Bonjour à tous les gens ! Je sais j'ai un jour d'avance (vous vous en plaignez ??^^). Merci à tous pour vos commentaires, je sais que je me répète mais c'est mon carburant préféré, qui me motive pour continuer et essayer de vous faire de beaux chapitres (j'ai dit essayer).

Les choses sérieuses commencent (ou continuent, à vous de voir) pour tous nos héros. Et Ed et Al vont enfin en savoir plus sur la disparition de Hugues (trop triste, c'était mon préféré). Je vous laisse découvrir leur réaction. J'espère que je n'ai pas fait d'OOC trop flagrant, c'est toujours ma grande crainte… J'espère que ça va vous plaire. Bonne lecture !


Chapitre 10

Une bourrasque plus forte que les autres balaya la rue d'Ambre et frappa de plein fouet l'homme qui avançait plié en deux, emmitouflé dans son manteau. La rue était vide à cette heure de la nuit et l'agent des renseignements de l'armée en profitait pour se déplacer discrètement. Il avait une planque, dans la cave d'une maison à l'abandon, dans laquelle il avait pu installer un poste de communication. Regardant prudemment autour de lui, il réussit à gagner la cave sans se faire remarquer et put ainsi se mettre à l'abri.

Une fois à l'intérieur il ne prit pas le temps de se réchauffer, il était en retard pour sa communication avec le général Hakuro.

- Mon Général ?

Au camp de l'armée, dans la grande salle, le général et les principaux gradés, qui attendaient tous avec une anxiété croissante d'avoir des nouvelles de l'homme, se ruèrent sur le téléphone.

- Qu'est-ce que vous foutiez ? s'exclama Hakuro. Vous êtes en retard.

- Pardon monsieur. J'ai réussi à infiltrer une réunion des rebelles ce soir, et elle vient de se terminer.

- Alors ? laissa échapper le colonel Mustang, tendu. Quelles sont leurs revendications ?

- Je… Je crois qu'ils n'en ont pas monsieur.

Le silence se fit dans la salle. Même Olivia avait l'air surprise par la réponse.

- Vous vous foutez de nous ?

- Non monsieur, répondit l'agent désemparé. C'est incompréhensible. C'est comme s'ils étaient entraînés par quelqu'un.

- Mais ils doivent bien réclamer quelque chose, intervint Hakuro, perplexe.

- Ils se plaignent, ils protestent, ils s'entraînent les uns les autres mais ils ne demandent rien.

- Je ne comprends pas, ragea le général en tapant du poing sur la table.

- Monsieur, intervint l'agent, là ils sont en train de s'échauffer en disant que si l'armée leur envoie le Flame alchemist et les hommes de Briggs, c'est pour les rayer de la carte, comme Ishbal…

Roy se tendit en entendant cela, pensant que les rebelles n'avaient pas totalement tort. Il jeta un regard derrière lui, vers le lieutenant Hawkeye qui se tenait en retrait, silencieuse. Leurs regards se croisèrent et il sut qu'elle pensait comme lui, les images d'Ishbal hantaient toujours leur mémoire à tous les deux. Il prit sur lui pour se reconcentrer sur la communication en cours.

- Ils sont armés, expliquait l'agent, mais pas entraînés. Mais ce sont des armes typiquement Drachmiennes.

- Je le savais, gronda Hakuro, ce sont forcément ces chiens qui sont derrière tout ça !

- Sauf votre respect monsieur, intervint l'espion, je ne pense pas que…

Sa phrase fut interrompue par un hurlement de douleur qui fit sursauter tous les militaires présents. Ils entendirent ensuite un râle suivi de bruits horribles, dégoutants, de mastication. La communication fut coupée alors que les gradés, pâles, se regardaient.

A Ambre, Lust retira ses ongles du corps de l'homme que Gluttony avait déjà commencé à dévorer. Elle eut un sourire blasé en regardant l'Homonculus se repaître du corps du militaire en poussant de petits cris de ravissement.

- Bon appétit Gluttony, lâcha-t-elle avant de se retourner.

oOo

Emma, appuyée contre la fenêtre de la cuisine, regardait dehors en écoutant les autres qui parlaient. Elle n'osait pas se mêler à la conversation ni s'asseoir avec eux, elle n'était qu'une étrangère qui arrivait dans un moment douloureux. Elle se retourna pour observer la scène.

