Bon, j'ignore si je suis encore lue, mais bon. Pour ceux qui me suivent encore, voici la suite!

Désolée pour le long moment sans activité...


Chapitre 41 - Au péril d'une vie


Lorsqu'Harry put enfin toiser son ennemi avec considération, plusieurs longues secondes s'étaient étirées depuis le sort qu'il lui avait impunément lancé. Lentement et avec aise, comme s'il se trouvait en plein cœur de la salle commune des Serpentard entouré des siens, Malefoy se releva sans apporter une grande attention à son assaillant.

- Comment as-tu osé agresser Hermione de la sorte, Malefoy?! s'outra Harry, serrant étroitement sa baguette tendue dans sa main.

Seulement, après qu'il eut balayé son pantalon de quelques brindilles et feuilles qui s'y étaient blotti, il releva la tête agilement, la lèvre supérieure retroussée en une moue dédaigneuse. Ron, qui arriva aux côtés de son ami à ce même instant, réprima un grognement de surprise lorsqu'il aperçut la couleur inhabituelle des yeux de Malefoy. Harry, ayant déjà trop souvent croisé ce regard auparavant, ne fit qu'instaurer un faible mouvement de recul, sentant ses tripes se nouer massivement. Une grimace d'inquiétude s'abrita instantanément sous ses traits, ce qui provoqua un sourire grandement amusé chez l'être qui avait pris possession du corps du jeune Serpentard.

- Harry Potter… fit simplement Malefoy d'une voix qu'Harry reconnu aussitôt.

Ron recula de quelques pas derrière le Survivant, déstabilisé par le spectacle incongru qui s'offrait à ses yeux. Le front barré d'un grand pli, il sortit sa baguette magique et la pointa maladroitement vers leur ennemi, terrorisé.

- C'est quoi ça, bordel…? couina-t-il faiblement. C'est pas Malefoy…

- Ron, recule, ordonna Harry sans détourner son regard de celui de son opposant.

Le sourire de Malefoy s'élargit, et bientôt, un faible rictus s'empara de lui.

- Très bonne idée, déclara-t-il en hochant la tête. Ça se joue maintenant entre toi et moi, Potter. Toi (Il pointa Ron), tu peux aller rejoindre la Sang-de-Bourbe qui se cache un peu plus loin. Je m'occuperai de vous deux une fois que je t'aurai éliminé, toi (Il pointa Harry d'un doigt délecté).

Harry serra ses mâchoires. Le rouquin, quant à lui, ne broncha pas d'un seul centimètre supplémentaire, effrayé à l'idée de devoir tourner le dos à l'être menaçant qui leur faisait face.

- Harry…? piailla Ron.

- Fais ce qu'il dit, Ron, trancha l'Élu sans ciller. Amène Hermione loin d'ici et cachez-vous.

- Mais… protesta son ami.

Malefoy éclata de rire, coupant aussitôt les protestations de Ron qui sursauta violemment.

- Vous cacher? fit-il sans cesser de sourire. Mais où? (Il écarta les bras de chaque côté de son corps en faisant parcourir son regard à travers la forêt.) Vous n'entendez pas ce qu'il se passe plus loin? Poudlard est sur le point d'être conquis. Mes Mangemorts ont pénétré ses murs et sont à l'instant même en train de tout ravager sur leur passage. Ce n'est même pas la peine de lutter ; c'est ici que tout se termine, pour vous.

- On ne se laissera pas abattre en capitulant! s'exclama Harry, poussé par un élan de colère. Nous ne sommes pas des lâches! (Il pivota vers Ron et, catégorique, lui pointa l'horizon de la forêt.) Ron, fais ce que je t'ai dit! File!

Aussitôt, le rouquin s'exécuta puis s'éloigna. À la seconde près, Malefoy pointa sa baguette sur son ami.

- Ne t'avise surtout pas de l'attaquer, Malefoy! hurla Harry en s'approchant d'un pas vif.

