Prêts pour cette suite? Je n'ai rien d'autre à ajouter, mis à part que j'espère que vous apprécierez!
Chapitre 42 - Une nouvelle ère
Jamais un tel regard n'avait eu un effet si dévastateur chez Hermione. Elle n'y voyait qu'une âme éteinte, sans profondeur, vaquée de toute vie. En fait, ce n'était pas une âme, qu'elle distinguait ; elle n'y voyait qu'une étendue moindre. Le regard de Drago était vidée de toute émotion et ne véhiculait qu'un sommeil éternel.
Son monde se contracta jusqu'à en devenir si étroit que même son corps devint insupportable. Sa vision, troublée par les larmes qui s'accumulaient autant qu'elles coulaient le long de ses joues, se mit à tournoyer à la manière d'une toupie folle et agitée. La douleur lui assena un tel coup qu'elle crut un instant qu'elle allait s'évanouir, mais l'horreur de la situation la retint parfaitement consciente. Sa conscience était d'ailleurs si impeccablement alerte qu'elle fut bien obligée de réaliser, malgré son refus mental, que Drago venait de s'éteindre devant ses propres yeux.
Puis, comme si quelqu'un venait tout juste de lui exposer l'évidence de la situation, son visage se contracta en une mimique excessivement accablée. Lentement, ses bras tremblants soulevèrent le haut de son corps, puis, monstrueusement torturée par l'image qui persistait à rester immobile devant elle, Hermione poussa le hurlement le plus strident et désespéré qu'elle n'eut jamais évacué de sa vie entière :
- NOOOOOOOOON!
Un sanglot incontrôlable interrompit son cri. La seconde suivante, elle s'était ruée sur le corps inerte de Drago qui gisait contre son ventre, puis s'y laissa tomber. En rassemblant le peu de force qui lui restait, elle agrippa fermement un de ses bras afin de forcer la dépouille à faire face aux cieux au-dessus de leur tête. Par ce geste, elle posa le dos du Serpentard sur ses jambes qu'elle avait repliées sous ses fesses. À la manière d'une rescapée s'accrochant à une bouée de sauvetage, elle étreint Drago si solidement qu'il en aurait suffoqué si la vie l'avait encore habité. Ses propres pleurs brisaient ses pauvres oreilles, incessants et infatigables.
- NON! Non, non, non, Drago! Non! hurla-t-elle à plein poumon. Réveille-toi! Réveille-toi! Je t'en supplie…!
Ses mains le secouaient de leur propre chef, incapable de se faire à l'idée qu'il ne se réveillerait jamais plus. Au fil et à mesure qu'elle poussait ses lamentations, un mal de tête cuisant se logeait chez elle, mais ça, elle s'en moquait plus que tout. Hermione continuait de crier, de pleurer et de l'agiter furieusement dans l'espoir que son acharnement le ramènerait à la vie.
Cependant, les secondes passaient et le visage du jeune Serpentard était encore porteur de cette même expression de glace. S'obligeant à l'avouer mort, elle abandonna ses vaines tentatives ardues puis enfouit son visage ruisselant de larmes au creux du cou de Drago.
- Noooon… sanglota-t-elle en le serrant étroitement contre elle. Drago… Drago!
Péniblement, elle leva le menton afin de poser ses yeux sur le ciel, priant Dieu d'épargner le garçon déchu et torturé que Drago Malefoy eut toujours été. Elle pleura silencieusement quelques instants, les côtes douloureuses par les violents hoquets que ses pleurs animaient, jusqu'à ce qu'un crépitement voisin lui rappelle qu'elle n'était pas seule dans cette clairière. Promptement, elle tourna la tête là où le bruit s'était élevé, le visage alerte.
Harry. Il s'approchait d'elle. Ron, derrière lui, en faisait tout autant. Cependant, lorsque les deux garçons croisèrent le regard détruit de leur meilleure amie, ils n'eurent pas le courage de ne faire ne serait-ce un pas de plus vers les deux tourtereaux.
- Harry… couina Hermione en sentant son visage se tordre de nouveau.
