Ohayô mina-san ! Après le court chapitre de la semaine dernière, celui-ci est un peu plus long, promis^^ Merci à tous pour vos commentaires et vos encouragements, ça me fait toujours très plaisir.

Encore un petit mot pour dire un grand merci à Matsuyama ma super bêta-lectrice qui en plus de corriger mes chapitres doit supporter régulièrement mes « c'est nul », « j'y arrive pas », etc etc. et elle réussit toujours à me redonner le moral et à me rassurer. Elle est très forte^^

J'espère que ce chapitre va vous plaire. N'hésitez pas à me laisser une tite review si le cœur vous en dit ! Bonne lecture.

Ps : merci aussi à Basilic qui a lu tous les chapitres précédents et a pris le temps de me laisser un com pour chaque chapitre. Quel courage^^ Et je n'ai même pas été fichue de lui faire une belle réponse digne de ce nom, gomen. Je me rattraperai pour la prochaine, promis !


Chapitre 9

Un cahot secoua la voiture qui roulait sur les routes défoncées du Sud, et Emma émergea de son demi-sommeil. Ils roulaient en silence depuis plusieurs heures déjà. Au départ, la jeune fille avait été incapable de dormir, trop inquiète à l'idée qu'Edward prenne le volant. Mais si au début il avait eu un peu de mal, il avait rapidement pris ses marques et elle avait fini par se détendre en voyant qu'il était finalement plutôt bon conducteur.

- Tu as bien dormi ? demanda le jeune alchimiste.

Depuis leur départ ils n'avaient pas échangé une parole. En fait, elle ne lui avait pas dit un mot depuis qu'elle l'avait frappé chez Izumi. Sa dernière phrase résonnait encore dans son crâne, il n'arrêtait pas de la tourner et la retourner. Elle avait dit détester l'alchimie et tous les alchimistes. C'était sa faute, il avait laissé son maître la frapper, il l'avait trahie, elle avait raison de le détester, mais ça lui fendait le cœur de penser qu'elle lui en voulait. Si seulement elle pouvait lui parler à nouveau…

- J'ai juste somnolé, dit Emma en s'étirant.

Ed fut tellement surpris que la voiture fit une embardée et la jeune fille se cogna contre la portière en poussant un petit cri de douleur.

- Mais c'est pas possible, tu m'en veux !

Il lui fit un sourire gêné et reporta son attention sur la route, même si son regard était toujours accroché par sa passagère. Son visage était tuméfié et elle avait une lèvre fendue, et en la voyant bouger il se rendit compte qu'elle souffrait des coups reçus. Et le trajet en voiture n'allait pas arranger les choses.

- Tu n'as pas trop mal ? demanda-t-il.

- Quoi ? Pourquoi ?

- Et bien … Je sais d'expérience que mon maître peut faire très mal.

- Changeons de sujet, répondit-elle froidement.

- Je veux juste savoir si ça va, insista-t-il, tu es sûr que tu ne souffres pas trop ?

- Ca va, c'est bon, arrête de t'inquiéter comme ça… On dirait Mustang, ajouta-t-elle avec une lueur malicieuse dans le regard.

- Quoi ? hurla-t-il alors que la voiture sortait de la route.

Sur la banquette arrière le pauvre Black Hayate gémit et se cacha la tête dans les pattes alors qu'Emma pâlissait. Ne plus aborder ce sujet tant qu'ils seraient dans la voiture. Elle nota cette consigne dans un coin de son esprit et la souligna mentalement, en rouge, avec des panneaux lumineux autour.

- Tu vas nous tuer, marmonna-t-elle en cherchant quelque chose à quoi elle pourrait s'accrocher.

- Exagère pas, rétorqua le Fullmetal, et puis c'est ta faute, aussi… N'aies pas peur, ajouta-t-il, fier de lui. Tu vois que je suis un très bon conducteur.

- Oui, c'est étonnant. Mais j'avoue que j'étais déjà surprise que tu atteignes les pédales, répondit Emma avec un sourire ironique.

- Tu dis que je suis si minuscule qu'il me faut un rehausseur pour voir la route ? cria-t-il, la faisant éclater de rire.

