Chapitre 43 - Tourner la page


Lorsque l'aube rosé parut enfin sur le paysage accidenté, Hermione était déjà éveillée bien que très peu fringante. Les jours précédents avaient tous semblés être les mêmes ; à la même heure matinale, ses paupières s'élevaient sans même avoir pleinement laissé le temps à son corps de profiter d'un repos réparateur, et la conduisait tout droit sur cette même chaise, à observer les mêmes collines verdâtres et répétitives qui s'étendaient à perte de vue au travers des fenêtres. Elle ne s'en plaignait toutefois aucunement, car Merlin savait à quel point cette monotonie et ce calme étaient rapidement devenus un besoin essentiel après les derniers horribles événements survenus à Poudlard.

Sa main chaude enfoncée dans le confort de sa propre joue, elle fixait le halo lumineux et éblouissant qui naissait tranquillement parmi les arbres touffus. Au fil des degrés que gagnait le soleil dans le ciel, Hermione pouvait sentir sa chaleur voyager jusqu'à son visage qu'elle sentait déjà brûlant. Enfin, elle avait pu quitter l'hiver glacial de Poudlard pour gagner l'été avenant au Terrier.

Assise au cœur de la cuisine de la demeure des Weasley, Hermione gagnait en sagesse. Le simple fait d'observer méticuleusement la naissance quotidienne de cette immense étoile lui rappelait constamment que du jour au lendemain, chacun des habitants de cette planète ne pourrait plus avoir la chance d'admirer ce spectacle banal mais si envoûtant.

L'expérience qu'elle eut vécue durant sa dernière année de scolarité à Poudlard était une preuve bien riche qui avait le pouvoir d'appuyer ses nouvelles pensées rationnelles et adroites. Hermione ne fut pas la seule qui eut la pointe des orteils appuyée sur la ligne qui séparait la vie de la mort ; Harry également, comme à chaque année, avait creusé sa tombe. Il en était de même pour Ron. Également, Drago, celui qu'elle avait vu mourir et reprendre vie devant elle, avait été de ceux-là. Seulement, ce dernier n'avait encore balancé d'aucun côté ; encore maintenant, l'ex-Mangemort était perché sur cette lisière, étendu sur un triste lit entre les murs de l'hôpital Ste Mangouste.

Le couinement aigu provenant de la corde à linge sur laquelle madame Weasley s'affairait l'arracha à sa torpeur. Tournant la tête en direction du bruit qu'elle s'était habituée à entendre très tôt le matin depuis son arrivée au Terrier, elle vit, de l'autre côté d'une petite fenêtre à travers laquelle un vent agréable mouvait ses cheveux, Molly, sa deuxième maman, qui retirait des vêtements fraichement lavés de sur une corde raide qui tenait dans le vide. La dame fredonnait un air mélodieux qui afficha inconsciemment un sourire rêveur sur les lèvres de l'ex-Gryffondor. Nonchalamment, elle clôt les paupières et inspira profondément au même moment où une bouffée d'air fraiche parcourut la cuisine teintée d'une lumière jaunâtre.

La paix était à son comble…

- Qu'est-ce que… Quoi? marmonna soudainement madame Weasley avec une once de panique dans la voix. Oh, non… Non, non… Non, NON, PAS MON DRAP! NON!

Les cris de madame Weasley alerta aussitôt Hermione qui rouvrit les yeux juste avant de les poser de nouveau au travers de la fenêtre. La jeune fille ignorait totalement la raison pour laquelle la dame pestait maintenant en fixant le sol d'un air rageur, mais lorsqu'elle distingua une silhouette grisée nouvellement imprimée sur le drap blanc qu'elle venait tout juste d'installer sur la corde, une petite idée lui traversa l'esprit. Amusée, elle déserta la chaise sur laquelle elle était installée depuis de longues minutes et rejoignit la fenêtre en s'appuyant sur sa base.

- Que se passe-t-il? demanda Hermione en réprimant un rire. Tout va bien?

- Cette satanée chouette de malheur! maugréa madame Weasley. Mon beau drap blanc…! Maintenant souillé…!

D'un œil plus attentif, Hermione découvrit facilement que la silhouette qui s'était étampée sur le drap clair n'était nulle autre que celle d'Errol, la chouette maladroite et gaffeuse de la famille. Sans démontrer ouvertement son amusement, la jeune femme rigola discrètement en couvrant sa bouche de sa main. La chouette était maintenant étendue sur le gazon et s'agitait dans tous les sens, cherchant désespérément à se redresser sur ses pattes. Molly, irritée par son arrivée un peu trop notoire à son goût, aida l'animal à reprendre équilibre puis se mis à secouer son plumage taché à l'aide des ses mains.

- Allez savoir comment ce stupide hibou à réussi à se tremper dans de la suie… ronchonna la dame avec mauvaise humeur.

En constatant qu'Errol était entièrement recouvert de cette saleté, madame Weasley soupira puis abandonna sa tâche de nettoyage. La seconde suivante, la chouette s'était déjà envolée bien loin dans le ciel en laissant derrière elle un nuage de cadmie qui rejoignit paresseusement le sol d'un vert éclatant. Désespérée, Molly posa ses poings contre ses hanches en observant l'oiseau s'éloigner, puis pratiqua un geste de détresse lorsqu'elle distingua quelques tâches claires étendues sur le sol à quelques dizaines de mètres :

- Et en plus, il a échappé tout notre courrier! chigna-t-elle.

- Je vais aller le chercher, ricana Hermione en s'apprêtant à franchir la porte à ses côtés.

- Non, non, ma chérie, l'interrompit Molly, ne te donne pas cette peine. RONALD!

