Chapitre 26 - Le lever du rideau


Tandis que Drago abusait maintenant et de manière totalement inadéquate de son statut de préfet-en-chef nouvellement acquis, Hermione semblait avoir complètement oublié qu'elle en était également un. Elle ne s'informait en aucun cas des activités du Serpentard, mais les potins qui circulaient avec une trop grande fluidité entre les bouches des étudiants lui avaient permis d'apprendre qu'il avait selon toute vraisemblance repris un malin plaisir à terroriser les plus jeunes et à mépriser et insulter ses égaux. Tant mieux, pensait la Gryffondor ; peut-être que ses retrouvailles avec ses anciennes habitudes lui retireraient ses envies troublantes de lui transmettre des messages ambigus par le biais de ses regards. Trop de fois leurs yeux s'étaient rencontrés afin d'étirer un long moment d'un étrange inconfort. Trop de fois Hermione avait cru y lire quelque chose qui se voulait communicatif mais dont la douleur éprouvé la forçait à détourner la tête.

Le jeudi suivant le retour aux cours – deux jours après le sourire insolite et déroutant que Drago lui offrit à la sortie de leur dernière classe de la journée, Hermione tentait encore d'en comprendre la signification. L'échine courbée sur un travail qui devait se résulter à une soixantaine de centimètres de parchemin d'un radotage constant sur un thème que la jeune femme connaissait comme le fond de sa poche, elle transcrivait inconsciemment et pour la troisième fois la même phrase. Le silence de la bibliothèque lui volait constamment sa concentration face à sa détermination à finir ce devoir le plus rapidement possible afin de l'envoyer dans l'enfer de ses émotions. En fait, elle ne pouvait accorder son manque de productivité au calme de la pièce, car depuis le tout début de la semaine, son attention et sa motivation face aux cours étaient si moindres que mêmes les plus grands brouhahas ne lui aurait guère permis de retrouver la vélocité de préfète-en-chef responsable dont elle avait toujours fait preuve.

Ses réflexions n'étaient aucunement à titre interrogateur, car Hermione connaissait pertinemment la cause de son sérieux relâchement scolaire : c'était Drago, tout simplement.

Un rideau de cheveux broussailleux créait autour de son visage une barricade qui la fermait du monde extérieur qui n'était pourtant qu'à côté d'elle. Son champ de vision étroitement restreint, elle se rendit enfin compte qu'elle traçait pour la quatrième fois les premiers mots de la longue phrase qu'elle prenait un plaisir machinal à récrire. Tout en grimaçant, elle barra les neuf lignes de son parchemin que cette phrase recopiée quatre fois avaient créées puis se promit de refaire tout son travail au propre à la fin de sa composition. Remettre un devoir aussi sagouin ne lui ressemblait pas et même malgré son attitude qui se séparait tranquillement de sa personne, elle voulait au moins tenter d'accorder ne serait-ce qu'un minimum d'importance à l'opinion des professeurs à son égard.

Ses paupières étaient lourdes. Ses yeux semblaient s'être recouverts d'une couche pâteuse qui rendait inconfortable leurs clignements qui se faisaient de plus en plus fréquents à cause de l'heure tardive. Sûrement madame Pince viendrait-elle l'avertir dans les prochaines minutes afin de lui indiquer que sa bibliothèque fermerait ses portes afin de lancer le signal aux élèves noctambules qu'il était maintenant temps de plonger sous leur couette. Oui, effectivement, se devait être très bientôt, car elle se sentait observée.

Comme s'il s'agissait d'un rêve lointain, Hermione se mit à entendre de multiples craquements de chaises, le grincement de leurs pattes qui grattaient le plancher ainsi que des bruits de pas qui s'éloignaient afin de disparaître derrière une porte grinçante. Déjà? Voilà maintenant trois heures qu'elle était assise sur cette même chaise afin d'avancer son devoir d'arithmancie. Trois heures durant lesquelles elle s'était empêchée d'aller rejoindre la Grande Salle pour prendre son dernier repas de la journée. Trois heures durant lesquelles l'occupation émergée par ses pensées s'était montrée beaucoup plus grande que celle de son obstination à vouloir aboutir à la fin de son parchemin. Au moins, elle pourrait s'accorder un brin de mérite en se répétant mentalement qu'elle aurait accompli le tiers de la totalité que requérait son travail.

