Hola! Je suis de retour, joie! Je me suis horriblement ennuyé de mes moments d'écriture intensive, durant mon séjour à New York... Je me suis donc tapé le 4/5 de ce chapitre-ci aujourd'hui même! J'espère qu'il vous plaira!
Petite parenthèse : moi, quand j'écris, je ne le fais pas dans le silence total. J'ai besoin d'inspiration, d'une ambiance qui m'aide à décrire une situation en ayant la possibilité d'évoquer les bons sentiments et les bonnes réactions... Je vous proposerais donc d'écouter les deux thèmes musicaux que j'ai écouté pour la rédaction de ce chapitre... N'étant pas capable d'écouter une chanson avec des paroles en même temps d'écrire un texte, je n'écoute que de l'instrumental... celui des films d'Harry Potter, en plus! C'est génial, super inspirant et ça motive! Vous distinguerez dans ce chapitre-ci deux situations bien distinctes : dans la première, j'écoute "A Window To The Past" de John Williams, et dans la deuxième, "Darkness Takes Over" de Nicholas Hooper. Deux morceaux excellents!
Voilà, tranche de vie... Bonne lecture!
Chapitre 33 - Tous pour elle
La nuit était jeune, mais la première heure du matin n'empêcha pas pour autant à Drago Malefoy de serpenter silencieusement les sombres couloirs de l'école. La journée qui avait si modestement bien débutée s'était tout compte fait avérée à être la pire qu'il eut vécue depuis le tout début de l'année, et la catastrophe qui avait envoyé Hermione droit à l'infirmerie eut finalement raison de lui. À vrai dire, la raison qui avait poussé la témérité de sa ballade nocturne à son comble n'eut été que la pauvre conversation qu'il avait entretenue avec Potter. Oui, malgré toute l'horreur qu'il pouvait s'imaginer subir s'il se faisait pincer par la mauvaise personne, Drago se dirigeait tout droit vers l'infirmerie pour retrouver la jeune préfète.
Comme il s'y était attendu, le sommeil tarda largement à s'emparer de lui lorsqu'il s'était écrasé dans son lit à l'heure du couvre-feu. En réalité, il ne s'était nullement présenté. La scène dont il fut témoin plus tôt dans la journée lors du cours de défense contre les forces du Mal le hantait lugubrement, revivant sans cesse les émotions qu'il eut ressenties lorsqu'il avait vu Hermione s'effondrer sur son bureau comme si toute âme venait tout juste de quitter son corps. Cette impression d'épouvante qui avait captivé tous ses sens, il l'a ressentait encore dans son sang, dans ses organes, dans ses muscles. L'affolement s'était manifesté avec tant de prestance que même là, sachant que Potter et Weasley feraient absolument tout pour sauver Hermione du danger que sa situation présentait, il ne se sentait en aucun cas rassuré ou apaisé.
Il voulait la voir. Il voulait s'assurer qu'elle respirait encore. Il voulait voir la preuve concrète, devant ses yeux, que sa poitrine se soulevait et se baissait encore sous le rythme lent de son souffle, car la dernière fois qu'il l'aperçut, son corps gisait mollement au-dessus du sol tel un cadavre…
Drago chassa ses macabres pensés de sa tête en la secouant fébrilement de gauche à droite. Ce n'était pas le temps de s'imaginer le pire alors qu'elle était dans un état stable… Du moins, c'est ce qu'il croyait, car Potter ne lui avait guère partagé d'informations tangibles sur statut qui pourrait l'aider à fonder un fait réel. Seulement, s'il avait simplement pu s'abreuver de quelques signaux discrets de la part de son ennemi, le blondinet pouvait s'assurer qu'elle ne se trouvait pas dans une situation gravement critique puisque le balafré avait semblé être passablement calme lors de leur court échange. Il se promit toutefois d'aller faire un tour entre les murs de la bibliothèque afin de s'informer sur cette mystérieuse Goutte du Mort-Vivant… Le Serpentard frissonna lorsqu'une image floue et aléatoire se forma dans sa tête sur l'identité matérielle de ce puissant somnifère.
