Chapitre 27 - Réminiscences
Cinq minutes, avait-il dit? Hermione avait compté chacune d'elles et fut persuadée d'avoir été atteinte d'un sortilège de confusion car ce court temps semblait s'être excessivement étendu. Durant cette période interminable, elle avait pu rester à l'intérieur des murs de la bibliothèque, assise contre le mur tout juste à côté de la vieille porte. Sûrement madame Pince avait cru s'être enfin débarrassé de ses deux flâneurs lorsqu'elle entendit la porte se fermer lorsque Drago avait quitter, négligeant par le même fait un voyage afin de s'en assurer.
Gravissant les escaliers qui menaient à l'étage du dessus, la Gryffondor ne cessait de se tourmenter inutilement en se posant mille et une questions sur ce qui se produirait une fois qu'elle se serait rendue à la chambre du préfet-en-chef de Serpentard – entre autre, le pourquoi Drago lui avait donné rendez-vous à cet endroit plutôt qu'à un autre. Les cinq bouquins qu'elle avait traîné avec elle à la bibliothèque pour compléter son devoir d'arithmancie inachevé devinrent graduellement d'un poids presque exorbitant au fur et à mesure qu'elle s'approchait du lieu de sa rencontre tandis qu'elle cherchait des yeux ladite gargouille du cerbère que le blondinet lui avait mentionnée plus tôt. Enfin, diminuant considérablement la vitesse de ses pas qui résonnaient dans le couloir quasi vide vu l'heure du couvre-feu qui approchait, Hermione vit son point de repère : à l'intersection de deux corridors à une vingtaine de mètres de sa position régnait une majestueuse gargouille d'un gros chien à trois têtes qui ressemblait étrangement à Touffu, la bestiole qu'Hagrid affectionnait particulièrement sans véritables raisons sensées. Intimement entassé dans un creux aménagé à l'angle des deux allées, elle réalisa enfin, après six ans de fréquentation à Poudlard, que cette statue n'avait jamais été bien nette au niveau de sa fonction. Effectivement, lorsqu'elle s'en approcha, elle vit, bien cachée derrière le gros postérieur du cerbère, une porte de bois sombre qui pouvait facilement se fondre avec l'obscurité de ce coin isolé.
Debout devant la gargouille, Hermione s'immobilisa en serrant ses livres sur sa poitrine à la manière d'un bouclier. Sa respiration s'accéléra alors tout comme les battements de son cœur lorsqu'elle prit conscience que Drago n'attendait qu'elle de l'autre côté du mur de pierres. Une partie d'elle la poussait à se jeter sur le battant afin de pénétrer dans la pièce pour aller le rejoindre tandis que l'autre, plus craintive et soucieuse, l'invitait à prendre son temps avant d'exécuter un quelconque mouvement. Cependant, lorsqu'elle réalisa que les cinq minutes que Drago lui avait accordées devaient s'être généreusement écoulées, elle prit son courage à deux mains puis se glissa derrière la statue afin de pénétrer dans les ténèbres qu'elle instaurait. Au seuil de la porte, elle leva un poing qu'elle suspendit dans l'air puis déglutit avec difficulté. Dire qu'un haut-le-cœur s'était emparé de sa personne ne serait pas peu dire, car ce fut bien le cas lorsqu'elle cogna discrètement contre sa surface.
Sa main rejoint rapidement l'écu qu'elle s'était improvisée avec ses livres puis elle recula d'un petit pas, rencontrant l'arrière de la gargouille froide. Quelques secondes, elle attendit en s'impatientant du silence que son geste avait causé. Il n'y avait aucun mouvement. Ni devant, ni derrière elle ; tout était devenu silencieux. Ce calme déroutant suite à son action la rassura venant des couloirs derrière sa personne, mais se mit à l'inquiéter lorsqu'il s'allongea encore soixante autres secondes derrière la porte devant laquelle elle se tenait ridiculement.
