logique. Des tactiques, il en avait ; pour détourner l'attention du Survivant, il eut même changé la température du ciel au dessus de leur tête entre deux sorts lancés! Le résultat fut que le professeur McGonagall dût interrompre le duel pour cause de longueur et d'éventuels coups bas qui pourraient très bien être reliés aux poings puisqu'Harry ne semblait plus être en mesure de garder son sang froid.

- Potter, restez de ce côté de la table! vociféra McGonagall en le voyant s'approcher de Malefoy d'un pas décisif et qui ne présageait rien de bon.

Retenu par Ron et Hermione, l'Élu tenta d'ignorer les rires exagérés et les gestes grossiers qui s'élevaient de la bande de Drago, de l'autre côté de la table. Le chef d'entre eux descendit de la plate-forme en se pavanant, bombant le torse sous la fierté que sa performance spectaculaire lui avait apportée. Hermione fulmina en voyant Pansy le minoucher avec un trop plein d'attention sans aucune pudeur et plusieurs gamines lui allouer un regard plein d'admiration.

Le reste de la séance se passa dans un contrôle absolu des professeurs et Harry se faisait particulièrement surveiller par Rogue puisqu'il ne cessait de lancer à Malefoy un regard noir. C'est donc avec aisance qu'ils parvinrent tous à se rendre au dernier duel de la journée sans avoir eu à intervenir dans un second accrochage. Ron et Hermione, eux qui n'avaient pas encore eu la chance de passer, se mirent à craindre que le combat qui clorait la séance ne soit exécuté par eux-mêmes, l'un contre l'autre, et leur angoisse ne fit que s'attiser lorsque le professeur Rogue plongea sa main dans le Choixpeau en esquissant la même expression qu'il avait arboré lorsqu'il avait pigé le nom d'Harry et Drago.

- Pansy Parkinson et Hermione Granger.

Hermione grimaça, plus qu'agacée. Un groupe de garçon pouffa, et elle ne fut pas surprise de découvrir que ce n'était nul autre que les amis de la Serpentard. Tandis que cette dernière ne le se fit pas dire deux fois en grimpant aussitôt sur la table, avide de remettre la Sang-de-Bourbe-qui-a-osé-touché-à-son-Dragounichou à sa place, Hermione, elle, tardait auprès de ses amis. La raison n'était aucunement qu'elle avait peur, mais le simple concept de se retrouver en train d'affronter Pansy Parkinson, l'apparente copine de Drago, et ce, devant le blondinet, la rendait plutôt nerveuse et réticente. En aucun cas elle n'avait l'envie de l'entendre encourager le tonkinois plutôt qu'elle, mais malgré tout et grâce aux encouragements d'Harry et Ron, la préfète monta sur la table en retenant la fâcheuse envie de s'enfuir à toute jambe.

Ce qui l'encouragea cependant à passer à travers ce duel la tête haute, ce fut l'attitude de Drago qu'elle réussit à entrevoir du coin de l'œil. Il était au premier rang et ne portait aucune attention aux moqueries de ses comparses derrière lui. Il semblait plutôt très alerte, comme s'il était réellement intéressé de savoir le déroulement du combat et de ne pas en manquer une seule seconde. Enfin, lorsque Rogue marqua le début du duel, le regard du blondinet s'aimanta au sien, mais elle fut malheureusement et à contrecœur obligée d'encrer ses yeux au plus profond de ceux de Pansy afin de ne pas subir une attaque sous son manque d'attention et de concentration.

Cet affront fut sans nul doute le plus divertissant de tous. Les deux filles étaient si concentrées et si entêtées qu'elles ne remarquèrent même pas que les élèves autour d'eux prenaient largement plaisir à ce spectacle en riant à tout bout de champ. Ce que ces autres ignoraient, toutefois, c'était que la seule motivation qui encourageait les deux adversaires féminines à ne pas abandonner, c'était l'opinion qu'aurait Drago Malefoy sur elles lorsque le duel prendrait fin. Celui-ci semblait également connaître la raison pour laquelle elles s'acharnaient autant, car il regardait maintenant toute cette comédie avec un large sourire éploré sur le visage et les bras croisés. À certaines reprises, Hermione s'était autorisée à lui lancer un regard, et ce geste n'avait qu'à chaque fois le pouvoir de décupler son bouillonnement vis-à-vis Pansy puisqu'elle restait persuadée que Drago n'en avait que pour elle. La Gryffondor fut alors pleinement satisfaite de voir les réflexes de la Serpentard s'affaiblir tranquillement contrairement aux siens qui ne faisaient que s'aiguiser à travers les secondes qui passaient.

- Incarcerem! beugla Hermione lorsque Pansy offrit une large faille dans sa défense.

Aussitôt, des cordes jaillirent de la baguette d'Hermione afin d'aller étroitement entourer son opposante. Prisonnière, Pansy perdit rapidement équilibre puis s'effondra sur tout son long en poussant un cri d'effroi, ce qui provoqua des rires sans ménagement dans l'audience. Étant elle-même éprise d'un fou rire soulagé, Hermione baissa sa garde en regardant le résultat de plusieurs minutes acharnées d'affront. Son visage parcourut alors les gens autour d'elle et fut grandement ravie de constater que Drago était celui qui riait avec le plus d'intensité dans tous les spectateurs. Souriant encore plus largement, elle esquissa une moue triomphante puis rangea sa baguette lorsque McGonagall signala la clôture du duel. Pansy, qui était encore étendue contre le sol, rougissait à vue d'œil en se débattant avec vivacité mais Hermione ne se pressa pas pour autant de la libérer des cordes, voyant que Drago riait clairement de son sort. Finalement, ce fut Rogue qui dû l'a libérer de sa prison tandis que la foule se mit à acclamer une Hermione dont la tête grossissait démesurément suite à sa performance finale. Même Drago applaudissait…

