Ohayô mina-san ! Et un nouveau chapitre, un ! Merci beaucoup à Matsuyama pour la correction des fautes et pour les conseils, ça m'aide beaucoup !

Et d'ailleurs, tu m'as demandé si je me basais sur l'anime ou le manga, et comme c'est vrai que je n'ai pas été trop claire… Donc je me base sur l'anime, tout ça se passe après que Greed ait été tué et que Mustang ait rejoint la cité du Centre. Je ne voyais pas tellement à quel autre moment situer cette histoire en respectant les termes du défi, parce qu'à partir de ce moment, il n'y a plus vraiment de pause dans l'histoire que j'aurai pu utiliser. Si vous avez d'autres questions ou des remarques à me faire, je suis tout ouïe^^ Et bien sûr, les reviews sont les bienvenues, elles sont même attendues, espérées, rêvées par l'auteure (si, si, je vous jure).

Sur ce, bonne lecture !

Chapitre 3

La foule se pressait sur le quai numéro 9 de la grande gare de Central. Les haut-parleurs grésillèrent alors qu'une voix féminine annonçait le départ imminent du train pour South City. Un jeune couple monta dans le dernier wagon, suivi du regard par un homme roux de taille moyenne, assez trapu, qui reposa rapidement les yeux sur le journal qu'il était en train de lire. Le sous-lieutenant Heymans Breda, habillé en civil pour l'occasion, poussa un soupir en constatant que l'équipe des Tigres de Central avaient perdu, et qu'il allait encore devoir payer un verre à Havock.

Un peu plus loin le sous-lieutenant Jean Havock, lui aussi en civil, sourit en lisant le même article que son ami. La jeune femme assise près de lui sur le banc eut l'air surpris, et il lui fit un sourire charmeur, un peu terni par la cigarette qui pendait au coin de sa bouche. Un jeune homme brun, de petite taille et affublé de lunettes semblant toujours trop grandes pour lui, qui le regardait, soupira. Décidément, même en mission de surveillance ultrasecrète, Havock ne pouvait s'empêcher de draguer.

Le sergent-major Kain Fuery ne put s'empêcher de ressentir un petit pincement au cœur, titillé par la jalousie. Lui était trop timide pour oser sourire à une jeune fille, même si ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Il prit son courage à deux mains en voyant passer deux jolies blondes qui discutaient en marchant, et il leur fit son sourire le plus désarmant, qui se révéla être un rictus tremblotant. Les deux femmes lui lancèrent un regard vaguement apeuré et passèrent rapidement leur chemin, au grand dam du jeune homme.

- Il va vraiment falloir que je lui explique deux ou trois trucs à celui-là, commenta le colonel Roy Mustang qui, planté au milieu du quai, dans sa tenue officielle, attirait tous les regards.

- Je ne pense pas que ce soit une priorité, fit remarquer le lieutenant Hawkeye.

- Vous plaisantez, être encore célibataire à son âge… C'est quand même terrible.

- Vous êtes encore célibataire et vous êtes plus âgé que Fuery, dit Riza, l'air de rien.

- Oui mais moi c'est parce que je le veux bien, rétorqua Mustang, agacé. Je pourrais avoir n'importe quelle femme qui passe devant moi, vous entendez ? Tenez.

Une jeune femme aux longs cheveux roux s'avançait d'un pas pressé vers le train quand Roy lui lança son regard « spécial », celui qui faisait fondre toutes les femmes, et son plus beau sourire. Il se tourna un peu et les rayons du soleil se reflétèrent sur ses galons. La jeune femme ralentit le pas, comme hypnotisée. Le colonel regarda alors Riza, comme pour la prendre à témoin, mais sa subordonnée ne lui prêtait absolument aucune attention, les yeux fixés sur le train. Mustang soupira devant la rigidité et le désintérêt manifeste de sa collègue, et la rousse, qui ne comprenait plus rien, reprit sa route de façon hésitante.