Inspirant un bon coup, elle leva derechef un poing fermé qu'elle interrompit prestement lorsqu'elle entendit des bruits de verrou métallique et de chaine s'activer contre la paroi. Son cœur se remit alors à bousculer tous ces autres organes en elle en espérant se frayer un chemin jusqu'à son œsophage afin d'en sortir. Se ressaisissant mentalement, elle grimaça de nervosité juste avant d'arborer une expression dégagée totalement fausse et très peu convaincante.
Après un temps grotesquement long pendant lequel des tintements stridents se poursuivirent, la porte s'ouvrit enfin afin de faire apparaître un Drago austère. Lorsque ses yeux bleus rencontrèrent ceux d'Hermione, ses traits s'adoucirent afin de laisser un sourire tendre se frayer un chemin sur son visage. La seconde d'après, il s'écarta de la porte en l'invitant à pénétrer à l'intérieur de la pièce avec de petits gestes prompts, chose que la Gryffondor fit sans se faire prier après avoir répondu à son accueil.
La pièce dans laquelle elle se tenait lui fit amèrement regretté le jour où elle avait fait part de ses préférences de préfète-en-chef au professeur McGonagall. Dire qu'elle n'avait pas voulue paraître trop supérieure à l'égard de ses compagnes de dortoirs si elle acceptait l'acquisition de la chambre qui accompagnait le titre de préfète-en-chef! Avoir su qu'elle était aussi confortable que ce qu'elle paraissait être, elle aurait sauté sur l'occasion sans s'en soucier! En tout état de cause, c'était une chose normale de résider sans une chambre privée puisque c'était là une des caractéristiques de ce privilège, alors l'accepter aurait été très raisonnable.
C'était une chambre magnifique quoique bien modeste et équilibrée en matière de décoration. Un lit deux fois plus large que ceux qui étaient aménagés dans les dortoirs des élèves était centré sur le mur du fond entre deux tables de chevet de bois sombre. Quelques autres meubles étaient adossés aux trois autres murs qui décrivaient une superficie plutôt vaste et le tout était agrémenté, comme elle s'y était attendue, de couleurs vertes et argent. Elle ne put guère s'attarder au reste du décor car le bruit étonnamment sourd que produisit la porte derrière elle la tira de ses pensées. Hermione se retourna et se sentit devenir encore plus nerveuse lorsqu'elle vit Drago verrouiller à maints endroits à l'aide de deux ou trois mécanismes le lourd battant. Agrippant encore plus étroitement ses livres contre elle, la lionne recula de quelques pas. Si un spectateur clandestin l'aurait vu agir, il aurait pu jurer qu'elle avait peur du Serpentard, mais en aucun cas ce n'était la vérité.
- J'ai cru que tu ne viendrais pas, déclara Drago en s'adossant contre la porte, les mains sous ses fesses. Ça fait plus de dix minutes, et puisqu'arriver en retard n'est pas un style que tu te donnes habituellement…
- Oui, je sais, répondit-elle, mal à l'aise. J'ai un peu tardé, je suis désolée.
- Ne le sois pas, ça me rassure que tu sois venue.
Nonchalamment, il s'approcha d'elle en baissant la tête, visiblement aussi inconfortable qu'elle ne l'était. Hermione, elle, ne broncha pas, le suivant du regard avec insistance.
- As-tu bien fait attention de ne pas te faire voir venir ici? demanda-t-il avec un maximum de détachement qui entrait en conflit avec la réelle importance qu'il accordait à sa réponse.
Elle n'y avait guère porté attention, elle devait se l'avouer. Se rappelant toutefois du calme inquiétant dans lequel elle avait été prisonnière quelques secondes plus tôt, elle en détermina que personne ne devait l'avoir vu aboutir ici. De toute façon, quelle en était l'importance? Pourquoi ne voulait-il pas à ce point être vu en sa compagnie?
- Il n'y avait presque personne dans les couloirs lorsque je suis venue jusqu'ici, se défendit Hermione à défaut de mentir.
En guise de réponse, Drago hocha faiblement la tête en pinçant les lèvres.
- Pourquoi est-ce que tu nous as donné rendez-vous dans une chambre de préfet? s'enquit-elle de demander en posant un regard curieux aux alentours.
