Je vous offre finalement ce dernier chapitre, l'épilogue... À vos mouchoirs (j'avoue que j'ai pleuré en l'écrivant...) !
Chapitre 44 - Le fruit d'une jeunesse
Ce soir-là, à la naissance du crépuscule, Drago put enfin sortir de l'hôpital qui l'avait hébergé durant ses jours incertains. À sa demande, Pansy fut renvoyée à sa demeure sans lui avoir accordé ne serait-ce que quelques minutes de son temps, lui donnant ainsi l'heureuse possibilité de quitter les lieux sans se faire importuner. D'ailleurs, à la grande joie d'Hermione, l'ex-Serpentard s'était montré bien clair à ce sujet : plus jamais il ne voudrait entrer en contact avec ce tonkinois insupportable, et il en était de même avec ses « copains » d'école ; Zabini, Nott, Crabbe et Goyle. Il ne voulait plus jamais en entendre parler. Drago avait peut-être passé sept longues années de sa vie en leur compagnie, mais il prévoyait être bien ravi de mettre un trait sur cette atroce période de son existence. Le pied qu'il posait sur le sol cimenté à la sortie de Ste Mangouste, c'était un nouveau départ, et ce nouveau départ, ce n'était qu'avec Hermione, qu'il voulait l'entamer…
Mais, vraisemblablement, il l'entamerait avec Potter et Weasley également, car les deux garçons attendaient patiemment de l'autre côté de l'arche qui présentait l'immeuble.
Le bras captif de l'étreinte rassurante d'Hermione, il imposa une résistance qui la força à s'immobiliser. Les yeux figés sur ses deux ennemis, il se promit mentalement ne pas franchir un seul pas supplémentaire à moins qu'ils ne disparaissent de son champ de vision. S'il se basait sur les dires d'Hermione, Potter et Weasley avaient tous deux assisté à la scène qui l'avait mené à sa léthargie. À cette pensé, une chaleur qui n'avait rien à voir au temps de canicule de l'été lui monta à la tête. Quelque chose qui s'apparentait au déshonneur vint lui assener un coup violent droit au cœur.
- Ne t'en fais pas, Drago, murmura Hermione de sa voix réconfortante. Tout ira bien. Ils ne te feront aucune réprimande ; ils sont conscients de ce à quoi tu as fait face…
- Je ne crois pas, non, rétorqua-t-il, entêté. Fais-les partir.
L'état fragile et vulnérable dans lequel il se tenait aurait, dans d'autres circonstances, instantanément poussé Hermione à céder à sa requête. Toutefois, lorsqu'elle posa à son tour son regard sur ses deux amis qui les observaient en toute humilité, elle s'engagea à mettre tous les efforts possibles afin de Drago laisse tomber sa mauvaise volonté. Harry et Ron avaient juré ne pas être désagréables envers lui, et ça, Hermione s'en souvenait très bien.
- Je t'assure qu'ils ne te feront pas de messes basses. Lors de notre voyage jusqu'ici, Harry m'a dit qu'il avait quelque chose à te dire. Nous avons également une offre à te faire.
Le garçon n'esquissa pas le moindre geste, irrésolu.
- Allez, insista posément Hermione. Viens.
Dans l'espoir qu'il succombe, Hermione attira son bras contre elle afin d'amorcer une nouvelle marche. Drago grimaça discrètement, à la fois réticent et agacé, mais la suivit tout de même en traînant les pieds avec nonchalance.
Lorsque le couple eut franchi la moitié de la distance qui les séparait d'Harry et de Ron, le porteur de la cicatrice retira ses mains qu'il avait enfouies au creux de ses poches, puis s'avança vers eux. Ron, resté au loin, toisa la scène qui s'offrait à lui avec attention. Il paraissait vouloir être beaucoup moins courtois qu'Harry se présentait.
