Bêtas : Crapounette et son elfe de maison, sa victime bien malheureuse au scrabble… Mirabelle31. Merci les filles, pour tout. S'il vous plait par contre, arrêtez de vous arracher les cheveux, je ne peux pas me permettre de vous payer des implants capillaires.
Disclaimer : Je considère sérieusement le fait de me teindre en blonde et d'élire domicile vers l'Ecosse… Peut-être demanderai-je à JKR de m'adopter et de me conseiller en écriture…
Petite note : Les réponses aux commentaires se feront exclusivement sur mon live journal. Lien disponible dans mon profil.
Consommer du citron est prohibé le vendredi
(Au Kansas, il est interdit de vendre des tartes à la cerise le dimanche)
Comme tous les vendredis matin, Albus se réveilla avec des maux de ventre. La veille, jusqu'à vingt-trois heures, cinquante-neuf minutes et cinquante-neuf secondes, il avait consommé sa ration journalière de bonbons au citron, de parts de tartes au citron et de thé au citron.
Malheureusement pour lui, une nouvelle loi stipulait qu'il était interdit de consommer du citron le vendredi, pendant vingt-quatre heures. Et tous les aliments contenant de l'acide citrique, même en guise d'assaisonnement, étaient fortement prohibés.
Le directeur de Poudlard était le sorcier le plus puissant vivant actuellement en Grande-Bretagne. Respecté, figure de proue de nombreuses réformes visant à une intégration des sorciers nés-moldus et de sang-mêlé au sein de la communauté, même ses pires ennemis lui vouaient une admiration sans bornes.
Néanmoins, malgré tous ses efforts, et même ses divers pots de vin, jamais le Président-Sorcier du Magenmagot n'avait réussi à convaincre les membres décisionnaires du Ministère de l'absurdité de la loi qu'ils approuvaient tous.
"Toute consommation de citron, quelque soit sa forme, est prohibée le vendredi."
Et ce fut là le début de ses malheurs.
Les premières semaines, l'application de ces nouvelles législations ne fut pas évidente. En effet, il n'était pas facile pour les Aurors de veiller à ce qu'il n'y ait pas de contrevenants.
L'arrivée à Poudlard de Dolorès Ombrage en tant que professeur de défense contre les forces du mal, mais aussi comme Grande Inquisitrice, avait changé la donne. Poudlard avait toujours été à l'abri des lois mineures, mais depuis qu'elle y enseignait, les textes législatifs devaient tous être appliqués au sein de l'établissement sous peine de monstrueuses amendes voire même d'emprisonnement.
Albus, en dépit de tous ses titres plus prestigieux les uns que les autres, était surtout connu comme étant le plus grand consommateur de citron du monde magique. Il avait même sa photo dans le Grimoire des Records Sorciers. Il faisait également partie, depuis ses seize ans, de la Ligue des Mangeurs de Citron, fondée par le très célèbre et regretté Citricus Lemonus Staunton. (1)
Le vendredi, de minuit et une seconde à minuit le lendemain, il était rigoureusement interdit de consommer du citron. Si au départ il arrivait à transgresser la règle, aidé par ce charmant elfe de maison libéré par le jeune Harry Potter, maintenant c'était impossible. La Grande Inquisitrice qui était les yeux et les oreilles du Ministère au sein de Poudlard, le surveillerait très certainement. Et il serait vraiment de mauvais goût pour le Président-Sorcier du Magenmagot que son mépris pour certaines lois ne soit avéré et révélé. Il perdrait sa place, mais aussi son prestige et sa réputation.
Lorsqu'il était arrivé dans la Grande Salle pour le petit déjeuner, Albus avait surpris les regards inquiets des directeurs des quatre maisons assis de part et d'autre de son fauteuil d'or. Minerva McGonagall, directrice de la maison Gryffondor et professeur de métamorphose, positionnée à sa droite, lui tendit un parchemin enroulé et bardé de cachets de cire comme tous les courriers officiels envoyés par le Ministère. Albus en prit connaissance, balaya les craintes de ses employés en leur rappelant que toutes les lois n'étaient pas appliquées à Poudlard, puis plongea le nez dans son assiette remplie au ras bord de mets semblant communs pour tout le monde, mais qui en réalité étaient un assortiment de desserts au citron.
