Chapitre 31 - Place aux Malefoy


Harry ne savait plus du tout comment interpréter les humeurs changeantes d'Hermione. Suite à une période de sa vie durant laquelle elle pleurait toutes les larmes de son corps à chaque soir en se questionnant sur la raison pour laquelle Drago l'ignorait constamment, elle avait effectué une vive remontée d'euphorie qui restait inexpliquée aux yeux du Survivant, et voilà maintenant qu'elle passait au travers de ses journées avec une attitude agressive fort déplaisante. Ron, qui avait jugé bon de laisser tomber la hache de guerre contre son amie à ce même moment, était persuadé à tort que c'était son retour qui avait provoqué ce changement chez la préfète. Le résultat fut donc qu'Harry se tenait en permanence avec deux personnes de très désagréable compagnie, ce qui avait pour effet d'influer sur son propre moral à son tour, le rendant finalement tout aussi amer.

Elle ignorait la raison concrète qui la poussait à être d'une humeur revêche plutôt que triste en réponse à la déclaration du Serpentard, mais Hermione préférait largement qu'il en soit ainsi. Le temps qu'elle eut autrefois perdu à pleurer sur son sort face au rejet de ce garçon fut tellement grand et pénible qu'elle devait s'avouer soulagée de ne pas devoir passer à travers cette étape une seconde fois en si peu de temps. Peut-être était-ce d'ailleurs ce qui justifiait sa réaction? Peut-être qu'au fond, après avoir acquis l'expérience d'un premier abandon, elle restait persuadée que leur relation ne pouvait pas tout simplement mourir en prononçant quelques paroles qui n'étaient soutenues par aucun argument? Souvent elle avait observé les agissements de Drago durant la semaine qui suivit, et elle pouvait très facilement déterminer qu'il n'avait pas « mis fin » à leur relation délibérément. Elle constata même que quelque chose de grave par rapport à sa situation vacillante devait s'être produit, car jamais son comportement à l'égard de Rogue n'avait été aussi irrespectueux en classe. En revanche, le professeur de potions n'eut jamais démontré le moindre signe de mépris quelconque – du moins, pas plus qu'à l'habitude – envers Hermione qui aurait pu la laisser croire qu'il soupçonnait un lien persistant entre elle et Drago, au parfait contraire de ce que le blondinet lui avait lui-même déclaré. Elle commençait par ailleurs à croire qu'il aurait dit ça simplement dans le but d'appuyer sa décision…

Harry et Ron avaient également remarqué ce qui n'avait pas passé inaperçu aux yeux de la préfète envers Malefoy, mais à son opposé, ils ne se gênaient pas pour évoquer une panoplie de théories toutes aussi horribles les unes que les autres en lien avec la raison qui pourrait expliquer sa mystérieuse attitude. Par surcroît, même après tout ce qu'ils apprirent au fil des jours au sujet de la relation entre Hermione et Malefoy – c'est-à-dire leur histoire dans son intégralité à quelques exceptions près – ainsi que les sentiments toujours persistants de la lionne à l'égard du serpent, les deux garçons ne se privaient en aucun cas d'user de paroles grossières pour faire mention de Drago. C'était d'ailleurs un des facteurs qui avait la faculté d'aggraver l'état communicatif d'Hermione pourtant déjà médiocre.

Tout allait mal, encore une fois. Et lorsque mars s'abattit sur le paysage hivernal, l'état des choses empira davantage.

Distraite, Hermione fonça tout droit sur Ron qui s'était brusquement arrêté devant elle sans aucun motif apparent. Harry s'ensuivit de peu puis rejoignit bien rapidement le léger accrochage, compressant ainsi étroitement la jeune femme entre ses deux amis. Le Survivant fondit en excuses tandis que le rouquin était complètement figé sur place, immobile et imperturbable. Hermione aurait pu jurer qu'il s'était fait stupéfixer.

- Ron! s'impatienta-t-elle en tapant du pied.