Enfin, il aperçut les grandes portes closes de l'infirmerie. Ses parages semblaient si glacées, si inhospitalières qu'il se mit à croire bêtement que Rogue ne pourrait être qu'à quelques mètres de là, derrière sa tour de garde afin de s'assurer qu'il ne s'en approche pas. Mais ses inquiétudes étaient candides ; Rogue pensait sûrement – à tort – que Drago était sagace et qu'il comprendrait que ce qu'il avait infligé à Hermione comme conséquence envers ses actes était un avertissement qui se voulait clair concernant son bannissement face à l'horrible personne qu'était cette Sang-de-Bourbe. Eh bien Rogue se foutait le doigt dans l'œil jusqu'au coude, car contrairement à l'effet que son professeur et ses parents auraient espéré escompter, cette stupide initiative de leur part ne fit qu'accroître son besoin de se retrouver auprès d'elle, dans ses bras, dans son rayon de sécurité confortable. Leur plan était maladroit, car tous les trois ne semblaient inévitablement pas connaître la personne qu'il était devenu réellement.
La porte n'était qu'à quelques pouces de sa personne. Clairement, elle ne pourrait être déverrouillée. Lorsqu'il tendit la main pour tester son hypothèse, il fut toutefois bien surpris de constater qu'elle s'ouvrit sans problème. Pourquoi ne perçut-il pas ce détail comme étant sécurisant? Non, il se faisait trop de tracas pour un rien. Jusque dans son plus lointain souvenir, jamais les portes de l'infirmerie n'avaient été fermées à clé durant la nuit. Drago passa alors les deux énormes battants qui grincèrent sommairement, grimaça d'angoisse suite à ce bruit qui lui hérissa les poils sur les bras puis les refermèrent derrière lui d'une délicatesse hors du commun.
La pièce était légèrement plus éclairée que les corridors qu'il venait tout juste de quitter. La lumière de la lune perçant au travers des rideaux usés en était la responsable. Les ombres dansantes sur le sol le paralysèrent momentanément, aux aguets, mais il s'y habitua rapidement pour finalement les trouver d'une agréable compagnie. Lentement, il posa un pied devant l'autre, et puis le suivant. Ses pas pourtant si légers détonnaient avec rigueur, mais il n'en accorda que très peu d'attention puisqu'apparemment personne n'était présent pour les entendre. En effet, tous les lits qu'il croisa en traversant l'infirmerie étaient vacants. Tous, à l'exception d'un seul : c'était le tout dernier, au fond complètement de la grande pièce. Même s'il était à plus d'une dizaine de mètres, il pouvait facilement reconnaître ces cheveux en broussailles d'une couleur assombrie par la pénombre qui submergeait ce coin reculé. Son cœur qui s'était considérablement excité lors de son entrée dans ces lieux se calma alors, reprenant une douce eurythmie. Ses lèvres dessinèrent inconsciemment un sourire romanesque tandis qu'il pressa légèrement le pas afin d'aller rejoindre la belle Hermione.
À côté de la couchette, il toisait avec ce qui parut être une indifférence complète le corps détendu de la jeune fille. Puis, graduellement, au fil des secondes, ses traits se tordirent en une grimace chagrinée, trop ébranlé de prendre conscience dans quel état toute son histoire l'avait conduite. Pleurer pour une fille? Drago serra les mâchoires en déglutissant avec difficulté. Une boule bloqua sa gorge, mais il parvint finalement à avaler le peu de salive qu'il lui restait entre ses dents. Mais qu'était-il en train de devenir? Un émotif? À cause d'une fille? À cause d'Hermione? Le blondinet fléchit les genoux, s'agrippa au bord du mince matelas puis s'accroupit en accotant ses fesses sur ses mollets. Paresseusement, il croisa ses avant-bras sous son menton puis allongea son observation.
Hermione était franchement belle. Il s'en voulut d'ailleurs de ne le remarquer qu'au moment où elle était inconsciente. Ses cheveux épais s'étendaient de chaque côté de son visage fermé, doux, rêveur… On aurait dit qu'elle n'était qu'endormie. Tous ces traits étaient détendus. Ses paupières fermées restaient immobiles, lui donnant l'occasion de remarquer à quel point ses longs cils recourbés expliquaient son regard quelque fois envoûtant. Son nez fin constellé de très discrètes taches de rousseur pointait vers le plafond, élégant, adorable... Sa bouche ; à peine entrouverte, mais suffisamment pour apercevoir ses quelques cheveux fous danser frénétiquement sous son souffle langoureux. Puis, comme il avait voulu s'en assurer, sa poitrine se soulevait et s'abaissait tranquillement. Elle était magnifique à voir. Tout simplement, ma-gni-fi-que…
Ses yeux se mirent à le brûler si vivement qu'il les crispa étroitement en baissant la tête. Sans même prévenir, un sanglot silencieux et inattendu secoua ensuite ses épaules juste avant de sentir une larme chaude tracer une coulisse humide sur sa joue. Il l'essuya rageusement puis releva la tête en fronçant les sourcils, trop fier, trop orgueilleux, trop vaniteux pour se permettre de fondre en larmes. D'ailleurs, il se mit à lorgner la jeune femme avec un mépris totalement faux. Il lui en voulait. Il lui en voulait de le faire sentir ainsi ; si fragile, si vulnérable, si sensible… Jamais il ne s'était soucié autant d'une autre personne autre que lui. Jamais il n'avait ressenti d'inquiétude outre qu'envers sa propre personne jusqu'à ce que ce foutu Détraqueur ne s'acharne sur Granger… Au moment où tout avait commencé.
