Des prostitués sans clients

Bien que la prostitution soit légale, il est illégal d'utiliser les services d'une prostituée. (Loi Suédoise, Suisse, Française, etc)

Note d'auteur : ma bêta n'était pas disponible, mais elle est revenue en meilleure santé. Bien qu'elle se repose, elle n'a pas lésiné sur les cours de français pour me faire travailler mieux mon chapitre. Merci à toi, Crapounette et surtout, je suis désolée que tu aies subi le Patchouli pendant ton enfance. Un merci à Archimède pour sa relecture aussi.

Dédicace à une certaine personne qu'on a cru perdre, mais qui est de retour. Repose-toi chérie. Fée Dodo.

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Ah, happy birthday to me !

Réponses aux commentaires toujours sur mon live journal. Lien disponible dans mon profil.


Des Prostitués sans clients


Depuis quelques temps, une vague de lois absurdes secouait l'Angleterre Magique. On empêchait des gens de consommer certains types d'aliments le vendredi, les obstétricomages ne pouvaient plus exercer comme d'habitude, les gnomes de jardin ne pouvaient même plus traverser une route sans se faire verbaliser… En bref, la communauté avait perdu la tête.

À Londres, au plus profond de l'Allée des Embrumes, des commerces plus ou moins légaux fleurissaient. On pouvait y acheter des objets maudits, des potions dangereuses, des baguettes magiques dépourvues de la Trace – pour enseigner la magie aux enfants avant leur entrée à Poudlard – ou encore des grimoires maléfiques et des objets de Magie Noire.

Chez Barjow & Beurk, fleuron de ce commerce illégal, nombre de Mangemorts et apprentis Mages Noirs se retrouvaient pour vendre ou acquérir des artéfacts maléfiques. Il se racontait que Lord Malefoy venait chaque année se débarrasser de ces reliques interdites, inquiété par les perquisitions des Aurors dans le cadre de leurs enquêtes sur le trafic des "trésors" prohibés.

Mais le business de Barjow & Beurk n'était qu'une façade, certes glauque, du commerce dans cette allée.

Située à quelques cinquante mètres après l'échoppe suspecte où les nobles venaient en cachette, une ruelle malfamée était plus inquiétante encore…

L'on racontait que les femmes et jeunes filles qui se perdaient là n'étaient jamais retrouvées.

Lorsqu'on quittait le commerce de Barjow & Beurk, situé au numéro 13B, il fallait descendre la rue mal famée pour se retrouver face à une minuscule bijouterie bardée de sorts de protection. À sa gauche, la fameuse Venelle des Pucelles s'étendait tristement le long des bâtiments et des auberges miteuses qui la bordaient.

Des femmes, ainsi qu'un ou deux hommes, vêtus de robes légères aux couleurs passées marchaient silencieusement dans la rue, cherchant des clients qui leur permettraient de gagner leur maigre croûte. Elles n'étaient pas au complet, déjà parce que certaines travaillaient le jour et d'autres la nuit, mais aussi et surtout parce le Conseil des Pucelles Dépucelées siégeait dans la plus grande maison de passe de la Venelle des Pucelles.

Le monde sorcier avait atteint un nouveau palier d'incohérence. La dernière session extraordinaire du Magenmagot avait adopté le texte le plus aberrant au monde. Si ces professionnels voulaient continuer leur métier, il fallait qu'ils réagissent avant que cette loi ne devienne définitive.

Les femmes de petite vertu avaient passé des châles par-dessus leurs robes-corsets avantageant particulièrement leurs arguments. Par-dessus leurs sous-vêtements: ces pantalons bouffants d'un blanc douteux ouverts à l'entrejambe, elles portaient une robe fine en coton de mauvaise qualité d'une couleur incertaine. Des chignons d'un gonflant extravagant trônaient bancalement sur leurs têtes, manquant de s'effondrer à chaque pas. Le pire était quand même leur maquillage, essentiellement composé d'une poudre blanche qui cachait leurs immenses cernes, d'un fard à joues rouge et d'ombres à paupières semblant posées dans le noir et débordant de toutes parts. Après chaque client, on les voyait souvent rajuster leur rouge à lèvres d'une couleur criarde.

Les quelques hommes qui pratiquaient ce métier étaient séparés en deux groupes. Quelques-uns mettaient des chemises de peintre de l'époque romantique, ouvertes sur leurs torses soigneusement épilés ainsi que des culottes aux genoux en satin ou en velours et des bas couvrant plus ou moins en bon état leurs mollets. Leur teint était également blanchi par le maquillage. Leurs cheveux étaient rarement lâchés mais plutôt emprisonnés par un ruban ou taillés sauvagement avec un couteau.

Les autres hommes étaient bien plus extravagants. Ils portaient des robes de paysanne ou de courtisane de basse extraction munies de corsets très serrés. Généralement, on pouvait apercevoir un bas noir effiloché sous les jupons sales qui leur arrivaient au dessus de la cheville. Maquillés comme des carrosses volés, ils arboraient des perruques miteuses si poudrées que chaque mouvement déclenchait une mini tempête de poussière. Pour couronner le tout, certains se parfumaient au patchouli, sans se rendre compte qu'ils avaient une odeur repoussante.

Innocente la Cochonne, présidente du Conseil des Pucelles Dépucelées, siégeait, jambes écartées sous sa robe retroussée. Elle était assise à une table, au rez-de-chaussée de la maison de passe, un parchemin dans sa main. Son maquillage outrageux, couplé à son air grave, accentuait ses beaux yeux bleu clair qui brillaient de colère. La blonde, revêtue d'une toilette qui avait été bleue dans une vie antérieure, grimaçait tout en prenant connaissance du contenu d'un parchemin bardé de quatre cachets de cire. Elle ne se souciait même pas de ses attributs féminins, malmenés toute la nuit, qui étaient visibles depuis la fente de son pantalon bouffant en batiste retenu au mollet par des rubans d'un rose passé.