Winry était en pleurs, assise près d'Alphonse. Le jeune garçon se sentait horriblement frustré par la situation. Il venait d'apprendre la mort de quelqu'un qu'il aimait beaucoup, un homme qui s'était toujours montré gentil avec lui et son frère, qui les avait protégés. Et là, non seulement il apprenait qu'on l'avait assassiné, mais en plus il était incapable de verser la moindre larme pour lui. Il supportait de plus en plus mal cette situation, et parfois il en voulait fugitivement à Edward qui, lui, ne pleurait jamais alors qu'il le pouvait.

- Sciezka, dit-il soudain, est-ce que tu peux tout me réexpliquer s'il-te-plaît ?

La jeune femme assise face à lui soupira. C'était au moins la troisième fois qu'elle racontait cette histoire, comme si Alphonse avait du mal à intégrer la vérité.

- Ça c'est passé juste après votre départ pour Resembool, expliqua-t-elle à nouveau. Après les évènements du laboratoire n°5, le général de brigade Hugues s'est lancé dans une grande enquête pour démasquer les coupables.

- C'est notre faute alors, murmura le jeune garçon d'une voix éteinte.

- Ne dis pas ça Al, s'écria Winry en le regardant de ses yeux pleins de larmes.

- Mais si on n'était pas allés dans ce foutu labo, comme on nous l'avait ordonné, monsieur Hugues serait…

- Arrête de te torturer Alphonse, intervint Pinako. Toi et Edward, vous n'y êtes pour rien.

Il n'était pas convaincu, ça se sentait, malgré tout ce qu'on pourrait lui dire. Emma regarda à nouveau par la fenêtre avant de sortir de la cuisine sans que personne ne le remarque. Elle arrivait au pire moment dans la vie des frères Elric, elle s'en voulait de leur imposer sa présence, elle avait l'impression de s'immiscer dans leur chagrin. Si seulement le colonel Mustang n'avait pas eu à partir dans le nord… Si elle savait se défendre seule, si elle comprenait pourquoi cet Homonculus voulait la tuer…

En réfléchissant elle avait fait le tour de la maison, espérant retrouver Black Hayate. Soudain elle s'arrêta, gênée. Le chien était bien là, mais il n'étais pas seul. Ed était là lui aussi. Il était assis sur une large souche d'arbre, la tête dans les mains. Il avait rapidement quitté la cuisine quand Sciezka avait commencé à raconter son histoire, et personne n'avait osé le suivre. Il n'avait pas réapparu depuis, il devait être là depuis tout ce temps.

Emma se sentait très mal. Elle ne voyait pas son visage mais sentait qu'il était mal et qu'il avait besoin d'être seul. Elle aurait voulu le réconforter mais elle ne s'en sentait pas le droit, elle avait l'impression de l'espionner. Elle voulut reculer discrètement pour le laisser tranquille mais il se redressa légèrement.

- Reste, dit-il simplement.

- Comment tu as su que c'était moi ? demanda la jeune fille avant de s'approcher de lui.

- Je sais pas…

Elle finit par le rejoindre et s'assit près de lui, en silence, Black Hayate s'allongeant à leurs pieds. Emma ne savait pas quoi dire, elle savait qu'aucun mot ne pourrait alléger la peine qu'il ressentait, tout ce qu'elle pouvait faire c'était rester près de lui et le soutenir par sa présence, en attendant qu'il soit prêt à lui parler.

Il hésita plusieurs fois avant de se reprendre la tête dans les mains, incapable de commencer.

- Ce n'est pas ta faute, dit-elle finalement en voyant sa détresse.

Il releva la tête et la regarda, surpris.

- Ça n'était pas difficile de deviner à quoi tu pensais, ajouta-t-elle en voyant son étonnement. Tu es du genre à toujours prendre tous les torts, à vouloir assumer la responsabilité de tout ce qui ne tourne pas rond dans ta vie ou dans celle des autres.

- Mais là…

- Là c'est pareil. Monsieur Hugues a été tué et c'est triste. Mais tu n'es pas responsable. Tu sais qu'Alphonse pense comme toi ? ajouta-t-elle en le regardant. Il s'accuse, il dit que si vous n'étiez pas allés dans je ne plus quel laboratoire, ça ne serait pas arrivé.