Au fond, tout était de sa faute. C'était elle qui était apparue dans sa vie comme un cheveu dans une soupe. C'est à cause d'elle si tout était si médiocre dans sa vie. C'était Hermione qui avait tout chamboulé…
Sa main se guida par elle-même sur le front de la jeune femme. Du bout de ses doigts, Drago dégagea les petits cheveux qui s'affolaient sous le souffle de sa bouche puis termina leur voyage sur sa joue qu'il effleura superficiellement. Il sentait à peine sa peau ; il avait peur de la toucher, peur qu'elle se brise, qu'elle se casse, peur que son touché glacé ne fracasse la paix chaleureuse de son inertie. Pourtant, il céda. Sa main épousa sa joue entière, celle qu'il ne pouvait voir de l'angle où il était positionné. Sur subconscient le poussa à appliquer une légère pression pour que son visage ne tarde à rencontrer le sien. Sûrement n'aurait-il pas dû esquisser ce geste, car il ne put supporter cette vision davantage.
Sa tête… elle avait obéi à l'ordre de sa main aussi docilement que l'aurait fait celle d'un cadavre… C'était horrible! Cette impression… Cette sensation qu'elle était morte… Mais qu'avait-il fait?! Que lui avait-il fait?!
Drago enfouit son visage dépité dans ses bras, conscient qu'il devait être porteur d'une mimique faciale particulièrement grotesque tellement il s'efforçait de ne pas céder sous les larmes. Mais tout poussait en lui. Tout appliquait une énorme et insoutenable pression vers sa tête, ne demandant qu'à être évacuer par ses yeux. Même une nausée tenace s'ajouta à cette lourde charge, insistant à son tour pour qu'il se laisse aller… Bientôt, son corps en entier se mit à trembler. Cette surcharge… et cette boule, dans la gorge… Il voulait pleurer, crier… Comment une simple fierté pouvait-elle s'interposer dans ce lourd cas?
Timidement, il releva la tête afin de rencontrer son visage. C'est à cet instant que le tout explosa. Il n'en fit pas une crise, mais c'est à cette réaction qu'il attribua les mérites de la découverte de ses sentiments sincères et confirmés envers Hermione. Il pleura. Il pleura sans gêne sur le bras de sa princesse qu'il avait capturé des siens. Il aurait tant voulu qu'elle l'étreigne, qu'elle lui accorde son pardon. Pourtant, il ne se sentait pas digne de le recevoir.
Il ne se sentait pas digne de rester auprès d'elle…
Harry et Ron étaient plus déterminés que jamais. Ils avaient intelligemment usé de leur entière fin de semaine, fondant avec minutie un plan qu'ils jurèrent ne pas être une faillite. Le lundi ayant finalement sonné ses huit heures du matin, ils étaient tous deux extrêmement nerveux à l'idée de s'aventurer dans un tel territoire, mais restèrent cependant très forts et fidèles à la promesse qu'ils s'étaient tous deux faits : ils sortiraient Hermione de son dangereux repos… coûte que coûte.