Un grincement de chaise particulièrement proche, aigue et désagréable s'éleva face à elle. Sans broncher d'un seul centimètre son visage bien niché derrière l'écran de ses cheveux, elle leva toutefois les yeux à son maximum dans ses orbites afin de tenter de voir qui osait briser sa si douce solitude. Une vision très limitée des alentours lui permit de constater qu'un élève inconnu venait de prendre place sur la chaise devant elle en croisant les bras sur la table qui vacilla très minimement suite à ce mouvement. Irritée sans véritablement savoir pourquoi, elle inspira bruyamment en reportant sa frêle attention sur son parchemin qui décidait, au fil des secondes, de moins en moins à coopérer avec elle. Tout de même, elle fut parcourue par une éclair de génie et écrit avec une vive frénésie les mots tant inspirés qui n'eurent décidé que de se pointer tout près de la lisière de la fermeture de la bibliothèque.

Un petit mouvement provenant de la personne assise en face d'elle lui fit lever les yeux une seconde fois. L'élève tapotait légèrement la table de ses doigts, comme s'il espérait attirer son attention, mais il ne réussit qu'à faire mijoter son impatience avec bouillonnement. Elle n'était pas curieuse de savoir de qui il s'agissait, mais simplement afin de mettre un visage sur l'ennui humaine face à elle, elle releva la tête de quelques degrés.

Ses muscles se relâchèrent alors si subitement que ses doigts ne purent même plus supporter le très faible poids de sa plume.

Drago. Il était là. Devant elle.

Jamais Hermione n'aurait cru rencontrer la même peine qu'elle éprouvait dans un autre esprit que le sien, mais celui de Drago pouvait facilement s'y connecter par ses yeux, encore une fois. C'est ce qu'elle vit avant même de réaliser que c'était lui qui se tenait sur la chaise face à elle. Il était là et semblait impuissant, victime d'une défaite personnelle mais si soulagé d'en être sorti perdant. Ses prunelles miroitaient la torture psychologique qu'il s'était infligée et le mal de vivre duquel il était prisonnier, mais son sourire… Son sourire si nébuleux et si léger équilibrait le deuil de ses traits. Son sourire était atrocement fragile et trahissait la fidélité chancelante de ce qu'il représentait.

- Salut, souffla-t-il simplement d'une voix presque murmurée.

Pourquoi chuchotait-il? Hermione ne se rappelait plus qu'ils se trouvaient dans une bibliothèque. Ses mains tremblaient. Son menton était secoué de fins soubresauts qui annonçaient clairement des larmes futures. Mais quand même, elle ne put aucunement laisser ses yeux dériver de la mer tourmentée dans lesquels ils étaient plongés.

Drago… Il lui avait tellement manqué… Elle avait presque oublié à quel point il était beau… Inconsciemment, ses doigts se refermèrent dans sa propre main, juste à côté de la tache d'encre que l'extrémité de sa plume avait créée sur son devoir.

- Salut, répondit-elle en faisant naître l'esquisse d'un sourire confus et nerveux sur ses lèvres.

Était-ce une amabilité hypocrite? Pourquoi ne se sentait-elle pas bien dans cette illusion de banalité? Cette impression qu'ils s'adressaient la parole après une simple querelle lui donna une envie insistante de pleurer. Là, maintenant. Devant lui. Elle voulait qu'il la console, qu'il la rassure. Elle voulait tout comprendre. Elle voulait retrouver le Drago qui l'avait embrassé simplement en guise de remerciement. Mais pourquoi était-il là, d'abord? Que lui voulait-il? L'insulter, encore? Comme lors du bal? Non, il ne semblait pas être venu à elle pour ça…

Pourquoi diantre était-il là?

