Mais qu'est-ce qui vous est arrivé? Uniquement deux reviews sur le dernier chapitre... Avoir su qu'avoir trois jours de retard aurait cet effet-là sur mes lecteurs, je n'aurais pas lésiné... Je peux compter sur vous pour commenter celui-ci? C'est très bientôt fini, vous savez? Plus que trois chapitres, et c'est la fin!

J'espère que ce chapitre-ci vous donnera envie de m'écrire un petit commentaire!


Chapitre 40 - Le début de la fin

Le feu dansant dans l'âtre était étrangement méditatif. D'ailleurs, puisqu'elle était seule depuis l'heure et demie qui s'était étirée une fois que les horloges eurent sonné les douze coups de minuit, elle eut l'opportunité d'étirer longuement cette méditation, mais peut-être était-ce simplement parce qu'elle se sentait horriblement isolée et dépitée que ces flammes gaies avaient le pouvoir d'amplement l'apaiser. Étendu contre son flanc sur une ottomane carmin positionné face au foyer, Hermione fixait ces langues de feu de ses yeux aussi rougis que l'était actuellement l'ambiance globale de la salle commune des Gryffondor. Le visage ténébreux, les banderoles rougeoyantes qui s'agitaient ne cessaient de lui rappeler quelques bribes de son passé proche, celui qu'elle avait passé avec Drago mais qu'elle ne pouvait se résoudre à étirer plus longtemps qu'elle ne l'avait fait.

Elle, Hermione Granger, amoureuse d'un Mangemort? Et ses principes si fidèles, où les entreposait-elle? En fait, ce n'était pas pour cette raison qu'elle culpabilisait à un point tel qu'elle aurait voulu tout effacer. La raison de son état désenchanté, ce n'était nulle autre que l'aveu de Drago sur l'identité de l'assassin de Rogue. Peut-être avait-elle réussi à vivre sans problème en sachant pertinemment qu'elle était amoureuse d'un disciple fidèle au sorcier le plus terrifiant de tous les temps, mais en revanche, poursuivre sa route en se répétant mentalement que la personne dont elle était amoureuse était un meurtrier, ça, elle n'en avait pas la force.

Elle avait honte d'abandonner Drago dans une telle situation, mais contrairement à son refus de l'accompagner à la Cabane Hurlante quelques mois plus tôt, cette fois-ci, elle ne reviendrait pas sur sa décision. Elle ne pouvait plus aller devant, elle ne pouvait plus l'aider, car tout devenait un cauchemar de plus en plus réel. Et cette mission… celle qui concernait son meilleur ami, celui avec qui elle avait traîné durant ces six dernières années… Hermione ne pouvait pas trahir cette si longue amitié pour une frivole amourette de quelques mois. Les deux poids dans la balance étaient franchement instables, et absolument tout faisait pencher sa loyauté du côté d'Harry plutôt que celui de Drago.

Hermione croisa ses bras sous son menton et les nicha solidement à l'accoudoir de l'ottomane. Quand viendrait le temps où elle cesserait de pleurer pour lui? Elle se mordit douloureusement la lèvre lorsqu'elle sentit un sanglot sur le point de s'extérioriser. C'était si dur, de ne pas se lever afin d'aller retrouver le Serpentard… C'était si insoutenable, de rester là, en sachant que Drago était au bord d'un précipice, encore plus seul qu'elle ne l'était elle-même… C'était si invivable de rester cloîtrée dans sa tour d'ivoire même après la révélation des sentiments du blondinet à son égard… Elle n'aurait qu'à se redresser et à franchir le portrait de la grosse Dame afin d'aller le rejoindre, mais même malgré sa lourde peine, elle savait que de ne rien faire était la meilleure des solutions à adopter.

Elle soupira bruyamment, soupir qui se transforma en un gloussement de surprise lorsqu'elle entendit une voix masculine briser le silence des petites heures de la nuit :

- Ron!

Alarmée par la panique qui avait teinté la voix qu'elle devina à être celle d'Harry, Hermione se releva prestement en jetant un regard inquiet vers les escaliers qui menaient aux dortoirs des garçons. Celui qui avait poussé ce cri ne mit pas bien longtemps avant de dévaler les marches d'une hâte singulière.

- Qu'est-ce qui se passe, Harry? paniqua Hermione.

