Bien le bonjour chers lecteurs ! Un petit mot rapide pour vous remercier pour vos reviews, c'est un peu la « drogue » qui me motive… Donc n'hésitez pas à laisser des petits coms, ils sont toujours bien reçus. Sinon que dire de plus… hum… rien pour une fois je vais faire très court (prenez note c'est un jour à marquer d'une pierre blanche, il va tomber de la… hum, ouvrez juste vos parapluies si vous sortez^^).
Sur ces bonnes paroles (désolée) je vous dis : Bonne lecture !
Chapitre 6
Le colonel Mustang et son fidèle cerbère, Hawkeye, fixaient les deux jeunes gens qui montaient dans le train, tout comme leurs collègues en civil. Tous avaient une boule au ventre en les regardant. Le petit blond avec sa tresse bougeant au rythme de ses mouvements, et la jeune fille aux longs cheveux châtains ondulant sur ses épaules. Ils portaient tous les deux lunettes noires et chapeau, espérant passer inaperçus. Ils disparurent dans leur wagon sous les regards inquiets des militaires.
- Est-ce que vous êtes sûr que c'était une bonne idée colonel ? demanda doucement le lieutenant Hawkeye.
- Non. Mais on n'a pas vraiment le choix.
Le colonel suivit longtemps des yeux le train, jusqu'à ce que le panache de fumée disparaisse à l'horizon, repensant à sa dernière conversation avec les jeunes gens quelques heures plus tôt.
Le lendemain de l'attaque d'Envy, Ed et Emma durent rester cloîtrés sous haute surveillance toute la journée. Ils tournaient en rond comme des fauves en cage, se tapant mutuellement sur le système et mettant à rude épreuve les nerfs de leurs gardes du corps. Mustang avait un plan et, malgré leurs protestations, ils devaient admettre que l'idée était bonne. Bon gré mal gré, ils patientèrent donc jusqu'en fin d'après-midi et le retour du militaire et du lieutenant Hawkeye, toujours suivie de son fidèle Hayate.
Ils comprirent tous que le moment des adieux était venu. Le lieutenant passa en premier, rapidement. Elle prit un peu plus de temps pour parler avec Emma, la surprenant en lui laissant un chaperon supplémentaire en la personne de Black Hayate. Elle lança un regard menaçant au chien, lui faisant comprendre sans un mot ce qui l'attendait s'il arrivait quelque chose à Emma, mais se fendit quand même d'une petite caresse à son fidèle ami avant de quitter la chambre.
Mustang resta seul avec les deux adolescents. Il se tourna d'abord vers Emma. Tous les deux hésitaient à se regarder dans les yeux. Il se rendit compte qu'il s'était énormément attaché à la jeune fille et, c'était réciproque. Cela rendait les adieux encore plus difficiles.
- Emma, commença-t-il, un peu hésitant, je voudrais que tu fasses bien attention à toi. Et essaye de t'entendre avec Ed, c'est un vrai chieur mais il a un bon fond et il veillera bien sur toi.
- Ne vous inquiétez pas autant pour moi, répondit la jeune fille. Faites plutôt attention à vous et revenez vite et entier, et là vous pourrez prendre soin de moi si vous voulez.
Ils étaient tous les deux assez émus, même s'ils ne comprenaient pourquoi, ou ne voulaient pas comprendre. Finalement, Roy la serra maladroitement dans ses bras et elle lui rendit son étreinte, un peu surprise de se sentir triste qu'il parte. Ed observait la scène, surpris. C'était un aspect du colonel qu'il ne soupçonnait pas du tout. Ce type était donc humain en fait ? Il éprouvait des sentiments ? Le jeune homme sourit. Il allait pouvoir se foutre de lui maintenant, quoiqu'il ne se soit jamais gêné avant.
Mustang mit fin à l'étreinte et la jeune fille s'éloigna un peu. Le militaire se ressaisit et se tourna vers le Fullmetal, reprenant l'expression vaguement moqueuse qu'il lui réservait toujours.