Derechef, le blondinet éclata de rire puis abaissa sa baguette.

- Tu crois encore que je suis Drago Malefoy, n'est-ce pas? Tu crois encore que le ton ferme que tu t'imposes aura le pouvoir de m'empêcher de faire ce que je veux?

- Non, bien sûr que non, répondit le Survivant du tac au tac. Je sais très bien que vous n'êtes pas Malefoy.

- Vraiment?

Une lueur démente éclaira furtivement ses prunelles écarlates. Sentant la nervosité pratiquer une course incessante dans son sang, Harry jeta un œil rapide derrière son épaule et fut grandement rassuré de voir que Ron avait disparu de son champ de vision. Sans abaisser son arme, il reposa ses yeux sur son rival puis serra les poings. Il devait maintenant rassembler tout son courage et sa concentration s'il ne voulait pas que le monde magique se retrouve renversé par sa faute à la fin de la nuit. Toutefois, la surprise des circonstances actuelles était si bouleversante que son cœur se débattait encore avec obstination dans sa poitrine. Il était franchement instable ; il fallait donc qu'il gagne du temps afin de permettre à son système nerveux de s'apaiser.

- Ron, Hermione, êtes-vous bien cachés? poussa Harry en soutenant le regard sinistre de Malefoy.

- Oui! répondit aussitôt Ron.

- Hermione, réponds-moi! ordonna l'Élu afin d'être pleinement rassuré.

- Oui, Harry, déclara Hermione sur un ton sanglotant.

Harry soupira bruyamment. Il gagna soudainement une grande assurance à savoir ses amis en meilleure sécurité qu'il ne l'était lui-même.

- Alors c'était ça, le super plan? fit Harry à l'adresse de son adversaire. M'amener ici en utilisant une ruse afin que le Grand Lord Voldemort échoue une fois de plus à me vaincre? C'était ça, la mission de Malefoy?

Le blondinet perdit aussitôt son sourire.

- Ne te crois pas plus futé que tu ne l'es, Potter, cracha-t-il. Tu utilises une ironie qui n'a aucunement sa place dans ta situation. La preuve : tu es actuellement ici, face à moi, comme je l'avais espéré en te partageant cette vision. Tu peux ici constater que ma ruse a plutôt bien fonctionnée.

- Je ne me laisserai pas faire, déboula-t-il.

- Je l'espère. Ça serait trop facile, dans le cas contraire.

Une pause s'étira sur l'espace de quelques secondes. Les deux opposants se lorgnaient d'un œil calculateur.

- Je ne vois pas en quoi Malefoy aurait eu le besoin de maîtriser la légilimencie et l'occlumencie s'il ne sert uniquement d'enveloppe corporelle, déclara Harry dans l'espoir d'en apprendre plus sur ce qui viendrait.

- Tu ne vois pas, vraiment?

Harry fronça les sourcils. Quelque chose lui échappait inévitablement.

- Tant mieux, poursuit Voldemort en faisant naître l'esquisse d'un sourire machiavélique.

La main du Gryffondor se mit à trembler. Tandis qu'il sentait son cœur se tordre sous cet air tacite, il inspira un bon coup afin de tenter de se ressaisir.

- Assez bavardé, trancha soudainement Malefoy en levant sa baguette.

- Non, pas encore.

Malefoy haussa un sourcil, interrompant le mouvement de son bras par la même occasion.

- C'est Malefoy qui a tué Rogue, n'est-ce pas?

- Le crois-tu?

- Oui.

- Alors tu es bien perspicace. Peu futé, mais très perspicace.

Il sourit. Harry fut grandement déstabilisé par cette réaction amusée. Un élève qui était lui-même un de ses Mangemorts avait tué un de ses autres disciples, et sa réaction ne se résultait qu'à un sourire diverti?

- Et quel effet ça fait, de savoir que vos fidèles Mangemorts s'entretuent?