Aussitôt arrivé aux côtés des tourtereaux, les trois jeunes s'immobilisèrent en formant un triangle. Hermione regardait Harry avec affection, emplie de reconnaissance, qui lui considérait le blondinet avec une grande réserve. Le menton faiblement redressé, il semblait maîtriser un combat intérieur qui opposait son orgueil et son indulgence. Quant à Drago, ses yeux refusaient manifestement de croiser ceux de son adversaire, honteux des derniers événements, mais surtout de son état amoindri et misérable. Ses prunelles balayaient le sol sous ses pieds.
Imprévisiblement, Drago vit la main de son ennemi se tendre vers lui avec prudence. Suspendue dans les airs à la hauteur de son thorax, elle patientait dignement, stable et solide, et ce n'est que lorsque Drago comprit la signification de ce geste qu'il leva la tête. Ses prunelles d'acier fixant les deux émeraudes de Potter, il pensa d'abord l'envoyer paître en lui crachant au visage – réaction qui aurait émergée des profondeurs de son accoutumance –, mais ravala plutôt sa fierté brutalement atteinte en déglutissant durement. Répondre favorablement à ce geste semblait impensable, surtout après ce à quoi ils avaient passé au travers depuis toutes ces années à Poudlard.
- Merci d'avoir pris soin d'Hermione, déclara Harry d'une traite. Nous te devons une fière chandelle.
Drago étira un silence décontenancé, fixant son nouvel égal avec pondération. Il s'attendait à le voir s'esclaffer en se payant sa tête à tout moment, mais Harry resta digne en soutenant son regard. Décelant pour la toute première fois de son existence une lueur de gratitude qui lui était destinée, l'ex-Serpentard examina la main de son interlocuteur qui était encore pendue dans le vide, devant lui, en attente d'une réaction de sa part. À cet instant, Drago fut projeté sept ans en arrière ; il se rappelait très bien du moment où lui-même avait exécuté ce même geste dans l'espoir d'acquérir l'amitié du célèbre Harry Potter. Il se rappelait également de son refus face à son invitation. Il savait toutefois que s'il voulait se défaire de son passé, il devrait également piler sur sa prétention.
D'un geste ferme, la main du blondinet s'accrocha à celle d'Harry. Aussitôt qu'une étreinte fut formée, les deux rivaux enserrèrent leur emprise et la secouèrent brièvement.
- Merci de nous avoir débarrassé de ce monstre, répliqua Drago.
La reconnaissance de Drago était cependant largement plus profonde. Il n'était pas simplement libéré de la terreur du monstre qu'était Voldemort ; il était libéré de sa soumission, de son appartenance, de son esclavage. Jamais il ne trouverait le courage nécessaire de l'avouer d'une voix affirmée, mais Harry Potter lui avait fait cadeau d'un futur en venant à bout de ce démon.
Attendri par ces remerciements, Harry pinça un sourire.
- Les Weasley veulent bien t'accueillir dans leur demeure si tu souhaites avoir un foyer sous lequel vivre un certain temps, lança Harry. Nous connaissons le sort de tes parents, et nous savons également que votre manoir a été perquisitionné pour l'enquête qui concerne ta famille, alors c'est comme tu le souhaites. Libre à toi de l'accepter ou non.
Mal à l'aise, le blondinet dégagea tranquillement sa main de celle d'Harry. Il était vrai qu'il n'avait nulle part où aller, mais comment réagir face à cette invitation exagérément charitable? Les Malefoy avaient toujours malmené les Weasley, ce n'était là un secret pour absolument personne. Drago avait donc un mal fou à croire que la famille du rouquin était prête à l'accueillir à bras ouverts.
Penaud, il baissa la tête. Hermione, le bras encore entouré autour du sien, porta toute son attention sur son bien-aimé, espérant que sa réponse soit positive. Voyant toutefois que sa réponse se faisait attendre, elle mit l'accent sur leur attente :
- Qu'en dis-tu? Le temps de connaître la suite des événements, ça serait bien, non?
