Chapitre 30 - Affaire classée


Des contes de fées, Hermione en avait lus en tonnes durant sa tendre enfance, et bien qu'une longue semaine s'écoula sans qu'elle ne put se retrouver de nouveau en compagnie de Drago, elle avait l'agréable sensation d'être un personnage d'une de ces histoires fantastiques. Depuis cette nuit-là, celle qu'elle avait passée dans les bras du garçon qu'elle aimait, la Gryffondor marchait sur un nuage. Son appétit du savoir et ses performances académiques avait repris leur position initiale dans son échelle de préoccupations, et bientôt, la préfète marquait des scores encore plus élevés qu'à son ancienne habitude. Tout semblait facile à accomplir. Tous les obstacles qu'elle rencontrait n'étaient que futilités. Tout était parfait.

Mais Hermione ne se doutait pas que Drago allait bientôt mettre fin à tout ça.

Bien que son enthousiasme face à tout ce qu'Hermione entreprenait était contagieux et réjouissant pour ses amis qui l'avaient vue passer à travers de dures épreuves, Harry doutait fortement de la raison qui avait provoqué ce grand chamboulement. Oui, bien sûr, voir sa grande copine sourire et rire comme d'antan lui faisait chaud au cœur, mais savoir que Drago Malefoy et ses petits plans maléfiques en étaient la cause faisait chavirer le poids de la balance du mauvais côté de la situation. Harry flairait la calomnie imminente et savait pertinemment que cette euphorie n'était que de courte durée, car Drago Malefoy ne pouvait pas, peu importe les efforts que le Serpentard rassemblerait pour le prouver, être une personne digne de confiance. Malgré tous ses doutes et ses méfiances, le Survivant ne voulait toutefois pas risquer de s'aventurer sur le terrain sinueux qu'étaient les sentiments d'Hermione à l'égard de Malefoy, car il savait exactement comment la lionne réagirait face à ses confessions personnelles. C'est donc cette seule et unique raison qui l'empêchait de mettre en garde son amie pour plutôt garder ses propos pour sa propre personne, car Godric savait à quel point Harry n'approuvait aucunement cette relation…

Ron, cependant, même après tout ce temps, ne sut absolument rien de ce qui s'était produit entre Hermione et Drago. Au grand soulagement de la préfète, Harry sut garder parole et ne dit rien au rouquin même si la désagréable impression de trahir la fraternité qui avait autrefois réuni et soudé leur trio le démangeait atrocement. Hermione ayant cependant retrouvé son humeur rieuse de jadis, Ron ne trouvait plus aucune raison de trouver son comportement étrange et ainsi l'amener à se questionner sur la raison qui aurait provoqué ce changement dégradant.

Oui, tout était parfait. Tout était redevenu normal. Durant un court instant, les vestiges de leur amitié sans fin étaient revenus revigorer les trois Gryffondor, mais cette journée-là, lorsqu'ils furent à Pré-au-Lard par un temps magnifique mais froid durant lequel la neige s'était miraculeusement remise à tomber doucement sur leur tête, cette impression sembla se dissoudre chez Hermione.

L'après-midi était à son apogée. Les deux heures et demie qu'affichaient les horloges de chez Scribenpenne, le magasin de plumes et de tous genres d'accessoires sages du village avoisinant Poudlard, laissaient encore beaucoup de temps libre pour tous les étudiants qui s'étaient permis une sortie extérieure en cette journée de fin de semaine. Tous portaient une humeur enjouée et profitaient pleinement de cette activité occasionnelle, ce qui rendait le village encore plus gai qu'à son habitude. Tous la portaient, oui, à l'exception de Ron. Depuis qu'Hermione était revenue de Derviche et Bang, laissant Harry et le rouquin seuls chez Zonko, son attitude était devenue plus que grincheuse et ce, particulièrement envers la lionne. Ce n'est que lorsqu'ils furent chez Scribenpenne qu'il décida d'aller communiquer sa mauvaise humeur vers d'autres horizons que ceux de ses deux amis. Le petit doigt d'Hermione lui indiquait qu'Harry s'était peut-être finalement ouvert la trappe à propos de ses secrets, mais elle ne put se résoudre à penser ainsi car elle se rappelait très bien l'avoir entendu jurer qu'il ne ferait jamais mention de ses aveux à quiconque, ni même à Ron.

