Bonsoir à tous ! Bon et bien que dire… Pas grand-chose pour une fois^^ Je vais vous remercier, comme toujours, pour vos commentaires. J'espère que ce chapitre va vous plaire. N'hésitez pas à laisser une petite review pour me dire ce que vous en pensez ! Et bien sûr : bonne lecture.


Chapitre 10

La jeune femme brune raccrocha le combiné du téléphone avec un sourire réjoui. Mais loin d'éclairer son visage au teint de porcelaine, il ne fit que durcir un peu plus son expression. Elle passa une main dans ses cheveux coupés courts avant d'en placer une mèche derrière son oreille, dévoilant un carré de peau putréfié dépassant du col de sa lourde robe semblant dater d'un autre temps.

Elle grimaça et se plaça face à un grand miroir pour observer son cou attentivement. Elle commença à ouvrir le col de sa robe, puis le plastron, dévoilant le haut de son torse jusqu'à la naissance de ses seins. Son visage se tordit dans une expression de colère pure. Déjà. Elle n'utilisait ce corps que depuis quelques semaines et il montrait déjà des signes évidents de fatigue.

Elle faisait ça depuis des siècles, passant de corps en corps, mais à chaque fois son hôte résistait moins longtemps. Si ça continuait comme ça… Elle repoussa cette pensée avec colère et entreprit de se rhabiller avant de changer d'avis. Elle était énervée, mais elle venait d'avoir une idée qui l'aiderait assurément à se détendre. Elle se retourna en affichant un visage à la fois angélique et totalement diabolique. Son regard se porta sur l'homme prostré dans un coin de la chambre.

Arthur n'avait pas bougé depuis des heures et son corps était totalement engourdi, mais il ne s'en rendait même pas compte. La jeune femme était toujours surprise par son état. Il pouvait marcher seul, bouger, il pouvait manger seul si on l'aidait un peu. Il arrivait à tenir un crayon également. Il pourrait presque passer pour normal. Jusqu'à ce qu'on voit son regard.

Ses yeux étaient vides, dénués de la moindre étincelle de vie ou de compréhension, comme une poupée de chiffon. Comme s'il n'y avait plus personne à l'intérieur d'Arthur Silver. Il ânonnait quelques mots de temps à autres, des syllabes sans véritable sens. Et elle avait presque l'impression que, parfois, au fond de son esprit martyrisé par la Vérité, il restait encore quelques parcelles de la personne qu'il avait été, des bribes de souvenirs peut-être. A ces moments là, son regard reprenait un peu de vie, mais ça ne durait pas, comme la douleur qu'un amputé ressent parfois, le « membre fantôme ».

A ce moment précis, il avait les yeux braqués sur la grande carte d'Amestris qui était accrochée face à lui. Il la fixait depuis des heures, la bouche ouverte, une expression débile sur le visage. Si ce fameux colonel Mustang le voyait, son vieil ami, le génie de l'alchimie… La jeune femme sourit en pensant à ça. Elle s'approcha lentement de lui, comme un fauve tournant autour de sa proie.

- Tout se passe à merveille, susurra-t-elle. Bientôt Ishbal passera pour une simple bagarre de cour d'école à côté de ce qui se prépare.

Pas de réaction de son interlocuteur. Elle s'agenouilla face à lui et lui prit le visage dans les mains pour le forcer à la regarder.

- Pauvre chose décérébrée, murmura-t-elle sur un ton faussement compatissant. Est-ce qu'il reste quelques souvenirs quelque part là-dedans ? Ishbal, susurra-t-elle, cherchant une réaction. Est-ce que tu te souviens ? Le sang, les hurlements, l'odeur des corps carbonisés par ton cher ami Mustang ? Est-ce que tu te souviens de tous ceux qui sont morts par ta faute, de leur souffrance, des cris des mères qui trouvaient les cadavres de leurs enfants ? Toute cette souffrance que tu as infligée…

Un léger tremblement de ses lèvres fut la seule réaction d'Arthur. Le sourire de la femme s'élargit alors qu'elle lâchait le visage de sa victime pour prendre sa main droite. Elle la leva jusqu'à son visage et la posa sur ses lèvres.

- Tu imagines si c'était ta fille ? continua-t-elle alors qu'elle faisait descendre la main de l'ancien alchimiste jusqu'à son cou. Est-ce qu'elle ne mérite pas de souffrir ? Pour compenser tous les enfants que tu as torturés à Ishbal avec ton alchimie… Tu te rends compte qu'elle va payer pour tes erreurs ? Et tu ne peux rien y faire, tu ne t'en rends même pas compte. Quel genre de père es-tu, Arthur ?