- Bon Ed, t'as bien compris le plan ?
-Vous me prenez pour un crétin ou quoi ? s'insurgea le jeune homme.
- T'es sûr d'avoir bien compris ? insista le colonel avec un sourire.
- Espèce de con, marmonna Ed.
- Je ferai comme si je n'avais rien entendu, tu as de la chance. Bon. Les deux leurres qui vont prendre votre place sont prêts.
- Vous êtes sûrs de ces types ? s'inquiéta le jeune alchimiste.
- Ce ne sont pas des militaires et ils sont payés… On a eu du mal à trouver, Ed, il en fallait un qui soit de ta taille et on ne pouvait quand même pas impliquer un enfant de dix ans.
- Enfoiré ! cria Ed. Vous allez même pas arriver jusque dans le Nord vous !
- Des promesses, toujours des promesses. Bon, ils vont prendre le train à la Grande Gare, à une heure d'affluence, direction West City. On va essayer d'attirer l'attention d'Envy sur eux en les accompagnant, histoire de rendre ça crédible.
- C'est pas trop dangereux pour des civils ?
- Ecoute, ils sont grassement payés… Et puis sitôt arrivés ils se débarrasseront de leurs déguisements. Et Falman sera dans le train avec eux. Quant à vous, ajouta-t-il, vous allez prendre un train pour Dublith, dans la gare du quartier Est, dans la soirée. De là, vous devrez rejoindre Resembool par vos propres moyens.
- Arrêtez de vous inquiéter comme ça, lança Edward.
Le militaire lui lança un regard terriblement sérieux et le jeune homme perdit toute envie de plaisanter.
- Prends tout ça au sérieux, Fullmetal. Elle est sous ta responsabilité maintenant, et tu peux être sûr que s'il lui arrive quelque chose je le saurai, et je reviendrai du Nord pour faire cramer ta tignasse de blond ! Compris ?
- Ouais, ça va, vous excitez pas comme ça…
- Tu dois vraiment prendre bien soin d'elle, insista le colonel. Et surtout, tu dois tout faire pour qu'elle retrouve la mémoire. Je sens que ses souvenirs sont de la plus haute importance.
Edward ne répondit pas et les deux hommes se fixèrent quelques instants, sans un mot.
- Je compte sur toi.
Mustang reprit ses esprits et constata que le train n'était plus qu'un petit point à l'horizon. Il fit un signe de tête à ses hommes et quitta rapidement la gare, suivi comme son ombre par le lieutenant Hawkeye.
Accoudé près de l'accueil, utilisant l'un des nombreux téléphones mis à la disposition des voyageurs, un homme de haute taille les regarda partir avec un sourire cruel. Envy avait assisté au départ du train, et avait vu Ed et Emma monter dans le wagon.
- Destination West City, dit-il dans le combiné. Ils doivent vouloir la ramener chez elle. Je m'en occupe… Oui, je règle ça et je vous rejoins. Je n'échouerai pas, ajouta-t-il en se léchant les lèvres, imaginant déjà ce qu'il allait faire subir aux deux jeunes gens.
Quelques heures plus tard, dans un vieux train bringuebalant, quasiment vide à cette heure de la nuit. Edward et Emma étaient assis l'un à côté de l'autre et regardaient par la fenêtre. Le jeune homme avait les cheveux teints en noir et attachés en queue de cheval, et il portait un costume marron, très classique, ainsi qu'une paire de lunettes qui cachaient un peu ses yeux dorés si reconnaissables. Près de lui Emma avait les cheveux décolorés en un blond si clair qu'il semblait presque blanc, et noués en un chignon strict. Elle portait une robe classique sous un manteau noir, et portait une paire de lunettes elle aussi. Ils avaient également tous les deux une alliance à la main. Black Hayate était couché près de la jeune femme, sage comme une image.