- Severus m'avait déjà largement déçu en laissant le jeune Malefoy administrer l'antidote à la Sang-de-Bourbe. Il aurait fini mort à mes pieds, dans un cas où dans un autre. Drago n'a simplement qu'accompli cette tâche à ma place.

- Peut-être, mais savez-vous la raison qui l'a poussé à le tuer?

Le crépitement d'un amas de feuille attira son attention. Pivotant son visage en direction de ce bruit délicat, il y vit, cachée derrière un arbre, Hermione qui le dévisageait avec outrance. Même grâce à l'obscurité qui rendait sa visibilité moindre, il pouvait parfaitement remarquer que ses joues étaient lustrées par le flot de larmes qu'elle avait évacué. Oui, Harry se rendait bien compte qu'il était subtilement en train de vendre Malefoy à son Maître en le notifiant de sa fourberie à son égard, mais s'il pouvait en recueillir un quelconque bénéfice pour la situation actuelle, il s'en permettrait à cœur joie.

Malefoy, amusé par l'attitude d'Harry, ricana :

- Serais-tu en train de tenter de me monter contre mon propre corps?

- Malefoy l'a tué uniquement dans le but de protéger Hermione, déclara Harry sans se soucier de sa question. Il ne l'a pas tué dans le but de faire valoir son acte pour de l'or à vos yeux.

- Et pourquoi crois-tu que je vais la tuer, elle et Weasley, lorsque tu seras mort?

Renfrogné, Harry fronça les sourcils. De nouveau, il tourna la tête vers Hermione qui sanglotait silencieusement. Ron, derrière elle, avait un bras autour de ses épaules et semblait la retenir. Tous deux le regardaient avec une sourde terreur dans les yeux.

Soudainement, un bruit d'explosion saccagea la paix des forêts. D'un mouvement synchronique, Harry, Ron et Hermione se tournèrent vers la source du bruit. Entre deux arbres qui avaient gagné des feuilles au fil des jours derniers, ils aperçurent une grande partie de la tour des Serdaigle s'effondrer. Des éclairs verts, rouges et bleus volaient dans tous les sens, mais surtout, les hurlements des habitants du château retentissaient en échos. Aussitôt, les visages horrifiés de Ron et Hermione se tournèrent vers Harry, comme s'ils espéraient qu'il fasse quelque chose pour cesser ce chaos, et celui d'Harry, indigné par tant de cruauté, se tourna vers Malefoy qui lui se délectait visiblement de ces horribles images.

- N'est-ce pas fantastique? s'émerveilla Malefoy.

Harry poussa un soupir outré et grimaça à l'ouïe de cette absurdité. Comment quiconque pouvait tirer plaisir d'hurlements et de pleurs terrifiés?

- Toi, la Sang-de-Bourbe! appela-t-il soudainement à l'attention d'Hermione.

Hermione, tressautant, dévisagea son interlocuteur en sortant minimement de sa cachette. Ron, inquiet, la retint par le bras afin qu'elle ne tente pas de s'approcher.

- Comment on se sent en sachant que c'est son petit copain qui a provoqué tout ça? se moqua-t-il. Ces morts, cette destruction, ce fléau…

Comme s'il savourait une brise fraiche, il écarta ses bras de chaque côté de son corps, ferma les yeux et huma l'air autour de lui en bombant le torse. Un cri déchirant qui se démarqua des autres, au loin, le fit ricaner. Hermione le toisa avec dédain, encore fortement déséquilibrée à l'idée de savoir que la personne qui se tenait devant elle, malgré son apparence, n'était pas Drago, mais bien Lord Voldemort. Son visage se tordit en une grimace peiné, mais Ron, protecteur, l'attira vers lui afin de l'abriter derrière l'arbre qui leur servait de refuge superficiel.

Harry toisa son ennemi avec une forte répulsion, sentant sa haine l'arracher progressivement à la raison. Le vacarme distant résonnait encore tandis qu'un nouveau, encore plus terrible, fit redoubler l'intensité du précédent. Un frisson particulièrement désagréable parcouru la surface de sa peau à cet instant précis, et ce au même moment où Malefoy rabaissa ses bras en poussant un soupir de vive satisfaction.

