MERCI DE M'AVOIR LAISSE DES REVIEWS, CA ME FAIT TRES PLAISIR ! J'ESPERE EN AVOIR BIENTOT D'AUTRES ! EN ATTENDANT BONNE LECTURE
4.
Tingapour ou bah, la campagne c'est quand même beaucoup plus calme !
C'est ainsi que la petite provinciale et avatar Gwenaëlle Sira se retrouva à Tingapour sans trop savoir comment. Sous les encouragements de sa mère, la jeune fille avait suivi son père pour demeurer quelques temps dans la capitale afin de mieux connaître son géniteur mais surtout pour se familiariser avec son héritage. Lornélia avait refusé de les accompagner – tout du moins pour le moment – car elle affirmait que sa vie n'était pas à la cour mais dans la maison où elle avait élevé Gwenaëlle. Sans en parler à son père, sa mère et les Pierres vivantes se mirent d'accord et l'Avatar fut accompagnée par quatre des huit pierres. Uk et Tur vinrent évidemment, ainsi que les pierres Jys et Lâ. La jeune fille se rendit rapidement compte que son père jouissait d'un grand prestige au sein de la cour omossienne et qu'il était tant craint que respecté par les plus grands. La jeune fille n'eut toutefois pas le droit d'être présentée à l'Impératrice, ce qui l'arrangea beaucoup, même si son père l'encouragea plusieurs fois à l'accompagner lorsqu'il se rendait pour une raison ou pour une autre au palais impérial. La couleur de la famille du père de Gwenaëlle, donc du duché de Chalousavéris était un loup blanc sur un fond noir brodé d'argent. Ainsi, Gwenaëlle portait maintenant une robe de satin, de mousseline, de soie ou de quelconque tissu hors de prix aux couleurs de sa famille. Le noir de ses habits faisaient ressortir le violet de ses yeux et étrangement, personne ne la prit pour ce qu'elle était : une avatar. Un soir, son père lui expliqua :
- Tout le monde à la cour – l'Impératrice la première – utilise la magie pour changer son apparence physique afin d'accommoder ses cheveux et ses yeux à sa toilette du jour, ainsi, comme à la cour tout le monde murmure maintenant ton nom car il est devenu de notoriété publique que tu es ma fille, tout le monde doit s'imaginer que tu es une sortcelière et que tu as changé la couleur de tes yeux pour te faire plus remarquer.
Gwenaëlle n'avait rien rétorqué et le dîner s'était poursuivi en silence.
La jeune fille s'ennuyait dans ce monde de courtisan qui n'était pas le sien. Elle détestait tous les regards de convoitises que les filles de bonnes familles lui jetaient. Elles détestaient les commérages que tout le monde se murmurait à voix basses dans les couloirs du somptueux palais d'Omois. Elle haïssait tout ce luxe indécent tout ce or, tout ce marbre… A peine une semaine après son arrivée, la jeune fille n'avait plus qu'une hâte : retourner auprès de sa mère.
Heureusement, ses amis réussirent à la rejoindre. Elle revit en premier Sulliyan puisque l'école des Voleurs Patentés était dans Tingapour. C'est lui qui lui fit découvrir la ville. Ce jour-là, ils se promenaient tous les deux dans les rues surpeuplées de la capitale. Les Omoisiens n'aimaient pas beaucoup les autres races, encore moins chez eux, pourtant, c'était la seule ville d'Autremonde où toutes les espèces se côtoyaient réellement et régulièrement. Evitant d'un mouvement d'épaule un homme qui semblait pressé, Gwenaëlle fit par de sa réflexion à son ami voleur
- Finalement, la campagne est mieux que la grande ville.
- ça dépend comment on voit chez choses !