- T'as vu cette plume-ci? fit Harry capturant entre ses deux doigts une plume aussi rose que l'avait été l'office du professeur Ombrage durant leur cinquième année. Sur son étiquette, c'est inscrit qu'elle inspire des mots d'amour lorsqu'on l'utilise!

Hermione jeta un coup d'œil sarcastique à l'article que tenait Harry entre ses mains puis haussa les sourcils, peu convaincue par l'efficacité que cette plume persuadait démontrer à son consommateur. À son tour, elle lui mit sous le nez celle qu'y avait particulièrement attiré son attention parmi la multitude qui s'offrait à eux :

- Celle-ci inspire la frustration et les injures, mentionna-t-elle en lisant la petite fiche. Hum, en voilà une que Ron n'aura jamais l'utilité de se procurer!

Sachant qu'elle faisait allusion à l'attitude de ce dernier qui était apparue quelques instants plus tôt, Harry se sentit devenir légèrement mal à l'aise. Les joues rosées, il esquissa un faible rictus surveillé de près par Hermione qui se doutait qu'il jouait un certain rôle dans le mauvais caractère du rouquin, puis s'éloigna vers une autre surface où étaient disposés des cahiers d'écriture, des calepins à dessin, des rouleaux de parchemin coloré, parfumé et autres inutilités amusantes. Hermione le suivit de près.

- As-tu une idée du pourquoi Ron agit de la sorte? tenta la jeune femme en observant de près un type de parchemin fluorescent, feignant la naïveté. Depuis quelques heures, il ne semble pas être dans son assiette.

Harry prit en mains le premier article qui passa sous ses yeux afin d'occuper son regard, inconfortable à l'idée de croiser celui de son amie. Un hypogriffe mâle adulte aurait aussi bien pu s'installer sur sa personne qu'il se serait senti moins étouffé qu'en la présence actuelle d'Hermione à ses côtés.

- En fait… marmonna-t-il maladroitement avant de se faire interrompre par un petit carnet doté d'un cadenas délicat qui explosa en de centaines de fragments lorsqu'il força la minuscule serrure.

Sous l'œil réprimandant d'Hermione, le Survivant poussa d'un pied discret le résultat de son étourderie au dessous d'une étagère en regardant bêtement dans les airs tandis que les clients voisins jetaient des regards curieux partout autour d'eux afin de trouver d'où provenait ce bruit d'explosion. Il agrippa le bras de son amie puis s'éloigna du lieu du crime afin de ne pas se faire soupçonner de son propre délit public.

- Tu sais, poursuivit Harry comme si rien ne s'était passé, tout ce que tu m'as dit au sujet de Malefoy…

Déjà, Hermione se sentit fulminer. Appréhendant la suite, elle fronça sévèrement les sourcils par-dessus ses yeux démesurément ouverts. Elle ne le laissa pas continuer, connaissant déjà la suite :

- Tu ne lui as rien dit, j'espère? l'interrogea-t-elle tout de même dans l'espoir que ses doutes soient erronés.

Embarrassé, Harry détourna les yeux et la préfète prit aussitôt pour acquis qu'il avait effectivement violé leur entente. Outrée par son culot, elle mit la main sur un petit cahier rigide et frappa sèchement la tête de son ami afin de démontrer sa rancœur.

- Idiot! poussa-t-elle en gardant un ton bas pour ne pas attirer des regards indiscrets sur leur conversation. Je t'avais demandé de ne rien dire, Harry! Surtout à Ron! Je n'arrive pas à y croire… Tu me l'avais promis!

Derechef, elle le frappa à la tête avec le carnet qu'elle tenait entre ses mains en pinçant les lèvres, jugeant qu'une seule attaque n'était pas suffisante pour équivaloir à l'amertume qu'elle ressentait face au bris de sa promesse. Si seulement elle ne se trouvait pas dans un lieu ouvert à tout public…!

- Je sais, je sais… bredouilla un Harry peu fier et renfrogné. Comprends-moi, s'il te plait… Il n'arrêtait pas de me poser des questions à ton sujet. Puis nous avons toujours été un trio, pas vrai? C'est tellement injuste que Ron soit le seul à ne pas savoir… Il aurait été furieux d'apprendre qu'il était l'unique personne à ne pas être au courant!