- Peut-être serait-il temps…

- Endoloris! coupa Harry en pratiquant un pas vers son adversaire.

Tout comme s'il s'en était attendu, Malefoy para le coup en fendant l'air d'un geste incroyablement habile de sa main. L'éclair lumineux qu'avait envoyé la baguette d'Harry alla se fracasser contre un écran invisible puis provoqua une faible explosion en disparaissant par la suite. Derrière lui, il eut pu entendre les soupirs tendus de Ron et Hermione.

- Dois-je en conclure que nous avons suffisamment discuté à ton goût? lança le blondinet avec ironie.

Le Survivant ne répliqua rien, maintenant animé que d'une rage sans pareil à l'égard de son plus grand ennemi.

- Ne t'avais-je pas déjà montré comment te comporter lors d'un duel, Potter? ajouta-t-il en gagnant un air mesquin. Tu te souviens peut-être, il y a trois ans de ça, juste après que ce beau garçon de Diggory ne meurt pathétiquement sans avoir pu esquisser le moindre geste pour se défendre?

Aussitôt que la dernière syllabe fut prononcée, Malefoy éclata d'un rire sonore. Harry sentit son estomac se nouer, propulsé dans un douloureux souvenir dans lequel il eut vu un ami se faire tuer par Lord Voldemort devant ses yeux et tomber à ses pieds. Son sang se mit alors à bouillonner dans ses veines, chose qui déclencha chez lui cette sourde envie de vengeance. Il en avait assez. Il en avait assez vécu, depuis tout ce temps. Assez supporté ces catastrophes, ces souffrances, ces pertes, ces déboires, ces horribles tragédies qui faisaient du monde dans lequel ils vivaient tous une époque de guerre. Il fallait que le tout cesse. Il fallait qu'un jour nouveau se lève et que Voldemort n'y soit plus.

Conscient de la lourde tâche qu'il s'imposait en s'attribuant la responsabilité d'y mettre fin, Harry se fit rapidement à l'idée que peut-être serait-il celui qui n'en sortirait pas vivant au terme de cette nuit. En revanche, il savait – et le devait – qu'il ferait tout ce qu'il serait en son pouvoir pour faire basculer le règne du côté du bien, du côté où il n'eut jamais retiré son support et son soutien. Après tout, si cette soirée-là, lorsque Voldemort avait pénétré le seuil de sa maison lorsqu'il ne fut qu'un bambin, il aurait été assassiné, peut-être n'en seraient-ils pas tous à ce point, à la frontière entre la vie et la mort, entre l'harmonie et le chaos, et ce, depuis bien longtemps. Peut-être le monde aurait-il été d'un meilleur accueil, d'un futur qui promettrait autre chose qu'une fin brutale due aux pouvoirs maléfiques du Grand Lord Voldemort.

Son corps était déjà fatigué, mais son souffle était aussi actif que s'il venait de rompre le ruban à l'achèvement d'un marathon. Ses yeux aux couleurs d'émeraude détaillaient avec dédain le corps de Malefoy qui tressautait au rythme de son rire agressant et bientôt, il se sentirait incapable de le supporter davantage. Les temps étaient horribles. La tension se sentait dans l'air autant que l'humidité de l'ancienne pluie de la soirée. Harry sentit une goutte de sueur épaisse tracer un chemin salé sur sa tempe, et c'est exactement cette fine sensation désagréable qui fit éclater son impatience :

- Taisez-vous! hurla-t-il dans l'espoir d'interrompre l'euphorie de son ennemi.

Un sort dont lui-même ne connaissait pas la nature jaillit de sa baguette et se dirigea tout droit vers Malefoy. Lui, sans masquer sa ferveur face à la situation, répliqua en lançant un sort qui généra une sorte de boule d'énergie massive en plein centre de leur trajectoire. Puis, comme si la puissance engendrée devint trop importante, elle explosa en provoquant dans la clairière une série de traits foudroyants qui voyagea à même le sol. Harry, par peur d'une électrocution ou d'un quelconque type d'assaut, se jeta derrière un arbre.