Surprise par son cri strident, Hermione sursauta brutalement.

- Madame Weasley, ce n'est pas la peine de réveiller Ron pour si peu. Je peux très bien y aller moi-même.

- Mais non, Hermione, protesta la femme en lui offrant un sourire. Ronald et Harry ne font que dormir, depuis le début des vacances… Il serait bien temps qu'ils fassent quelque chose d'utile de leur peau. RONALD WEASLEY!

De nouveau, Hermione bondit vivement.

- Il me semble que tu ne t'es pas offert une seule journée de repos, depuis que vous êtes revenu ici, signala-t-elle sur un ton indulgent. Tu m'as été d'une aide précieuse dans mes tâches ménagères, alors il est maintenant temps que mon propre fils s'active dans la maison.

- Il est bien normal que je tienne à garder mon esprit occupé, avoua Hermione avec sensibilité.

- Bien sûr, je comprends très bien.

Madame Weasley posa une main compatissante sur celle d'Hermione, étirant un sourire maternel qui agit sur le cœur de la jeune femme tel un baume sur une blessure.

- RONALD WEASLEY! IL EST L'HEURE DE TE RÉVEILLER, JEUNE HOMME! hurla soudainement Molly.

Pour la troisième fois, Hermione sursauta exagérément. Une main posée sur son pauvre cœur qui réagit massivement suite à ce violent soubresaut, elle roula les yeux en réalisant qu'elle n'avait manifestement pas réussi à se détendre depuis le début des vacances, et ce, même malgré ses journées occupées.

Molly instaura une pause en haussant un sourcil, guettant une future réponse de la part de son plus jeune fils, puis soupira pour la énième fois lorsque ce ne fut que le silence qui répondit à son appel.

- Bon, je crois que je devrai moi-même aller réveiller mon fils, constata-t-elle avec humilité. Quels fainéants, ces garçons!

- Bah, vous savez, il n'est que sept heures du matin…

- Et cette heure matinale ne nous a jamais empêché d'être déjà debout, n'ai-je pas raison?

Pour toute réponse, Hermione ricana. Madame Weasley franchit la porte qui menait à l'intérieur de la maison puis lui tendit son panier de vêtements propres. Aussitôt, la jeune femme le saisit.

- Que je ne te vois pas aller chercher ce courrier, Hermione Granger, ordonna Molly sur un ton bien ferme mais bienveillant. Aujourd'hui, les femmes prendront congé dans cette maison!

Au moment même où elle allait escalader les escaliers afin de rejoindre la chambre de son fiston, un Ron fripé les descendit d'un air maussade et indolent. Vêtu maladroitement, il s'appuya contre le mur puis poussa un soupir blasé.

- M'man… marmonna Ron après s'être passé une main sur le visage. Il est sept heures et dix du matin… Qu'est-ce qu'il y a de si urgent à une heure pareille?

- Exactement, il est sept heures et dix du matin, et j'ai décidé que toi et Harry alliez vous lever dès maintenant.

- Tu veux rire, j'espère?

- Ai-je l'air de vouloir rigoler? Va réveiller Harry, j'ai des tâches à vous faire accomplir.

Ron afficha un air totalement incrédule en laissant ses bras retomber mollement de chaque côté de son corps. Tandis que Molly attendit que son fils s'active, Hermione, elle, lança un regard navré au rouquin, trouvant toutefois la situation bien cocasse.

- Allez, jeune homme! s'impatienta la dame en tapant des mains. Hop, hop, hop!

Lâchement, Ron pivota sur lui-même et gravit les escaliers. Quelques instants plus tard, lui et Harry avaient gagné la cuisine et dormaient littéralement debout.

- Vous allez ranger vos chambres, aujourd'hui, décréta madame Weasley sur un ton péremptoire. Vous m'aiderez à préparer les repas et vous occuperez du jardin également. Les gnomes ont saccagé nos haies… Mais pour l'instant, allez chercher le courrier qu'Errol a échappé pas très loin de la maison.

Ron et Harry s'exécutèrent aussitôt, maudissant les deux femmes qui placotaient tranquillement, bien installées à la table de la cuisine avec une tasse d'hydromel à la main.

- Hermione! s'exclama tout à coup Harry avec vivacité tandis que les deux garçons revenaient de leur court voyage.

Un bruit de pas précipités s'approcha du Terrier. Molly, jetant un regard blasé au travers de la fenêtre, roula les yeux en voyant son fils et Harry accourir vers elles tels des hystériques.

- Ne criez pas comme ça, ordonna la mère du rouquin alors que les deux jeunes hommes pénétrèrent à l'intérieur de la maison, Ginny dort encore!

- Hermione! Il y a une lettre pour toi! annonça Harry sans se soucier du commentaire de la maîtresse de la maison. C'est une lettre qui provient de Ste Mangouste!

Précipitamment, Hermione se jeta sur Harry puis lui arracha la missive d'entre ses mains. Son cœur se mit à battre à tout rompre lorsqu'elle vit le logo bien commun de l'hôpital où reposait Drago. Si cette lettre lui était bel et bien destinée, elle ne pouvait traiter que de l'état dans laquelle se trouvait le garçon qu'elle aimait… Sa condition avait-elle empirée? Ou s'était-elle améliorée, plutôt? Peut-être s'était-il réveillé…?

Sauvagement, elle déchira l'enveloppe. Puis, retenant son souffle, elle déplia le parchemin qui était bien soigneusement plié en trois pans égaux. Harry, Ron et madame Weasley attendaient vertueusement qu'Hermione leur dévoile le contenu de la lettre. Sans attendre, elle lut à voix portante :

« Mademoiselle,

Vous avez été sélectionnée comme étant l'une des personnes de l'entourage proche à contacter en cas de changement dans l'état médical de monsieur Drago Malefoy.