Les deux jeunes gens n'avaient quasiment pas échangé une parole depuis le départ de Mustang de la chambre d'hôtel. Emma avait fait connaissance avec son nouveau garde du corps, mais elle et Ed évitaient soigneusement de parler du plan. Ils avaient tous les deux promis à Roy de faire des efforts pour se supporter. La jeune fille surtout devait prendre sur elle. Elle avait dû mal à résister à asticoter le jeune alchimiste si susceptible, et elle savait que ça lui tapait sur les nerfs, mais elle était contente qu'il soit là. Il la rassurait.
Une femme accompagnée de ses deux enfants passa dans le couloir et s'arrêta près d'eux, les petits voulant caresser Black Hayate. Le chien se laissa faire sans broncher, et la femme se redressa pour observer les deux jeunes gens.
- Mais qu'est-ce que deux adolescents comme vous font seuls dans un train à cette heure ? s'écria-t-elle, les mettant très mal à l'aise.
Il ne manquait plus que ça, eux qui ne devaient pas attirent l'attention sur eux. Edward cherchait encore un moyen de s'en sortir quand la femme avisa leurs alliances.
- Oh excusez-moi, dit-elle d'un air contrit. Vous faites si jeunes… Je suis confuse. Vous êtes mariés depuis longtemps ?
- Euh, non pas du tout, répondit le Fullmetal, gêné.
- Nous sommes jeunes mariés, ajouta Emma, aussi à l'aise.
Et pour confirmer ces dires Edward passa son bras droit autour des épaules de la jeune fille et celle-ci lui serra la main en souriant, essayant de prendre l'air heureux et amoureux.
- Oh vous partez en voyage de noces ? C'est formidable, minauda la femme qui avait décidé de s'incruster. C'est émouvant de voir deux jeunes gens comme vous qui commencent ainsi leur vie à deux.
Et elle continua à déblatérer devant les deux adolescents qui commençaient à avoir des crampes à force de sourire. Emma s'agrippait la main d'Ed, se retenant de serrer le coup de leur interlocutrice. Finalement ils furent sauvés par Black Hayate qui se mit soudain à grogner les enfants. Inquiète, la femme récupéra immédiatement ses bambins et s'éloigna le plus possible du fauve. Emma lâcha aussitôt la main d'Ed et fit une caresse au chien en lui disant merci. Le jeune homme, lui, attendit quelques instants avant de retirer son bras et le silence retomba, gêné.
Les heures passèrent et le ciel commença à s'éclaircir, prenant des nuances de violet et de rose. Ed regarda par la fenêtre et sourit. Il commençait à reconnaître le paysage autour de Dublith. Ca lui rappela des souvenirs.
- Ed, dit Emma d'une voix ensommeillée. Tu as l'air… nostalgique.
- Ah, ça se voit tant que ça ? répondit-il avec un sourire. Ouais, je connais le coin. C'est là qu'on a fait notre entraînement, avec Al.
- Votre entraînement ?
- Notre enseignement avec notre maître. Elle est terrifiante, ajouta-t-il avec un frisson.
- Elle ?
- Notre maître est une femme. Elle est incroyable, super forte, avec un caractère terrible. Mais c'est la meilleure, elle nous a appris tout ce qu'on sait en alchimie. Elle est chiante, à un point tu peux pas imaginer. Elle nous a mis de ces raclées aussi, on peut dire que c'était un entraînement musclé. Et ça continue… Elle est toujours à nous surveiller, à nous faire des reproches, elle me tape sur le système des fois !
- Comme une mère, dit Emma.
- Quoi ?
- D'après ce que tu me dis, elle se comporte comme une mère avec vous deux, expliqua-t-elle en réprimant un bâillement.
- C'est pas faux, admit-il après quelques instants, à contrecœur.
- Tu as de la chance.