- Il est bien loin d'être le seul à ne pas être au courant, Harry, puisque personne d'autre que toi ne le sais! Voilà maintenant qu'il est aussi furax que s'il aurait appris qu'il était « le seul à ne pas être au courant », donc ton excuse minable ne vaut rien! Tu sais pourtant aussi bien que moi que Ron est horriblement excessif!

Pour ne pas céder sous la tentation de le frapper de nouveau avec le cahier que ses mains manipulaient avec vivacité, elle le reposa sur son étagère.

- J'en suis conscient, Hermione… mais n'as-tu pas pensé lui en parler éventuellement? risqua-t-il afin de couvrir son geste.

- Bien sûr que si! poussa-t-elle aussitôt sur la défensive. Je n'en avais pas l'intention dans l'immédiat, c'est tout… Qu'est-ce que tu lui as dévoilé, par de fait?

- Eh bien… hésita l'Élu. Tout ce que tu m'as dit.

- Tout? Vraiment tout? Ce que je t'ai avoué à propos de Drago et moi… aussi?

Mal à l'aise, Harry hocha la tête en se grattant massivement la nuque d'une main lourde. Aussitôt, Hermione poussa un soupir scandalisé en figeant son visage en une expression interdite. Instinctivement, sa main attrapa le petit carnet qu'elle venait tout juste de libérer de sa tâche de tortionnaire.

- Comment a-t-il réagi…?

- Hum… baragouina-t-il, si je te dis que c'est principalement pour cette raison qu'il est en colère, est-ce que ça répondrait à ta question…?

- Ah, génial! ironisa-t-elle en tordant son souffre-douleur entre ses doigts agités. Bravo, Harry, bravo!

- Oh, Hermione, je t'en prie, bougonna-t-il en relâchant mollement ses épaules. Que ce soit aujourd'hui ou demain qu'il l'apprenne, est-ce que ça change vraiment quelque chose? De plus, je suis certain que si tu aurais occupé ma place, tu aurais réagi de la même façon!

- Pas du tout, au contraire! J'aurais plutôt opté pour rester digne de la confiance que m'accordent mes amis plutôt que de partager les précieux secrets auxquels discrétion m'aurait été demandée!

Harry soupira bruyamment, irrité que son amie face tout un plat pour si peu. Perdant progressivement sa bonne humeur, il croisa les bras autour de sa poitrine en signe de repli.

- Il est notre meilleur ami, Hermione, expliqua-t-il, et Malefoy n'est qu'un taré vicieux et profiteur que nous avons toujours méprisé. Où est la priorité, selon ton jugement?

- La situation est bien différente actuellement et tu le sais très bien, renchérit catégoriquement la jeune femme en devenant peu à peu agressive.

- Je ne crois pas, la contredit-il. Il me semble t'avoir entendu me dire que vous ne vous adressiez plus la parole depuis qu'il était revenu de son manoir?

- Shhhttt! précipita-t-elle en agitant les mains à la manière d'une hystérique. Il y a plein de gens dans les alentours!

Réalisant qu'il s'était légèrement laissé emporté dans ses propos, le Survivant s'excusa en une moue maladroite. Ils s'éloignèrent tous deux dans un coin moins achalandé de la boutique puis s'assurèrent que les proches alentours soient déserts. Encore une chance que Scribenpenne ne soit pas le genre de commerce fréquenté par des étudiants!

- Alors? reprit-il sur ses dernières paroles.

- Alors quoi? lança-t-elle bêtement sans grande envie de lui en dévoiler davantage au sujet d'elle et de Drago.

- Malefoy et toi…?

- Je n'ai pas l'intention de te dire quoi que ce soit, Harry. Désolée, mais je n'ai aucune envie de t'avouer des trucs que tu t'amuserais par la suite à répéter à ceux que tu jugeras être des amis suffisamment proches pour qu'ils connaissent tous ma vie privée.

Vint rapidement chez Harry les remords d'avoir trahi sa confiance, même si ce fut pour en informer leur meilleur ami. Après tout, c'était vrai ; elle avait réclamé son silence qu'il avait juré respecter…

- Hermione, écoute…

- Non, coupa-t-elle sèchement, je n'ai plus envie d'en parler. Harry, je veux que tu t'assures que Ron ne le répète à personne, j'espère au moins que je peux avoir ta confiance là-dessus. Dans mon cas, il est inutile d'essayer de lui adresser la parole d'ici la fin de l'année!