La présente est pour vous signaler que, ce matin même, à sept heures et trois minutes, monsieur Drago Malefoy s'est extirpé de sa léthargie prolongée. Monsieur se trouve actuellement dans un état stable et se porte très bien. »

Hermione s'imposa un instant de silence, retenant de violentes larmes de soulagement. Tout en pinçant étroitement les lèvres, elle poursuivit de sa voix chevrotante :

« Vous avez la liberté de vous présenter à l'hôpital générale Ste Mangouste dès que vous le souhaitez afin de rendre une visite à monsieur. Dans le cas où vous vous présenteriez, veuillez vous rendre à la réception du quatrième étage (PATHOLOGIE DES SORTILÈGES) afin de vous identifier et ainsi vous permettre d'accéder à la chambre du patient. Si vous ne disposez pas d'une pièce d'identité répondant au nom de HERMIONE JANE GRANGER, la permission d'accéder au local vous sera retirée.

Merci de confier vos proches au personnel de l'hôpital Ste Mangouste.

La direction »

Brusquement, Hermione laissa ses deux bras rejoindre la table sans se soucier de la missive qui s'écrasa sur elle-même en se pliant négligemment. Ensuite, elle porta ses doigts tremblants à ses lèvres, tentant tant bien que mal de contenir une joie qu'elle manifesterait immanquablement en larmes et en rires simultanés. Toutefois, étant encore considérablement sous le choc de la nouvelle, elle se contenta de regarder, l'un à la suite de l'autre, les trois autres membres qui étaient présents à l'intérieur de la cuisine, s'attendant à ce que l'un d'eux lui dicte la conduite à adopter. La pauvre jeune femme ne savait visiblement comment réagir suite à l'annonce du réveil de Drago, et son regard leur communiquait d'ailleurs une confusion si importante que ce fut Molly qui décida de la suite des événements :

- Bon! s'exclama-t-elle en se levant de son siège. Les garçons, le ménage attendra bien à demain. Pour l'instant, vous allez accompagner Hermione à Ste Mangouste.

Son regard rejoignit rapidement le visage tordu de la jeune fille qui semblait entièrement approuver ses dires.

- N'est-ce pas?

En guise de réponse, Hermione émit un gémissement qui lui permit de contenir le sanglot bruyant qu'elle aurait préféré extérioriser. Tout en hochant frénétiquement la tête, elle posa ensuite les yeux sur ses deux meilleurs amis qui étaient déjà postés devant la porte d'entrée, prêts à l'accompagner dans son moment d'émotions fortes. Les deux garçons affichaient un sourire qui partageait le bonheur apparent d'Hermione. Sans plus pouvoir se contenir, Hermione éclata en sanglots en se jetant dans les bras de madame Weasley.

Lorsque le trio posa enfin pied entre les murs de l'hôpital, Hermione était devenu aussi fébrile qu'un enfant pénétrant chez Zonko. Le pas décisif et prompt, elle mit inconsciemment une dizaine de mètres entre elle et ses deux amis aussitôt qu'elle franchit les battants principaux de l'établissement. Puis, lorsqu'elle se glissa dans le premier ascenseur qu'elle croisa sur son passage, Harry et Ron durent entamer une course rapide afin de la rejoindre avant que les portes de la cabine ne se referment sur elles-mêmes.

Le quatrième étage sonna en un claquement de doigt. Se glissant entre les portes coulissantes avant même qu'elles ne soient pleinement ouvertes, la jeune femme repéra le bureau de la réception aussi aisément qu'elle pouvoir cligner des yeux. De toute façon, elle connaissait bien le chemin. Seulement, à peine fit-elle trois pas qu'une voix criarde qu'elle s'était plut à ne plus entendre l'interpela :

- Granger?!

Spontanément, Hermione pivota la tête en direction du désagréable son.

Pansy Parkinson.

Debout et aussi droite qu'une barre de fer, l'ex-Serpentard était installée face à la porte qui menait à la chambre de Drago. Bien qu'elle fût située à une dizaine de mètres d'elle, la tonalité de sa voix avait voyagée jusqu'à ses oreilles tout comme si elle s'était tenue à deux pas de sa personne. Tandis que le visage d'Hermione décrivît une moue particulièrement flegmatique et blasée, celle de Parkinson démontrait toute la confusion du monde à l'idée de voir la Gryffondor présente en ces mêmes lieux et ce, au même moment.

Harry et Ron, derrière Hermione, soupirèrent d'ennui en reconnaissant le tonkinois apprivoisé de Malefoy. La jeune femme, n'ayant toutefois aucunement l'envie de se lancer dans les hostilités dans de telles circonstances, leur fit signe de se taire en un bref mouvement de sa main.

- Ce n'est pas la peine, les avisa-t-elle. Je m'en charge. Pouvez-vous m'attendre ici, s'il vous plait?

- Potter et Weasley, en plus? grogna la voix lointaine de Pansy en entamant une marche rageuse vers eux.

Ignorant la soudaine exaspération de Parkinson, Hermione lança à ses meilleurs amis un regard rempli de reconnaissance lorsqu'ils hochèrent la tête suite à sa demande.

- Merci, fit-elle simplement en laissant transparaître une réelle gratitude considérablement plus large.

Ils lui rendirent aussitôt son sourire. Ensuite, ils s'éloignèrent vers les quelques sièges qui s'alignaient contre les murs dans l'aire d'attente, guettant attentivement la conduite de la Serpentard.