Drago pivota la tête pour faire face à sa douce. Le sourire radieux qu'elle arborait, porteur d'un doux espoir, fit naître un semblant de cette même expression sur son visage. Aussitôt ensuite, il reporta ses yeux à ses pieds. Il réfléchissait. La perspective d'être logé et nourri par la famille des Weasley, et ce, délibérément, l'incommodait considérablement. Si ce n'était que de lui, il accepterait volontiers cette offre gratuite et généreuse, mais le souvenir de toutes les méchantes bribes que lui et sa famille avaient lancées à celle des rouquins mettait un frein à sa décision.
Pour l'énième fois, il leva la tête. Son regard, cependant, n'alla pas se poser sur Harry ; il se percha au-dessus de son épaule afin de prendre position sur Ron, qui lui observait encore la scène à quelques mètres d'eux, les bras étroitement croisés contre lui. Drago n'oserait accepter cette proposition que si l'un d'eux – un des Weasley – lui offrait formellement l'autorisation. Ron, ayant compris la signification de ce contact visuel, se contracta subitement en sachant qu'il était celui chez qui les espoirs de Malefoy étaient maintenant entretenus. Il avait été le plus difficile à convaincre parmi les Weasley vivant encore au Terrier, mais quelque temps après que cette idée fut lancée par la mère de la famille, Ron avait cédé et donné son accord.
Donc, en un simple hochement de tête qu'il pratiquement promptement, il acquiesça à la demande muette de Drago.
- Merci, répondit le nouveau membre du foyer.
Il s'était adressé au deux jeunes hommes avec une sincérité véritable, celle qui ne pouvait tromper. Il était trop fier pour l'admettre, mais il était grandement touché par cette offre et cette opportunité de recommencer à neuf.
Quelques instants après cette entente, Harry et Ron transplantèrent au Terrier, laissant Drago et Hermione seuls devant l'hôpital. Les lueurs crépusculaires qui rendaient le paysage sombre et romantique indiquaient que la nappe étoilée de la nuit ne tarderait pas à s'étendre sur le ciel, mais le couple ne se pressa pas pour autant. Face à face, la lionne et le serpent étaient tous deux enlacés et se regardaient tendrement :
- Tu sembles tourmenté, notifia la jeune femme. Qu'est-ce qui ne va pas?
- Je ne comprends par ce qui les a poussé à me proposer une telle chose… expliqua Drago, inconfortable. J'ignore si je devrais vraiment accepter… Je ne crois pas avoir une place parmi eux.
Hermione ricana doucement, émue par ces doutes sincères. Ses deux mains allèrent s'accrocher à son cou, ses doigts se mêlant à ses cheveux.
- Tu as choisi de débuter une nouvelle vie. Tu peux faire ta place partout, maintenant, et si elle n'est pas là-bas, elle sera simplement… ailleurs. Avec moi.
Pour toute réponse, le blondinet lui offrit un sourire amoureux. Puis, après avoir imité le geste d'Hermione, il approcha son visage du sien et enlaça ses lèvres aux siennes. Longuement, ils gardèrent cette position et cet emplacement, partageant un amour qu'ils n'avaient eu la possibilité de se démontrer durant deux mois.
La journée qui suivit son arrivée au Terrier, Drago reçut une lettre officielle du ministère de la Magie lui indiquant que sa mère, Narcissa, avait été retrouvée dans un coin reculé d'Angleterre. Les autres Mangemorts qui avaient participé à la bataille de Poudlard et qui avaient réussi à échapper aux griffes des autorités s'y trouvaient également, tous autant affaiblis les uns que les autres. Ce dernier détail fut celui qui rendit leur arrestation facile et rapide. Chacun d'eux étaient maintenant détenus entre les murs d'Azkaban, guettant le jour où ils recevraient le Baiser du Détraqueur afin de payer pour toutes les atrocités qu'ils avaient commises au cours de leur activité en tant que fidèles partisans du plus grand Mage Noir de tous les temps. Drago, sachant que ses parents étaient de nouveau réunis et nouvellement captifs, se promis de ne pas assister à l'exécution de leur châtiment bien mérité.