Il savoura ce son qu'il n'avait plus entendu depuis longtemps. En fait, Emma ne riait quasiment jamais, elle lâchait parfois un petit rire amusé, ou un ricanement à ses dépens, mais est-ce qu'il l'avait déjà entendue rire aussi librement ? Il n'en était pas certain, et il adorait ça.

L'atmosphère entre eux s'était détendue, et même s'il détestait qu'elle se moque de lui comme ça, le fait qu'elle lui parle et qu'elle le taquine prouvait que leurs relations étaient redevenues normales, si on pouvait parler de normalité entre eux. Leur relation oscillait en permanence entre des moments de complicité et des prises de bec plus ou moins violentes. Mais il était heureux, elle semblait lui avoir pardonné sa trahison. Il ne put s'empêcher de sourire.

- Tu as l'air heureux ? demanda-t-elle, soupçonneuse. Pourquoi est-ce que tu es aussi content ?

- Hein ? Euh…, bredouilla-t-il, rougissant un peu et cherchant une bonne excuse. Et bien… En fait… Je suis content parce que tu ne me fais plus la gueule, avoua-t-il finalement avant de se reprendre. Mais en fait je m'en foutais, hein, après tout je suis juste ta nounou provisoire et tu sais que ça me gonfle. Hein ? C'est juste que c'est chiant de conduire en silence, comme ça, du coup c'est bien puisque tu me reparles maintenant, c'est mieux, enfin tu vois quoi, continua-t-il en s'enlisant dans des explications de moins en moins convaincantes.

- …

- Mais… Enfin… Je comprends que tu m'en aies voulu, c'était nul de laisser mon maître te faire ça et de vouloir te forcer la main, je m'excuse, continua-t-il, de plus en plus rouge et gêné. Il fait chaud ici, non ? ajouta-t-il en tirant sur son col.

Il jeta un coup d'œil à sa droite et vit qu'Emma regardait par la fenêtre. Son expression était indéchiffrable.

- Ed, dit-elle finalement, à voix basse. Excuse-moi.

- Hein ? Mais… Pourquoi ? demanda le jeune homme, complètement perdu dans les méandres de la pensée féminine.

- Je m'excuse pour ce que j'ai dit, c'est sorti tout seul, je ne sais pas pourquoi.

Il resta silencieux quelques instants, les yeux fixés sur la route qui défilait devant lui. Il avait tout de suite compris à quoi elle faisait allusion, à la phrase qui le torturait depuis qu'elle la lui avait lancée en plein visage.

- C'est peut-être lié à quelque chose dans ton passé ? dit-il finalement, songeur. Est-ce que tu as des souvenirs qui te reviennent ?

Elle dépose une assiette devant son père qui ne réagit même pas. Il a les yeux rivés sur la photo de mariage accrochée au mur en face de lui, la seule chose qui décore les murs nus de la sinistre maison. Elle a dix ans. Elle essaye de parler, d'attirer l'attention de son père. Mais il ne répond pas, elle semble ne même pas exister à ses yeux. Son regard dévie de la photo à la fenêtre. Il porte machinalement la nourriture à sa bouche, mais il ne semble même pas s'en rendre compte. Elle continue de parler, tentant désespérément d'attirer son attention, ou au moins de meubler le silence. Soudain son regard s'anime, il laisse tomber sa fourchette dans son assiette, renversant de la nourriture sur la table, avant de se précipiter dans son bureau en claquant la porte. Elle s'est arrêtée eu milieu de sa phrase, habituée. Elle soupire et se lève pour nettoyer et débarrasser les couverts de son père, et finit de manger seule dans la maison trop grande, et trop vide.

- Emma ? insista Ed en la regardant. Tu as des souvenirs ?

- Non, murmura-t-elle. Edward, reprit-elle après quelques instants, désirant changer de sujet, est-ce que tu peux me parler de Resembool ?

La question arrivait comme un cheveu sur la soupe, et il comprit qu'elle voulait juste arrêter de parler de sa mémoire. Il soupira. Mustang lui avait dit de tout faire pour qu'elle retrouve ses souvenirs, mais si elle luttait pour ne pas les retrouver, il ne voyait pas ce qu'il pouvait faire.

