On arrive pratiquement à la moitié de l'histoire (enfin… je crois –')

Bonne lecture


17.

Les Xranks ou comment un éternuement peut pourrir une mission

Les rues de Tingapour étaient étrangement calmes, même au milieu de la nuit. Alors qu'elle retournait au palais aussi silencieuse qu'une ombre, même avec tout son attirail elle ne faisait aucun bruit puisque les objets faisaient attention, Gwenaëlle se fit la réflexion qu'elle était tout de même dans un beau pétrin. C'était Galant qui la ramenait en volant au Palais. Moins de personne savait qu'elle partait, moins il y avait de chance que des fuites surviennent. Et si tous les alliés savaient que l'idée d'envoyer un espion avait été proposée, ils ne savaient ni quand, ni où et encore moins comment.

Seuls six personnes sur Autremonde savaient.

Gwenaëlle, évidemment c'était elle qui partait. Sa mère, à qui elle avait voulu dire au revoir. L'impératrice d'Omois, son Héritière, Mourmur et Magister.

Et tous avaient eu un rôle important à jouer dans la mission.

Gwenaëlle retrouva l'Impératrice, Magister, Mourmur et Tara… dans la plus grande des salles d'entraînement du palais. Pourquoi ? Elle n'en n'avait aucune idée, c'était la volonté de Mourmur qui s'était occupé des détails de son départ et de son retour sur la planète des Démons. Pour le retour, avait-il dit, c'était simple. Il avait placé un dispositif dans le Palais (avec l'autorisation de l'Impératrice bien évidemment) et où que soit la jeune fille, même si la distance devait être d'au moins deux années lumières, elle aurait un autre gadget avec elle qui lui permettrait de rentrer. Mais pour aller dans un endroit où elle n'était jamais allée – le SPARIDAM ne pouvait plus fonctionné car ils n'étaient plus dans la même galaxie… enfin en théorie (de toute façon puiser de l'énergie démoniaque aurait attiré l'attention d'Archange) – c'était complètement différent… il n'y avait qu'une solution : traverser l'espace dans un vaisseau.

Sauf que si elle se faisait repérer c'était fichu. Alors avec l'aide de Magister et de Mage-Ingenieurs, ils avaient calculé la distance exacte entre Tingapour et la planète des Démons où la jeune fille devait aller. Il avait construit ensuite une sorte de super boule à propulsion mi-magique mi-technologique, qui avait une capacité d'occultation totale et qui s'autodétruisait après la première utilisation, deux minutes après s'être posée. Il y avait juste la place pour que la jeune fille entre dedans. Et elle grimaça lorsqu'elle vit l'engin. Elle était légèrement claustrophobe.

En entrant dans la salle de gymnase, ils se tournèrent tous les quatre dans sa direction et les conversations à voix basses se turent. Magister fut le premier à réagir.

- Parfaite, vous êtes d'une perfection douloureuse, exactement ce qu'il faut.

Lèvres noires comme ses vêtements, peau encore plus blanche et parfaitement lisse, des yeux violets qui paraissaient plus grands avec le far à paupière noir et le crayon noir, les sourcils parfaitement dessinés, des ongles noirs ni trop longs ni trop courts… Tara frissonna. Avec son manteau ouvert et tout son attirail, elle était terrifiante. Terrifiante de beauté aussi. Si les Démons étaient parfaits artificiellement, Gwenaëlle était une perfection naturelle. Les deux étaient un modèle de l'Humanité mais, si on regardait de plus près, les Démons n'étaient pas aussi beaux que Gwenaëlle. Parce qu'ils étaient faux. Dénaturés.

Tara ne le comprit que maintenant que l'Avatar démonisée était en face d'elle.

- Vous êtes… l'accueillit l'Impératrice un peu perplexe. Parfaite pour votre mission.

La jeune fille baissa les yeux et eut un pâle sourire.

- Bien bien bien, s'agita Mourmur en lui tendant plusieurs gadget et autres trucs bizarres. Il faut maintenant vous dépêcher, je l'ai programmée pour qu'elle parte dans trois minutes.

- Hein ? Déjà ? Souffla Tara.

