Chapitre 35 - Le plus beau des miracles
La nuit était tombée. C'était le signal exact qu'Harry et Ron avaient attendu avec exaspération depuis que Malefoy leur avait rendu l'antidote à l'heure du souper. Comme l'habitude avait installé en eux ce réflexe devenu mécanique, les deux Gryffondor capturèrent la cape d'invisibilité et la déposèrent sur leur tête juste avant de franchir le portrait de la grosse Dame.
La route vers leur destination fut courte et efficace. Malgré les multiples étages qui séparaient la tour des lions de l'infirmerie, ils franchirent cette distance en moins de deux petites minutes. Les expéditions au cœur de Poudlard en pleine nuit étaient maintenant devenues si banales qu'Harry et Ron connaissaient de mémoire les artères les plus rapides et les moins exposées aux passages quelconques pour se rendre n'importe où dans le château. Lorsqu'ils franchirent donc les portes de l'infirmerie, tout s'était parfaitement bien déroulé durant leur ballade ; ni Peeves, ni Rusard ou miss Teigne n'avaient eu la chance de les prendre la main dans le sac et ainsi leur infliger une retenue supplémentaire à celle de Rogue. Confiants, ils se dégagèrent de la cape d'invisibilité puis rejoignirent la couchette où Hermione dormait à poings fermés.
L'étrange impression qu'elle adoptait la même position de lors de leur dernière visite secoua désagréablement les entrailles des deux Gryffondor. Sans aucune mesure de précaution, ils attrapèrent les premières chaises qui vinrent à leur portée et les rapprochèrent du lit de malade de leur meilleure amie en se plaçant l'un à gauche et l'autre à droite. Par chance qu'Hermione était la seule patiente entre ces murs, car le grabuge que ce déplacement provoqua résonna longuement dans la grand pièce jusqu'à s'étendre durant plus d'une dizaine de secondes. Aucunement nerveux suite à ce vacarme insistant, Harry et Ron toisèrent la préfète avec sensibilité. La seconde d'après, le Survivant avait sorti le flacon de l'antidote du creux de sa poche.
- Et si ce n'était pas l'antidote? s'inquiéta alors Harry, qui avait suspendu la fiole à quelques pouces de ses yeux.
Ron haussa un sourcil. Ce n'était là vraiment pas le temps d'expulser de sordides théories qui seraient susceptibles de les forcer à faire marche arrière.
- Tu as des yeux, Harry, tout comme moi, expliqua Ron avec gravité. Ne vois-tu pas que c'est bien « GMV » qui est inscrit sur l'étiquette? C'est bien la Goutte du Mort-Vivant, alors oui, il s'agit bien de l'antidote!
- Et si Rogue avait falsifié les inscriptions? ajouta l'Élu en fixant le rouquin. Et si, plutôt, ce n'était qu'une dose supplémentaire du poison lui-même? Rien ne nous indique qu'il s'agit clairement de l'antidote…
Le rouquin s'immobilisa. Harry avait tout à fait raison. L'étiquette ne portait que les lettres G, M et V ; aucune précision ne les indiquait qu'il s'agissait du contrepoison. Les deux garçons se lorgnèrent soudainement avec une crainte nerveuse dans les yeux, mais Ron trouva une explication qui eut la chance d'apaiser leur inquiétude :
- Non! s'illumina-t-il en sursautant. Te souviens-tu de ce que nous avions entendu, lors de la discussion entre Lucius et Rogue? Il n'y a eu que deux contacts de verre : un pour le poison, et l'autre pour l'antidote.
- Oui, mais peut-être que Rogue n'a pas utilisé la totalité du contenu de la fiole qui contenait le poison, et c'est d'ailleurs peut-être celle que nous tenons actuellement entre nos mains…
- Non, répéta-t-il en secouant la tête. Regarde bien : la fiole est pleine.
Effectivement, lorsqu'Harry jeta un œil calculateur au liquide qui emplissait la petite bouteille, il constata qu'elle était pleine jusqu'au rebord. Soulagé, il sourit en évacuant un énorme soupir. Ron l'imita puis se détendit. Tout le stress qui avait gardé leur ventre en captivité partit alors aussi subitement qu'il y était apparu. Leurs espoirs, ressurgies, poussa Harry à se lancer dans l'administration de l'antidote à la pauvre victime inerte à leur côté. C'est d'ailleurs ce qu'il fit sans tarder ; précautionneusement, il retira le petit bouchon de caoutchouc qui décorait l'extrémité de la fiole puis approcha cette dernière des lèvres entrouvertes d'Hermione. Telle une montagne russe, la nervosité qui les avait naguère occupés revint prendre place aux creux de leur estomac tandis qu'Harry laissa couler le flot d'un blanc hyalin dans la bouche déshydratée de son amie. Puis, comme si son corps s'avait attendu que ça, les lèvres d'Hermione se refermèrent sereinement en laissant les deux garçons perplexes et impatients d'observer une réaction rassurante.