À sa droite était assise Syphilitis Scrofule (1)... dite La Vierge. C'était une femme rousse au visage poupin, coiffée d'un chignon bouffant à la mode dans les années 1910. Ses yeux vert clair étaient rivés sur un grimoire qu'elle remplissait au fur et à mesure.

Syphilitis la Vierge était plus lettrée que ses autres collègues. Elle était donc le scribe du Conseil. Ses mains couvertes de taches de son faisaient glisser à toute vitesse une plume blanche abimée sur les pages du grimoire.

Il s'agissait du Livre du Conseil des Pucelles Dépucelées. Il récapitulait la fondation de la Venelle des Pucelles, l'érection des bâtiments qui l'enclavaient, l'inflation des tarifs de la passe ainsi que les dispositions légales de plus en plus injustes à l'égard de leur corps de métier.

La Venelle en question abritait depuis toujours les péripatéticiennes de la Communauté Magique. Au départ, il s'agissait de Cracmolles auxquelles on avait coupé les vivres et qui avaient été reniées par leurs familles parce qu'elles ne pouvaient pratiquer la magie. Aller dans le monde Moldu qui les effrayait était impossible. Une vieille dame en avait recueilli certaines, mais malgré toute sa bonne volonté, elle ne n'avait pas pu prendre en charge toutes les fillettes de 11 ans. Aussi, les petites s'étaient organisées et mendiaient sur le Chemin de Traverse. Elles étaient passées au commerce de leurs corps lors de la mort de leur bienfaitrice.

Alors qu'elles avaient du succès, une première loi était apparue, leur indiquant qu'elles ne devaient plus faire étalage de leurs appâts sur le Chemin de Traverse.

De fil en aiguille, d'années en années, les règles étaient devenues de plus en plus restrictives et leurs champs d'actions de plus en plus réduits. Finalement, les prolétaires de l'amour (2) ne pouvaient exercer que dans la Venelle des Pucelles qui avait abrité, il y avait quelques siècles, la bienfaitrice. D'ailleurs, la plus grande maison de passe, où siégeait actuellement le Conseil, portait le nom de Juvénia de Tapin, la vieille dame de la légende.

Le Juvénia était la maison de passe qui se situait au bout de la Venelle des Pucelles. Composée de cinq niveaux – trois étages, un rez-de-chaussée et un sous-sol – elle avait une façade triste à la peinture dégradée. Les quelques fenêtres disjointes étaient occultées par des persiennes. Une lampe rouge, toujours allumée même en plein jour afin d'indiquer l'ouverture des lieux au public, était accrochée dessus de la porte d'entrée. Exceptionnellement, elle était éteinte pour cause de réunion.

Le rez-de-chaussée était composé d'une entrée étroite débouchant sur une grande salle aux tables et chaises dépareillées. Le sol était en plancher éprouvé par le temps, noirci par endroits et mal entretenu. Il grinçait lorsqu'on marchait dessus. Les murs en torchis laissaient apparaître le treillis de petit bois qui les soutenait. Quelques bougies éclairaient l'endroit, projetant des ombres inquiétantes. Les clients pouvaient patienter là, en buvant un coup avant qu'un professionnel se libère pour les soulager.

Assis dans la salle, les professionnels du sexe parlaient entre eux. Pour la plupart, ils rentraient d'une nuit de travail absolument éprouvante et ne pouvaient même pas aller se reposer alors s'ils reprenaient le soir même.

Hépatitus Le Long était de ceux-là. Ses clients, pour la plupart masculins, ne venaient le voir qu'à la nuit tombée. Rarement, quelques-uns se présentaient à sa porte en plein jour, camouflés sous une large cape munie d'une capuche gigantesque ainsi que d'un sort de désillusion. Il s'agissait d'hommes fortunés généralement de sang-pur qui avaient besoin de lâcher prise et de se laisser aller. Les relations entre sorciers du même sexe étaient rarement bien vues dans l'aristocratie sorcière sauf s'il s'agissait de créatures magiques. Brun aux yeux gris, le visage magnifiquement ciselé, des cheveux longs lui arrivant sous les épaules, le jeune homme avait tout pour plaire. S'il n'était pas disponible, ses habitués repartaient bredouilles, ne voulant personne d'autre. Hepatitus avait une clientèle particulière avec des besoins spécifiques.

— Désolée de vous z'avoir dérangé, surtout que z'avez travaillé c'te nuit et que z'êtes claqués. Mais on a des gros problèmes. Si on fait rien, y'aura bientôt plus de putes du tout ici.

Innocente la Cochonne s'était levée, brandissant un parchemin officiel bardé de sceaux à la main.

Le Ministère avait encore frappé !

En vertu de la loi numéro 74589321-1995, dite Loi sur les Maladies Contagieuses (3), les gens de petite vertu devront toutes les semaines se rendre à Sainte-Mangouste pour un examen de routine. Les frais seront à leur charge. S'ils sont déclarés contagieux, ils seront isolés pour éviter la contamination. Les relations sexuelles entre prostitués sont interdites. Ils ont le droit d'exercer leur métier, mais ne peuvent faire étalage de leurs "atouts" dans les rues, y compris dans la Venelle des Pucelles. Leurs clients ne peuvent les solliciter sous peine d'amendes.

Frigida de Belle-Moule, sorcière à la peau café au lait, aux cheveux crépus ramassés dans un chignon serré d'où ressortaient quelques frisotis et à la robe marron munie d'un corset en cuir de la même teinte se leva, tapant du poing sur la table, manquant presque de la casser en deux. Il fallait dire que les meubles du Juvénia étaient fragiles, bancals et mangés par les termites. Même un enfant de deux ans aurait pu les casser en cognant un jouet dessus.