Sous le regard perplexe de la duchesse, Tara lui fit signe de ranger ce que Mourmur lui avait donné. Elle savait par expérience que ça pouvait sauver la vie… la sienne en général. Rapidement, tournant tout autour d'elle, il lui réexpliqua ce qu'elle devait faire et ne pas faire, comment rentrer et comment les contacter avec une des machines qu'elle avait mises dans la changeline… parce que si elle utilisait une Pierre Vivante ou une autre forme de magie autre que démoniaque, ils le sentiraient et elle serait immédiatement repérée.

Sa mission était simple : détruire les chantiers spatiaux (à défaut au moins ralentir leur construction), trouver l'ancien roi des démons, le tuer si possible, trouver Archange, l'isoler pour qu'il parler avec Tara et Lisbeth, le tuer au besoin… ho, et l'Impératrice lui demanda de récupérer le Juge. Maintenant que les Démons avaient brisé le Pacte, elle voulait le récupérer… histoire qu'ils s'embrouillent entre eux plutôt qu'avec les Autremondiens.

Elle avait un mois.

Passé ce délai sans nouvelle, ils estimeraient qu'elle était morte et attaqueraient les mondes démoniaques.

Bon, même si cette partie du plan n'était pas encore tout a fait au point. Tara serra fort son amie avant qu'elle n'entre dans la boîte.

Avec sa magie, la jeune fille rendit le toit du palais perméable pour que la boule intergalactique de Mourmur traverse tout sans éveiller tout le palais ni même toute la ville. Pour rester discret, c'était mieux quand même.

Grâce à une propulsion magique, la boule l'envola rapidement et prit encore plus rapidement de la vitesse. La jeune fille n'arriverait toutefois qu'au bout de quatre heures à destination. Lorsqu'ils ne purent plus la voir, Tara rendit sa densité normale au toit du palais puis se tourna vers Magister :

- Vous la surveillerez hein ?

Le Maître des Sangraves fut étrangement attendri par l'air désolé de Tara.

- Je vais faire ce que je peux.

Personne ne lui avait demandé comment il espionnait les Démons. D'abord, il n'aurait pas répondu mais en plus, Lisbeth songea préférable de ne pas savoir.

- Avez-vous encore besoin de moi ? Demande Mourmur.

- Non, pourquoi ?

- Parce que je préfèrerais surveiller la progression de la sphère depuis mon laboratoire.

Laboratoire que l'Impératrice s'était faite un plaisir de financer pour le garder à Omois. Le Lancovit n'avait pas beaucoup apprécié d'ailleurs, mais bon… au moins l'inventeur n'était pas resté sur Terre comme il le voulait au début.

Tara suivit Mourmur avec Magister dans le laboratoire du l'inventeur pour assister au moins à l'arrivée de l'Avatar. L'Impératrice préféra se coucher, elle était épuisée et devait se lever tôt le lendemain pour voir la reine des Elfes. Elle savait de toute façon que Tara lui ferait un rapport détaillé.

TD

Il y avait des compensateurs inertiels dans la sphère où elle était si inconfortablement installée. Mais au moins, si elle entendait la vitesse, elle ne la ressentait pas. Le trajet sembla durer une éternité. La jeune avatar discuta donc avec les Pierres Vivantes (Uk avait cédé sa place à See, la plus âgée et la plus puissante des Pierres Vivantes avant que sa mère ne reparte pour Chaudy avec les autres Avatars) et les objets démoniaques. Avec Mourmur, ils avaient fait beaucoup de test, les plus poussés possibles en utilisant de la magie démoniaque mais sans user des âmes. Ils avaient essayé de combiner les deux magies, celle des Pierres et des Objets, jusqu'à trouver le point de rupture où les détecteurs ne sentaient pas assez la magie « normale » par rapport à la magie des objets. Cette limite était heureusement proche du milieu. Il fallait exactement au maximum 47,92% de magie des Pierres. Au dessus, les objets ne pouvaient pas prendre le pas sur l'origine de la magie et les détecteurs s'emballaient.