A cet instant, Gwenaëlle vit pour la première fois des elfes violets qui lui firent encore plus peur que les elfes guerriers et qui la toisèrent avec un mépris évident. Elle rencontra aussi des vampyrs qui avaient une peau à peine plus blanche que la sienne, des tatris, des sirènes dans leur bulle d'eau, des chatrix – horribles animaux noirs qui semblèrent étrangement la craindre… la jeune fille vit tellement de choses extraordinaires qu'elle se fit finalement la réflexion que son séjour dans la capitale avait peut-être des avantages.
Les deux amis s'arrêtèrent devant un étalage des armes d'un artisan elfique, la jeune fille prit une fine épée qu'elle n'avait vu qu'aux côtés des elfes mais avec laquelle elle s'entraînait depuis son enfance car elle avait compris qu'elle était trop difficilement maniable pour les Humains qui n'étaient pas assez forts ni assez habiles pour s'en servir correctement. Gwenaëlle ne put toutefois s'empêcher d'admirer le travail de l'artisan. Celui-ci finit par l'apercevoir et lui jeta, avec le mépris ordinaire de son peuple pour les hommes :
- Il n'est pas utile que vous vous attardiez ici damoiselle, ces armes sont hors de votre portée.
Mais Gwenaëlle avait toujours eut l'esprit de réparti et elle avait acquis depuis son arrivée dans la capitale une politesse qui ne faisait que renforcer sa patience naturelle.
- Parlez-vous physiquement ou économiquement ?
L'elfe le regarda avec stupeur un instant alors qu'elle reprenait :
- Dans un cas comme dans l'autre, cela m'empêche-t-il d'admirer le talent d'un artiste ?
L'elfe croisa son regard et ouvrit de grands yeux interloqués :
- Une avatar !
La jeune fille lui sourit, reposa l'arme et bientôt disparut dans la foule sans que l'elfe n'ait le temps de se remettre de ses émotions. Sulliyan la suivit en souriant, songeant que Gwenaëlle n'avait pas terminé de les surprendre.
Quelques heures plus tard, la jeune fille était au palais avec son père qui se rendait à une réunion militaire avec l'Impératrice et l'Imperator en personne. Gwenaëlle fixait le sol avec désespoir en songeant qu'elle allait encore errer dans les couloirs des heures, seule, avant que son père daigne quitter la réunion où il l'avait obligée à l'accompagner tout en sachant parfaitement qu'elle n'aurait pas le droit d'entrer.
- Je sais que je t'en demande beaucoup Gwenaëlle mais j'ai besoin que tu te montres, je veux que tout le monde sache bien que tu es ma fille et que…
- Je sais, soupira avec lassitude la jeune fille.
- J'ai trouvé un poste à la cour pour les jumelles, tes amies…
Le regard de Gwenaëlle brilla lorsqu'il se posa sur son père, la seconde suivante. La jeune fille eut un large sourire.
- C'est vrai ?
- Oui, évidemment, je te l'ai promis. Il me semble aussi avoir entendu dire que ton ami… Dylan avait trouvé seul un poste d'intendant de Dame Auxia.
Dam Auxia était l'intendante du palais. Elle était surtout l'une des cousines de l'Impératrice. Si Dylan avait pu obtenir un emploi auprès d'elle, c'était qu'il était plus puissant qu'elle ne le pensait.
- Et pour Ulric ?
- Il travaillera aux cuisines du palais, comme commis.
La jeune fille plissa son nez. Ce n'était pas du tout un travail agréable mais il n'avait pas le choix, Ulric n'avait aucun don magique.
- Merci beaucoup père.
- Je t'en prie. Maintenant, il ne reste plus qu'à convaincre ta mère de nous rejoindre.
Gwenaëlle posa un nouveau regard surpris sur son duc de père.
- Mais… tu vas vraiment l'épouser ?
- Pour le moment non… mais lorsque cette histoire avec les Démons sera terminée, je compte bien demander une audience à l'Impératrice. Qu'elle m'accorde une dérogation.
- Woua ! Fit-elle, stupéfaite.
