Bien le bonjour/bonsoir à vous!

Vous connaîtrez ici le coupable du meurtre de Rogue... Mouhaha! J'espère que vous ne serez pas déçus! Je tiens à mentionner qu'il se peut fort bien que le temps qui sépare la publication de ce chapitre-ci et le prochain soit légèrement plus long, car je suis actuellement en fin de session, et c'est vraiment TRÈS exigent et demandant au niveau du temps, mais également au niveau de l'énergie... J'espère que vous comprendrez. Cette phase me vole malheureusement et également beaucoup de motivation qui me sert normalement à écrire mes chapitres... Mais vous savez, je dis ça, mais peut-être que je vais le poster dans très exactement une semaine, comme à l'habitude! Tout dépendra, mais je dois avouer que mon niveau de motivation est dangereusement bas. Shame on me...

Enfin bref, j'espère que vous saurez apprécier ce chapitre! N'oubliez pas les reviews, car des fois, ça peut faire des miracles pour les auteurs en difficulté... ;)


Chapitre 38 - Le fil du funambule


- Quoi?! s'écrièrent les deux garçons sur un même ton.

Harry arracha aussitôt La Gazette des mains de Ron qui lui riposta en resserrant son emprise. Perdant sa poigne, le Survivant se rapprocha de son ami afin de l'inciter à déposer le journal sur la table pour une lecture plus facile et simultanée. Après avoir lorgné les deux photos animées qui complétaient l'article dont une étant le cliché classique de Poudlard et l'autre, un plan américain du professeur Rogue, le rouquin se pencha sur les petits caractères afin d'en lire son contenu à voix portante :

« Pas plus tard que hier au soir, le corps de Severus Rogue a été retrouvé sans vie dans ses appartements entre les murs de l'illustre école de sorcellerie Poudlard. Le défunt enseignait l'art des potions depuis plus de quinze ans dans cet établissement et a trouvé la mort dans de bien mystérieuses circonstances. L'homme aurait été poignardé à l'abdomen d'un coup qui s'est avéré fatal, mais présentait également quelques hématomes au visage. Cette découverte pourrait nous diriger sur la piste d'un assassinat, mais nous ignorons si ces blessures sont survenues pendant ou avant la mort du professeur lors d'une lutte. À ce stade-ci de l'enquête, il est donc dans l'impossibilité de confirmer concrètement s'il s'agit d'un meurtre ou d'un suicide, mais les autorités du ministère de la Magie restent sur les lieux de l'incident pour tenter de démystifier cette affaire.

Rappelons que Severus Rogue fut autrefois un Mangemort mais a été jugé et innocenté par le Mangenmagot.

Les activités se poursuivront encore à Poudlard suite à ce tragique incident, mais la sécurité du bâtiment sera largement accrue. »

Le regard figé sur la photo de Rogue, Ron et Harry se redressèrent en écartant le journal d'une main maladroite. Les yeux d'Hermione, qu'elle avait également immobilisés, rejoignirent ensuite la photo qui avait la désagréable manie d'attirer l'attention en raison de son mouvement incessant. D'un geste réservé et vertueux, elle saisit La Gazette, la plia de sorte à ce que le visage de Rogue ne soit plus visible puis le déposa à ses côtés, sur son banc.

Longuement, un silence épineux eut raison du trio. Voilà donc ce qui expliquait l'affliction qui teintait la quasi-totalité des élèves de Serpentard… Leurs trois regards abaissés sur le bois usé de la table des Gryffondor, aucun d'eux ne savait manifestement quoi dire suite à cette nouvelle contraignante. Ayant inlassablement et profondément détesté cet homme du plus profond de leur être, comment se devaient-ils de réagir en apprenant son décès? Devaient-ils forcer un deuil? Devaient-ils s'en réjouir? Partout ailleurs dans la salle, ce scoop sembla avoir suscité une seule et unanime réaction : l'instauration d'une panoplie d'hypothèses quant à son meurtrier. Le brouhaha, cependant, s'était considérablement allégé jusqu'à en devenir quasi inexistant. Ils se surprirent à devenir plutôt irrités d'entendre, à l'écart, quelques lamentations et pleurnicheries de la part du peu d'étudiants qui avaient réussi à nourrir une certaine affection envers ce détestable professeur.