- Ron! répéta le Survivant en s'agrippant aux bras de la préfète. Est-ce que tu l'as vu?! Sais-tu où il est?!

- Je… Non, non, Harry, je ne sais pas! fit-elle sur un ton confus. Pourquoi? Que se passe-t-il? Lui est-il arrivé quelque chose?

Harry libéra Hermione se son étreinte et se mit à exécuter nerveusement les cent pas en jetant des regards dans chaque recoin de la pièce. Il porta rapidement ses deux mains à sa tête, affolé.

- Oh, sac à gargouilles… marmonna-t-il sous le regard angoissé de la jeune femme. Oh, non, oh, non, non, non…

- Harry, par tous les mages, qu'est-ce qui se passe? renchérit Hermione en jouant convulsivement avec ses doigts. Vas-tu me parler, bon sang?!

Derrière eux, deux Gryffondor firent irruption dans la salle commune par les mêmes escaliers qu'il avait précédemment dégringolée, alertés par la soudaine panique de leur camarade.

- Qu'est-ce que tu as, Harry? demanda Seamus, les sourcils froncés.

L'Élu se retourna vivement et s'approcha de lui et de Dean en un grand pas pressé.

- Avez-vous vu Ron? déboula-t-il en haussant les sourcils. Avez-vous vu Ron, dernièrement? Dans les dernières minutes?

- Je l'ai vu quitter sa couchette durant la nuit, expliqua Dean tandis que Seamus dévisageait Harry avec incrédulité. Il doit uniquement être au petit coin…

Un long silence s'étendit sur les quatre Gryffondor tandis que chacun dévisageait Harry avec scepticisme. Lui, ne sachant pas où donner tête, resta longuement immobile. Après un certain temps qui lui permit de se calmer, il afficha un sourire complètement faux. C'est exactement à ce moment qu'Hermione détermina qu'il avait sûrement été victime d'un de ces rêves inquiétants qui s'avéraient trop souvent à être véridiques.

- Oui, vous avez raison, céda-t-il en tapotant l'épaule d'un. Désolé de vous avoir réveillé, les gars. J'ai… C'était sûrement qu'un cauchemar.

- Heu, d'accord… fit Seamus en haussant un sourcil. Sans rancune…

- Ouais, c'est ça, trancha Harry. Bonne nuit.

Après un dernier échange de regards songeurs, Seamus et Dean quittèrent la salle commune et regagnèrent les dortoirs des garçons. Aussitôt après s'être assurée qu'ils ne risquaient plus d'entendre quoi que ce soit, Hermione saisit l'épaule d'Harry et le força à lui faire face.

- Harry, à quoi as-tu rêvé? demanda-t-elle le plus sérieux du monde.

- Ron, déclara-t-il simplement. Il est en danger, en grand danger. (Il se dirigea vers un sofa. Hermione, attentive, le suivit.) C'est flou, très flou, mais… Ron est dans la forêt interdite, je l'ai vu. (Hermione fronça les sourcils, peu rassurée.) Ce n'est pas qu'un rêve, j'en suis certain. C'était beaucoup trop réel, beaucoup trop…

En un mouvement brusque, Harry s'assit. La préfète, tourmentée, s'accroupit à ses côtés puis garda équilibre en s'agrippant à l'accoudoir.

- En es-tu certain?

- Oui! s'impatienta-t-il en hochant frénétiquement la tête. Comment expliquerais-tu son absence, dans d'autres cas? Pourquoi quitterait-il les dortoirs en plein milieu de la nuit, peux-tu me dire? Il est là-bas, je le sais. Il s'y est peut-être rendu sous l'influence de l'Imperium ou je-ne-sais-quoi… Je dois aller le sortir de là! Je suis le seul qui puisse l'aider!

Du même mouvement qu'il eut adopté pour s'asseoir, Harry se releva. Au même instant, Hermione en fit de même et plaqua ses mains sur ses épaules afin de freiner son élan d'inconséquence.

- Non, attends! s'exclama-t-elle. Et si… et si tout ça… ce n'était qu'un piège?

- Un piège? Comment se pourrait être un piège, Hermione?

- La mission de Drago, Harry! poussa-t-elle d'une agressivité involontaire. Et si Voldemort voulait que tu aies cette vision afin que tu t'y rendes, dans la forêt interdite?