Oui, ils avaient essayé de vraiment tout prévoir. Quelques minutes avant son arrivée, alors qu'elle sentait que la sphère ralentissait, elle demanda à la changeline de la nettoyer un peu et de refaire son maquillage. Qui ne trouva rien de mieux que de râler.

Tara avait prêté sa carte magique à Gwenaëlle et l'avait activée avant de partir. Elle resterait éveillée tout le temps de la mission puisque Gwenaëlle ne pouvait pas incanter pour l'ouvrir et que de toute façon ça aurait été une mauvaise idée avec des Démons autour. On avait mis tous les plans donnés par Magister dans la carte qui avait été satisfaite d'avoir de nouvelles connaissances même si elle était agacée de comprendre qu'il y avait encore de nombreuses zones d'ombres. Bien cachée avec les Pierres dans la Changeline, la carte avait pour mission de répertorier tous les endroits par lesquels ils passeraient et aussi de scanner les alentours pour ne pas se faire surprendre. Haaaa, avait-elle dit, enfin un défi à la hauteur de son talent !

Il y avait un compte à rebours dans la sphère, si bien qu'elle savait exactement combien de temps il lui restait. Lors des dix dernières secondes, elle ne put retenir une grimace et – chose totalement inutiles – ferma les yeux, s'attendant au choc.

Elle ne fut pas déçue ! Certes, Mourmur avait dû renoncer à la magie pour adoucir l'atterrissage mais tout de même ! Elle sentit l'agacement des objets et l'expression outrée des Pierres. Elle-même se cogna la tête malgré ses ceintures de sécurité et se frotta la tête, faisait ronchonner la changeline qui attendit qu'elle soit sortie pour perfectionner sa coiffure. Quelques secondes après qu'elle se soit complètement immobilisée, Gwenaëlle rouvrit les yeux au moment où la capsule s'ouvrit.

Ouiiiiii, elle aurait presque hurlé de joie et elle sauta littéralement hors de cet engin de torture. Mais comme elle était restée de longues heures sans pouvoir bouger, elle avait les jambes engourdies. Elle tomba à genou sur l'herbe… rouge. Rouge ? La jeune fille releva la tête et fit la grimace. Mais qu'est-ce que c'était que ce paysage ? On aurait dit qu'un enfant terrien avait colorié un monde à sa façon et refait les dimensions aussi. C'était… perturbant. La faune et la flore ressemblaient davantage à celle de la Terre mais les couleurs étaient plus exubérantes, comme sur Autremonde. Puis elle se souvint que la capsule devait s'autodétruire et elle se tourna pour la voir. Sauf qu'elle était toujours occultée. Sans perdre une seconde, elle courut. Loin. Entre ce que lui avait dit Tara sur l'inventeur et ce qu'elle avait expérimenté elle-même, c'était le plus prudent.

Et elle fit bien car elle fut tout de même soufflée sur plusieurs batrolls à cause de la déflagration. Aïe… pas très discret. Mais au moins, il ne restait aucune trace. Puis elle entendit des bruits. Certainement une foule de Démons qui avaient été attirée par l'explosion. Bien, inspira-t-elle profondément, il était temps qu'elle entre dans son personnage. Elle vérifia que les armes étaient toutes présentes, ajusta son masque et le cercle d'argent qui ornait sa tête puis tourna le dos au cratère qu'elle venait de créer. Elle croiserait certainement des Démons mais elle devait continuer de marcher droit, normalement. Comme si ce qu'elle venait de faire était dans la logique des choses. Si les Démons la pensaient être une Tueuse, ils ne l'arrêteraient pas. Ils la laisseraient même passer.

D'après Magister, les Tueurs étaient aussi rares que redoutés. Ils avaient été créés, un peu comme le Juge, pour ne ressentir aucune émotion. Ou presque. Seul le pragmatisme importait et l'accomplissement des missions. Les premiers Démons qu'elle croisa s'écartèrent précipitamment de son chemin. Heureusement, ils avaient l'apparence d'Humains, parfaits certes mais d'Humains tout de même. La jeune fille parvint à rester impassible et à continuer de regarder droit devant elle sans se soucier des Démons qui écarquillaient les yeux sur son passage. Cependant, comme l'avait prédit Magister, personne ne l'intercepta ou ne lui adressa la moindre parole.