Ses yeux s'étonnèrent alors à voir reposer sur une table de travail les livres de cours du Serpentard. Suivant le chemin négligé des plumes de toutes sortes, des parchemins, des calepins et de plusieurs autres petits objets quelconques, ses yeux aboutirent alors sur la valise du blondinet. Elle était ouverte et le rangement de son contenu semblait s'être fait interrompre.
- C'est ta chambre? réalisa-t-elle avant que Drago ne puisse répondre.
- Oui, c'est bien ma chambre, acquiesça-t-il en regardant lui-même autour de lui comme s'il regardait la pièce pour la première fois.
- Mais c'est une chambre de préfet, non? poussa une Hermione confuse. Tu n'es pas préfet, il me semble…
- Depuis que je suis revenu, oui, je le suis.
Hermione ne semblait pas avoir compris, mais elle ne posa pas plus de question lorsque Drago mentionna son retour dans ses explications. Un malaise s'était rabattu sur eux et le jeune homme s'en rendit bien rapidement compte. Inspirant bruyamment, il passa une main indécise dans ses cheveux qui dansèrent à son mouvement.
- Je vais tout t'expliquer, assura Drago devant la mine déconfite de la lionne en éveillant son attention. Absolument tout.
Sous le regard interloqué de sa visiteuse, il prit les livres qu'elle avait pressé instinctivement contre elle puis alla les déposer sur le coin d'un meuble de rangement en ajoutant par le même fait une touche de désordre dans sa chambre. Ce mouvement ne fit que la rendre deux fois plus nerveuse qu'elle ne l'était déjà.
- Assieds-toi, l'invita-t-il en désignant son lit.
Machinalement, Hermione s'exécuta en regardant son hôte approcher une chaise qu'il plaça devant elle à plus ou moins un mètre de distance. Lentement, il s'y assit en ouvrant les jambes, allant ensuite installer ses coudes sur ses genoux. La jeune femme se mit à penser qu'elle devait avoir l'air complètement coincée avec la position rigide dans laquelle elle s'était installée contrairement à la pose plus aisée que s'était permis Drago. Quelques secondes s'écroulèrent durant lesquelles il fixa le sol sous les pieds d'Hermione.
- Je ne sais absolument pas par où commencer… déglutit-il avec vertige.
Le pied d'Hermione se mit à marteler inconsciemment le plancher, victime d'un tic particulièrement nerveux. Elle voulait tout savoir et fut considérablement fébrile à l'idée que Drago accepte volontairement assouvir sa soif d'explications. Impatiente devant les longues réflexions du blondinet, elle proposa donc une introduction dont le sujet lui tenait particulièrement à cœur :
- Alors peut-être pourrais-tu m'expliquer pourquoi tu m'as ignoré pendant tout ce temps? proposa-t-elle d'une voix délicate qui flancha dès le premier mot prononcé.
Drago leva les yeux puis rencontra son regard devenu cristallin. De nouveau, il parvint à mesurer le degré de désespoir qu'il n'avait aucunement voulu faire atteindre son amie et en fut encore plus décontenancé. La honte se mit alors à le ronger tandis qu'Hermione frotta rageusement ses yeux pour ne pas se laisser submerger par les pleurs. Ce n'était pas le bon moment pour ça, elle devait se montrer attentive et toute ouïe. Elle devait rester forte…
Il sourit. Lentement, il secoua la tête de gauche à droite
- Je te l'expliquerai plus tard, refusa poliment Drago, c'est promis, s'empressa-t-il d'ajouter suite à l'irritabilité qu'Hermione manifesta soudainement.
Tout ce qu'il était sur le point de lui dire risquerait de l'intéresser, mais elle voulait tant connaître cette réponse avant toutes les autres, elle voulait tant savoir ce détail avant toute chose... Elle voulait comprendre la raison qui avait poussé Drago à lui faire subir ce calvaire… Son refus la blessa en superficie mais elle n'en montra aucunement la preuve.
- Ce… ce que tu as écrit dans ta lettre, débuta-t-il en agitant faiblement les mains, ce que tu as mentionné qui concernait Rogue et mon père, je le savais déjà avant même de la recevoir.
