Note : Crapounette m'a provoquée. Elle m'a montré un article sur un délit qui n'en n'est pas un en Suède. Alors mon cerveau fertile et possédé par de nombreuses créatures plus cinglées que sensées a décidé d'arroser la graine plantée par l'auteur des 17 ans d'Harry Potter ou encore d'Intolérance ainsi que d'Exhumation.
Bêtas : Mirabelle31. Sérieusement, merci pour ton travail. Parce que du boulot, tu en as avec ma désastreuse concordance des temps. Merci. Crapounette. Merci pour toutes ces idées données, ces reformulations imposées. Parce que le texte est bien mieux ainsi. Merci les filles.
Disclaimer : je ne suis toujours pas JKR. Mais je peux devenir blonde un jour, qui sait !
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Bonne lecture!
L'onanisme en public n'est pas interdit à Poudlard
Les membres du Magenmagot, au grand complet, se levèrent, saluant ainsi l'entrée de Cornelius Fudge, Ministre de la Magie, d'Amélia Bones, Directrice de la Justice Magique ainsi qu'Albus Dumbledore, Président-Sorcier du Magenmagot.
— Asseyez-vous, maugréa le Ministre qui avait réellement d'autres mandragores à fouetter en ce samedi matin.
De sa place, Lord Lucius Malfoy, citoyen du monde magique connu et respecté de toute la communauté anglaise, retint un soupir de lassitude.
La plaignante pour ne pas changer était Dolorès Ombrage, la Sous-Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de la Magie. Cette fois-ci, elle portait devant le tribunal une affaire atypique concernant les élèves de Poudlard.
Quelques jours plus tôt, au Collège de Sorcellerie de Poudlard, le directeur de l'école avait été choqué par une loi totalement injuste selon lui : il était formellement interdit de consommer du citron le vendredi, même en simple assaisonnement. Alors que d'autres lois plus importantes avaient été évoquées, l'addict à l'acide citrique était resté bloqué sur, d'après ses propos, une ignominieuse loi qui ne visait que lui. C'était un vaste complot pour le contrarier alors qu'il allait amorcer le crépuscule de sa vie. Il avait rendu tant de services à la société ! Il avait enfermé Grindelwald ! Il souffrait d'arthrose ! Pourquoi était-il puni ?
Depuis quelques jours, Albus errait dans les couloirs telle une âme en peine, désespéré par le peu de compréhension de ses subordonnés. Après tout, qui s'intéressait réellement à des lois demandant un contrôle strict des futurs animagi, ou encore des litres de venin d'acromantule utilisés par un professeur de potions ? Non, son monde avait basculé depuis ce qu'il nommait le "vendredi noir". Ironique, surtout lorsqu'on savait que le vendredi 18 novembre 1910, surnommé le "vendredi noir", de nombreuses suffragettes avaient réussi à révolutionner cette journée. Les femmes moldues avaient enfin obtenu le droit de vote.
Il s'enfonçait de plus en plus dans les cachots de l'école, cherchant un quelconque réconfort sans vraiment vouloir l'avouer. Avant même de s'en rendre compte, il se retrouva sur le chemin des appartements privés de Severus Rogue. Maintenant, il ne lui restait qu'à trouver une explication logique avant de se faire annoncer par le portrait qui en gardait la porte d'entrée. Sur le chemin, il croisa deux élèves de cinquième année qui remontaient les couloirs, bras dessus, bras dessous.
Vincent Crabbe et Gregory Goyle, deux élèves assez difficiles, marchaient en chuchotant, sous les yeux attendris du directeur. C'était si rare de voir des élèves de la maison Serpentard sourire de façon innocente et, de ce fait, ignorer l'étiquette sorcière qui exigeait qu'on reste stoïque en public.
Mais bien vite, cette scène qui l'avait légèrement distrait ne l'intéressa plus, et devant le portrait de Gaudemichey le Profond, (1) gardien des appartements du Maître des Potions, Albus essaya de se souvenir du mot de passe.
L'homme peint sur la toile avait été un sorcier très célèbre. Au quatorzième siècle, il avait voulu imposer une chasteté absolue à ses pairs. Ses idées profondes et son argumentaire avaient vraiment convaincu nombre de sorciers. Et ses propos, bien que n'ayant pas été validés, avaient eu une influence négative sur la natalité dans la communauté sorcière.