— C'est ridicule ! hurla la belle sorcière, sa poitrine plantureuse se balançant au gré de ses mouvements.

— Voyons, Frigida. C'est pas en t'énervant que tu vas régler la situation, avait réagi une vieille dame assise dans le seul fauteuil confortable de la salle.

Il s'agissait de Glycinda la Trolle. Cette dame avait été, dans les années 1950, la plus belle pute de l'Allée des Embrumes. Mais un jour, un client amoureux, qui avait voulu lui faire arrêter son métier sans pour autant l'épouser par la suite, lui avait jeté une potion corrosive sur le visage. Malgré une reconstitution faciale des chirurgicomages de Sainte-Mangouste, jamais elle n'avait pu retrouver son visage d'antan. Elle était donc devenue l'instructrice des nouvelles filles et la tenancière du Juvénia.

— Ces lois sont vraiment stupides, mais nous d'vons r'connaître que si on bouge pas not' cul, on s'ra baisés, rétorqua la présidente du Conseil.

— Dîtes, renchérit une petite voix timide, c'est comment qu'on va faire pour l'payer, c'te connerie d'examen ? Pa'ce que quand on r'garde bien la loi, on peut s'prostituer, on peut pas racoler et le client peut pas v'nir vers nous. On n'est pas dans la merde…

Celle qui avait parlé était la petite Herpetia. Personne ne connaissait son nom. Elle avait été abandonnée devant le Juvénia alors qu'elle n'avait que cinq ans. Elle était Cracmolle bien entendu, et ne pouvait donner aucune information sur son nom de famille. Glycinda l'avait prise sous son aile et avait essayé de lui donner une bonne éducation. Malheureusement, son intelligence était limitée. La jeune fille arborait une longue chevelure corbeau qui avait tendance à rapidement graisser. Ses yeux étaient d'un bleu marine qui semblait éteint et elle avait la taille menue.

Herpétia n'avait que seize ans et c'était la plus jeune fille de joie de la Venelle des Pucelles…

La réunion s'éternisait. Personne ne trouvait une quelconque solution jusqu'à ce qu'un "on doit faire grève" retentisse dans le fond de la salle.

— Z'êtes malades ? renchérit la Cochonne. On n'est pas des moldus, bordel ! Et puis, c'est où qu'on la fait c'te foutue grève ?

— Sur le Chemin de Traverse !

Innocente, pour la peine, se leva. L'idée évoquée par les jumelles Clitorine et Vagina de Chaste-Fesse était particulièrement attrayante.

Ces deux jeunes filles d'une vingtaine d'années aux cheveux auburn, aux yeux gris et au corps sculptural étaient particulièrement retorses. Loyales envers leur communauté, elles détroussaient régulièrement les clients qui ne payaient pas généreusement. C'était surtout pour acheter des tissus et des rubans pour renouveler leur maigre garde-robe.

— Et pourquoi pas, Dame Innocente ? renchérit Herpétia. Y font rien pour nous. Y nous traitent comme des lépreux ! On est des gens nous ! Pas des z'animals !

La quasi-totalité des membres du Conseil des Pucelles Dépucelées manifesta son accord en hurlant dans tous les sens, empêchant La Vierge de se concentrer. Cette dernière écrivait le résumé de la réunion et se battait contre sa plume usée.

— Mais z'allez la fermer, oui ! rugit la rouquine au visage poupin de la même couleur que ses cheveux.

Ils se calmèrent tous, exception faite de Hépatitus Le Long.

— Je suis d'accord pour faire grève, les filles, mais pas avant samedi après-midi. J'ai rendez-vous, ajouta-t-il d'une voix faussement timide.

— Toi ou ton fouet ? rétorquèrent les jumelles, hilares.

— Vous savez bien que mon fouet est toujours de la partie, les filles, les taquina-t-il d'une voix légèrement perverse.

— Ben alors, dis-nous avec qui, demanda la timide Herpetia.

— Marcus Flint, ricana le jeune homme. Il a des dents de cheval, mais son petit cul ferme est très receveur, si vous voyez ce que je veux dire…

Des rires gras secouèrent l'assemblée. Le calme revint lorsque Frigida de Belle-Moule frappa à nouveau la table de son poing.

— Dîtes, j'me suis fait ramoner la cheminée toute la nuit. Chuis claquée et j'ai l'tuyau en feu. On peut finir c'te réunion qu'j'aille me pieuter, bordel ?

— On peut pas faire grève, on a trop besoin d'or. Mais on peut défiler sur le Ch'min d'Traverse.

Ceux qui vendaient leurs charmes hurlèrent leur approbation dans des grands cris de joie, puis se calmèrent alors que la belle blonde leur donnait les instructions.

— On va fermer les commerces samedi après-midi. Ça t'laissera le temps de fesser ton troll humain, Hépatitus… Glycinda, tu prendras Herpétia avec toi, et z'allez faire des panneaux. Plus y s'ront clairs, mieux y s'ront. Z'allons manifester samedi après-midi. Et samedi soir, on s'ra à nos postes pour faire not' travail. Habillez-vous correctement, y'aura des gamins dans les rues !

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À l'abri dans ses appartements privés à Poudlard, Dolorès Ombrage réfléchissait. Elle traînait un handicap depuis une cinquantaine d'années.

Cinquante ans sans pouvoir se faire soigner.

Un jour, elle avait consulté un professionnel. Mais ce dernier avait refusé de s'occuper d'elle. Pire encore, il l'avait jetée hors de son cabinet et l'avait insultée devant tous les passants. Pourtant, elle avait proposé de payer la consultation le double du tarif normal. Mais le spécialiste avait menacé d'appeler les Aurors si elle ne partait pas.