Hermione fronça les sourcils en étirant un silence qui permit à son esprit de tenter d'y voir une suite logique. Drago attendit patiemment une réaction, décrivant un triangle parfait en joignant distraitement ses doigts l'un à l'autre.
- Comment est-ce que ça pourrait être possible? finit-elle par demander en s'ayant imaginé une réponse prévisible.
- Mon père s'est douté dès notre arrivée au manoir que je n'étais pas seul, tu te souviens? Eh bien, lorsqu'il t'a croisé sur l'allée des Embrumes, il a instantanément fait le lien… et n'a pas attendu au lendemain pour me le signaler.
- Qu'est-ce que tu veux dire? déboula-t-elle en ressentant un violent pincement au cœur.
Le Serpentard se défit de sa pose puis alla posé son dos contre le dossier de la chaise sur laquelle il était assis. Les fesses tout au bout du siège, il arborait un air si placide qu'il semblait discuter des résultats décevants d'un match de Quidditch. Il chassa l'air de sa main, désintéressé.
- Là n'est pas le sujet, fit-il en grimaçant d'agacement. Laisse-moi poursuivre.
- Drago… tenta-t-elle d'insister.
- De plus, continua-t-il sans se soucier de son intervention, il est tombé sur la cape d'invisibilité, ce qui a confirmé ses doutes sur ta présence au manoir puisqu'il sait que Potter en a une.
Les yeux de la lionne s'ouvrirent à l'excès, épouvantée.
- Comment a-t-il réagit suite à cette découverte? demanda-t-elle avec gravité en s'agrippant au bord du lit.
Une fois de plus, Drago refusa de répondre en démontrant son agacement par une moue pincée. En faisant craquer la chaise sous lui, il se déplaça inconfortablement puis se mit à masser ses cuisses machinalement et avec fougue, signe évident de nervosité.
- Est-ce que tu sais ce que Rogue en a fait, de la cape? demanda-t-il sans prendre en compte la question de la jeune femme. Te l'a-t-il remise?
- Oooh que si, il me l'a remise, souffla-t-elle en se remémorant toute l'angoisse qu'elle avait ressentie lors de ce moment. Je ne me rappelle pas avoir été aussi nerveuse depuis que j'ai vu le jour… Il a plutôt bien choisi son moment, de plus, puisqu'Harry était avec moi…
La seconde suivant sa déclaration, Drago portait des traits faciaux totalement différents de ceux qui avaient précédés. Défiguré par une vive panique, il se pencha vers l'avant avec des mouvements si lents qu'Hermione avait eut l'impression qu'il n'osait pas bouger à cause d'une Bombabouse qui ne tarderait pas à exploser si qu'une légère dénivellation au niveau de l'air se faisait sentir. Progressivement, elle se mit à réaliser ce qu'elle venait de dire et qu'elle devrait également lui annoncer que quelqu'un de plus – et de pas vraiment favorable – était au courant de sa situation…
- Potter? Rogue a été te remettre la cape pendant que tu étais avec Potter? Mais-quel-a-bru-ti! se révolta-t-il en redressant son torse. Toi, qu'est-ce que tu lui as dit, à Potter? Tu as réussi à lui faire avaler des salades concernant la vraie raison pour laquelle Rogue t'a remis la cape à toi et non à lui, n'est-ce pas?
Hermione se renfrogna vivement puis se mit à jouer nerveusement avec ses mains. Tête baissée, elle pouvait sentir le regard de Drago peser lourdement sur elle, un regard qui sentait la déception à plein nez, mais surtout une sourde colère. Ô combien elle regrettait le jour où elle se sentit forcée de tout avouer à son ami…
- N'est-ce pas? insista-t-il en serrant les dents, espérant provoquer chez elle une réponse plus rapide et de préférence satisfaisante pour apaiser sa panique.
- Je… Je n'ai pas pu…
- Quoi?! s'écria-t-il alors en se levant d'un brusque bond. Tu n'as pas pu?!