Le portrait de Gaudemichey le Profond ne faisait que ressasser des extraits de son discours, arborant une mine sévère et ne s'intéressant à aucun autre sujet. C'était le seul portrait humain qui ne passait pas de toile en toile pour observer et commenter les événements rythmant la vie du château.
Vincent Crabbe et Gregory Goyle, bien que faisant partie de la "cour du Prince de Serpentard", plus connu par les autres élèves sous le nom de Drago Malefoy, faisaient passer leur amitié par-dessus tout. Ils se connaissaient depuis le berceau, étant nés le même jour. Leurs mères se fréquentaient à Poudlard et avaient gardé de très bonnes relations depuis leur sortie de l'école. Leurs pères, eux, se côtoyaient régulièrement, non seulement à cause de leurs épouses, mais aussi et surtout pour leur activité de Mangemort.
Vincent Crabbe était grand et massif. Il arborait une coupe au bol qui était étrangement à la mode chez les soldats au moyen-âge. Il avait les bras raides et longs comme ceux d'un gorille. Ce jeune homme semblait être une vraie caricature, non seulement de par sa méchanceté habituelle, mais aussi et surtout à cause du grognement intempestif et permanent qui lui servait de voix. Il savait surtout ricaner stupidement, rire bruyamment, caressait ses poings de façon menaçante, comme pour se préparer à frapper une personne.
Gregory Goyle avait de petits yeux ternes et profondément enfoncés. Il était plus petit que son acolyte et aussi bête que méchant, selon les autres élèves du château. Il s'esclaffait souvent comme un troll, n'était pas vraiment discret et menaçait régulièrement les autres élèves, même ceux qui étaient plus âgés que lui. Ses cheveux courts et hérissés, tombant bien bas sur son front, le faisaient ressembler à la brosse avec laquelle les moldus récuraient le fond de leurs toilettes. Il parlait d'une voix lente et rauque et détestait écrire. En même temps, vu ses résultats scolaires et les fautes qui pullulaient dans ses devoirs, on se demandait comment il faisait pour passer chaque année dans la classe supérieure. Son ami n'était pas mieux loti en matière d'intelligence.
Les deux garçons chuchotaient pour une fois. Il ne fallait pas qu'on entende ce qu'ils racontaient. Ricanant, ils essayaient de passer inaperçus, mais peine perdue. Ils avaient tellement terrifié certains élèves que ces derniers semblaient avoir développé un sixième sens qui les avertissait de leur présence.
Voyant qu'ils étaient dévisagés, ces derniers se rendirent dans jardin du cloitre qui leur permettait de prendre l'air tout en pouvant se mettre rapidement à couvert en cas de pluie. Le temps était très changeant en Ecosse.
Ces deux jeunes hommes s'étaient mis dans un coin à l'abri des regards indiscrets et, l'un à côté de l'autre, parlaient de quelque chose qui semblait important et passionnant au vu des couinements qu'ils poussaient sporadiquement, ou de leurs grognements.
Ces deux serpentards faisaient partie de la Brigade Inquisitoriale, une milice d'élèves qui répondait directement aux ordres de Dolorès Ombrage, la Grande Inquisitrice et qui traquait et punissait sévèrement tout contrevenant aux règles et décrets d'éducation édictés par elle.
Aussi, la dame en rose, qui tenait plus du batracien que de l'être humain, s'approcha de ces deux élèves pour les féliciter de leur attitude exemplaire. Mais elle s'arrêta lorsqu'elle entendit les mots qu'ils prononçaient.
Mais de quoi parlaient-ils ?
— Non, chuchota Vincent, de sa voix lente et rauque, tu dois la tenir fermement.
— Comme ça ? rétorqua son ami, un peu incertain.
Les sourcils du professeur le plus aberrant ayant jamais exercé à Poudlard se froncèrent. Que faisaient donc ces deux enfants ?
— Oh ouais, comme ça, rétorqua le plus petit des deux. Et là, tu mets ton pouce dessus et tu frottes doucement.
La curiosité des femmes était connue, mais celle de l'Inquisitrice, qui portait décidément bien son titre, était légendaire. Elle voulait tout savoir et se donnait les moyens pour arriver à ses fins, au mépris de la vie privée de ses victimes, surtout lorsqu'elle les détestait comme elle haïssait littéralement le sale gosse Potter, ce petit menteur invétéré.