Il réfléchit à ce qu'elle venait de dire. C'est vrai qu'après le décès de leur mère, Al et lui avaient retrouvé chez les Curtis ce qui ressemblait de plus près à un foyer. Il interrompit ses réflexions en sentant un poids sur son épaule et il se rendit compte qu'Emma s'était endormie, la tête sur son épaule mécanique. Il passa son automail autour des épaules de la jeune fille et cala sa tête dans le creux de son cou pour qu'elle soit plus à l'aise. Puis il laissa son regard dériver vers la fenêtre, pensif.
Le sergent-major Fuery faisait les cent pas sur le quai de la gare plein de militaires. Il était en retard, comment pouvait-il être en retard ? Aujourd'hui ? Derrière lui, Havoc, Breda et Hawkeye attendaient eux aussi.
- Cent billets qu'il rate le train, dit Jean.
- Je tiens le pari, répondit Breda. Lieutenant ? Vous… Euh, laissez tomber, ajouta-t-il en voyant le regard noir de sa collègue.
- Mais qu'est-ce qu'il fait ? geignit Fuery. C'est pas vrai, on est même pas encore partis qu'on se fait déjà mal voir… Le général Hakuro nous regarde, souffla-t-il en se retournant.
Effectivement leur supérieur dardait sur eux un regard noir et chargé de colère.
- Hey, Kain, combien tu paries que Mustang rate le train ?
- Mais on peut pas parier contre le colonel ! s'écria le jeune homme en remontant ses lunettes.
- Bah vous pouvez mais c'est pas conseillé.
Tous sursautèrent, sauf le lieutenant, et Havoc manqua même d'avaler sa cigarette. Derrière eux, dans le wagon, appuyé sur le rebord de la fenêtre, le colonel Mustang les regardait.
- Co-Co-Colonel ?
- Qu'est-ce que vous foutez ? Je suis là depuis une heure !
- Vous étiez en avance ? s'étonna Breda.
- En av… Lieutenant Hawkeye, dit-il, pris d'un doute terrible, la convocation était bien à sept heures ?
- …
- Et il est huit heures et demie ?
- Et vous êtes là depuis une heure ? réagit enfin Riza en le regardant. Donc vous êtes arrivés à sept heures et demie en sachant que la convocation était à sept heures.
Les deux militaires s'affrontaient du regard pendant que leurs collègues retenaient un fou rire.
- Ou-ui, répondit Mustang, prudent. Donc, vous m'avez menti délibérément sur l'heure de la convocation ?
- Une simple erreur de lecture mon colonel, répondit la jeune femme en le défiant du regard d'insister. Mais une erreur qui vous a évité un blâme, on dirait.
Le colonel voulut répliquer mais se retint. Il regarda plutôt sur le quai.
- Il n'y a pas grand monde, murmura-t-il.
- Colonel Mustang ! aboya le général Hakuro en s'avançant rapidement, ses galons brillant dans le soleil levant.
- Mon général ! répondit Roy en se mettant difficilement au garde-à-vous à l'intérieur du wagon.
- Je vous attendais, qu'est-ce que vous foutez déjà installé ?
- Toujours en avance, mon général, le devoir n'attend pas.
Il tenta de garder son sérieux en entendant ses subordonnés retenir leurs rires. Le général le considéra d'un air suspicieux quelques instants.
- Bon, puisque tout le monde est enfin là, nous allons pouvoir partir pour North City.
- Tout le monde est là, mon général ? Mais…
- Nous sommes peu nombreux, mais nous serons rejoints sur place par des troupes de Briggs. Des troupes menées par le Général de Brigade Olivia Armstrong, ajouta-t-il avec une lueur dans l'œil.
Mustang pâlit et déglutit, mais il resta stoïque.
- Un problème colonel ? insista le général en retenant un sourire moqueur. Une vieille connaissance peut-être ?
- On peut dire ça comme ça, murmura Roy. Mon général.
Son supérieur émit un petit reniflement méprisant et monta dans le train, rejoignant le wagon qui lui était réservé. Havoc et les autres s'approchèrent du train dans lequel Mustang était resté au garde-à-vous, troublé.
- C'est une de vos anciennes conquêtes colonel ? lança Jean, moqueur.