Tous les élèves quittaient la Grande Salle, donc l'espace pour circuler au seuil de l'énorme porte était amplement restreinte, bloquant la préfète et l'Élu qui attendaient encore que Ron daigne se déplacer pour permettre à la foule de dégager le hall d'entrée. Certaines personnes passèrent à leur côté en leur lançant des regards irrités tandis que Ron se fit bousculer à maintes reprises ; rien ne semblait toutefois troubler son inertie.

- Qu'est-ce que vous croyez qu'ils viennent faire ici, ces deux-là? éructa-t-il finalement d'un grand mépris.

Hermione haussa un sourcil, incrédule, puis suivit l'axe exact du regard de son ami afin de découvrir la raison de tant de dédain. Elle laissa le temps passer afin de permettre aux étudiants qui obstruaient sa vue de se disperser, mais elle parvint tout de même à voir, entre deux têtes, ce qui avait causé chez lui cette réaction. Violemment, son cœur se tordit en lui assenant un coup tyrannique au ventre. Si elle s'en était attendue…

C'était Lucius et Narcissa Malefoy, les très chers parents de Drago. Ils se trouvaient non loin là et discutait avec Rogue sans se soucier du passage récurent d'élèves autour d'eux.

Que diable faisaient-ils là? Sachant clairement que leur visite n'était pas un bon signe peu important la raison de leur présence, Hermione se mit instantanément à craindre ce qui en résulterait. Pourquoi eut-elle soudainement l'impression que Drago n'était plus vraiment en sécurité? Savait-il simplement que ses parents se trouvaient actuellement à Poudlard? D'un regard vif et circulaire, elle toisa les alentours à sa recherche mais ne le vit point. Mais qu'est-ce donc avait réussi à les tirer du confort de leur manoir pour venir ici, dans cette école, afin de s'entretenir avec Rogue? N'auraient-ils pas pu simplement s'écrire? Ou discuter via le réseau de cheminée? Pourquoi avait-elle l'impression que quelque chose d'horrible se produirait suite à leur venue? Le fait d'être une fois de plus être en froid avec Drago devint soudainement insupportable…

Le hall d'entrée fut bientôt libéré de son trop-plein d'étudiants mais quelques uns restèrent en petits groupes pour discuter ici et là, évitant heureusement pour le trio d'être le centre d'attention immédiat si les Malefoy et Rogue décidaient tout bonnement de jeter un regard autour d'eux. D'ailleurs, Harry jugea bon de s'éloigner du portail de la Grande Salle, le point culminant du hall, puis les trois Gryffondor s'écartèrent contre un mur de sorte à devenir le moins visible possible. Effectivement, l'insistance avec laquelle ils fixaient le couple n'aurait sûrement pas bien été filtrée à travers les règles de la bienséance entre sorciers.

- Je l'ignore, répondit enfin Harry en affichant un air fortement méfiant, mais pour qu'ils s'entretiennent spécialement avec Rogue, nous savons du moins qui est le sujet de leur conversation.

D'un même mouvement, les deux garçons plantèrent leur regard sur Hermione qui elle ne quittait pas Lucius des yeux par omission volontaire de créer un contact visuel malaisé avec ses ami. En effet, elle était de leur avis : Drago était inévitablement le sujet de leur entretien. Mais à quelle fin? Est-ce que leur sujet de conversation tournait autour de la mission de laquelle il serait responsable? L'avait-il simplement reçue?

- Je n'avais jamais vu sa mère… commenta Ron en lorgnant la dame Malefoy. Pouah! Ils se ressemblent tous, dans cette famille. C'en est presque ridicule.

Le silence regagna aussitôt le trio qui toisait obstinément le couple échanger de louches paroles avec leur professeur de potions. Hermione trouvait fâcheux de rester aussi loin sans pouvoir savoir de quoi ils parlaient ; elle dansait d'un pied à l'autre, plissant les yeux comme si elle espérait pouvoir lire sur leurs lèvres, mais c'était peine perdue. Tandis qu'ils ne cillèrent pas une seule seconde, Rogue invita d'un geste accueillant de la main les deux Malefoy senior à le suivre vers ce qu'ils devinèrent tous être les cachots, étage où était entreposé le bureau personnel de l'enseignant.