- Ed ? insista Emma.

- Tu veux que je te parle de Resembool, répondit-il. Pourquoi ?

- Et bien… Je ne sais pas. Enfin, c'est la ville où tu as grandi alors…

Elle s'interrompit et tourna un peu plus son visage vers la vitre pour cacher la rougeur qui colorait ses joues mais Edward avait parfaitement compris et il jubilait intérieurement. Elle voulait en savoir plus sur lui, tout simplement. Il ne comprenait d'ailleurs pas pourquoi il exultait comme ça.

- Bon et bien, c'est tout petit, y a pas grand-chose d'intéressant à voir ou à faire. C'est paumé.

- Tu devrais te reconvertir en guide touristique, commenta Emma.

- On y a passé toute notre enfance avec Al, continua-t-il en ignorant le sarcasme, perdu dans ses pensées. Avec notre mère d'abord.

- Et votre père ?

- Il… Il n'était pas avec nous.

Il n'ajouta rien mais Emma remarqua qu'il serrait le volant tellement fort que les jointures de sa main de chair avaient blanchies.

- Après que maman… Après sa mort, reprit-il, on est restés chez les Rockbell.

- Rockbell… Ce nom me dit quelque chose, murmura la jeune fille.

- Ce sont des fabricantes d'automail, elles sont incroyables, ce sont même les meilleures.

- Elles ?

- Winry et Pinako, sa grand-mère, répondit le Fullmetal, souriant en pensant à elle.

- Elles sont importantes pour toi, remarqua-t-elle en le regardant avec attention.

- Bah Pinako c'est la seule grand-mère qu'on ait eue, Al et moi. Et Winry… C'est notre meilleure amie, on se connaît depuis notre naissance, un peu comme une sœur. Ouais, ajouta-t-il, elles sont importantes, en fait elles sont notre famille. Mais ne dis à personne que j'ai dit ça, on croirait que je deviens sentimental !

- Winry… C'est ta petite amie ?

Edward donna un brusque coup de volant et la voiture manqua se renverser sur le bas côté. Emma s'accrocha à son siège alors que Black Hayate tombait de la banquette arrière dans un gémissement.

- T'es vraiment trop nerveux, dit la jeune fille qui craignait de ne jamais arriver jusqu'à Resembool.

- Mais c'est toi aussi ! cria Ed. Ca va pas de dire des trucs comme ça, je viens juste de te dire qu'elle était comme une sœur !

- D'accord, d'accord, j'en parlerai plus… De toute façon on ne va pas tarder à faire connaissance, je verrai bien comment est cette fameuse Winry. Remarque, ajouta-t-elle avec un sourire espiègle, Havoc m'a déjà fait sa description…

- Quel espèce de vieux pervers, dit le Fullmetal en haussant les épaules.

- Il m'a dit que c'était un génie de la mécanique, et que c'était elle qui prenait soin de tes automails.

- Ah… Mais c'est quand même un pervers !

- J'ai hâte de la rencontrer, dit Emma en souriant.

Edward eut un frisson en entendant cela, sentant déjà des élancements marteler sa tête, comme s'il ressentait la douleur d'une clé à molette plantée dans son crâne avant même que ça n'arrive. Et rien que d'imaginer les deux jeunes filles se liguant contre lui, ça lui donnait des sueurs froides.

- Mais en fait, poursuivit Emma, je suis surtout pressée de rencontrer Alphonse. On m'a tellement parlé de lui, et toujours en bien. Tout le monde dit qu'il est sensible, intelligent, et que c'est le garçon le plus gentil du monde, s'emballa-t-elle. J'ai vraiment hâte de le voir.

Ed serra à nouveau le volant, serrant les dents alors que la jalousie s'insinuait en lui. Le silence retomba dans la voiture. Emma avait perdu son sourire et avait maintenant l'air soucieux.

- A quoi tu penses ? demanda finalement le jeune alchimiste.

- Au colonel Mustang… J'espère qu'il va bien.

oOo

Une immense carte de la région de Briggs s'étalait sur le mur de la salle et tous les militaires avaient les yeux rivés dessus. Les plus hauts-gradés étaient assis, et les autres restaient debout au fond de la salle. Le général Hakuro écoutait les derniers rapports des espions qu'il avait envoyés dans la ville d'Ambre.