- Mais il n'a pas à se sentir coupable de ça, protesta le Fullmetal, c'est ma faute.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Al ne voulait pas y aller, c'est moi qui aie insisté. De toute façon, ajouta-t-il d'un air désabusé, c'est toujours ma faute. C'est moi qui aie voulu ramener notre mère, c'est moi qui aie voulu m'engager, et pareil pour le labo.

- Arrête !

Les deux jeunes gens sursautèrent et se retournèrent pour voir Alphonse posté derrière eux. Il était impossible de lire ses émotions, à cause de l'armure, mais on sentait pourtant sa colère, lui qui était toujours si doux.

- On était deux, à chaque fois ! Depuis le début, on est deux.

- Mais Al, je suis l'aîné, je dois prendre…

- Tu dois prendre soin de moi, je sais. Non mais tu t'entends ? C'est toujours toi, toi, toi ! Et moi alors ? Je suis aussi capable de prendre des décisions, si je te suis c'est en connaissance de cause. Alors arrête un peu de toujours tout prendre sur toi.

- Mais…

- Pas de mais, on est responsables, tous les deux.

Winry, Sciezka et Pinako les avaient rejoints et avaient tout entendu. Un silence pesant s'installa, qui fut finalement brisé par Emma.

- Non mais vous vous entendez tous les deux ? dit-elle finalement. Et vous, vous les laissez dire ça sans réagir ? ajouta-t-elle en regardant les deux mécaniciennes.

- Emma tu ne comprends pas, intervint Ed.

- Je comprends très bien, au contraire, vous êtes tous les deux si imbus de vous-mêmes que tout ce qui arrive de mal à votre entourage doit forcément être votre faute. C'est dingue ! Tout ne tourne pas toujours autour de vous. Des gens meurent tous les jours vous savez, et ça n'est pas à cause de vous il me semble.

- Mais là c'est…

- Non Ed, ce n'est pas toi qui as pressé la détente à ce que je sache ? Al non plus ? Alors arrêtez un peu de vous auto-flageller, ça ne sert franchement à rien.

Sur ces mots elle se leva et, suivie de Black Hayate, elle les planta là. Les autres femmes la suivirent également, sentant que les deux frères avaient besoin de se retrouver seuls. Edward regarda Emma s'éloigner, troublé, avant de se rasseoir sur sa souche d'arbre. Son cadet vint le rejoindre et s'installa sur le sol, près de lui.

- Sacré caractère ta copine, murmura le jeune garçon avant qu'un long silence ne s'installe.

- C'est pas ma copine, protesta finalement son aîné, pour la forme. C'est juste… Je suis sa nounou, rien de plus.

- Si tu le dis. Mais tu sais grand-frère, ajouta-t-il avec un sourire dans la voix, on dirait plutôt que c'est elle qui veille sur toi que l'inverse.

- Arrête ça…

- En tout cas elle a l'air… Euh… J'allais dire gentille mais j'en suis pas sûr en fait, dit Al. Je ne sais pas trop.

- C'est compliqué, soupira Edward.

- Quoi ? La situation ?

- Ouais, et elle aussi elle l'est.

- Oh.

Un nouveau silence s'installa entre eux, qu'ils répugnaient tous les deux à briser. Finalement Ed serra les poings.

- Al ! gémit-il. Il est mort.

- Ouais, répondit son frère. Plus jamais il ne nous montrera de photo d'Elysia en nous saoulant…

- Oh merde ! Elysia. Et madame Hugues. C'est pas juste, elle devraient pas avoir à vivre ça. Il faut peut-être qu'on les appelle, ajouta-t-il en se tournant vers son frère. Où alors il est trop tôt. Je sais pas comment faire.

- Trop tôt ? Mais d'après Sciezka ça fait déjà plusieurs semaines qu'il a été inhumé…

- Quoi ?

Le cri de l'alchimiste résonna dans le jardin, faisant s'envoler des oiseaux qui avaient élu domicile sur son frère. Il s'était levé et fixait l'armure d'Al, incrédule.

- Tu es parti avant qu'elle nous ait tout expliqué, rajouta Alphonse avant que son frère ne l'interrompe.

- C'est… Impossible, s'énerva Ed. On aurait été prévenus ? Pourquoi on l'a pas su ?