— Monsieur Crabbe, Monsieur Goyle, que faites-vous exactement ?
Les deux garçons se retournèrent brusquement, la main sur la bouche, oubliant celle qui était posée plus bas.
Dolorès Ombrage hurla sous le choc. Puis, elle prit une couleur rouge foncé fort seyante sur son visage de crapaud, mais jurant affreusement avec son tailleur d'un rose immonde qui agressait la vue de tous.
— Vous ! Pervers ! Dépravés ! Rangez-moi ces choses affreuses ! Et suivez-moi immédiatement !
Alors que les deux garçons, honteux, la suivaient, elle murmurait des imprécations, se demandant pourquoi elle avait choisi deux débauchés pareils pour faire partie de sa fameuse Brigade.
— Asseyez-vous ! hurla-t-elle lorsqu'ils arrivèrent dans son antre. Et posez vos baguettes sur mon bureau !
Elle attrapa le pot de poudre verte posé sur le linteau de sa cheminée et appela le quartier des Aurors.
De l'autre côté du territoire anglais, Rufus Scrimgeour, responsable du département des Aurors, était dans son bureau, tempêtant contre le manque d'effectifs et la recrudescence des décrets réduisant les libertés civiles. Franchement, une loi qui interdisait à un gnome de traverser un chemin, ou à des gens de consommer du citron le vendredi était particulièrement stupide. Et il n'évoquait même pas les réductions budgétaires qui influençaient directement le recrutement des jeunes Aurors. Quant à leur paye, elle était totalement revue à la baisse.
En entendant la voix de Dolorès Ombrage légèrement déformée par la cheminée l'appeler, il se figea sentant déjà la migraine poindre.
La Sous-Secrétaire d'Etat était connue du Ministère pour être la sorcière la plus procédurière de tout le monde magique. Encore une seule plainte, et elle entrerait dans le Grimoire des Records Sorciers.
— Rufus ? Vous êtes là ? Mais répondez-moi enfin ! hurla le batracien qui se prenait pour une poupée.
— Dolorès, soupira le Directeur du Bureau des Aurors, si vous hurlez à tout va sans me laisser le temps de répondre, autant repartir d'où vous venez!
— J'exige la présence d'un auror dans mon bureau à Poudlard. J'ai deux criminels qui y sont aux arrêts ! Venez les emmener ! La loi de Buggery(2) a été violée !
— Parce que vous observez les gens dans leur intimité maintenant, Dolorès ? rétorqua ironiquement l'homme dont les tympans souffraient à cause des hurlements intempestifs de la crécelle.
— Qu'insinuez-vous Rufus ? Je n'ai pas ce genre d'occupations, moi ! Ils faisaient ça devant tout le monde ! Dans la cour intérieure de Poudlard ! Comment osez-vous m'accuser de voyeurisme ? Vous savez pourtant que c'est un crime passible de quinze mille gallions d'amende !
— Voyons Dolorès, calmez-vous, je n'insinuais rien. Excusez ma formulation douteuse. Je vous envoie un auror tout de suite.
L'auror Fiertalon débarqua dans les dix minutes qui suivirent, heureux d'échapper à la pile de rapports qu'il devait terminer et remettre à son chef d'équipe. Il n'avait pas le temps de faire de l'administratif, étant souvent amené à intervenir sur le terrain.
Son visage se décomposa lorsqu'il sortit de la cheminée aussi large que haute.
Du rose. Partout.
Une tapisserie rose avait été installée sur tous les murs du grand bureau circulaire. Un immense tapis rond de couleur rose bébé, décoré de motifs fleuris également roses égayait le sol de marbre gris.
Le pire était quand même les murs, chargés d'assiettes de différentes tailles qui accueillaient chacune un chaton. Même les petits chats semblaient effrayés par tant de rose.
Les lourds rideaux rose pâle à motifs fleuris rose foncé encore une fois laissaient entrapercevoir un fin voile de couleur rose poudre qui tamisait la lumière du jour.
Ombrage avait-elle fait exploser un stand moldu de barbapapa dans ce bureau en guise de décoration ?