Elle s'était planquée dans un arbre. Pour le moment, tout se passait bien. Elle avait visité un village démoniaque et tout le monde l'avait évitée, ce qui l'arrangeait beaucoup. Heureusement, ses pouvoirs d'Avatar fonctionnaient aussi sur cette planète et sur les Démons. Evidemment, il faudrait qu'elle évite de les toucher sous peine de les brûler vifs donc de se faire prendre mais elle était capable d'entendre ce qu'ils pensaient lorsqu'elle se concentrait. Mais elle savait qu'elle devait éviter de le faire… simplement parce qu'elle craignait qu'il ne la repère.

Ce qui était aussi une mauvaise idée. Installée sur une grosse branche en haut d'un arbre rose (ce qui la perturba beaucoup) la jeune fille lui ordonna de l'aider à ne pas tomber et des branches et des feuillages l'encerclèrent, surprenants les objets qui eurent un hoquet de panique avant qu'elle ne les rassure.

Cependant, cette nature était malsaine. Elle le sentait. Et même ses habitants en souffraient. Ils le lui dirent. Ils lui crièrent leur douleur. Mais que pouvait-elle faire ? Elle tenta d'apaiser ceux qui l'entouraient et elle discuta longtemps avec eux et les objets. Ceux-ci comprenaient un peu la Nature. Ils avaient souffert d'une manière analogue. Et elle, que pouvait-elle y faire ? Elle s'excusa mais elle ne pouvait rien faire, mis à part les détruire… pour qu'ils puissent se reconstruire peut-être mais ce n'était p as certain.

La Nature préférait disparaître de toute façon. Et c'est au cours de la première nuit – où elle ne dormit pas – qu'elle réalisa l'improbable.

La Nature décida de l'aider. La planète entière, brisée, malmenée, depuis des millénaires, décida que cette jeune étrangère représentait son seul espoir d'échapper à cet enfer. Mais ce que Gwenaëlle ne pouvait savoir c'est que la Nature de la planète se débrouilla pour étendre son influence. Elle profita des vaisseaux spatiaux qui circulaient entre les différentes planètes démoniaques pour s'infiltrer au moyen d'un spore ou autre pour étendre la nouvelle aux autres planètes.

Il ne fallut pas une semaine pour que les six planètes démoniaques soutiennent Gwenaëlle. Ils l'attendirent même avec impatience.

Gwen, au petit matin, ouvrit la carte et lui demanda si elle savait où était le Palais. Elle répondit que oui et la jeune fille se mit en route. Elle en avait pour plusieurs jours de marche.

Chaque fois qu'elle voyait un village démoniaque, elle s'y arrêtait. Heureusement, sur cette planète là se trouvait uniquement les Démons Humains. En même temps, cela l'attendri car ils étaient tous très jeunes et les plus âgés atteignaient à peine vingt ans. Mais les objets et les Pierres la ramenèrent rapidement à la réalité en lui montrant les souffrances qu'ils avaient sciemment infligées à tout un peuple, à tout un monde, à tout un univers même pour obtenir cette apparente perfection.

La première fois qu'elle entra dans un village, elle ne sut comment agir. Les gens ne la fuyaient pas mais on sentait qu'ils n'étaient pas à l'aise en sa présence. L'Avatar savait toutefois qu'elle agissait comme il le fallait parce que personne ne lui jeta de regard curieux. Elle dut toutefois chercher dans plusieurs esprits pour savoir ce qu'elle devait faire. Les Démons n'avaient pas l'air de savoir eux-mêmes comment et pourquoi elle devait agir. En plus, elle ne captait souvent que leur angoisse d'être la prochaine cible de la Tueuse.