Les secondes passèrent, mais rien ne se produisit. Vingt secondes, trente secondes, quarante secondes… Tendu, Ron se mit à jouer fébrilement avec ses mains moites lorsqu'il remarqua l'angoisse dans les yeux d'Harry :
- T'es-tu informé du délai que pouvait prendre l'antidote avant d'agir?
- Oui, bien sûr que oui, balbutia Harry en plissant le front. Tu étais bien là lorsque j'ai consulté cette brique à la bibliothèque, ce weekend!
- Oui, mais je ne l'ai pas lu, ce bouquin! s'irrita-t-il. C'est combien de temps?
- Variable, très variable. Comme nous l'avait indiqué madame Pomfresh, la réaction dépend du métabolisme de la victime…
Ron roula les yeux en soupirant, grandement soulagé. Il esquissa un mouvement de large désespoir.
- Dah! Tu m'as foutu une de ces trouilles! À en voir ta réaction, ce n'était pas normal qu'elle ne se réveille pas aussitôt…
Harry haussa les épaules.
- Non, non… C'est uniquement parce que j'ai lu que dans la grande majorité des cas d'empoisonnement, l'antidote avait un effet immédiat lorsqu'il était ingurgité.
- Et la possibilité d'éveil peut se faire sur quelle échelle de temps?
- Dans les vingt-quatre heures suivants sa consommation.
- Bon, alors tout va bien! Demain, elle sera sûrement réveillée, pas vrai?
Atteint par l'optimisme de son ami, le Survivant afficha un sourire ravi sur son visage tracassé. Il hocha vivement la tête tandis qu'il réfléchit maintenant aux conséquences que le réveil prématuré d'Hermione provoquerait chez madame Pomfresh, mais surtout chez Rogue.
- Il va falloir mentir à madame Pomfresh, déclara Harry en s'adossant contre le dossier de sa chaise.
En proie à une grosse réflexion, il croisa les bras. Ron, face à lui, fronça les sourcils.
- Lui mentir? Pourquoi donc?
- C'est elle-même qui nous a annoncé qu'Hermione ne risquait pas de se réveiller sans un antidote, et voilà qu'elle ouvrira les yeux dès demain. Ne crois-tu pas qu'elle va se poser une panoplie de questions?
Lentement, Ron hocha la tête en fixant son amie.
- De plus, puisqu'un tel antidote n'est pas sensé résider entre les murs de cet école, il serait plutôt incongru de lui annoncer que c'est justement grâce à ce contrepoison qu'Hermione se serait réveillée… Tu comprends? Il ne faudrait pas qu'une enquête soit entamée afin de découvrir qui aurait pu avoir une telle potion dans ses effets personnels... Tu imagines la catastrophe qui se produirait si Rogue apprenait que quelqu'un avait finalement dérobé l'antidote dans ses armoires?
- C'est un peu inévitable, si tu veux mon avis… Mais tu as raison. Que comptes-tu faire, alors? Que pourrait-on bien lui dire, à madame Pomfresh?
- Rien, tout simplement rien. Si elle nous pose des questions, nous n'aurons qu'à lui dire que nous ne savons absolument rien.
- Donc, en quelque sorte, ce serait l'équivalent de la laisser croire qu'elle se serait réveillée par elle-même?
- Exact.
Dubitatif, le rouquin grimaça d'inconfort. Il n'avait jamais pensé à ce détail.
- Et Rogue? glissa-t-il en tordant la bouche.
Finalement, il y avait plusieurs choses auxquelles ils n'avaient pas pris la peine de réfléchir avant d'agir. Harry, qui fixait Hermione jusque là, leva les yeux sur son copain. Il haussa un sourcil face à sa question vague.
- Rogue ne va pas tarder bien longtemps à découvrir qu'Hermione est de nouveau sur pied… expliqua le rouquin avec délicatesse. Et disons qu'il n'y a pas un éventail de choix quant aux personnes qui auraient bien pu lui administrer l'antidote : Malefoy, ou toi et moi.
Harry pinça les lèvres.
- S'il ose esquisser un quelconque autre mouvement contre Hermione ou contre nous, ce sera là le temps d'en parler à Dumbledore, déclara Harry.