Son sourire s'élargissait alors qu'elle le torturait, guettant une réaction. Elle passa sa langue sur ses lèvres et son regard se fit plus intense. Est-ce qu'il restait encore un homme dans cette coquille vide ? Elle fit lentement glisser sa main jusqu'à la naissance de ses seins et, si le visage d'Arthur ne traduisit aucune émotion, son souffle s'accéléra sensiblement. Bien...

Elle le releva et, le tenant toujours par la main, le conduisit jusqu'à l'immense lit à baldaquin qui trônait au centre de la chambre. Elle l'allongea sur le lit et il se laissa faire, même quand elle lui ôta ses vêtements. Il était d'une saleté repoussante mais malgré sa barbe maculée et ses cheveux trop longs, on voyait encore des traces de l'homme séduisant qu'il avait été. La femme enleva sa lourde robe, dévoilant son corps putréfié, et elle le rejoignit, s'installant à califourchon au-dessus de sa victime.

- Arthur, murmura-t-elle. Oh mais tu ne connais même pas mon nom, réalisa-t-elle avec un petit gloussement. Tu peux m'appeler Dante, ajouta-t-elle avant de se pencher vers lui et de déposer un baiser sur ses lèvres, sans voir la tristesse qui envahissait les yeux de l'homme. Dante…

Arthur, plus jeune et resplendissant dans son uniforme d'alchimiste d'Etat flambant neuf, regarde sa femme avec amour. Ils sortent de l'église et sont acclamés par leurs invités qui leur jettent du riz et des pétales de fleurs. Les deux jeunes gens rient et s'embrassent sous les vivas. Mary est radieuse dans sa robe blanche et le jeune homme a dû mal à croire à son bonheur.

Toute la journée passe comme dans un rêve. Le vin d'honneur, les félicitations, le repas, la première danse sous les regards attendris de leur famille et de leurs amis. Et la fin de la soirée est certainement l'un des meilleurs moments quand, arrivant enfin devant leur petite maison, il prend sa magnifique femme dans ses bras et lui fait passer le seuil de la porte jusqu'à leur chambre, où il la lâche enfin. Ils échangent un baiser passionné et commencent à enlever leurs vêtements de cérémonie, presqu'avec urgence, brûlant de se découvrir enfin. Mary rit quand il pose une main sur son ventre et lui murmure à l'oreille qu'il veut avoir une fille.

oOo

King Bradley s'installa plus confortablement dans son fauteuil et sourit en enlevant son bandeau, révélant son œil artificiel portant la marque de l'Ouroboros. Il cala le combiné du téléphone dans le creux de son cou et consulta rapidement le courrier qui avait été déposé sur son bureau.

- Tu as fait du bon travail à Ambre, Lust, dit-il. Maintenant tu dois aller à Lior. Ca ne devrait pas être trop difficile de les faire se soulever, surtout si Scar est dans les parages.

- Et depuis quand c'est toi qui donne les ordres ? répondit l'Homonculus.

- Sois une gentille fille et obéis sans discuter à ton « grand-frère », rétorqua Bradley d'un ton menaçant.

Lust allait répondre mais il raccrocha soudainement en entendant des coups frappés à la porte de son bureau. Il remit en place son bandeau et dit à l'importun d'entrer. Un militaire obéit, l'air très mal à l'aise.

- Excusez-moi de vous déranger monsieur, dit-il en s'inclinant. Mais votre secrétaire n'est pas là et c'est assez urgent.

- Je lui ai donné des congés pour une affaire… familiale, répondit le Généralissime avec un sourire engageant. Qu'y a-t-il ?

- Monsieur, je… Des informations ont filtré sur la situation dans le pays, personne ne comprend comment, les ordres étaient pourtant clairs…

- Faites voir, ordonna Bradley.

Le militaire qui n'en menait pas large sortit le journal qu'il gardait dans son dos et le tendit au dictateur. Celui-ci s'en saisit et regarda la une, pensif. Une photo d'un rebelle s'étendait en première page et le journal décrivait par le détail l'émeute qui s'était déclarée à Ambre, l'envoi des hommes de Briggs et de Mustang pour la mater, et les différentes révoltes qui éclataient partout dans le pays.

- Comment ça a pu se produire ? gronda Bradley, qui connaissait parfaitement la réponse. Aucune information ne devait filtrer !

- Je ne sais pas monsieur, mais nous allons trouver les responsables, soyez-en…

- Monsieur !

Son aide de camp entra sans cérémonie dans le bureau, essoufflé, un papier dans sa main tremblante. Le Généralissime s'était levé et le premier militaire s'était tendu en entendant un début de panique percer dans la voix du nouveau venu.

- Que se passe-t-il encore ?

- Monsieur c'est… nous… Drachma… Aruego…, haleta-t-il.