- Pas exactement…
Emma s'étira longuement avant de bâiller. Elle regarda autour d'elle. Ed et elle étaient sur le quai d'une minuscule station, complètement déserte. Le soleil était levé depuis quelques heures et la journée promettait d'être caniculaire.
- Edward ?
- Hum ?
- C'est ça Dublith ?
Le jeune homme soupira avant de se tourner vers elle, l'air fatigué et perclus de courbatures.
- Non, c'est la dernière station avant la gare de Dublith.
- Oh… Et pourquoi on s'est arrêtés là ? demanda la jeune fille, perplexe.
- Bah ça change pas grand-chose qu'on s'arrête là, ou en ville. De toute façon il faut qu'on loue une voiture pour rejoindre Resembool.
- Une voiture… Tu sais conduire ?
- Bien sûr, se vanta l'alchimiste. Enfin… Ca doit pas être bien compliqué.
- Attends, réalisa Emma. Tu ne compte même pas aller saluer ton maître ?
Ed fit une grimace et se passa une main dans les cheveux en essayant de prendre un air décontracté.
- On n'a pas le temps, il faut te mettre à l'abri le plus vite possible.
- Y a pas urgence, répliqua-t-elle. Et puis, si tout ce que tu m'as dit est vrai je ne vois pas où je pourrais être plus en sécurité.
- Non, mais tu sais elle est toujours très occupée, insista le Fullmetal. Et puis, à tous les coups, ils sont partis en voyage. Et Al nous attend à Resembool.
- On n'est pas pressés Ed, en plus ton frère ne nous attend pas, on ne l'a pas prévenu qu'on arrivait. Et puis je ne vois pas qui viendrait me chercher à Dublith.
Le jeune homme était de plus en plus nerveux alors qu'il cherchait désespérément un argument imparable à lui opposer. Soudain Emma sourit.
- Tu as peur d'y aller ?
- Pas du tout, s'indigna le jeune homme avant de s'interrompre, penaud. Carrément, en fait…
- Mais est-ce que tu n'as pas encore plus peur qu'elle apprenne que tu es passé près de chez elle sans aller la voir ?
- On va à Dublith ! s'écria aussitôt Edward, complètement convaincu à cette idée, provoquant le rire d'Emma.
Le train avalait rapidement les kilomètres qui les séparaient de North City et, plus loin, de la guerre. Dans les wagons, les soldats parlaient peu, tendus. Ils cherchaient à passer le temps agréablement mais personne ne pouvait se sortir de l'esprit cette idée : la guerre qui recommençait. Dans un coin, Breda et Havoc tentaient de rassurer Kain Fuery. C'était la toute première fois que le petit brun allait sur le front, pour une opération d'envergure, et le stress commençait à monter malgré les paroles réconfortantes de ses amis. Le lieutenant Hawkeye était là elle aussi, venue chercher une tasse de thé pour le colonel Mustang. Au départ elle ne dit rien, laissant ses collègues parler, mais finalement elle n'y tint plus.
- Ca suffit, les coupa-t-elle sèchement.
- Lieu-lieutenant ? balbutia Fuery.
- Pourquoi est-ce que vous lui dites tout ça ? demanda-t-elle à Havoc. « Ne t'inquiète pas, c'est beaucoup moins difficile que ce tu imagines, on sera là pour t'aider, ça va s'arranger rapidement… »
- Pour le rassurer.
- Et bien arrêtez, vous faites plus de mal que de bien, dit la jeune femme.
Dans le wagon, les conversations s'étaient tues et tout le monde observait la scène.
- Vous n'étiez pas à Ishbal, poursuivit Riza. Moi si. A moi aussi on m'a servi ces paroles réconfortantes. Et c'était une erreur parce qu'une fois sur place, je n'étais pas préparée à ce que j'allais trouver.
Elle s'interrompit pour voir qu'elle avait l'attention de tous.