Elle se fit d'ailleurs la réflexion que si on a vraiment rien à se reprocher, on n'a pas autant peur qu'eux. Qu'on s'inquiète de la voir roder dans les parages d'accord, mais de là à imaginer être la prochaine proie… Bah, c'était des Démons de toute façon, elle ne pouvait vraiment les comprendre. Elle eut un début de piste trois jours après son arrivée. Dans une ville qui ressemblait à une tour médiévale, elle entendit dans son esprit une démone qui pensait à la Tueuse qu'elle avait prise pour tuer son fiancé. Gwen vit dans son esprit que les Tueuses étaient recherchées dans les tavernes, tout simplement. Et elle qui n'avait pas encore osé dormir en ville alla découvrir les tavernes démoniaques.

Etrangement, c'était exactement comme elle se l'était figurée. L'espace relativement vaste avec des Démons pervertis et patibulaires tout en étant parfaits, des danseuses à moitié nues… Gwenaëlle, qui adorait les films terriens, songea que le lieu ressemblait étrangement à un Saloon du farwest. Mais lorsqu'elle entra, tout le monde se tut et les regards convergèrent unanimement vers elle. Elle parcourut d'un regard froid l'assistance, même si son cœur avait cessé de battre, puis elle traversa la salle pour aller au bar. La musique reprit ainsi que les conversation et l'on se détourna d'elle.

- J'vous sers quoi ?

Elle avait appuyé un coude sur le bar et elle tourna laconiquement ses prunelles violettes vers le barman qui comprit le message : « qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ? » et il s'éloigna.

- Tenez, lui donna-t-il quelques instants après, c'est une nouvelle boisson qui nous arrive d'Autremonde. Les Humains sont des êtres étranges mais entre nous, ils savent ce que c'est de vivre !

Gwenaëlle haussa un sourcil puis prit la boisson. Elle demanda aux objets et aux Pierres si elle pouvait boire sans crainte. Zut, comment elle allait payer ? Puis elle vit dans l'esprit du barman qu'il n'avait pas le droit de lui facturer ses consommations du moment qu'elle n'abusait pas.

Cool d'être une Tueuse chez les Démons !

Elle finit par s'asseoir et se plongea dans ses pensées à discuter avec les âmes qu'elles portaient. Elle ne put s'en apercevoir mais elle avait cessé de bouger. Ce qui n'était pas du tout une caractéristique Humaine, mais démoniaque transformée génétiquement si. Alors que la taverne commençait à se vider, une serveuse lui donna une petite pierre noire.

- Votre chambre est au troisième.

Gwenaëlle posa son regard sur la blonde qui lui faisait face et prit la pierre sans un mot. C'était cool, de ne pas avoir à demander mais qu'on vous l'apporte quand même. La grande classe !

Elle monta quelques minutes après, sous le regard des derniers clients.

A peine fut-elle dans sa chambre, d'un luxe Humain totalement indécent à son avis, qu'on frappa à sa porte. Surprise, elle soupira, remit le masque et ouvrit la porte. Un démon… en costume gris et cravate lui faisait face.

- Bonsoir. Puis-je entrer ?

La jeune fille lui céda la place puis referma la porte. L'inconnu s'assit sur la chaise en face du grand lit et attendit que Gwenaëlle prenne place en face de lui. La jeune fille plissa le nez face à l'odeur étrange que son hôte, à son parfum pour être plus précise. Et sous le regard perplexe du Démon en costume… elle éternua.

Faisant sursauter les objets et figeant le démon.

- A mes souhaits, se marmonna Gwenaëlle.

- Je vous demande pardon ?

- Rien. Que puis-je pour vous ?

- Que venez-vous de faire ? Lui demanda-t-il avec suspicion.

Les objets crièrent alors à son oreille que les Démons ne savaient ni bailler ni éternuer. Ils n'avaient aucune réaction organique de ce genre (même le rot et le pet leur étaient étranger, bizarre hein ?). Et elle blêmit. Fouillant rapidement dans la tête de l'individu qui fronçait les sourcils, elle trouva une explication plausible qu'il serait susceptible de croire.

- De quoi parlez-vous ? Répondit-elle froidement.

- Vous le savez très bien.

Mais elle demeura parfaitement stoïque et ne détourna pas le regard.

- Le bruit que vous avez fait tout à l'heure après vous être assise ! S'agaça-t-il.