En fait, Hermione ignorait ce pourquoi car le Serpentard ne se lançait dans aucune suite. On aurait dit que tous ses mouvements étaient suspendus ; il ne faisait que la toiser avec un mélange de tendresse et de soulagement, mais une crainte perpétuelle teintait le bleu de ses yeux. Son sourire persistait toujours, et c'est exactement ça qui rassura la jeune femme par rapport à la raison de sa venue.

- Je crois qu'il faudrait qu'on discute… dit-il après avoir dégluti fort difficilement.

Aussitôt, Hermione se mit à hocher frénétiquement la tête en retenant le hoquet de larmes que ses mots avaient provoqué. Il voulait discuter… Tout irait mieux par la suite, pas vrai? Elle connaîtrait bientôt la raison de tout ce mauvais cinéma et tout redeviendrait normal? Les menaces de Lucius, les avertissements de Rogue, le comportement de Drago… Tout rentrerait de nouveau dans l'ordre? Hermione se sentait si naïve de croire qu'un simple coup de brosse pourrait remettre le compteur à zéro, mais elle y restait fermement accrochée pour ne pas sombrer de nouveau dans un abysse profond. Au fond, elle se fichait de tout. Absolument tout. Ce qu'elle voulait simplement, c'était voir Drago revenir à elle.

Mais cette tension entre eux, elle était insoutenable.

Pendue à ses lèvres, elle attentait impatiemment le moment où il lui expliquerait chacun des détails expliquant son séjour à son manoir sans se rendre compte qu'elle transpirait abondamment. Des bouffés de chaleur tourbillonnante lui montaient au cerveau et se mit à lui causer de faibles étourdissements. Voilà que la preuve que toute cette histoire la rendait malade se manifestait…

- Écoute, débuta-t-il avec une extrême et fragile délicatesse, je sais à quel point j'ai…

- La bibliothèque va fermer ses portes, les jeunes. Je vais vous demander de quitter.

Madame Pince venait de faire irruption dans leur bulle et Drago ne se fit pas prier deux fois avant de montrer avec une très grande évidence son horrible mécontentement face à cette interruption en lui lançant un regard lourd de ténèbres. Même Hermione se sentit devenir hors d'elle lorsque le blondinet se fit couper la parole dans un moment aussi critique. Voyant par leur expression plus ou moins ravie qu'elle n'avait peut-être pas tombé sur le meilleur moment pour les pousser hors de son antre, la bibliothécaire fit transparaître une très faible désolation dans son regard.

- Je suis désolée, mais il va falloir que vous poursuiviez cette conversation à l'extérieur de la bibliothèque, déclara-t-elle sans aucune sincérité dans ses excuses, ou plutôt demain, car l'heure du couvre-feu approche dangereusement.

- Vous ne pourriez pas nous laisser quelques minutes de plus, s'il vous plait? demanda Drago en s'efforçant de cacher son agressivité.

- Sans façon, c'est l'heure de la fermeture.

- S'il vous plait, siffla le Serpentard sous le regard perplexe d'Hermione.

Pourquoi se fâcher?

- Ce n'est pas grave, Drago, fit doucement la lionne en le voyant très clairement fulminer, nous n'avons qu'à sortir pour…

- Non, je ne veux pas sortir d'ici, répliqua-t-il sèchement à l'adresse de la jeune femme. S'il vous plait, madame Pince, uniquement deux petites minutes, ajouta-t-il ensuite en se retournant vers la bibliothécaire qui s'était choquée à cause du ton irritant qu'il avait employé.

Hermione ignorait totalement pourquoi il ne tenait absolument pas à sortir de la bibliothèque, mais quoi qu'il en soit, elle consentit à supplier la responsable de la place du regard afin qu'elle cède et leur autorise quelques minutes supplémentaires. Elle n'avait aucune envie que Drago abandonne son intention de lui parler à cause de ce détail qu'elle jugeait complètement superflu.