Elle ne s'était pas doutée que son père voulait aller si loin. Il aimait donc vraiment Lornélia ?
- Bien, s'arrêtèrent-ils devant deux grandes portes blanches ornées d'or et d'acajou, c'est ici que nous nous séparons. Nous dînons avec la famille impériale ce soir…
- Je sais, soupira-t-elle. Je serai à l'heure.
- Bien, à tout à l'heure.
Son père entra dans la salle où se trouvait déjà l'Imperator et quelques ministres. Plongée dans ses pensées, la jeune fille ne s'aperçut pas qu'elle croisait l'Héritière, qui, tout aussi plongée dans ses pensées, ne la vit même pas.
Deux jours plus tard, alors qu'elle venait – encore ! – de se perdre dans le gigantesque palais impérial, ses jumelles et amies lui sautèrent dessus :
- Salut, salut ! L'agressa à moitié Arsène.
- On est trooooooop contenteeeeeee ! Ton père nous a trouvé un travail de fou ! Par Demiderus il est GENIAL !
- Mouais. En parlant de Demiderus, faites attention parce qu'il est au palais, éviter de jurer sur lui devant lui.
- Quoi ? Blêmirent les jumelles. Mais pourquoi ?
- Bah… parce que l'Impératrice l'a sorti des Temps Gris pour qu'il les aide à faire venir les Démons. D'après ce que j'ai entendu.
- Eh bien eh bien, sourit Luciné, mais tu as l'air d'en savoir des choses dis-moi !
L'avatar hausse les épaules.
- Je passe mon temps à déambuler en ville ou dans le palais. Je me perds aussi la moitié du temps mais ça c'est autre chose. Bref, tout ça pour dire que j'entends les gens parler et beaucoup me parlent aussi… parce que je suis la fille de mon père.
- C'est malin comme phrase tiens.
- De quoi ?
- Tu es la fille de ton père, c'est malin !
- Pff !
- Ne fais pas cette tête !
Ses amies lui prirent chacune un bras.
- Allez, allons nous amuser !
Une semaine plus tard, ils étaient tous à Tingapour. Ils n'avaient pas revu Ulric encore mais son père avait affirmé à Gwenaëlle qu'il avait commencé son travail la veille, ce qu'avait confirmé Dame Auxia à Dylan lorsqu'il le lui avait demandé.
A la pause déjeuner de ses amis – qui, comme ils travaillaient, n'avaient pas toujours des horaires flexibles – et la belle avatar décidèrent d'aller donner un petit coup de main à Ulric. La famille impériale prenait son repas. C'était donc un moment solennel et les cuisines grouillaient de bruit et les domestiques couraient partout. Gwen faillit éclater de rire face à l'agitation qui régnait. Finalement, ils trouvèrent leur ami qui découpait des espèces de pommes de terre roses.
- Coucou ! Crièrent les deux sœurs, une à chaque oreille de leur pauvre ami qui sursauta violemment.
- Non mais ça va pas ! S'écria-t-il en ramassant son tubercule. Puis il les vit tous – sauf Sulliyan qui n'avait pas le temps de faire l'aller-retour le midi. Mais qu'est-ce que vous faites tous là ? S'étonna-t-il.
- On est venu te donner un coup de main pardi ! S'amusa Dylan en remontant ses manches de sa robe de sortcelier aux couleurs d'Omois.
- Et aussi te voir ! Sourit Gwen à son tour qui portait les couleurs de sa famille.
- Ho vous êtes gentils ! Fit-il avec émotion.
- Attends, tu viens à Tingapour alors que tu sais que tu n'auras pas un bon emploi parce que tu es un Nonsos… pour moi, la moindre des choses que je… que nous puissions faire est de t'aider… tu ne crois pas ?
A cet instant, le chef cuisinier arriva et commença à crier dans tous les sens. C'était un Camhboum, sans doute le seul de toute son espère à être hyperactif.