Parfaitement en accord avec l'Élu, Ron hocha frénétiquement la tête. Longuement et en respectant un silence parfait, ils toisèrent ensuite leur copine qu'ils verraient éveillée ce lendemain même. Au bout de quelques instants, le rouquin se mit à rire :
- Je viens de réaliser dans quel pétrin Rogue va se retrouver lorsque les parents de Malefoy vont découvrir qu'Hermione n'est plus sous l'effet du somnifère.
Ayant omis ce détail, Harry haussa aussitôt les sourcils. Tout comme Ron, il se mit à rigoler.
- Tant mieux pour lui, s'exclama-t-il en balayant l'air de sa main.
- Ils vont tellement être en colère, se permit d'accroître Ron en se délectant de l'image mentale d'un Rogue torturé. Surtout sa mère ; elle semblait complètement paniquée lorsque Rogue les a menacé d'abandonner sa tâche. Elle voulait immanquablement qu'Hermione soit dans l'incapacité de troubler leur plan…
- Et il n'y a pas qu'eux, ajouta Harry. Voldemort non plus ne sera pas très enchanté de découvrir que l'un de ses partisans aura échoué là où il se devait absolument d'exceller…
Les deux Gryffondor jubilaient visiblement.
- Peut-être que finalement, nous n'aurons pas de souci à nous faire concernant le sort de Rogue… marmonna Ron avec un sadisme déstabilisant.
- Qu'est-ce que tu veux dire? se troubla le Survivant.
- Eh bien… Imagine un peu que Tu-Sais-Qui soit fortement contrarié par cette complication… Peut-être qu'il n'aura pas la bonté de laisser passer cet écart d'attention comme il aurait pu faire dans d'autres cas…
Ayant compris la subtilité de la chose, Harry pinça un sourire triomphant. Malgré la vive antipathie qu'il ressentait à l'égard de Rogue, il se sentait tout de même plutôt malaisé de savourer une possibilité de meurtre sur son odieuse personne.
- Tu veux dire que Voldemort voudrait peut-être le punir en le tuant?
Ron hocha frénétiquement la tête, pris au dépourvu dans ce chemin direct vers l'essentiel de sa pensée. Harry hocha la tête à son tour, réalisant que c'était finalement une chose très probable. Voldemort n'avait jamais vraiment apprécié ceux qui installaient des bâtons dans les roues de ses plans, et encore moins lorsqu'ils étaient sensés être d'une fiabilité sans faille. Une seule brèche parmi le tissage de sa tactique pouvait donc être une raison suffisante pour bannir son responsable de ses rangs… et du monde magique en entier.
Le lendemain vint heureusement à une vitesse éclair. Dès leur réveil, Harry et Ron allèrent rejoindre le lieu de leur infraction nocturne. Sous le regard bienveillant de madame Pomfresh, ils s'installèrent tous deux sur les mêmes chaises qu'ils avaient occupées durant la nuit. Avantageusement, l'infirmière n'avait pas semblé prendre notice que ces deux sièges n'étaient pas sensé être positionnés auprès de la couchette de la préfète. Ils s'y étaient donc glissé subrepticement et attendaient maintenant patiemment le moment de son réveil…
- Vos cours vont débuter dans moins de cinq minutes, les jeunes, les avertit madame Pomfresh sur un ton réprobateur.
- Nous n'allons pas nous y présenter, déclara Ron sans grande cérémonie, pas aujourd'hui, en tout cas.
La dame toisa tristement les deux jeunes garçons puis s'approcha d'eux en posant une main douce et réconfortante sur l'épaule d'Harry. Elle ne se doutait inévitablement pas qu'Hermione se réveillerait d'un instant à l'autre.
