Je me suis trompée de chapitre… pas douée, voici la vraie suite !
Merci de me laisser vos impressions, surtout pour vos encouragements !
Bonne lecture
6.
Sulliyan ou quand la Mort frappe à ta porte, passe ton tour
Remettre de l'ordre au palais alors que l'Impératrice – très en colère – rentrait au même moment s'averra quelque peu complexe. Les jumelles, Sulliyan et Ulric, suivirent Maître Dragosh et sa fiancée, Selenba, jusqu'à l'infirmerie où ils déposèrent Gwenaëlle. Sulliyan posa aussi le corps de son frère mais comme ils l'avaient tous compris, celui-ci avait déjà rejoint Outremonde et le Chaman ne put rien faire. Ulric fut soigné ainsi que les jumelles mais ils ne s'en rendirent même pas compte. Ils étaient trop inquiets pour leur amie et dévastés par la disparition de Dylan. Ils discutèrent à voix basse de la bataille et de ce qu'ils avaient vécu et Sulliyan leur raconta ce qu'avait fait leur amie endormie avec les Démons. Ils se demandèrent si la mère de Gwen était dans le même état. Sulliyan contacta sa famille qui alla voir Lornélia qui fut en effet retrouvée inconsciente chez elle.
- C'est à cause de la venue des Démons ? Supputa Luciné en regardant leur amie, pâle comme la mort.
- Sans doute… ils ont dû bousculer l'ordre de l'univers pour s'incruster comme ils l'ont fait.
- Vous pensez qu'on peut l'aider ? Demanda Arsène.
- On n'a qu'à demander aux pierres Vivantes ?! Proposa Ulric.
On le regarda avec étonnement et il haussa les épaules.
- C'est une très bonne idée ! S'enthousiasma Luciné.
Puis tous se tournèrent vers Sulliyan qui mit quelques secondes à s'en apercevoir.
- Hey ! Pourquoi moi ?
- Parce qu'elles me font peur, frissonna Arsène.
- Et moi je n'ai pas de magie, il vaut mieux éviter… argumenta Ulric.
Et Luciné lui jeta un regard implorant.
- D'accord, d'accord, j'essaie… Pierres Vivantes ? Les appela-t-il.
Il sentit aussitôt leur puissance rôder autour de son esprit.
- Hey ! Se scandalisa l'une, nous avons des noms !
- Excusez-moi… s'empressa-t-il de dire.
- Ne les écoute pas, jeune voleur, que veux-tu ?
- Je voudrais vous demander de l'aide… qu'est-ce qui arrive à Gwenaëlle et à sa mère ?
Il sentit qu'elles hésitaient. Elles durent certainement communiquer entre elles sans qu'il ne le perçoive. Finalement, Lâ continua :
- Les Avatars sont des êtres aussi puissants que sensibles. Ils sont intimement reliés à la nature, bien plus que n'importe quelles espèces vivantes.
- C'est pour ça qu'elle est… comme ça ?
- Oui, le transfert l'a épuisée, comme sa mère. Les autres Avatars sont moins puissants qu'elles deux mais l'ont beaucoup moins supporté.
- Mais… il y en a beaucoup ?
- La majorité s'exile dès que possible sur Terre… Les Avatars peuvent vivre aussi longtemps que les vampyrs voire que les dragons. Cependant, la nature peut les tuer aussi. Là, les Démons viennent de tuer neuf des douze Avatars encore vivants sur Autremonde, sans compter Gwenaëlle et Lornélia.
- C'est peu.
- Les moins doués des avatars et un bébé viennent de mourir. Ils étaient trop faibles pour supporter la puissance de la douleur de la Nature.
- On ne peut rien faire ? Pour les aider ?
- Non, pour le moment, laissez-la dormir, nous veillons sur elle. Il faut qu'elle reprenne des forces.
- Je vous remercie.
- Mais de rien gentil voleur.
Il rouvrit les yeux et vit que ses amis le regardaient avec curiosité. Il leur raconta tout ce que Lâ venait de lui dire. Lorsqu'il se tut, on se tourna vers Gwenaëlle, qui était toujours immobile et pâle sur les draps blancs.
- ça me fait bizarre de ne pas la voir bouger, s'émut Arsène.
- C'est vrai.
Ils laissèrent passer quelques minutes avant de parler à nouveau.