Un long sifflement strident se fit entendre et le train se mit lentement en branle, la vapeur envahissant le quai. Les militaires présents, qu'ils soient sous couverture ou non, le regardèrent s'éloigner et finalement quitter la gare avant de prendre de la vitesse. L'inquiétude et la tension se lisaient dans leurs yeux.

- Est-ce que vous êtes sûr que c'était une bonne idée colonel ? demanda doucement le lieutenant Hawkeye.

- Non. Mais on n'a pas vraiment le choix.

Quelques jours plus tôt, avant que les évènements ne s'enchaînent de manière imprévisible et incontrôlable, la sécurité de l'hôpital militaire du QG de Central avait été renforcée. L'agression dont avait été victime Emma avait plongé tout le monde dans la panique ou dans une fureur terrible, comme ce fut le cas pour le colonel Mustang. Il était arrivé dès qu'il avait été prévenu, prêt à brûler vif celui qui avait osé s'en prendre à la fille de son ami. Mais heureusement Ed était arrivé à temps. Furieux qu'un Homonculus ait pu s'approcher si près de sa protégée, le colonel avait fait doubler les mesures de sécurité et avait assigné des gardes à la surveillance de la jeune femme. Désormais, de jour comme de nuit, deux hommes étaient en faction devant la chambre d'Emma malgré les protestations de celle-ci.

Ce matin-là c'étaient deux jeunes militaires, à peine sortis de l'école, qui montaient la garde devant la chambre. Ils s'ennuyaient ferme, se contentant de regarder passer les médecins et les infirmières qui évitaient soigneusement de croiser leur regard. L'un des deux hommes soupira ostensiblement.

- Qu'est-ce qu'on s'emmerde, marmonna-t-il.

- Comme des rats morts, confirma l'autre.

- Là-dedans aussi elle doit s'ennuyer, ça fait un moment qu'on n'entend plus aucun bruit.

Les deux hommes se turent un instant, troublés. L'un d'eux voulut ouvrir la porte mais son collègue l'arrêta.

- T'es dingue ? Elle nous a dit de lui foutre la paix.

- Bah oui mais si jamais elle a un problème ?

- Ouais, mais à ce qu'il paraît si on le met en rogne c'est nous qui risquons d'avoir un problème…

L'argument de son collègue se tenait, mais l'homme voulait en avoir le cœur net. Courageusement, il entrebâilla la porte de la chambre et jeta un coup d'œil à l'intérieur. Il vit une forme allongée sur le lit, enfouie sous les couvertures.

- C'est bon, dit-il avec un soupir en refermant la porte. Elle dort.

Emma, à califourchon sur le rebord de la fenêtre, poussa un soupir de soulagement. Les oreillers et couvertures tassés sous les draps avaient rempli leur rôle de leurre, le soldat n'y avait vu que du feu. Elle jeta un regard en contrebas et aperçut Ed.

- Ca va ? lut-elle sur ses lèvres.

- Oui, répondit-elle en articulant soigneusement. Je me disais que tu semblais encore plus petit vu d'ici.

Elle ne réussit pas à comprendre la réponse du jeune homme mais elle la devina sans peine. Elle retint un petit gloussement, de peur d'éveiller la méfiance de ses cerbères. Quand il se fut calmé, Ed tenta de se concentrer. Cette fille… Il allait s'attirer des problèmes, juste pour lui faire plaisir, et voilà comment elle le remerciait ? Sans compter qu'il lui avait déjà sauvé la vie deux fois en moins d'une semaine. Elle ne méritait vraiment pas qu'il prenne tous ces risques, il allait la laisser se débrouiller seule. Mais il se rendit compte que ses mains, comme mues par une volonté propre, venaient de claquer l'une contre l'autre et de se plaquer contre le sol. Aussitôt, la réaction alchimique eut lieu et une gigantesque main sortit de terre et s'éleva jusqu'à rejoindre la fenêtre de la chambre d'Emma. Celle-ci s'installa dessus sans une hésitation, et le Fullmetal la fit doucement descendre jusqu'au sol.

- Tu aurais dû choisir quelque chose d'encore plus discret, commenta la jeune fille. Tu n'es pas du genre à essayer de passer inaperçu toi.