- Dah! grogna farouchement Ron en les voyant quitter la place. Si seulement on pouvait les suivre pour écouter leur conversation…

Harry le dévisagea d'un air tacite et mesquin. Hermione, elle, fixait le coin du mur où elle les avait vus bifurquer la seconde précédente en s'imaginant le pire des scénarios. Jamais elle n'aurait cru que de revoir Lucius l'aurait ébranlé à ce point… Un large frisson de dégoût traversa brièvement son échine.

- Ça peut s'arranger, déclara le Survivant.

Piquée, la préfète tourna brusquement la tête vers son ami. Ron en fit de même, interloqué. Quelle folle idée allait-il proposer, cette fois-ci? Harry, satisfait de l'effet provoqué, entama une marche rapide vers la tour des Gryffondor, obligeant ses deux amis intrigués à le suivre s'ils tenaient à en savoir plus. Comprenant alors aussitôt où il voulait en venir suite à cette soudaine détermination, Ron haussa les sourcils, peu convaincu :

- Tu veux dire que…

- Oui, approuva-t-il sans le laisser compléter sa phrase. C'est exactement dans ces moments-ci que la cape d'invisibilité de mon père se rend utile.

- Quoi?! couina alors Hermione en s'immobilisant.

Les deux garçons s'arrêtèrent à leur tour, pivotant sur eux-mêmes afin de faire face à une préfète irrésolue.

- Es-tu complètement dingue, Harry? s'indigna-t-elle. C'est beaucoup, beaucoup, beaucoup trop risqué dans une telle situation!

- Chaque usage de la cape a été faite dans de situations parfaitement similaires ; je ne vois pas en quoi celle-ci serait différente, Hermione.

Peut-être était-ce le souvenir de sa rencontre avec Lucius qui rendait pour elle la situation largement plus inquiétante, mais en ce qui la concernait, elle se rappelait bien de la promesse qu'elle s'était elle-même faite sur le Chemin de Traverse. Harry avait peut-être raison, mais elle n'était pas prête de risquer de se faire pincer une fois de plus dans un endroit inopportun par Lucius, car elle savait pertinemment que ce ne serait pas uniquement d'une retenue qu'ils hériteraient.

- Je ne viens pas avec vous, trancha-t-elle en secouant la tête.

- Je ne t'y oblige pas, répliqua le Survivant avec initiative. Cependant, moi, je veux en savoir plus. Cette affaire concernant Malefoy n'est déjà pas nette, mais là, c'est le comble. Je dois en savoir plus.

- Je t'accompagne, fit Ron.

Aussitôt, les deux garçons s'échangèrent un regard complice et fraternel. L'idée de les persuader de laisser tomber l'affaire lui passa brièvement par la tête, mais Hermione réalisa qu'elle n'aurait jamais le pouvoir de les faire revenir sur leur décision. Surtout pas Harry ; il était si têtu lorsqu'il s'agissait de découvrir un mystère!

C'est donc avec peur au ventre qu'elle regarda ses deux amis quitter le hall d'entrée pour se rendre vers leur salle commune. Elle ignorait totalement comment elle parviendrait à sortir ces pensées tortueuses de son esprit pendant qu'Harry et Ron seraient perchés à la porte du bureau du professeur Rogue, mais chose certaine, c'est qu'elle ne chercherait en aucun cas à se rendre là-bas malgré son envie pressante de connaître la raison de la venue des Malefoy. Dans tous les cas, elle en serait informée car il était immanquable qu'Harry et Ron amorceraient un débat critique sur ce qu'ils entendraient.

Les pas pressés que les deux Gryffondor adoptaient trahissaient une activité singulière aux yeux de ceux qui les voyaient s'agiter ainsi. La cape d'invisibilité sous le bras, Harry courrait en direction des cachots, suivi de près par le rouquin qui se pressait tout autant dans l'espoir qu'ils manquent le moins d'information importante possible avant qu'ils ne soient rendus à destination. Avantageusement, lorsqu'ils dévalèrent les escaliers qui menaient à l'étage le plus inférieur du château, ils virent tout juste une chevelure blonde pénétrer dans le bureau de Rogue avant d'entendre sa porte se refermer. Sûrement avaient-ils tardé en quelque part avant de se rendre dans l'office du professeur. Tant mieux! Sans perdre de temps, Harry et Ron se couvrirent de la cape puis franchirent bien rapidement la distance qui les séparait du lieu de leur infraction. À la fois excités et attentifs, ils pressèrent leur oreille contre le battant, tout ouïs. À l'exception d'eux-mêmes, le couloir était désert.