Ponctuant sa réplique d'un dramatisme exagéré qu'Harry reconnut à être celui que Ron usait fréquemment pour s'approprier un maximum d'apologies, Hermione tourna les talons et sortit de la boutique en laissant son ami derrière elle.

Elle n'était pas en colère ; elle était uniquement très déçue. Elle avait bien évidemment eut l'intention de partager ses confessions à Ron, mais uniquement lorsqu'elle se serait sentie prête à recevoir une tempête de reproches et d'indignations, ce qui n'était pas encore le cas. Maintenant, voilà que le résultat de la fuite d'Harry avait engendré une réaction identique à celle que ses aveux auraient provoqué chez le rouquin… De plus, ce genre de chose – qui était, soit dit en passant, d'une importance considérable – ne se disait-il pas directement de la personne concernée plutôt que par l'intermédiaire de quelqu'un d'autre? Hermione était abasourdie que le Survivant ait jugé bon d'ouvrir sa trappe avant qu'elle ne considère que le moment fût opportun pour le faire par elle-même… Quoi qu'il en soit, c'était maintenant fait ; il ne restait donc plus qu'à attendre que le niveau d'ébullition de Ron se soit replacé en ligne droite constante et neutre avant d'uniquement penser lui adresser la parole.

Le paysage était soudainement moins attrayant et la neige semblait s'être assombrie. Les mains dans les poches, Hermione errait sur le chemin maître de Pré-au-Lard en regardant les activités qui s'éparpillaient un peu partout autour d'elle. De chez Honeydukes à La Tête du Sanglier, toutes les boutiques semblaient être bondées.

Ce n'est que lorsqu'elle aperçut un groupe de Serpentard – incluant Zabini, Nott, Crabbe, Goyle, Pansy et Millicent – que la pensée de trouver Drago lui traversa l'esprit. Pourquoi ne se trouvait-il pas avec eux? Hermione se rappelait très bien l'avoir vu quitter Pré-au-Lard avec le groupe d'élèves pour se rendre ici même. Tous au seuil des Trois Balais, la Gryffondor les regarda y pénétrer en remarquant bien distinctement l'expression qu'abordait Parkinson ; elle semblait fort bougonne, et c'est ce qui lui permit de constater que sûrement Drago l'avait injustement rejetée pour une quelconque raison, expliquant par le même fait son absence au sein de son clan habituel. Il devait donc musarder en quelque part dans le village, seul, ou bien peut-être était-il simplement rentré au collège… En tout état de cause, Hermione entreprit une recherche visuelle sur son passage afin de tenter de repérer le blondinet qui se devait sûrement d'être une humeur massacrante.

Spontanément, ses pas la menèrent au passage qu'elle avait dernièrement emprunté pour se rendre au lieu de son agression quelques semaines plus tôt. L'artère qui menait à l'espace touristique réservée à la Cabane Hurlante était condamnée, mais Hermione ne fut pas surprise de voir, étampées dans la neige, des traces de pas qui suivaient son chemin. Lorsqu'elle franchit la cloison inefficace et qu'elle suivit la voie tracée sous elle, elle aboutit à la clairière qui lui évoqua brièvement de très mauvais souvenirs jusqu'à ce que son regard rencontre la silhouette de Drago, à quelques mètres d'elle, qui était arc-bouté contre la clôture. Un sourire étira ses lèvres tandis qu'elle s'approcha de lui après s'être assuré que personne n'était dans les parages et ne risquerait ainsi de les apercevoir ensemble.

Brusquement, le Serpentard tourna la tête par-dessus son épaule afin de jeter un œil à qui est-ce qui venait troubler sa solitude. Sûrement s'était-il attendu à y voir Pansy, car tous ses traits faciaux étaient tirés en une grimace agacée. Cependant, lorsqu'il aperçut Hermione, son regard s'adoucit instantanément, laissant apparaître un mince et délicat sourire sur ses lèvres pâles. La jeune préfète lui répondit de cette même façon et le rejoignit sans pour autant se presser, les mains encore confortablement nichées au fin fond de ses poches de manteau. Une fois à ces côtés, elle installa ses deux bras repliés sur le dessus de la clôture pour finalement y laisser camper son menton puis tourna faiblement la tête afin de croiser son regard d'un bleu merveilleux qui ne l'avait pas quitté depuis qu'il l'eut aperçu. Enfin, après une longue semaine à s'abstenir de sa présence…

- Que fais-tu ici, Drago? demanda Hermione d'un sourire attristé par les souvenirs plus ou moins agréables que cette place instaurait.