— Madame Ombrage, je suis…
— Je sais qui vous êtes, Auror Fiertalon, coupa-t-elle brutalement. Je vous ai fait appeler pour l'arrestation de ces deux mécréants. Emmenez-les ! Je ne veux plus les voir dans mon école !
Ce n'était pas son école, mais vu son humeur affreuse, le représentant de la loi avait préféré ne pas souligner les inepties de la mégère, de peur de briser sa carrière naissante.
Il empocha les baguettes qui se trouvaient sur le bureau de bois sombre recouvert de bibelots roses représentant des chats et partit avec les deux garçons magiquement entravés.
Le samedi suivant à huit heures, une audience préliminaire avait lieu dans la salle de tribunal n°10 au dixième sous-sol, celle réservé d'ordinaire aux plus grands criminels.
En tant que directeur de la Maison des Serpentards, Severus Rogue était obligé de faire acte de présence. Néanmoins, l'absence des deux pires élèves de l'école l'avait arrangé quelque peu. Il avait pu bénéficier de quelques jours de repos sans avoir à supporter les geignements pathétiques de ses collègues qui se plaignaient encore et toujours de leur attitude immonde.
Les deux garçons, menottés et les pieds enchaînés avec un lourd boulet rouillé comme ceux des bagnards moldus, avaient été amenés, sales et dépenaillés, devant le Magenmagot au grand complet.
Ils arboraient tous les deux une barbe clairsemée qui accentuait l'ingratitude de leur apparence. Ils étaient debout devant les sorciers présents, l'air bovin et portant des robes froissées et crasseuses.
Quelques journalistes étaient venus, intéressés par le scandale. Des enfants de sang-pur qui s'adonnaient au crime d'onanisme, c'était un scoop à ne pas rater.
Amelia Bones, juge impartial, demanda à la plaignante de se présenter devant l'assemblée.
— Madame Ombrage, quel est l'objet de votre plainte ?
Une mine revêche sur son visage de batracien, la cinquantenaire aux cheveux trop permanentés et aux pieds enflés s'approcha de l'estrade du Magenmagot et prit la parole, croisant ses doigts boudinés sur son ventre proéminent.
— Je faisais mon habituelle promenade dans l'école lorsque j'ai décidé de prendre l'air dans la cour intérieure. J'ai aperçu messieurs Crabbe et Goyle qui étaient dans un coin, face au mur, en train de faire quelque chose de suspect. Leurs bras semblaient étrangement remuer d'avant en arrière, commença-t-elle de sa maudite voix haut-perché de petite fille. Je me suis approchée car je voulais leur parler, lorsque j'ai surpris une conversation et des gémissements. Et quand je leur ai demandé ce qu'ils faisaient, ils se sont retournés avec leur main soutenant cet objet de malheur qui se trouve normalement dans leurs pantalons.
Elle avait reprit une couleur rouge, comme lorsqu'elle avait surprit les garçons, et avait commencé à crier. Elle semblait encore choquée.
— Mais qu'avaient-ils donc dans leurs poches, Dolorès ? l'interrompit Albus. Une bourse de gallions ? Un mouchoir ? Un couteau-suisse magique ? Peut-être leur montre à gousset ?
L'audience était médusée. Il n'y avait qu'Albus Dumbledore pour tourner en ridicule cette méprisable sorcière connue pour son hypocrisie et son zèle à faire condamner les gens pour des outrages divers et variés.
— Sans doute avaient-ils des bonbons au citron dans leurs poches, reprit l'homme, les yeux brillant de mille feux, tout en ouvrant une des dites sucreries pour la manger devant tout le monde. Et ils ne m'en ont même pas proposé… Je suis déçu, avait plaisanté l'hurluberlu, faisant rire quelques-uns alors que les autres membres du Magenmagot secouaient leurs têtes de dépit.
Par la Barbe de Merlin, Albus Dumbledore avait profité du témoignage de Dolorès Ombrage pour protester encore contre la loi qui interdisait le citron le vendredi.
— Je parlais de leurs trililis, Albus ! rugit la Grande Inquisitrice, vexée par les moqueries incessantes du Président-Sorcier de l'organe judiciaire.
— Leurs… quoi ? questionna Amelia Bones, penchée en avant tout en réajustant son monocle pour mieux observer l'Inquisitrice.
Le teint de Dolorès Ombrage avait tourné au pourpre. On la forçait à dire des mots que sa bien-aimée maman, paix à son âme, lui avait interdit de prononcer, tant ils étaient inconvenants.