- C'est le colonel…

Les femmes qui s'étaient réunies dans la cuisine sortirent en courant en entendant un hurlement de rage venant du jardin. Elles s'y précipitèrent pour voir Ed, fou de colère, tapant du poing contre un arbre.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Winry, inquiète.

- Cet enfoiré de Mustang ! cria l'alchimiste. Sciezka ! ajouta-t-il en se précipitant vers elle et en la prenant sans ménagement par les épaules. Depuis combien de temps est-ce qu'il est mort ? Dis-moi !

- Aïe Ed, tu me fais mal…

- Depuis combien de temps ?

- Plus d'un mois !

Les yeux écarquillés, il la lâcha et recula de quelques pas. Il serrait les poings si forts que ses ongles laissèrent de petits croissants sanguinolents dans sa main de chair.

- Ed ! appela son frère.

- Je vais le tuer, dit-il plusieurs fois, de plus en plus fort. Je vais lui faire la peau ! hurla-t-il finalement en se laissant tomber à genoux. Pourquoi est-ce qu'il n'a rien dit ?

- Idiot ! intervint sèchement Pinako. C'est pour ça qu'il ne t'a rien dit, parce qu'il savait comment tu réagirais !

- Quoi ?

- Qu'est-ce que tu as envie de faire, là, maintenant ? Tu veux retourner à Central et tout retourner pour découvrir qui a tué Hugues et le venger ?

- Evidemment, s'énerva le jeune homme.

- Crétin, il a juste voulu vous protéger votre colonel, et tu devrais le remercier. Tu trouves que vous n'avez pas assez d'ennuis comme ça tous les deux ?

Le regard blessé que le jeune homme lui lança lui serra le cœur, mais la vieille femme ne broncha pas. Elle comprenait les motivations du militaire, même si elle détestait ce type. Il avait juste voulu les protéger.

- Je ne crois pas que ce soit la vraie raison, intervint Sciezka qui retenait sa colère elle aussi. Je ne suis pas d'accord. S'il avait juste voulu les protéger, il aurait continué l'enquête de son côté. Mais il n'a rien fait ! cracha-t-elle, au bord des larmes. Monsieur Hugues a tout fait pour lui, c'était soi-disant son meilleur ami, mais lui il les a laissé enterrer l'enquête juste pour avoir sa foutue mutation à Central ! Ce n'est qu'un lâche, un parvenu, un sale égoïste, un…

- Ca suffit ! la coupa sèchement Emma. Taisez-vous tous !

Tous les regards étaient tournés vers elle, et si elle comprenait leur colère et leur tristesse, elle ne pouvait pas les laisser parler comme ça de Roy, pas après tout ce qu'il avait fait pour elle.

- Je ne connais pas le colonel depuis longtemps, dit-elle, mais je sais qu'il n'est pas comme ça. Il l'a prouvé. Réfléchis un peu Ed ! Madame Rockbell a raison. Tu as vu ta réaction ? Il a juste voulu t'empêcher de foncer tête baissée, comme tu allais le faire. Il prend soin de vous, même s'il le fait à sa manière, comme il l'a fait avec moi. Alors…

- Excuse-moi, intervint Sciezka mais tu ne connais pas la situation.

- Et alors ? C'est vrai que je ne sais pas ce qui s'est passé et que je ne connaissais pas monsieur Hugues. Mais moi j'ai parlé avec Roy, longuement. Et s'il y a une chose que j'ai comprise sur lui, c'est que ses amis sont ce qu'il y a de plus précieux pour lui. Le général de brigade était son meilleur ami, vous pouvez douter de tout, mais pas de ça. Il ferait n'importe quoi pour ses amis, je le sais.

- Mais alors pourquoi il n'a rien fait ? insista Sciezka.

- Je ne sais pas, mais je suis persuadée qu'il avait une bonne raison. Toi tu l'as déjà jugé coupable, tu ne lui laisses même pas la possibilité de s'expliquer, ou de se défendre. C'est injuste. Laissez-lui au moins le bénéfice du doute, vous lui devez bien ça !

Elle s'interrompit, à bout de souffle. Ed n'avait rien dit, se contentant d'écouter. Ses arguments se tenaient, évidemment, mais la colère qu'il ressentait contre son supérieur était bien trop grande. Il se releva lentement.