- Je vous en prie, madame, poussa la Gryffondor sur un murmure involontairement misérable, que quelques minutes…

Apparemment, l'humeur qu'avait provoqué l'apparition soudaine de Drago avait considérablement joué sur le ton de sa voix car la partie semblait gagnée. En effet, madame Pince grimaça, légèrement contrariée, puis pinça les lèvres en une moue indifférente.

- C'est bien uniquement parce que vous êtes une habituée de la place, miss Granger, autorisa-t-elle finalement en balayant l'air de sa main. Deux minutes, pas plus. Après, je vous mets hors de ma bibliothèque peu important le ton sur lequel vous rechignerez.

En prononçant la fin de sa phrase, elle avait lancé un regard sévère au Serpentard qui lui s'en contre moqua au cinquième degré. Jubilant sur la victoire du gain d'un peu de temps en surplus, il lui lança un geste grossier de la main lorsqu'elle tourna le dos afin de s'éloigner vers son bureau qui était connecté à la bibliothèque. Amusée, Hermione ricana minimement suite à ce geste qu'elle jugeait franchement opportun pour la situation.

- Quelle bécasse… s'indigna-t-il en un grognement bas.

Lentement, il pivota la tête afin de regagner les yeux d'Hermione qui ne semblaient pas l'avoir quitté une seule seconde durant l'instant qu'il avait détourné le sien. De ses deux pieds, il fit reculer la position de sa chaise puis se releva très lentement en accotant ses fesses contre le côté de la table.

- Pourquoi ne veux-tu à ce point là ne pas sortir de la bibliothèque? questionna la lionne en imitant son homologue masculin.

- Parce que… débuta-t-il avec une pointe d'hésitation dans la voix, balayant le plancher de ses yeux. Parce que notre conversation doit rester très… discrète…

La tristesse et la fureur qu'Hermione avait endurées durant tout ce temps furent sûrement les raisons pour lesquelles elle ne put aucunement digérer cette réplique pourtant jugée comme étant une très bonne excuse si elle en aurait su la cause. Une colère grandissante se mit nourrir ses pensées, saupoudrant immanquablement ses prochaines répliques.

- Dis plutôt que tu aurais honte qu'on te voit avec moi! s'emporta-t-elle en ne trouvant pas la force de cacher son trop-plein d'émotion dans sa voix. Ça ne serait pas la première fois puisque tu m'as complètement ignoré suite à ton retour!

Son dernier mot vibra dangereusement sous le tremblement de son menton lorsqu'elle se rendit compte de toute la peine qu'il lui avait fait traverser.

Ce fut alors au tour de Drago de ne pas savoir digérer ses mots car son visage prit soudainement une teinte violacée, comme si sa gorge s'était transformée en une entonnoir qui bloquait à cause du trop grand flot de paroles qu'il aurait voulu lui jeter à la figure. Ses traits prirent un aspect démentiel qui se chargea avec aisance à chasser la colère d'Hermione afin de la remplacer pour du regret. Les sourcils largement froncés, les narines dilatées et le souffle lourd, il soupira bruyamment juste avant d'hausser le ton :

- Si seulement tu savais pour quelles raisons je me suis retrouvé à être forcé à me tenir loin de toi, tu n'aurais jamais osé dire ce que tu viens justement de me cracher au visage, Granger, jamais!

Rageur, il s'était positionné face à elle et avait pointé un doigt menaçant sur l'épaule de la préfète qui recula sous la surprise de sa réaction. Baissant les yeux avec honte, Hermione les crispa étroitement dans l'espoir de contenir les larmes que la faible perte de sang-froid de Drago avait provoquées. Le contact du doigt du blondinet contre elle semblait alors la brûler à un point tel qu'elle dût appliquer la pression de sa main contre son épaule afin d'en apaiser la souffrance psychologique.