Le Survivant pinça les lèvres, sachant qu'il était l'unique responsable de son chagrin. Le cœur serré, il cherchait les mots pour tenter de s'excuser d'avoir été obligé de tuer le garçon qui possédait son cœur dorénavant fendu.
- Qu'est-ce que tu as fait…? hoqueta la jeune femme d'une voix si faible qu'elle en était presque inaudible. Pourquoi…?
Derechef, son visage gagna le cou déjà froid du Serpentard, sentant le regard d'Harry et Ron la martyriser davantage qu'elle ne l'était déjà.
- Drago… murmura-t-elle en un souffle. Non…
Harry ignorait les conséquences de son meurtre. Il ignorait totalement ce qu'il avait fait. Où était Voldemort? L'avait-il tué, en lançant ce sortilège de mort? Ou avait-il simplement tuer Malefoy, son enveloppe corporelle? Avoir adopté un corps étranger pour tenter de le tuer était-il une précaution de plus afin de ne pas être directement assassiné si Voldemort avait le malheur d'échouer à sa tâche? Une peur effroyable le saisit au ventre : avait-il tué Drago Malefoy pour… rien?
Une main se déposa sur l'épaule du Survivant. Tendu, Harry sursauta violemment. Ce n'était que Ron. Enhardi par ce geste consolant, il serra les mâchoires en retenant des larmes de culpabilité. Si jamais il avait tué Malefoy futilement et ce, en s'appropriant la rancœur éternelle de sa meilleure amie, jamais il ne se le pardonnerait. Jamais.
Inconsolable, Hermione balançait maintenant son propre corps contre celui de Drago. Ses larmes se mêlèrent à la pluie fine qui tombait encore sur leur tête, et ses cheveux, imbibés de cette eau salée, collaient à ses joues ainsi qu'à celles de son bien-aimé. Ne se souciant guère d'être observée, la jeune femme parsema son visage blanc de baisers qu'elle concentra majoritairement sur ses lèvres glacées, se remémorant ce conte de fée Moldu qu'elle eut souvent entendu lors de sa tendre enfance. La Belle au bois dormant, se rappela-t-elle. Un baiser, et l'être aimé se réveillerait…?
Non, ce n'était qu'un conte pour enfants. Elle, elle n'était plus une enfant ; elle savait que tout ça n'existait pas.
Réalisant l'inutilité et la stupidité de ses gestes, Hermione redoubla en pleurs en se recroquevillant dans les bras de Drago. Ses sanglots étaient de plus en plus lancinés, et elle-même n'en pouvait plus de s'entendre gémir de la sorte.
Ce n'est que lorsqu'Hermione s'autorisa quelques secondes de silence, à pleurer silencieusement mais encore aussi violemment, que les trois Gryffondor réalisèrent que le calme était total. Le tumulte provenant de Poudlard avait cessé… Quelqu'un avait-il enfin prévenu des Aurors? Tandis qu'Harry et Ron en furent considérablement soulagés, Hermione, elle, n'en démontra aucunement la preuve même si elle l'était tout autant. Pour l'instant, tout ce qui lui importait, c'était Drago. C'était uniquement Drago, celui qui gisait mort, dans ses bras.
Mais quelque chose la força bientôt à se défaire de son étreinte. Le corps de Drago, jusque là incroyablement froid, se réchauffa subitement. Alerté par ce vif changement, ses pleurs s'interrompirent sèchement, puis elle éloigna Drago de son propre torse. Cependant, contrairement à ce qu'elle pouvait ressentir au contact de sa peau, elle ne décela absolument rien d'anormal chez lui. Longuement, revigorée par l'espoir, elle dévisagea l'expression placide du Serpentard en s'attendant à tout, sauf à ce qu'il reste inanimé.
Un choc électrique voyagea soudainement jusqu'à Hermione, lui arracha un couinement de douleur. Elle se dégagea machinalement de Drago en se traînant contre le sol, intriguée par cette étrange réaction. Harry et Ron, ayant senti la vibration émise par ce choc, s'approchèrent de leur meilleure amie puis l'aidèrent à se relever en offrant leur bras pour support. Sans détourner son regard une seule seconde du blondinet, Hermione se redressa, puis le trio fut forcé de reculer de quelques pas lorsque la dépouille, reposant sur le dos, s'anima subitement ; tel un pantin tiré par des ficelles, Drago cambra les reins, d'apparence encore mort… ou simplement inconscient.