Catastrophée par la réaction qu'elle venait d'engendrer chez lui, Hermione sursauta violemment en se mordant la lèvre inférieure, retenant un flot de larmes qui ne faisait de surgir et disparaître depuis leur rencontre à la bibliothèque. Non, non… Elle ne voulait pas qu'il se mette en colère contre elle, surtout pas… Elle ne pourrait jamais supporter ça…
- Mais que voulais-tu que je lui dise, Drago? couina-t-elle en espérant que ses lâches paroles lui servent de défense. J'étais paniquée et je ne pouvais pas réfléchir…!
- Ah! Alors tout s'éclairci, alors! vociféra-t-il avec un trop-plein d'ironie méchante. Tu as alors jugé que me vendre serait le meilleur moyen de te sortir du pétrin!
- Te vendre? clama-t-elle en relevant brusquement la tête. Mais de quoi…
- Tu lui as dit quoi, exactement? coupa-t-il sur un ton menaçant.
La pauvre assaillie n'osa même pas répondre, jugeant que par son silence il déduirait bien qu'elle n'avait pas omis un seul détail envers son meilleur ami. Derechef, elle baissa la tête. Ses larmes étaient à la limite du précipice.
- Tout?! Absolument tout?! Tu lui as également dit que j'étais Mangemort?!
- Tu… tu l'es véritablement devenu? bredouilla-t-elle aussitôt en relevant la tête, piquée par cette déclaration qu'elle n'avait jamais eu la possibilité de voir confirmée.
- MAIS QU'EST-CE QUE TU CROIS, BORDEL?! QUE JE ME SUIS RENDU LÀ POUR APPRENDRE À JOUER AUX BAVBOULES, PEUT-ÊTRE?!
Automatiquement, Hermione plaqua ses mains contre ses oreilles en laissant librement sortir un tonnerre de pleurs qui eut presque la possibilité d'étouffer les cris du Serpentard. Son équilibre émotionnel ne tenait qu'à un fil… et cet excès de rage fut la goutte qui fit déborder le vase.
- Il ne dira rien! hurla-t-elle la seconde d'après en frappant la surface du lit de ses mains à la manière d'une enfant têtue. Harry m'a donné sa parole!
- Une parole ne vaut rien contre des aveux aussi importants et dangereux que ceux que tu lui as livrés! Surtout à Potter! Est-ce que tu mesures l'étendue de ce que tu as fait?! Si Potter décide d'utiliser ces arguments contre moi, je-suis-MORT!
Drago s'était dangereusement approché d'elle lors de son petit monologue orageux, ce qui poussa Hermione a dégager de la place. Subitement, elle bondit du lit puis s'éloigna dans la pièce en croisant étroitement les bras autour de sa poitrine qui tressaillait sans cesse au rythme des ses sanglots, allant rejoindre le même mur où était installée la porte de sortie. Aussitôt rendue, elle se retourna et exécuta une tentative d'allégement au niveau de l'humeur de Drago malgré l'agitation de la sienne. S'il ne se calmait pas dans la minute qui suivant, elle quitterait sa chambre sans se soucier de ses protestations…
- Mais pourquoi est-ce qu'il ferait ça, Drago? fit-elle d'une voix peinée mais douce qui se voulait anesthésique. Pourquoi est-ce qu'il irait te dénoncer?
- Pourquoi ne le ferait-il pas, hein?! ne se calma-t-il pas pour autant. Au-delà de mes plus lointains souvenirs, Potter et moi, on se déteste, et pas qu'un peu! Il pourrait très bien prendre ces faits comme un moyen pour me faire chanter!
Il marqua une très courte pause qui lui permit d'abaisser son niveau de colère afin de faire place à une apparente indignation outragée.
- Je n'arrive pas à croire que tu m'aies balancé de la sorte…! Je… Non, ça me dépasse! Je n'y crois pas!