Vraisemblablement, ces gens n'avaient pas vécu le supplice qu'eux, Hermione, Harry et Ron, avaient dû supporter en connaissant l'alliance de Rogue avec le Seigneur des Ténèbres. Eux, les sectateurs de leur professeur de potions, n'avaient pas vu leur meilleure amie s'effondrer sous leurs yeux en sachant pertinemment que nul autre que lui en était le responsable… Ils n'avaient pas vu en lui l'homme perfide et cruel, sans pitié et traître qu'eux, Gryffondor, avaient pu déceler aisément. Uniquement pour ces raisons-ci, les trois rouges et or s'autorisèrent à ressentir du soulagement suite à cette nouvelle ; sans Rogue entre les murs de Poudlard, Hermione ne risquait plus rien. Quoique son assassin eut sans nul doute trouvé le moyen de l'atteindre depuis l'extérieur du château… À moins qu'il ne soit justement résident dudit château…

- Malefoy, déclara Harry, résolu.

Hermione sentit ses griffes émerger de leur gouffre en lacérant sa peau. Relevant instantanément les yeux, elle planta sur Harry un regard qui lui conseillait fortement de ne pas établir d'explication plus large que l'avancement qu'il s'était permis à tort de manifester à haute voix.

- Je te demande pardon? rogna-t-elle en serrant les mâchoires.

- C'est Malefoy, renchérit-il. C'est lui, l'assassin.

Ron, à ses côtés, craignait déjà la suite de cette conversation. Ne voulant aucunement y prendre part, il roula les yeux en portant attention aux conversations d'autrui qui traitaient du sujet d'actualité. Ainsi donc, plus jamais ils ne verraient Rogue s'asseoir là, sur la chaise qu'il avait toujours occupée…

Si Harry n'avait pas été son meilleur ami, Hermione lui aurait machinalement balancé son poing au visage en y appliquant toutes ses forces. Là, maintenant. Elle n'allait certainement pas lui permettre d'accuser Drago d'un tel acte, ou du moins, pas directement devant elle. Il était peut-être capable de bien des choses de nature médiocre et déshonorante, mais assurément pas de tuer un homme. S'il n'avait en aucun cas le profil d'un Mangemort, il n'avait donc pas plus celui d'un meurtrier. Voilà ; dossier classé.

- Si tu ne tiens pas à être en froid avec moi une fois de plus, l'avertit la préfète d'une austérité ferme, je te conseille fortement de te taire, Harry.

- Ne viens-tu pas de nous demander si nous l'avons vu, ce matin même? s'acharna-t-il. Tu ne crois tout de même pas que son absence et la mort de Rogue ne sont qu'un funeste hasard, j'espère?

- Drago n'est pas un assassin!

Ron se recroquevilla, penaud. Assister à ce genre de querelle entre ses deux meilleurs amis ne semblaient pas être un des ses passe-temps favoris, surtout en mesurant le degré de rage et d'hostilité qui en émanait. Les bras croisés sur la table, il se gratta maladroitement la nuque tandis qu'Hermione, prête à bondir sur Harry, serra douloureusement les doigts dans sa propre main. Heureusement que les gens environnants étaient tout aussi captivés par leur conversation qu'ils ne l'étaient eux-mêmes, car le ton qu'avait employé Hermione aurait facilement attiré l'attention de chacun.

- Qui est-ce que ça pourrait bien être, dans ce cas? poussa Harry. Qui d'autre que lui le détesterait au point de vouloir le tuer, hein? Je serais bien curieux de l'apprendre!

- Oh, hum, je ne sais pas… ironisa-t-elle en feignant une lourde réflexion. Vous deux, peut-être? Tous les élèves qui ont été martyrisé au moins une fois par cet homme durant leur cheminement scolaire entier? Neville, par exemple? Ou, encore, les parents de Malefoy, suite à son échec pour me mettre K.O.? Oh, attendez! J'ai une autre option, la meilleure : Voldemort, peut-être bien!

Époumonée par son monologue, Hermione immisça une pause durant laquelle elle lorgnait son ami avec malveillance.

- Réalises-tu la stupidité de ta question, Harry? poursuivit-elle en plissant les yeux. Je suis prête à croire qu'il n'y a pas un seul élève (elle dressa son index devant son visage), mis à part les Serpentard, qui ne souhaitait pas la mort de cet homme au fond d'eux-mêmes! Le meurtrier, ce pourrait être n'im-por-te-qui, alors je t'interdis d'accuser Drago aussi ouvertement!