- Donc, vous disiez? fit la voix de Rogue.

Un bruit cacophonique de déplacement de chaises s'éleva, puis le calme habituel des cachots s'abattit de nouveau dans l'air glaciale.

- Avez-vous été témoin d'un quelconque changement? demanda autoritairement Lucius. Qu'il soit bon ou mauvais?

- Non, répondit le professeur, catégorique. Il me semble avoir bien compris le message que je lui ai communiqué.

- Bien, mais nous ne prendrons tout de même pas de chance. Ce qu'il se doit de faire est beaucoup trop dangereux et délicat pour que nous nous permettions de sous-estimer les troubles qu'elle pourrait nous causer. Dans le cas contraire, ce pourrait être catastrophique ; nous ferons comme entendu. Êtes-vous encore dans le coup?

Harry et Ron s'échangèrent un regard circonspect. S'ils avaient l'intention de partager une conversation en utilisant constamment des termes imprécis, leur soif d'information ne serait aucunement sustentée. Ils s'accroupirent afin de garder une position confortable puis tendirent l'oreille de nouveau.

- Si vous l'avez avec vous en ce moment, bien évidemment.

Un moment de silence s'étira, provoquant chez les deux fautifs une vive crainte de s'être fait découverts. Un tintement aigu retentit alors et calma leur angoisse.

- Bien, fit Rogue. Avez-vous également apporté sa complémentaire?

- Hum, grogna le père Malefoy par mécontentement, oui, bien sûr, même s'il aurait été beaucoup moins complexe de ne pas se soucier de ses effets à long terme et de le laisser agir. Ça ne serait pas une grosse perte.

Quelqu'un se leva de sur son siège, provoquant un faible craquement. S'étendant sur plusieurs secondes, un faible et lent claquement de chaussure s'éloigna vers le fond de la pièce. Se devait être Narcissa qui ne supportait pas de rester assise durant une conversation qui impliquait son très cher fils. Était-ce d'abord une conversation qui portait sur Drago?

- J'en suis bien conscient, accorda Rogue, mais éviter une mort innocente entre les murs de Poudlard serait préférable afin de ne pas provoquer d'enquête auprès de ses enseignants par les dirigeants du ministère.

- Innocente? piailla brusquement la dame Malefoy. Elle met des bâtons dans les roues de notre fils, cette innocente!

Les deux délinquants ouvrirent alors démesurément les yeux, réalisant alors qu'ils ne parlaient de nulle autre personne qu'Hermione. Ils se dévisagèrent avec panique, craignant déjà ce qu'ils avaient l'intention de faire subir à leur amie, mais restèrent bien sagement à leur poste en se voulant de découvrir exactement ce qu'ils manigançaient. Le plus d'information ils obtiendraient, le plus de précautions ils pourraient prendre pour éviter une quelconque catastrophe.

- Elle pourrait tout faire échouer! poursuivit hystériquement la dame. Ou pire encore ; elle pourrait bien provoquer la mort de Drago si elle l'empêche de faire quoi que ce soit! Notre Seigneur a clairement mentionné que s'il n'y arrivait pas, il le tuerait!

- Calme-toi, chérie, poussa aussitôt la voix rassurante de son mari, tout ira bien...

Narcissa poussa un gloussement outré puis se tut.

- Severus, renchérit Lucius, vous connaissez bien la gravité de la situation, n'est-ce pas?

- Bien sûr que si.

- Alors vous savez que vous devez le laisser agir tant et aussi longtemps que Drago n'aurait pas accompli sa mission? Sinon, il serait clair qu'il n'aurait servi qu'à être gâché.

Rogue inspira bruyamment. Il semblait blasé.

- Lucius, j'ose croire que si vous m'avez confié cette tâche, c'est parce que vous me faites confiance, ai-je raison?