Ses bras s'étaient écartés de chaque côté de son corps, outré, tandis qu'il fixait durement la jeune fille qu'il venait d'assaillir de son humeur comminatoire. Il ne comprenait absolument pas pourquoi il avait dû en arriver à ce point car jamais il n'avait douté que cette rencontre prendrait une telle tournure. Si dramatique, si explosive… le contraire parfait de ce qu'il avait espéré provoquer en lui expliquant la totalité de son histoire. Il aurait voulu que leur relation reprenne vie, mais sa frustration était telle qu'il semblait être dans de fortes démarches pour la démolir encore plus.
Les pleurs d'Hermione redoublèrent silencieusement suite à ses derniers mots qui ne firent qu'amplifier son insupportable sentiment de culpabilité. Recroquevillant sa tête entre ses deux épaules qui tressautaient, elle se retourna afin de cacher la honte qui s'était bien étalée sur son visage. Au fond de son âme, elle espérait que Drago ait pitié d'elle et qu'il cesse de la bombarder de la sorte, mais encore plus creux qu'à ce niveau, elle aurait voulu qu'il s'approche d'elle pour l'étreindre.
Son cœur se crispa alors violemment lorsqu'elle entendit des mouvements se faire dans son dos après quelques secondes d'inertie. S'étant pendant l'espace d'une seconde et avec espoir attendue à sentir ses bras réconfortants se serrer autour de son corps affaibli afin de consoler sa peine, elle fut considérablement déçue de ne l'entendre que soupirer bruyamment et s'asseoir brusquement sur son lit. En fait, la déception n'était guère la juste émotion qu'elle ressentit à cet instant ; ce fut plutôt la naissance d'une tempête de reproches. Progressivement, dans son esprit tourmenté, elle se mit à se poser une panoplie de questions sur la réaction qu'elle avait évoquée ouvertement et également à gifler à maintes reprises la lâcheté et le repli sur soi dont elle avait fait preuve. Pourquoi devrait-elle rester là, debout, détruite et sans défense, à endurer sa colère? Le réflexe qu'elle avait eu en avouant tout à Harry était parfaitement justifié! Alors pourquoi le laissait-elle avoir raison et le laissait-elle la ruer de sa foudre? Elle n'était aucunement la seule à blâmer, dans cette histoire!
Gagnant tranquillement une confiance dangereuse en sa personne, Hermione décroisa les bras et les étendit le long de corps en se sentant fulminer, serrant les poings. Son menton tremblait encore et ses larmes ruisselaient toujours contre ses joues brûlantes, mais l'investigateur de se relâchement n'était plus la tristesse. Non, c'était maintenant de la rage. Sûrement la même que Drago avait fait preuve plus tôt, car elle fut suffisamment puissante pour lui permettre de lui renvoyer la balle.
- Et si on parlait de toi, hein? gueula-t-elle soudainement après s'être retournée en un coup de vent.
Drago, interloqué par ce changement de comportement aussi radical, leva rapidement la tête en dévisageant la jeune femme qui se trouvait dans sa chambre comme s'il ne la reconnaissait pas. Hermione fut satisfaite de l'effet produit et se permit aussitôt de poursuivre dans son envie de dégourdir ses cordes vocales :
- Tu me cris dessus comme si j'étais le seul chat à fouetter, la source de tous tes problèmes, mais toi, là-dedans, tu n'es pas du tout blanc comme neige! Vas-tu enfin me dire pourquoi tu m'as ignoré, Drago Malefoy?! J'aimerais bien me libérer du titre de la personne à blâmer pendant quelques secondes car je suis certaine que tu joues un grand rôle là-dedans!
Outragé par ce retournement de situation, le Serpentard se releva à la manière d'un animal près à attaquer. Plissant les yeux avec une sorte de fausse hargne indescriptible, il s'approcha d'elle.
- Eh bien, tu vas te retrouver fort déçue car sache je ne l'ai fait que pour toi, Hermione Granger!
- Oh! s'exclama-t-elle avec ironie. Tu as jugé que couper les liens avec moi du jour au lendemain pourrait être bénéfique pour ma personne? Sans me prévenir, sans m'expliquer la raison, tu t'es dit que ça serait une chose dont le recul m'aurait permis de déterminer comme étant utile pour moi?!
- Exactement! coupa-t-il avec fermeté.