- Mais qu'est-ce que vous faites les jeunes ? Ça ne va pas du tout ! Leurs Majestés Impériales n'attendent pas ! Il faut sortir et me laisser travailler, vite vite vite !
Les amis eurent beaucoup de mal à ne pas rire. Dylan parvint à rester sérieux et figea le chef de stupéfaction.
- Maître Schouftain, nomma-t-il le cuisiner de l'Impératrice, nous sommes venus vous aider… bénévolement, évidemment. Nous demandons simplement à rester avec notre ami les midis où il sera de service ici.
Le Camhboum avait la bouche en O et cligna trois fois des yeux avant de retrouver sa voix. Il se détendit.
- Eh bien… je pense qu'il n'y aura aucun problème… vous êtes des sortceliers ?
- Ma sœur et moi oui, mais…
- Et moi aussi, la coupa Gwenaëlle.
Ses amis posèrent un regard stupéfait sur elle.
- Bien, alors mettez-vous dès maintenant au travail, et plus vite que ça ! Il repartit courir à travers toutes les cuisines, donnant des ordres à tout va. Le petit groupe se tourna vers Gwen.
- Mais qu'est-ce qui t'a pris ? Murmura Dylan. Tu n'as aucun don de sortcelière !
- Et il ne faut pas qu'on sache que tu es une… ce que tu sais ! S'inquiéta Luciné.
La jeune fille sourit.
- Nous nous sommes mis d'accord avec mon père. Tout le monde est persuadé que je fais de la magie comme je suis la fille de mon père et future duchesse. Les yeux violets ne font pas très naturels… alors le mieux est de leur faire croire ce qu'ils ont envie de voir.
- Mais… comment vas-tu faire si on te demande d'effectuer un sort ?
- ça mon père ne le sait pas… mais j'ai les quatre Pierres vivantes avec moi. D'ailleurs l'autre jour j'ai eu peur. Je suis passé à côté de l'Héritière, et vous savez qu'elle a une Pierre Vivante aussi… ?
- Et ?
- Et bien sa pierre a réagi, évidemment, en sentant les miennes ! J'ai dû parlementer un moment avec Uk, Tur, Jys et Lâ pour qu'elles acceptent de cacher leur présence à l'une des leurs. Mais finalement, elles ont compris que ça pouvait me mettre en danger…
- HEY LES JEUNES ! Cria le cuisinier, attirant ainsi leur attention. VOUS PENSEZ VRAIMENT QUE LE REPAS VA SE PREPARER TOUT SEUL ?!
Les jeune gens sourirent et se mirent au travail l'instant suivant. Finalement, c'était amusant de travailler dans les cuisines. A la fin du repas, ils eurent même le droit de prendre des restes. Alors que les cuisines se vidaient, ses amis durent reprendre leur poste et ne restèrent que Gwen et Ulric.
- Tu viens dormir à la maison ce soir ? Lui demanda-t-elle.
- Pourquoi ?
- Parce que tout le monde vient, Sulliyan aussi.
- Mais tu ne vis pas au palais ?
- Mon père y a évidemment des appartements mais il a aussi une grande maison au nord de Tingapour. Je préfère aller là-bas le soir.
- Ha… bah oui d'accord. Surtout que demain je ne travaille pas avant dix-huit heures.
- Mais c'est parfait tout ça alors !
La venue de ses amis permit à Gwenaëlle de mieux profiter des charmes de la capitale. Elle était maintenant rarement seule et elle s'amusait beaucoup plus au palais. Cependant, il y avait deux choses qui noircissaient le tableau. La première était que sa mère n'était pas là et qu'elle refusait toujours de les rejoindre à Tingapour et la deuxième était l'arrivée des Démons. Le petit groupe en discutait souvent et ils étaient tous inquiets de la tournure des événements. Ce soir-là, de longs mois s'étaient écoulés depuis que Gwenaëlle était arrivée avec ses amis à Tingapour, ils étaient tous les six dans le grand salon de la demeure des Chalousavéris. Ils regardaient un film terrien sur le panneau géant au dessus de la cheminée. Chacun avait son verre et des restes d'amuse-gueules traînaient un peu partout.