Lorsqu'elle avait dit le mot "trilili", Lucius Malefoy avait violemment mordu sa joue pour ne pas rire avec les autres. Il devait respecter l'étiquette familiale qui lui imposait de rester impassible en toutes circonstances. Mais d'autres ne s'étaient pas gênés. Tiberius Ogden essayait de tamponner discrètement ses yeux alors que sa voisine et vieille amie, Griselda Marchebank, s'était penchée le visage contre ses jambes pour rire à son aise.
— Leurs… bistouquettes ! murmura la femme en rose en grimaçant, consciente qu'on se moquait d'elle. Elle les avait repérés, ceux qui riaient à ses dépens. Ils allaient le payer. Ce vieux schnock de Dumbledore le premier…
Bathilda Tourdesac, somnolente, était assise au fond de la salle son chapeau prêt à tomber de sa tête. Elle paraissait nager dans sa robe pourpre de membre du Magenmagot. Elle était menue, très voutée, et ses cheveux d'un blanc crémeux et rares laissaient apparaître son crâne. Son visage était marqué par la couperose et de taches de vieillesse. Ses yeux étaient voilés par la cataracte, mais l'historienne avait tout de même une forme olympique, ne s'aidant même pas d'une canne pour se déplacer. Beaucoup plus vieille qu'Albus Dumbledore – elle le nommait souvent "jeune homme" – elle avait été sa voisine avant qu'il n'élise domicile à Poudlard, d'abord en tant que professeur de métamorphose, puis comme directeur, poste qu'il occupait encore aujourd'hui.
Elle se réveilla en sursaut en entendant certains de ses collègues du Magenmagot rire. Alors qu'elle allait se rendormir, elle entendit Amelia Bones demander des explications à Dolorès Ombrage.
Elle décida d'interrompre son voisin en lui donnant un vicieux coup de coude dans les côtes pour lui demander des éclaircissements.
— À son âge, elle ne sait toujours nommer un phallus ? Nom d'un troll puant ! avait grogné la vieille dame de sa voix chevrotante.
Mais pour qui se prenait Bathilda Tourdesac ? Qui était-elle pour oser critiquer la grande Dolorès Ombrage ? La dame en rose fulminait. Elle était ridiculisée à cause de la vieille peau qui aurait plus sa place dans le musée d'un taxidermiste qu'au Ministère de la Magie. De toute façon, l'ancêtre décharnée était de la même veine que ce pauvre fou de Dumbledore. Ils avaient tous deux perdu la tête, et elle les ferait interner au cinquième étage de Sainte-Mangouste à la première occasion.
Alors que les rires augmentaient, Amelia Bones et Cornelius Fudge s'énervaient de plus en plus.
— Je n'ai pas abandonné mon lit un samedi matin pour vous entendre ricaner comme des enfants stupides, hurla le Ministre, perdant patience.
Les gloussements de Griselda Marchebank redoublèrent d'intensité. Et en quelques secondes, on l'entendit s'écrouler par terre, un rire hystérique l'ayant terrassée. Son voisin avait aussi bien du mal à se calmer tout en essayant de relever la vieille dame.
Dans le public, Severus contempla les dignitaires du regard, dégoûté par tant d'enfantillages. Jamais il n'avouerait même sous la torture qu'il avait trouvé la scène drôle. Ombrage ne savait même pas prononcer un nom en rapport avec l'organe reproducteur masculin. En avait-elle-même déjà vu un ?
Croisant le regard d'un Lucius Malfoy ennuyé, il le salua d'un vague signe de tête. Les deux hommes se connaissaient depuis très longtemps. Leur passé commun n'était guère glorieux, mais une sorte d'amitié, basée sur le profit les liait.
— Et si vous interrogiez ces deux petits que je puisse rentrer à la maison et retourner à ma broderie, avait grogné la vieille Bathilda, agacée par tant de cirque.
Lorsqu'elle avait pris sa place au Magenmagot, à la fin des années 1890, ce type de comportement n'était vraiment pas permis. Cette jeunesse était perdue…
Mais personne ne l'écoutait. Elle se leva de siège et descendit dans l'espace libre au centre de l'arène. Elle s'approcha de l'estrade sur laquelle le pupitre d'Albus trônait. Celui-ci, au lieu de se pencher pour lui demander ce qu'elle voulait, se leva sans un mot dans le but de la raccompagner à sa place.