Elle n'arrivait pas à croire qu'elle était elle-même en train d'enfoncer Drago dans un trou, mais elle ne pouvait pas laisser Harry se rendre là où il risquerait sa vie.

- Et si Drago t'attendait, là-bas? poursuit-elle. Tu te souviens ; il était question d'un second duel entre toi et lui…

- Et alors? Et si, au contraire, tout ça était vrai? Oui, je reconnais que l'adon entre le duel de Malefoy et moi et mon rêve concernant Ron serait plutôt maladroit, mais tout de même… Où est Ron, dans tout ça? Ça a peut-être un lien, mais je ne peux pas me résoudre à des suppositions et le laisser se faire tuer!

- Mais c'est toi qui vas te faire tuer si tu te rends là-bas!

- Alors ç'aurait été pour une bonne cause ; je ne peux pas laisser Ron mourir!

Apeurée, Hermione dégagea ses mains de sur ses épaules puis enfonça ses poings contre ses hanches. Elle ne savait que faire pour empêcher Harry de se rendre dans la forêt interdite, mais elle pouvait déjà déterminer que c'était une cause perdue. Pourquoi était-elle certaine que tout ça n'était que manipulation pour inciter le Grand Survivant à se jeter dans la gueule du loup? Comme l'avait dit Dean, Ron n'était probablement qu'installé sur un bol de toilette…

- Ce n'est peut-être qu'une illusion! s'écria Hermione, en perte de patience.

- Arrête de me dire ça! vociférât-il en perdant son sang-froid. Tu ne veux pas m'aider à le sortir de son pétrin? Très bien! Mais moi, je vais m'y rendre, et tu ne pourras rien faire pour m'en empêcher!

Sans lambiner une seule seconde de plus, Harry tourna les talons et se dirigea vers le portrait de la grosse Dame d'un pas rageur. Hermione, craignant plus que tout pour sa sécurité, tapota nerveusement du pied durant l'espace d'une demi-seconde, soucieuse, puis, d'un élan résolu, sortit sa baguette magique et la pointa sur lui.

- Désolée, Harry… marmonna-t-elle. Stupéfix!

Harry n'eut même pas le temps de faire un seul pas de plus qu'un éclair électrique rouge jaillit de la baguette d'Hermione et le frappa entre ses omoplates. La seconde suivante, il était complètement figé.

Regrettant que très faiblement cette traître attaque, Hermione abaissa sa baguette en inspirant un bon coup. Harry ne serait certainement pas d'une humeur très vive lorsque quelqu'un lui permettrait enfin de bouger de nouveau, mais elle n'avait pas à s'en vouloir ; c'était uniquement pour son bien. Ron était sûrement en sécurité, tout comme la totalité des étudiants de Poudlard. En revanche, Drago, lui, risquait beaucoup si son ennemi ne se pointait pas au lieu de son rendez-vous. Alors, tandis que son inquiétude vis-à-vis Harry s'était éteinte, celle envers Drago s'attisa soudainement.

Ses ressentes réflexions ne semblaient plus avoir aucun sens, pour elle. Allait-elle le laisser périr entre les mains de Lord Voldemort par sa faute?

Certainement pas!

Armée de son courage et de sa détermination, Hermione passa tout près du corps immobile d'Harry et franchit le portrait de la grosse Dame.

En moins de temps qu'il ne fallut pour le dire, la Gryffondor était déjà dans la cours extérieure du château. Elle devait avouer que les passages secrets de Poudlard lui étaient d'une grande utilité, surtout maintenant que chaque sortie était surveillée par un représentant du ministère de la Magie depuis l'annonce de la mystérieuse mort de Severus Rogue. De plus, l'idée de devoir affronter un Auror entrainé ne l'enchantait aucunement, et ce encore moins en sachant qu'elle se devait de rejoindre le plus rapidement possible le garçon qu'elle aimait plus que tout.

La deuxième heure de la nuit expliquait parfaitement l'épaisse obscurité du parc, mais en aucun cas la lueur verdâtre qui traversait la masse d'arbres dense qui marquait la lisière de la forêt interdite. Comme subitement liée à un lourd boulet de canon, sa course se ralentit tandis qu'elle lorgnait avec frayeur l'étendue de cet éclat inquiétant. Hermione tenta tout de même de ne pas se laisser submerger par la peur, décidée à venir en aide au Serpentard. Elle ignorait ce qu'elle pourrait bien faire pour l'aider, mais elle tenterait inévitablement de le dissuader d'accomplir sa mission… De toute façon, Harry était dans l'incapacité de se rendre à son lieu de rendez-vous.