Ils riaient de l'absurdité du film. C'était un James Bond, au service de Sa Majesté. Mauvais, très mauvais comme voleur ! Le duc arriva vers la fin du film, le visage fermé. Il regarda le panneau lumineux et éleva la voix, surprenant sa fille et ses amis.
- Arrête le film et mets les informations.
- Papa ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Chut, regarde !
On voyait l'Impératrice d'Omois, en grand apparat, toujours aussi belle et impériale qui faisait une annonce.
- Chers invités, chers amis, ainsi que vous le savez, la menace millénaire des Démons dévoreurs de chair qui pesait sur nous, va peut-être enfin être levée grâce à mon Héritière ici présente (elle leva son verre de cristal et d'or vers Tara qui eut un sourire politique et modeste en saluant délicatement sa tante). Dans deux jours, nous allons volontairement invoquer la délégation des Démons qui viennent nous voir en paix et dont le nouveau roi, Archange, a demandé la main de Tara… L'Impératrice jeta un coup d'œil à sa nièce et sourit de nouveau. Sur cette partie, spécifiquement, mon Héritière, notre gouvernement et moi, n'avons pas encore répondu, car nous avons besoin de mieux connaître ces anciens ennemis et peut-être futurs alliés de notre monde… de nos mondes. Rectifia-t-elle aussitôt. Cependant, en dépit de la volonté de nos gouvernements de montrer notre ouverture, nous avons décidé de ne pas inviter ces nouveaux visiteurs sur notre monde. Elle laissa ses paroles en suspend. Gwen s'aperçut qu'elle retenait sa respiration. Finalement, l'impératrice conclut : nous allons donc les recevoir sur Tadix.
Les scoops cessèrent de filmer l'Impératrice d'Omois et l'image changea pour revenir au plateau blanc et neutre. Ils reprirent l'information et la commentèrent. Mais Gwenaëlle et ses amis se détournèrent de l'écran.
- Ils ne viennent pas sur Autremonde ?
- Non.
- Et vous partez dans deux jours ? Demanda Dylan au duc.
Celui-ci acquiesça.
- En effet, j'ai signé pour les accompagner. Nous partons dans deux jours… et j'aimerais que vous retourniez à Chaudy. Tous.
Gwenaëlle se leva, fronçant les sourcils.
- Mais pourquoi ? Tingapour ne sera même pas en danger puisque vous allez sur Tadix.
- Gwen, prit-il sa fille par les épaules, uns étrange lueur de peur dans le regard. Je n'aime pas ça du tout mais je vais les accompagner. L'Imperator va rester ici avec Leurs Altesses Impériales la princesse Mara'tylanhnem et Jar'tylanhnem Duncan. L'Impératrice et l'Héritière seront en danger s'il arrive quelque chose, j'ai bien peur que le monde soit fini…
- Pas très gaie comme vision des choses, marmonna Sulliyan.
Le duc ne prit même pas la peine de prêter attention à l'ami de sa fille.
- Gwenaëlle, si les Démons envahissent Autremonde, il faut que tu sois cachée et ta mère aussi. Parce qu'après les loups-garous, vous serez la dernière arme secrète d'Autremonde.
La jeune fille sentit des larmes lui monter dans les yeux.
- Mais papa…
Ledit père jeta un bref coup d'œil aux jeunes gens qui accompagnaient sa fille et qui observaient la scène avec étonnement et crainte.
- Viens.
Il l'entraîna dans son bureau. Une fois la porte refermée, il s'assit en soupirant.