Le colonel Mustang grimaça, il avait le dos et la nuque raide à force de rester assis. Il jeta un coup d'œil à sa voisine, le général de brigade Olivia Armstrong. Il se sentait toujours mal à l'aise face à cette femme qui semblait ne voir en lui qu'un fumiste arrogant et pathétique. Elle lui lança un regard chargé de mépris, confirmant ce qu'il pensait.

- Brrr, murmura-t-il, fait froid ici, non ?

Pas de réponse mais un soupir plus qu'ostensible destiné à faire comprendre à tous à quel point il l'ennuyait. Roy grimaça. Il ne savait pas comment réagir face à elle. C'était une des rares femmes qui semblait totalement imperméables à son charme naturel, et ça le laissait complètement désemparé.

- Vous êtes de plus en plus ravissante à chaque fois que je vous vois, dit-il, espérant un miracle qui évidemment n'eut pas lieu.

- Et vous êtes de plus en plus lourd, siffla-t-elle en le clouant sur place de son regard polaire. Maintenant fermez-la ou changez de place.

Dans le fond de la salle, quelques personnes profitaient du spectacle. Les hommes de Mustang n'en revenaient pas. Une femme qui repoussait le colonel, non, mieux que ça, elle l'humiliait carrément, elle n'était absolument pas sous le charme… Havoc jubilait.

- Je suis amoureux les gars, murmura Jean qui n'avait d'yeux que pour le général de brigade.

- Méfie-toi, tu sais ce qu'on dit sur les mantes religieuses, répondit Breda.

- Je vais me marier avec cette femme, ajouta le sous-lieutenant sans tenir compte de sa remarque.

- On ne se marie pas avec un iceberg, marmonna Heymans avant de jeter un regard en coin à Hawkeye, vérifiant qu'elle ne l'avait pas entendu. Et puis franchement, c'est une Armstrong. Tu imagines avoir le major comme beau-frère ?

Un long frisson secoua tous ceux qui entendirent ça et ils pâlirent.

- D'ailleurs où est-il ? demanda Fuery en remontant ses lunettes de l'index.

- Il a été envoyé dans le Sud pour réprimer la révolte de Madge City, répondit Riza.

Ils imaginèrent tous le major à moitié nu et entouré d'une aura scintillante serrant dans ses bras tous les rebelles, les larmes aux yeux.

- Mouais, marmonna Breda, je préfère être à ma place qu'à la leur.

Ils furent interrompus par une sortie du général Hakuro qui tapa du poing sur la table.

- C'est intolérable, gronda-t-il. Ce ne sont que des paysans, des ouvriers… Comment peuvent-ils nous tenir tête ?

- Les rebelles sont très bien armés, monsieur. Ca ne sera pas aussi simple que prévu.

Hakuro se mit à faire les cent pas en réfléchissant alors que les militaires murmuraient.

- Est-ce qu'on sait pourquoi ils se révoltent ?

Tous les regards se posèrent sur Mustang qui venait de poser cette question fondamentale, mais qui allait être mal reçue.

- C'est une obsession ! pesta le général. Vous et vos stupides scrupules.

- Mais monsieur…

- On ne connaît pas leurs motivations et on s'en contrefout Mustang ! Nous sommes là pour les mater, les écraser, ajouta-t-il en serrant le poing, et c'est ce qu'on va faire.

Les militaires recommencèrent à murmurer, inquiets. Le lieutenant Hawkeye resta stoïque, comme toujours, mais l'angoisse l'étreignit. Ca recommençait. Comme il y a treize ans. Les images des morts, des destructions, des survivants qui hurlaient leur douleur… Elle se mordit la lèvre inférieure et tenta de reprendre ses esprits pour suivre la suite de la réunion.

- Monsieur, protesta le colonel en se levant, nous ne pouvons pas…

- Taisez-vous un peu, Mustang, intervint Olivia en lui jetant un regard dépité.

- Quoi ?