Alors que les décharges électriques sifflaient encore leur violence autour des deux combattants, Harry sortit de sa cachette et envoya au visage de son ennemi le premier sort qui lui vint à l'esprit. Malefoy, qui semblait être en parfait contrôle de la situation, s'approcha du Survivant en rompant le filament magique qui passa à deux doigts de s'abattre sur sa personne puis rétorqua en lui jetant le sortilège de torture. Harry le bloqua en dressant devant lui une bulle protectrice puis la transperça par la suite de sa baguette en canalisant toutes ses forces sur l'incantation qu'il éleva. Déjà, alors que la bataille décisive ne venait que de s'enclencher, il se sentait faiblir et incapable de poursuivre à ce même train.

Les yeux d'Hermione étaient inondés de panique à l'état liquide. Enfermée entre les bras protecteurs de Ron qui la retenaient robustement, elle observait la scène qui se traduisait obstinément que par une seule chose : son meilleur ami se livrant à un duel à mort avec le garçon qu'elle aimait. Elle avait beau avoir compris qu'il ne s'agissait pas réellement de Drago, mais de voir sa personne s'animer avec ce même visage et ce même corps qu'elle eut déjà touché de ses doigts ne lui permettait pas de se rendre à l'évidence. Ron, à ses côtés, ne cessait de refermer l'étreinte de ses bras, car trop de fois il eut l'impression qu'Hermione allait se jeter en plein centre de ce duel sans merci afin de tenter de stopper la chose. Il était tout aussi tendu que son amie, mais lui, contrairement à la lionne, faisait entièrement confiance à Harry quant au futur de la situation. Lui, ce qu'il désirait, c'était que celui qui faisait face au Survivant périsse, et ce, peu importait s'il s'agirait de Malefoy ou Voldemort ; dans les deux cas, le résultat ne serait que satisfaction et soulagement.

Le vacarme qui s'élevait devant eux couvrait démesurément celui qui se faisait entendre au loin, entre les murs de Poudlard. Le contact brutal des sorts que s'entre lançaient Harry et Malefoy faisait naître des tonnerres et des tempêtes, soulevait les aguilles de pins et la poussière et débris qui couvraient le sol et faisait vaciller le tronc solide des arbres qui se s'arrachaient à leur habit de feuilles. La violence avec laquelle le duel était mené obligea bientôt Harry à battre en retraite quelques instants.

Plaqué contre un arbre, il reprenait le souffle qu'il avait perdu quelques minutes auparavant. En biais, il lança un regard indéchiffrable à ses deux amis qui le toisait avec inquiétude, à quelques mètres de lui. Le verre droit de sa lunette ronde était fracassé et nuisait à sa vue.

- Alors, mon petit Potter, on abandonne déjà? rugit Malefoy, haletant. Ta lâcheté m'épuise davantage que ton agilité! Tu es aussi vif que ce vieux sénile de Dumbledore!

Harry serra les mâchoires. S'il croyait que de vilaines paroles auraient le pouvoir de le provoquer à ce stade-ci de la situation, il perdait son temps.

- Allez, sors de ta cachette et finis ce que tu as commencé! Il est temps que tu fasses valoir ton titre de légende urbaine!

Depuis le début de leur combat, Harry avait bien remarqué que son opposant n'était pas aussi puissant et véloce que le fut autrefois Voldemort lors du duel qu'ils eurent pratiqué la nuit du meurtre de Cédric Diggory. C'était sûrement dû à son enveloppe corporelle qui n'était pas à la juste hauteur de la puissance extravagante du Mage Noir. Le corps de Malefoy n'avait donc pas été suffisamment préparé en conséquence de ce qui l'attendait… À l'ouïe de la respiration lourde de son ennemi, Harry sentit en lui un espoir se raviver et faire naître une poussée d'adrénaline. Voldemort aurait donc posé pied dans une barque qui ne pouvait visiblement pas supporter l'envergure de son poids, ce qui avantageait le jeune Gryffondor dans tous les sens du terme.