Hermione entreprit donc de se diriger vers la chambre devant laquelle Parkinson se tenait précédemment sans prendre la peine de se présenter à la réception. À mi-chemin, la Serpentard arriva à ses côtés, les poings serrés :

- Qu'est-ce que ta présence ici signifie? rugit-elle, écarlate.

Sans se soucier de son interruption, Hermione poursuivit sa route sans même lui jeter un seul regard. Insultée par le sentiment d'invisibilité qui naquît en elle suite au silence de son ennemie, Pansy fronça les sourcils puis ajusta son pas à la cadence de la Griffon afin de la rejoindre. Autour d'elles, presque tous les occupants des environs les dévisageaient avec déconsidération.

- Je t'ai posé une question, Granger, trancha Parkinson en agrippant son bras, l'obligeant ainsi à s'arrêter. Tu n'es tout de même pas venue jusqu'ici pour Drago, j'espère?

Au moment où Hermione entrouvrit les lèvres afin de rétorquer, une dame habillée de blanc s'interposa entre les deux rivales. Le badge qui était épinglé au niveau de son buste indiquait le nom « Miriam Strout », juste au-dessus de son poste de « Guérisseuse ». Cette dernière arriva pilepoil, se dit Hermione, car Merlin savait à quel point sa patience était actuellement à bout. Tout ce qu'elle demandait, c'était de voir Drago le plus rapidement possible. Rien d'autre. Le monde pourrait cesser de tourner qu'elle s'en moquerait éperdument.

- Êtes-vous bien mesdemoiselles Pansy Parkinson et Hermione Granger? demanda préventivement Miriam Strout en regardant respectivement la lionne et le serpent.

- Non, par Merlin! s'horrifia Parkinson. J'ai l'air de porter le nom ridicule d'une née-Moldue, peut-être? C'est elle, Granger. Moi, je suis Pansy Parkinson, la petite amie de Drago Malefoy. Pourrait-on m'expliquer ce qu'elle fait ici, celle-là?

D'un doigt méprisant, elle pointa Hermione qui croisa prestement les bras, lassée de son comportement puéril et enfantin. La porte menant à la chambre de Drago devenait de plus en plus tentante à défoncer… Pitié, que toute cette comédie cesse!

- Mademoiselle Granger a été annoncée comme étant l'une des membres les plus proches du patient, expliqua calmement l'employée. Par conséquent, elle a été mise au courant des changements dans l'état de santé de monsieur Malefoy, tout comme vous. Maintenant, je vous prierais de bien vouloir baisser le ton de vos voix d'un cran, s'il vous plait. Vous êtes dans un hôpital, et non à La Tête de Sanglier.

Ladite Miriam posa ses poings sur ses hanches telle une mère grondant ses bambins. Parkinson, complètement abasourdie par ce qu'elle venait d'entendre, haussa un sourcil en s'attribuant une mimique faciale des plus ridicules.

- Que… Elle, proche de… Je vous demande pardon?

- Veuillez me montrer une pièce d'identité, s'il vous plait, réclama la guérisseuse en ignorant les balbutiements du tonkinois.

Les mesures de précaution s'accomplirent rapidement. Pansy, briguée, avait l'œil rivé sur Hermione, tentant encore de comprendre l'étrange situation dans laquelle les deux adolescentes étaient.

- Merci bien, fit la responsable en rendant aux deux jeunes femmes leurs papiers personnels. Veuillez m'attendre ici, je vous prie. Monsieur Malefoy m'indiquera s'il souhaite recevoir vos deux visites individuellement ou simultanément.

Offusqué par le manque de considération dont l'infirmière fit preuve à son égard, Pansy, le menton érigé dans les airs, l'observa s'éloigner en croisant étroitement les bras. Puis, en poussant un soupir aigu et prétentieux, elle posa son regard arrogant sur son ennemie en lui souhaitant tout le mal du monde. Bien qu'elle la parcourut tangiblement de ses yeux plissés sans cacher son écœurement vis-à-vis elle, Hermione, de son côté, ne pouvait détacher son attention de l'infirmière qui venait tout juste de pénétrer dans la chambre de Drago. Ce n'est que lorsqu'elle en ressortit – à peine quelques secondes plus tard – que Pansy trouva un autre sujet à scruter.

- Alors? s'impatienta aussitôt la Serpentard en allant rejoindre la guérisseuse. C'est bon, je peux entrer, maintenant?

- Monsieur Malefoy réclame d'abord la présence de mademoiselle Granger.

Sans même s'accorder la jouissance d'adresser une grimace insolente à Parkinson, Hermione rejoignit la guérisseuse qui paraissait visiblement satisfaite d'avoir enfin pu clore le bec de la jeune effrontée. La main sur la poignée du battant, l'ex-Gryffondor n'attendait que la permission de la responsable pour traverser le mur de béton telle une furie. Enfin et cependant, lorsque Miriam lui indiqua qu'elle avait le feu vert pour pénétrer dans la pièce, le cœur d'Hermione se serra si convulsivement qu'elle étendit son geste sur plusieurs dizaines de secondes. Elle s'autorisa d'ailleurs à jeter un regard attentif à l'intérieur de la chambre uniquement lorsqu'elle entendit la porte se refermer derrière elle.