Forcé, avait-il dit? Il avait été forcé à retirer tout contact avec elle? Mais qu'est-ce que tout ça pouvait bien dire, par Merlin? Elle pouvait sentir son cœur qui s'agitait de plus en plus et également ses côtes faiblir tranquillement à cause de sa trop grande et violente agitation. Ce n'était pas du tout de cette manière qu'elle aurait souhaité vivre ses retrouvailles avec Drago, non, en aucun cas…

Sa tête resta basse lorsqu'elle brisa ce silence inconfortable, trop apeurée à l'idée de revoir la rage qu'elle avait aperçu dans ses prunelles.

- Vas-tu seulement me le dire, ce pourquoi? le supplia-t-elle d'une voix brisée en espérant que Drago enterre son agressivité.

La réponse tardait. Hermione dût lever les yeux afin de connaître le verdict. Elle aurait cependant aussi bien pu lui faire épargner sa salive car son regard abattu avait largement parlé à sa place.

- Je ne peux pas… marmonna-t-il d'une toute autre voix que celle qu'il avait adoptée quelques secondes plus tôt.

Chagrinée, elle poussa un rictus mal à l'aise et totalement dénuée de joie. C'était un faible petit rire qui ne faisait que démontrer parfaitement sa satiété face à toute cette histoire, sa fatigue, le fait qu'elle en avait plus qu'assez de poireauter dans une mer d'incertitudes. Lâchement, elle écarta les bras de chaque côté de son corps juste avant de les laisser mollement retomber sur ses hanches. Elle en avait assez, elle ne pouvait plus essayer de suivre la parade. Tout allait trop vite, ou plutôt ; elle la regardait passer devant elle avec les yeux bandés, sans avoir la moindre idée de ce qui se passait autour de sa personne.

- Alors pourquoi souhaites-tu à ce point que notre conversation reste discrète si tu ne veux même pas me parler?

Il baissa les yeux, visiblement inconfortable. Son corps se balançait faiblement d'un pied à un autre tandis qu'elle vit naître pour la première fois une envie connexe à celle de pleurer sur son visage pâle. Une moue résignée tendit petitement ses lèvres.

- Parce que tu me manques… poussa-t-il en un chuchotement après avoir relevé la tête subitement.

Un coup de poignard droit au cœur aurait eu le même effet. Sentant un flot chaud et coulant glisser sinueusement le long de ses organes internes, Hermione se sentit considérablement choquée par ses paroles. Positivement, ça, c'était indiscutable, mais vraiment très choquée.

Sa bouche s'entrouvrit par elle-même afin de pousser un long soupir estomaqué et saccadé. Son front se plissa ensuite, comme si elle espérait libérer de l'espace dans son crâne afin de mesurer l'ampleur de sa déclaration aussi surprenante que réconfortante. S'aurait-elle simplement laissée espérer l'entendre dire une telle chose à son sujet un beau jour et surtout suite à ce qui s'était passé? Non, jamais. Hermione en était rapidement venue au fait que Drago ne voulait plus rien savoir d'elle et en était restée à ce point afin de ne pas faire naître en sa personne de faux et de naïfs espoirs. Mais maintenant, tout semblait lointain. Maintenant, il l'avait arraché à ses abîmes de souffrances, il l'avait tirée des griffes du monstre qui suçait tranquillement son bonheur, il avait secouru sa princesse sans savoir qu'il venait tout juste et officiellement de lui voler son cœur qui s'était remis à battre avec ardeur entre ses mains.

Elle n'en croyait pas ses oreilles, elle n'arrivait pas à l'assimiler…

Elle lui manquait. Et elle, elle l'aimait.

Ne sachant pas de quelle manière réagir, Hermione lui offrit un sourire trémulant de nervosité. Drago se mit alors à chercher éperdument un petit quelque chose dans les yeux de sa Griffon d'Or, chose qu'il entreprit de faire en répondant de la même façon qu'elle l'avait fait. Puis, d'une lenteur presque lascive, il fit un pas en avant afin de s'approcher d'elle.