Son cœur bondit brutalement lorsqu'elle aperçut une silhouette noire se détacher de l'ambiance toxique et menaçante. Il était là, c'était lui, Drago! Saisie d'un malaise qui provoqua dans sa tête une horrible migraine, elle grimaça sous le pénible effort que lui requérait maintenant sa course. Cependant, lorsqu'il ne resta plus que quelques mètres avant d'atteindre la lisière de la forêt, elle se permit enfin de ralentir son allure. Elle se devait maintenant de rester aussi discrète qu'une souris pour ne pas se faire repérer.

Cachée derrière un tronc massif, Hermione observait Drago s'éloigner entre les arbres avec une sourde terreur au creux du ventre. Tout en prenant bien soin d'appliquer un maximum de précautions nécessaires, la jeune femme le suivit, maudissant les feuilles sèches qui crépitaient sous son poids et qui risquaient par le fait même de trahir sa présence. Le Serpentard sembla d'ailleurs en prendre notice, car son pas se fit soudainement beaucoup plus rapide et impatient. À ce stade-ci de sa mission, il devait sûrement croire que la personne qui le suivait n'était nulle autre qu'Harry… Dans le cas présent, il ne devait donc aucunement se douter qu'Hermione était en train de lui mettre des bâtons dans les roues, et ce, délibérément.

Drago jeta un œil par-dessus son épaule. Aussitôt, la préfète gloussa faiblement en s'agrippant à un arbre, les cheveux dressés sur la tête. Une longue tranquillité s'ensuivit, donnant l'occasion à Hermione de réaliser à quel point ils s'étaient profondément enfoncés dans cette occulte forêt. Des bruits lointains et mystérieux lui serraient les tripes, le vent sournois lui donnait des sueurs froides… Tout pour ne pas se sentir en sécurité. Elle tremblait et avait froid. Après quelques secondes supplémentaires, après avoir constaté que Drago s'était sûrement arrêté afin d'analyser les alentours, le bruits de ses pas reprit, allégeant le stress qui s'était emparé de son corps.

Derechef, Hermione sortit de sa cachette afin de le suivre, et fut plutôt soulagé de s'arrêter, quelques secondes plus tard, lorsque Drago en fit autant. Au beau milieu d'une clairière d'une quinzaine de mètres de diamètre, il lui tournait le dos et reprenait visiblement son souffle. Tout yeux tout oreilles, elle s'accroupit doucement contre le sol dans l'intention de garder une plus grande stabilité. Ses doigts allèrent s'agripper contre le tronc tandis qu'elle permit à son regard de balayer la scène qui se présentait à elle avec une plus grande attention. Elle ignorait totalement ce qui allait se produire dans les prochains instants, mais son petit doigt lui indiquait fermement qu'il serait grandement préférable qu'elle ne se fasse pas entrevoir.

Et bien évidemment, Ron ne se trouvait pas là, en danger de mort, comme l'avait cru Harry.

Drago sortit sa baguette magique de sa poche si furieusement qu'Hermione aurait juré qu'elle lui mangeait la cuisse. Plissant les yeux, elle le toisait avec clémence. Il semblait si affolé, si vulnérable, si fragile… Comment eut-elle pu penser le laisser à son propre sort même si cette pensée ne l'eut caressée que durant l'espace de quelques minutes? Il n'était pas maître de son destin! Ce n'était pas lui, qui avait choisi de devenir Mangemort et ainsi de subir tout ce à quoi il fut forcé de faire face! Alors comment eut-elle pu laisser une cruauté si vive s'emparer d'elle à l'égard d'une âme corrompue telle que la sienne?

Un bras tremblotant s'éleva dans les airs. Aiguisée, Hermione s'arracha à ses propres réflexions afin de ne rien manquer à ce à quoi elle s'apprêtait à assister. Drago semblait hésiter, mais sa baguette, tendue vers le ciel, émettait déjà un éclat vert et aveuglant.

- Morsmorde! hurla-t-il.