Aussitôt, la clairière dans laquelle ils se trouvaient tous créa une barrière imaginaire à l'aide d'un amas de feuilles et de brindilles qu'un vent puissant éleva. Pris en plein cœur d'un tourbillon venteux, Harry et Ron couvrirent Hermione de leurs bras afin de la protéger d'une quelconque menace, mais rien ne semblait vouloir les attaquer.
Drago ouvrit alors subitement les yeux. Hermione poussa un gémissement désemparé en observant cette scène, mais ne put esquisser le moindre geste vers lui en raison des bras puissants de ses deux amis qui la retenaient. Le vent était si puissant qu'il les entraînerait immanquablement avec lui s'ils osaient se défaire de leur étreinte. Dans un autre cas, si sa force presque palpable n'avait pas la possibilité de les convaincre de rester accrochés les uns aux autres, le vacarme sonore assourdissant et menaçant qui en émanait se chargerait bien de le faire.
Une lueur fantomatique s'exhala tranquillement de la poitrine de Drago, lui donnant des allures d'un spectre. Son corps, formant encore cette arche mystérieuse au niveau du dos, se mit également à trembler frénétiquement, puis, comme épuisé, se relâcha brusquement en s'affaissant contre le sol. À cet instant, alors qu'Hermione crut qu'il venait tout juste de mourir pour la deuxième fois de la soirée, une délicate petite sphère verdâtre s'éleva dans les airs après avoir quitter les lèvres de Drago qui réprimaient un cri muet. La sphère était d'une apparence très étrange, à la fois vaporeuse et aqueuse, et l'était d'ailleurs à un point tel que même malgré le carnage que provoquait la vrille venteuse autour d'eux, les trois Gryffondor se surprirent à observer attentivement l'étrange phénomène qui se produisait droit devant eux.
La sphère se mit alors à vrombir telle une boule d'énergie s'apprêtant à éclater. Des filets électriques, semblables à de minces filaments de toile d'araignée se déployant, ajouta un bruit agressant supplémentaire à la tornade qui les encerclait en fendant violement l'air. Puis, en émettant une faible explosion, la sphère prit la forme d'un crâne qu'Hermione reconnu à être celui qui composait la Marque des Ténèbres. La mâchoire dudit crâne se déforma grossièrement, comme s'il hurlait, puis prit subitement l'apparence de la tête chauve de Voldemort. À cet instant même, le vent qui entourait le trio devint si puissant qu'Hermione, Harry et Ron ne purent garder leur attention sur Malefoy plus longtemps. S'accroupissant machinalement pour ne pas s'envoler avec la tempête, un grand bruit de tonnerre déchira la nuit puis imposa ensuite un silence hors du commun.
Hermione leva presqu'aussitôt la tête. L'ambiance était devenue si reposante qu'on aurait presque dit que rien ne s'était produit dans les dernières secondes. Seulement, quelque chose d'inhabituel capta son attention ; de là où la sphère magique avait éclatée en un boucan torrentiel s'évaporait maintenant une silhouette informe et spectral. Lentement, elle se perdit dans les feuilles des arbres qui recouvraient presque entièrement la rivière d'étoiles au-dessus de leur tête en se diluant dans l'air humide. Ensuite, elle instaura une immobilité déconcertante dans la clairière.
- Que s'est-il passé? marmonna Ron dans un souffle court.
Harry imita le rouquin qui venait tout juste de relever la tête. Les trois paires d'yeux rivées sur le corps immobile de Malefoy, ils semblaient attendre un second coup de théâtre monumental.
Sans attendre une seule seconde de plus, Hermione se dégagea de la prison improvisée par les bras de ses deux amis pour rejoindre son amoureux. Agenouillée à ses côtés, elle le saisit doucement par les aisselles et entraîna derechef son dos contre ses cuisses. Ses mains, encore tremblantes, capturèrent son visage inexpressif.
- Drago? fit-elle, revigorée par l'espoir. Drago, m'entends-tu?