Dolorès, ne voulant pas qu'on connaisse son petit secret, s'était enfuie, cachée sous sa cape rose.

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Dans la cave du Juvénia, plusieurs salles avaient été aménagées pour les clients ayant des besoins spéciaux. La plus grande d'entre elles était le domaine exclusif d'Hépatitus Le Long.

Le jeune homme âgé de moins de trente ans semblait conçu pour le plaisir. Grand, les muscles magnifiquement dessinés, le brun arborait une tenue qui le mettait particulièrement en valeur. Sa longue chevelure était attachée en catogan par un ruban de velours rouge effiloché. Il portait une chemise blanche qui avait fait son temps. Elle avait des manches bouffantes terminées par de la dentelle et était largement déboutonnée sur sa poitrine, mettant à nu son nombril. On pouvait voir à ses pieds des chaussures ressemblant à celles des gobelins de Gringotts, à bouts carrés et avec une boucle sur le dessus. Elles étaient noires, au cuir passablement usé.

Les mollets d'Hépatitus étaient recouverts par des bas. Ces derniers, autrefois de couleur rose chair, avaient mal vieilli, abimés par l'usure et la crasse. Mais ce qui retenait l'attention, c'était son pantalon : des culottes arrivant aux genoux, au satin rouge passé, étaient l'élément central de sa tenue. Collées à sa peau, elles moulaient tous ses attributs à la perfection, laissant peu de place à l'imagination.

Le jeune homme officiait dans le plus grand Donjon(4) du Juvénia. Située au sous-sol, la salle d'une vingtaine de mètres carrés était construite en pierres et poutres de chêne apparentes, supportant le plancher de l'étage au dessus. En hiver, il y faisait très froid malgré le feu qui ronflait dans la cheminée. En été, il fallait quand même chauffer la salle, afin que les clients puissent rester nus sans craindre la morsure du froid, mais aussi pour chasser l'humidité persistante.

Une croix de Saint-André de deux mètres de haut trônait devant à l'âtre. Elle était en vieux chêne ayant foncé avec le temps. De part et d'autre de la cheminée, on avait fixé deux patères portant assez de verges en bois souple et de fouets de tailles et de formes diverses pour punir les clients récalcitrants.

Dans une commode passablement abimée, des sextoys de tailles différentes en bois poli reposaient, attendant de remplir un orifice plus ou moins travaillé. On utilisait de la cire d'abeille afin d'entretenir ces ustensiles particuliers.

Une causeuse, qui n'avait pourtant rien à faire dans ce lieu, adoucissait le décor digne des cachots de torture les plus vétustes. Ce sofa avait été offert à Glycinda la Trolle alors qu'elle officiait encore.

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Dissimulé sous une cape, un client arriva au Juvénia le samedi matin. Il poussa la porte et descendit dans ses entrailles jusqu'au cachot numéro cinq, domaine exclusif d'Hépatitus.

Des torches éclairaient l'endroit, tout comme le feu qui ronflait dans la cheminée. Assis sur la causeuse, un jeune homme aux cheveux lâchés attendait, une cravache posée sur ses cuisses musclées.

— Tu es en retard.

La voix glacée retentit dans la pièce et le visiteur frissonna d'appréhension.

— Ferme la porte et viens devant moi.

Le battant de bois fut instantanément refermé. C'était le signe qu'il ne fallait déranger les occupants du Donjon qu'en cas de danger imminent.

Hépatitus – car c'était lui – se leva de la magnifique causeuse, la cravache à la main, puis rejoignit l'homme au centre de la pièce.

— Déshabille-toi.

Prestement, la cape tomba sur le sol, révélant un Marcus Flint rouge d'embarras. Une robe de sorcier noire l'habillait, le protégeant du froid. Cette dernière ressemblait à une soutane de prêtre, se déboutonnant sur le devant. Elle avait de larges manches très utiles pour cacher une baguette magique ou une dague.

— Donne-moi ta baguette. Tu n'en auras pas besoin.

Le jeune diplômé de Poudlard sortit de sa manche droite une baguette en bois d'ébène qu'il tendit au prostitué devant lui. Il en profita pour glisser une petite bourse de Gallions dans la main de son partenaire.

Ce dernier lui donna un coup de cravache sur les fesses.

— Déshabille-toi, répéta-t-il d'une voix sèche.

Lorsque Marcus Flint fut nu face à lui, il sourit d'un air pervers et retourna s'asseoir.

— À genoux, reprit-il d'un ton autoritaire et excitant à la fois.

Hépatitus pouvait modeler son timbre de voix à souhait et peu de personnes pouvaient y résister.

L'ancien Serpentard, qui tenait plus du troll que du sorcier, était à genoux, nu, sur le sol en pierres de la salle. Lorsqu'il vit son partenaire défaire le premier bouton de ses culottes, son érection qui était déjà présente dès que l'homme avait ouvert la bouche durcit encore si c'était possible.

— Qu'as-tu fait de mal cette semaine ?

La voix d'Hépatitus l'ensorcelait visiblement. Les yeux légèrement vitreux, comme s'il avait bu de l'alcool, le jeune homme répondit qu'il avait encore refusé les fiançailles que son père avait arrangées pour lui.

En effet, Marcus Flint était homosexuel et fier de l'être. Même s'il était Mangemort, jamais il ne pourrait renier ses besoins les plus profonds. Il aimait faire du mal aux gens, certes, mais il préférait prendre du plaisir avec un homme, surtout lorsqu'il était aussi bien fait de sa personne que l'éphèbe en face de lui.