Dans une explosion de lumière qui rendit le paysage momentanément aussi blanc que neige par son éclat scintillant, une Marque des Ténèbres géante se dessina dans le ciel. Après avoir permis à ses yeux de s'habituer au retour d'une faible luminosité, Hermione retira son bras suspendu au-dessus de ses yeux puis posa dans la mer d'étoiles un regard complètement horrifié. Un souvenir horrible traversa son esprit : l'attaque des Mangemorts lors de la Coupe du Monde de Quidditch… Drago venait-il véritablement de donner un signal afin qu'une telle chose se reproduise?! Complètement hors d'elle, Hermione se releva dans un élan irréfléchi puis sortit de son refuge afin de rejoindre le criminel.

- Mais qu'est-ce que tu fabriques?! tempêta-t-elle en agitant les bras dans tous les sens. Qu'est-ce que tu viens de faire là?!

Drago se retourna d'une vitesse aussi fulgurante que l'éclair. Lorsqu'il aperçut Hermione s'approcher d'elle, ses yeux prirent la dimension de deux souafles. Non, vraisemblablement, il ne s'attendait aucunement à ce que ce soit Hermione qui débouche de la forêt pour venir à sa rencontre…

- Qu… Hermione?! Qu'est-ce que… QU'EST-CE QUE TU FOUS LÀ? hurla-t-il en la rejoignant. Va-t-en d'ici!

Aussitôt qu'il ne fut plus qu'à un mètre d'elle, il se jeta dans ses bras pour la saisir brutalement par les épaules. Rouge de panique, il serra ses doigts autour de ses bras.

- Tu vas tous nous tuer, Drago! perça-t-elle en sentant une fumée épaisse sortir de ses oreilles. Qu'est-ce qui te prend, de faire apparaître une telle chose au-dessus de notre école?! Es-tu simplement conscient de…

- Tu ne sais absolument rien! Rien, rien, rien du tout! Va-t-en, Hermione! Va-t-en pendant qu'il est encore temps! MAINTENANT!

Promptement, il la repoussa. Cependant, contrairement à l'effet qu'il aurait escompté, Hermione ne capitula pas. Au contraire, elle se rua de nouveau sur lui, frustrée et aucunement prête à renoncer.

- Non! Je ne quitterai pas! Pas avant que tu retires cette horreur de là! Enlève-la! Immédiatement! Tu vas tous nous tuer!

- Tu n'as absolument rien compris! aboya le Mangemort avec une fureur hors du commun. Je ne peux PAS faire ça! Va-t-en! Fiche-moi la paix et dégage d'ici, bordel! Je t'en supplie, fais ce que je te dis ou tu vas te faire tuer!

- Nous allons tous creuver si tu ne retires pas cette Marque des Ténèbres de là, de toute façon!

- Satanée de cabocharde! Hermione, VA-T-EN! Je ne pourrai pas supp…

Drago se tut soudainement, comme s'il venait d'avaler quelque chose de travers. La Gryffondor, alarmée par ce changement de comportement brutal, tenta de le garder redressé lorsqu'il menaça de s'effondrer contre le sol. Les sourcils froncés, son cœur se mit à cogner contre sa poitrine avec véhémence.

- Drago…? couina-t-elle. Qu'est-ce que…?

Brusquement, après avoir pratiqué une grimace souffrante, le Serpentard se cambra violemment vers l'arrière et échappa à l'étreinte de la préfète. Dans un grand bruit sourd, il s'affaissa sur le sol terreux, respirant avec difficulté. Choquée par ce à quoi elle assistait, Hermione recula de quelques pas maladroits, ne sachant pas que faire devant l'attitude étrange de Drago.

- Mais qu'est-ce que tu as…? demanda-t-elle en osant enfin s'approcher.

À ce même moment, le corps de Drago se convulsa rudement en entamant de complexes contractions. Aussitôt, Hermione se recula une nouvelle fois, une main plaquée contre son cœur qui se débattait avec une ardeur sans pareille. Puis, comme si un esprit invisible assenait le blondinet de cruels coups de couteau, il se mit à geindre, puis à gémir pour finalement se mettre à crier et à hurler. Tout ça, il le faisait en se tortillant dans tous les sens, recroquevillé contre sa propre personne, torturé, assailli.