Toutefois, l'évolution des jours qui suivirent le défit de ses engagements.
Moins de deux semaines après sa sortie d'hôpital, un groupe d'Aurors se présenta au Terrier afin d'emmener le jeune garçon au siège du ministère de la Magie. Drago Malefoy était accusé de l'homicide volontaire de Severus Rogue. Les méthodes de justice ayant considérablement été accrues afin de venir à bout des disciples du Seigneur éteint, une audience fut convoquée la journée même afin de rendre un verdict autoritaire sur sa condamnation. Malgré les témoignages d'Hermione Granger, d'Harry Potter et de Ron Weasley, Drago Malefoy fut condamné à recevoir le Baiser du Détraqueur en raison de son meurtre intentionnel et son implication dans les démarches d'obtention du pouvoir de Voldemort. Le temps qui séparait l'audience et la sanction était de sept jours. Il fut forcé de les passer à Azkaban, sans possibilité de libération conditionnelle, ni même surveillée.
Durant ces sept jours, Hermione n'eut aucun droit d'accorder une visite à Drago. Elle reçut une missive, la journée suivant l'audience, lui indiquant que l'heure fatale de Drago serait les six heures du soir, le 15 août, et qu'elle avait la liberté d'y assister ou non. La jeune femme fut formelle à ce sujet : jamais elle ne se rendrait à la prison pour assister au « décès » du garçon qu'elle aimait. Trop de fois elle l'avait vu partir et revenir. Cette fois-ci, cependant, elle comprenait que jamais il ne reviendrait.
La journée était pluvieuse et grise. Hermione aurait juré que son esprit était connecté avec la température des derniers jours, car les cent soixante-huit heures qu'elle avait traversé n'avaient montré aucun rayon de soleil. Assise parmi les herbes hautes qui environnaient le Terrier, elle fixait l'horizon sans véritablement le voir, activité qu'elle s'était retrouvée à pratiquer quotidiennement depuis l'audience au ministère. Sa tristesse était telle qu'elle comptait les secondes depuis son réveil matinal de ce jour-là, le 15 août, car elle savait qu'avant la fin de la journée, Drago n'existerait plus.
Son visage était sec et insupportable. Les larmes qui n'avaient cessé de couler s'étaient miraculeusement arrêtées, lui donnant l'impression qu'elle portait un masque de boue craquelé. Ses paupières tombaient et se redressaient lentement, laissant le soleil couchant disparaître et réapparaître devant elle. Mis à part ce mouvement moindre et celui de ses cheveux humides qui s'agitaient sous les caresses imperceptibles du vent, son corps était complètement immobile. Ses jambes étaient repliées sur elles-mêmes et ses bras faibles les entouraient. Elle n'avait plus de force. Plus aucune. Elle n'avait fait que pleurer, durant ces derniers jours, et d'ailleurs à un point tel que ce devait être la raison exacte pour laquelle plus aucune larme ne coulait sur ses joues ternes. Étrangement compréhensif, le ciel lui envoya une pluie fine qui se chargea de remplacer le réconfort de la fluidité de l'eau qui caressait sa peau.
Des orages s'annonçaient. Agacée, Hermione se redressa à contrecœur en y appliquant toutes ses forces puis trouva refuge entre les murs du Terrier. La place était vide, silencieuse, et elle devina que chacun des membres présents devaient être en train de se distraire à leurs occupations personnelles. Voilà une chose qu'elle avait su apprécier durant ces sept derniers jours : jamais quelqu'un n'était venu l'importuner en tentant de lui offrir une consolation quelconque et vaine.
Telle une ombre se déplaçant dans une brume épaisse, Hermione gagna la chaise qu'elle avait occupée lors de la période durant laquelle Drago était léthargique, puis s'abandonna contre son dossier. Les yeux fixés sur la table de bois, ses oreilles captaient les bruits soporifiques de trois éléments : la pluie qui martelait maintenant rudement la toiture de la maison, les orages qui grondaient méchamment dans le ciel gris, et le tic-tac continuel de la pendule particulière de la cuisine.
