2.
Gwenaëlle ou, comme quoi, un secret finit toujours par ne plus en être un… quoique
Dès qu'elle avait été prête, Gwenaëlle avait pris le chemin de la place du village. Il fallait qu'elle retrouve rapidement les autres, sinon les garçons allaient encore râler en affirmant qu'il fallait toujours des heures aux filles pour se préparer. Accompagnée des deux pierres vivantes qui flottaient lumineusement derrière elle, Gwenaëlle passait son temps à pouffer, riant avec ses deux amies de choses plus stupides les unes que les autres. Avec le temps, elle avait eu le temps de s'habituer à l'humour des pierres, tandis qu'elles aussi s'étaient familiarisées avec les rires des Humains. Gwenaëlle portait sa robe noire – à la demande des pierres. Elle était faite dans de la soie d'Aragne, tissu qu'elle avait gagné lorsqu'elle avait travaillé pendant des semaines pour un tisserand de passage qui avait eu besoin d'une couturière. Et grâce à sa mère, Gwenaëlle savait tout coudre et travaillait n'importe quel tissu. Elle savait aussi faire du crochet, broder… Elle s'était donc confectionnée cette robe qu'elle aurait pu revendre très chère. Mi-longue, elle serrait sa taille comme une large ceinture. Elle recouvrait délicatement ses épaules tout en laissant un col échancré en ovale. Le tissu suivait chacun de ses mouvements à la perfection et lui donnait une allure un peu impériale. Elle portait des hauts talons et elle ne perdit pas son équilibre non seulement parce qu'elle avait l'habitude d'en porter – du fait qu'elle n'était pas très grande elle mettait des chaussures hautes dès qu'elle le pouvait – mais aussi grâce à ses capacités hors du commun et à son équilibre à toute épreuve. Ulric était seul et il envoyait des PMM (Petit Message Magique) depuis son hor lorsqu'il releva la tête pour la voir. Une seconde surpris, il sourit et la siffla.
- Woua, que vous êtes belle ! Ma Dame ! S'inclina-t-il en lui tendant la main.
La saisissant par la taille, elle rit, lui faisant remarquer qu'il était pas mal non plus dans son costume. Il la fit tourner pour mieux apprécier les magnifiques courbures de son corps puis lui fit de nouveau face.
- Si tu étais une sortcelière, je penserais que tu utilises la magie pour être aussi parfaite. Ma chère amie, tu devrais aller sur Terre et te lancer dans le mannequinat !
La jeune fille fit mine d'y réfléchir sérieusement une seconde puis fit la grimace.
- Il faudrait que je vous quitte pour ça, ce serait dommage.
- Je te l'accorde ! Amis pour la vie !
Elle lui répondit en lui faisant un clin d'œil.
Quelques minutes après, les jumelles arrivèrent. Elles portaient la même robe mais d'une couleur différentes : d'une dorée l'autre rouge. Elles étaient magnifiques. Elles aussi complimentèrent la robe de leur amie. Ils savaient tous qu'elle se l'était cousue seule et ils n'en n'étaient que plus admiratifs. Cependant, ils finirent par remarquer que derrière son rire et son air jovial, elle avait quelque chose qui la tracassait. Cette impression se confirma lorsqu'ils remarquèrent que Gwenaëlle n'alla pas voir sa mère lorsque celle-ci arriva et que Lornélia fit mine de ne pas s'en apercevoir.
Dylan arriva en retard mais il les avait prévenus car il avait attendu son frère et venait en famille. Lorsque les frères arrivèrent enfin, on salua avec de grandes accolades, des baisers et des rires l'enfant prodigue qui revenait de la ville.
- Sulliyan ! Comme tu nous as manqué ! Tu ne peux pas savoir comme ton frère nous tape sur les nerfs ! Roula des yeux Arsène.
Faussement offusqué, ledit frère frappa doucement en représailles l'arrière de la tête de la jeune rousse, provoquant l'hilarité générale.
- Alors, demanda Luciné alors qu'ils se furent tous servis un verre. Comment se passe ta formation ?
- P-A-R-F-A-I-T-E-M-E-N-T ! J'adore ce que je fais et mes professeurs sont géniaux !
- C'est bien alors.
- C'est vrai ce qu'on dit ? Le questionna Gwenaëlle. Que la princesse Mara suit des cours de Voleur ?
Les yeux du jeune homme se mirent à briller étrangement. Il alla même jusqu'à sourire.
- Oui, c'est vrai. Et elle est vraiment douée !