- C'est beau, de voir une amitié si soudée, déclara-t-elle rêveusement. Ne vous accrochez pas trop à de vains espoirs, cependant…
Harry sourit, amusé par ses délicates paroles qui se voulaient de les consoler lui et Ron. Le rouquin, quant à lui, fut forcé de justifier l'immense sourire qu'il afficha dont la soignante jugea parfaitement incongrue suite à ses paroles :
- Harry a fait un rêve, cette nuit, romança-t-il sous le regard féroce de son ami. Il a rêvé qu'Hermione se réveillerait aujourd'hui, et je crois que vous savez, comme beaucoup de gens, que les rêves d'Harry ont souvent abouti à quelque chose de véritable…
Pourquoi ne pas tisser un mensonge pour justifier leur présence? L'adon du réveil d'Hermione et de la présence d'Harry et Ron à ce même instant formerait un douteux mélange concernant l'implication de ces deux derniers…
Le suppliant de se taire avant qu'il ne sorte un détail qui rendrait son histoire plus que complètement absurde, le Survivant écarquilla les yeux en arborant un air franchement sinistre. Ron comprit instantanément puis se tut avant de compléter son histoire qu'il avait prévu agrémenter de faits qui auraient définitivement saccagés la crédibilité de ses dires. Madame Pomfresh, qui était restée perché aux lèvres du rouquin, semblait être suspendue entre la pitié et le doute. Vraisemblablement, elle ne semblait pas le croire du tout. Lorsqu'Harry se retourna afin d'observer l'expression qu'arborait maintenant l'infirmière, il fut grandement soulagé de noter que l'histoire de Ron ait passé pour un élan de folie. Tant mieux, tant mieux…
Soudainement, un mouvement attira l'attention des trois personnes présentes aux côtés d'Hermione ; la gamine, jusque là parfaitement immobile, avait déplacé son bras qui longeait son flanc jusqu'à son ventre. La seconde suivante, elle était redevenue parfaitement figée dans le marbre.
- Avez-vous bien vu ce que je viens de voir? demanda madame Pomfresh avec incrédulité.
Harry et Ron, dont le cœur avait raté un battement, hochèrent convulsivement la tête. L'infirmière s'approcha de sa patiente puis s'assit sur la place libérée que lui offrait le matelas. D'une main maternelle, elle caressa le front tiède d'Hermione qui émit à gémissement nonchalant en bougeant faiblement la tête. Les deux Gryffondor s'installèrent sur le bout de leur chaise avec presse, un sourire démesuré décorant leur visage enthousiaste. Ça y était!
- Miss Granger? murmura doucement madame Pomfresh en essuyant son front humide d'une serviette blanche. Miss Granger, m'entendez-vous?
Derechef, la jeune préfète gémit. Son visage se convulsa ensuite en une grimace patraque, et l'instant suivant, ses paupières se levèrent avec lenteur.
Tandis qu'Harry et Ron se jetèrent par terre en s'accroupissant auprès de leur meilleure amie, madame Pomfresh ouvrit excessivement les yeux, ahurie devant le réveil insoupçonné d'Hermione. Elle n'en croyait pas ses yeux, absolument pas. Elle attendit donc que sa patiente ouvre entièrement les yeux avant d'être secouée d'un rire abasourdi. Les deux garçons l'imitèrent aussitôt sous le regard complètement désorienté de la lionne qui referma les yeux à cause de la trop forte luminosité de la pièce.
- Par Merlin, c'est incroyable! s'exclama l'infirmière avant de s'éloigner afin d'offrir un rafraichissement à Hermione.
- Hermione! s'exclama Harry en capturant l'une des deux mains de son amie. Hermione, comment tu te sens?
Ron, de l'autre côté de la couchette, saisit son autre main.
- Je… bafouilla-t-elle. Que… Que s'est-il passé…?
Sa voix était faible, encore endormie. Harry et Ron élargirent leur sourire, rassurés d'entendre de nouveau sa voix qui leur avait tant manqué.
- Chaud devant! fit la voix impatiente de madame Pomfresh. Poussez-vous, les jeunes, cette enfant doit s'hydrater!
Harry s'écarta afin de faire place à l'infirmière qui aida Hermione à s'abreuver quelque peu.
- Qu'est-ce qui s'est passé…? répéta Hermione après avoir avalé une dernière gorgée d'eau.
- Tu as été… débuta Ron.
- Taisez-vous! coupa madame Pomfresh.
Ron se renfrogna, offensé par l'agressivité soudaine de la soignante. Les méthodes médicales, osa-t-il imaginer. Il échangea un regard irrité avec Harry puis lança ensuite un regard noir à la dame.
- De quoi vous souvenez-vous, miss Granger? lui demanda-t-elle avec une soudaine tiédeur qui contrastait avec ses dernières paroles. Quels sont les derniers souvenirs qui vous viennent à l'esprit?
Hermione fronça les sourcils au-dessus de ses petits yeux fatigués puis fixa obstinément le plafond. Quelques instants après, elle tordit son visage en une moue impuissante puis soupira lâchement.
- Le cours de potions, marmonna-t-elle d'une petite voix aigue, le professeur Rogue... Le cours de défense contre les forces du Mal, aussi… J'avais mal à l'estomac…
Satisfaite, madame Pomfresh esquissa un petit sourire lorsqu'Hermione plongea un regard incertain dans celui de l'adulte pour vérifier ses hypothèses. Harry et Ron, tout près, furent rassurés qu'elle n'ait subi aucune perte de mémoire.