Le silence que la réplique de la crapule invita permit aux quatre occupants de la clairière d'écouter le tumulte du pandémonium qu'était devenu Poudlard. Des cris se faisaient encore entendre, et les gémissements nouveaux qui tranchaient la nuit furent si terribles qu'ils furent ce qui poussa Harry à sortir de nouveau de son refuge.

Consolidé, il se repositionna face à son adversaire en se giflant mentalement. La soudaine détermination qui habita ses traits tendus causa chez Malefoy un rire déplacé.

- Tu me sembles revigoré, mon ami, remarqua-t-il. Serait-ce le doux son des hurlements lointains qui auraient réveillé la bête qui sommeille en toi?

- Je vais vous tuer, Voldemort, répliqua Harry. C'est fini, pour vous.

Malefoy perdit aussitôt son sourire, s'appropriant une moue vexée. Puis, la seconde suivante, il éclata d'un rire bruyant qui insulta considérablement le jeune garçon.

- Vraiment? poussa Malefoy en baissant sa garde. Et tu comptes t'y prendre de quelle façon, dis-moi?

- Vous êtes déjà très affaibli, nota Harry.

- Et tu l'es autant que moi, si ce n'est pas plus. Tu n'as pas plus de chance qu'un Moldu entouré de mes Mangemorts, Potter, mais tu peux t'accrocher à tes faibles espoirs pour tenter de venir à bout de moi.

Une pause s'étira brièvement. Malefoy s'accrocha soudainement une grimace désinvolte au visage et haussa les sourcils :

- Et puis admettons que tu arrives à me tuer – oui, admettons-le puisque c'est une chose qui n'arrivera pas –, que dirais-tu aux dirigeants du Magenmagot pour te défendre lorsqu'ils apprendront que tu auras tué un camarade de classe?

D'un geste de main à la fois élégant et cynique, il se désigna de la tête au pied. Hermione, derrière Harry, poussa une lamentation de protestation qui fit sourire Malefoy. Cependant, contrairement à ce qu'il aurait voulu évoquer comme ressentiment, le Survivant ne parut pas le moins du monde affecter par cette éventualité.

- Ce n'est pas ce détail qui saura me défaire de mon devoir, déclara Harry. Je me jetterai corps et âme dans ma tâche. Peu importe ce qui en résultera, la seule chose qui m'importe, ce soit que vous disparaissiez.

Malefoy secoua faiblement la tête, comme s'il trouvait ridicules les paroles d'un enfant.

- Il va alors falloir y mettre un peu plus de cœur, cher Survivant, car tu n'en seras bientôt plus un.

Hermione en avait assez. Dépassée par ces mots qui lacéraient ses tympans, elle s'abandonna dans les bras de Ron et détourna la tête. Elle ne voulait plus voir cet horrible spectacle ni entendre leur conversation. Si seulement elle pouvait sombrer dans un sommeil profond et ne se réveiller que lorsque tout serait fini… À défaut de le pouvoir, elle ferma les yeux et plaqua ses paumes contre ses lobes d'oreilles. Peu importe la façon dont cette nuit aboutirait, elle se retrouverait perdante, avec un être aimé en moins…

Le souvenir du départ de cette série de mésaventures effleura ses pensées et la plongea dans un état s'apparentant à la perte de conscience. Bientôt, elle n'entendit plus un seul son et ne ressentait plus rien ; seule la caresse du vent contre sa peau la faisait frémir et lui indiquait qu'elle était encore lucide. Cette caresse, douce et apaisante, devint imaginairement donnée par la main de Drago, et les bras dans lesquels elle était nichée devinrent également siens. Quel était ce sifflement, qui cilla à ses oreilles? Le combat avait-il repris? Hermione l'ignorait, et bien franchement, elle ne voulait absolument pas le découvrir en ouvrant les yeux.