— J'ai refusé les fiançailles avec une jeune fille. Je l'ai insultée et je me suis masturbé en pensant à vous, Maître.

Dans le donjon d'Hépatitus, les règles étaient simples. Tous les clients devaient s'adresser à lui en le nommant Maître. Toutes les informations qu'ils donnaient relevaient du secret professionnel. Marcus Flint était un mangemort, et alors ? Tant qu'il ne s'attaquait pas à leur communauté et qu'il ne tuait pas dans la venelle, où était le problème ?

Le prostitué sourit discrètement. Il aimait cette emprise mentale qu'il avait sur ses clients. Reprenant son air froid, il fit Marcus s'avancer à quatre pattes jusqu'à la croix de Saint-André où il l'attacha, face contre la croix.

— Tu parles mal à une femme et en plus tu te masturbes comme un adolescent prépubère… Et je ne parle même pas de ton retard insultant, lui reprocha le prostitué, un petit rictus pervers aux lèvres. Vingt-cinq coups de cravache. Tu compteras les coups, reprit-il d'une voix sèche.

Lorsque la punition fut terminée, les fesses de l'ex-Serpentard étaient rouges. Il avait mal, mais paradoxalement, il se sentait tellement bien... Marcus était à sa place.

Hépatitus maniait si bien la cravache que son client se retrouvait systématiquement aux frontières du plaisir et de la douleur. Il était même arrivé à l'ancien capitaine de Quidditch d'avoir un orgasme foudroyant lors de ces séances…

Quant à la suite, le jeune Flint ne s'en souvenait pas clairement. Il avait été détaché et allongé à plat ventre sur la causeuse. Des mains lui avaient passé une pommade anesthésiante sur les fesses. Il avait été ensuite masturbé puis pénétré jusqu'à la jouissance.

Il avait confiance en Hépatitus. D'ailleurs, les sorciers ne souffraient pas de maladies sexuellement transmissibles, leur magie les protégeant naturellement. Par contre, les cracmols ayant à peine assez de pouvoirs pour distinguer les créatures magiques telles que les elfes de maison, ne pouvaient prétendre être à l'abri. Aussi, une potion les aidait à rester intacts.

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Cet après-midi là, beaucoup de parents avaient emmené leurs enfants sur le Chemin de Traverse. C'était le moment où les magasins de jouets et les librairies faisaient des réductions sur les produits jeunesse. Les jouets de construction magique, les livres de contes, les poupées et figurines, tout était bradé.

Nombreux étaient les enfants qui traînaient leurs parents par la main pour obtenir une figurine d'un joueur de Quidditch ou de Harry Potter, un livre de contes contenant 365 histoires, une peluche animée… et caetera.

Nostalgique, Molly Weasley se promenait dans la rue commerçante. Elle avait eu sept enfants. Certes, elle avait eu du mal à joindre les deux bouts, mais chaque année, elle toujours trouvé le moyen d'offrir à ses terreurs un jouet ce jour-là.

Seule, elle arpentait lentement les pavés, regardant mélancoliquement les devantures. Aujourd'hui, comme les trois dernières années, elle remontait le chemin, sa solitude pesant lourdement sur ses épaules. Ses enfants étaient soit adultes et indépendants, soit étudiants à l'année à Poudlard. Si seulement une épouse Weasley avait le droit de travailler, elle s'ennuierait moins…

Arrivée aux abords de Gringotts, elle fut tirée de ses pensées moroses par la clameur d'une foule en colère. Bousculée sans ménagement, elle n'eut que le temps de monter sur les marches de la banque des Sorciers avant qu'une petite foule ne sorte de l'Allée des Embrumes, remontant d'un air revanchard la rue jusqu'à l'antenne du Ministère de la Magie, située bien après l'échoppe de Monsieur Ollivander.

Surprise, la rousse au tempérament de feu n'eut pas le temps de protester qu'elle entendit slogans et revendications assez explicites, entonnés par des manifestants revanchards.

Des panneaux, orthographiés au petit bonheur la chance, étaient portés par des hommes et femmes habillés décemment mais plus pauvrement qu'elle.

Molly essaya désespérément de contenir son fou rire en lisant "Toush pa nôs cliyans" mais aussi "Ombraje frustret = puttes an denjer".

Le système sorcier était bien cruel avec les travailleurs du sexe. Ils n'allaient pas à l'école, ils étaient abandonnés par leurs parents car la magie leur faisait défaut… en gros, c'était les rebuts de la société.

À l'arrière, aussi masqués que des Mangemorts, mais avec des capes colorées, des personnes qui ne faisaient pas partie de ce milieu entonnaient des chants étonnement poétiques malgré leurs paroles subversives.

C'étaient les… clients ? se questionna rapidement la matriarche.

Mais qu'avait encore fait Ombrage pour que les gens de petite vertu se mettent à manifester contre elle ?

— Non mais ! rugit une mère de famille. Vous n'avez pas honte de vous promener ainsi vêtus devant des enfants jeunes et innocents ?

— Sommes d'honnêtes travailleurs, M'dame. Et sommes habillés. On trime, certes à la sueur de notre séant, mais on vole pas. Et vous faites quoi vous ? répliqua Frigida de Belle-Moule.

La femme se plaqua contre la devanture de la Ménagerie Magique, tenant d'une main ferme ses deux enfants, et elle laissa passer les manifestants. Pour elle, la journée était terminée. Ses enfants n'auraient pas de jouets aujourd'hui. Elle préférait encore utiliser l'argent de ses toilettes pour faire ses courses au lieu de rester en si perverse compagnie.

— Maman ? l'interrompit sa fille. C'est quoi une "putte" ? C'est différent d'une pute avec un seul T ?