Il haussa les épaules en reportant ses yeux sur le bâtiment maudit qui fut l'élément déclencheur de ce grand chamboulement dans sa vie. Avec amertume et regret du passé, son sourire s'effaça doucement.

- J'imagine que j'essaie d'imaginer ce qu'il se serait produit si je ne m'étais pas rendu ici, cette journée-là… lorsque tout a commencé.

Hermione poussa un rictus dépourvu de joie. Elle comprenait tout à fait la raison de ses réflexions, surtout suite à la situation qu'il en avait résulté.

- Ça me semble… si loin déjà, poursuivit-il lugubrement. J'ai presque l'impression que ça ne s'est jamais produit, que c'est uniquement… mon imagination.

- C'est vrai, approuva la jeune femme en toisant à son tour la Cabane Hurlante. Beaucoup de choses se sont produites depuis ce temps…

- Beaucoup, acquiesça-t-il en la regardant derechef.

Tendrement, il lui offrit un sourire qui aurait suffi à apaiser n'importe quelle souffrance, un sourire qui se voulait de communiquer toute la douceur qui s'était véhiculée lors de leur dernière rencontre. Hermione, gênée par son regard romanesque, baissa la tête après avoir pratiqué l'esquisse d'un sourire intimidé. C'est exactement à cet instant-ci que Drago se remémora ce qu'il s'était promis de faire lors de la prochaine fois qu'il se retrouverait en sa compagnie… Assené d'un coup violent droit au cœur, son sourire s'évapora aussitôt afin de laisser paraître un trouble grandissant sur son visage. Puis, comme s'il ne supportait plus d'observer la Gryffondor, il reporta son attention sur la Cabane Hurlante en tentant de se convaincre que ce qu'il était sur le point de faire – car il se devait de le faire – ne serait que pour son bien… La vision de cette maison hantée et tout ce dont à quoi elle se rattachait dans ses horribles souvenirs lui donna un courage suffisant pour enclencher la conversation :

- Je crois qu'on a fait une grosse erreur, précipita-t-il de manière presque incompréhensible.

- De quoi parles-tu? fit-elle sans se douter de rien.

Drago se détestait déjà de devoir aller au bout de cette appréhension. D'encore une fois, rendre Hermione malheureuse…

- Ce qu'on a fait… ce… lorsque nous… bredouilla-t-il à la recherche de mots convenables pour que son annonce soit interprétée le plus fidèlement à ses pensées. Je n'aurais jamais dû faire…

Il s'interrompit, incapable de poursuivre, mais Hermione devina progressivement ce à quoi le blondinet voulait en venir simplement en déchiffrant son malaise. Gagnant alors une vague de susceptibilité craintive à la perspective de la suite, elle se tourna entièrement vers lui, gardant une main contre la clôture tandis que l'autre alla s'écraser contre sa hanche.

- Tu n'aurais jamais dû faire quoi? poussa-t-elle fermement, le défiant de dire le fond de sa pensée.

Non, elle n'en avait aucune envie. Non, elle ne voulait pas entendre ce qu'il était sur le point de dire… Non, elle ne voulait pas le croire… Rien n'était fondé, mais elle le savait. Elle le savait uniquement par l'expression qu'il arborait. Non, elle ne voulait pas l'entendre dire ces paroles… Pas maintenant, pas alors qu'elle croyait avoir regagné un réel bonheur durable…

- Il faut que ça arrête, déclara Drago subitement à défaut d'user du peu de tact qu'il possédait.

Aussitôt dit, il baissa la tête, crispant nerveusement ses poings gelés par le vent froid qui les giflait constamment. Hermione, complètement détruite, resta immobile durant l'espace d'une éternité, tentant de se faire à l'idée que sa pire crainte s'était de nouveau produite et ce, au beau milieu d'un moment de pure euphorie.