Aucune réponse. Aucune réaction. De crainte d'avoir espéré qu'il ne soit encore vivant, Hermione pencha le haut de son corps par-dessus le sien puis approcha son oreille de sa bouche.
Un chatouillement…
Il respirait!
Le soulagement fut tel qu'elle éclata instantanément en sanglots. La seconde suivante, il résidait au creux de ses bras, très étroitement étreint contre son torse qui s'agitait au rythme de ses pleurs. Étrangement, son cœur battait si vite qu'elle crut un instant qu'elle allait le vomir.
- Il est vivant… souffla-t-elle en crispant son visage. Il est vivant…
Harry et Ron, restés au loin afin de préserver l'intimité d'Hermione, s'autorisèrent alors à rejoindre les deux tourtereaux. Ils n'avaient pas entendu ce qu'elle murmurait répétitivement, mais juste à en juger le vague sourire qui s'était nouvellement installé sur son visage, les deux jeunes hommes déterminèrent qu'ils pouvaient pénétrer leur intimité.
- Il est vivant! s'exclama Hermione en apercevant ses meilleurs amis s'approcher d'elle. Il respire, Harry! Il est vivant!
Harry ne réagit pas. Il fixait Malefoy comme s'il venait de l'apercevoir pour la toute première fois. Tandis qu'Hermione regagna le cou de son amoureux en réprimant un rire de soulagement, Ron, lui, dévisagea le Survivant avec une forte incrédulité.
- Quelque chose ne va pas, Harry? demanda-t-il en posant une main sur son épaule.
- Ce n'est pas Malefoy, que j'ai tué… débuta Harry d'une voix murmurée et distante.
Ron fronça les sourcils. Hermione, intriguée par ses paroles, releva la tête et fixa son ami avec curiosité. Elle ne semblait pas prête de se défaire de Drago.
- …c'est Voldemort, conclut-il.
Les trois Gryffondor s'échangèrent alors un regard indéchiffrable. Cette éventualité semblait trop improbable pour la déclarer véridique aussi rapidement… Pendant toutes ces années, Voldemort avait causé tant de torts, d'horreurs, de meurtres… Et tout serait fini, là, maintenant, ce soir, et grâce à Harry? Bien que ce à quoi ils venaient tout juste d'assister semblait être la preuve que Voldemort était bel et bien tombé, ni Harry, ni Ron et ni Hermione ne semblait être véritablement prêt à croire en cette nouvelle vérité.
La naissance d'une nouvelle agitation attira leur attention en direction du château. Machinalement, Harry et Ron se postèrent devant Hermione et déployèrent leur baguette magique en la pointant dans la direction des nombreux bruits de pas qui s'approchaient rapidement d'eux. À en juger par le crépitement incessant des brindilles et feuillages, les intrus devaient être une quinzaine… Des Mangemorts étaient-ils venus les attaquer? Si c'était le cas, ils n'auraient aucune chance… Apeurée, Hermione serra de nouveau Drago contre elle.
Une silhouette très massive se détacha alors de l'obscurité des forêts. Absolument aucun doute, c'était Hagrid! Effectivement, lorsque la grosse silhouette pénétra le faible rayon de lumière de la clairière dans laquelle ils se trouvaient, les trois jeunes élèves reconnurent aussitôt le demi-géant armé de son parapluie rose. Derrière lui, la rassurante présence de Maugrey Fol'Oeil, Lupin, Shacklebot, Tonks, Dawlish et certaines autres personnes se découpèrent des ombres.
Ils étaient sauvés! Tout était fini, maintenant…
Hermione leva les yeux au ciel, remerciant les dieux d'avoir mis un terme à cette nuit si sinistre.
Le ciel… Il était si sombre, si noir… Où était donc la lueur verte et menaçante qui émanait de… Mais où diable était la Marque des Ténèbres?! Le ciel était nu à l'exception d'un tapis d'étoiles qui lui donnait un effet diamanté… C'était donc véritablement fini? Voldemort s'était donc vraiment… éteint?