- N'est-ce pas plutôt que tout le monde lui facilite la tâche parce qu'elle est l'héritière de l'Héritière ? Supputa Ulric.
- Ho non, croyez-moi. Au début, tout le monde a été très difficile avec elle, justement parce qu'elle était une petite princesse… sauf que nous oublions facilement une chose.
- Ha oui ? Laquelle ? Le coupa Dylan.
- Qu'elle a été élevée par Magister.
- Vous êtes sérieux là ? Demanda Luciné.
Sa jumelle, Ulric et Gwenaëlle étaient dans le même état d'ébahissement.
- Quoi ? Vous ne le saviez pas ? S'étonna Dylan en haussant un sourcil perplexe.
Les trois amis échangèrent un regard circonspect et Ulric haussa les épaules.
- Bah… non.
- Et puis il faut dire aussi que je m'en tape un peu de ce qu'il se passe à la cour, ajouta Gwenaëlle, étonnement agressive.
Ses amis la regardèrent un instant avec suspicion avant de revenir à la conversation.
- Au fait, sourit Sulliyan, tu es magnifique dans cette robe Gwenaëlle. Je ne savais même pas que tu avais des jambes.
Elle lui donna un petit coup sur l'épaule en riant.
- Que tu es bête !
C'était vrai qu'elle portait toujours des pantalons et majoritairement des jeans. Elle trouvait cela beaucoup plus pratique et largement plus confortable.
Quelques conversations plus tard, ils commencèrent par être interrompus par les villageois qui venaient les congratuler pour leurs efforts. La fête remportait un véritable succès. Alors qu'elle terminait un nième verre de bullage lorsque Dylan s'approcha d'elle.
- Tu devrais arrêter de boire.
Elle s'était appuyée au grand chêne blanc qui se trouvait au bord de la place du village. Depuis quelques instants, elle avait délaissé ses amis pour se plonger dans ses pensées. Etonnée, elle revint à la réalité et vit le visage soucieux de Dylan. Apparemment, il l'avait plus observée qu'elle ne le pensait. Il ne pouvait pas savoir non plus que sa constitution d'avatar lui donnait une très très forte résistance notamment à l'alcool. Ce qui n'était même pas drôle d'ailleurs, elle ne pouvait même pas profiter des joies de la perte de conscience de l'alcool… bon elle ne connaissait pas non plus la gueule de bois, et ça c'était plutôt pas mal d'après ce qu'elle avait pu remarquer. Elle lui sourit tendrement.
- Ne t'inquiète pas pour moi, je supporte très bien l'alcool.
Il scruta son regard un instant avant d'acquiescer. Elle le vit se détendre légèrement. Dylan était un très bon sortcelier, comme son frère et comme le reste de sa famille. Un moment, il dut discerner vaguement la puissance des pierres vivantes car il fronça les sourcils et regarda un point derrière Gwenaëlle. Surprise, craintive qu'il puisse voir ses amies, la jeune fille se retourna.
- Quoi ?
Elle fut soulagée de ne rien voir et reporta son regard sur Dylan qui en fit de même alors qu'il lui répondait.
- Non, rien. J'avais cru sentir une présence mais non…
- Ha vous, les sortceliers, vous croyez voir des choses partout ! Rit-elle.
- Allez, ça suffit, viens danser au lieu de dire des bêtises !
Alors qu'elle éclatait de rire, il lui prit d'office la main et l'entraîna sur la piste de danse improvisée du village.
Tout le monde se quitta plus ou moins avec le levé du soleil. Dynal, Sulliyan, les jumelles, Ulric et Gwenaëlle restèrent pour ranger et nettoyer. En échange de quoi, les villageois s'étaient mis d'accord pour leur laisser toute la matinée de libre pour se reposer. Parce que tout ne pouvait se nettoyer et se réparer avec la magie. Alors les sortceliers commencèrent le travail et en firent le plus possible, avant de prendre leur courage à deux mains pour terminer manuellement le travail. Malgré la fatigue, la bonne humeur était toujours là.
Ils allaient se séparer alors que les premiers villageois commençaient à déambuler dans le village, pour vaquer à leurs occupations. Sulliyan proposa d'aller rendre visite au boulanger pour lui acheter des croissants. Ils se réinstallèrent sur la place pour prendre leur petit-déjeuner. Au bout d'un moment, Arsène se tourna vers Gwenaëlle.
- Bon, maintenant tu vas nous dire ce qu'il se passe !
La jeune fille, surprise, regarda tour à tour ses amis puis marcha lentement son croissant avec de l'avaler.