- Que s'est-il passé? Pourquoi… Pourquoi suis-je ici? demanda la jeune fille pour la troisième fois.
- Vous avez été empoisonnée, miss Granger, expliqua enfin madame Pomfresh sous le regard agacé de Ron. Tout va bien, maintenant, vous êtes hors de danger.
Hermione grommela quelque chose d'inaudible puis ferma momentanément les yeux. Elle semblait souffrir.
- Comment vous sentez-vous, dites-moi? fit la soignante en essuyant de nouveau le front perlé de sueur de sa patiente.
Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle plongea directement les yeux dans ceux de ses deux meilleurs amis. Pour la première fois depuis son réveil, elle sourit.
- Je me sens horriblement patraque, souffla-t-elle.
- Aucune douleur? ajouta la dame. Aucun malaise? Aucune souffrance particulière?
- Non, répondit-elle. Simplement très… patraque.
Madame Pomfresh sembla stupéfaite, mais n'insista pas avec ses questions qu'elle devinait lassantes pour Hermione.
- Très bien, déclara-t-elle. Je vais vous garder ici encore un peu afin que vous puissiez vous reposer et ainsi m'assurer que vous ne serez pas victime d'effets secondaires, puis vous pourrez sans nul doute quitter dès ce soir si tout va bien.
Hermione hocha la tête. La dame se leva donc, lui adressa un sourire cordial puis s'éloigna vers son bureau. Son visage en disait bien long ; on aurait dit qu'elle venait d'assister à un miracle.
- Ha-llu-ci-nant… marmonna madame Pomfresh pour elle-même, au fin fond de la pièce.
- On a tellement eu peur, Hermione! s'exclama Harry en ignorant le marmonnement indistinct de l'infirmière.
- Oui! approuva Ron. On a cru que tu allais y rester…
La jeune préfète sourit tendrement puis s'assit ensuite sur son lit avec l'aide précipité de ses deux amis. Ils craignaient visiblement qu'elle ne se casse une côte par ce simple geste.
- Je ne comprends pas comment j'aurais pu me retrouver empoisonnée… dit-elle en s'assurant que madame Pomfresh ne pourrait pas l'entendre. C'était bien Rogue qui m'a fait ça?
- Oui, comme on le craignait… avoua Harry en hochant la tête.
Troublée, Hermione décrivit une moue particulièrement confuse.
- Tu te souviens lorsque ton chaudron a explosé dans notre cours de potions? demanda Harry. Eh bien Rogue avait glissé ce foutu poison dans le fond avant de les distribuer aux élèves…
- J'en avais reçu dans la bouche… se remémora alors Hermione en affichant un air absent.
- Eh voilà, conclut aussitôt Harry.
- Et qu'est-ce que c'était, ce poison? questionna-t-elle en accordant une attention particulière à la réponse à venir.
- Ça s'appelle la Goutte du Mort-Vivant, affirma Ron.
- Ça me dit vaguement quelque chose…
Harry et Ron expliquèrent alors les effets que ce puissant somnifère provoquait normalement chez ses victimes. Courroucée, Hermione se forgea tranquillement une nouvelle perspective de son professeur de potions. Comment un homme aussi cruel et aussi vil pouvait-il être enseignant dans une école remplie de jeunes élèves comme elle?
- En avez-vous parlé à Dumbledore? craignit Hermione en fronçant les sourcils.
- Non, je te rassure, fit Harry en souriant. Nous nous sommes cependant promis de le faire si les choses dégénéraient encore plus qu'elles ne l'étaient déjà.
Soulagée, la lionne soupira en roulant les yeux.
- Nous avions particulièrement en tête de le faire si l'antidote que nous t'avons administré ce serait retrouvé, après tous nos efforts, à ne pas être l'antidote que nous croyions qu'il serait… ajouta Ron d'un air grave.
Hermione haussa un sourcil. Elle n'était pas certaine de comprendre son charabia.
- Nous avons pénétré le bureau de Rogue pour aller la voler… expliqua le rouquin.
- Quoi? poussa-t-elle, outrée. Êtes-vous complètement malades?!
Madame Pomfresh, derrière eux, leur lança un regard intrigué. Hermione afficha un sourire complètement faux et reporta son attention sur ses deux amis qui se rapprochèrent d'elle afin d'échanger plus intimement.
- Vous auriez pu vous faire prendre! murmura-t-elle.
Les deux garçons s'échangèrent un regard tacite.
- Quoi? précipita-t-elle, avide de savoir. C'est quoi, ce petit regard-là?