Assis à la table des professeurs dans la grande salle, le directeur mangeait tranquillement, tout en buvant son thé au citron au nez et à la barbe de tous. Soudain, Dolorès Ombrage, vêtue d'un tailleur sorcier rose criard, avec ses ongles peinturlurés de la même teinte odieuse, entra majestueusement par la grande porte. Elle s'avança vers l'estrade professorale en traversant toute la salle d'un pas qui se voulait gracieux, mais rappelait plutôt celui d'un scroutt à pétard dérangé par Hagrid.
La cinquantenaire se mit debout sur l'estrade, devant les tables des quatre maisons et se lança un sonorus.
— Bonjour les enfants !
Personne ne répondit. Il était à peine sept heures du matin et la quasi-totalité des élèves somnolait. Elle se racla la gorge.
Résignés, sachant qu'elle continuerait cet irritant bruit, quelques élèves répondirent d'une voix agacée et ennuyée : "Bonjour Professeur Ombrage", en dépit du fait qu'ils avaient plutôt envie de lui balancer leurs tasses de thé ou leurs bols de porridge au visage.
— En tant que Grande Inquisitrice, continua-t-elle avec le couinement agaçant qui lui servait de voix, il est de mon devoir de vous apprendre à respecter les lois. Aussi, toutes les règles édictées par le Ministère, qui sont je vous le rappelle pour votre bien, doivent à ce jour être respectées au sein de l'école.
Albus blêmit totalement en entendant cette information. Jusqu'alors, il avait été à l'abri dans sa forteresse et avait pu consommer ce qu'il voulait. Mais là il était coincé. Il se mit à trembler légèrement tandis qu'Ombrage prononçait les mots fatidiques qui allaient sceller le destin de ses innocents vendredis.
— Dans le but de protéger votre santé, il est rigoureusement interdit de consommer du citron le vendredi. Le thé au citron est de ce fait prohibé ce jour-là.
À ce moment-là, Severus Rogue, professeur de Potions à Poudlard, prit sur lui et lança un evanesco sur le liquide contenu dans l'énorme tasse de son supérieur. Albus était déjà sur la sellette, il était donc hors de question qu'il soit condamné pour une vulgaire histoire de citron.
— Les tartes au citron, meringuées ou non, sont interdites.
Le jeune Harry Potter leva la tête vers l'Enchanteur en Chef qui avait découvert les douze propriétés du sang de dragon et soupira. Le directeur l'avait laissé de côté cette année, mais il ne méritait pas ça…
— Et surtout, finit l'oiseau de malheur en rose, les bonbons au citron ne sont pas autorisés le vendredi.
Poppy Pomfresh, infirmière de l'école, se pencha sur la table des professeurs et lança un regard narquois à Albus. Depuis le temps qu'elle lui demandait de diminuer sa consommation de sucreries !
— Pour que l'information soit bien claire, reprit Ombrage tout en dardant les jumeaux Weasley d'un regard furieux, toute consommation de citron sous toutes ses formes est strictement interdite le vendredi. Si j'apprends que vous en avez mangé – et sachez que je sais toujours tout – vous serez arrêtés, jugés et condamnés à cinq jours d'emprisonnement à Azkaban.
Un mouvement de chaise fit sursauter le crapaud permanenté. Elle se retourna pour découvrir une scène qui resterait dans les annales de Poudlard.
Alors qu'elle expliquait aux élèves que les bonbons au citron étaient interdits, les yeux du directeur cessèrent de briller, devenant d'un bleu terne, et quelques étincelles jaillirent de la baguette de sureau.
Severus Rogue et Minerva McGonagall, assis de part et d'autre d'Albus, se levèrent sans un mot et soulevèrent le directeur chacun par un bras pour le soutenir jusqu'à la sortie située derrière leur table.
Le léger tremblement d'Albus s'était accentué, et le temps qu'ils arrivent à son bureau, sa magie avait déjà lacéré deux portraits, abimé cinq armures et les deux autres professeurs s'étaient retrouvés totalement décoiffés.
Ils eurent à peine le temps d'asseoir le grand mage dans son fauteuil sculpté, les autres directeurs de maison, Filius Flitwick et Pomona Chourave, arrivèrent. Ils étaient suivis de près par Poppy Pomfresh. Des sièges apparurent et certains s'assirent, attristés de voir leur supérieur dans un tel état.
— C'est inadmissible, rugit le minuscule professeur de sortilèges et enchantements.
Tout en faisant les cent pas, il brandissait le parchemin qui lui avait été délivré le matin même peu avant le petit déjeuner.
— J'ai tout lu, Albus, j'ai tout lu ! cria-t-il tout en sautillant, comme pour mieux se faire voir du directeur.