Lorsque son regard se déposa sur le lit aux tons de neige, il lui fallut quelques instants afin de distinguer la silhouette de Drago dans ce bain de lumière aveuglante. Progressivement, ses traits se découpèrent dans la clarté, et bientôt, elle put enfin rafraichir l'image qu'elle était venue s'instaurer à l'esprit à chacune des semaines qui s'étaient écoulées depuis la fin de leur année scolaire. Seulement, contrairement à ces dernières fois, Hermione le savait maintenant conscient, et ce, même malgré ses paupières closes qui indiquaient que le jeune homme venait tout juste de sortir de sa longue torpeur.

Une petite montagne d'oreillers était installée derrière le dos de Drago, lui permettant ainsi d'adopter une position semblable à celle assise. Une boule d'émotions se logea au creux de sa gorge. Déglutissant avec difficulté, Hermione s'approcha tranquillement de lui en écoutant l'écho répétitif de ses souliers contre le plancher de céramique. Malgré la petite superficie de la pièce, la résonance de ses pas était si longue et démesurée qu'elle lui donnait l'impression qu'elle se trouvait en plein cœur de l'Atrium du siège du ministère de la Magie. Les deux mains jointes devant elle, elle tenta tout de même de concentrer ses esprits sur Drago qui ne tarderait pas bien longtemps avant d'ouvrir les yeux. Le souvenir de leur dernière véritable conversation rendit cette perspective étrangement effrayante et provoqua instantanément les larmes qu'elle ne pourrait se permettre de retenir. Et si Drago éprouverait une certaine rancœur envers elle suite à la tournure des événements à Poudlard? Car qui sait, peut-être les choses se seraient-elle mieux produites si Hermione n'avait pas agi telle une téméraire en se donnant le droit d'intervenir dans la mission de Drago?

Sous les paupières abattues du blondinet, Hermione vit que ses yeux s'agitaient faiblement. Sentant une violente crampe s'installer dans son ventre à l'idée de bientôt le voir éveillé après cette insupportable attente, elle déposa la paume de ses mains contre le matelas moelleux. Stressant douloureusement en raison de la persistance de ses yeux à rester fermés, les doigts de la jeune femme se glissèrent subrepticement vers ceux de son amoureux. Presque aussitôt, les paupières faiblement violacées du malade s'entrouvrirent avec une lenteur qui pinça encore davantage le cœur meurtri d'Hermione. Sa main étreint la sienne.

- Salut, souffla Hermione en reniflant discrètement.

Elle lui sourit, se sentant devenir soudainement légère grâce à son regard. Néanmoins, davantage de larmes promirent de se pointer au rendez-vous.

- Salut, répliqua-t-il sur le même ton voilé en agitant lentement son pouce sur sa main.

À son tour, il sourit. On aurait dit qu'il venait tout juste de passer une nuit mouvementée, rien de plus.

- Tu as bien dormi? fit-elle en laissant paraître une ironie comique.

En guise de réponse, Drago inspira bruyamment en se repositionnant superficiellement sur son lit. Tous ses mouvements étaient lents et doux, ce qui toucha particulièrement Hermione compte tenu de la singularité du moment. Un premier sanglot menaça de s'extérioriser, fort et insistant, mais elle le suspendit en pinçant les lèvres.

- Depuis combien de temps suis-je inconscient? demanda Drago sur le ton de la conversation.

- Deux mois.

L'expression amorphe du blondinet céda graduellement sa place à un épais brouillard. Les yeux maintenant ouverts à leur pleine grandeur, il toisa Hermione sans vraiment vouloir s'encrer cette vérité dans le crâne.

- Deux mois… marmonna-t-il après plusieurs secondes de réflexion. J'ai l'impression d'avoir passé une nuit tout à fait ordinaire…

- Non, le défit-elle en esquissant une grimace d'affliction. Ça a été plus long… Ça a été beaucoup plus long qu'une simple nuit…

Le regard de Drago se perdit sur la couette aussi blanche que l'était la totalité des accessoires de sa chambre. Hermione lui en voulait amèrement de ne pas démontrer un plus grand bonheur à l'idée de la revoir, mais si, après tout, il avait eu l'étrange impression de n'avoir passé que quelques heures plongé dans un sommeil, elle se convint qu'une conduite aussi usuelle était de tout ce qu'il y avait de plus normale. Toujours est-il qu'elle, elle avait passé deux interminables mois à se poser mille et une questions sur l'évolution de sa santé, à se demander si oui ou non, le garçon qu'elle aimait allait subir de néfastes conséquences suite aux événements qui auraient pu mettre une fin définitive à l'histoire Poudlard… Simplement à cette pensée, Hermione aurait voulu que Drago lui démontre une plus grande reconnaissance de sa patience.

- Que s'est-il passé, pour que je sois tombé dans l'inconscience durant tout ce temps…?

Ses yeux regagnèrent ceux de la jeune femme. Ses prunelles d'acier se chagrinèrent aussitôt lorsqu'il discerna le tracé humide des larmes qui pendaient maintenant à son menton. Afin de ne pas s'affliger sous le regard soudainement clément de son amoureux, Hermione renifla d'un bref coup puis se prépara mentalement à replonger dans le souvenir de ces événements tragiques :

- Tu dois sûrement te rappeler que tu as été possédé, la nuit de la bataille de Poudlard… débuta-t-elle sur un ton laborieux.

- Une bataille? coupa Drago avec trouble.

Une lueur de remord s'installa alors chez lui, éclat qu'Hermione aurait pu percevoir de ses iris à plus d'une cinquantaine de mètres de lui.

- Oui, acquiesça la jeune femme. Il y a eu une bataille et des centaines de morts innocentes. Une grande partie du château à dû être reconstruite, également.