- Nous avons effectivement été pincé, annonça Harry.
Les yeux d'Hermione sortirent brutalement de leur orbite. Une main sur le cœur, elle semblait hors de mot.
- Comment est-ce donc possible que vous soyez encore vivants à cette heure-ci? s'étonna-t-elle. Est-ce bien Rogue qui vous a pris la main dans le sac?
- Oui, c'était bien lui, confirma Ron en hochant la tête avec véhémence. Nous avons plusieurs retenues à combler, mais il ne se doute pas que nous connaissons son petit plan d'empoisonnement.
La jeune femme grimaça.
- Je ne comprends pas… Comment pourrait-il ne pas se douter de quelque chose puisque vous étiez dans son bureau afin de dérober l'antidote?
- Nous lui avons fait croire que nous croyions simplement qu'il aurait pu posséder un contrepoison quelconque puisqu'il est le professeur de potions…
Elle haussa les sourcils. Tout ça semblait logique, mais Rogue serait donc, dans ce cas, un homme plutôt naïf, ce qui ne lui ressemblait pas du tout.
- Mais si vous vous êtes fait prendre, comment est-ce possible que vous ayez obtenu l'antidote?
Pour la énième fois, Harry et Ron se partagèrent un regard consentant. Jusque là, ils avaient bien réussi à ne pas glisser Malefoy dans leur conversation, mais maintenant, c'était un détail inévitable à mentionner. Peu enchanté à l'idée d'accorder au Serpentard ne serait-ce qu'une once de mérite, le Survivant haussa les épaules.
- Ce n'est pas nous qui s'en sommes emparé, dit-il simplement dans l'espoir qu'Hermione ne cherche pas à en savoir plus.
- Qui d'autre aurait pu… faire ça pour moi?
Elle devait clairement être amorphe pour ne pas avoir le visage de Malefoy bondir dans sa tête. C'était pourtant évident.
- Malefoy, lança-t-il négligemment.
Le corps d'Hermione se crispa aussitôt, et ce fut un détail qu'Harry et Ron remarquèrent également. Regrettant maintenant de lui avoir avoué, le Survivant retourna s'asseoir sur la chaise qu'il avait quittée plus tôt. Ron, inconfortable, se gratta maladroitement la nuque.
Elle n'arrivait pas à croire qu'elle avait pu oublié Drago comme elle l'avait fait. Le douloureux souvenir de leur dernière discussion revint alors brutalement s'installer dans sa mémoire. Ainsi, il n'avait pas pensé un seul mot qu'il lui eut dit lors de leur rencontre devant la Cabane Hurlante… Autrement, il n'aurait pas autant risqué pour lui sauver la peau… une fois de plus. Une centaine de nouvelles questions se mirent alors à se bousculer dans sa tête, se plaçant brusquement en ordre d'importance tout droit devant ses lèvres qui ne demandaient qu'à les précipiter, chacune d'elles, en même temps. Rapidement, un mal de tête fit bourdonner ses oreilles.
Mal à l'aise face à ses deux amis, elle réussit tout de même à demander de ses nouvelles :
- Comment… comment va-t-il? osa-t-elle quémander, les joues rosies.
Harry regarda Ron et vice versa, s'offrant tous deux le droit de répondre à cette question qui ne leur était d'aucun intérêt.
- Bah, bredouilla Ron d'une voix lasse, c'est Malefoy… Il va comme il va…
- Tu m'en diras tant…! lança-t-elle avec ironie. Harry, crois-tu que tu pourrais être plus explicite que Ron?
L'Élu grimaça puis inspira un bon coup. Ron ne fut pas agacé par cette substitution le moins du monde.
- Si j'en crois le plan que Ron et moi avons entendu lors de la conversation entre Lucius et Rogue, Malefoy devrait avoir reçu sa mission.
Hermione fut soudainement suspendue aux lèvres de son ami. De ses yeux avides de nouvelles, elle l'invita à s'expliquer davantage.
- Lorsque Rogue nous a pincé dans son office, Malefoy était avec lui ; c'était donc clairement le moment où il se devait d'emprunter un portoloin pour se rendre chez lui afin de recevoir sa mission. Cette théorie s'est fondée avec beaucoup plus de consistance lorsque nous l'avons croisé hier, lorsqu'il nous a rendu l'antidote…
- Pourquoi donc?
- Il avait l'air particulièrement…
- Amoureux d'Harry, compléta Ron.
Aucunement d'humeur à rigoler, Hermione posa sur le rouquin un regard blasé. Harry grimaça suite à sa stupide réplique puis poursuit son récit en ignorant l'intervention inutile de Ron.