- Calmez-vous, ordonna-t-elle d'une voix glaciale. Ce n'est rien, un petit test de mon cru.

Il plissa les yeux, comme suspicieux, puis pinça les lèvres d'agacement.

- Savez-vous au moins qui je suis ?

Elle avait eu cette information il y a un moment. Elle s'adossa au dos de la chaise – totalement inanimé et en bois tout ce qu'il y avait de plus normal.

- Je ne serais plus en vie si je ne savais pas qui je recevais.

- Je ne comprends pas.

- Aucune importance. Qui ? Combien ? Des circonstances particulières ?

Elle avait vu aussi dans sa tête qu'il avait déjà eu affaire à des Tueuses avant. Elle avait puisé dans ses souvenirs pour ne pas commettre d'impair. Cependant, elle ne devait plus retourner dans son esprit, parce qu'il sentait sa présence. Tout du moins sentait-il que quelque chose se passait.

Elle savait aussi qu'elle avait devant elle un des Démons les plus puissants de la faction O. La plus dangereuse selon Tara.

- Dites-vous que vous n'êtes pas mon premier choix… j'aurais préféré une Tueuse avec plus de notoriété mais malheureusement, je n'en ai pas trouvé…

- Les Tueuses qui laissent traîner une réputation derrière elles ne font pas bien leur travail… car nous devons être invisibles.

Il eut un sourire caustique et expira :

- Azraël, un Démon de la suite du roi (seul le roi des Démons ne pouvait être assassiné par des tueuses... et on sentait que son interlocuteur trouvait ça dommage). Pour le prix, il sortit une espèce de boîte carrée noire polie, un peu comme celle qui lui servait de clef pour sa chambre. Elle n'osa pas froncer les sourcils. Elle s'était demandée toute la soirée comment les clients payaient les Tueuses puisque tout semblait leur être offert. Lorsque le carré aux fines rainures argentées se retrouva devant elle, la jeune fille comprit : les âmes démoniaques.

Le moyen de payement était simplement de la magie. Elle frissonna malgré elle et… reçut une gifle mentale de la part de l'Armure qui voulait qu'elle se ressaisisse.

- Cinq mille ? Dit-elle d'une voix neutre mais avec une pointe de surprise.

- Je veux vraiment qu'il meure… pour vous montrer ma volonté.

Cinq mille âmes représentaient, par comparaison, la moitié de la puissance de la Boule que portait la jeune fille (même si c'était un des objets démoniaques les moins puissants des seize.).

Gwenaëlle ne voulait plus aller dans sa tête mais le Démon criait tellement fort sa volonté d'affaiblir le pouvoir en place qu'elle ne put que le percevoir… autant jouer là dessus. Elle eut un sourire cynique qui interpella plus le Démon que ce qu'il voulait bien admettre.

- Huit mille, dit-elle d'une voix mielleuse, et je le tue en présence du roi.

Le Démon leva un regard surpris sur la Tueuse avant de sourire. Son œil étincela de malveillance.

- Je vous apporte les trois mille autres demain matin.

- Faites-les déposer en bas. Je reprends la route tôt.

- Très bien. Non, ne vous levez pas, lui dit-il alors qu'elle allait suivre son mouvement. Il rattacha le bouton de sa veste et la salua. Que votre haine décime des peuples !

- Et que vos ennemis succombent, répondit-elle machinalement sans trop savoir pourquoi.

Puis elle comprit, et sourit, merci les âmes !

Bon, maintenant elle avait trois missions : savoir quoi faire de ces huit mille âmes (certes moins haineuses et torturées que celles de objets mais tout de même bien brisées), accomplir sa mission (sinon elle sentait que c'était trop facile, les clients devaient avoir une garantie contre leur paiements, elle ne pouvait pas prendre de risque… bon ça allait hein, c'était qu'un Démon ! Et un Démon qui haïssait plus les Humains que n'importe quoi) et enfin, surtout, elle devait trouver Archange.


Alors alors ? des commentaires ?

Prochain chapitre, je vous révèle d'hors et déjà que Gwen va rancontrer Archange... des idées pour cette rencontre qui promet d'être sulfureuse ?