Sans prévenir, une terrible migraine écrasa brutalement le crâne mutilé d'Hermione. Ses membres devinrent endoloris par la force qu'elle déployait pour étreindre Drago, et bientôt, elle n'eut plus aucune énergie pour le garder contre elle. Tout en sentant chacun de ses muscles se relâcher, son esprit parut s'éloigner de la réalité en la plongeant progressivement dans une semi inconscience. Son état d'esprit s'étant déjà largement affaibli à l'annonce du meurtrier de Rogue, la montagne russe d'émotions ressenties au cours des dernières minutes fut trop éprouvante et eut finalement raison d'elle.
Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle vit un plafond à moitié détruit défiler. Elle devait avoir perdu conscience que très brièvement, car elle se savait clairement entre les murs de Poudlard, en plein transport. La tête pendue dans le vide, elle pouvait sentir un bras entourer ses épaules et un autre la saisir par l'arrière des genoux. Aussitôt qu'elle le réalisa, elle leva abruptement la tête afin de découvrir l'identité de la personne qui la transportait, mais ce fut en vain. Son regard était voilé d'un épais masque flou qui rendait sa vision plus que médiocre, et, par le fait même, dans l'impossibilité de distinguer quoi que ce soit. Abandonnant toute tentative, elle laissa sa tête regagner le vide à cause de son poids écrasant. Aucune force ne lui était revenue, ce qui rendait chacun de ses mouvements impossibles à soutenir très longtemps.
Toutefois, et ce même malgré sa vision restreinte, elle eut l'horreur de constater que ses yeux était encore suffisamment en bon état pour percevoir plusieurs silhouettes brouillées sur le sol. Des cadavres, pensa-t-elle aussitôt. Il semblait y en avoir par dizaines… Quelle horreur… Chamboulée, elle clôt les paupières, incapable d'en voir davantage.
Après quelques minutes supplémentaires, on la déposa sur une surface moelleuse dans laquelle son corps s'encra. Tiens donc… Une telle sensation était-elle encore imaginable après de telles souffrances? Sans même ouvrir les yeux, elle laissa ses membres lourds fondre dans le matelas avec délectation. Quel soulagement, que tout soit fini…
Une main caressait doucement son front. Ce n'était pas désagréable, mais le mouvement avait été si répétitif qu'il en était maintenant irritant. À contrecœur, Hermione haussa ses paupières afin de rencontrer les prunelles de son ami Ron. La lumière avec laquelle elle les faisait briller lui indiquait clairement que le jour s'était levé sur Poudlard.
- Comment tu te sens, Hermione? demanda le rouquin d'une voix qui la berça agréablement.
La jeune femme ferma les yeux pour savourer le calme qui l'emplit. Quelques secondes plus tard, elle les rouvrit, puis afficha un faible sourire sur ses lèvres. Tout ce chao semblait être déjà si loin derrière…
- Merveilleusement, déclara-t-elle avec une pointe d'ironie.
Ron poussa un petit rictus embarrassé.
- Où est Harry? ajouta-t-elle en fronçant les sourcils.
- Juste à côté de toi, répondit Ron en désignant une place à ses côtés.
Instantanément, elle tourna la tête dans la direction que Ron lui avait désignée. Effectivement, Harry y était, couché dans un petit lit semblable au sien, et semblait être prisonnier d'un profond sommeil. C'est uniquement à cet instant qu'Hermione réalisa qu'elle était installée à l'infirmerie de l'école. Puis, en étendant son regard aux côtés du Survivant, elle remarqua que chacune des couchettes mises en place à l'intérieur de la pièce étaient occupées par un étudiant. Certaines avaient même été entassées afin de céder de la place à quelques lits en surplus. Jamais l'infirmerie de Poudlard n'avait été aussi bondée auparavant.
- Il va bien, la rassura-t-il. Il est très faible à cause du combat qui a eu lieu cette nuit, mais selon madame Pomfresh, son sommeil devrait être grandement répara…
- Drago, où est-il? coupa brusquement Hermione, traversée par le souvenir des événements derniers.
Ron se tut durant l'espace d'un court instant, pris de court. Ces secondes furent cependant catastrophiques pour Hermione, qui elle les traduisit comme une habituelle précaution de délicatesse à prendre lors de l'annonce d'un décès d'un proche. Vivement, elle se redressa dans sa couchette, les yeux déjà imbibés d'eau.