- Je le crois pas… Tu te plains ? Alors que je prends plein de risques pour te faire sortir de ta chambre !

- Plein de risques… T'exagères pas un peu là ?

- Je… Mais t'es d'une ingratitude toi alors. Tu sais que tu devrais être reconnaissante, non tu devrais même te traîner à mes pieds pour me remercier de tout ce que je fais pour toi.

- Ouh la, va falloir freiner sur les désirs mégalos… En plus si je me traînais à tes pieds je risquerais de t'écraser sans te voir, lança la jeune fille.

- Tu dis que je suis si petit que je me perds quand je marche dans la pelouse ? cria l'alchimiste avant qu'une main douce, mais ferme, ne se plaque sur sa bouche.

- T'es dingue ? On va se faire repérer !

- Mmpf…

- Tu disais ? demanda Emma en retirant sa main.

- Ce sera ta faute, répéta le blond. Dis, tu veux pas remonter pendant qu'il en est encore temps ? Parce qu'elle sent mauvais ton idée…

- Mais non, dit la jeune fille en vérifiant que personne ne les avait remarqués. Tu as ce que je t'ai demandé ?

Edward lui lança un sac contenant des vêtements à sa taille. Emma se glissa dans un coin et ordonna au jeune homme de se retourner, ce qu'il fit, ne pouvant empêcher son imagination de s'emballer, lui faisant monter le rouge aux joues. Emma, elle, se sentait bien pour la première fois depuis des jours. Enfin elle pouvait quitter cette horrible chemise de nuit d'hôpital, inconfortable et peu seyante. Elle enfila le jean et la chemise choisis par le jeune homme et attacha ses cheveux en queue de cheval. Elle toussota alors pour signifier à Ed qu'il pouvait se retourner.

Quand il posa les yeux sur elle, il rougit à nouveau. Elle était ravissante avec son pantalon ajusté et sa chemise cintrée, dont la couleur s'accordait à merveille avec ses yeux bleus. Il observa l'étrange mèche blanche qui partait de son front et qui se perdait ensuite dans le reste de sa chevelure bouclée, se demandant encore une fois d'où elle venait.

- Alors ?

- T'es… Enfin… C'est pas trop mal, répondit-il en détournant les yeux.

- Je ne ressemble plus à une patiente au moins, c'est déjà ça.

- On fait une connerie, dit soudain le Fullmetal, quand Mustang va l'apprendre il va me cramer vif.

- Il te fait vraiment peur on dirait, dit Emma, mine de rien.

- Quoi ? s'insurgea Ed. Moi ? Peur de ce baltringue ? Ca va pas ? Allez amène-toi, tu veux une balade, tu vas avoir une balade.

Il s'interrompit soudainement, pris d'un doute qui fut confirmé quand il vit le léger sourire qui se dessinait sur les lèvres de la jeune fille. Il s'était fait manipuler comme un débutant. Il soupira et sortit un fauteuil roulant de derrière un buisson avant de l'amener devant Emma. Elle ne dit rien mais le fixa. Il lui rendit son regard, plongeant ses yeux dorés dans le regard de la jeune fille. Ils restèrent quelque instants ainsi, sans ciller, dans un silence juste troublé par le pépiement des oiseaux. Finalement Ed soupira.

- On oublie le fauteuil je suppose ?

Emma ne répondit pas mais son regard se fit plus doux et un sourire espiègle étira ses lèvres. Edward partit ensuite en éclaireur, pour vérifier qu'aucun soldat n'était dans les parages, et il lui fit signe de le suivre. Elle se glissa discrètement à sa suite et, au bout de quelques minutes, ils arrivèrent en vue du parc.

L'hôpital militaire de Central était très étendu, comptant quatre ailes immenses, ainsi que des espaces verts aménagés pour offrir le plus de confort et de calme possibles aux blessés. Les deux jeunes gens se dirigeaient vers le parc le plus éloigné et le moins fréquenté, histoire de prendre le moins de risques possibles.