- Ce que je vais te dire relève d'un secret d'Etat, que dis-je d'Etat ? D'Autremonde ! Des trois mille personnes qui accompagnent l'Impératrice sur Tadix, tout le monde le sait et a signé son accord mais peu de ceux qui restent sur Autremonde sont au courant.
- Je… je ne comprends rien à ce que tu me racontes !
- Gwen, Tadix est couverte de bombes. Si les Démons ne sont pas là pour faire la paix, la lune va exploser… et tout le monde avec puisque avant l'arrivée des Démons, les portes de transferts seront scellées.
- Mais… qui… qui donnera l'ordre de tout faire exploser ?
- L'Impératrice ou l'Héritière.
- Mais c'est terrible !
- Le risque est grand Gwenaëlle, tu comprends maintenant pourquoi il faut absolument que tu retournes auprès de ta mère ?
La jeune fille fronça les sourcils et réfléchit. Il la laissa dans ses pensées mais il fut surpris lorsqu'elle releva la tête, altière et posa son regard violet et dur sur lui.
- Non père, je n'ai pas été élevée pour prendre la fuite. Tu m'as demandé de venir ici pour prendre ta relève, pour assurer ta suite. C'est ce que je compte faire.
Un instant indécis, il sourit finalement à la jeune fille à qui il caressa tendrement la joue.
- Tu es bien la fille de ta mère. Soit, même si je ne suis pas d'accord avec ta décision, je la comprends et je la respecte. Avant de partir, je vais t'enseigner tout ce que je sais, sur la cour, les courtisans. Si je mourais sur Tadix, tu auras largement de quoi survivre financièrement mais tu pourras aussi te débrouiller seule.
Deux larmes coulèrent sur le visage pâle de la jeune fille.
Elle avait l'impression que son enfance l'avait quittée. Elle devenait une adulte.
Avant le départ de son père, la jeune fille s'excusa auprès de ses amis et elle ne les revit pas. Le palais impérial comme toute la ville de Tingapour raisonnait des bruits annonçant de départ imminent des troupes. Gwenaëlle ne quittait pas son père d'une semelle qui la faisait entrer partout. Elle assista à des réunions confidentielles avec le Haut Conseil d'Autremonde et les ministres d'Omois. Sans que personne s'en aperçoive, la jeune fille devint bientôt la solution de secours, l'arme secrète d'Autremonde, si les Démons venaient à briser leurs premiers plans de défenses. La jeune fille ne dormit pas les cinquante-deux heures qui suivirent, mais sa constitution d'Avatar lui permettait de ne pas trop ressentir les effets de la fatigue.
Elle ne put accompagner son père jusqu'à la salle de transfert car il y avait déjà beaucoup de monde. Elle l'aidait donc à revêtir son armure dans sa chambre, dans ses appartements au palais de Tingapour.
Le départ était dans vingt minutes.
La jeune fille effectuait ses gestes avec une douceur et une tristesse inégalables. Le duc, qui l'observait depuis le grand miroir, en avait parfaitement conscience mais il ne disait rien. Il s'était beaucoup attaché à sa fille et devoir la quitter à peine retrouvée lui déchirait le cœur. Mais la sécurité d'Autremonde passait avant sa vie.
- Ho papa ! Murmura-t-elle en se relevant.
Elle lui tendit son épée qu'il rengaina d'un ample mouvement dans son fourreau, accrochée à sa ceinture. Il caressa ensuite la joue de sa fille avec sa main gantée et sourit.
- Tout va bien se passer Gwenaëlle. Je suis tellement fier de toi.
Kasvitch, le loup familier de son père, vient lui lécher la main. Avec un petit sourire, la jeune fille lui caressa machinalement la tête, entre les deux oreilles, avant qu'il ne rattrape son lié qui passait la porte de ses appartements.
La jeune fille inspira profondément mais les larmes coulèrent sur son visage. Ce fut plus fort qu'elle.
Elle avait l'impression qu'elle voyait son père pour la dernière fois.
Et, malheureusement, elle avait raison.