- Mais qu'est-ce que vous racontez ?
- Gwenaëlle, tu es étrange depuis hier soir, soupira Dylan. Nous sommes tes amis, tu sais que tu peux tout nous dire.
La jeune fille hésita un moment et elle finit par soupirer. Elle pouvait au moins leur révéler une part de la vérité…
- Vous savez que je ne connais pas mon père… elle n'attendit pas que quelqu'un lui réponde et elle continua en fixant ses mains, n'osant pas affronter le regard de ses amis. Ma mère a reçu une lettre hier. Il vient me voir la semaine prochaine. Il veut m'emmener avec lui à Tingapour.
- Mais… pourquoi ? Hoqueta Arsène.
- Ma mère m'a dit, reprit-elle en relevant la tête, que mon père est un courtisan de la cour, je pense même que c'est un noble mais ça n'engage que moi. Sa femme est morte et il n'a aucun héritier… il n'a que moi.
Un silence abasourdi accueillit ses paroles. Elle se leva pour retourner chez elle. Dylan fut le premier à reprendre ses esprits. Se ressaisissant, il sauta de la table en bois où il était assis et rattrapa la jeune fille. Dylan la força à se retourner et posa un doux baiser sur ses lèvres sans lui laisser le temps de réagir ou de protester. Tendrement, il caressa sa joue et replaça une mèche de ses cheveux derrière son oreille.
- Cela ne change pas ce que nous ressentons pour toi Dylan. Que tu sois la fille d'un vampyr, la cousine de l'impératrice ou l'orpheline d'un agriculteur terrien, tu seras toujours notre amie, la fille avec qui nous avons grandi. Ne laisse pas cette histoire changer qui tu es… parce que, pour nous, cela ne change rien.
Une larme de soulagement et de gratitude coula sur la jour pâle de Gwenaëlle qui posa machinalement son regard violet sur ses autres amis, toujours assis qui acquiescèrent aux propos de Dylan.
- Merci, murmura-t-elle.
Pourtant, son cœur se serra en songeant qu'elle leur mentait en réalité depuis des années. Une autre larme, de détresse cette fois, coula sur sa joue.
- Je dois y aller.
Elle les laissa. Elle courut presque pour rentrer chez elle, les deux pierres vivantes à ses trousses.
Gwenaëlle évita soigneusement ses amis les jours qui suivirent. Cependant, c'était compliqué étant donné qu'ils vivaient dans un village d'à peine huit cents personnes. Un soir, ils en eurent assez que leur amie les dédaigne et les évite ainsi alors ils décidèrent de lui rendre une petite visite nocturne. C'est là qu'ils découvrirent le secret de Gwenaëlle et de Lornélia.
- Sulliyan, tu es sûr que tu sais ce que tu fais ? Murmura Dylan dans l'obscurité.
- Evidemment ! Je suis un Voleur je te rappelle ! Maintenant chut !
Arsène leva les yeux et vit que la maison de Gwenaëlle était complètement éteinte. C'était étonnant, parce qu'il n'était pas si tard que cela… à peine 25h45…
- Vous ne trouvez pas ça bizarre ? Frissonna Ulric.
- De quoi ? S'inquiéta aussitôt Luciné.
- Mais ce silence !
Ils se turent tous l'instant même pour observer les alentours. C'était vrai. Il n'y avait aucun bruit autour d'eux.
- Mais si, s'agaça Sulliyan qui en plus partait le lendemain et ne pouvait même pas passer une dernière nuit tranquille… bon c'est vrai qu'en même temps ça l'amusait beaucoup. Ecoutez bien, vous entendrez le vent et le bruissement des feuilles et des branches.
La maison de leur amie était en bordure du village. Elle était même carrément isolée.
- Brrr, frissonna encore Arsène. Moi j'aurais peur à leur place de vivre toutes seules là-dedans.
- Mais vous allez vous taire oui ! S'emporta le frère de Dylan. Haaaa, s'enthousiasma-t-il la seconde suivante, ça y est !
Il venait de réussir à crocheter la porte. A cet instant, Ulric montra la forêt du doigt :
- Regardez !
Tout le monde se tourna dans la direction qu'il indiquait.
- Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Murmura Luciné.
- Sans doute de la magie… Supputa Dylan. Allons voir.
- Et Gwenaëlle ?
- Je ne pense pas qu'elle bouge, allons voir, ça m'interpelle.
Et ils se lancèrent tous les cinq dans les bois qui entouraient la maison de Gwenaëlle.