La mère ouvrit grand les yeux et accéléra son pas, rudoyant presque ses enfants pour se dépêcher d'arriver au Chaudron Baveur afin de rentrer chez elle. Elle n'expliquerait pas ça à ses enfants. Et quand elle mettrait la main sur son époux qui jurait comme un charretier moldu devant leurs enfants, il passerait un mauvais quart d'heure.

— Rétablissez nos droits ! criait Glycinda la Trolle, sous le regard effaré des passants.

Après tout, elle était d'une laideur repoussante. Qui était assez désespéré pour recourir à ses services ?

Alors qu'un Dieu Grec passait devant elle, Molly manqua de défaillir. Que cet homme était beau ! Encadré des jumelles, Hépatitus le Long respirait le sex-appeal. La matriarche rougit et baissa les yeux.

— Ombrage est frustrée ! hurla la petite Herpétia sous le regard fier de Frigida de Belle-Moule.

Clitorine et Vagina de Chaste-Fesse entonnèrent un slogan qui fut repris par leurs collègues : "Ombrage n'est pas baisée ! Ombrage n'est pas baisée !"

Impuissant, l'Auror Fiertalon, qui patrouillait ce jour-là dans la rue commerçante, entra dans l'antenne ministérielle du Chemin de Traverse et demanda des renforts par cheminette. Malheureusement, à cause du budget déficient, les autres équipes étaient toutes en mission et il se retrouvait seul pour juguler une cinquantaine de prostitués en colère.

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Le samedi après midi, Dolorès Ombrage appréciait les maigres moments de détente qu'elle pouvait s'octroyer. Généralement, elle prenait un bon bain, tout en buvant une tasse de thé à la rose bien trop sucré pour son taux de glycémie déjà éprouvée.

Régulièrement, elle souffrait d'ulcères à l'estomac plus ou moins violents. Elle était suivie par un Médicomage spécialisé. Ce dernier lui avait indiqué qu'il fallait qu'elle diminue son stress, mais elle n'y arrivait pas.

Après son bain, elle se rendit dans le salon. Elle était vêtue d'un kimono en soie rose bonbon aux fleurs roses pâles. Elle remarqua alors que le feu avait changé de couleur. On avait essayé de la contacter ? Prenant rapidement une pincée de poudre de cheminette, elle se mit difficilement à genoux, ses fesses tremblant sous l'effort et appela le Ministre. N'ayant pas de proches encore en vie, elle savait que seul Cornélius pouvait la joindre de la sorte. Les autres personnes se contentaient de courriers officiels.

— Cornélius ? Vous avez essayé de me joindre ? minauda l'insupportable intrigante.

— Dolorès ! Enfin ! Mais que faisiez-vous donc ? Par la robe de Merlin !

— Que se passe-t-il, Monsieur ?

— Il se passe que les habitants de la Venelle des Pucelles sont sur le Chemin de Traverse et qu'ils scandent des insultes à votre propos à cause de votre loi ! Voilà ce qui se passe !

— Quoi ? hurla l'intolérante. J'arrive tout de suite ! Laissez-moi juste le temps de m'habiller !

Coupant la communication, elle se remit debout et se rendit dans son dressing, son double menton tremblotant comme de la Jelly dans une assiette.

Elle attira le premier ensemble qui était devant ses yeux, à savoir un tailleur sorcier en tweed rose pâle gansé de fuchsia, et passa la cape assortie de couleur plus soutenue.

Elle mit magiquement des mi-bas couleur chair, ses mocassins marron à pompons et se précipita, baguette à la main, dans la cheminée en direction du bureau du Ministre de la Magie. Pour une fois, elle n'avait même pas pris de petit sac rectangulaire dont l'anse venait étrangler habituellement son bras gauche trop enflé.

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Dans la rue, les choses étaient devenues hors de contrôle.

Des sorciers masqués, munis de grandes capes colorées, s'étaient joints à la foule de prostitués en colère et scandaient des phrases de plus en plus immondes. Seul le rappel de certains les freinait un peu devant des enfants abasourdis qui ne comprenaient pas ce qui se passait.

Sinon, certains clients auraient beuglé de toutes leurs forces qu'ils "voulaient se faire sucer la bite sans risquer Azkaban".

Les commerçants s'énervaient car la manifestation leur faisait perdre des clients en ce jour de soldes.

Fiertalon ne pouvait gérer seul cette épreuve et au vu de l'absence de renforts, il jugea plus salutaire de se cacher pour éviter d'être pris à parti. Après tout, c'était lui qui faisait respecter ces lois stupides… Pourquoi ne souffrait-il pas de la Dragoncelle ? Il serait certain de ne pas être sanctionné pour ça. Là, il risquait quelques jours de mise à pied sans solde !

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Dolorès Ombrage arriva dans le bureau de son patron qui était désespéré.

— Dolorès, sortez-nous de ce mauvais pas. La presse est sur les lieux et nous–

— Nous jugulerons sans aucun souci la Gazette du Sorcier, coupa la femme d'une voix assurée.

— Mais pas la Radio Indépendante à Transmission Magique ! Écoutez !

La mégère passa par toutes les couleurs du cercle chromatique en entendant la diatribe enflammée de Glenda Chittock, normalement présentatrice de l'émission « Salut les Sorciers », mais envoyée sur place pour couvrir cet événement.

Les travailleurs de la Venelle des Pucelles, que je pensais particulièrement dégoûtants, sont des personnes comme nous autres. En effet, il semblerait que leurs occupations soient le seul métier qu'ils puissent exercer, et le Ministère semble les contraindre à une indigence des plus totales ! Je vais essayer d'approcher leur meneuse pour avoir plus de renseignements sur leurs revendications ! Restez à l'écoute sur RITM !

..