- C'est beaucoup moins difficile qu'il l'imagine ? C'est faux, c'est cent fois, mille fois pire. L'odeur de poudre et de sang, les hurlements des blessés, ou des femmes qui perdent leurs maris et leurs fils, la culpabilité d'avoir pressé la détente, la peur pour sa vie et pour ses amis aussi. Et les morts. Les corps. Ils ne ressemblent pas à ceux qu'on voit à la morgue ou dans les enterrements. Ceux-là sont vrais, réels, encore chauds, ils saignent, certains bougent encore, ils puent, il y en a partout.
Les hommes avaient pâlis en entendant ces mots, mais elle n'arrivait pas à s'arrêter.
- Ca va s'arranger rapidement ? A Ishbal aussi ça devait s'arranger, et vous connaissez tous le résultat. Ne faites pas de promesses que vous ne pourrez pas tenir, ne faites pas du tout de promesses car demain vous serez peut-être morts. Et n'essayez jamais de rendre la guerre plus douce, moins effrayante, parce que vous la rendrez moins réelle. Non, la guerre c'est du sang, des larmes, des morts, c'est l'horreur à l'état pur. C'est une chose terrible et horrible.
Sur ces mots elle se retourna et quitta rapidement le wagon, les laissant méditer ses paroles, tandis que Fuery, plus effrayé que jamais, se tassait dans un coin, se demandant ce qu'il faisait là.
Riza rejoignit le wagon dans lequel se trouvait le colonel Mustang. Elle le vit avant même d'être arrivée près de lui. Accoudé au rebord de la fenêtre, le visage dans une main, il scrutait le paysage qui défilait, pensif. La jeune femme sourit et s'approcha sans bruit, posant sa tasse de thé sur la tablette, devant lui.
- Ne vous inquiétez pas comme ça pour elle, dit Riza en s'asseyant face à lui.
- Parce qu'elle est avec Ed ? répondit le jeune homme.
- Non ça c'est plutôt inquiétant en fait, rétorqua-t-elle avec humour. Mais elle est avec Black Hayate.
Sa réplique arracha un petit rire à Mustang qui se détendit un peu. Il but une gorgée de thé et perdit rapidement son sourire, fixant à nouveau son regard sur le paysage.
- Nous retrouverons aussi votre ami, ajouta-t-elle en le regardant. Il ne finira pas comme le général de Brigade Hugues.
Roy, franchement surpris, la fixa quelques instants.
- Comment vous faites pour toujours savoir à quoi je pense ? demanda-t-il finalement avec un sourire.
- Oh… Et bien, soit c'est lié à mes exceptionnelles qualités d'écoute et d'observation, répondit-elle mine de rien, soit c'est parce que je me lance au hasard.
- Au hasard ? Et si vous vous trompiez ?
- Je suis joueuse…
Le colonel rit à nouveau, sentant son inquiétude diminuer.
- Et bien rappelez-moi de ne jamais jouer au poker contre vous, lieutenant, dit-il en prenant une nouvelle gorgée de son thé.
Hawkeye acquiesça en silence et tira son revolver qu'elle entreprit de démonter et de nettoyer, pour passer le temps. Roy, lui, tourna la tête et son regard se perdit dans le vague. Maes et Arthur…
Assis en cercle, trois hommes discutent et plaisantent. Roy et Hugues, plus jeunes, sont accompagnés par un autre militaire, un peu plus âgé qu'eux. De taille moyenne, il a des cheveux longs châtains clairs qu'il a noués en catogan. Il a une paire de lunettes qu'il remonte toujours de l'index, et qui dissimulent un peu des yeux bleus très clairs. Il sourit et son regard pétille alors qu'il montre aux deux autres une photo qu'il vient de recevoir.
- Regardez-les ! insiste-t-il en pointant un doigt sur le photo.
- On a vu, Arthur, répond Roy en riant. On les connaît maintenant.
- Mary et Emma, ouais tu nous saoules en permanence avec ta famille mon vieux, ajouta Maes.