Drago clôt ses paupières sous ses sourcils froncés. Il semblait porter toute la misère du monde sur ses épaules. Hermione, reconnaissant son repentir, détermina que le temps pour glisser la plus grande nouvelle annoncée depuis des lustres étaient venu :

- Beaucoup d'innocents sont morts, oui, mais ce n'est pas leur sacrifice qui a fait couler le plus d'encre dans les journaux.

- Que veux-tu dire?

Excitée à l'idée de lui annoncer elle-même la chute du plus grand Mage Noir de tous les temps, Hermione ne put s'empêcher d'afficher un sourire radieux que Drago interpréta plus que gauchement. Ses sourcils décrivaient un angle étrange qui réclamait des explications.

- Regarde ton avant-bras, enjoignit Hermione en offrant aux mains de Drago leur pleine liberté.

Devinant aussitôt ce qu'elle voulait sous-entendre par « son avant-bras », le cœur de l'ex-Serpentard rata un battement. Lentement, comme s'il s'attendait à voir un hippogriffe bondir de son bras, il pivota la tête là où le centre d'attention palpable de leur conversation était maintenant rivé.

Rien. Un agréable rien. Qu'une peau pâle et délicate. Pas même l'ébauche blafarde de la Marque des Ténèbres qui fut autrefois tatouée. Il ne restait plus que la mémoire de cette infecte plaie. Une mémoire qui, malgré tout, ne s'effacera pas de sitôt en raison de tout le mal qu'elle avait causée.

Drago fixait obstinément son avant-bras malgré l'absence de la Marque. De sa main qui avait précédemment résidée au creux de celle d'Hermione, il caressa sa peau du bout des doigts en dessinant distraitement l'affreux dessin qui y fut jadis imprimé. La jeune femme l'observa se mouvoir avec oisiveté, s'attendant à ce qu'il éclate d'un rire délivré ou qu'il fonde en larmes d'ivresse, mais aucune de ces deux options ne se manifesta. Drago semblait tout simplement captivé par la pureté de sa peau, emporté par des pensées qu'elle devina à être confuses par cette soudaine abandon à la délivrance, celle qu'il croyait ne plus jamais pouvoir obtenir depuis son entrée dans les rangs de Mangemorts.

Puis enfin, il réagit. Frivolement, comme s'il venait d'entendre une blague modérément amusante, il poussa un soupir absent, esquissant sur le coin de ses lèvres un sourire béat. Déstabilisée par ce manque apparent d'énergie, Hermione patienta encore quelques instants avant de déclarer sa réponse moindre complètement perturbante.

En réalité, le choc de cette nouvelle était si vif que Drago ne pouvait qu'être stupéfié. Lui qui était plus que certain que le restant de ses pauvres jours ne serait qu'utile à créer le chaos et l'anarchie autour de lui, voilà maintenant qu'au bout d'une période qui parut être une nuit banale, il apprenait que Voldemort n'était plus de ce monde et que les Mangemorts étaient radiés du monde magique.

- Et comment je… s'amorça-t-il en sentant une confusion sans pareille s'installer dans son esprit. Comment pourrais-je possiblement être encore vivant si Voldemort n'existe plus? Si j'ai été possédé par son âme, ça veut donc dire que lui et moi ne faisions qu'un… Alors…

Drago fronça brusquement les sourcils, complètement confus, comme si ses réflexions lui instauraient un mal de chien.

- Je vais tout t'expliquer, Drago, dit doucement Hermione en retrouvant sa main.

- Oui, explique-moi, marmonna-t-il faiblement. Je veux savoir ce qui s'est produit, cette nuit-là…

Décidément, le jeune homme était choqué, et ça, Hermione pouvait parfaitement le comprendre. Ayant par chance la possibilité de justifier clairement l'étrange phénomène que la mort unique du Seigneur des Ténèbres en épargnant Drago avait soulevé, la jeune femme approcha une chaise qui reposait tout près de la couchette du malade. Sans abandonner sa main, elle s'assit puis ajouta la seconde à leur étreinte. Entre ses doigts, elle pouvait sentir que la peau de Drago était brûlante, ce qui réconforta son cœur chamboulé.

- Es-tu seulement parvenu à comprendre la véritable raison des leçons d'occlumencie et de légilimencie que tu as reçues?

- Que très vaguement…

L'ex-Serpentard ne se rappelait pas avoir déjà mentionné ces périodes d'enseignement à Hermione, mais les noms de Potter et Weasley lui vint rapidement en tête quant à la manière dont elle aurait pu entrer en connaissance de ces détails.

- Dans ce cas, tu sais comme tout le monde que Voldemort était un mage terriblement puissant. Par surcroît, son âme, bien que fortement mutilée, était d'une envergure inimaginable. Apparemment, lorsqu'il a décidé de te confier cette mission, il n'a pas semblé prendre en compte que cette énergie instable et considérable entreposée à l'intérieur du corps d'un garçon de dix-huit ans n'était pas une chose qui instaurerait des conséquences prévisibles. Effectivement, lorsque Voldemort t'a possédé, son âme a complètement écrasé la tienne à cause de sa trop grande ampleur. De plus, le fait que tu aies pratiqué l'occlumencie et la légilimencie n'a fait qu'ouvrir les barrières de ton esprit afin que rien ne puisse arrêter cette surcharge de puissance.

Drago n'avait pas cillé une seule fois durant son monologue, ridiculement attentif à ses mots qu'il buvait comme un élixir de vie.

- Donc en bref, conclut Hermione en haussant les sourcils, son âme a littéralement remplacé la tienne. Lorsque tu as reçu ce sortilège de mort de plein fouet, c'est donc Voldemort qui a tout pris. À ce moment là, toi, tu n'étais qu'une enveloppe corporelle, donc tu n'as subi aucun dommage… mis à part le traumatisme d'avoir été possédé par cette trop forte puissance.