Au bout d'un moment, Sulliyan leur fit signe de ne plus faire de bruit. Il entendait du bruit. Il leur ordonna d'incanter un Camouflus et Dylan, le plus puissant des sortceliers présents, en incanta un aussi pour Ulric. Ils s'approchèrent aussi silencieusement que possible du bruit et là, ils eurent la surprise de leur vie. Dans une clairière entourée de huit sphères de différentes couleurs chatoyantes, Gwenaëlle et Lornéali se battaient.
Au sens propre.
Vêtues toutes les deux d'une tenue similaire en cuir marron, la mère et la fille s'affrontaient à une vitesse hallucinante et avec une force incroyable. Ils ne parvenaient pas à suivre leur mouvement, seuls les moments où elles ralentissaient ou même s'arrêtaient leur avaient permis de les identifier. Gwenaëlle tenaient une épée elfique dans sa main droite et un long poignard dans l'autre. Sa mère était équipée de la même façon… mais, s'étonnèrent Dylan et Sulliyan, les Humains n'étaient-ils pas incapables de manier les complexes épées elfiques ?
Bah si, normalement.
Il n'y avait que deux explications.
Elles n'étaient pas Humaines, ce qui leur paraissait peu probable.
Ou alors la rumeur était infondée. Des hommes pouvaient manier ces épées mais après un long et rigoureux entraînement.
Ouais, plus vraisemblable.
C'est alors que les pierres lumineuses se mirent à luire un peu plus fort. Les deux femmes se figèrent et se tournèrent dans leur direction. Dans un ensemble parfait, elles baissèrent leur arme et fixèrent l'endroit où ils étaient cachés. Comme si elles les avaient vus.
Gwenaëlle regarda sa mère et hocha la tête. Ils songèrent à cet instant à la possibilité de partir… ils ne purent alors plus loin dans leur raisonnement. Sans qu'ils aient compris comment ou pourquoi, ils se retrouvèrent attachés chacun à un arbre. Les pierres lumineuses s'envolèrent et trois restèrent avec Gwenaëlle et sa mère pendant que les autres se positionnaient devant eux. Ils purent de nouveaux se voir et ils comprirent que leur couverture avait sauté.
- Mince, marmonna Sulliyan. On s'est avoir par des cristaux !
Gwenaëlle soupira en les voyant tandis que Lornélia croisait les bras, visiblement amusée.
- Cela fait vingt ans que je vis ici et c'est la première fois que ça arrive… ha les jeunes ! Puis elle se tourna vers la fille qui était étonnement indécise. Je te laisse te débrouiller ?
- Mais… qu'est-ce que je fais ?
- Ce que tu veux. Tu peux leur dire ou leur effacer la mémoire. Les pierres d'aideront, quoique tu leur demandes.
- Je sais mais ça ne m'aide pas…
- Ma chérie, il vient toujours un moment où l'on doit faire un choix.
La jeune fille soupira et fixa une seconde le sol. Lorsqu'elle releva la tête, sa mère était déjà en train de retourner à la maison avec leur armes et deux des pierres vivantes.
- Gwenaëlle ? L'appela alors Arsène, tu vas nous dire ce qu'il se passe ?
La jeune fille les regarda avec inquiétude un long moment avant de se décider. Elle respira profondément.
- Vous devez me promettre que vous ne direz jamais à qui que ce soit ce que je vais vous révéler maintenant.
- Mais pour… commença Sulliyan.
La jeune fille le fusilla du regard.
- Parce que si tu le fais, je pourrai être arrêtée et exécutée.
- Tant que ça ? S'étonna Dylan, un tantinet ironique.
La belle avatar le fusilla du regard.
- Oui ! Alors vous promettez ?
- Evidemment que nous promettons, nous sommes tes amis ! Se récria Luciné.
- Mais… tu pourrais nous faire descendre s'il te plaît ? Parce que n'est pas très confortable comme position, argua Ulric.
D'un haussement de sourcils, la jeune fille ordonna aux arbres de les libérer. Les Pierres vivantes vinrent tournoyer autour de la jeune avatar, menaçantes. Au moindre mouvement suspect, Gwenaëlle savait qu'elles n'hésiteraient pas à tuer ses amis. Pour la protéger. Elle sourit. Quelque part c'était réconfortant.
Ses amis regardaient soudain Gwenaëlle d'un autre œil. Dans sa tenue de combattante, avec son épée et ses dagues, elle paraissait beaucoup plus combative, surtout avec ses sphères qui l'entouraient.
- QU'est-ce… qu'est-ce que c'est ? Osa Luciné.