- Nous ne devons jamais la laisser seule, décida Ulric en se levant. Tous le regardèrent et il poursuivit son raisonnement. Oui, nous devons coordonner nos emplois du temps et nous relayer à son chevet jour et nuit ! Il ne faut pas qu'elle se réveille et qu'il n'y ait personne.
Les autres acquiescèrent et l'on se sépara. Le palais était à reconstruire et une guerre se préparait.
La jeune Avatar ouvrit les yeux huit jours plus tard. Entre temps, le palais était de nouveau complètement réparé, l'Impératrice s'était calmée et il n'y avait aucun mouvement de la part des Démons. Elle ouvrit les yeux avec l'aurore. Ulric était à ses côtés, même s'il était profondément endormi. La jeune fille s'assit sur le lit et grimaça. Elle avait mal à la tête. Machinalement, elle tendit son esprit, à la recherche des pierres vivantes. Elles n'étaient pas là.
Bah mince alors !
Ulric s'éveilla à cet instant et il ne percuta pas tout de suite qu'elle était assise dans son lit, les yeux grands ouverts et qu'elle le regardait, calmement. Puis son cerveau embrumé par le sommeil analysa et il se redressa vivement.
- Gwen ! Hurla-t-il presque, faisant sursauter la jeune fille qui ne s'attendait pas à une telle véhémence de son ami.
Le Chaman arriva à cet instant pour le faire taire, il y avait d'autres patients qui se reposaient ! Mais il referma sa bouche aussi sec lorsqu'il vit sa petite patiente assise dans son lit, dans les bras de son ami qui la serrait à l'en broyer.
- Bien, je vois que vous êtes réveillée madame la duchesse…
La jeune fille fronça les sourcils. Pourquoi l'appelait-il ainsi ?
Elle n'eut pas le temps de s'étonner plus avant, le Chaman poussa Ulric et ausculta minutieusement la jeune fille. Finalement il lui sourit.
- Je vous recommande un bon repas pour finir de vous fortifier mais vous êtes guérie, vous pouvez partir.
- Maintenant ?
- Oui.
La jeune fille lui offrit un large sourire.
- Ha ! Merci !
D'un bond, elle se leva et fit la grimace. Bah où étaient passés ses vêtements ? Elle soupira en comprenant qu'elle allait devoir traverser une bonne partie du palais dans cette blouse de l'infirmerie pour trouver ses appartements et donc des vêtements décents. Ulric ne chercha pas à cacher son amusement. Il était tellement content de retrouver son amie ! Il envoya d'ailleurs un PMM aux autres pour les prévenir, qu'ils les rejoignent directement dans la suite de Gwenaëlle. Ils croisèrent heureusement peu de monde car il était encore très tôt. Ulric avait des difficultés à suivre son amie qui déambulait avec grâce, souplesse et rapidité dans le palais, voulant atteindre son objectif le plus rapidement possible. Une fois devant sa porte, celle-ci s'ouvrit en lui souhaitant la bienvenue. Son sourire s'effaça lorsqu'elle vit que sa suite portait le deuil. Elle était noire. Inquiète, elle se tourna vers Ulric qui comprit et s'agita, mal à l'aise.
- Ton père est mort sur Tadix. La planète a explosé mais se sont les combats qui l'ont mené à la mort. Je suis désolé Gwenaëlle.
La jeune fille eut un hoquet d'horreur et ses jambes ne la tinrent plus. Un siège se précipita pour l'accueillir et machinalement, la jeune fille le gratifia d'une douce caresse sur le repose coude pour l'en remercier. Elle sentit la seconde suivante la présence des quatre Pierres Vivantes et cela la rassura. Celles-ci la réconfortèrent et l'aidèrent à porter son chagrin.
- Et ce n'est pas tout…
A cet instant, la porte annonçait des visiteurs. Il s'agissait des jumelles et de Sulliyan. Quand elle ne vit pas Dylan entrer, Gwenaëlle sentit son cœur cesser de battre quelques folles secondes.
- Non… murmura-t-elle.
Non, ce n'était pas possible, pas Dylan ! Elle ne pouvait pas le penser, ce ne pouvait pas être possible… il était le plus brillant et le plus fort des sortceliers du groupe ! Pourtant, à l'air désemparé de Sulliyan, elle sut que l'improbable était arrivé.