Harry se sentit fulminer. Qu'Hermione défende Malefoy jusqu'aux points d'accuser tous les autres personnes résidant à Poudlard en se comptant, lui et Ron, parmi ce lot, c'était très franchement déloyal.

- N'importe qui, hein? ragea-t-il. Personne n'est assez fou pour aller tuer un homme à cause de quelques petites moqueries comme Rogue en était capable envers Neville! Malefoy, quant à lui, ses raisons sont suffisamment solides pour…

Malgré son entêtement, l'Élu pouvait bien constater par la résignation faciale d'Hermione que ces arguments étaient aussi faibles que son refus de croire que Malefoy n'était pas le coupable.

- Merde, Hermione! C'est clair que c'est lui, non? Tout coïncide, et ses raisons seraient parfaitement justifiées! Tu voudrais bien me dire où il est, dans ce cas? Tu ne le sais pas? Eh bien, moi, je te dis qu'il est parti se cacher je-ne-sais-trop-où pour ne pas se faire pincer!

Agressivement, Hermione attrapa le journal qu'elle avait déposé sur le banc et le déplia avec brutalité. Elle parcourut l'article en surface, puis, lorsqu'elle mit le doigt sur l'information qu'elle recherchait, elle le plaqua contre la table dans le sens qui permettait à Harry de lire sans devoir effectuer une rotation désagréable de la tête.

- « Pas plus tard que hier au soir, le corps de Severus Rogue a été retrouvé sans vie dans ses appartements entre les murs de l'illustre école de sorcellerie Poudlard. » Tu as bien lu, juste là? Tu voulais savoir où est-ce que j'étais, hier soir, au même moment où Rogue aurait été tué? J'étais avec Drago! J'étais avec lui, dans sa chambre, et si tu veux tout savoir, je suis bien disposée à t'affirmer qu'il n'était pas en état de sortir pour aller assassiner Rogue!

Alors qu'Harry simula un intérêt particulier envers l'article puisqu'il ne trouvait rien à redire face à cette défense bien dressée, Hermione le lui prit des mains en un mouvement rude. Ron, tournant subitement la tête vers eux, sembla être le seul à avoir pris connaissance que la préfète venait tout juste d'avouer qu'elle avait passé la nuit aux côtés de Malefoy. Il tordit sa bouche en une moue dédaigneuse.

- Drago n'est pas un assassin, catégorisa-t-elle en se penchant par dessus la table afin de bien se faire comprendre.

D'une fougue orageuse, elle plia le journal en le froissant volontairement entre ses doigts. Puis, comme si elle se voulait de tuer un insecte irritant qui grouillait tout près de ses fesses, elle lança le journal contre son banc de toute ses forces juste avant de se lever d'un mouvement prompt. L'instant suivant, elle était partie.

J'apprécie vraiment quand tu me viens en aide de la sorte, Ron, ironisa Harry avec acerbité. Ta solidarité à ces moments-ci est frappante!

- Harry… Tu ne crois pas que tu devrais la laisser tranquille avec toutes tes théories qui impliquent constamment Malefoy?

- Ne me dis pas que je suis le seul à penser que c'est lui le responsable!

- J'en doute, vraiment… Je ne crois pas que Malefoy soit capable de quoi que ce soit qui demande une grande part de responsabilité. Tu comprends? Il n'est même pas capable de gérer son titre de préfet-en-chef avec bon sens, alors tuer un homme…

Un froid s'abattit sur les deux jeunes hommes suite aux derniers mots qu'il eut prononcés. Harry, morose, adopta une pause bien claire sur son intention de ne plus vouloir adresser la parole à son ami jusqu'à ce qu'il se défroisse. Ron, quant à lui, ignora totalement sa mauvaise humeur, portant plutôt son attention sur Dumbledore, qui venait tout juste de gravir l'estrade centrale en compagnie de tous les autres professeurs. Non, vraiment, même s'ils détestaient Rogue plus que tout, ils devaient tous deux s'avouer qu'apprendre sa mort fut un choc important… surtout lorsque chacun des enseignants s'assirent à leur siège respectif en laissant celui du maître des potions vide.