La main libre d'Hermione alla se plaquer contre sa bouche, complètement horrifiée par sa conduite inhabituelle et critique. Instantanément, des larmes se mirent à couler le long de ses joues gelées, ne sachant pas quoi faire pour stopper son supplice. Elle était terrifiée.

- Drago… sanglota-t-elle en plaquant ses mains contre ses oreilles, déchirée par ses hurlements.

À un moment où ce spectacle devint insupportable, la Gryffondor s'approcha de lui dans l'espoir de pouvoir apaiser son état, mais elle reçut le revers d'une main en pleine figure lorsqu'elle s'accroupit à ses côtés. Ses fesses gagnèrent rapidement le sol, déstabilisée par cette claque inattendue. Une main contre sa joue, elle utilisa l'autre afin de se traîner quelques mètres plus loin du corps agité de Drago, crispant son visage sous l'effort de ne pas hurler afin que tout ce mauvais cinéma cesse sur-le-champ. C'était un affreux cauchemar qui se matérialisait sous ses yeux…

Au bout de quelques secondes qui semblèrent s'étendre sur une éternité, Drago se calma considérablement, tressautant faiblement à intervalles réguliers. Ses cris ne redevinrent qu'un faible gémissement, et ses membres, raidis comme du fer, étaient immobiles. Il semblait avoir été victime d'une épouvantable crise d'épilepsie. Hermione toisa avec crainte ses doigts blanchâtres qui s'étaient tous écartés les uns des autres à la manière de deux serres d'aigle prêtes à capturer une proie, devinant que Drago dût clairement avoir passé un moment lancinant. Mis à part ce détail, il semblait avoir regagné son état normal ; sa respiration haletait encore cependant sous l'effet de son délire achevé.

Précautionneusement, la Gryffondor s'avança vers son corps tranquillisé d'une démarche d'animal craintif. Elle ignorait s'il se remettrait à agir étrangement comme il l'avait fait, mais elle espérait de tout cœur qu'elle n'ait pas droit à cette scène une seconde fois. Tout en s'approchant, elle restait très alerte, alerte à un quelconque mouvement ou à une quelconque mimique faciale qui pourrait lui indiquer une réaction future. D'ailleurs, celle qu'il arborait à l'instant même se mit grandement à l'inquiéter ; tous ses traits étaient tirés en une contorsion martyrisée, les yeux clos, mais graduellement, elle se défit, comme si son mal prenait fuite. Même sa respiration, précédemment très active, s'adoucit instantanément. D'un instant à l'autre, en un claquement de doigt, il semblait soudainement s'être tout simplement endormi.

- Drago… osa Hermione d'une voix moindre lorsqu'elle ne fut qu'à un demi mètre de son corps. Est-ce que tu m'entends?

Aucune réaction. La peur assena alors davantage la pauvre jeune fille qui ne tarderait pas bien longtemps avant de crouler sous la tension. Chacun de ses membres tremblaient. Elle savait qu'elle était maintenant en danger, car elle savait qu'elle se trouvait au beau milieu du plan que Voldemort avait lui-même dressé pour son apprenti. Toutefois, même malgré cette parfaite conscience, elle ne pouvait se résoudre à quitter les lieux en laissant Drago ainsi, d'apparence inconscient et affaibli. Donc, avec vigilance, elle continua de s'approcher du Serpentard, prête à le soutenir et lui venir en aide s'il ne se trouverait pas en état d'agir en connaissance de cause.

Mais subitement, sans s'y être le moindrement attendue, Drago ouvrit les yeux comme s'il venait tout juste de se faire électrocuter. Seulement, arrachant un gloussement de terreur à Hermione, elle n'y vit pas les deux habituelles sphères bleues grisées qui l'avaient séduite ; non, elle y vit deux fentes, deux minces fentes noires au beau milieu d'une étendue écarlate.

Avant même qu'elle n'eut pu esquisser le moindre mouvement de recul, Drago saisit étroitement la gorge de la Gryffondor de son pouce et son index, étouffant par ce même geste le cri d'horreur qu'elle n'eut qu'à peine le temps de pousser. Aussitôt, ouvrant démesurément les yeux par la douleur de l'étouffement soudain dont elle fut victime, elle agrippa ses deux mains délicates au poignet du blondinet en tentant de les lui arracher de son cou, mais ses efforts étaient franchement vains. Aussi insensible que s'il aurait été recouvert d'une peau de cuir, il se redressa en fixant de ses yeux injectés de sang le visage épouvanté d'Hermione, serrant toujours plus fort. Un grand mépris teintait maintenant ses traits, et tandis que la pauvre jeune femme griffait maladroitement la peau des bras de son agresseur en tentant de respirer, celui-ci, d'une puissance indomptable, lui saisit les deux poignets d'une seule main. Elle adopta une grimace hautement torturée lorsqu'elle entendit ses articulations émettre un sourd craquement.