— Retourne t'asseoir et arrête de me prendre pour une vieille dame, Albus ! cria la femme âgée. Et s'il te plaît, fais les taire, je suis trop vieille pour ces bêtises.
Ne vient-elle pas de se contredire ? s'interrogea Severus qui observait la scène d'un œil intéressé.
Le fait que la vieille historienne ait connu l'actuel directeur de Poudlard tout jeune était de notoriété publique. Et l'entendre tutoyer le vénérable Enchanteur-en-Chef n'était pas étonnant. Après tout, elle ne vouvoyait personne, pas même le Ministre. Elle était la plus vieille sorcière encore en vie au Royaume-Uni et de ce fait, était respectée.
Amelia Bones réclama le silence avec son marteau de juge. Dans une salle où seuls les aurors pouvaient faire de la magie, c'était l'unique manière de rétablir la discipline. Puis elle prit la parole.
— Donc, madame Ombrage, vous nous avez demandé de nous réunir un samedi matin parce que deux élèves ont commis le délit d'onanisme en public et en réunion dans la cour intérieure de Poudlard. Et ils se sont retournés avec leurs phallus à la main lorsque vous les avez interpellés.
— Oui madame Bones, rétorqua le crapaud en rose, le visage furibond.
Un juge, une femme qui plus est, n'avait pas à prononcer de tels mots vulgaires.
— Ce n'est pas un crime, intervint Bathilda Tourdesac, énervant encore plus Ombrage.
La vieille dame se trouvait toujours devant le pupitre de Dumbledore, et rien n'avait pu la convaincre de retourner s'asseoir dans les gradins.
— Comment ça "ce n'est pas un crime" ? On le sait bien que c'est pas un crime ! C'est bien pour ça qu'on l'a nommé "délit" ! Cette vieille folle perd la tête, cria un membre du Magenmagot.
— Pourtant, coupa Amelia, ramenant le calme immédiatement, ces deux jeunes hommes sont des contrevenants à la loi de Buggery de 1533. Elle interdit formellement l'onanisme privé ou public. Certes, on ne peut pas poster des aurors dans chaque maison pour vérifier le respect de cette loi, mais ce comportement reste inadmissible en public.
— L'onanisme privé ou public n'est pas interdit à Poudlard, asséna froidement la doyenne du Magenmagot.
— Madame Tourdesac, l'interpella Lord Malefoy. Vous semblez fort confuse. Comment pouvez-vous affirmer de telles choses ?
L'auditoire murmurait, perturbée. Bathilda était-elle devenue folle ?
L'historienne s'installa au centre de l'arène et prit la parole, imposant d'un regard sévère le silence à tous. Certes, elle ne voyait plus très bien, mais sa mémoire éléphantesque était toujours intacte, et elle ne pouvait donc pas se tromper, c'était improbable voire impossible.
— Paracelcius Mirsambleu était le directeur de Poudlard à cette époque. Le roi Henry VIII avait instauré la loi de Buggery pour faire exécuter les homosexuels et autres pervers… ou encore ceux qui le dérangeaient dans son gouvernement.
L'auditoire était fasciné. Comment cette femme pouvait-elle raconter sans une once d'hésitation une histoire aussi obscure à propos d'une loi dont presque tout le monde, exception faite de Dolorès Ombrage, se fichait totalement ? Non, les membres du Magenmagot voulaient juste condamner ces enfants et rentrer à la maison. Un samedi matin, c'était pourtant sacré, non ?
— Mirsambleu n'ayant pas d'épouse, il avait demandé à ce que cette loi ne soit pas appliquée à Poudlard et à ses alentours en échange de l'aide des sorciers. Depuis 1535, l'onanisme n'est pas un délit ou un crime. Ni à Poudlard, ni à Pré-au-Lard. En conséquence, juger ces enfants pour un délit qu'ils n'ont pas commis est un crime. Les emprisonner pendant quatre jours également.