À la sortie de la Grande Salle, le ministre de la Magie et ses affiliés avaient tous disparus. Plus aucune trace d'instigateurs et de journalistes venus dresser un documentaire consistant sur les circonstances nébuleuses de la mort d'un des professeurs des plus renommés de Poudlard. L'ambiance sinistre qui avait tant inquiété Hermione à son arrivée n'était plus, mais l'inquiétude quant à l'état et la position courante de Drago persistait. Où était-il? Bien qu'elle fût nettement convaincue qu'il n'était pas celui qui avait commis ce meurtre, elle restait toutefois suspicieuse face à son implication dans cette affaire. Elle avait beau ne pas partagé l'avis d'Harry, mais elle devait s'avouer que l'absence du Serpentard et l'incident qui impliquait Rogue n'était certainement pas dû à une pure coïncidence.

Hermione entendit les énormes portes de la salle qu'elle venait tout juste de quitter se refermer en un bruit sourd derrière elle. Le directeur devait être sur le point de débuter son discours sur la catastrophe qui était survenue la soirée précédente… mais à quoi bon rester pour l'entendre? La Gazette s'était très bien chargé d'en informer le monde magique en entier, et dans tous les cas, elle n'était plus dans la possibilité d'endurer l'insipide ténacité d'Harry. Mais pour qui se prenait-il pour oser incriminer Drago d'un tel crime? La préfète pestait encore lorsqu'elle pénétra dans la salle commune des Gryffondor.

Comme elle s'en était attendue, la place était vide. Tout comme le reste de l'école à l'exception de la Grande Salle, d'ailleurs. Telle une flèche, elle fila donc vers les dortoirs des garçons, là où elle se mit à souillonner les bagages d'Harry à la recherche de la carte du Maraudeur. Il n'était pas question qu'elle patiente jusqu'à l'apparition soudaine de Drago à un moment où à un autre ; elle le trouverait elle-même et irait à sa rencontre.

Lorsqu'elle mit enfin la main sur le parchemin jauni, elle le tira du fouillis dans lequel il était niché sans se soucier des traces d'infraction qui trahissait son passage peu subtil. Énervée, elle s'assit sur le lit de son ami puis déplia la carte avec presse juste avant de marmonner l'incantation magique qui permettait son dévoilement. Ceci fait, elle l'étalât sur le matelas rigide puis fixa ses mains aux coins supérieurs de sa grande superficie. Heureusement pour sa patience peu radicale, la recherche fut rapidement clos lorsqu'elle aperçut le seul petit point isolé de tous les autres qui s'amassaient étroitement entre les murs de la Grande Salle : Drago était dans la même salle de bain où elle l'eut jadis soigné de ses blessures après son affrontement entre Harry et Ron. Il était immobile.

Sans prendre le temps de ranger le taudis qu'elle avait généré autour d'elle, Hermione bondit de la couchette du Survivant puis quitta la tour de Gryffondor d'un pas de course.

La porte menant à ladite salle de bain apparut bien rapidement aux yeux de la préfète. Haletante, elle posa une main contre le battant tandis que l'autre tentait en vain d'apaiser la crampe douloureuse qu'elle avait fait naître sur son flanc. Elle grimaça, souffrante, puis plaqua ensuite son oreille tout près de sa main dans l'espoir d'entendre ne serait-ce qu'un faible signe de mouvement, aussi faible soit-il. Seulement, le silence restait maître.

Une frousse saisissante engendra alors une quantité imposante d'images toutes aussi scandaleuses les unes que les autres sur ce qu'elle verrait lorsqu'elle franchirait le seuil. Éprise de cette crainte, Hermione combattit durement la réticence que ses gestes avaient imposés face à ses doigts qui se glissaient subrepticement vers la poignée de métal, puis la captura fermement dans sa main. Inspirant un bon coup, elle la poussa vers le bas.

Verrouillée.

L'anxiété se manifesta par un soupir lourd de charges. Retirant sa main de l'anse comme si elle s'y était brûlée, elle recula d'un pas en dévisageant la porte d'une impatience grandissante. De nouveau, elle s'en approcha pour y balancer son oreille.

- Drago…? osa-t-elle sur un ton réservé.

Aucune réponse. Ses mains se plaquèrent tout près de sa tête.

- Drago, c'est moi… tenta-t-elle en repoussant une nouvelle incertitude sur sa présence en ce lieu. C'est Herm…

Un déclic sonore fit vibrer la porte. Étant à l'affût, elle sursauta largement lorsque le son voyagea sourdement jusqu'à ses tympans pour y résonner. Prestement, elle s'éloigna d'une distance minime de la porte qu'elle s'attendit à voir s'ouvrir sur Drago dans la seconde qui suivait, mais elle ne bougea pas d'un seul centimètre. Hermione attendit alors quelques instants avant de l'ouvrir par elle-même d'une suspecte discrétion.