Pendant que la présentatrice parlait à la radio, les slogans des manifestants étaient audibles, ce qui faisait hurler intérieurement l'instigatrice malvenue de cette loi injuste.

— Je ne laisserai pas ces individus révoltants salir ma réputation ! pesta Dolorès.

Accompagné de sa garde personnelle, le Ministre suivi de la Sous-secrétaire d'Etat se rendit par cheminette dans l'annexe du Ministère sur le Chemin de Traverse.

L'auror Dawlish, qui avait à cœur la sécurité de son patron, fit un tour jusqu'aux portes du bâtiment afin d'appréhender au mieux la situation.

Il retourna ensuite dans la petite salle insonorisée qui accueillait les visiteurs par cheminée et se pencha à l'oreille de l'homme au chapeau melon vert.

— Monsieur, je vous conseille de nous attendre bien sagement dans votre bureau. C'est assez tendancieux, et nous ne souhaitons pas que vous soyez éclaboussé par le scandale…

— C'est si mauvais que ça ? murmura le politicien sans savoir à quel point il était en deçà de la vérité.

— Pire encore, Monsieur, répondit l'Auror d'une voix lasse. Pire encore…

La garde rapprochée sortit du bâtiment afin de conjurer une estrade pour un discours. Les travailleurs du sexe avaient détourné l'hymne national anglais et scandaient des insultes à leurs dirigeants.

Dawlish sourit discrètement. Il n'avait pas le temps d'entretenir une relation amoureuse, aussi, de temps en temps, il dépensait une partie de ses revenus pour quelques heures entre les bras de Syphilitis Scrofule, dite la Vierge. Il aimait bien cette rousse incendiaire qui s'amusait à le rendre fou au lit. Il lui avait même offert un livre pour son anniversaire. Pas qu'il fut obsédé par la fille de joie ! Mais il avait fait une enquête sur elle avant de s'abandonner entre ses cuisses.

Pendant que les Aurors installaient l'estrade, les manifestants scandaient de plus en plus fort leurs insultes sur l'air de « God Save the Queen ».

Qu'on maudisse le Ministre

Et son âme damnée

Cette grosse frustrée !

Car elle n'est pas baisée !

Tout l'monde elle aime faire chier !

C'est pour elle le seul moyen

De jouir enfin !

Ils n'avaient pas tort ! Ombrage piquait une crise pour rien et faisait juger des gens pour des infractions minimes à la loi. De plus, jamais elle n'avait fréquenté un homme, ou même une femme de toute sa vie. Les enquêtes de moralité étaient formelles : Ombrage était vierge.

— Mes chers enfants, déclama solennellement Cornélius. Je vous vois affligés, abattus et en colère.

— Vot' nouvelle loi est stupide ! cria une voix dans la foule.

— Sérieusement, reprit une autre personne, on peut travailler mais on peut pas avoir d'clients ? Comment que vous pensez qu'on peut travailler sans clients ? Et pis on peut pas payer vos impôts. Et en plus maintenant, faut qu'on paye la consultation médicale chaque semaine alors qu'on n'est jamais malade ! Il reste quoi pour qu'on mange ? On vient manger chez vous alors ?

— Je n'ai jamais rédigé une telle loi, reprit Cornélius. Je sais, pour avoir visité vos locaux lors de ma campagne électorale, à quel point il vous est difficile de joindre les deux bouts.

Ce que le Ministre ne disait pas, c'était qu'il avait fait partie des fervents admirateurs de Glycinda jusqu'à l'accident horrible qui la défigurât à jamais.

Dolorès Ombrage avait outrepassé ses fonctions et l'avait mis dans une situation délicate. On ne devait pas toucher à la population de l'Allée des Embrumes ! Elle le savait pourtant !

— On sait qu'vous laissez la Dolorès faire tout ce qu'elle veut… elle vous suce en fait ? cria la petite Herpétia, cachée derrière la haute stature d'Hépatitus.

— De quel droit m'insultez-vous ainsi ? Je vous ferai attaquer pour diffamation !

— Diffamation ? ricana Hépatitus Le Long. Quelle diffamation ? Vous êtes tellement frustrée et désespérée que vous êtes venue un jour frapper à ma porte pour me demander de vous déflorer. Je suis peut être pauvre, mais j'ai ma dignité !

— Pardon ? rugit l'insupportable petite intolérante. Qui vous dit que c'est moi ? Il pourrait s'agir de n'importe qui !

— Personne ne viendrait dans l'Allée des Embrumes avec une cape rose à l'exception de vous. Et même, vous avez osé me proposer le double du prix de la passe pour vous pénétrer. Personne ne serait assez désespéré pour ça ! Même les pires drogués du monde moldu préfèreraient passer sous un train plutôt qu'entre vos cuisses difformes !

Étouffant un hoquet de rire, Molly se glissa contre une devanture pour mieux suivre la conversation. Cette femme pourrissait assez la vie de ses enfants et du petit Harry à Poudlard ! Il fallait bien qu'elle paye pour ses méchancetés ! Souriant sinistrement, elle s'imaginait lancer un crackbadaboum sur les chaussures de l'affreux batracien endimanché et la regarder tomber avec une satisfaction ostensible. Mais comme le Ministre et les Aurors étaient présents, c'était impossible à mettre en œuvre. Un jour, elle serait seule… et là, la rousse vengerait sournoisement sa progéniture…

La foule hurla de rire aux paroles méprisantes du cracmol qui vendait ses charmes.

— De toute façon, persifla Dolorès, que ce soit le cas ou pas, vous êtes de simples cracmols qui vous abaissez à survivre comme des rats dans une communauté qui vous méprise et vous hait !

Molly ne put s'en empêcher. Un "non c'est toi qu'on hait, crapaud !" franchit ses lèvres et ses paroles furent reprises par la foule presque déchaînée.