À peine Bathilda eut-elle terminé ses révélations qu'un secrétaire partit vérifier l'information dans les archives, et bien vite, il revint avec le vieux parchemin. Un sort de préservation avait été placé dessus, et on reconnaissait très clairement le sceau royal d'Henri VIII, surnommé Barbe-Bleue. Sur la cire rouge, l'on reconnaissait les écritures royales qui équivalaient à une signature. " Henri le huitième, par la grâce de Dieu, d'Angleterre, de France et d'Irlande roi, Défenseur de la foi et sur terre, chef suprême de l'Église d'Angleterre et d'Irlande. "(3)
"Par décret royal, en l'an de grâce 1535, Sa royale Majesté Henri le huitième exclut les sorciers habitant Poudlard et ses alentours de la loi de Buggery, tant qu'ils pratiquent leurs méfaits uniquement sur le territoire susnommé, en public ou en privé."
— C'est inacceptable! C'est un complot ! hurla Ombrage de son insupportable voix de fillette.
— Et c'est pourtant la loi. Ces enfants, bien qu'ayant des pratiques douteuses et absolument amorales ne sont coupables d'aucun crime.
— C'est inadmissible ! continua la femme la plus intolérante du royaume sans se douter qu'elle énervait encore plus les magistrats.
— Madame Ombrage ! La voix d'Amelia Bones était glaciale. Si vous continuez à vous comporter comme une horde de moldus hystériques devant un chanteur, la cour sévira.
— Je réfute ce jugement ! J'exige de pouvoir faire appel !
Severus Rogue n'aurait jamais cru que la voix de cette affreuse bonne femme pouvait aller aussi haut dans les aigus. C'était à se demander si elle n'avait pas d'ancêtres partageant le sang de quelques créatures magiques différentes et peu compatibles. Cette hypothèse méritait d'être creusée.
Particulièrement énervée, l'assemblée murmurait des injures envers la femme au faciès ingrat qui les avait éloignés de leurs lits un samedi matin.
Amelia Bones rajusta son monocle, leva son marteau de juge et l'abattit sur le tas (4) à trois reprises.
— Dolorès Jane Ombrage, le Magenmagot vous condamne à verser une amende de trois cent gallions pour outrage à magistrat.
— Ceci est INADMISSIBLE ! beugla le crapaud rose.
— Outrage au Magenmagot, six cent gallions ! répondit simplement la juge.
— C'est injuste ! cria encore l'insolente mégère.
— Dolorès ! Veuillez vous taire immédiatement, sinon ce sera Azkaban ! cria le Ministre, las de tout ce cirque.
Surprise, la plaignante se tut immédiatement.
— La cour vous condamne aussi aux dépens. Vous allez régler les frais de justice de ces deux messieurs, ainsi qu'une amende de cent gallions par victime, pour les avoir accusés injustement.
Fulminante, déconfite, la bombonne rose se rendit directement dans son bureau au ministère, exacte réplique de celui qu'elle occupait à Poudlard, et tapa du point tout en hurlant sa rage.
— Ça ne se passera pas comme ça !
Avisant un vase bleu ciel offert par Cornélius Fudge pour son anniversaire, elle s'en empara et le jeta de toutes ses forces contre la fenêtre magique dont le support explosa. N'étant pas suffisamment calmée, elle attrapa une liasse de parchemins et les déchira un à un, les réduisant en confettis. Puis elle cria de toutes ses forces, ses mains tirant agressivement sa chevelure trop permanentée.
Après s'être égosillée, effrayant sa secrétaire qui se trouvait dans le bureau d'en face, elle s'assit à son bureau.
Rageusement, Dolorès Jane Ombrage déroula un parchemin aux bords roses, attrapa sa plume d'autruche couleur barbapapa et ouvrit son pot d'encre magenta. Quelle loi pourrait-elle rédiger qui atténuerait un tant soit peu sa fureur ?
Fin.
(1) Gaudemichey le Profond : Merci à Dame Crapounette pour le fou rire occasionné lorsqu'elle m'a suggéré ce nom improbable. C'est un philosophe sorcier connu pour la profondeur de ses théories.
(2) Loi de Buggery : édictée en Angleterre en 1533, elle condamne fermement toute sexualité déviante. La Masturbation en fait partie. Quelques temps après, elle est modifiée pour ne concerner que les homosexuels. (Source : Wikipedia)
(3) Le sceau porte le nom du monarque ainsi que tous ses titres. (Source : Wikipedia)
(4) Le tas est le socle du marteau de juge.