Posément, le jeune garçon hocha la tête, réceptif.

- Alors, j'ai été frappé d'un Avada Kedavra… résuma-t-il. C'est bien ça?

- Exactement.

- Est-ce que c'est… Potter, qui m'a lancé ce sort?

Hermione hocha aussitôt la tête. Drago semblait reconstituer une scène mentale des événements qu'elle venait tout juste de lui expliquer.

- Comment sais-tu tout ça, Hermione?

- Que crois-tu que j'ai fait, durant les deux mois pendant lesquels tu étais inconscient? J'ai tenté de comprendre exactement ce qu'il t'était arrivé… et j'y suis parvenue.

Le silence devint maître durant quelques instants, donnant aux deux tourtereaux une pause afin de défaire la tension suite à l'évocation de ces événements.

- Est-ce que je peux te demander quelque chose, Drago? demanda timidement Hermione.

- Vas-y. J'imagine que tu as également droit à quelques réponses.

- Quels étaient les ordres exacts que tu te devais de suivre? J'ai eu un aperçu de ce que tu devais accomplir, mais… Quelle était ta mission proprement dite?

Il ne répondit pas aussitôt. Inconfortable à l'idée de tout déballer ouvertement, Drago pensa un instant à refuser de lui exposer sa mission, mais se ravisa en se remémorant qu'après tout, ses obligations n'avaient plus lieu d'être effectuées. Il détourna son regard afin de le poser sur le plafond, refusant de toiser la fille qu'il aimait dans les yeux en décrivant l'horreur qu'il fut forcé de commettre :

- Le soir qui précédait la nuit où tout s'est déroulé, débuta-t-il sans cacher son désagrément, j'ai reçu une lettre de mon père qui m'indiquait que le temps était venu pour moi d'aller jusqu'au bout de mon devoir. Cette nuit-là, Voldemort éveillerait une vision chez Potter, un genre de rêve effectif, qui le pousserait à venir au cœur de la forêt interdite afin que je puisse accomplir ce que je me devais de faire, c'est-à-dire le tuer en laissant justement Voldemort prendre possession de mon corps. Une fois là-bas, il fallait que je lance le sortilège qui enverrait la Marque des Ténèbres dans le ciel, et ce, juste afin que les Mangemorts conjurés bloquent les forces de Poudlard qui auraient pu être alarmées et ainsi m'empêcher de tuer Potter. Si je devais résumer ma mission en quelques mots, je dirais que, grossièrement, je devais préparer mon esprit à recevoir l'âme de Voldemort afin de me lancer dans un duel à mort avec Potter…

Choquée d'être enfin informée de la mission entière de Drago, les larmes d'Hermione qui s'étaient largement calmées se ranimèrent. Le blondinet, honteux d'avoir presque atteint le but qu'on lui avait imposé, rougit brutalement en crispant le visage, retenant une envie d'hurler de rage. Lorsqu'il entendit la jeune femme renifler, il posa les yeux sur elle puis se força à adopter un sourire équivoque :

- Et ton apparition ne faisait manifestement pas partie du plan.

Hermione ricana nerveusement.

- Est-ce que je t'ai fait du mal, Hermione?

Un flash désagréable lui rappela la peur incomparable qu'elle avait ressentie lorsque Drago tenait fermement sa gorge entre ses doigts en serrant toujours plus fort seconde après seconde. Jugeant toutefois que de l'informer de ce détail n'était pas un besoin nécessaire, elle se promit de garder cet incident pour elle. Drago n'avait aucunement besoin de le savoir. Le pauvre était suffisamment torturé tel qu'il l'était…

- Non, mentit-elle, Harry et Ron sont arrivés au moment où j'aurais pu être en danger.

Rassuré, Drago soupira bruyamment. Il semblait soudainement plus léger suite à ses importantes confessions.

- Qu'est-il advenu des Mangemorts présents à Poudlard?

- Beaucoup ont été tués, d'autres sont actuellement à Azkaban, et une infime partie ont réussi à s'enfuir.

Une pause s'imposa. Drago semblait hésitant :

- Et… qu'est-il advenu de… mes parents…?

- Ils sont encore vivants… Ton père est à Azkaban, et ta mère a tout simplement disparue. Elle, tout comme certains autres, sont activement recherchés par les autorités du ministère au moment même où nous nous parlons.

- Bien.

Hermione se tendit peu à peu, ce qui ne passa pas inaperçu aux yeux de Drago. Se doutant qu'elle était sur le point de lui avouer quelque chose de délicat, il haussa un sourcil :

- Qu'y a-t-il?

- Ton père recevra le Baiser du Détraqueur… formula-t-elle précairement. C'est d'ailleurs le sort que connaîtra tous les Mangemorts qui ont été pincé.

Secoué par la nouvelle, Drago resta momentanément immobile. Lucius avait beau avoir été un parfait salaud envers autrui durant toute son existence, et ce, même envers son propre fils, mais n'en restait-il qu'il était tout de même celui qui l'avait élevé durant dix-sept années de sa misérable vie. Cependant, après une très courte réflexion, il se surprit à ne pas être aussi attristé par la nouvelle qu'il aurait cru. Il haussa les épaules, indifférent, puis afficha une moue fataliste.

- Tant mieux.