- Hum-hum, marmonna aussitôt Lucius.

- Alors je vous prie de cesser de m'insulter avec vos doutes. Vous m'avez mis au courant de tout ce qu'il se doit d'être fait, et jusqu'à présent, je ne crois pas avoir fait défaut à vos instructions. Donnez-moi sa complémentaire et j'accomplirai ce que vous souhaitez.

Derechef, un silence parfait s'installa dans la pièce. Harry et Ron se sentaient sur le point d'exploser d'inquiétude. La situation semblait encore plus sinistre que ce qu'ils avaient cru.

- Tenez, poussa Lucius au bout d'un certain moment. Vous savez qu'en faire, Severus.

- Ça va de soi.

- Il n'est pas fatal sur le coup, mais il est toutefois suffisamment dommageable pour lui retirer toute nuisance qu'elle pourrait apporter. Il m'est cependant bien inutile de vous en informer puisque je crois aisément que vous connaissez très bien ses effets ; c'est vous le maître en la matière.

Un second tintement aigu s'éleva.

- Avez-vous figuré un moyen pour que sa cible soit atteinte? demanda le professeur sans se soucier des modestes éloges reçues.

- C'est à vous d'y voir. Dès maintenant, il s'agit de votre tâche.

- Mais tout d'abord de votre fils, Lucius, gronda le professeur de mauvaise humeur. Sachez que c'est avec grands risques que j'accepte d'accomplir ceci à l'instar de votre personne. Je ne me sens en aucun cas obligé de poursuivre cette démarche.

Une série de petits pas précipités claquant contre le sol de pierre se rua dans une direction que les deux Gryffondor crut être le bureau de Rogue.

- Oh, s'il vous plait, Severus! supplia Narcissa. Cette honte nous est insupportable et pourrait considérablement compliquer la tâche de Drago, vous le savez! Et Salazar sait à quel point elle est déjà suffisamment risquée! Je ne voudrais en aucun cas qu'il lui arrive malheur, alors faite-le, je vous en prie! Nous vous en serons extrêmement reconnaissants…

- Et si, par malheur, une quelconque complication amènerait des regards sur vous, nous avons les meilleurs avocats de tout le ministère à notre merci, signala le père Malefoy. Vous ne risquez absolument rien.

- Me voilà bien rassuré, ironisa l'enseignant.

Des pas s'éloignèrent de nouveau provenant cette fois-ci d'une chaussure masculine. Harry et Ron entendirent une porte d'armoire grincer, les mêmes tintements aigus que quelques instants plus tôt s'entrechoquer puis le battant grincer de nouveau. Rogue venait sûrement de ranger ces mystérieux objets dans ses articles personnels. Mais qu'était-ce donc?

- Vous savez très bien que je souhaite sa perte autant que vous, déclara-t-il avec agacement. Il n'est que nuisible face au Seigneur des Ténèbres. Il l'a toujours été et le sera à tout jamais si quelqu'un ne se charge pas de le tuer.

Les deux garçons s'échangèrent un regard perplexe, ne comprenant plus du tout de quoi ils pouvaient parler. Tellement de victimes étaient de mise que tout semblaient atrocement mélangé dans leur tête.

- Merci! Oh, merci, Severus! s'exclama la dame Malefoy.

Lucius poussa un faible ricanement de contentement.

- S'il est possible, ne l'informez pas de notre venue ici afin qu'il ne se doute de rien. S'il vous pose cependant la question, ne lui mentez pas. Vous pourrez également dès maintenant le faire venir à notre demeure par l'intermédiaire du portoloin quand tout sera en ordre. Rappelez-vous cependant de le convoquer uniquement une fois que vous vous serez assuré que la gamine soit libérée de toute nuisance.

Ron fulminait. Harry, choqué, pressa son oreille encore plus étroitement contre le battant qu'elle ne l'état déjà.

- Dois-je ainsi en conclure que Drago est fin prêt? demanda Rogue avec une pointe de scrupule dans la voix.

- Totalement.