- Il avait l'air vraiment très étrange. Je ne sais pas comment expliquer l'expression qu'il arborait. C'était tellement troublant…
- On aurait dit qu'il venait de voir Harry pour la première fois de sa vie, ajouta Ron pour racheter son impertinence. C'était effectivement très étrange, comme regard. Disons simplement que ça ne m'aurait pas étonné s'il lui aurait sauté à la gorge. Il semblait possédé, complètement dément… Oui, c'est ça! Il avait l'air dément… Il avait l'air d'un vampire assoiffé de sang.
Harry acquiesça. La jeune préfète semblait encore plus troublée, mais également très inquiète quant à la suite des événements. Elle devait avouer que la métaphore qu'avait employé Ron n'y était pas pour rien…
- Ce que nous avons omis de te dire par rapport à la conversation entre Lucius et Rogue, et ce, uniquement pour ne pas que tu t'inquiètes, continua Harry sur le ton de la conversation, c'est qu'ils avaient mentionné un combat éventuel entre Malefoy et moi…
Consternée par ce manque de leur part, Hermione s'outra mentalement en entrouvrant la bouche. Harry, pour ne pas qu'elle se laisse embarquer dans une longue et interminable réprimande, suspendit une main ferme devant son visage pour l'en empêcher.
- Lucius disait que Malefoy maîtrise maintenant parfaitement l'occlumencie et la légilimencie, et qu'il a été entrainé avec acharnement lors de son premier voyage à son manoir. Suite à ça, il a mentionné qu'il n'aurait donc aucune difficulté lors du prochain combat qui aura lieu entre lui et moi…
L'air grave, la lionne sembla horrifiée. Étrangement, une lueur de déception avait teinté momentanément la prunelle de ses yeux.
- Drago ne m'en a jamais parlé…
Un silence inconfortable se préserva. Harry et Ron n'avaient ni un ni l'autre l'envie de se lancer dans le sujet délicat qu'était la relation soit disant « amoureuse » entre Hermione et Malefoy. Tout de même, le Survivant tenta un approche afin d'en savoir un peu plus sur le futur que la situation deviendrait suite au retour des choses à la normale :
- À ce propos, vous en êtes où dans votre relation?
Ron haussa un sourcil tout en fronçant l'autre. Il devint mal à l'aise face à l'hypocrisie de son ami suite à cette question qu'il jugeait complètement futile et le devint encore davantage quant à l'intérêt qu'il y portait. Le regard d'Hermione se perdit dans celui d'Harry, tentant de déceler une quelconque lueur d'ironie déplacée, mais se perturba à y répondre lorsqu'elle constata qu'il était tout à fait sérieux.
- Je n'ai pas vraiment envie d'en parler, déclara-t-elle en baissant les yeux, indisposée.
Jamais elle n'avait parlé en profondeur de sa relation avec le Serpentard à Harry et Ron, car elle savait pertinemment qu'ils ne le supporteraient pas. Mais que l'un d'eux lui demande, là, à cet instant, des détails à ce sujet, elle se sentit instantanément devenir très à l'étroit dans sa propre personne. Par ailleurs, elle se doutait de ce qu'Harry amènerait dans leur conversation si elle s'obligeait à y répondre ; il chercherait sûrement à la convaincre, d'une manière qu'Hermione ne sut imaginer par l'ânerie de la chose, de ne plus se tenir avec Drago.
Espérant qu'il ne pousse pas sa chance en insistant pour lui arracher une réponse instructive, la jeune femme accorda une subite attention aux cuticules de ses ongles. Malgré l'apparente échappatoire qu'avait tentée la préfète, Harry s'acharna sur la matière.
- Dans ce cas, laisse-moi uniquement te dire qu'il serait grandement préférable que vous ne vous voyiez plus du tout.
Voilà, elle l'aurait prédit. Cependant, Hermione n'aurait jamais imaginé qu'il aurait osé dévoiler le fin fond de sa pensée avec autant de spontanéité. Irritée par sa surcharge d'aplomb, elle ne s'offrit donc pas la liberté de répliquer avec amabilité :
- Non, Harry, je ne te laisserai pas me dire une telle chose, fuma-t-elle.
Harry se tourna vers Ron à la recherche de soutien, mais lui s'était étrangement intéressé au matériel utilisé pour la fabrication des rideaux qui couvraient les grandes fenêtres de la pièce. Vexé par ce manque de coopération, l'Élu replongea ses yeux dans le regard catégorique de son amie.