Lentement, elle leva les yeux sur l'objet qui provoquait ce dernier bruit.
Il était six heures et trois minutes.
Quelque chose explosa, en elle. Brutalement, elle éclata en sanglots en s'affaissant contre la table, gémissant bruyamment. Ses avant-bras étaient plaqués contre sa tête, et ses doigts s'agrippaient désespérément à ses cheveux mouillés, les tirant, les entremêlant et tentant de les arracher à son crâne qui ne demandait qu'à être vidé de toute sa souffrance. Le supplice était trop puissant, trop furieux… Elle avait l'impression que quelqu'un fracassait sa tête contre un mur de béton.
Rapidement, Harry et Ron vinrent la retrouver. Ils lui avaient peut-être offert une paix intacte durant le temps de son calvaire, mais là, à cet instant, ils ne pouvaient se résoudre à l'observer souffrir ainsi. D'ailleurs, à peine Hermione entendit-elle des pas s'activer près d'elle qu'elle se redressa brusquement, trouva ses deux amis de son regard flou et se rua sur eux en se lançant dans une étreinte ferme. Longuement, le trio conserva cette position, balançant le corps de leur amie lancinée afin de tenter d'apaiser sa douleur.
Ce n'est que lorsque la nuit présenta son voile scintillant qu'Hermione s'endormit. Installée dans les bras de Ron qui s'était assis sur une des chaises de la cuisine qu'ils n'avaient pas quittée, Harry, à leur côté, caressait machinalement ses cheveux. Ils respectaient le silence que la situation requérait, regrettant tous deux l'état dans lequel leur meilleure amie se retrouverait durant les jours suivants. Ils s'en voulaient, car ils étaient persuadés qu'ils auraient pu tenter quelque chose de plus pour éviter le funeste sort que Drago s'était attiré.
Un rayon de soleil cuisant transperça les paupières closes de Ron. Irrité, il se redressa subitement, à peine conscient qu'il était éveillé. Deux minces fentes en guise de yeux, il s'étira en gardant sa position assise et grimaça lorsqu'il réalisa que lui et Harry s'étaient endormis contre la table de la cuisine. La lumière naissante indiquait que le matin venait fraichement de se lever.
Hermione? s'écria-t-il soudainement, comme violemment électrocuté.
Son regard dansa dans la pièce : pas d'Hermione. Sans ménager son vacarme, il bondit de sa chaise pour atterrir au salon : Hermione n'y était pas non plus. Tout en provoquant un tapage incroyablement bruyant, il gravit les escaliers et visita chacune des pièces de chacun des étages : Hermione restait absente. Lorsqu'il regagna la cuisine, il eut le temps d'entrevoir Harry se réveiller avant de se jeter prestement de l'autre côté de la porte. Tout en s'avançant dans l'herbe, Ron criait le prénom de son amie dans l'espoir de recevoir une réponse, mais le silence restait complet.
Ron! lança la voix étrangement soulevée d'Harry. Ron, viens! Vite, approche!
Le rouquin pivota sur lui-même à une vitesse fulgurante. De là où il était, il pouvait apercevoir une feuille de parchemin soigneusement pliée entre les mains de son ami… Craignant le pire, il accourut vers le Terrier et rejoignit rapidement Harry qui dépliait nerveusement la lettre. Le cœur des deux jeunes hommes se tordit vivement lorsqu'ils reconnurent l'écriture d'Hermione. L'écriture était bâclée et fraiche, mais c'était bien sa calligraphie :
« Harry, Ronald, mes très chers amis…
Comment vous dire exactement ce que je ressens? Ma peine est monstrueuse… Il y a maintenant une semaine que je me suis rendue à l'évidence en me répétant mentalement que Drago était parti, mais c'est uniquement hier, lors de l'exécution de sa sentence, que j'ai réalisé que cette souffrance me serait insupportable.