Le jeune alchimiste, sentant qu'elle commençait à fatiguer, aida Emma à marcher. Apercevant un espace dégagé, presque caché par un grand massif de roses, il s'y dirigea et l'aida à s'installer sur l'herbe. Il s'assit ensuite près d'elle. Il l'observa en l'entendant pousser un soupir. La jeune fille, les yeux fermés, avait un sourire extatique sur le visage alors qu'elle sentait les chauds rayons du soleil et la légère brise d'été venir caresser sa peau. Enfin, pour la première fois depuis des jours, elle se sentait bien. Elle se sentait libre. Elle dénoua ses cheveux et les laissa cascader dans son dos.

Edward la regardait. C'était son premier vrai sourire depuis qu'il l'avait rencontrée, et ça la transformait. Se sentant observée, elle rouvrit les yeux et leurs regards se croisèrent. Son regard pétillait littéralement, et ce n'était plus la glace qu'il voyait dans ses yeux, mais un bleu limpide, lui faisant penser à un ciel d'été sans nuage…

Le jeune homme rougit avant de détourner vivement la tête en hurlant intérieurement. Mais qu'est-ce qui lui prenait ? Un regard comme un ciel d'été… Qu'est-ce que c'était encore que cette connerie ? Il ôta son manteau rouge qui lui tenait chaud, et prit un brin d'herbe qu'il glissa entre ses lèvres, énervé. C'était la faute de Mustang, avec ses histoires de filles…

- Con de colonel, marmonna-t-il.

Emma l'observait attentivement. Il fronçait les sourcils et marmonnait, comme s'il était en colère. Le dos vouté, il s'acharnait à arracher des brins d'herbe avec son automail flambant neuf. Cet automail… Elle avait une étrange sensation en le regardant, comme si ça lui était familier… Elle soupira et ferma à nouveau les yeux, appréciant d'entendre le chant des oiseaux dans les arbres tout proche, et le bourdonnement des insectes dans le massif de roses.

- Ca va ? lui demanda Ed.

- Merveilleusement bien, répondit-elle sans rouvrir les yeux. Je devenais folle à force de rester enfermée dans cette chambre avec mes chiens de garde à la porte. Je finissais par me demander si j'étais protégée ou prisonnière.

- Je comprends ça.

- Je sais que le colonel a de bonnes intentions, ajouta-t-elle, mais j'étouffais vraiment.

Le jeune homme ne répondit pas et le silence s'installa entre eux, pas pesant ou gêné, mais apaisant. Emma rouvrit finalement les yeux et observa ses mains. Edward s'en aperçut mais préféra attendre et la laisser parler.

- Alors moi aussi je fais de l'alchimie, dit-elle finalement. Et sans cercle… Ed, comment c'est possible ? J'y connais rien en alchimie, moi…

- Tu as dû voir la Porte, répondit-il en l'observant attentivement.

Un œil immense la fixe. La lumière est aveuglante. Elle entend des cris. Et une voix qui la terrifie. Des centaines de mains noires se tendent vers elle. Elle hurle.

- Ca t'évoque quelque chose ? demanda doucement Edward.

Le flash s'interrompit aussi soudainement qu'il avait commencé. Emma avait pâli et s'était redressée, le souffle court.

- Non, rien, répondit-elle aussitôt, gênée.

Elle s'était reprise rapidement mais pas assez, Edward savait qu'elle mentait, même s'il ne comprenait pas encore pourquoi.

- Ed, dit-elle après quelques instants de silence, cette chose qui m'a attaquée, cet…

- Homonculus, répondit-il à voix basse.

- Oui, qu'est-ce que c'est ?

- Il semble que ce sont les fruits de transmutations humaines ratées, expliqua-t-il, troublé comme à chaque fois qu'il abordait ce sujet.

- Transmutation humaine ?

- Oui, c'est le plus grand interdit qui existe dans le domaine de l'alchimie. Il s'agit de recréer artificiellement un être humain, à partir des éléments qui composent son corps.

- Mais, intervint-elle, pourquoi faire ça ? On n'obtiendrait qu'un corps sans âme, une coquille vide. Non ?