— Suffit Dolorès ! Veuillez retourner à votre bureau ! Tout de suite ! cria le Ministre de la Magie, excédé par l'attitude méprisante de la femme-batracien. Mes enfants, je suis désolé pour le malentendu. Bien évidemment que ce décret est révoqué sur l'heure ! Moi au pouvoir, jamais on ne vous brimera de la sorte ! déclama ensuite Cornélius passionnément, tel un acteur de théâtre. Je tiens à préciser que je n'ai pas non plus de relations de la sorte avec Dolorès. Je suis marié et heureux en ménage.

Avec la manche de sa robe, il essuya une goutte de sueur qui perlait de sa tempe. Dolorès l'avait mis dans une situation délicate. Elle et sa haine inutile contre tout ce qui n'était pas sorcier de sang-pur ! Il devait à tout prix éplucher toutes les lois de sa collaboratrice et annuler celles qui concernaient la ruelle peu recommandable de près ou de loin !

Après avoir conclu la conférence improvisée, il retourna dans son bureau ministériel sous les vivats de la foule de péripatéticiens et de badauds qui avaient observé attentivement la situation. Malheureusement, il savait qu'il n'était pas au bout de ses peines. La majeure partie de la population sorcière ne serait pas d'accord avec sa décision et manifesterait également.

Beaucoup de sang-purs réclamaient un gouvernement un peu plus dur, et peu d'entre eux étaient tolérants avec les cracmols. D'ailleurs, pour la plupart, ils avaient abandonné leurs enfants dans cet enfer de chair. Certains autres, plus humains, avaient engagé une gouvernante moldue pour s'occuper de leur progéniture, prétendant être trop occupés pour les gérer, et ils leur payaient des études dans les meilleures écoles anglaises.

Peu de personnes employaient les dépourvus de magie. Malheureusement, ils n'avaient pas le choix, ils étaient obligés de vendre leurs charmes pour survivre.

Les sorciers traditionalistes et réactionnaires voteraient pour le retour de cette loi, mais il se débrouillerait pour ne pas les laisser faire. Il n'avait pas le choix. S'il touchait à l'Allée des Embrumes, le pays serait en guerre, et il en était hors de question. Pas sous son mandat !

Grâce à sa subordonnée, il était dans les ennuis jusqu'au cou.

Ouvrant violemment la porte de son bureau, il vit la femme en rose tout casser autour d'elle.

— Mais vous êtes malade Dolorès ? Vous payerez la facture, et elle sera salée, je peux vous l'assurer ! cria-t-il, faisant sursauter sa secrétaire personnelle.

— De quel droit osez-vous m'humilier de la sorte ? De quel droit ? hurla la femme d'une voix stridente tout en lançant un presse-papier en or dans l'une des fenêtres magiques de la luxueuse pièce.

Il entra et claqua la porte, se préparant mentalement afin de ne pas étrangler la responsable de tous ses malheurs.

— Vous m'avez humiliée devant des bons à rien ! Des gens sales et dégoûtants ! Vous–

— Ça suffit ! grogna l'homme politique. Avez-vous une idée du pétrin dans lequel vous nous avez mis, Dolorès ? Ne vous avais-je pas dit que l'Allée des Embrumes était intouchable ? Et si les vampires se réveillaient pour nous tuer ? Vous y avez pensé ?

En effet, si le Lobby des Vampires qui régnait sur l'Allée des Embrumes contre-attaquait, le Ministère serait dans de beaux draps. Ils étaient assez nombreux pour l'éliminer d'un seul coup de crocs sans être inquiétés par les Aurors.

Il ne lui laissa même pas le temps de répondre.

— Vous organiserez demain une conférence de presse pour présenter vos excuses aux travailleurs de la Venelle des Pucelles. Vous leur donnerez également un pour cent du contenu de votre coffre en guise de compensation sans sourciller. De toute façon, je viendrai avec vous à Gringotts pour m'assurer que ce soit fait. Et vous aurez dorénavant intérêt à me présenter TOUS vos décrets avant application, sinon, je vous jure que je vous emprisonnerai pour trahison ! Sommes-nous clairs ?

— Vous allez laisser ces moins que rien salir la réputation de l'Angleterre Magique ? hoqueta la petite raciste, incrédule.

— Sommes-nous clairs ? hurla l'homme, aussi rouge que la bannière des Gryffondor.

— Oui, Cornélius…

Assis à son bureau, le Ministre contempla les dégâts d'un air las. Il esquissa un petit sourire mesquin. Dolorès aimait bien casser des choses qui ne lui appartenaient pas ? Et bien, il allait beaucoup s'amuser à la facturer.

Le petit homme appela sa secrétaire personnelle.

— Miss MacIntosh ? Veuillez me chercher les coordonnées du meilleur décorateur anglais sorcier. Il faudrait redécorer mon bureau…

FIN


1) Scrofule : maladie d'origine tuberculeuse.

2) Henry Thurot est un journaliste, auteur du livre Le Prolétariat de l'Amour publié en 1904 par La Librairie Universelle.

3) Le Contagious Diseases Act, édicté entre 1864 et 1867, contenait une série de textes visant à lutter contre les maladies vénériennes. Une loi en particulier obligeait les prostitués à se soumettre à des examens médicaux réguliers. En cas d'infection, ils étaient enfermés. En 1886, leur abrogation avait soulagé les professionnels qui pouvaient exercer en paix, sans se faire importuner, des fois en pleine passe.

4) Donjon : Le donjon est une pièce située en hauteur, habituellement dans une tour d'un château. Ici, le donjon est une pièce, qui peut être située dans un sous-sol, et qui est réservée aux activités de Bondage et Discipline Domination et Soumission, plus connu sous l'acronyme BDSM.