— Mais qu'allons nous faire, gémit Minerva. Albus, vous avez lu le parchemin comme nous. Vous avez vu, non ?
Mais malheureusement Albus ne répondit pas.
— Il est hors de question que je déclare la quantité de venin d'acromantule que j'utilise chaque semaine, vieil homme, déclara sèchement le Maître des Potions.
— Et moi, renchérit Pomona Chourave, directrice des Poufsouffles, je ne peux pas donner la quantité exacte d'ingrédients que je prélève chaque mois sur mes plantes ! En plus, vous savez que je dois fournir Severus !
La référente de la maison jaune et noir paniquait. Et si on la prenait sur le fait ? Qu'allait-elle devenir ?
— Non mais vous vous rendez compte ! éructa le minuscule professeur de sortilèges. Je vais devoir lui donner la liste exacte de ce que j'apprends à mes septième année ! C'est écrit là-d'dans, Albus ! Regardez !
Filius Flitwick avait conjuré une pile de livres pour se retrouver à la bonne hauteur. Il frappait le parchemin posé sur le bureau d'Albus pour ponctuer ses dires.
— Le pire c'est tout de même de devoir lui donner la liste des élèves essayant de devenir animagus ! gémit la directrice de Gryffondor. Ils seront fichés même s'ils ne réussissent pas !
Les protestations avaient lieu en même temps. C'était à qui couvrait le plus la voix de l'autre pour se faire entendre. Mais malheureusement, le Directeur de Poudlard était à des années-lumière de ces problèmes graves. Il avait plus important à régler.
— Non, murmura Albus, c'est un cauchemar, ce n'est pas vrai, c'est un mauvais rêve. Je vais me réveiller, je vais me réveiller, répéta-t-il comme une litanie.
— Vous semblez oublier, mes amis, qu'elle n'a parlé que du citron, leur rappela l'infirmière.
— Certes ! répliqua Filius, mais vous oubliez le parchemin, Poppy ! Rendez-vous compte !
Le sorcier à peine plus haut qu'un lutin de Cornouailles semblait monté sur ressorts tant il sautillait pour se faire voir.
— Depuis quand doit-on dénoncer nos élèves et nos propres occupations ? Elle nous impose même de dénoncer nos propres collègues ! Vous imaginez ? Devoir dénoncer Septima Vector si elle pratique les cercles runiques avec ses élèves en cours avancés ? Non, je refuse ! Mais dites quelque chose, Albus !
— Vous êtes sans cœur, gémit à nouveau le vieillard, des trémolos dans la voix.
— Albus, c'est une bonne chose, reprit Poppy. Depuis le temps que je vous demande de diminuer le sucre ! Cela ne vous fera que du bien !
— Mais… J'ai prêté serment, moi ! Ça fait cent ans que je suis dans la Ligue des Mangeurs de Citron ! Si je n'en mange pas, même à un seul repas, je serai un parjure et… et expulsé de la Ligue !
— Albus, ricana Severus, clairement amusé, quel idiot voudrait appartenir à une ligue glorifiant un aliment ?
— Vous êtes mal placé pour me parler de mes choix de jeunesse, vous ! rétorqua le vénérable directeur, tout en lançant à son vis-à-vis un regard des plus terrifiants.
— Mais… Albus, on ne peut aller à l'encontre des lois ! insista Pomona.
— Elle n'a pas créé cette loi pour la santé des gens ! hurla Albus en se relevant brutalement. C'est juste pour me rendre la vie impossible ! finit-il en tapant du poing sur la table.
Alors que ses subordonnés le regardaient, dubitatifs et essayant vainement de comprendre son raisonnement, le vieillard ridiculement puissant reprit la parole.
— Ah ! Franchement ! Si mon bon ami Citricus était encore en vie, il aurait pu mater cette sale gamine ! éructa-t-il, postillonnant sur la tête de Severus sans même s'en rendre compte sous les rires camouflés des autres. Quand je pense que c'est son grand-père qui a fondé la Ligue des Mangeurs de Citron et qu'elle insulte ainsi sa mémoire ! Je n'en reviens pas !
— Albus ? De qui parlez-vous ? demanda Filius.
— De mon bon ami Citricus Lemonus Staunton, répondit Albus avec violence, les effets du manque se faisant déjà ressentir.
D'habitude, à cette heure précise (7h23) Albus avait déjà consommé au moins trois énormes tasses de thé au citron, une part de tarte meringuée au citron et un petit bonbon au citron, sans compter la marmelade au citron généreusement étalée sur ses toast du petit déjeuner.