- Il faut que QUOI arrête?

- Tu sais exactement ce que je veux dire, marmonna-t-il en la regardant, ne me le fais pas…

- Non, justement, le coupa-t-elle brusquement et avec colère, je ne sais pas ce que tu veux dire et c'est précisément pourquoi je te demande de me l'expliquer!

L'agressivité dont Hermione fit preuve de manière complètement gratuite à l'égard de sa déclaration fut une raison suffisante pour pousser le Serpentard à aller au bout de son chemin :

- Nous deux! s'exclama-t-il en perdant minimement son sang-froid. Ça! Ce qu'il se passe…! Ce…

Il s'irrita à se découvrir incapable de prononcer les justes mots pour se faire comprendre.

- Je n'aurais jamais dû me montrer faible, cette soirée-là! lança-t-il finalement. Je n'aurais jamais dû venir te parler à la bibliothèque… Nous n'aurions jamais dû coucher ensemble!

Hermione poussa un soupir gloussé, complètement outrée et choquée par ce qu'il venait tout juste de dire. Elle ne comprenait pas vraiment pourquoi, mais ce qu'elle ressentit à cet instant fut plutôt apparenté vers la colère que vers la tristesse.

- Es-tu en train de me dire que tu regrettes? lança-t-elle en serrant les mâchoires.

- Exactement, répondit-il aussitôt.

Tremblante, Hermione garda un silence total durant plusieurs secondes, fixant Drago sans ciller. L'absence d'hésitation qu'il avait démontré en partageant sa réponse avait fait naître un immense chagrin en elle qui s'étendait maintenant démesurément. Non… Ça ne pouvait pas être vrai… Il ne pouvait pas faire ça… Ses entrailles se tordaient violemment, son âme nouvellement rapiécé se décomposait de nouveau, la faisait souffrir… Les dommages causés par ses mots furent si importants que des larmes douloureuses et coupantes se frayèrent subitement un chemin vers ses yeux.

- Je n'y crois pas, trancha-t-elle de sa voix oscillante en haussant le menton, soutenant un refus de réaliser que son supplice était sur le point de renaître. C'est encore une de tes tactiques pour tenter de me protéger?

- Une de… de mes tactiques?! vociféra-t-il dans un élan de rage. Oh, oh! Hermione, tu n'as pas du tout l'air de comprendre ce qu'il se passe! Absolument aucunement, et ça, ça me dépasse!

- Je comprends très bien ce qu'il se passe, Drago! répliqua-t-elle.

- Oh! Alors sûrement tu pourrais comprendre que Rogue se doute fortement que nous étions ensemble lorsque nous avons tous les deux manqué notre cours de potions? Tu le comprends, ça?

Hermione soutint son regard sans savoir que répondre, reconnaissant amèrement qu'il avait raison. Satisfait de lui avoir fait ravaler ses paroles, Drago hocha brusquement la tête en signe de triomphe puis pinça les lèvres. Longuement, ils se toisèrent, face à face, et Hermione laissa la tristesse emplir son corps en entier. Le menton tremblant, elle étouffa un sanglot silencieux en portant une main désespérée à son front.

- Alors c'est fini? couina-t-elle d'une voix chétive.

- Pour ça, il aurait tout d'abord fallu que ça débute.

La pauvre Gryffondor plissa douloureusement son front, peinée de l'entendre dire de telles atrocités sur leur relation déjà devenue histoire du passé.

- Nous avons partagé quelque chose, Drago, que tu le veuilles ou non… souffla-t-elle tristement en sentant une larme tracer une route brûlante sur sa joue. Je me suis livrée à toi… et c'est une des choses les plus importantes à mes yeux…!

- Pas du tout! lança-t-il en guise de défense face à cette remarque qui raviva son sentiment de culpabilité. Ce qui est le plus important pour toi, ce sont tes stupides bouquins, rien d'autre! Tu y passes tellement de temps que tu ne sembles pas prendre conscience de ce qui se passe autour de toi!

Insultée, Hermione se protégea par le biais de sa colère :

- Qu'est-ce que tu veux dire par là?!

- Je veux dire par là que tu aurais dû t'y attendre, à cette conversation que nous avons en ce moment! Tu connais ma situation, tu sais très bien et as toujours su ce qu'il risquerait d'arriver si on se fait pincer ensemble!