- Donc vous lui avez bien enseigné les rudiments de l'occlumencie et de la légilimencie? Le plan sera un échec total s'il n'en a pas parfaitement assimilé le fonctionnement et les propriétés.

- Il excelle en la matière, confirma le père Malefoy avec une ferme fierté. Drago est très bien entrainé et n'aura certainement pas l'occasion de faire défaut au plan du Seigneur.

- Je dois admettre qu'au niveau de l'entrainement global, vous l'avez bien préparé, informa le professeur sans toutefois s'emballer. Son combat avec Potter lors du club de duels instauré durant les vacances m'a fort impressionné, je dois l'avouer.

- Alors j'imagine que nous n'avons pas de crainte à nous faire concernant celui qui suivra.

Comme s'il venait de se faire électrocuter, Harry sépara son oreille endolorie de la porte afin de toiser avec sollicitude le rouquin qui lui menaça de s'effondrer entièrement contre le battant. Un second combat? Avec Malefoy? Alors ainsi, lui-même avait sûrement été mentionné ne serait-ce qu'une seule fois parmi les multiples termes embrouillés qu'ils avaient utilisés depuis le début de leur conversation. Apparemment, ce n'était plus uniquement Hermione qui était en danger, mais lui également! Tout était si flou…

Tandis qu'Harry se mit à s'imaginer en abondance dans quels genres situations pourrait-il éventuellement se faire glisser en lien direct avec Malefoy, Ron débuta une danse agitée de ses bras en pointant la porte à la manière d'un hystérique. Par peur de manquer une quelconque révélation d'une importance capitale, Harry se pressa pour plaquer de nouveau son oreille contre la porte, mais l'élan qu'il appliqua envoya brusquement sa tête entière s'y cogner. La porte de bois dure vacilla superficiellement, mais ce fut suffisant pour imposer un silence total des deux côtés du mur. Ron grimaça d'horreur, constatant que les trois fidèles serviteurs de Lord Voldemort qui se trouvaient dans la pièce adjacente venaient incontestablement de détecter une présence intruse :

- Vous avez entendu ça? éleva Lucius en brisant le lourd silence.

Des pas se dirigèrent précipitamment vers la porte, donnant pour Harry et Ron le signal instantané comme quoi leur mission espionne venait de prendre fin. Sans se faire prier, les deux Gryffondor quittèrent la place en prenant bien soin de rester cachés sous la cape d'invisibilité puis se dirigèrent d'une course effrénée vers leur salle commune.

À peine eurent-ils traversés le portrait de la grosse Dame qu'ils localisèrent Hermione, assise dans un fauteuil qui lisait un immense bouquin en se rongeant les ongles jusqu'au sang. Alertée par le bruit soudain que provoquèrent l'arrivée fracassante de ses deux amis, la préfète jeta l'ouvrage au bout de ses bras puis se leva de sur son siège, se ruant par la suite vers Harry et Ron qui l'entraînèrent à l'écart.

- Tu es en danger, Hermione! précipita Harry une fois qu'il s'assura qu'ils furent uniquement tous les quatre dans la salle de bain commune.

- Qu… quoi?! couina-t-elle, paniquée.

- Rogue a l'intention de te faire du mal! Nous ne savons pas quoi exactement, mais Lucius lui a donné un objet qui lui servirait à t'atteindre!

Ne sachant pas comment interpréter ce déboulement d'informations, Hermione secoua la tête de gauche à droite en suspendant ses mains dans les airs, le priant de calmer ses envies hâtives de tout dévoiler ce qu'ils avaient entendu en un vomi incompréhensible.

- Mais… c'est impossible!

- Comment ça, impossible? Au contraire! Ils veulent se débarrasser de toi parce que tu pourrais selon toute vraisemblance être nuisible à la mission de Malefoy!

Les yeux exorbités, la préfète étira une mince pause.

- Tu… Avez-vous su quelle était cette mission?

- Non! cracha Harry en ne sachant pas où donner tête. Mais Hermione, as-tu bien compris ce que je viens de te dire? Tu es en danger!

- Mais non, Harry! prononça-t-elle lourdement en relâchant les épaules. Crois-tu simplement que Dumbledore laisserait entrer un quelconque objet dangereux entre les murs de Poudlard sans intervenir?