La pièce était vide. Du moins, d'où elle se trouvait, le Serpentard n'était pas visible. Tout en refermant la porte derrière elle, la lionne parcourut la salle de bain d'un regard circulaire à plusieurs reprises afin de s'en assurer. Lentement, tout en jetant un œil à l'intérieur des cabinets qui s'alignaient parfaitement le long du mur, elle s'avança sur le carrelage qui répétait le claquement de ses pas dans un écho tonnant. Elle s'avançait, encore et encore, le pas traînant, redoutant l'état dans lequel elle le découvrirait dans l'un d'eux.

- Drago…? poussa Hermione en ne l'apercevant nulle part.

Ses yeux rencontrèrent alors la petite portion d'un corps au-dessous d'un pan du cabinet installé au fin fond de la pièce. De ce qu'elle avait la possibilité de distinguer, quelqu'un semblait s'être assis contre le sol, le dos plaqué sur la paroi d'une cabine qui ne lui offrait que la vue limitée du bas de son corps. Devinant aussitôt qu'il s'agissait de Drago par la main blanche qui reposait tout près de ses fesses, Hermione pressa le pas afin de franchir la distance qui la séparait encore de cette dernière cabine le plus rapidement possible. Elle était inquiète de le savoir étendu là sans aucune raison apparente.

Une fois qu'elle se rendit face à sa destination, elle resta momentanément figée devant la scène troublante devant laquelle elle se crispa.

Drago était là, grossièrement assis sur le sol si bien ciré qu'il en renvoyait un reflet opalin de sa personne. Bien qu'il fut positionné de profil, Hermione put facilement déceler sur son visage un trouble si grand qu'il en était presque grotesque. Son front était barré de plusieurs grands plis au-dessus de ses yeux qui semblaient s'être asséchés sous leur obstination à ne pas vouloir se couvrir de leur paupière. Imperturbables, ils fixaient le petit mur de la cabine qui s'élevait à un mètre et demi de lui, là où le bout de ses pieds y était écrasé. Sa bouche, entrouverte, était tirée en une grimace qui ne demandait qu'être exutoire du trop grand flot d'horreurs qui semblait être responsable de son teint verdâtre. Tous ces muscles étaient contractés, lui donnant l'air d'un pantin défectueux. En fait, Hermione s'obligea bien rapidement à le toucher afin de s'assurer que son corps n'était pas devenu qu'un monceau de pierre, car l'impression qu'il était totalement paralysé se mit bientôt à l'inquiéter davantage qu'elle ne le fût déjà.

- Drago… murmura-t-elle doucement par peur que sa voix ne le fasse sursauter. Drago, qu'est-ce que tu as? Qu'est-ce qui se passe?

Elle s'était accroupit, les deux genoux contre le carrelage froid. Une main qui se voulait rassurante s'était posée sur son épaule. Hermione s'effara à le découvrir aussi tendu qu'il en avait l'air.

Visiblement, le garçon était pétrifié. Même lorsque la main de la préfète exerça une pression légèrement plus importante sur son épaule dans l'espoir de le sortir de sa léthargie, il n'esquissa pas le moindre mouvement pour lui signaler qu'il était conscient qu'elle était à ses côtés. Tracassée, Hermione s'approcha un peu plus de lui en faisait glisser ses jambes sur le sol. Ses doigts, désireux de son attention, se glissèrent jusqu'à sa nuque, là où elle se mit à caresser ses cheveux afin de calmer son état de choc.

- C'est Rogue? devina-t-elle en haussant les sourcils. C'est ce qui est arrivé à Rogue qui t'a mis dans cet état, Drago?

Pas un seul mouvement, si ce ne fut que le faible haut-le-corps qu'il eut tenté de caché en inspirant bruyamment. La jeune femme ne mit pas bien longtemps avant de comprendre qu'elle avait misé juste. Décidément, le décès de Rogue et l'attitude étrange de Drago étaient liés. Elle ignorait en quoi, mais ces deux éléments étaient liés.