- Et bien, on peut penser qu'il y a un moyen de recréer également l'âme de la personne qu'on veut ramener. Mais c'est une erreur, ça ne fonctionne pas.

- Tu en sais quelque chose, d'après ce qu'on m'a dit.

Il ne la regarda pas mais posa sa main valide sur son automail.

- Oui, on peut dire que j'ai payé pour mon erreur. Mais c'est surtout Alphonse qui a payé le prix fort.

- C'est ton petit-frère, c'est ça ? C'est Havock qui m'a raconté, ajouta-t-elle en réponse à sa question muette.

- Quel putain de bavard celui-là, il va falloir qu'on ait une petite conversation…, gronda le Fullmetal. Ouais, en fait Al a carrément perdu son corps, et moi j'y ai laissé un bras et une jambe.

- Mais il y a quelque chose que je ne comprends pas, intervint Emma en se redressant et en s'asseyant. Si j'ai bien tout compris ce que m'a dit Jean, le principe fondamental de l'alchimie c'est l'échange équivalent. Alors vous deux, vous y avez laissé un corps et des membres, dans cette transmutation, mais d'après ce qu'il m'a raconté vous n'avez pas réussi à récupérer votre mère…

- Non, comme je le disais, on ne peut pas ramener quelqu'un, la transmutation humaine ne marche pas…

- Alors qu'est-ce que vous avez bien pu recevoir en échange de tout ce que vous avez perdu ?

Edward allait répondre quand, soudain, sa tresse prit feu. Emma s'en aperçut la première et cria avant de le plaquer au sol pour éteindre le début d'incendie.

- Fullmetal ! hurla le colonel.

Le jeune homme comprit instantanément ce qui venait de se passer et, se doutant de ce qui allait suivre, il se remit debout en un clin d'œil, avant de se mettre en position de combat. Emma se releva elle aussi pour voir arriver un Mustang furibond, suivi de son équipe. La rage déformait les traits de son beau visage et il était particulièrement effrayant en cet instant. La jeune fille vit qu'il allait claquer des doigts à nouveau, visant Edward, alors elle se jeta devant lui et étendit les bras.

- Ecarte-toi tout de suite, ordonna le Flame Alchimiste. Je vais griller cette larve !

- Vous savez ce qu'elle vous dit la larve ? cria Ed avant qu'un regard d'Emma ne le fasse taire.

- Emmanuelle Catherine Silver, tu as trois secondes pour bouger tes fesses de là, reprit le colonel, menaçant. Une… Deux…

- Non.

Les subordonnés de Mustang en eurent le souffle coupé alors que le lieutenant Hawkeye ne pouvait retenir un petit sourire, impressionnée par le cran de la jeune fille.

- Quoi ?

- J'ai dit non.

- Euh… Lieutenant, souffla Roy, déconcerté. Qu'est-ce que je fais maintenant ?

- Pardon ?

- Oui, il paraît qu'avec les adolescents il faut faire preuve de fermeté, c'est ce que j'ai lu dans un livre… Mais qu'est-ce qu'on fait quand l'ado en question fait preuve d'encore plus de fermeté ?

- …

- Je ne peux quand même pas la cramer… Si ?

Il se retourna, et lui et ses subordonnés tinrent conciliabule pendant quelques instants, jetant de fréquents coups d'œil vers les deux jeunes gens qui regardaient la scène, persuadés d'être victimes d'un gag.

- Colonel, vous pouvez pas faire usage de la force contre elle, quand même, souffla Fuery.

- Je le sais bien crétin, mais qu'est-ce que je peux faire d'autre ?

- Essayez de faire preuve de douceur et de compréhension, suggéra Falman.

- De quoi et de quoi ?

- Laissez tomber.

- Bordel, c'est même pas ma fille, pourquoi je me retrouve dans cette situation, moi ? gémit le militaire. Hey, lieutenant, vous voudriez pas aider un peu ?

- Vous avez… lu un livre… sur le comportement des adolescents ? demanda Hawkeye qui n'en revenait toujours pas.