Gwenaëlle leva les yeux vers les sphères que son amie montrait du doigt et leur demanda par la pensée si elle pouvait leur dire. Un long débat entre les pierres vivantes commença, étonnant ses amis puisqu'elle ne répondait pas.
- Gwenaëlle…
Mais la jeune fille ne quitta pas des yeux les Pierres et leur fit même signe de se taire. Finalement, les pierres se posèrent sur le sol, sauf une, la argentée, la plus grosse.
- Ce sont des pierres vivantes, annonça brutalement Gwenaëlle en reposant son regard sur eux. Face à leur air perplexe et abasourdi, la jeune fille sourit. A cet instant, la voix de ténor, grave et profonde de la pierre surgit dans leur esprit, vibrante de pouvoir :
- Elle vous dit la vérité, n'ayez pas l'air si étonné. Mais attentions si vous faites un geste contre Gwenaëlle, c'est nous qui nous occuperons de votre cas.
Ils sentirent clairement la menace dans sa voix. Et à cet instant, il ne vint à l'esprit d'aucun d'autre d'eux de douter des paroles de la pierre vivante. Soudain, Sulliyan se reprit.
- Par Demiderus mais… vous avez HUIT PIERRES VIVANTES ! C'est impossible ! Je ne savais même pas qu'il y en avait autant !
- Et vous ne direz rien non plus sur elle. Les pierres sont sensibles et elles ont leur vie, leur indépendance. Elles vont et elles viennent comme bon leur semble. Il ne faut pas que cela change.
- Evidemment, marmonna Dylan.
Ils étaient tous fascinés et éberlués.
- Mais… au fait, qu'est-ce que vous faisiez, avec ta mère, au milieu de la nuit à vous battre dans la forêt ?
Gwenaëlle expira profondément et ferma les yeux. Ses amis s'aperçurent à cet instant combien elle semblait fatiguée. Blasée et lasse seraient des termes plus adéquats en réalité pour décrire ce qu'elle ressentait.
Elle hésita. Ils le virent. Pourtant, ils ne la pressèrent pas. Ils connaissaient suffisamment Gwenaëlle pour savoir qu'elle ne leur avait pas menti sans une bonne raison. Maintenant, restait à savoir si elle leur faisait assez confiance pour leur dire la vérité. Ils espéraient que oui. Non par curiosité – bon un peu aussi… - mais parce qu'ils voulaient que leur amie n'ait pas peur d'eux.
- Avez-vous déjà entendu parler des Avatars ? Leur demanda-t-elle.
On s'étonna. Puis les jumelles prirent la parole.
- Oui, évidemment, mais ils ne sont qu'un mythe. Commença Luciné.
- Sinon leur existence aurait été montrée depuis cinq mille ans non ? Poursuivit Arsène.
Angélique eut un petit sourire amusé.
- Attendez, attendez, demanda Ulric qui, n'ayant pas une goutte de magie dans le sang, n'était jamais allé plus loin que Cava et n'avait que peu étudié. Qu'est-ce que c'est que ça, des avatars ?
- C'est une légende, lui expliqua calmement Dylan qui regardait toujours Gwenaëlle. On raconte qu'à la guerre des Failles, il y a eu des mutations chez certains Humains. Cela aurait conduit à l'apparition d'une nouvelle race d'Humains : les Avatars. Ce qui expliquerait leur anonymat c'est qu'il n'en naîtrait qu'un tous les dix ans environ. Ce qui est assez étrange en soi. On raconte que les Avatars ne sont pas des sortceliers mais ce sont des êtres magiques. Ils sont capables de contrôler les éléments et la météo. Leurs capacités physiques et leur sens sont aussi beaucoup plus développés que ceux des Humains disons… normaux. J'ai oublié quelque chose ? Demanda-t-il à Sulliyan.
Celui-ci secoua la tête. Ils reposèrent leur attention sur Gwenaëlle qui semblait étonnement amusée.
- Mais c'est absurde, ils ne peuvent pas exister ! Dit Ulric.
- Et pourquoi non ? Fit mine de s'étonner Gwenaëlle toujours sans bouger.
- Bah… euh…
- Mais où seraient-ils alors ? Demanda Arsène. Et pourquoi qu'un tous les dix ans ?
- ça j'avoue que je n'en sais rien, admit Gwenaëlle. Mais je peux vous affirmer que les Avatars ne sont pas des mythes.
- Ha oui ? Et comment ?
- Simplement parce que ma mère et moi sommes des Avatars.