- Il va bien, n'est-ce pas? déboula-t-elle. Est-il ici?
Telle une hystérique, elle dégagea les couvertures de ses jambes dans l'intention d'aller inspecter la place, mais Ron, plus rapide qu'elle, la saisit par les bras en interrompant son geste. Il remit en place le tissage de laine puis adopta un ton réconfortant :
- Ce n'est pas la peine de te déplacer, Hermione, il n'est pas ici. Repose-toi.
Inquiète, elle le dévisagea avec horreur. Pas ici? Qu'est-ce que ça voulait dire?
- Où est-il?
- Il a été transféré à Ste Mangouste.
- Pourquoi pas nous, alors? trancha la lionne, affolée à l'idée d'être loin de Drago.
- Les gens ayant été plus sévèrement atteints ont tous été amenés là-bas au cours de la nuit pour qu'ils obtiennent des soins plus spécialisés.
Aucunement rassurée par la nouvelle, Hermione toisa son ami en se devinant sur le point d'éclater en sanglots. S'il ne se rendait pas plus explicite dans les prochaines secondes, elle volerait directement jusqu'à Ste Mangouste elle-même pour aller rejoindre le garçon qu'elle aimait.
- « Sévèrement atteints »? couina-t-elle en craignant le pire.
- Bah, oui… Je te rappelle qu'il a été possédé par Tu-Sais-Qui lui-même, alors j'imagine que je peux me permettre de l'inclure dans la catégorie des gens sévèrement atteints…
- S'est-il réveillé?
- Je l'ignore, Hermione, poussa Ron d'un air las et blasé. Je ne me suis pas abonné aux nouvelles de l'évolution de son état… Disons que je me faisais davantage de soucis pour toi et Harry que pour Malefoy.
En voyant que ses paroles n'avaient pas vraiment un effet réparateur sur elle, Ron posa une main compatissante sur son épaule puis lui sourit tendrement.
- Ne t'en fais donc pas, dit-il en tentant de capturer son regard. Tu as toi-même découvert qu'il respirait encore, cette nuit, ne t'en souviens-tu pas? Il est hors de danger.
Le regard perdu dans la texture de la couverture qui abritait ses pieds, Hermione hocha la tête d'un air distrait. Elle regarda ensuite le rouquin et soutint gravement son regard.
- As-tu eu d'autres nouvelles?
Elle semblait avide de savoir. Aussitôt, Ron s'appropria un air important puis se racla la gorge. Les bras croisés, son dos alla rejoindre le dossier de la chaise sur laquelle il était nonchalamment installé.
- Je suis au courant de pas mal tout, à vrai dire, affirma sévèrement le jeune homme. Je n'avais aucunement sommeil durant la nuit, et puisque je n'ai pas été blessé, j'ai aidé quelques professeurs à restituer un peu d'ordre dans le château, puis à… à déplacer les corps de ceux qui nous ont quitté…
Choquée, Hermione grimaça de tristesse.
- Beaucoup sont morts?
- Beaucoup, confirma Ron avec malaise. Plus d'une centaine. De plus, le triple a été blessé durant le combat qui a eu lieu. Plus de trois cents blessés… Tu imagines? Par chance, aucun de nos amis proches ne font partie de ce lot de malchanceux…
- Mais que s'est-il passé, par Merlin? Ce vacarme incessant que nous entendions… C'était des Mangemorts, pas vrai? Ils ont attaqué Poudlard?
Ron hocha la tête et pinça les lèvres.
- Ce sont eux qui ont tué tous ces gens et qui ont saccagé le château. Tu n'étais pas consciente lorsque nous avons pénétré à l'intérieur, mais je peux t'assurer qu'il ne reste plus grand-chose de la structure historique de Poudlard…
- Et qu'est-il advenu de ces Mangemorts? Sont-ils…
Les yeux d'Hermione prirent soudainement une dimension étrangement grande. Saisie d'un intérêt décuplé, elle captura le bras de Ron en s'assurant qu'elle avait toute son attention.
- Voldemort…! s'exclama-t-elle en réalisant l'importance de cette question qu'elle avait omise. Est-il…? Est-ce que…?