Hermione se tut. Elle n'avait sûrement pas dû formuler sa phrase correctement car en temps normal, Drago aurait été sensé la contredire sur ce point pour que sa réplique suive la suite logique de ses idées. Décontenancée, elle grimaça d'incompréhension.
- Je me suis dit que tu aimerais peut-être vivre quelques années en suppléments de ceux déjà passées! ajouta-t-il pour ajouter du brouillard dans ses paroles.
- Mais de quoi est-ce que tu parles? s'énerva-t-elle hystériquement en secouant frénétiquement la tête.
- La raison pour laquelle je t'ai ignoré, Granger, c'est uniquement parce qu'on m'en a donné l'ordre! Mon père a confié au Seigneur des Ténèbres la méthode dont je me suis servie pour me rendre chez moi, c'est-à-dire grâce à ta précieuse aide, sans savoir ce que cet aveu assez compromettant pour mon honneur impliquerait comme conséquence! Le résultat, à part quelques sortilèges de torture qui m'ont été affligés en guise de punition, ça a été l'exigence de bannir toutes les « mauvaises » fréquentations de mon entourage habituel, et en l'occurrence, toi, puisque tu es considérée comme étant issue d'une classe inférieure! J'ai d'abord refusé catégoriquement, mais il s'est amusé avec moi en me menaçant que si jamais Rogue, son espion à Poudlard, m'apercevait en ta compagnie…
Essoufflé par la progression efficace de son monologue, Drago appliqua une légère pause en reprenant son souffle. Il afficha un air grave juste avant d'arborer le revêtement de la tristesse, celui que la Gryffondor avait cru qu'il avait laissé derrière lui lors de son départ de la bibliothèque.
- …il te tuerait, conclut-il.
Hermione était catastrophée. Totalement effondrée. Se faire tuer? À cause qu'elle serait aux côtés de Drago? Son corps frémit à cette pensée tandis qu'elle ressentait un léger chatouillement sous son menton : ses larmes. Elles coulaient abondamment. Alors c'était ça, la raison pour laquelle elle s'était retrouvée ignorée de la sorte? Elle qui avait osé croire que c'était parce que le Serpentard n'y voyait plus aucun intérêt, jamais elle n'aurait eu de telles réactions et de tels jugements hâtifs si elle aurait su qu'il l'avait fait pour sa sécurité. Rien de tout ça ne lui avait traversé l'esprit, pas une seule fois. Pourquoi persistait-elle à constamment vouloir trouver une explication aux actes de Drago par son tempérament déplaisant envers autrui? Elle devrait maintenant savoir qu'il n'agissait plus de la sorte avec elle depuis le gros incident qui eut tout fait déboulé dans sa vie!
Elle s'en voulait. Oh, Merlin qu'elle s'en voulait… Enfin, ses questions étaient chassées. Enfin, elle comprenait le pourquoi.
- Pourquoi ne me l'as-tu pas dit plus tôt? demanda-t-elle en hoquetant pour calmer ses sanglots. J'aurais tout compris, ç'aurait été bien plus simple…
- Non! trancha-t-il en tentant désespérément de se faire comprendre. Si je t'aurais tout raconté, nous aurions tout de même tenté de trouver un moyen de nous voir à l'occasion et éventuellement, il est inévitable que Rogue aurait fini par nous voir. N'as-tu dont pas compris, Hermione? Je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit! J'ai tenté de t'ignorer en y appliquant le plus de cœur possible car je voulais t'éloigner du danger que je représente maintenant pour ta personne. Je me sens si coupable d'avoir un jour accepté de t'expliquer ce satané murmure que j'ai entendu lors de l'attaque du Détraqueur! Si seulement je serais resté froid envers toi, que j'aurais continué de te mépriser comme je le faisais si bien, rien de tout ça ne serait arrivé…
Ses deux mains reposaient maintenant sur les épaules d'Hermione et sa voix s'était faite si douce, si tendre et si consolante qu'elle n'eut d'autre choix que de se calmer. La jeune femme avait très bien pu percevoir le ton acharné qu'il avait naturellement appliqué à ses mots et c'est alors qu'elle put clairement comprendre qu'il était plus que sincère, lui retirant par ce fait une charge si pesante sur son cœur qu'elle crut qu'elle allait se mettre à flotter au-dessus du parquet. Une vague enivrante la fit frissonner, électrisa chacun des ses muscles et lui permettant de prononcer ces quelques autres paroles :
- Et pourquoi tu t'autorises maintenant à me parler? baragouina-t-elle avec faiblesse en soutenant son regard.