- Tu sais ce qu'il s'est produit? demanda-t-elle afin de l'inciter à prendre la parole. Est-ce que c'était pour cette raison que tu n'étais pas là, ce matin? Parce que tu étais là où Rogue s'est fait assassiner?

La crainte de découvrir la vérité se mit alors à charcuter les entrailles de la préfète tandis que le Serpentard n'osait toujours pas pousser le moindre son en guise de réponse. Peu importe la raison qui avait poussé Drago à nager dans cette torpeur angoissante, elle devait être particulièrement terrifiante pour lui en arracher sa capacité de parler… De plus bel, elle se déplaça minimement afin de tenter de capturer son attention.

- Drago, réponds-moi…

Sa voix se faisait maintenant tremblotante ; c'est d'ailleurs sûrement ce détail qui incita finalement le jeune homme à lever les yeux sur elle. Encouragée par ce geste coopératif, Hermione lui adressa un mince et triste sourire afin d'influencer son envie de lui communiquer la raison de son état.

- Étais-tu présent lorsqu'il s'est fait tuer?

Drago étendit un long silence durant lequel son visage se tordit en une expression lourde d'une douloureuse réflexion. Les yeux rivés sur Hermione, il clôt finalement ses paupières en hochant la tête. Aussitôt son geste accompli, il reposa ses yeux sur le bout de ses pieds qui n'avait pas bougé depuis son arrivée. La préfète reçut l'équivalent d'un coup de pied au ventre, mais elle n'abandonna pas sa détermination à en savoir plus pour autant.

- Est-ce que tu connais le meurtrier, Drago? Est-ce que tu l'as vu?

Il ne répondit pas, ne bougea pas. Son corps se mit soudainement à devenir proie à de vives secousses qui s'apparentaient étrangement à une envie de vomir. Aussitôt, Hermione glissa de nouveau sa main sur son épaule en posant sur lui un regard chargé d'inquiétude. Heureusement pour son niveau d'angoisse, il se calma après avoir porté une main tremblante à son front qu'il se mit à masser. À cet instant exact, déstabilisée par l'état excessivement fragile dans lequel Drago était plongé, le regard de la préfète se posa sur un objet qui avait échappé à son champ de vision jusque là. Après avoir déplacé son bras, le blondinet avait ouvertement offert un poignard ensanglanté à sa vue, reposant librement là où il aurait pu passer inaperçu s'il se serait montré plus vigilant.

Un poignard. Ensanglanté. C'est uniquement à cet instant qu'elle prit également notice que la manche du chandail de Drago en était recouvert, de ce sang.

Il ne s'agissait là plus d'un « curieux hasard ». Pas après un tel enchaînement de faits.

Horrifié à l'excès, les yeux de la jeune femme s'élargirent démesurément. Puis, alors qu'un frisson de dégoût fit naître en elle une boule qui alla se loger dans sa gorge, elle s'écarta de lui, se laissant mollement choir sur le sol en retirant ses pieds d'en dessous de ses fesses. D'un calme épatant, elle le fixait, sans ciller, hagard, espérant trouver sur son visage une quelconque lueur qui aurait le pouvoir de la contredire sur les pensées horribles qu'elle venait de mettre en scène dans son esprit suite à la découverte de cette arme blanche.

Non, ça ne pouvait pas être…

Drago, atteint par l'impact du silence qu'Hermione étendit, releva de nouveau les yeux sur elle. Le blanc de ses yeux ainsi rougis, il en disait bien long, d'ailleurs suffisamment long pour que les peurs de la Gryffondor de voient bientôt confirmées. Voulant cependant en être certaine, elle se donna un courage convenable afin de lui demander des explications :

- Qu'est-ce que ça veut dire, ça? balbutia-t-elle en désignant le couteau tranchant de son menton.

Il n'eut même pas à toiser l'objet qu'elle avait désigné qu'il sut qu'il s'agissait du couteau qu'il avait amené avec lui dans la salle de bain. Soutenant son regard, ses lèvres se mirent à trembler, détail qu'il cessa rapidement lorsqu'il les pressa étroitement l'une contre l'autre. Puis, grimaçant en résultat au calvaire psychologique qu'il subissait, il inspira un bon coup juste avant de soupirer ces mots :

- Je n'en pouvais plus…

À peine eut-il fini sa phrase qu'Hermione s'était déjà relevée, épouvantée. Le dos tourné, elle se dirigea d'un pas titubant vers les lavabos qui étaient suspendus au mur face à celui qui retenait les cabinets, les mains plaquées contre sa bouche qu'elle avait ouverte par cette choquante surprise. Elle était si outrée qu'elle ne remarqua pas instantanément que Drago pouvait aisément la voir depuis le reflet qu'envoyait le miroir accroché au-dessus des éviers. Ce n'est que lorsqu'elle le vit, là, dépité, la lorgner avec pitié dans les yeux, qu'elle trouva la force nécessaire afin de pivoter sur elle-même.