Je ne vous dirai pas où je vais, car moi-même, je l'ignore. J'ai simplement réalisé que de rester au Terrier en votre compagnie ne serait pas un poids que mes épaules auraient la force de supporter. Je tiens à vous assurer, et j'insiste sur ce fait, que vous n'avez pas à vous en vouloir. Mon départ n'a nullement été occasionné par votre faute. L'unique raison de ma lâcheté est que je ne veux plus être à proximité de ce qui me lie étroitement à Drago. Du moins, pas pour l'instant. Sachez que je ne brise pas notre amitié, car j'aurai toujours besoin de vous. Je ne veux pas vous perdre, j'ai simplement besoin de retrouver mon amour pour la vie en étant loin de tout ce qui me donne envie de m'y arracher.
Jamais je vous ne vous remercierez suffisamment pour le support que vous m'avez porté au cours de cette pénible année. Certes, nous avons passé à travers beaucoup de querelles, mais le résultat de toute cette mascarade restera tout de même le plus merveilleux des chamboulements : grâce à vous, Voldemort est tombé, et le monde peut vivre en paix. Je me suis sentie déloyale à maintes reprises, ayant plutôt préféré la présence de Drago à la vôtre, mais sachez que vous avez toujours gardé cette place dans mon cœur, celle qui ne vous délogera jamais. J'espère que vous êtes conscients que vous êtes les deux meilleurs amis qu'une personne ne pourrait jamais avoir, et que rien au monde ne pourra me faire dire le contraire. Une preuve solide qui aurait le pouvoir d'appuyer ce fait pourrait aisément être votre adhésion face à mon amour pour votre plus grand ennemi. Mais tout ça n'importe plus maintenant que Drago est parti. Tout ça, suite à cette tragédie, me fait réaliser à quel point l'année n'a duré que le temps d'une chandelle.
Je sais très bien que si j'avais choisi de rester, vous seriez là pour moi et me soutiendriez. Je l'ai toujours su, et maintes fois, j'en ai eu la preuve. Toutefois, c'est beaucoup trop pénible, pour moi. J'ai la sensation écrasante d'avoir un rôle majeur dans le sort qu'a subi Drago, la nette impression que j'aurais très bien pu faire quelque chose pour empêcher cette sentence d'être exécutée. Mais que peut-on faire après l'accomplissement d'une destinée tristement inévitable, sinon d'attendre que la douleur s'évapore petit peu par petit peu? C'est bien ça que j'ai l'intention de faire en m'éloignant de vous, car je n'ai jamais eu à l'idée de vous faire subir mon humeur massacrante. Je reviendrai, toutefois. Ça, c'est une promesse.
Grâce à Drago, mon esprit a maintenant de plus larges horizons. J'ai pu prendre conscience que les apparences peuvent parfois être immensément trompeuses. Ce n'est pas une chose que j'ignorais, mais qui aurait cru que ce Malefoy, ce gamin qui nous eut rendu la vie si dure durant ces dernières années, n'était en fait qu'une marionnette dont l'usage abusif avait rendu la coquille fragile? J'ai quelques fois violé son intimité afin d'en arriver là, afin de parvenir à arracher le voile sombre qui couvrait sa véritable nature, et même après tous ces efforts, après tout ce temps pour découvrir que Drago était une bonne personne simplement corrompue par la crainte et la vulnérabilité, je n'ai pas réussi à le garder auprès de nous. Il me l'a dit, lorsqu'il s'est réveillé, qu'il tenait à débuter une nouvelle vie. Le Mal, bien que maintenant éteint, l'a amené avec lui sans lui donner la chance d'exécuter ses preuves auprès du Bien.