- Je sais, oui… mais je suis prête à courir ce risque, Drago!

- Non! Je te l'interdis! rugit-il en refusant qu'elle se plie ainsi devant un si grand danger. Tu le sais aussi bien que moi que nous deux, toi et moi, c'est incompatible, dans tous les sens du terme! Je suis Serpentard, tu es Gryffondor. Je suis lâche et vil, tu es courageuse et bonne. Je combats aux côtés du mal, et toi, tu défends le bien. Tu vois? Il n'y a rien pour nous deux, rien pour nous unir!

Durant son monologue, Hermione s'était mise à pleurer en enfouissant son visage au creux de ses deux mains. S'éloignant de quelques pas par la suite, trop ébranlée pour rester fidèlement en place à l'écouter attentivement, elle resta momentanément de dos à lui pour se laisser le temps de se calmer.

- Alors tu peux me dire pourquoi tu es revenu à moi comme tu l'as fait?! s'écria-t-elle en se retournant brusquement. Tu vas me dire pourquoi tu prends un tel plaisir à jouer avec mes sentiments?! Ou peut-être que je me méprends totalement à ton sujet et qu'au fond, je ne suis qu'une guenille qui te sert de délivrance quand monsieur se sent seul et dépité?!

- C'est complètement faux! s'indigna-t-il aussitôt.

- Dans ce cas, j'ignore totalement quel est mon rôle dans toute cette histoire!

Les deux poings fermés, Hermione ne sentait plus son visage puisque ses larmes avaient insensibilisé sa peau déjà gelée par la température glaciale. Elle attendait patiemment une réponse qui aurait peut-être pour effet de l'apaiser, mais au contraire, Drago répliqua une saloperie digne de l'odieux Serpentard qu'il fut autrefois :

- Tu n'en as plus.

Il aurait pu la frapper en visage que l'effet aurait été le même.

Sur ces derniers mots, Drago recula de quelques pas en soutenant son regard puis se retourna, s'éloignant lentement afin de rejoindre le chemin qui le mènerait de nouveau vers Poudlard. Peut-être aurait-il dû se sentir beaucoup mieux suite à l'accomplissement de ce qui le préoccupait le plus depuis les derniers jours, mais il fut notablement déstabilisé de constater que se ne fut aucunement le cas. Tout en marchant en sachant pertinemment qu'Hermione devait le fixer derrière lui, lui-même encra obstinément son regard sur l'horizon devant lui, n'arrivant pas à croire à quel point il avait réussi d'être abject à son égard… Il se dégoûtait, carrément, mais il savait que c'était la meilleure chose à faire avant que quelque chose de grave n'arrive…

- Et quand sera la prochaine fois que tu viendras me voir pour me dire que tu ne peux plus supporter ta situation? le provoqua Hermione d'une voix suffisamment forte pour qu'il l'entende.

L'interpelé s'arrêta, resta immobile quelques instants puis pivota sur lui-même.

- Ça ne se reproduira pas, tenta-t-il de déclarer avec dégagement.

Hermione étira une pause durant laquelle tous deux se dévisagèrent.

- Je te déteste, Drago, poussa-t-elle avec une neutralité rancunière déconcertante.

Consterné par ses paroles, le Serpentard dût prendre un certain temps avant de bien les assimiler. Il savait très bien qu'elle lui avait lancé ça par rancœur – du moins, il l'espérait, mais simplement le fait d'entendre ces mots sortir de sa bouche le blessa à un point tel qu'il aurait voulu lui faire dire le contraire simplement dans le but de le rassurer… Elle voulait terminer leur discussion sur une mauvaise note? Il s'appliquerait tant bien que mal d'en faire autant :

- Moi aussi, Hermione, autant que toi.

Puis il quitta, laissant la préfète dans le même état qu'il l'eut déjà fait lorsqu'il revint de son manoir, déjà si longtemps auparavant.


J'ai cru comprendre par vos reviews que vous auriez préféré que ça ne se produise pas ainsi... Vous me pardonnez? Hihihi, ça va permettre un gros rebondissement, je vous le promets! Le prochain chapitre sera posté vers la fin de la semaine ou durant le weekend prochain, alors à très bientôt!