- Puisque je te dis que Lucius le lui a déjà donné!

Hermione sembla alors douter de sa propre réplique.

- Comment pourrais-tu en être certain? Vous étiez dans le bureau de Rogue? Vous l'avez vu, cet objet?

Lassé par l'entêtement de son amie face au refus de la réalité et de son trop-plein de questions demandant trop de logique pour l'évidence qu'elles apportaient, Harry lança à Ron un regard qui réclamait un coup de main.

- Non, bredouilla le rouquin en roulant les yeux, mais nous les avons entendu faire un échange…

- Dah, les garçons! poussa la jeune femme avec soulagement. Ça pourrait être n'importe quoi!

- Qu… Pourquoi est-ce que tu refuses de nous croire?! vociféra Harry d'une voix paniquée. Nous sommes plus que sérieux ; tu-es-en-danger!

Se doutant que ses amis avanceraient une telle chose sans en être certains, Hermione se mit à craindre que ce soit effectivement le cas. Nerveuse, elle se mordit la lèvre inférieure et se mit à réfléchir à toute vitesse. Ses mains devinrent rapidement moites et tremblantes.

- Selon ce que vous avez entendu, que croyez-vous que ça pourrait être, cet objet?

Harry fut étrangement rassuré de voir une once de terreur teinter les yeux marron de sa meilleure amie.

- Heu… un poignard? proposa Ron. Oui, c'était sûrement ça! C'était un genre de tintement métallique…

Catastrophée, Hermione ouvrit démesurément les yeux.

- Certainement pas, renchérit le Survivant. Lucius a mentionné des effets à court et à long terme.

- Un poignard empoisonné, alors? rectifia le rouquin.

- Il… il veut me tuer? couina Hermione avec effroi.

- Non, non, non, non! déboula subitement Ron en agitant les mains dans tous les sens. Ça ne peut pas être un poignard, car il a dit qu'il voulait éviter une mort! Tu te souviens l'avoir entendu dire ça?

L'air grave, Harry hocha la tête.

- Alors ce doit être du poison, en conclut l'Élu. Lucius a même dit que Rogue était supposément un expert en la matière. C'est dont un poison sous forme de potion!

- Tu as déjà entendu du poison provoquer un tintement aigu, toi? fit bêtement Ron.

- Dans une fiole, idiot!

- Et comment pourrait-il espérer m'administrer ça? demanda Hermione.

- Nous l'ignorons, et Rogue également, d'ailleurs. Ça ne sera sûrement et heureusement pas évident pour lui de trouver le moyen, donc nous pouvons être certains que ça n'arrivera pas prochainement.

Un silence complet et tendu alourdit l'air. Harry et Ron réfléchissaient à toute allure tandis qu'Hermione fixait une dalle de céramique contre le sol avec une sourde terreur au creux de l'estomac. Se savoir au centre d'une potentielle tentative d'attaque l'apeura à un point tel qu'elle aurait volontiers été se cacher sous sa couette jusqu'à la fin de l'année scolaire, mais son courage la poussa à rester forte et l'invita même à découvrir exactement ce que Rogue avait l'intention de lui faire subir.

- Nous devons aller en informer Dumbledore, fit Harry catégoriquement, dès maintenant.

Vivement, Hermione releva la tête.

- Surtout pas! précipita-t-elle en dressant une barrière de ses mains. Si Lucius arrive à découvrir que c'est vous qui lui avec tout dévoilé, les conséquences seront bien pires!

- Et tu veux faire quoi, alors? Attendre le jour où Rogue aura trouvé le moyen de t'attaquer en croisant sagement les bras?

- Je serai vigilante, expliqua Hermione en s'appropriant un sérieux hors du commun même malgré son statut de préfète. Il n'y a pas de milliers de façons pour se retrouver en contact direct avec un poison ; il n'y en a qu'une, et c'est par ingestion. Croyez-vous vraiment qu'il arriverait à glisser un poison dans mes œufs le matin ou dans mon jus de citrouille sans que je ne m'en rende compte? Je surveillerai de près mes consommations et tout ira bien. Autrement, s'il m'offre des patacitrouilles un de ces jours, j'aurai plusieurs raisons de croire que quelque chose ne va pas.