À bien y penser, Drago ne se plaindrait certainement pas de son opportunité de démarrer une nouvelle vie. Un futur sans parents dictateurs lui ferait certainement un bien fou. De plus, suite à la chute du Seigneur des Ténèbres et la fin de sa période scolaire à Poudlard, l'avenir ne pourrait que bien se présenter à lui. Lucius, Narcissa, Rogue, Voldemort… Tous ces gens, ils n'étaient maintenant plus là pour manipuler les cordages qui amorçaient autrefois chacun de ses gestes. Dès l'instant présent, il coupait ces cordes. Il tournait la page sur une nouvelle vie, une vie qu'il aurait la chance de mener comme bon lui semblait, et avec qui il le souhaiterait.

Il pourrait être avec Hermione, enfin.

Étrangement, la jeune femme sembla avoir lu en lui comme dans un livre ouvert. Le regard de Drago s'adoucit lorsqu'il décela la nouvelle émotion qui naquit sur son visage, puis, d'une tendresse toute aussi vivante que la lueur de ses yeux, il se mit à caresser activement sa main. Hermione sourit, silencieuse et émue, mais éclata en sanglots lorsque le regard de son amoureux devint plus qu'insupportable.

La tête baissée entre ses épaules, elle retira une des deux mains qui résidait au creux de celle de Drago afin de camoufler son visage tordu. Automatiquement, il retira son dos du confort des oreillers placés derrière lui afin de s'approcher de sa douce. Il reprit possession de sa main qu'il serra étroitement.

- Hermione… murmura-t-il gauchement, remué.

- Je suis tellement désolée… sanglota-t-elle.

Drago plissa les yeux, troublé, cherchant une raison pour laquelle Hermione se devrait de demander pardon, mais ce fut en vain. Subitement, comme si elle avait senti sa confusion, elle leva les yeux et plongea son regard humide et rougi dans le sien.

- Je t'ai laissé tomber… Je t'ai abandonné à un moment où tu aurais eu besoin de support… Je m'en veux tellement, Drago…! Je me sens si idiote…

- Hermione, arrête…

- Je m'excuse… Je suis tellement navrée…! T'avoir ainsi abandonné a éveillé une honte incroyable en moi…

- Non… Arrête, ça suffi...

- J'aurais dû t'aider… J'aurais dû te…

- Hermione!

Il avait presque crié. Ses mains avaient saisies son visage et, autoritaire, il la fixait durement.

- Arrête, lui ordonna-t-il. Arrête.

Hermione se tut enfin. Le menton tremblant, elle fixait Drago telle une victime toisant son sauveur.

- Tu ne m'as jamais abandonné.

Aussitôt, la jeune femme fronça les sourcils, trouvant ces paroles plus que ridicules. La devinant sur le point de protester, Drago secoua la tête de gauche à droite et la devança :

- Tu as eu peur, et tu es partie, lui expliqua-t-il avec légèreté. Tout comme lorsque je devais me rendre à la Cabane Hurlante, tu te souviens? Mais suite à ça, te souviens-tu de ce que tu as fait?

Perturbée, elle ne sut quoi répondre.

- Tu es venue me retrouver, répondit-il en esquissant un sourire secourable. Tu as surmonté ta peur, et tu es revenue vers moi… Comme cette nuit-là, dans la forêt interdite. Tout ne s'est peut-être pas produit comme tu l'aurais espéré, mais tu es revenue.

Incertaine de la puissance de ces mots, Hermione grimaça.

- Tu ne m'as jamais abandonné, Hermione. Jamais. Au contraire, tu m'as toujours aidé. J'ignore ce qui t'a poussé à venir vers moi lorsque j'ai entendu ce murmure, au tout début de cette histoire, mais tu m'as offert une aide en or que tu ne m'as jamais soutirée. Tu as toujours été là pour moi. C'est toi qui me sortais de mes mauvaises passes lorsque je ne savais plus quoi faire. C'est toi qui faisais en sorte que je me ressaisisse. Qui sait quelle connerie j'aurais fait si tu n'avais pas été là pour me remettre sur le droit chemin?

Touchée, Hermione lui offrit un sourire instable qui revigora celui de Drago. Ses pouces, plaqués sur ses joues, décrivirent un petit mouvement agréable qui calma son sentiment de culpabilité destructeur.

- L'autre jour, à la bibliothèque, tu m'as dit que tu ne m'en as jamais voulu, rappela-t-il d'une voix presque inaudible. Eh bien, moi non plus, je ne t'en ai jamais voulu.

Le cœur d'Hermione se réchauffa aussitôt. Apaisée, son envie de pleurer disparut graduellement jusqu'à bientôt lui procurer une envie inaccoutumée de rire aux éclats. Voulant cependant savourer encore quelques instants ce moment d'émotion et de tendresse, elle imita Drago en posant ses mains à la naissance de sa mâchoire.

- L'autre jour, à la bibliothèque, tu m'as dit que tu m'aimais… débuta-t-elle.

Le sourire du jeune homme se détendit. Son regard, cependant, se mit à scintiller à la manière d'une étoile.

- Eh bien… Moi aussi, je t'aime.

Longtemps, ils se regardèrent amoureusement, immobiles. Puis, tranquillement, Drago glissa une main derrière sa nuque afin d'approcher son visage du sien. Hermione répondit aussitôt à cette pression et gagna ses lèvres délicieusement chaudes des siennes afin de les embrasser avec passion et nostalgie.


Et puis? :)

Sachez que ce chapitre-ci était l'avant-dernier... Eh oui! Plus qu'un chapitre (qui ressemble davantage à un épilogue), et le tout sera terminé... Woah, quand même, quand je pense que ça fait plus de sept mois que je travaille sur cette fiction... C'est étrange de savoir que très bientôt, elle sera terminée!

En tout cas, je vous laisse la liberté de me laisser un petit commentaire.

À très bientôt!