Mais soudainement, les applaudissements cessèrent par vagues afin de faire place à des exclamations aigues. Près d'Harry et de Ron qui la fixait encore avec fierté, Luna et Ginny arboraient maintenant une expression de légère panique tout en pointant hystériquement la place où aurait dû se tenir Pansy. Puis, au moment où elle détourna les yeux afin de voir ce qui les faisaient réagir ainsi, elle ne put voir qu'une face de tonkinois enragé à quelques pouces de son visage, puis sentir par la suite tout son corps s'affaisser sur elle en l'envoyant brutalement rejoindre la surface sous elle.

Hermione dût prendre un certain temps afin de comprendre ce qu'il venait de se produire, mais elle pouvait néanmoins déterminer avec certitude qu'une folle était présentement assise sur elle en train de lui tirer sauvagement les cheveux comme si on arrachait de la mauvaise herbe particulièrement tenace. Agrippant ses poignets dans l'espoir de se libérer au plus vite, elle se mit à hurler et se débattre avec une fougue sans commune, mais le poids plume de Pansy sembla avoir augmenter par dix à cet instant. La Serpentard, jugeant qu'elle s'était suffisamment attardée à ses horribles cheveux, s'en prit donc à sa gorge qu'elle se mit à serrer maladroitement en lui hurlant des infâmes injures. Hermione ne craignait pas d'être sévèrement blessée par son agression, mais il en restait tout de même que ce n'était pas du tout agréable et c'est exactement ce qui lui permit de constater que le moment où quelqu'un viendrait les séparer s'étirait douloureusement.

Des ongles allèrent alors superficiellement lacérer la peau de sa mâchoire, ce qui lui arracha cependant un cri de douleur retentissant. Crispant les yeux pour ne pas que cette folle de Parkinson décide de les lui arracher, elle se mit à lui taper dessus comme une enfant, à l'aveuglette, espérant qu'elle réussisse à atteindre une partie de son corps qui lui infligerait une souffrance assez considérable pour qu'elle abandonne ses coups de griffes. Finalement et au grand bonheur de la préfète, elle sentit le poids que Pansy appliquait sur elle s'alléger jusqu'à ce qu'elle ne le sente plus du tout. Se permettant enfin d'ouvrir les yeux en se protégeant tout de même le visage, elle n'eut le temps que de voir le visage furibond de Pansy s'éloigner devant un Drago qui se peinait à la séparer d'elle avant que deux bras puissants ne la relèvent également. Rapidement, des renforts allèrent aider le blondinet à calmer le tonkinois surexcité qui s'agitait encore malgré cette séparation tandis que Rogue, possédant des mesures plus radicales, ne fit que l'agripper par le bras en l'éloignant de la Gryffondor.

- Elle est malade, ta copine, Malefoy! poussa un Ron fortement indigné qui venait tout juste de relever la jeune femme encore ébranlée. Va la faire soigner au plus vite!

L'interpelé répondit à son commentaire en ne lui décochant qu'un regard dont il était le seul à en avoir le secret et s'éloigna avec l'enragée qui se fit expulser de la Grande Salle avec hâte par le professeur Rogue.

L'excitation et la rumeur des conversations étaient telles que plus personne ne pouvait s'entendre sans devoir hurler, d'autant plus qu'Hermione ne fit qu'hocher la tête lorsqu'Harry et Ron lui demandèrent si elle se sentait bien. L'altercation dans laquelle elle venait de se faire impliquer semblait avoir attirer encore plus de commentaires que le duel proprement dit, ce qui la rendit rouge de honte. Portant une main à sa mâchoire vaguement blessée, elle utilisa la seconde pour replacer les pans de sa jupe en tentant d'arborer une expression dégagée et suffisante, ce qui fut une tâche plutôt ardue puisqu'elle pouvait sentir tous les regards peser sur elle. Somme toute, Hermione remercia mentalement le professeur McGonagall qui marqua le début d'une longue réprimande sur les comportements à adopter lors d'événements de ce genre et qu'une expulsion du l'école serait aussitôt appliquée si un autre élève avait la brillante idée d'agir comme Parkinson.

- Quelle idiote! s'exclama Ron une fois que tous les élèves furent autorisés à sortir de la Grande Salle.

- Ron! s'indigna Hermione en fronçant les sourcils. Le professeur McGonagall ne fait que son travail! Si c'est en menaçant d'immédiatement fermer le club qu'une attitude civilisée serait préservée, alors il vaut mieux qu'ils s'en tiennent au chantage!

- Je ne parlais pas de McGonagall, Hermione, mais de Pansy!

- Ce n'est pas peu dire qu'elle est plutôt mauvaise perdante, déclara Harry lorsqu'ils furent à l'angle du couloir qui menait à la tour des Gryffondor. Ça ne te fait pas trop mal?

Hermione effleura machinalement sa blessure du bout des doigts.

- Oh, ça chauffe un peu, mais je ne crois pas avoir besoin d'aller à l'infirmerie pour ça.

- De toute façon, tu ne devrais pas prendre le risque de recroiser cette folle dans les prochains jours, recommanda le rouquin en haussant les sourcils.

- Je ne crois pas qu'elle y soit, signala la préfète, elle n'est pas blessée, elle.

- Mentalement, je peux t'assurer qu'elle l'est!