- Ed ? demanda Alphonse en s'approchant. Je suis d'accord avec ton amie.

- Qu'est-ce que tu vas faire ? demanda Pinako.

- D'abord, répondit lentement l'alchimiste, je pense qu'il faut appeler madame Hugues mais… Je ne sais pas quoi lui dire.

- Je m'en suis occupée Ed, intervint Winry qui avait encore les larmes aux yeux. Je lui ai présenté nos condoléances à tous.

- Oh. Merci.

- Qu'est-ce que tu veux faire ? demanda son petit frère, inquiet.

Edward serra les dents, en proie à un terrible dilemme. Finalement il releva les yeux et regarda Emma.

- Rien pour l'instant. J'ai une mission.

- Quoi ? s'écria Sciezka. Mais qu'est-ce qu'il y a de plus important ?

- Je dois veiller sur elle, répondit Ed en fixant toujours la protégée de Mustang, semblant reporter sur elle la colère qu'il éprouvait à cet instant pour le colonel.

La froideur de son regard désarçonna complètement Emma. Il ne l'avait jamais regardée comme ça. Elle se sentit soudain très seule, et blessée par son attitude, mais elle soutint son regard jusqu'à ce qu'il tourne les talons et rentre dans la maison en claquant la porte.

oOo

La grande salle s'était rapidement vidée, mais Mustang était resté sur place. Il entendait encore les gargouillis et les horribles bruits de mastication qui avaient suivi le hurlement de l'agent des renseignements. Son instinct lui criait qu'il se passait quelque chose de grave, que ça n'était pas juste le meurtre d'un espion dans sa mission, qu'il y avait autre chose…

- Monsieur ? fit Hawkeye en lui tendant son manteau.

- Dites-moi lieutenant, demanda-t-il sans bouger, qu'est-ce que vous pensez de tout ça ?

- Pardon ?

- Je vous demande votre avis Hawkeye. Sur la situation, sur notre action ici, sur…

Il s'interrompit et se laissa tomber dans une chaise. Il se sentait fatigué. Le lieutenant scruta la salle des yeux, craignant que quelqu'un puisse les entendre, mais ils étaient absolument seuls.

- Tout ça sent mauvais, lança Roy d'un ton dépité. Ces révoltes… Elles n'ont aucun sens.

- …

- Et ces rebelles, ce sont juste de pauvres types, pas des militaires, ni des hommes entraînés. Pourquoi leur envoyer les soldats de Briggs ? Tout le monde connaît leur réputation. Surtout qu'en faisant ça le haut commandement met la forteresse de Briggs dans une situation délicate, quel est l'intérêt de dégarnir notre défense aux frontières ? Surtout si Drachma est mêlé à tout ça…

Riza ne répondit pas mais elle se sentait de plus en plus inquiète. Si quelqu'un l'entendait tenir de tels propos, ça pourrait être considéré comme de la sédition.

- Et pourquoi leur envoyer des alchimistes d'Etat si ce n'est pour les anéantir ? Ces types ont raison d'avoir peur, on est en train de dériver vers un nouvel Ishbal, c'est n'importe quoi !

Il s'interrompit en voyant Hawkeye sortir son arme et la braquer sur lui. Elle qui était d'habitude si impassible affichait soudain sa colère.

- Monsieur, dit-elle d'une voix un peu tremblante, qu'est-ce que vous faites ?

- Mais…

- Vous tenez de tels propos… Ici ! Est-ce que vous avez envie d'être envoyé en cours martiale ? Vous voulez tout gâcher ? Je n'ai pas fait tout ça, je ne vous aie pas suivi et protégé toutes ces années pour vous voir tout gâcher. Je ne le permettrai pas.

Mustang accusa le coup et se rendit soudain compte de l'endroit où il se trouvait. Elle avait raison. Qu'est-ce qui lui prenait ? Il soupira et tenta de reprendre une contenance, lui faisant son habituel sourire en coin, qui permit de désamorcer la tension entre eux. Riza baissa lentement son arme avant de la ranger dans son holster. Elle était redevenue parfaitement maîtresse d'elle-même, du moins en apparence.