- C'est pas du tout constructif comme remarque, grogna Roy. Dites-moi plutôt ce que je dois faire, après tout vous avez été une jeune fille vous aussi.

Un silence terrible s'abattit sur le petit groupe et, même à l'extérieur de leur cercle, Ed et Emma sentirent l'atmosphère se refroidir.

- J'ai été une jeune fille ?

- Oui, vous devez bien avoir quelques vagues souvenirs de votre adolescence ? insista le colonel, totalement inconscient du danger face auquel il se trouvait à ce moment.

Il se retourna, surpris de voir que ses subordonnés avaient reculé à distance respectable et qu'ils le regardaient avec tristesse. Il reporta son attention sur le lieutenant et vit qu'elle avait déplacé sa main vers l'étui de son revolver.

- Donc, dit-elle d'une voix mortellement douce, vous sous-entendez que mon adolescence est tellement loin derrière moi que je ne peux en avoir que de vagues souvenirs…

- Hein ? J'ai dit ça moi ? demanda nerveusement le colonel qui transpirait abondamment maintenant, enfin conscient de vivre ses dernières minutes sur terre.

- Hey ! intervint soudain Edward qui s'ennuyait. Si on vous gêne on peut vous laisser ?

- La ferme, crétin, l'engueula Emma en lui jetant un regard noir. Ils nous avaient oubliés !

- Tu me traites pas de crétin d'abord, cria le Fullmetal, vexé.

- Tu préfères imbécile ?

- Sale peste !

- Hey, Fullmetal, cria Mustang en se précipitant vers lui. Ne parle pas comme ça à Emma ! Merci pour la distraction, lui souffla-t-il au moment où il le rejoignait, heureux d'échapper au lieutenant. Bon maintenant tu vas m'expliquer ce que vous foutez tous les deux ici ! ajouta-t-il en reprenant un ton sévère.

Ed et Emma se regardèrent et le jeune homme soupira. Cette fille attirait décidément les emmerdes…

- C'est de ma faute, dit soudain la jeune fille. J'avais prévu de m'enfuir de ma chambre, et Ed est passé sous ma fenêtre au moment où je sortais. Pour éviter que je ne me blesse, il m'a aidée à descendre et a voulu me reconduire immédiatement à ma chambre mais j'ai refusé. Et comme il ne voulait pas me laisser seule au cas où il m'arriverait quelque chose, il m'a accompagnée pour veiller sur moi.

- C'est vrai ce mensonge ? demanda Roy d'un ton suspicieux.

- Euh… Ouais… Comme elle a dit, répondit le jeune homme, surpris.

- Bon… Je n'en crois pas un mot, je suis sûr que c'est encore une de tes idées à la con Ed. Mais comme je n'ai pas de preuve, ajouta-t-il en coupant court aux protestations du jeune alchimiste, on va dire qu'il ne s'est rien passé. Emma, je te ramène à ta chambre.

Il saisit doucement la jeune fille par le bras et commença à s'éloigner avant de s'arrêter pour l'observer.

- Mais où t'as eu ces vêtements ?

- … Je les ai trouvés, mentit-elle avec aplomb. Là, juste sous la fenêtre de ma chambre. C'est quand même un gros coup de chance, ces fringues, pile à ma taille, juste là…

- Tu me prendrais pas un peu pour un con ?

- J'oserais jamais, répondit la jeune fille de son air le plus convaincant.

Elle se retourna vers Edward et lui adressa un petit salut.

- Merci, articula silencieusement celui-ci.

Elle lui fit un clin d'œil pour toute réponse avant de se retourner pour suivre le colonel qui fit un grand crochet en approchant du lieutenant Hawkeye, qui dardait sur lui un regard aussi amical qu'une porte de prison.

Quelques heures plus tard, Edward, appuyé contre un mur, le téléphone à l'oreille, écoutait son petit-frère lui parler de sa mission à Yous Well.

- Tu verrais ça, grand frère, dit Alphonse dont la voix haut-perchée grésillait, la ville a vachement changé. Ils ont fait des travaux, et maintenant tous les habitants sont leurs propres patrons. C'est formidable.