Rogue donnait un cours ce matin même, leur donnant le champ libre pour pénétrer son office. Le risque qu'il y pénètre à tout instant restait toutefois présent, et cette éventualité appliquait un frein considérable sur leur volonté. C'était un danger permanent, pensait Harry ; peu important le jour où ils s'y rendraient, Rogue pourrait constamment débarquer là et tout gâcher. Peut-être même pire que « tout gâcher », d'ailleurs… C'était le prix à payer pour leur manque de jugement face à la menace que représentait Rogue pour Hermione, et ils étaient prêts à le payer de leur poche si le résultat positif serait le retour d'une solide sécurité pour leur amie. Harry et Ron s'en voulaient tellement d'avoir laisser cet homme lui faire du mal…
Lorsqu'ils sortirent de leur salle commune, les couloirs étaient vides. Les élèves devaient être sagement assis sur leur chaise, dans leur salle de classe, les doigts entrecroisés en écoutant leur professeur parler. Bien ; ainsi, personne ne les verrait se rendre aux cachots. Si seulement les élèves actuels de Rogue savaient ce qu'il avait fait à Hermione Granger, l'élève la plus brillante de Poudlard… Si seulement le monde magique entier savait qui était véritablement cet homme…! Tandis qu'Harry et Ron marchaient vers l'office de ce traître armés de la cape d'invisibilité et de la carte du Maraudeur, le Survivant inspira un bon coup afin de chasser la vive haine que cette pensée avait provoqué au creux de son estomac. Oh, si seulement il était aussi immonde que lui, il se serait fait un plaisir de lui lancer un sortilège de mort! À Lucius également, et sa femme… Narcissa. À tous ceux qui avaient directement ou indirectement participé à la situation vacillante d'Hermione. Et Voldemort… Quand viendra dont le temps où il pourra le confronter sans avoir cette sourde terreur au ventre? Quand viendra dont le temps où il pourrait venger toutes ces morts, lui faire regretter tous les torts et la misère qu'il lui avait posés? Harry était si mortifié à cet instant qu'il aurait tout fait pour être en face de ce Seigneur Noir afin de s'acharner du mieux qu'il aurait pu sur son cas, afin mettre fin à cet immense chao incessant…!
Ses pensées l'avaient tellement occupé qu'il se rendit compte qu'ils étaient rendus dans les cachots que lorsque la porte du bureau de Rogue se présenta face à eux. Ron lui lança un regard craintif dans l'espoir qu'il renoncerait peut-être à franchir le battant, mais se crispa encore plus lorsqu'Harry se mit à déplier la cape pour la déposer sur leur tête. Les yeux baissés sur la carte du Maraudeur, il s'était assuré que Rogue soit bel et bien dans sa salle de classe puis pointa ensuite sa baguette sur la serrure de l'énorme pan de bois :
- Alohomora! souffla-t-il.
Un déclic effrayant retentit. Tendus, les deux garçons dévisagèrent les alentours et se rassurèrent à les découvrir inoccupés. S'échangeant un regard rempli de frousse et d'appréhension, ils traversèrent l'arche de la porte juste avant de refermer le battant derrière eux.
L'ambiance de l'office de leur professeur de potions était tout aussi désagréable et glaciale que les couloirs parcourant des cachots. Longuement, Harry et Ron restèrent immobiles à toiser sa superficie dans la peur que quelque chose leur saute au visage, mais le Survivant sortit bien rapidement de son état d'inertie en se remémorant qu'ils n'avaient aucunement de temps à perdre en ces lieux. D'un coup de main, il se dégagea de la cape d'invisibilité pour la remettre en place sous son bras.
- Mais qu'est-ce que tu fais! paniqua Ron en arrachant la cape à son propriétaire. Tu imagines un peu si Rogue débarque ici et qu'on est tous les deux découverts?!
Harry roula les yeux puis agita la carte du Maraudeur sous son nez.
- Et ça, à quoi crois-tu que ça sert? Si l'idée de venir ici lui chante, on va bien le voir.
Il tapota frénétiquement la carte de son doigt puis s'éloigna en roulant de nouveau les yeux. Ron, incertain, se mit à déplier la cape en secouant la tête.
- Fais comme tu veux, mais moi, je la garde sur ma tête. Je n'ai aucunement l'envie d'apparaître dans la nécrologie de La Gazette, demain matin!
Le Survivant pivota sur lui-même puis observa son ami se couvrir de la grande cape. Il n'avait pas tort, après tout… Se retrouver ici était déjà un risque très grand, il serait donc préférable de ne pas accroître ce danger en se promenant ouvertement dans l'office de leur ennemi. Soudainement moins convaincu par son argument, il rejoignit Ron sous la cape sans se soucier du regard calculateur qu'il lui lançait.
La recherche se promettait d'être longue et angoissante, car le nombre d'armoire et de coffre de tout genre se multipliait dans tous les recoins de la pièce. Les deux garçons débutèrent alors leur chasse au trésor maudit, peu enchanté par l'efficacité moindre de leur position sous la cape qui rendait leurs mouvements handicapés. De plus, s'ils auraient pu se séparer pour permettre une recherche plus rapide des lieux, la situation aurait certainement pu être beaucoup moins alarmante, seulement, aucun des deux Gryffondor ne souhaitait plus quitter le confort de la cape d'invisibilité.