- Le général a dit qu'on se fichait de leurs motivations, dit-elle. Monsieur, ajouta-t-elle en se levant et en se mettant au garde-à-vous, je pense qu'il faudra écraser les rebelles. Mais si nous faisons le ménage tout de suite, nous ne saurons pas qui se cache derrière tout ça.

- Vous n'avez pas tort Général de Brigade, approuva Hakuro en la regardant. Que suggérez-vous ?

- Envoyez des espions supplémentaires, monsieur, qui se fondront parmi les rebelles et nous tiendrons au courant de leurs mouvements. Et ensuite, nous leur apprendrons ce qu'il en coûte de s'opposer au Généralissime et à l'armée d'Amestris.

- Bien parlé Général Armstrong, dit Hakuro avec un sourire effrayant. Convoquez les meilleurs agents de renseignement à notre disposition, ajouta-t-il à l'attention de son aide de camp. Rompez !

Tout le monde salua et sortit de la salle pour rejoindre les tentes et les baraquements. Mustang, frustré par le déroulement de la réunion, retrouva rapidement son équipe qui l'attendait à la sortie de la salle.

- Colonel ? demanda Hawkeye en voyant l'expression soucieuse de son supérieur.

- Tout ça sent mauvais, répondit-il à voix basse. Ca rappelle de mauvais souvenirs.

- Sans l'intervention du général de brigade Armstrong il y aurait eu un massacre, fit remarquer Riza.

- C'est vrai que si elle n'était pas intervenue la discussion se serait sûrement envenimée entre le général et moi. Mais c'est reculer pour mieux sauter, ajouta-t-il en soupirant. Il faut comprendre ce qui se passe.

Il s'interrompit en voyant arriver Olivia Armstrong suivie de ses hommes de confiance. Elle ne lui adressa pas un regard, ainsi qu'à ses hommes, alors qu'Havoc lançait une œillade énamouré à la militaire.

- Merci pour votre intervention, lança Roy au moment où elle passait près de lui.

Elle leva les yeux au ciel en soupirant et lui lança un regard noir.

- Je ne vois pas de quoi vous parlez, répondit-elle d'une voix aussi dure que l'acier. Et pourquoi il me regarde comme ça, celui-là ? ajouta-t-elle en montrant Havoc qui la dévorait des yeux. Dites-lui d'arrêter ça tout de suite où c'est moi qui vais me charger de lui enlever cet air d'abruti du visage… définitivement.

Elle avait posé la main sur son sabre en disant ça mais la menace sembla passer loin au-dessus de Jean. Hawkeye avait bougé, presqu'imperceptiblement, portant sa main vers son holster de ceinture. Son geste n'avait pas échappé au général de brigade et les deux femmes se jaugèrent quelques instants. Aucune n'était décidée à baisser les yeux.

Finalement Olivia se détendit et lança un sourire carnassier à Riza qui reprit son impassibilité habituelle.

- Vous me plaisez, vous. Suivez-moi, ordonna-t-elle au lieutenant. On va boire un thé et vous allez me dire ce que vous faites avec cet incapable.

- Je suis sa nounou, répondit Hawkeye qui avait tout de suite saisi de qui elle parlait. Si je ne le surveille pas il ne fait rien.

- Ca ne m'étonne pas.

Les hommes les regardèrent s'éloigner, bouche bée et Mustang frissonna en les imaginant toutes les deux, cassant du sucre sur son pauvre dos innocent.

oOo

Edward et Emma avaient laissé la voiture à la gare de Resembool et c'est à pied, Black Hayate sur leurs talons, qu'ils firent le chemin jusqu'à la maison des Rockbell. Ed souriait en voyant la jeune fille regarder avec avidité autour d'elle, notant les collines verdoyantes, les maisons aux couleurs vives et les gens qui leur souriaient en les saluant.

Mais plus ils approchaient, plus le Fullmetal perdait son sourire. Emma s'en rendit compte et elle finit par marcher en silence à côté de lui, le laissant se replonger dans ses souvenirs. Quand ils passèrent devant les ruines d'une maison, au milieu desquelles poussaient des herbes folles, il ne dit rien mais elle remarqua la tension de ses épaules et surtout l'expression de son visage.