- C'est bien ça, répondit mécaniquement Ed.

- Et ils se souviennent tous de toi, t'es une sorte de héros pour eux ! Mais ils m'ont tous promis qu'ils ne parleraient pas de… tu sais quoi.

- Hein ?

- Mais si… Tu sais… La raison pour laquelle le colonel n'a pas voulu t'envoyer là-bas.

- Ah…

Le Fullmetal, le regard dans le vague, n'écoutait que d'une oreille distraite ce que lui disait Alphonse. Il n'arrivait pas à se concentrer.

- T'es là grand-frère ? demanda finalement le jeune garçon.

- Bah ouais, quelle question.

- T'as l'air ailleurs.

- Non, je pensais juste à quelqu… à quelque chose, se reprit-il.

Il avait failli dire qu'il pensait « à quelqu'un »… Mais qu'est-ce qui lui arrivait ?

- Tu rentres à Central ? demanda le blond.

- Non, je pense que je vais retourner directement à Resembool. C'est bien ce qu'on voulait faire ?

- Ah oui, c'est vrai, j'avais oublié.

- On se rejoint là-bas ?

- Euh… Je ne vais peut-être pas pouvoir venir tout de suite Al, dit Edward en se passant une main dans les cheveux.

- Le colonel t'a donné du boulot ?

- Non.

- Alors qu'est-ce qui te retient à Central ? demanda Alphonse, surpris.

Il avait raison… Qu'est-ce qui le retenait à Central ?

- C'est vrai, répondit Ed d'une voix enjouée. Tu sais quoi, je vais prendre le premier train pour Resembool et on se retrouvera là-bas.

- Ok grand-frère. Ne fais pas de bêtises d'ici là !

- Hein ? Hey, c'est moi qui devrais te dire ça, c'est moi l'aîné je te rappelle !

- Ouais, si tu le dis…

Ed secoua la tête, ne pouvant réprimer un sourire, et il raccrocha. Il regarda autour de lui. Il était dans le hall de l'hôtel où il était descendu depuis son arrivée. Il se dirigea vers l'accueil et demanda qu'on lui monte son repas dans sa chambre, avant de regagner celle-ci. En entrant, il jeta son manteau rouge sur le dossier d'une chaise et se dirigea vers la salle de bain. Il se déshabilla rapidement et entra dans la douche, appréciant le jet d'eau tiède qui tombait sur son corps. Tout en profitant de l'action apaisante de l'eau, il laissa ses pensées vagabonder. Mais elles en revenaient toujours au même point. Emma… Il ferma brutalement le robinet et sortit de la douche avant de se sécher. Quelle était l'histoire de cette fille ? Il grimaça. Encore une fois, il ne pouvait s'empêcher de penser à elle.

Quelques coups frappés discrètement à sa porte coupèrent le cours de ses pensées, à son grand soulagement. Il s'habilla rapidement et ouvrit la porte, et on lui tendit un plateau plein de nourriture qu'il s'empressa d'engloutir. Au moins, quand il mangeait il ne pensait plus à…

Il faillait s'étouffer avec sa bouchée. Encore.

- Arrête ça, crétin ! se dit-il à voix haute en se frappant le front du plat de la main.

Il acheva rapidement son repas et finit par s'allonger tout habillé sur son lit, les bras en croix, le regard fixé sur le plafond. Il cessa de lutter et ses pensées échappèrent alors à son contrôle, revenant se fixer sur la jeune fille qui se morfondait dans sa chambre d'hôpital. Il récapitula ce qu'il savait d'elle. Elle avait son âge, et elle habitait dans l'ouest, dans les montagnes du Kent, d'après ce qu'avait dit le lieutenant Hawkeye. Elle était la fille de l'un des alchimistes les plus doués de sa génération, un vrai génie. Elle avait aussi un vrai caractère de cochon… Et un sens de la répartie terrible, dont il faisait les frais en ce moment.