La poigne de son protecteur se resserra soudainement. Apeurée, elle crispa les yeux en refusant obstinément d'hausser les paupières. Elle poussa un faible gémissement lorsque Ron, d'une voix qu'elle ne lui reconnaissait pas par la panique qui l'avait teintée, poussa le prénom de celui qui se mesurait au garçon qu'elle aimait.

Ses sensations reprirent position lorsqu'une gouttelette d'eau chuta sur sa joue. Comme si elle venait de se faire bousculer d'une brutalité sans pareille, elle sursauta en ouvrant les yeux : une fine pluie tombait maintenant sur leurs têtes, froide et crispante. Instinctivement, elle se retourna dans les bras de Ron afin de jeter son regard là où l'action animait la forêt interdite. Le combat avait repris et se déroulait sous une puissante virulence. Harry ne semblait pas être en mesure de poursuivre ce duel encore très longtemps…

Le sortilège de torture franchit les lèvres de Malefoy et s'abattit ouvertement sur le Gryffondor. Ce premier contact agita l'ennemi d'un rire victorieux tandis qu'il provoqua chez ses deux amis un cri d'affolement. Ron, excédé, libéra rapidement Hermione de son étreinte en la poussant négligemment afin de se lancer dans le feu de l'action. Heureusement, la jeune femme, alerte et saisie d'effroi, le retint en s'agrippant à son poignet. Le rouquin glissa dans la boue, tituba et retomba aux côtés de son amie.

- Non, Ron! N'y va pas! s'écria-t-elle, en larmes. C'est trop dangereux!

D'une part, Hermione ne voulait pas que Ron se fasse heurter par un sort qui pourrait peut-être lui coûter la vie, mais d'une autre, elle ne voulait tout simplement pas que ce duel devienne un injuste combat qui rendrait Malefoy dans une position désavantagée par le nombre d'adversaire.

- Mais… Harry… marmonna Ron sans savoir que faire. Il va se faire tuer!

Malgré son raisonnement, le rouquin ne bougea pas d'où il avait trébuché. Il observa avec horreur son meilleur ami se tortiller de douleur sur le sol, tentant de trouver le courage de se jeter entre lui et Malefoy pour lui venir en aide. Seulement, il se savait très bien impuissant face au véritable sorcier qui se trouvait dans le corps du Serpentard. Se ruer en plein centre de ce périmètre serait l'équivalent de se jeter dans un gouffre rempli d'Acromentules affamés. Pire, même. Des dizaines et des dizaines de fois plus pire…

- C'est fini, pour toi, Potter! hurla Malefoy, triomphant. Inutile de dire adieu à tes amis, ils te rejoindront bientôt!

Sans grande prudence, Malefoy se dirigea vers le corps affaibli d'Harry qui gisait maintenant contre le sol. Haletant et souffrant, le Survivant était trop faible pour se relever, bien qu'il ait essayé en rassemblant tous les efforts qu'il lui restait et ce, à maintes reprises. Le blondinet, devinant que la partie était maintenant gagnée, fit durer son moment de gloire. D'une démarche de patriote, il posa un pied ferme et brutal sur le thorax d'Harry, qui lui suffoqua violemment, le souffle coupé. Ron et Hermione, immobiles, auraient pu être confondus avec deux statues de marbre ; les deux Gryffondor attendaient stupidement la suite des événements, gardant espoir qu'Harry n'ait pas encore jeté son drapeau blanc.

- Si longtemps, murmura Malefoy en toisant son adversaire avec hargne. Depuis si longtemps, je veux te détruire. Tu m'as glissé d'entre les doigts trop de fois, mais maintenant, tu es mort, Potter.

Il fléchit l'avant de son corps vers Harry, la baguette enfoncée dans son cou.