- Alors ? demanda-t-il d'un air détaché. T'en pense quoi ?

- De quoi ? De la ville ?

- Ouais…

- Et bien… C'est petit mais c'est mignon, les gens ont l'air d'être heureux, et…, répondit Emma en le regardant.

Deux petites filles se poursuivent dans les rues de la ville, au milieu des passants qui rient en les regardant. C'est une belle journée d'été et les gens sont aux terrasses des cafés, les marchands étalent leurs marchandises, le marché est animé, il fait bon vivre dans la petite ville. Elle se précipite dans les jambes de sa mère qui parle avec une autre femme, et la petite brune qui la poursuit en riant est déçue de ne pas avoir réussi à l'attraper. Emma rit et, à peine a-t-elle reprit son souffle qu'elle repart en courant entre les étals des marchands. Les deux femmes rient en les regardant et remarquent qu'elles ressemblent à deux sœurs.

- Et ? demanda Edward, étonné par son silence.

- Et… Et si les gens sont heureux, c'est tout ce qui compte, conclut Emma en regardant droit devant elle.

Ils continuèrent leur chemin en silence jusqu'à ce qu'ils arrivent en vue d'une grande maison jaune aux boiseries blanches. Ed se détendit et sourit, et il pressa le pas.

- C'est chez toi ? demanda la jeune fille.

- Oui, répondit-il alors que son sourire s'élargissait.

Sourire qu'il perdit rapidement alors qu'ils approchaient. Il avait l'impression d'avoir oublié quelque chose d'important, mais il ne voyait pas quoi… Soudain il vit Alphonse sortir en courant de la maison et se précipiter dans leur direction en faisant de grands gestes.

- Qu'est-ce que…, commença Emma en voyant cette grande armure courir vers eux.

- C'est mon petit-frère, dit Edward en éclatant de rire.

- T'es sûre que c'est toi l'aîné ?

- Tu as vu comme il est content de me voir ? fit l'alchimiste sans relever le sarcasme. Hey, Al ! ajouta-t-il en se dépêchant de le rejoindre.

- Fais attention ! cria son cadet, trop tard.

Emma vit un objet brillant arriver vers eux à une vitesse hallucinante et frapper Edward en pleine tête. Le jeune homme s'écroula sous le coup, l'empreinte d'une clé à molette s'imprimant sur son visage. La jeune fille se précipita près de lui pour vérifier qu'il allait bien, ou du moins qu'il respirait encore.

- Ed ! rugit une voix féminine.

Relevant les yeux, la jeune fille vit arriver une blonde, sans doute de son âge, avec des yeux bleus et de longs cheveux attachés en queue de cheval. Le bleu de travail qu'elle portait était maculé de graisse et elle tenait une clé à la main. Mais c'était surtout son expression qui était déroutante. Elle semblait furieuse, et elle était franchement effrayante.

Derrière elle trottinaient une vieille femme minuscule avec une coiffure défiant les lois de la gravité, et un chien noir avec un automail à la patte gauche. Emma se releva en voyant le regard furieux que la blonde posait sur Edward. Près de son frère, Alphonse tentait de se faire tout petit, ce qui n'était pas gagné.

- Pourquoi t'es déguisé comme ça ? cria-t-elle. Et c'est qui cette fille ? Oh et puis je m'en fous en fait ! Ca va pas d'être autant en retard ? Je me suis vachement inquiétée, moi !

L'alchimiste comprenait enfin ce qui lui échappait depuis qu'il était arrivé à la gare. Il avait omis d'enlever son déguisement, bien sûr, mais surtout, il avait totalement oublié de prévenir Alphonse qu'il allait avoir du retard. Là dernière fois qu'il lui avait parlé au téléphone, le soir de l'attaque d'Envy à l'hôtel, il lui avait dit qu'il prenait le premier train. Et ça datait déjà de plusieurs jours…

- C'est de ma faute, intervint Emma, on est passés près de Dublith et c'est moi qui ait voulu qu'on s'arrête voir son maître parce que j'étais curieuse…

Elle s'interrompit en voyant la tête que faisait Winry. Et même Al qui n'avait pas de visage semblait transpirer la peur par tous les… pores, de son armure. Ils frissonnaient en pensant à Izumi. A ce moment la vieille femme les rejoignit et Emma la regarda avec curiosité avant de poser les yeux sur Ed qui se redressait en grimaçant.