- Ah! Ici, enfin! s'exclama Ron lorsqu'ils trouvèrent l'immense planque à potions de leur professeur. On va pouvoir sortir d'ici plus tôt que je ne l'aurais cru!
- Ça, c'est ce que tu crois… marmonna Harry d'un ton sinistre. T'as vu le nombre de flacon qu'il y a, là-dedans?
En effet, l'armoire était si vaste qu'elle impliquerait sûrement une bonne vingtaine de minutes de recherche pour parcourir toutes ces fioles. En hauteur, elle atteignait presque le plafond tandis que le long mètre de largeur permettait une disposition très méthodique des centaines de flacons.
- Il ne faut surtout pas déplacer quoi que ce soit, indiqua Harry en débutant sa recherche, ou du moins, il faut replacer exactement chaque chose à sa position initiale. Il ne faudrait surtout pas que Rogue se doute que quelqu'un est passé par ici…
- Facile à dire, maugréa Ron en lorgnant la longue tâche qui s'imposait à eux d'un mépris exagéré. T'as bien observé la profondeur de l'armoire? Mon bras ne mesure par deux mètres, tout de même!
Fébriles, les deux garçons parcouraient chacune des fioles de potion du regard en espérant trouver rapidement celle qui était responsable de leur entrée en ces lieux ennemis. Heureusement qu'elles étaient toutes bien soigneusement identifiées, car ils auraient passé un temps incroyablement fou à tenter de trouver quelle était la bonne. Pourtant, c'était bien ce qu'il se passait ; les minutes s'écroulaient et ils n'avaient toujours pas trouvé l'antidote qu'ils se devaient de ramener avec eux. Ils furent alors grandement inquiets lorsqu'ils eurent fini leur fouille dans la gigantesque armoire sans résultat. À maintes reprises, ils recommencèrent leur exploration en farfouillant dans chacune des autres armoires qu'ils avaient négligées, mais ils furent cependant bien obligés de constater que leur trésor avait été entreposé ailleurs, sans aucun indice pour les guider dans leur enquête.
Harry et Ron stressaient douloureusement. L'idée d'être encore bloqués dans l'office de Rogue après plus d'une heure de recherche vaine avec la crainte qu'il y pénètre à tout instant gagnait progressivement leur corps en entier, les convaincant seconde après seconde de quitter la pièce avant que leur peur ne se concrétise. Leur abandon passant toutefois très difficilement dans leur estime, ils s'autorisèrent une dernière exploration des armoires avant de battre en retraite. Que feraient-ils donc s'ils n'en sortiraient pas satisfaits…? Ils ne pouvaient tout de même pas laisser Hermione mourir tranquillement en gardant les bras croisés…
- Si nous ne le trouvons pas, cet antidote, nous irons en parler à Dumbledore, déclara gravement Harry en plissant les yeux pour mieux lire les étiquettes. Nous n'avons plus le choix, maintenant…
- Peut-être simplement que Rogue a falsifié l'inscription sur la fiole, proposa Ron avec maladresse.
- C'est très possible, mais nous ne pouvons pas deviner…
Harry se redressa puis se gratta gauchement la tête.
- Tu vois aussi bien que moi… marmonna-t-il en esquissant une grimace peinée. Il y a plus de deux centaines de fioles… On ne peut pas flairer laquelle serait la bonne…
Il était découragé, attristé, paniqué. Se savoir aussi impuissant devant une situation aussi dangereuse que cette dans laquelle Hermione était l'enrageait à un point tel qu'il eut soudainement une envie de tout saccager. Ron, cependant, ne l'avait pas écouté. Il fixait obstinément une fiole particulière dont la subtile écriture évoqua soudainement une pensée exaltée dans son esprit.
- « GMV »… souffla-t-il dans un souffle pensif.
- Quoi? poussa Harry en dévisageant le rouquin. GMV? Qu'est-ce que c'est?
Ron sentit son cœur battre à tout rompre.
- Quel était dont le nom de ce poison? Celui qu'Hermione a avalé?
- La Goutte du Mort-Vivant, lui indiqua Harry. Pourquoi? Tu as trouvé quelque chose?
- La Goutte du Mort-Vivant! répéta Ron sur un ton victorieux en pointant une fiole au fin fond de l'armoire. G, M et V! La Goutte du Mort-Vivant, là!