- Je vous saoule ? s'indigne Arthur. Ce sont les deux plus charmantes créatures qui foulent cette terre, messieurs. Un peu de respect !
- Tu parles, lance Hugues en éclatant de rire.
- Vous verrez, vous serez pareil quand ce sera votre tour, répond le Wavemaker en rangeant la photo dans une poche de son uniforme.
- Tu veux rire ? Je ne serai jamais aussi pathétique, affirme Hugues.
- Moi non plus, confirme Roy. Même si c'est vrai qu'elle fait envie ta petite famille…
- Hein ? R-Roy… Tu as de la fièvre, demanda Silver en posant une main sur son front.
- La vache, vas pas nous claquer entre les pattes monsieur le super Flame Alchemist, ajouta Hugues en essayant de prendre son pouls.
- Ah lâchez-moi, répond le brun en se débattant, le sourire aux lèvres.
- Hey ! Silver !
Les deux hommes se calment aussitôt, leur hilarité immédiatement envolée. Arthur soupire. Il savait que c'était pour aujourd'hui mais il continuait à espérer qu'ils n'auraient pas besoin de lui finalement. Faux espoir finalement, sa première véritable intervention dans la guerre approche rapidement. Il se lève lentement et serre la main de ses amis qui comprennent parfaitement ce qu'il ressent.
- Bouchez-vous les oreilles, leur conseille le Wavemaker en s'éloignant et en leur faisant un dernier signe de la main.
Ishbal. La sale guerre. C'était déjà pas beau à voir avant, mais désormais les alchimistes d'Etat étaient de la partie. Et lui aussi. Il réprime difficilement un frisson. En passant son examen, il n'avait pas voulu voir la réalité en face, il pouvait à tout moment être appelé pour participer à la guerre. Maintenant, il se trouve face à ce qu'il a toujours redouté. Et il ne peut plus reculer. Il sent posés sur lui les regards de ses deux amis et il essaye de paraître déterminé. Tous les soldats l'observent. Basque Grand, l'alchimiste au sang d'acier qui coordonne l'opération, le regarde, guettant le moindre faux pas.
Arthur remonte ses manches et enlève ses gants. Deux cercles de transmutation sont tatoués à l'intérieur de ses paumes. Il vérifie que les militaires ont tous mis les casques qui leur ont été fournis. Bien. Il ne peut plus reculer. Il claque des mains et les deux cercles se rencontrent, dégageant une forte lueur bleue. Il plaque ses mains sur le sol.
Tout commence par un grondement sourd, puis c'est une vibration qui se fait sentir, qui semble monter des entrailles de la terre. Le sol ne bouge pas, mais tous ont l'impression qu'il tremble de plus en plus fort. Les militaires voient le paysage trembloter, devenir flou. Un peu plus loin, face au camp, la ville s'étale sous leurs yeux. Les bâtiments commencent à trembler sur leurs fondations, des morceaux de pierre se détachent des murs, de plus en plus gros. Les toits s'écroulent et les gens doivent quitter leurs maisons en hurlant. La vibration et le grondement s'intensifient et soudain tous les bâtiments s'écroulent, ensevelissant ceux qui n'ont pas réussi à s'enfuir assez vite.
Arthur, pâle comme un mort, lance un regard vers Basque-Grand mais celui-ci, impitoyable, lui fait signe de continuer. La mort dans l'âme, l'alchimiste se redresse et claque une nouvelle fois ses mains l'une contre l'autre avant de les tendre devant lui. La lueur bleue se fait voir de nouveau. Et tous les militaires comprennent pourquoi on leur a fourni des casques.
Un son effroyable se fait entendre qui les atteint même à travers leurs casques, ils ont l'impression que le bruit attaque directement leur cerveau, leurs tympans semblent sur le point d'éclater sous la pression. Leurs dents s'entrechoquent et grincent, ils pleurent et certains saignent même du nez, leurs cheveux et leurs poils se hérissent. Mais eux sont protégés.