Elle voulait qu'il la rassure. Encore. Toujours.
Les mains de Drago se déplacèrent jusqu'à son cou. Elles étaient chaudes, sensibles mais surtout incroyablement consolantes. Ses pouces se mirent à caresser doucement l'ébauche de sa mâchoire et Hermione fut largement décontenancée de voir que ses yeux ressemblaient davantage à deux étendus d'eau qu'à leur habitude puisqu'ils étaient imprégnés d'un fin voile de larmes qui resteraient, elle le savait, bien chastement dans leur logis.
- Parce que j'en peux plus, déclara-t-il simplement en pinçant les lèvres, fataliste.
Le fait de tomber du haut d'une falaise touchant la hauteur du ciel s'aurait sûrement parfaitement apparenté au fourmillement chaleureux intensément stimulant que sa réponse provoqua dans son ventre. Instantanément, le contact des mains de Drago sur son visage agit comme un baume sur sa chair et son psychique puis se multiplia pour réparer chacune des failles que le Serpentard avait causées en elle. Émue par ses mots, Hermione crispa faiblement son visage en fermant les yeux afin de contenir la plainte soulagée qu'elle aurait voulu évacuer. Tout était fini, maintenant…
Des doigts délicats essuyèrent l'humidité de ses joues. Lorsqu'Hermione leva les paupières, Drago avait l'apparence d'un ange. Sa colère et sa déception ne furent que souvenirs lointains et désuets car l'écran de ses yeux lui renvoyait maintenant une douceur poignante qu'elle n'avait jamais vue à personne. Ce qu'elle vit en lui fut suffisamment fort pour la pousser commettre un geste qu'elle ne s'aurait jamais imaginée faire de son propre chef : dégageant doucement ses mains qui résidaient encore sur son visage, elle passa ensuite ses bras autour du cou du Serpentard en allant nicher ses doigts sous ses cheveux d'or et l'obligea à s'approcher d'elle. Voyant qu'il n'imposait aucune résistance, son pied fit un pas de plus vers lui puis d'un élan décisif, Hermione enlaça ses lèvres aux siennes en y appliquant une pression passionnelle.
À peine avait-elle complété son geste que Drago avait entouré son corps de ses bras pour collaborer à leur rapprochement. Ses mains sur mirent alors à caresser incessamment son dos en voulant la rapprocher encore plus de lui qu'elle ne l'était déjà. En rien le confort qu'il eut ressenti lors de leur premier baiser à sa demeure n'avait changé, si ce n'était qu'il s'était largement intensifié.
Ce soir, il se foutait totalement de faire défaut à ses obligations de Mangemort. Trop longtemps il avait agis contre son gré et avait fait souffrir Hermione et sa propre personne en suivant à la lettre ce que le Seigneur Noir lui avait instauré comme première tâche en tant que nouvel arrivant parmi ses fidèles partisans. Mais là, à cet instant, il était seul avec elle ; ni le Lord, ni Rogue et ni son père n'étaient là pour l'empêcher de se comporter comme bon lui semblait. Il savait cependant que les répercussions de ce qu'il partageait avec la Gryffondor à ce moment précis deviendraient peut-être difficiles à gérer dans les temps prochains, mais ça, c'était chose qu'il se soucierait lorsque le temps sera venu.
Maintenant, il replongeait dans le bonheur éphémère que lui procurait étrangement la jeune femme lorsqu'elle était à ses côtés et pouvait le savourer sans tracas car il savait, par le geste qu'avait posé Hermione en l'embrassant, qu'elle lui avait pardonné toute la peine qu'il lui avait causée.