Dylan était mort.
TD
Il n'y avait pas de corps, évidemment.
L'implosion de la lune Tadix avait entraîné cet état de fait. L'Impératrice avait donc ordonné une cérémonie commune, pour commémorer toutes les pertes.
Sur les trois mille qui avaient signé, moins d'un quart avaient survécu. Heureusement, l'Impératrice, son Héritière et le fiancé de la reine des Dragons, maître Chemnashaovirodaintrachivu, faisaient parti des survivants.
Mais pas son père.
Elle apprit plus tard qu'il avait contribué à sauver une centaine de personnes. Il s'était sciemment sacrifié pour les sauver. Cela ne l'aida pas à faire son deuil mais cela l'apaisa un moment. Son père était mort comme il avait vécu : en voulant faire ce qu'il pensait être le mieux. Il y avait sept cent vingt-trois survivants.
Seulement.
Et avec affliction, Gwenaëlle se fit la réflexion que ce n'était qu'un début. Parce que maintenant, la guerre était inévitable.
La jeune fille rencontra l'Impératrice la veille de la cérémonie de commémoration. Dame Auxia avait évidemment fait un rapport à sa cousine sur cet étrange groupe qui avait grandement participé à l'arrêt de l'invasion. Surtout de l'étonnante fille du duc.
Pendant qu'elle était dans ce que le chaman appelait le coma, le palais avait retrouvé sa splendeur et les morts de l'invasion avaient été dissouts. L'Impératrice avait donné la primeur aux morts de son palais non seulement parce qu'on devait se débarrasser d'abord des cadavres avant de s'occuper de la mémoires des autres mais aussi parce que la commémoration – même si elle devait avoir lieu à Tingapour – touchait toutes les nations d'Autremonde, tout le monde ayant perdu au moins un de ses membres.
Le lendemain de sa sortie de l'infirmerie, elle quitta ses appartements pour se rendre dans la salle du trône où on lui avait dit qu'elle avait une audience. Ses amis l'accompagnèrent évidemment. On murmura beaucoup sur son passage. Sans doute ne pensaient-ils pas qu'elle pouvait les entendre mais elle s'aperçut avec stupéfaction que tout le monde parlait d'elle. L'étiquette était rude à Omois, surtout dans le palais. Cependant, depuis quelques mois qu'elle était au palais maintenant, la jeune fille avait eu le temps de se familiariser avec le protocole. Etant maintenant duchesse, la jeune fille entra la première dans la salle du trône lorsqu'ils furent annoncés. Marchant sur le tapis rouge, elle s'inclina les trois fois que le prescrivait la bienséance avant de se retrouver devant souverains et le reste des Héritiers. Aucun d'entre eux n'avait jamais posé un regard sur elle. Elle se plongea dans une profonde révérence. Ses amis étaient placés de part et d'autre d'elle, s'inclinant aussi.
Gwenaëlle portait évidemment le deuil. De son père et de son ami. Sa robe en soie était aussi noire que ses cheveux longue et évasée à partir des hanches, la jeune fille portait des talons, affinant sa silhouette. Elle avait laissé ses longs cheveux bouclés tomber en cascade dans son dos. Sur son front ceignait un diadème d'or blanc et de diamant. Son maquillage était assorti à son humeur triste et ses magnifiques yeux violets ressortaient davantage sur sa peau trop blanche et le noir qui soulignait ses prunelles.
Elle ressemblait à un ange de la mort.
- Relevez-vous, ordonna calmement l'Impératrice.
Assise sur son trône, elle ne portait pas le deuil, elle ne le porterait que le lendemain pour la cérémonie de commémoration. Elle avait revêtu pour cette occasion une robe argentée et rose pastelle qui s'accordait parfaitement avec ses cheveux qu'elle avait teint magiquement pour l'occasion et qui étaient retenus par une magnifique couronne. Debout, derrière elle, se tenait son fiancé, le baron Various. Il portait son habituel tenue d'apparat de guerrier. Le regard de la jeune fille se posa alors sur l'Imperator. Il était certes impressionnant mais guère autant que sa demi-sœur. Et elle l'avait déjà vu, plusieurs fois, avant le départ pour Tadix, lors de réunions martiales avec son père. A côté de lui étaient assis Jar et Mara, qui portaient des tenues d'apparat aussi mais à l'emblème d'Omois. L'Héritière Tara, se tenait aussi sur un trône – mais plus modeste que celui de sa tante et de son oncle – à la droite de l'Impératrice.