- Oh je vois, dit-elle, vous êtes de la même famille. C'est d'elle que tu tiens ta taille, euh, ton épi, reprit-elle en voyant l'expression furieuse du Fullmetal.

- Trop tard, murmura Winry en se bouchant les oreilles.

- Tous aux abris, ajouta Alphonse.

- Ca va pas ! crièrent ensemble Pinako et Edward.

-Tu oses me comparer à ce nabot coléreux ?

- Tu me comparer à cette vieille pomme ratatinée ?

La jeune fille regarda la blonde avec sa clé et son air pas commode, Alphonse qui se tassait dans son armure pour se faire oublier, sans succès, la petite vieille furieuse et Edward avec son empreinte de clé en plein milieu de la figure, et elle se demanda fugitivement où elle était tombée. Elle commença à faire une grimace, les larmes lui montant aux yeux. Et plus les autres la regardaient, perplexes, plus elle avait du mal à retenir son fou rire. Finalement elle n'y tint plus et elle éclata de rire, les larmes coulant sur ses joues, incapable de s'arrêter, surtout en voyant l'expression vexée du jeune alchimiste.

Black Hayate et Den, qui avaient fait connaissance, la regardèrent en penchant la tête, sans comprendre. Le fou rire d'Emma dura quelques minutes puis elle réussit à se calmer un peu, inspirant profondément, mais toujours secouée de spasmes. Ed, qui l'avait d'abord mal pris, souriait maintenant, appréciant de la voir rire aussi librement.

Ca avait au moins eu le mérite de détendre l'atmosphère, et finalement Ed put faire les présentations.

- Alors c'est elle Winry ? comprit Emma. Tu ne m'avais pas dit qu'elle était aussi jolie…

- Je l'adore ! cria la mécanicienne avec un sourire jusqu'aux oreilles, en serrant sa toute nouvelle meilleure amie dans ses bras.

Le Fullmetal soupira tandis que Winry entraînait une Emma surprise, et un peu inquiète de ce soudain changement d'attitude, jusqu'à la maison. Alphonse en profita pour se glisser discrètement jusqu'à son frère.

- T'exagère quand même, lança-t-il de sa petite voix haut-perchée.

- Hein ?

- T'aurais pu me le dire que tu voulais pas rentrer parce que tu t'étais trouvé une copine, insista Al d'un ton de reproche.

- Quoi ? Mais non ! cria son aîné en passant en mode « pivoine ».

- Non mais ça va, je m'en fiche moi, continua l'armure. Mais par contre, la ramener ici… fallait oser…

- Mais pourquoi ? demanda Ed qui ne comprenait décidément pas où il voulait en venir.

- En plus, blonde aux yeux bleus, c'est limite de la provocation… Tu cherches les problèmes.

- Mais elle est pas blonde en fait, c'est un déguisement, comme moi… Mais pourquoi ça serait un problème de toute façon ?

- Hey ! lança Winry qui était déjà arrivée devant la maison. C'est fini vos messes basses ? Dépêchez-vous un peu, votre amie vous attend.

- Notre amie ?

Al se frappa la tête du bras, ce qui produisit un curieux écho à l'intérieur de lui, et il se tourna vers son frère.

- J'avais complètement oublié, il y a…

- Scieska ? dit Ed en la voyant sortir sur le perron.

- Elle n'a pas voulu me dire ce qu'elle a, mais il y a un problème, l'informa Al.

Les deux garçons forcèrent l'allure et Ed salua la jeune femme en arrivant devant le perron. Mais il perdit son sourire en voyant son expression.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Emma qui avait remarqué la tension. Qui est-ce ?

- C'est l'une des assistantes de monsieur Hugues, répondit l'alchimiste. Pourquoi est-ce que tu es là ?

- Ed ! cria Scieska en se mettant à genoux sur le perron, malgré les protestions du jeune homme. J'ai besoin de ton aide.

- Mais pourquoi ?

- Pour venger la mort de monsieur Hugues !