- Toi… cracha-t-il d'une voix qu'elle ne lui reconnaissait pas. Après tout ce que tu as subi, tu n'as pas encore lâché prise! Saleté de Sang-de-Bourbe répugnante!

Hermione tordit son front, estomaquée, confuse, souffrante. Tout ce mit à vaciller autour d'elle, tout se mit à devenir flou, instable. Des larmes coulaient en abondance, chaudes, brûlantes, tranchantes. Sa gorge n'était plus qu'un conduit écrasé par une trop grande pression et sa tête allait bientôt exploser…

- Une racaille de ton espèce ne devrait JAMAIS pouvoir s'approcher des Sang-Purs tel que moi… Tu as tellement été nuisible que je me ferai un plaisir de t'éliminer sur-le-champ!

Sa vue se brouilla soudainement par le trop plein d'eau qui s'y était logé. Sa tête émit un sourd vrombissement et ses tympans devinrent deux tambours dont les battements s'étouffaient au cours des secondes. Était-ce vraiment Drago qui était là, en train de la tuer?

- Avada Keda…

- EXPELLIARMUS! rugit une voix lointaine qui ne parut qu'être une rumeur.

Une immense bouffée d'air lui monta à la tête, l'assommant à un degré peu négligeable. Maintenant libérée de l'étreinte de Drago qui s'était violemment fait précipiter contre le tronc d'un arbre, Hermione resta momentanément immobile, contre son dos, à tenter de retrouver son souffle qu'elle ne trouvait pas. Puis, comme si le bouchon qui bloquait son œsophage s'était propulsé hors de sa bouche, elle inspira brusquement en un bruit rauque et fort juste avant de se mettre à tousser avec frénésie.

- Ne bouge pas de là! fit cette même voix qui persistait à rester inconnue à ses oreilles. Tu ne bouges pas, Malefoy, ou je t'assure que je vais te tuer sans plus tarder!

Sans prendre une seule seconde afin de chercher des yeux son sauveur, Hermione se renversa sur le ventre puis tenta tant bien que mal de fuir les alentours en courant le plus rapidement qu'elle le put. Choquée, elle se précipita à l'arrière du premier arbre qu'elle croisa sur son chemin, pantelante, puis sortit sa baguette magique en la gardant parée. Elle pouvait bien tenter de se rassurer en agrippant son arme de toutes ses forces, mais n'en reste-t-il qu'elle n'avait aucunement l'intention de sortir de sa cachette. Le choc était trop grand…

Drago… Il avait passé à deux doigts de l'arracher à la vie…

Son visage tordu par la panique était sculpté dans la pierre, figé. De là où elle était positionnée, elle pouvait très bien apercevoir les quelques plus hautes tours de Poudlard qui se fondaient dans la noirceur de la nuit. De là où elle était positionnée, elle pouvait très bien entendre des hurlements lointains et une nouvelle agitation naître entre ses murs. Les Mangemorts… Ils étaient sûrement en train de semer la pagaille à l'intérieur de l'école… et ce, par la faute unique de Drago…

Un mouvement attira son attention à sa droite. Aux aguets, Hermione pivota rapidement sa tête dans cette direction et fut considérablement paniquée d'y voir un Ron hors d'haleine. Il venait tout juste d'émerger des ténèbres de la forêt pour rejoindre… Harry! C'était lui, qui l'avait sauvée! Ron l'eut sûrement croisé lors de son retour d'elle-ne-savait-trop-où et ainsi libéré de sa prison corporelle… Lorsque la lionne élargit son champ de vision en se dégageant minimement de sa cachette afin de toiser l'étendue de la clairière, elle dut retenir un brusque sanglot ; voir Harry et Ron face à un Drago qui n'était clairement pas lui-même n'annonçait absolument rien de bon…

…et quelqu'un mourrait, cette nuit. Quelqu'un qu'elle aimait.