Au moment même où Harry poussa une exclamation triomphante afin d'accompagner celle de Ron, la porte du bureau dans lequel ils se tenaient s'ouvrit à la volée. Aussitôt, les voix des deux garçons s'éteignirent, sentant leur estomac subir un coup fatal qui leur coupa le souffle. Paniqué, il pivota sur eux-mêmes et eurent tout juste le temps d'apercevoir Rogue pénétrer dans la pièce avant que le bras tendu de Ron n'accroche une demi-douzaine de fioles qui allèrent s'écraser au sol dans un bruit fracassant.
- Accio cape d'invisibilité! s'écria Rogue après avoir sorti sa baguette magique d'un mouvement si rapide qu'il fut imperceptible.
La seconde qui suivit, la cape d'invisibilité qui les recouvrait alla rejoindre les bras de Rogue, découvrant les deux fautifs dans un état de pur affolement.
Harry et Ron étaient paralysés. Ils fixaient Rogue avec horreur, réalisant dans quel profond merdier ils s'étaient mis les pieds. Celui-ci tordit la bouche en une grimace mauvaise, à la fois dégoûtée et rageuse, puis rangea sa baguette d'une lenteur exaspérante. Croisant les mains derrière son dos, il s'avança dans la pièce en réduisant la distance qui les séparait. Il semblait méditer sur le sort à faire subir à ses deux élèves…
- Tiens, tiens… susurra le professeur. Voilà qui est intéressant…
Les deux Gryffondor se crispèrent. D'aucune manière ils pourraient justifier leur présence dans son bureau, aucune. Ils n'avaient qu'à attendre, attendre ce qui s'ensuivrait.
- Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez? demanda-t-il avec un brin d'ironie en indiquant l'armoire derrière eux d'un signe de menton. Peu importe ce que c'est?
Tous deux gardèrent le silence mais froncèrent soudainement les sourcils. Leurs yeux s'étaient posés sur un nouvel arrivant dans la pièce qui semblait aussi déstabilisé que l'étaient Harry et Ron. Rogue jeta un coup d'œil par-dessus son épaule puis reporta son attention sur les deux rouge et or.
- Je ne tarderai pas bien longtemps, monsieur Malefoy, déclara-t-il en toisant les deux adolescents de haut en bas. Je n'ai qu'un petit différent à régler avec nos deux délinquants téméraires ici présents avant notre entretien.
Mais que faisait-il dont ici, lui? Que faisait-il avec Rogue? Est-ce que c'était lui qui avait signalé à leur professeur que deux garçons avaient pénétré son bureau? Harry se mit alors à croire que Malefoy était peut-être de mèche avec cette ordure de Rogue… Il bouillonnait intérieurement. Il fut toutefois grandement rassuré en se remémorant, derechef, des vestiges de la conversation entre Rogue et les Malefoy ; Drago se devait d'être convoqué afin d'être envoyé chez lui, pour l'obtention de sa mission…
Drago Malefoy dévisageait Harry et Ron avec les sourcils largement froncés, tentant de comprendre la raison de leur présence incongrue dans le bureau de son mentor. Incertain, il s'avança dans la pièce tandis qu'il réalisa avec certitude qu'ils s'étaient rendus ici dans le but précis de subtiliser l'antidote au sort d'Hermione… L'armoire remplie de potions grande ouverte ne pouvait guère lui mentir.
- Que faisiez-vous ici, Potter et Weasley? éructa le professeur.
Le Serpentard était tendu. Il observait la scène avec une lueur démente dans les yeux, conscients que chacun des élèves présents dans ce bureau avaient l'envie tortueuse de tuer Rogue sur-le-champ. Effectivement, Harry et Ron étaient graduellement en train de prendre conscience de ce même détail. Ils ne devaient cependant aucunement laisser paraître cette violente hostilité qui s'éprenait de leur sens, car ils n'étaient en aucun cas supposé connaître le responsable de l'état d'Hermione. Avec difficulté, ils ravalèrent leur haine, leur animosité, leur fureur… C'était si difficile, si insupportable de se trouver là, devant lui, sans rien ne pouvoir faire!
- On a pensé que vous pourriez peut-être avoir l'antidote pour Hermione, déclara Harry sur un ton franchement arrogant. Puisque vous êtes le professeur de potions, il aurait été normal pour vous de vous trouvez en sa possession.
Rogue plissa les yeux. Quelque chose ne tournait pas rond.