- Co… comment as-tu pu faire une… une telle chose? souffla-t-elle tandis que sa vue s'embrouillait sous l'accumulation de larmes.

Faible, le Serpentard détourna son regard en sentant ces mots trancher chacune de ses veines.

- C'est fini, maintenant… murmura-t-il dans l'espoir de se rassurer qu'il avait fait la bonne chose. (Il tourna la tête vers elle.) Il ne nous fera plus aucun mal, ni à toi, ni à moi…

- Tu as tué un homme, Drago!

Sa voix tonna comme un orage, résonnant douloureusement dans l'écho de la salle de bain. Drago, sentant son corps se faire ruer seconde après seconde de ce son strident, se recroquevilla aussitôt. Les jambes rapidement repliées contre elles-mêmes, ses coudes allèrent se poser contre ses genoux afin que ses doigts puissent retenir l'immense pierre qui lui servait de tête. Il ne pleurait pas, non. L'agonie qu'il ressentait ne lui permettait plus d'uniquement pleurer pour tenter de s'apaiser.

Le silence s'abattit. Seule la massive respiration d'Hermione pouvait être entendue. Elle se tenait qu'à quelques mètres de lui, posant sur sa personne un regard saturé de reproche et de honte, mais surtout d'effroi. Jamais elle n'aurait cru Drago capable d'une telle chose.

- Je n'ai pas tué un homme… déclara le Serpentard de sa voix vacillante. J'ai tué une ordure, j'ai tué un salopard qui ne méritait rien d'autre…

- Tu as fait le travail d'un Mangemort…

Il releva subitement la tête, toisant la lionne avec indignation. Ces mots l'eurent profondément humilié, mais surtout blessé.

- Qu'est-ce que tu racontes? fit-il d'une voix brisée.

- Ne me regarde pas comme ça, lui ordonna Hermione sur un ton instable, car c'est exactement ça, que tu as fait ; tu as agis comme un Mangemort aurais agis dans un cas semblable.

L'abomination qu'elle ressentait à l'égard de son geste la poussa à le dévisager avec une forte aversion, ne se doutant pas que celui qui recevait ce regard dégoûté de plein fouet se sentait mourir à petits feux. Ébranlé par l'abjection qui teintait ses prunelles, Drago la lorgna à son tour en étirant une longue pause. Comment pouvait-elle le regarder ainsi? Après tout, il avait commis ce meurtre dans le but de venger tous les torts que Rogue lui avait causés, mais également pour châtier le mal qu'il avait infligé à Hermione… Et voilà qu'elle lui démontrait sa reconnaissance en l'étiquetant à un Mangemort? Il l'avait sauvée, encore et encore… et… c'était ça, sa récompense? Non… Pour tout le courage que cette décision lui eut requis, il ne laisserait personne négliger les bienfaits des conséquences, et encore moins le traiter de monstre qu'il n'était pas… Oui, il s'était sali les mains, mais ce, juste pour elle.

- Si je n'aurais pas eu le bon sens de le faire… débuta-t-il en sentant une rage naissante faire palpiter ses tempes.

Il s'interrompit, subjugué par le ressentiment. Lentement, il se leva, tête baissée, en s'appuyant sur les murets de la cabine, affaibli, malade, chétif. Hermione l'observa sans même esquisser un seul geste pour l'aider, presque apeurée de se trouver en sa présence. Lorsqu'il fut enfin sur ses deux pieds, il releva la tête, poussant la jeune femme à reculer d'un pas lorsqu'elle rencontra son regard dément.

- …alors ce serait TOI qui serais morte! vociféra-t-il.

- Et MOI, je ne t'ai jamais demandé de tuer Rogue, Drago!