Hermione se tut, incapable de poursuivre sa phrase dont une réponse positive aurait été impensable. Le sourire maladroit qui naquît sur le visage de Ron lui en dit toutefois beaucoup plus que toutes paroles qu'il aurait pu prononcer.
- Nous le croyons, oui, fit-il en poussant un rire soulagé.
Hermione se mit à rigoler, n'arrivant pas à croire les dires de son ami. Toujours est-il que, ne voulant pas lever la main bien haute alors que tout ne pourrait être qu'un canular, elle ravala son sourire puis encra son regard bien profondément dans celui de Ron.
- Mais y a-t-il eu des… des « preuves », de cette mort? demanda-t-elle avec la crainte d'être déçue. Je veux dire… Comment pouvez-vous êtres certains qu'il n'a pas tout simplement… disparu, comme lorsqu'il a tenté de tuer Harry lorsqu'il n'était encore qu'un bébé?
- C'est bien ce que tout le monde a d'abord cru, mais lorsque les Aurors ont capturé les Mangemorts, ils ont bien vite remarqué que leur Marque des Ténèbres s'était tout simplement… évaporée!
La jeune femme gloussa, émerveillée par cette nouvelle. Son regard se perdit dans le fond de la pièce tandis qu'elle s'imaginait le bonheur qui allait se répandre dans le monde grâce à la chute du Maître des Ténèbres. Fini…? Vraiment…? Non, décidément, il lui faudrait bien plus de temps pour assimiler cette annonce.
- Tout n'aurait bien pu ne pas se terminer ainsi, cependant… ajouta Ron avec précaution en attirant le regard intrigué d'Hermione.
- Que veux-tu dire?
Tu imagines un peu ce qu'il se serait produit si Harry n'avait pas lancé ce sort de désarmement sur Malefoy lorsqu'il t'étranglait? Tu serais sans doute morte…
Ça, elle le savait très bien. Un énorme et désagréable frisson parcourut son échine à la mémoire de cette sensation d'oppression qu'elle avait ressenti lorsque Drago – ou plutôt Voldemort – saisissait étroitement sa gorge entre ses doigts. Inconsciemment, elle toussota.
- Je sais… déclara solennellement la jeune femme. Je vous en suis d'ailleurs très reconnaissante, de m'avoir tirée de là.
Pour toute réponse, Ron lui offrit un faible sourire qu'elle lui rendit.
- Mais, dis-moi… poursuivit-elle avec malaise. Je, hum… Je croyais avoir stupéfixé Harry, avant de me lancer à la poursuite de Drago… Tu l'as donc libéré?
- Oh, oui, affirma Ron en haussant les sourcils. J'avais quitté le dortoir pour aller au petit coin, et puis quand je suis revenu et que j'ai réalisé qu'Harry avait été stupéfixé en plein cœur de la salle commune, je me suis posé mille et une questions sur la raison… Je lui ai donc aussitôt rendu sa mobilité, et il s'est jeté sur moi la seconde suivante, comme s'il croyait que j'étais mort ou quelque chose du genre… Suite à ça, il m'a expliqué la situation dans les moindres détails en me traînant de force avec lui, hors du château, puis c'est à ce moment que nous t'avons aperçue entre les griffes de Malefoy.
- Mais ce n'était pas Drago qui me…
- Je sais, Hermione, je sais. Je ne le blâme pas.
À vrai dire, Ron en voulait amèrement à Malefoy, tout comme Harry, d'avoir entrainé Hermione dans son jeu extrêmement dangereux. Seulement, réalisant que sa meilleure amie avait été au cœur de ce manège exténuant depuis son tout début, il eut la bonté de ne pas s'attaquer au Serpentard comme il l'aurait fait dans d'autres cas. Après tout, Hermione était encore vivante, et Voldemort avait enfin péri… et c'était bien Malefoy qui avait mené le Grand Mage Noir à ton terme.
- Hermione… murmura Ron suite à quelques instants de silence.
L'interpelée, l'esprit distant, apporta toute son attention à son ami.
- Étais-tu au courant de ce que manigançait Malefoy?
Incertaine de comprendre le sens véritable de sa question, Hermione fronça les sourcils. Si Ron osait l'inclure de près ou de loin dans les démarches entreprises pour assassiner Harry et détruire Poudlard, elle lui flanquerait bien une ou deux baffes en plein visage afin de le remettre sur le droit chemin!