Drago, derrière le professeur, sentait ses mains trembler. Ça serait si facile de sortir sa baguette et de lui lancer un sortilège de mort… Non, non, pas une mort instantanée… Non, non… Plutôt, le sortilège de torture… Oh, oui… Le faire souffrir, l'entendre hurler de souffrance, jouir de son cri de douleur et en rire aux éclats… Il ferma les yeux afin de calmer les pulsions qui ne demandaient qu'à être exécuter vers l'infâme personne qu'était Rogue.
- Ne croyez-vous pas que j'en aurais fait part à madame Pomfresh si c'était le cas? fit l'enseignant en haussant un sourcil.
Ron lança un regard en biais à Malefoy et se sentit devenir encore plus toqué lorsqu'il constata qu'il semblait se retenir fermement de ne pas lui rompre le cou. Si seulement Rogue savait combien les trois élèves présents autour de lui souhaitaient sa mort! Étrangement, il ressentit une once de compassion envers Malefoy, comme s'ils étaient tous les trois liés d'une sorte de pacte de vengeance personnelle.
- Je ne vois pas pourquoi je me retrouverais en possession d'un tel antidote, d'ailleurs, puisque l'utilisation de ce somnifère est formellement bannie par le ministère lui-même. N'êtes-vous pas suffisamment instruits pour le savoir?
Quel mensonge pathétique… L'entendre dire de telles sottises était considérablement insultant. Les croyait-il vraiment aussi dupes?
- Nous l'ignorions, déclara Harry avec désintérêt.
- Vous avez même brisé quelques uns de mes flacons, fit-il remarquer en désignant le verre brisé aux pieds des deux Gryffondor. Êtes-vous complètement insouciants ou l'avez-vous simplement fait lors d'une envie caressante de vous retrouver en retenue à mes côtés?
Ron ignorait s'il pourrait retenir son envie de tabasser son professeur s'il continuait de les provoquer de la sorte. Harry, à ses côtés, tentait de laisser passer ses mots comme de l'eau, ne voulant pas laisser transparaître la trop forte animosité qu'il ressentait à son égard. Il ignorait totalement ce que Rogue ferait s'il apprenait que lui et Ron connaissait en partie son petit plan montré à l'aide des Malefoy, mais il préférait s'abstenir d'y penser.
- Bon, puisque vous ne voulez apparemment pas participer à un échange verbal, je ne crois pas qu'une retenue à chacun de vous ne vous requiert trop d'effort. Les quatre prochains samedis et dimanches, vous vous présentez à mon bureau à six heures dans la matinée.
Rogue n'ajouta rien de plus. Harry et Ron patientèrent quelques instants, s'attendant à découvrir une autre conséquence, quelque chose de beaucoup plus désagréable, mais rien ne vint.
- C'est tout? fit Ron en haussant un sourcil dubitatif.
- Oh, non ; je retire deux-cents points aux Gryffondor pour avoir pénétré mon office sans ma permission, ajouta le professeur, puis vingt points par fiole que vous avez fracassée… Ça fait donc un total de… trois-cents vingt points en moins pour votre chère maison.
Il se faisait sûrement un plaisir fou à annoncer le résultat de leur aventure illégale, mais Harry et Ron s'en moquaient éperdument. Ils auraient tous deux été certains d'être expulser du collège, ou du moins d'obtenir une conséquence largement plus grave, mais ils furent très surpris de constater la légèreté de leur punition.
Drago, non loin de là, observait encore la scène, dégoûté par la futile jubilation que Rogue devait ressentir en retirant des stupides points à leur maison. Pour lui, tout n'était qu'un jeu… Un stupide jeu dans lequel il tassait des pions nuisibles en les sous-estimant. Bordel! Croyait-il vraiment que Potter et Weasley serait atteint par une perte de points qui allaient aux Gryffondor? Leur meilleure amie était entre la vie et la mort! Comment pouvait-il être aussi naïf et bête? Le Serpentard n'arrivait pas à croire que Rogue méjugeait les capacités de ses étudiants, surtout dans un tel cas! S'il croyait qu'il allait rester là, à ne rien faire…
- Fichez-moi le camp d'ici, ordonna Rogue en pointant négligemment la porte de son pouce.
Harry et Ron s'exécutèrent aussitôt tandis que Rogue s'éloigna vers son bureau dans l'intention de s'y installer pour démarrer son entretien avec le blondinet. Les deux Gryffondor passèrent à côté de Malefoy afin d'atteindre la sortie, mais au moment où Harry ne fut qu'à quelques pouces de son ennemi, il lança un regard furtif au professeur puis profita de son manque d'attention pour lui lancer quelques mots :
- Antidote, « GMV », dans l'armoire, chuchota-t-il prestement juste avant de quitter la pièce.