Drago fronça les sourcils, outré. Son menton se mit soudainement à trembler, incapable d'en supporter davantage. Il pivota mollement afin de faire face au mur avec lequel il s'était aidé afin de se lever, puis y croisa ses avant-bras à la hauteur de son front en s'y laissant choir. Son visage se crispa dans l'intimité de ses bras, retenant un hurlement de fureur, des larmes de détresse, une nausée d'écœurement. À quoi bon s'accrocher…

- Je ne t'ai pas demandé de… débuta Hermione sur un ton plus posé.

- Tais-toi.

Sa voix ne fut qu'un murmure, mais Hermione l'entendit parfaitement. Offensée par son ordre, elle se renfrogna en serrant les mâchoires.

Quelques secondes plus tard, déterminant qu'elle n'avait plus rien à faire dans cette pièce, elle parcourut quelques pas en direction de la sortie dans l'intention de le laisser dans sa misère. Hermione n'arrivait pas à croire que la soirée d'avant, quelques heures plus tôt, ils faisaient l'amour avec passion, avec sensualité, avec chaleur et confort… Et voilà que maintenant, tout ne semblait jamais avoir eu lieu.

- Où est-ce que tu vas? demanda aussitôt Drago en sortant de la cabine, désabusé.

La préfète s'arrêta, jouant nerveusement avec ses propres doigts. Elle dût se mordre la lèvre pour ne pas se mettre à pleurer.

- Je crois que nous avons chacun besoin de rester seuls pour un moment, déclara-t-elle en jetant un œil par-dessus son épaule.

Tandis que le Serpentard démontrait un désaccord facial parfait avec ce que la lionne venait de proposer, elle poursuivit son chemin vers la porte de la salle de bain en crachant sur son malaise à le laisser seul dans un tel état.

- Hermione, s'il te plait, la supplia-t-il en la rattrapant. Je t'en prie, ne me laisse pas seul…

Il saisit sa main, espérant par ce geste l'inciter à rester à ses côtés. Hermione, en sentant ses doigts froids se refermer autour de son poignet, baissa la tête, résignée. Quelque chose l'empêchait de le regarder, comme si elle craignait être prisonnière de cette image d'assassin que Drago s'était lui-même forgée. Serait-elle capable de voir autre chose en lui que le meurtrier qu'il était devenu?

Lorsqu'elle se retourna, elle eut l'horreur de constater que non. Dans le bref coup d'œil qu'elle lui accorda, elle eut la folle possibilité de déceler de fines gouttelettes de sang qui gâchait sa peau immaculée. Du sang qui n'était pas sien.

- Laisse-moi partir, râla-t-elle, la gorge serrée.

Drago, paniqué à l'idée de la voir partir définitivement, serra l'étreinte de sa main en la rapprochant de lui avec impulsivité.

- Hermione…

- Drago, LÂCHE-MOI! s'écria la jeune femme en évacuant un sanglot.

Brusquement, elle se libéra de sa poigne en reprenant possession de son bras. Massant son poignet endolori, elle lorgna le Serpentard avec mépris, hoquetant sous la brutalité des pleurs qu'elle retenait fermement.

Électrifié par la rage qu'elle eut manifestée à son égard, le blondinet recula d'un pas. Son corps tremblait de sourde panique tandis qu'il regardait Hermione reculer en le dévisageant. Elle pivota vivement et quitta la salle de bain en claquant la porte derrière elle.

Que venait-il de se passer? Venait-elle de le rejeter telle une vulgaire poupée de chiffon? Pourquoi avait-elle hurlé? Pourquoi l'avait-elle dévisagé avec cette hargne tortueuse? Pourquoi ne s'était-elle pas excusée? Pourquoi ne revenait-elle pas? Pourquoi ne franchissait-elle pas la porte, là, pour revenir à lui? Pourquoi ne démontrait-elle pas la même ténacité qui l'avait toujours ramené à lui dans les cas qui requérait constamment une aide comme la sienne? Pourquoi là, maintenant, elle faisait défaut aux coutumes qu'elle avait instaurées? Pourquoi l'avait-elle abandonné? Pourquoi le laissait-elle dans cette horrible condition?

La dernière raison qui le poussait encore à conserver l'espoir que tout entrerait dans l'ordre échappa soudainement à son emprise. Sans le vouloir, Lucius, Narcissa et le défunt Rogue venaient tout juste d'obtenir ce qu'ils s'étaient voulus d'instaurer par un autre moyen : rendre Hermione Granger dans l'incapacité d'intervenir dans la mission de Drago. Seulement, la Gryffondor aura elle-même appliqué cette réticence.