— Vraiment, reprit Severus d'une voix sarcastique, votre ami se nomme Citricus Lemonus… Ses parents étaient issus d'une secte glorifiant le citron ?
— Mais, quel est le rapport avec Dolores Ombrage ? les interrompit Pomona, clairement perdue.
— Citricus Lemonus Staunton, paix à son âme, était le fondateur de la Ligue des Mangeurs de Citron, répondit le directeur, des larmes perlant de ses yeux au souvenir de la personne qui l'avait introduit dans ce cercle très fermé.
Inspirant brusquement, il reprit la parole malgré sa voix chevrotante. Albus semblait touché par la perte de son ami.
— C'était aussi le grand-père maternel de Dolorès Ombrage, et jusqu'à ses onze ans elle venait toujours avec nous aux réunions.
À cette révélation le silence se fit, puis un rire grinçant retentit dans le grand bureau circulaire. Pour la première fois depuis son enfance, le directeur de la maison Serpentard riait aux éclats devant d'autres personnes.
Lentement, le rire gagna les invités présents, exception faite d'Albus qui était choqué et indigné par le manque de soutien de ses collègues.
— Parce qu'en plus, vous osez vous moquer de ma détresse ! Citricus n'est mort que depuis cet été et déjà des gens se moquent de lui !
À l'exception de Pomona, les autres cessèrent de rire immédiatement. Elle ne le fit que quelques secondes plus tard.
— Désolé pour votre perte, déclarèrent les cinq personnes en chœur sans même se concerter tout en baissant la tête d'un air contrit.
— Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, jeune fille, s'exclama le portrait de Phineas Nigellus Black, directeur de Poudlard au temps où Albus y était scolarisé, tandis que Pomona essayait désespérément d'arrêter ses gloussements.
— Jamais Albus n'a cessé de consommer du citron depuis son intronisation dans la Ligue, dit le Professeur Dippet, autre occupant d'une toile du bureau.
Lorsqu'on regardait bien les portraits des deux derniers directeurs de Poudlard, ils arboraient un collier avec pour médaillon un quartier de citron stylisé. De leur vivant, cet objet avait été caché sous un glamour. A leur mort, il avait été peint sur la toile de façon à ce que tout le monde le voit. Seuls les membres de la ligue pouvaient apercevoir cette breloque sur leurs coreligionnaires.
Severus se pinça l'arête du nez. Albus, dans son agitation, tripotait quelque chose d'invisible. Sans doute le même objet hideux que les deux dégénérés ayant dirigé l'école avant lui possédaient et exhibaient de façon éhontée sur leurs portraits.
Ému malgré lui par la détresse de son directeur, le Maître des Potions réfléchissait déjà à une mixture qui sèvrerait définitivement le vieillard. Il n'eut pas le temps d'aller au-delà des deux premiers ingrédients. Albus se rua sur les tiroirs de son bureau et ouvrit brutalement l'un d'eux.
— Je me moque totalement de cette loi injuste !
Il se releva brusquement, deux bonbons à la main et tenta d'ouvrir l'un d'entre eux.
A ce moment précis, quelqu'un frappa deux coups à la porte, faisant sursauter les six personnes déjà présentes dans le bureau.
Albus cacha précipitamment les deux friandises dans son tiroir à sucreries puis ouvrit la porte d'un coup de baguette.
— Bonjour, Professeur Dumbledore, fit une voix timide. Je suis l'Auror envoyé pour vous surveiller chaque vendredi.
En voyant l'Auror Fiertalon sur le pas de sa porte, Albus prit une couleur cadavérique et s'évanouit. En tombant sur le sol, il heurta son tiroir mal refermé qui déversa quantité de bonbons au citron sur son visage.
Ce fut une Poppy Pomfresh riant aux éclats qui conjura une civière et y transféra son malade préféré qu'elle transporta jusqu'à l'infirmerie de l'école. Elle était soulagée. Au moins, il ne mangerait pas de sucreries aujourd'hui.
— Je vous accompagne, Madame, murmura l'Auror. Ça me facilitera la tâche. S'il pouvait être hospitalisé tous les vendredis, ça m'arrangerait.
En effet, surveiller le sorcier le plus puissant encore en vie n'était pas une sinécure.
A suivre...
(1) Staunton : Nom de famille de l'actrice Imelda Staunton qui joue le rôle de Dolorès Ombrage dans les films Harry Potter.