Le jeune homme sourit. Elle était étrangement fascinante. Il n'arrivait pas à la cerner. Avec les autres elle se montrait froide et distante, beaucoup trop mûre et sérieuse pour son âge, elle semblait même mal à l'aise avec les gens en général, comme si elle n'avait pas l'habitude d'en côtoyer. Mais d'après ce que lui avait dit le lieutenant, elle avait dû aller vivre avec son père au fin fond des montagnes à neuf ans, un âge où on apprend la socialisation, où on se fait des amis… Elle n'avait pas dû croiser grand monde à partir de ce moment là, et ça pouvait expliquer son attitude. En tout cas, ça l'expliquait en partie.

Avec lui, elle était complètement différente. C'était même le jour et la nuit. Ils avaient beaucoup parlé tous les deux, de choses et d'autres, depuis qu'elle s'était réveillée. Ils avaient fait des parties d'échec mémorables, et disputées. Il lui avait aussi raconté certaines de leurs aventures, à Al et à lui, et elle l'écoutait toujours avec intérêt. Avec lui, elle paraissait plus jeune, ils se taquinaient, et elle l'engueulait… Elle se comportait presque comme une adolescente normale. C'était sans doute parce qu'il lui avait sauvé la vie, et parce qu'il était le seul à ne pas lui mettre la pression pour qu'elle retrouve la mémoire.

Il s'assit sur son lit. Sa mémoire. Il était sûr qu'elle se souvenait de certaines choses, mais il avait l'impression qu'elle refusait ces souvenirs. Ils devaient être particulièrement traumatisants ou tristes… Il réfléchit et se rappela de la première fois où il avait vu la Porte. La terreur qu'il avait ressentie était encore bien présente dans son esprit, et s'il pouvait l'oublier, il ne se ferait pas prier. Il comprenait qu'elle ne veuille pas se souvenir de ça. Et ses parents… Sa mère était morte, et son père était revenu blessé et traumatisé par la guerre d'Ishbal d'après ce qu'on lui avait dit, l'obligeant à quitter sa ville pour s'enterrer au fin fond d'Amestris. Elle avait peut-être de bonnes raisons de ne pas vouloir se souvenir en fait.

Elle avait perdu sa mère elle aussi. Et elle s'était retrouvée seule, son père n'étant pas là. Edward réfléchit. C'était peut-être ça l'explication, ils se comprenaient tous les deux, ils avaient vécu la même épreuve. Sauf que lui avait son frère… Peut-être avait-elle tenté elle aussi une transmutation humaine, et c'est pour ça qu'elle avait vu la Porte ? Peut-être…

Il se leva et commença à se déshabiller, près d'aller se coucher. Emma… Elle avait deux facettes, une fois elle semblait froide et distante, l'autre elle plaisantait et son sourire illuminait son visage. Elle savait se montrer forte. Mais il l'avait aussi vue perdue et vulnérable, lorsqu'il l'avait serrée dans ses bras après l'attaque d'Envy. Repenser à l'Homonculus lui fit serrer les poings. Cet enfoiré… S'il l'avait attaquée, ça voulait dire que tous les Homonculus en avaient après elle. Est-ce que c'était parce qu'elle aussi cherchait la pierre philosophale ? Comme lui ? Ou alors c'était en rapport avec son père ?

Il soupira en entrant dans les draps frais de son lit. Il avait dit à Alphonse que rien ne le retenait ici et qu'il rentrerait vite à Resembool, mais c'était faux… Il ne pouvait pas partir maintenant. Son automail calé sous sa nuque, sentant le sommeil le gagner doucement, il se promit de rappeler son frère dès le lendemain matin pour le prévenir qu'il ne rentrerait pas tout de suite finalement. Ses paupières se fermèrent, et il eut l'agréable sensation de plonger dans le sommeil. Mais soudain des coups frappés violemment à sa porte le réveillèrent en sursaut.

- Ed… Ed…, gémissait quelqu'un en continuant à frapper à la porte.

En reconnaissant cette voix le jeune homme bondit hors de son lit et alla ouvrir la porte. Emma, en chemise d'hôpital, complètement glacée et paniquée, tomba dans ses bras.

- Ils sont après moi, murmura-t-elle en s'accrochant à lui. Les Homonculus…