Les Ishbalis tombent tous en syncopes un peu plus loin, hommes, femmes, enfants, jeunes ou vieux. Ils s'écroulent sur le sol en hurlant si fort que les militaires les entendent, leurs cris se mêlent au son insupportable produit par le Wavemaker. Les animaux meurent sur le coup, dans de terribles souffrances, leur ouïe ultrasensible touchée de plein fouet par l'attaque. Les Ishbalis, saignant du nez, des oreilles et certains des yeux, convulsent sur le sol, hurlant et s'arrachant les cheveux sous la douleur.
L'attaque ne dure que quelques minutes mais elle semble durer une éternité pour le WaveMaker. Arthur voit tout ça avec horreur. Plusieurs fois il a regardé Basque Grand mais celui-ci ne montre aucune émotion, il observe le carnage avec la satisfaction du devoir accompli. Finalement, quand tous les Ishbalis ont cessé de bouger, il baisse les mains. Les cadavres s'entassent un peu plus loin. Et c'est lui le responsable. Il n'a plus d'énergie, il se sent vidé.
Il voit les militaires se précipiter vers les restes du quartier ishbali, pour vérifier s'il y a des survivants. Lui s'éloigne en titubant. Il ne veut voir personne. Il fait quelques pas, jusqu'à trouver un endroit tranquille, et soudain ses jambes se dérobent sous lui. Il tombe à genoux et des spasmes douloureux le secouent alors qu'il vide le contenu de son estomac sur le sol en sanglotant. Il sent une main se poser sur son épaule alors que quelqu'un remonte ses cheveux pendant qu'il vomit. Ses larmes redoublent tandis que Hugues et Mustang le regardent, silencieux mais présents.
Edward, Emma et Black Hayate étaient plantés au beau milieu de la rue animée de Dublith, devant la maison des Curtis.
- On n'entre pas ? demanda la jeune fille, étonnée.
- Si, si…
Mais ils ne bougeaient pas. Jusqu'ici, personne n'avait reconnu Ed avec ses cheveux teints. Il soupira. Il n'arrivait pas à se décider à entrer. Il ne se rendit pas compte que deux personnes, étonnées par son manège, s'approchaient dans son dos. Soudain, une ombre énorme le recouvrit et il grimaça, pris d'un horrible doute. Ed se retourna avec un air de condamné à mort.
- Ed ? lanca Izumi, surprise par son accoutrement.
Emma observa la jeune femme, étonnée. Elle s'était attendue à quelqu'un de plus… menaçant, de désagréable, de repoussant. Mais elle se trouvait devant une belle femme brune, souriante, qui avait l'air amusée en observant Ed. Près d'elle, son mari, une force de la nature, ne disait rien.
- Qu'est-ce que tu as fait à tes cheveux ? demanda Izumi. Et ces vêtements ?
- C'est une longue histoire…
Elle avisa Emma et lui serra la main en la détaillant.
- Et qui est cette charmante jeune fille ? demanda-t-elle sans lui lâcher la main.
Soudain elle pâlit en regardant la main de la jeune fille. Sa poigne se resserra et Emma grimaça.
- Jolie bague, susurra Izumi avec un regard effrayant.
Une alarme se déclencha dans la tête d'Ed mais il était trop tard pour fuir ou s'expliquer, une main venait de se refermer comme un étau sur le devant de son costume, le soulevant comme une poupée de chiffon sous les regards terrifiés d'Emma et d'Hayate.
- Tu t'es marié dans me prévenir espèce de sale petit ingrat ? hurla Izumi, folle de rage. Et tu m'as même pas invité ! Sale nabot !
Elle lâcha Ed qui chercha à s'enfuir mais, avec l'alchimie, elle l'arrêta aussitôt et lui administra une telle correction qu'Emma eut l'impression qu'elle allait avoir sa peau. Elle et Black Hayate reculèrent lentement, espérant échapper à cette furie, mais ils butèrent contre un mur, qui se révéla être le mari d'Izumi.
- A nous maintenant, gronda-t-il.