- Bon, allez les enfants, oust! poussa la voix aigue de madame Pince en réapparaissant.

Drago et Hermione bondirent sur la même note, mais le mouvement du Serpentard fut bien rapidement joint par une contraction très apparente de ses traits faciaux, voulant exprimer une éloquente exaspération face à son deuxième dérangement à un moment nullement propice. Se retournant vers la propriétaire de la bibliothèque, il mima une grimace qu'elle ignora volontairement en faisant balayer ses mains dans l'air en se rapprochant encore plus d'eux, signe qu'il était temps pour eux de quitter la place. Cette fois-ci, aucun des deux ne rechignèrent et ils se dirigèrent vers la porte d'un pas rapide, chassés par une dame impatiente qui leur collait aux fesses. Au passage, Hermione attrapa ses bouquins puis les écrasa contre sa poitrine, fixant avec insistance la nuque de Drago qui se découvrait faiblement sous quelques petits cheveux fous.

- Vous continuerez votre conversation à l'extérieur des murs de ma bibliothèque! insista-t-elle de mauvaise humeur en voyant que le vert et argent s'était arrêté devant la porte fermée qu'il n'osait apparemment pas franchir.

Hermione, à côté de lui, ne franchit pas la porte non plus.

- Oui, c'est bon, articula le Serpentard comme s'il s'adressait à une aliénée mentale. Juste deux petites secondes de plus, et nous quittons.

Lui adressant un sourire horriblement effronté, il savoura intérieurement l'explosion qu'il était sur le point de provoquer chez la bibliothécaire. Rouge tomate, elle ouvrit démesurément les yeux en tentant d'en faire surgir un brin de menace puis inspira très bruyamment. Elle s'immobilisa ensuite en retenant son souffle, le torse bombé.

- Deux petites secondes, répéta-t-il en hochant frénétiquement la tête, voyant qu'elle ne se décidait pas encore à les laisser seuls.

Juste après avoir perçu de violents mais subtils soubresauts au niveau de son cou, Drago soupira grossièrement en la voyant enfin tourner les talons. Satisfait, il reporta son entière attention sur Hermione, qui elle avait dressé un faible sourire épaté par son culot hors du commun. En temps normal, elle n'aurait guère trouvé ce comportement amusant, mais tout pouvait bien avoir la particularité d'être spécial dans le moment qu'elle vivait à l'instant.

- J'imagine que tu sais où se situent les appartements des préfets? demanda-t-il en posant sa main sur la poignée de la porte, décontracté.

- Oui, bien sûr, déclara la Gryffondor en haussant un sourcil interrogatif. Pourquoi?

- Viens m'y rejoindre dans cinq minutes en passant par la porte cachée derrière la gargouille du cerbère ; c'est une issue qui donne directement accès à la chambre du préfet de Serpentard sans devoir à passer par le salon commun aux quatre maisons.

- Mais pourquoi à cet endr…

- Plus tard, les questions, coupa-t-il sans aucune brusquerie. Cette empotée va sûrement revenir nous taper dessus avec ses grimoires à la noix si elle jette un coup d'œil par ici et nous y voit encore.

Sans la quitter des yeux, il ouvrit la porte et y fit disparaître la moitié inférieure de son corps derrière. Hermione ne semblait pas du tout comprendre pourquoi il faisait preuve de tant de précautions, mais la simple idée qu'il ne la quitte même uniquement pour cinq minutes ne l'enchantait absolument pas.

- Dans cinq minutes, Granger, dit-il en s'appesantissant sur chacun de ses mots. Cinq minutes, et tu m'y rejoins.

Sans un seul mot de plus, il se volatilisa comme un brigand derrière le battant qui se referma à deux pouces de son nez dans un couinement qui lui fit grincer des dents.