- Tu parles de ce qu'il s'est produit cette nuit?
Décelant l'outrage croissant sur ses traits féminins, Ron s'empressa de s'expliquer justement :
- Je sais bien que tu… que tu tiens à Malefoy, et je comprendrais bien si tu me disais que tu savais tout ce qui allait se produire… Heu, bah, tout compte fait, non, pas vraiment, mais… Enfin bref, tu aurais très bien pu de ne pas vouloir nous en parler par peur que Malefoy se fasse tuer ou quelque chose du genre, tu vois? Donc, heu… Est-ce que…
- Non, Ronald, coupa rudement Hermione. J'ignorais absolument tout. J'ai appris les activités de Drago uniquement quand Harry m'a partagé son rêve.
Ron hocha frénétiquement la tête, comme s'il espérait prouver qu'il avait prévu une telle réponse de sa part.
- C'est bien ce que je croyais, répliqua-t-il en ricanant nerveusement.
- Menteur.
Son rire s'interrompit sèchement. Inconfortable, il pratiqua une grimace maladroite en s'attendant aux pires réprimandes possibles.
- Me croirais-tu vraiment capable de vous cacher une telle chose? fit-elle, blessée par son doute. Cette information nous aurait été d'une importance capitale ; elle aurait pu sauver les vies de centaines de personnes… Alors, penserais-tu vraiment que j'aurais gardé ce secret pour moi en laissant toute cette catastrophe se produire?
- Non, bien sûr que non.
- J'aime Drago, poursuivit-elle sincèrement. Je ferais tout pour ne pas qu'il ne soit à l'article de la mort, mais mes principes me pousseront toujours à agir dans les plates-bandes du bien, et ça, Ron, tu le sais très bien puisque tu m'as côtoyé pendant plus de six ans.
Honteux d'avoir osé penser que le troisième membre de son trio soudé de Gryffondor aurait pu agir en traître, le rouquin baissa les yeux.
- Tu as raison, avoua-t-il. Excuse-moi d'avoir douté… Tu sais, la seule raison qui aurait pu infliger ces doutes chez Harry et moi, c'est bien parce que tu t'es étroitement lié avec Malefoy, et uniquement pour ça. Et peu importe ce qu'il accomplira, jamais Harry et moi n'aurons confiance en lui.
- Drago et moi avons souvent été ensemble, et vois-tu, je suis encore vivante. Ne serait-ce pas une preuve suffisante pour vous inciter à gagner une certaine confiance en lui? Ne crois-tu pas qu'il serait maintenant temps d'enterrer les haches de guerre maintenant que… que tout est fini?
Songeur, Ron pinça les lèvres. Il posa ses coudes sur ses genoux et laissa sa tête pendre entre ses deux épaules, ne sachant pas vraiment s'il était prêt à laisser toutes ces années de tortures psychologiques et physiques derrière lui.
- Moi, je crois qu'il serait temps, oui, poussa une voix basse d'un lit voisin.
Dès la première syllabe prononcée, les deux Gryffondor tournèrent leur visage en direction d'où la voix provenait. Harry s'était assis sur sa couchette et avait manifestement écouté une courte partie de leur conversation. En voyant les deux paires d'yeux posées sur lui, il afficha un sourire faible mais très fier sur son visage pâlot.
- Si Hermione Granger sort avec Drago Malefoy, expliqua le Survivant, c'est qu'il ne doit pas être si détestable qu'il ne le laisse paraître.
Satisfaite de la compréhension d'Harry, Hermione ricana puis hocha la tête avec véhémence. Ron adopta une moue renchérie mais haussa les épaules, n'ayant aucune envie de débattre sur le sujet.
- Tu vas bien, Harry? fit Hermione.
- Voldemort est mort, dit-il en inspirant d'un air radieux. Je ne pourrais pas aller mieux qu'en ce moment.
Le sourire d'Hermione s'élargit alors démesurément, tout comme celui de Ron qui abandonna rapidement l'air grincheux qu'il s'était approprié quelques secondes plus tôt.