En bas des trônes se tenaient les amis de l'Héritière, le « magicgang » comme on les surnommait ainsi que Dame Duncan, les Hauts Mages d'Omois et les membres du gouvernement. La jeune fille perçut du coin de l'œil Mara se redresser sur son siège lorsqu'elle aperçut Sulliyan. Sans doute s'était-elle aperçue qu'elle le connaissait.
- Duchesse Chalousavéris, la salua l'Impératrice, je fais enfin votre connaissance.
N'ayant rien à répondre, la jeune fille inclina élégamment la tête. Celle-ci ne souriait pas. Elle avait compris que la jeune fille n'était pas encore remise de la mort de son père.
- Nous avons perdu un grand guerrier en la personne de votre père. Je vous présente mes plus sincères condoléances.
- Je remercie Votre Majesté Impériale.
- Si je vous ai demandé de venir aujourd'hui est que l'on m'a rapporté que c'est essentiellement grâce à vous que mon palais tient encore debout. Je vous en remercie.
- Nous n'avons fait que notre devoir, répondit Gwenaëlle – porte parole du groupe.
- L'on m'a dit aussi qu'un de vos amis était mort lors de l'attaque, il était au service de ma cousine, la Haute Mage Dame Auxia.
Sulliyan prit la parole cette fois, après s'être incliné bien bas, l'émotion faisant trembler sa voix.
- Oui Votre Majesté Impériale. Dylan Néque, il était mon frère aîné.
Il y eut des soupirs de tristesse dans la salle. L'Impératrice elle-même sembla émue.
- Je vous présente de nouveau mes plus sincères condoléances. A vous et à votre famille. Puis elle releva la tête et observa l'assistance. Que cela marque le début de la guerre ! Dit-elle. Pouvons-nous laisser ces Démons nous prendre ce qui nous est de plus cher ? Ils nous ont dupés avec leurs belles paroles et leur apparence parfaite mais nous ne les laisserons pas faire ! Qu'est-ce que le physique peuple d'Omois ? Ils ne sont rien et, ensemble, nous les renverrons de là où ils viennent, et pour toujours !
Des applaudissements saluèrent l'exclamation de l'Impératrice. Comprenant que l'audience était terminée, le petit groupe s'inclina et quitta le centre de la pièce pour se fondre parmi les courtisans enflammés.
Cal se pencha à l'oreille de son ami. Il n'avait pas quitté des yeux la petite troupe.
- Tu sais à qui ils me font penser ?
- Non ? S'étonna Robin en fronçant les sourcils.
Son ami lui répondit avec un sourire resplendissant d'espièglerie.
- A nous !
TD
Demiderus avait observé la scène en silence, de loin. Il était très sensible à toutes les formes de magie et il y avait quelque chose chez la petite duchesse qui le titillait. Elle avait une aura de puissance incroyable, peut-être même égale à sa descendante… mais différente. Lorsque l'audience fut terminée et que tout le monde se dispersa dans le palais, il suivit discrètement la petite troupe. Cependant, arrivé dans un des nombreux jardins du palais, il se figea. Mais… où étaient-ils passés ? A cet instant, il entendit la voix de la jeune fille et il tressaillit.
- Vous cherchez quelqu'un Très Haut Mage Demiderus ?
Il se retourna vivement pour se retrouver en face de Gwenaëlle. C'était bien la première fois depuis… bah la première fois tout court en fait que quelqu'un parvenait à le surprendre.
- Euh… he bien non. Je vous remercie. Dame… ?
- Damoiselle Gwenaëlle, que je sois duchesse ne change pas mon statut de jeune fille.
- Evidemment… bien… je vais vous laisser, j'ai des choses à préparer… pour la guerre, tout ça.
La jeune fille, toujours les bras croisés, haussa un sourcil perplexe. Elle le laissa passer à côté d'elle sans bouger et elle attendit de ne plus l'entendre ni le sentir avant de reprendre sa route pour retrouver ses amis.
Elle soupira. Si un Très Haut Mage commençait à se méfier d'elle, elle n'était pas sortie de l'auberge !