J'espère que vous garderez un souvenir respectable de Drago. Je suis consciente que vous ne fûtes jamais en bon terme avec lui, mais souvenez-vous de toutes les fois où il m'aura sauvée. Tout comme vous, qui avez toujours été fidèles envers moi, il a beaucoup risqué pour me tirer des bras de la mort. Et tout comme vous, à chacune de ses fois, ce fut des succès. Son dernier arrêt, cependant, l'eut mené à sa perte ; il se sera sacrifié en tuant l'homme qui menaçait ma vie. Si je voyais cette constatation d'un point de vue optimiste, je dirais qu'il aura accompli un dernier triomphe avant de périr en payant le prix de son dévouement. Mais comme je vous l'ai mentionné plus haut, si mon deuil est trop atroce pour me permettre de rester ici, il l'est tout autant pour m'autoriser à ne voir ne serait-ce qu'une infime parcelle de lumière parmi ce nuage de nuit.
Je vous quitte donc en vous partageant une dernière volonté. L'objet que je vous ai laissée avec cette lettre appartient à Drago, et je n'ai jamais eu l'occasion, même après des mois et des mois de fréquentation, de la lui restituer. S'il vous plait, rendez-vous à Azkaban, là où la coquille vide de Drago git, et rendez-lui cette bague. Il n'en prendra pas conscience, mais je ressentirai au moins un certain apaisement moral à l'idée de lui rendre ce qui est sien. Inutile de vous partager mon incapacité à accomplir ce dernier vœu par moi-même.
Harry, Ronald, je vous offre une fois de plus mes remerciements. Je m'abandonne à un périple incertain sans savoir où mes pas me mèneront, mais au bout de cette route, le pavé de mon destin me ramènera à vos côtés, comme il l'a toujours fait.
Avec tout l'amour du monde, Hermione »
C'est ainsi que "L'exode des hostiles" prend fin! Oui, je sais, j'aurais tellement pu ne pas faire remonter le meurtre de Rogue à la surface, mais pour moi, il fallait que je finisse cette fiction de cette manière. Je ne suis pas une friande des fins tragiques, mais celle-ci était en quelque sorte inévitable, à mes yeux. Depuis déjà très longtemps, j'avais prévu que mon histoire finisse ainsi, et voilà!
Même si beaucoup d'entre vous déplorerez cette finale, j'espère que vous aurez apprécié le tout. En ce qui me concerne, j'ai mis un plaisir fou à l'écrire, et je dois dire que dernièrement, l'idée d'ajouter trois autres chapitres m'était venu à l'esprit. Étant cependant accrochée à cette histoire depuis plus de sept mois, je commençais à goûter à l'envie d'en débuter une autre... Donc, puisque j'ai finalement pris la décision de ne pas l'étendre sur trois chapitres supplémentaires, je vais vous partager la deuxième option de finale que j'avais en tête :
Lors d'un souper au Terrier, des Aurors y débarqueraient afin d'emmener Drago avec eux par force, comme mentionné ci-haut. Toutefois, suite à l'audience, Hermione serait si catastrophée de voir Drago quitter la salle en sachant parfaitement qu'il rejoindrait Azkaban et recevrait le Baiser du Détraqueur qu'elle attaquerait les Aurors qui escortent Drago. Suite à une chorégraphie de lancements de sorts et de maléfices, Hermione réussirait à libérer Drago de l'emprise des dirigeants du ministère, et tous les deux, étant parfaitement conscients qu'ils seront pourchassés jusqu'à la fin de leurs jours, s'évaderaient du siège du ministère afin de s'enfuir, d'où le titre "L'exode des hostiles".
Voilà! Puisque cette fin n'est toutefois pas entreprise, la signification du titre de ma fiction est simplement manifestée sous un autre angle, celui où Hermione (le Bien) et Drago (le Mal) abandonnent leurs principes afin de vivre leur amour... Cute, pas vrai?
Alors... c'est tout, c'est fini. Merci énormément d'avoir suivi cette fiction et de l'avoir commentée. Il est clair que j'en débuterai une autre très bientôt... J'ai d'ailleurs une panoplie d'idées qui me tournent dans la tête!
Ciao, mes lecteurs!