Harry et Ron toisèrent leur amie avec doute. D'une part, elle avait bien raison, mais d'une autre, c'était beaucoup trop risqué de ne se fier qu'à une thèse aussi ambiguë que celle qu'elle avait proposée pour assurer sa sécurité évasive. Peut-être avait-elle déballé toutes ses intentions d'une ferme sureté, mais au fond d'elle, elle possédait cette même lourde crainte qui l'empêchait d'y voir parfaitement clair. D'ailleurs, le simple fait de ne pas savoir concrètement ce que les Malefoy et Rogue avaient monté comme plan ne pouvait aucunement l'aider dans ses mesures de protection. C'était toutefois uniquement les minces détails qu'elle connaissait qui la convinrent que peut-être ses méthodes se montreraient suffisantes pour l'empêcher de se retrouver morte le surlendemain.

Et puis en tout état de cause, qu'est-ce donc Dumbledore aurait-il pu faire s'il apprenait les fourbes activités de son professeur de potions adoré? Même malgré la haine commune que les élèves éprouvaient envers Rogue, Dumbledore n'eut jamais aucun doute au sujet de sa véritable personne. Ou plutôt ; il ne voulut jamais ouvrir les yeux sur sa possible véritable personnalité. Il serait donc immanquablement poussé à défendre son parti peu important les preuves qu'autrui pourrait lui apporter sous le nez. Tant de sagesse, tant de naïveté, tant de confiance! Tout reporter à Dumbledore serait une erreur, pensa Hermione à contrecœur. Elle savait pertinemment qu'elle exagérait les faits, car tout de même ; Dumbledore n'était pas un vieux sénile, mais à trop de reprises elle était entrée en connaissance de plusieurs de ces preuves qui démontraient à quel point leur directeur accordait une confiance aveuglément importante envers Rogue.

Ce jeudi-là finit bien rapidement et ni Harry, ni Ron, ni Hermione ne fut d'humeur à discuter d'autre chose que ce que les deux garçons avaient entendu quelques heures plus tôt. Néanmoins, le sujet était si délicat et imprécis qu'aucun des trois Gryffondor n'abordèrent la discussion, respectant plutôt un silence de marbre dans la salle commune afin que chacun soit attentif à leur propre pensée.

Hermione ne ferma pas l'œil de la nuit. Bien qu'elle était consciente qu'elle avait des cours le vendredi qui suivait, elle ne trouva pas une paix raisonnablement grande pour l'autoriser à s'endormir. Peut-être était-ce justement la pensée que l'un de ces cours était celui de potions, avec Rogue, qui troubla son état d'esprit, mais elle se promit de ne pas, dans une quelconque circonstance, laisser paraître sa peur et sa nervosité envers son professeur. Ça ne serait pas une tâche facile, mais elle n'avait guère de choix si elle ne voulait pas attirer de soupçons sur sa personne et sur la raison pour laquelle elle agirait de la sorte.

Se forma ensuite une envie pressante d'en informer Drago. Serait-elle suffisamment forte pour aller lui parler directement suite à leur dernière conversation qui avait très mal tournée? Dah, mais qu'est-ce qu'il lui prenait, par Merlin! Histoires de cœur et histoires de sécurité ne faisaient aucunement un bon mariage! Elle irait dès le lendemain, à la fin de la journée, confronter ses sentiments et aller notifier Drago de ce qu'elle venait tout juste d'apprendre. Se retrouver en sa compagnie l'aiderait sûrement à se sentir rassurée, et peut-être même pourrait-elle en apprendre plus sur les plans des Malefoy et de Rogue s'il se trouvait qu'il en avait été informé. Mais ce dernier détail, elle en doutait grandement, car il était clair que le Serpentard aurait tenté quelque chose pour dissuader ses parents de lui faire du mal, pas vrai? Du moins, elle espérait qu'il n'ait pas entièrement renié sa relation avec elle pour qu'il ose la laisser ouvertement atteindre un niveau de danger trop grand pour sa vie…