- Monsieur, dit-elle en se mettant au garde à vous. Pardonnez mon insubordination manifeste, j'ai clairement manqué à tous mes devoirs et j'accepterai la punition que vous jugerez appropriée.

- Repos Riza, murmura-t-il en secouant la tête, se disant comme tous les jours qu'il était chanceux d'avoir une telle femme à ses côtés. On est entre nous et vous aviez raison. Je prends trop de risques en ce moment. Mais quand je vois tout ça… Tout recommence… Est-ce que vous vous souvenez ? lui demanda-t-il soudain en la fixant intensément.

La jeune femme hésita. Elle avait toujours mis des barrières très strictes entre eux, et le fait qu'il l'appelle par son prénom lui posait un problème. Mais elle sentait cette fois que ce n'était pas à sa subordonnée qu'il s'adressait… Et elle comprenait parfaitement les doutes qui le tenaillaient, sa peur de voir l'horreur recommencer, elle avait les mêmes craintes.

- Je me souviens de tout, répondit-elle finalement d'une voix douce en s'asseyant face à lui. Je n'étais pas au cœur des combats mais dans un sens c'était pire. Je tuais de loin, sans prendre de risque, lâchement.

- Arrêtez, intervint Roy. Vous nous avez sauvés plus d'une fois. Et vous obéissiez aux ordres, vous n'avez pas à vous sentir coupable.

- Ca ne change rien, je prenais quand même des vies. Vous aussi obéissiez aux ordres, ajouta-t-elle, et pourtant vous n'avez jamais pu vous défaire de votre culpabilité.

- Je les entends encore, dit-il doucement, perdu dans ses pensées. Les cris. Souvent je me réveille en sentant l'odeur de chair brûlé, je revois leurs visages…

- Ils nous hanteront toute notre vie, conclut Hawkeye. C'est notre croix, notre punition pour avoir pris tant de vies.

Il leva les yeux et leurs regards se croisèrent. Ils lurent chacun dans les yeux de l'autre la même souffrance contenue, et la peur que ça se reproduise. Ils se comprirent. Riza se leva, redevenant à cet instant le rigide lieutenant et tendit son manteau à son supérieur.

- C'est pour ça que je ne peux pas vous laisser mettre en péril votre carrière, monsieur. Un jour vous arriverez au sommet, ajouta-t-elle plus bas, et vous empêcherez ce genre de choses de se reproduire, à tout prix.

Mustang sourit et reprit son habituelle et irritante expression sûre de lui, arrogante. Elle avait raison, il ne pouvait pas prendre le risque de voir son projet échouer, il avait trop sacrifié pour en arriver là. Il se leva et prit son manteau des mains de sa subordonnée. Ensuite il fit quelques pas pour se placer devant elle, comme d'habitude. Mais alors qu'il la frôlait il posa sa main sur son bras et se tourna vers elle.

- Merci Riza, murmura-t-il si doucement qu'elle douta un instant l'avoir entendu.

Et comme s'il ne s'était rien passé il traversa la salle, la jeune femme sur les talons, et ils sortirent tous les deux dans le froid mordant du nord. La porte se referma sur eux et claqua. Ils traversèrent le camp rapidement pour aller retrouver leur équipe, sans s'apercevoir que quelqu'un les suivait des yeux. Sortant de l'ombre, Olivia fronça les sourcils avant de lâcher un léger sourire et d'aller retrouver ses hommes.

oOo

Lust regarda Gluttony se lécher les doigts avec délectation alors qu'il finissait de dévorer la dépouille de l'espion de l'armée. Elle avait l'habitude, ça ne lui arracha pas un froncement de sourcil, pas une grimace de dégoût. Elle essaya de se concentrer sur ce que lui disait son interlocutrice.

- Ca ne va pas assez vite !

L'Homonculus retint un soupir. Leur maîtresse était terriblement impatiente.

- Il va falloir accélérer un peu le mouvement, ajouta la femme.

- Comment est-ce que je fais ça ? demanda Lust.

- Il va falloir énerver un peu nos amis rebelles. Je te fais confiance pour trouver une idée, je sais que tu es pleine de ressource.

Et sur ces mots elle raccrocha avant que l'Homonculus ait pu répondre. Lust raccrocha le combiné de téléphone et fit signe à Gluttony de la suivre. Ils s'enveloppèrent tous les deux dans leur manteau et sortirent dans le froid. En pleine nuit les rues d'Ambre étaient totalement vides. Parfait. Elle allait avoir besoin de discrétion.