Malefoy suivit Potter du regard avec incompréhension jusqu'à ce que ce dernier referme la porte derrière lui. Fixant le battant d'un regard absent et vide, il analysa mentalement ces trois lettres et devinèrent bien rapidement leur signification. Décisif, il se promit de compléter la tâche qu'étaient venu accomplir sans succès ces deux ratés. Oui, il ramènerait l'antidote! Il réussirait là où ils avaient échoué… Il serait celui qui sauverait Hermione, encore une fois. Il se devait de le faire. Il se devait de le faire, et il le ferait. En provoquant une vive douleur dans sa nuque, il tourna la tête vers ladite armoire et s'engagea à la piller aussitôt qu'il en aurait l'occasion.
- Quelque chose ne va pas, monsieur Malefoy? demanda le professeur Rogue, confortablement assis sur sa chaise de maître.
Le Serpentard leva des yeux vidés de toute expression sur son professeur puis se dirigea vers la chaise aménagée en face de lui. Mollement, il s'y laissa choir en croisant les bras sur sa poitrine. Refusant toute marque de coopération ou d'attention envers Rogue, il fixa une plume d'un noir de jais qui reposait sur le bureau à la manière d'un enfant boudeur puis se mit à taper impatiemment du pied.
- J'imagine que vous vous rappelez pour quelle raison je vous ai convoqué pour cette deuxième fois, déclara son mentor.
Drago ne bougea pas d'un cheveu, mis à part son pied qui martelait le plancher de pierre froide.
- Ce que vous fixez à cet instant même est le portoloin qui va vous mener à votre manoir, monsieur Malefoy. Vous allez là-bas recevoir votre mission des paroles propres au Seigneur des Ténèbres.
Tous ses organes se crispèrent violemment, interrompant involontairement le mouvement répétitif que provoquait son pied. La gorge serrée, il déglutit douloureusement puis leva les yeux vers Rogue sans bouger la tête.
- Ne m'en voulez dont pas, pour l'état de votre chère et tendre amoureuse, lança Rogue dans le simple but d'enfin provoquer une réaction chez son apprenti. Plus vite vous accomplirez votre mission, plus vite la Sang-de-Bourbe retrouvera ses activités… Pendant un certain temps, du moins, car votre Maître ne tolérera pas que l'un de ses disciples ne s'accoquine avec une saleté de l'espèce magique.
Drago serra les dents. Qu'il se taise, par Merlin… Qu'il se taise…
- J'espère que vous êtes conscient qu'il se fera un plaisir à la torturer jusqu'à ce que mort s'ensuivre si vous n'interrompez pas votre relation quelque peu… déshonorante. Quoi qu'une crasse de moins dans l'humanité ne devrait pas affliger tant de gens…
Poussée par un élan de rage déraisonnable, Drago bondit de sa chaise puis se rua sur le bureau de son professeur dans l'intention de lui sauter au cou. Son geste fut cependant suspendu lorsque Rogue se leva au même moment aussi rapidement que l'éclair en pointant sa baguette au-dessous du menton de son élève. Haletant, fulminant, le blondinet lorgnait l'homme aux cheveux gras d'un regard hargneux qui brûlait presque ses propres rétines.
- Ce n'est pas vous qui tenez les ficelles, petit impudent, indiqua Rogue sévèrement. Vous n'avez pas le choix, c'est ainsi et il en sera toujours de même. Vous n'avez plus d'emprise sur votre destin, dorénavant.
Drago retira son genou de la surface du bureau sur lequel il s'était tenu à demie pendant quelques secondes puis se força à s'asseoir de nouveau sur la chaise qui craqua brusquement. Rogue l'imita en gardant sa baguette à proximité puis croisa les doigts sur le meuble massif. Il n'aurait jamais cru que ce jeune gamin de dix-sept ans oserait s'attaquer à lui comme il avait failli le faire… Longuement, ils se toisèrent en s'analysant avec grand mépris. Il ne fallait pas avoir la tête à Merlin pour comprendre que tous les deux nourrissaient une forte animosité l'un envers l'autre…
Mais cette animosité se faisait graduellement de plus en plus insupportable chez le Serpentard… et l'accumulation de stress, de colère et d'amertume le rendrait bientôt fou.