- M'entends-tu? Mort…

Harry n'esquissa plus aucun geste, son corps ne répondant à aucune de ses demandes. Malefoy se redressa, retira son pied de sur son socle puis se recula en tendant son bras armé vers sa victime livrée sur un plateau d'argent. Il semblait hésiter à lancer le sort fatal, comme s'il craignait que la satisfaction d'y mettre fin ne soit pas suffisamment grande pour tout ce que ce stupide gamin lui avait apporté comme nuisance.

- Non… marmonna Hermione, horrifiée.

Ron, les poings serrés, ne put soudainement plus en supporter davantage. Avant que Malefoy ne puisse ouvrir la bouche, il se leva aussi rapidement que l'éclair pourrait fendre le ciel, puis se dirigea vers lui d'un pas décisif et courageux.

- Il y en est pas question! vociféra le rouquin, écarlate.

- RON, NON! couina Hermione avec hystérie en se levant à son tour.

Comme brutalement tiré d'un fantasme sur le point d'être assouvi, Malefoy se retourna rapidement en directement du nouveau venu, sa baguette suivant la rotation de son corps. Lorsqu'Hermione vit les traits du blondinet se tirer en une grimace rageuse et impitoyable, son inconscient la poussa à son tour à suivre les traces du rouquin qui était sur le point de se ruer sur l'ennemi. Maintenant que le trio entier était à découvert, plus d'un risquait de mourir.

- Tu ne viendras pas à bout d'Harry! Ça, jamais! éructa Ron. Expelliarmus!

Ébranlé par le retournement de situation, les réflexes de Malefoy s'affaiblirent durant un court instant, et c'est d'ailleurs durant cet instant exact que le sort de Ron atteint le torse de leur ennemi. Le sort fut cependant jeté sous une impulsion si maladroite qu'il ne le fit que tituber superficiellement vers l'arrière, le déstabilisant par le même fait. Honteux et furibond de s'être fait atteindre par un vaurien de Weasley, Malefoy se redressa rapidement et lança un sort informulé que Ron et Hermione devinèrent intuitivement à être le sortilège de mort. Par chance, la lionne avait déjà rejoint le rouquin et s'était jetée sur lui par derrière afin qu'ils gagnent tous deux le sol, à plat ventre. Le filet d'un vert menaçant frôla leur tête en provoquant un sifflement aigue, mais s'abattit sur un tronc d'arbre plutôt que sur l'un d'eux.

- Avada Kedavra! rugit une voix qui se perdit dans le bruit d'explosion provoqué par le sort précédemment esquivé.

Mécaniquement, le rouquin couvrit sa tête de ses mains, effrayé. Hermione, quant à elle, releva vertement la tête afin de découvrir d'où provenait cette dernière incantation ; le sortilège de mort avait jailli de la baguette d'Harry, qui avait réussi à se relever de peine et de misère, et alla directement frapper le centre parfait de la poitrine de Malefoy.

Un silence parfait avait repris possession de la forêt à l'exception du grabuge qui persistait encore au loin, à Poudlard. Ron avait dégagé sa tête d'en dessous de ses avant-bras et observait maintenant, avec crainte et incertitude, le Serpentard qui ne bougeait plus du tout, comme s'il était suspendu dans le temps. Les yeux d'Hermione s'étaient ouverts démesurément, tout comme sa bouche qui semblait vouloir pousser un cri déchirant jusqu'à s'en rompre les cordes vocales. Malefoy vacilla vers l'arrière, mais s'empêcha de choir contre le sol en posant un pied faible derrière lui qui stabilisa sa position. Son visage était inexpressif, et sa bouche, entrouverte. Puis, durant les cinq secondes suivantes qui s'étendirent sur une douloureuse éternité, il s'écroula sur ses genoux, laissa sa baguette tomber mollement sur un nid d'aiguilles de pin, puis, dans un mouvement final et indolent, ne put retenir son torse qui gagna la terre.

Ses deux yeux étaient grands ouverts, atones. Deux yeux devenus deux pierres grisées.