- Hermione, poursuivit-il avec finesse, tu ne sembles pas réaliser de ce à quoi tu viens tout juste d'échapper… Nous venons de te sauver des griffes de la mort, et ça a failli…
- Drago vient de me sauver, le coupa-t-elle avec suffisance.
Désabusé, Harry fronça les sourcils. Ce n'était pas le genre d'Hermione de prendre un parti autre que celui de ses meilleurs amis, mais elle semblait avoir pris cette fâcheuse habitude depuis qu'elle s'était plus étroitement liée avec Malefoy. Ron, lui-même fortement ébahi par le culot de la préfète, cessa d'agiter le voilage des fenêtres du bout des doigts. Il fixait maintenant Hermione avec circonspection.
- Alors c'est ainsi que tu vois la situation? s'indigna Harry sans perdre son calme. Pour toi, c'est Malefoy, le grand héro? (Hermione grimaça en réponse au sarcasme méchant qu'il avait utilisé pour prononcer ces trois mots.) Sache que c'est également le juste responsable de ton empoisonnement.
- C'est Rogue, le responsable, le contredit-elle en s'énervant, pas Drago. Il est également celui qui, encore une fois, m'a sauvée! Vous voulez le remercier en mettant le blâme sur lui, comme la toute première fois? Vous ne croyez pas que vous avec suffisamment joué les immatures?
Harry aurait voulu répondre avec la même ardeur qu'elle avait utilisée, mais il se renfrogna en réalisant qu'il n'avait aucunement l'envie de se mettre Hermione à dos, surtout pas après qu'elle ait frôlé la mort de si près. Il dût piler sur son orgueil pour ne pas concrétiser son envie de monter sur ses grands chevaux.
- Je ne veux uniquement pas que tout se répète, Hermione… Ce n'est pas parce que tu as été épargnée cette fois-ci que Rogue ne va pas tenter une seconde méthode pour te mettre hors circuit…
Hermione s'adoucit ; s'enrager davantage n'aurait pas eu sa place à cet instant.
- Ne crois-tu pas que j'ai appris ma leçon? Si Drago et moi avons à nous revoir – oui, il y a des chances que ça ne soit pas le cas, ajouta-t-elle suite au regard interrogateur d'Harry et Ron – nous ne ferons en prenant toutes les précautions nécessaires.
Des deux garçons ne partageaient pas cette même vision des choses, mais ils restèrent muets pour ne pas chercher à la provoquer de plus bel.
- Vous sortez ensemble, pas vrai? demanda Ron après quelques secondes d'hésitation.
Ce manque de tact arracha à Hermione une moue perturbée. Harry, face à lui, roula les yeux en guise de désolation. Voulaient-ils vraiment le savoir?
- Non, Ronald, nous ne sortons pas du tout ensemble.
Elle ignorait même s'il existait encore une quelconque forme de relation cordiale entre eux deux. Cette question sembla raviver en elle un ample sentiment d'appréhension face à leur prochain face-à-face, qu'il soit intensionnel ou non. Les horreurs qu'avaient dites Drago lors de leur dernière rencontre n'avaient pas glissées hors de son esprit…
- Eh bien, il est clair qu'il est amoureux de toi, ajouta-t-il sans se rendre compte qu'il tournait le couteau dans la plaie.
- Ron, tu peux te taire, enchaîna Harry avec agacement, merci.
Le cœur de la jeune femme se tordit douloureusement. Était-ce vrai? Oui, d'accord, c'était bien lui qui avait été réquisitionner l'antidote à l'intérieur du bureau de Rogue, mais peut-être ne l'avait-il fait uniquement dans le but de contrebalancer tout le mal qu'il lui avait causé plutôt que par « amour »… Il était si difficile à suivre…
- Bon, les jeunes, s'exclama tout à coup madame Pomfresh derrière eux en claquant des mains, il est temps pour vous de laissez miss Granger se reposer si vous voulez qu'elle sorte du lit ce soir même.
Hermione remercia mentalement la soignante de l'avoir tirée de cette situation puis se recoucha confortablement dans sa couchette, comme pour consolider son ordre auprès de ses deux amis qui se faisaient de plus en plus oppressants. Sans rechigner, les garçons se levèrent, saluèrent leur copine en se promettant de rattraper le temps perdu une fois qu'ils se retrouveraient dans leur salle commune puis quittèrent les lieux. Assouvie, la préfète soupira bruyamment puis rendit grâce à madame Pomfresh de se plier à ses petits soins de la sorte. Elle-même semblait avoir compris qu'Hermione ne pouvait que très difficilement supporter ses deux amis.