- Est-ce que je vais pouvoir manger Lust ? demanda Gluttony de son étrange voix presqu'enfantine.

- Pas cette fois, non. Pas cette fois.

Le lendemain matin, tout commença avec un hurlement. Tout le monde sortit de chez soi et se précipita à l'entrée de la ville, trouvant la femme qui avait crié évanouie sur le sol. Et elle ne fut pas la seule, alors que les hommes, une main devant la bouche, retenaient à grand peine leur nausée. Une bourrasque amena vers eux l'odeur de chair carbonisée, et même les plus résistants des rebelles craquèrent.

Devant eux il y avait le corps supplicié de leur porte-parole, attaché au sommet d'un poteau, faisant face au camp de l'armée. Sa peau était complètement brûlée, empêchant de voir les trous qui perçaient son abdomen, et son visage était figé dans une expression de terreur et de douleur intenses. Lust sourit sombrement en voyant les réactions des rebelles. Tout marchait comme prévu.

Le premier nom qui vint à l'esprit des rebelles en voyant le corps calciné de leur leader fut celui de Roy Mustang, le héros d'Ishbal, le Flame Alchemist. La colère les submergea. Ils n'avaient même pas encore essayé de parlementer…

- C'est ce foutu alchimiste d'Etat ! cria quelqu'un.

- Alchimiste au service du peuple, tu parles !

- Il nous faut sa tête !

Des acclamations suivirent ce cri, et les hommes levèrent le poing. Ils voulaient se battre ? Très bien… Deux des rebelles grimpèrent au poteau dans le but de récupérer le corps de leur ami pour lui offrir des funérailles décentes, mais ils tombèrent raides morts, le corps perforé de trous eux aussi. Tout le monde cria en voyant ça et la panique s'installa alors que Lust essuyait ses ongles sanguinolents.

- Des snipers ! hurla quelqu'un alors que les hommes se repliaient.

- Ils veulent faire un exemple…

- Aux armes ! hurla quelqu'un, son cri étant repris par toutes les voix.

Et ainsi commença le soulèvement d'Ambre qui devait entraîner le pays tout entier dans le chaos et la violence.

oOo

L'homme eut un sourire de loup en regardant par la fenêtre. Le dirigeant de l'empire drachmien n'osait pas croire à sa chance.

- Alors ? Je vous l'avais dit, c'est du tout cuit !

Il se retourna et jeta un regard perplexe vers l'étrange personne qui, actuellement assise sans façon sur son bureau, lui offrait Amestris sur un plateau. Envy laissa tomber le stylo avec lequel il jouait et se remit debout d'un bond.

- C'est incroyable, ça a été si rapide.

- Et oui mais on est efficaces, faut pas croire, répondit l'Homonculus avec un sourire inquiétant.

- Et qui est ce « on » ? demanda le chef de Drachma.

- Vous n'avez pas besoin de le savoir, croyez-moi.

- C'est injuste, vous savez tout de moi, vous.

- Dites vous que nous sommes juste des ennemis d'Amestris, tout comme vous. Vous savez ce qu'on dit, les ennemis de mes ennemis…

- Sont mes amis, oui, je connais l'adage.

Ils furent interrompus par des coups frappés à la porte. Il lança un dernier regard à Envy qui lui faisait son plus beau sourire, et ouvrit en grand les portes de son bureau, affichant de nouveau son sourire carnassier.

- Monsieur, dit son secrétaire, c'est confirmé, les premiers affrontements ont éclaté à Ambre, et on vient de me dire qu'un contingent des meilleurs hommes du général de brigade Armstrong avait abandonné la forteresse de Briggs pour mater le soulèvement.

- Parfait… Messieurs, clama-t-il.

Tous les hauts gradés de son armée qui attendaient sa décision se mirent debout, au garde-à-vous.

- C'est le moment que nous attendions tous. La guerre est déclarée.

Envy lâcha un petit rire et se rendit à la fenêtre. A des centaines de kilomètres de là, dans le bureau du président de la République démocratique d'Aruego, Sloth et Wrath observaient la même scène, souriants eux aussi. La guerre… Ca ne faisait que commencer.