- Et bien ? aboya Badley qui avait du mal à réprimer un sourire de contentement devant ces derniers évènements.

- Ils nous déclarent la guerre !

oOo

Emma ferma les yeux et sourit en sentant le soleil sur son visage. Elle était assise sur le perron de la maison des Rockbell, Black Hayate allongé à ses pieds. La journée était parfaite, un grand soleil, un ciel bleu sans nuage, une légère brise qui faisait voleter quelques mèches de ses cheveux.

Elle rouvrit les yeux et son regard se voila alors qu'elle perdait son sourire. Elle avait enfin retrouvé sa véritable couleur de cheveux, ainsi que cette mèche qu'elle détestait tellement. Ed, lui, avait retrouvé sa blondeur mais pas son sourire.

Elle soupira. Depuis la veille il ne lui avait pas adressé la parole, il évitait même de simplement poser les yeux sur elle, comme si la voir réactivait sa colère. Elle comprenait qu'il ne veuille pas passer de temps avec elle et elle avait soigneusement évité de croiser son chemin, même si ça lui coûtait. Elle se sentait seule, elle ne s'était pas rendu compte à quel point elle s'était habituée à l'avoir à ses côtés.

Ils s'étaient pourtant retrouvés seul à seul lorsqu'il lui avait redonné sa couleur naturelle. Elle était entrée timidement dans sa chambre, gênée en voyant qu'il était torse nu avec simplement une serviette autour du cou, ses cheveux blonds dégoulinants d'eau. Elle s'était un instant inquiétée qu'il voit la rougeur qui colorait ses joues mais c'était inutile, il ne lui avait même pas accordé un regard.

Elle s'était assise sur une chaise et avait dénoué ses cheveux, attendant avec appréhension qu'il s'approche d'elle. Ca avait été pire que ce qu'elle imaginait. Quand il avait posé ses mains sur sa tête il avait hésité et elle avait senti sa tension, comme si la toucher était une épreuve pour lui. Elle avait ressenti une grande déception, sans comprendre pourquoi elle éprouvait ce pincement au cœur.

Il lui avait rapidement rendu sa chevelure foncée avant de quitter la chambre sans un regard pour elle, en claquant la porte, la laissant seule et plus désemparée qu'elle ne l'avait été depuis leur rencontre.

Elle soupira et s'étira longuement, appréciant la chaleur du soleil qui délassait ses muscles tendus. Black Hayate leva les yeux vers elle et elle sourit en le caressant. Heureusement qu'il était là, elle se sentait un peu moins seule grâce à lui, mais il ne remplaçait pas la présence d'Ed, leurs discussions à bâtons rompus, leurs taquineries aussi, qui lui manquaient terriblement, ou simplement la présence rassurante du jeune alchimiste à ses côtés.

Elle ne lui en voulait pas pour son silence et son hostilité, elle comprenait sa colère. Il venait de perdre quelqu'un d'important pour lui et il avait besoin d'en vouloir à quelqu'un. Si ça lui faisait du bien, elle acceptait d'être cette personne. Même si c'était difficile elle le supportait, elle savait trop bien ce que c'était de perdre un être cher.

Assise sur le perron de la maison de sa meilleure amie, âgée de neuf ans, elle fait des grimaces et les deux petites filles éclatent de rire. Elle reste quelques semaines chez eux pendant que sa mère est à Central pour son exposition. Soudain elles entendent un cri venant de la cuisine et le bruit de vaisselle qui se brise sur le sol. Elles se précipitent à l'intérieur et s'arrêtent, inquiètes.

La mère de son amie pleure, une main devant la bouche, tandis que son père raccroche lentement le téléphone. Le regard qu'il pose sur Emma lui glace le sang. Son amie rejoint sa mère qui la prend dans ses bras. Son père s'approche d'Emma, s'agenouille devant elle et pose ses mains sur ses épaules. Elle a un horrible pressentiment. Il hésite mais finit par lui dire qu'il y a eu un horrible accident… Sa maman…

- Emma ?

La jeune fille sursauta. Perdue dans ses pensées elle n'avait pas entendu Alphonse et Winry s'approcher. Les deux adolescents s'assirent près d'elle, de chaque côté, et le silence s'installa quelques instants. Den, qui les avait suivis, s'installa près de Black Hayate et les deux chiens se couchèrent pour profiter du soleil.

- Il ne faut pas lui en vouloir, dit finalement Alphonse, l'air gêné.

- Ed est comme ça, ajouta Winry en venant au secours de son ami.

- Depuis la mort de maman grand-frère est toujours en colère. Pardon pour… tout ça.

- Arrête un peu de t'excuser, répondit enfin Emma en lui souriant.

- Oui, décidément on dirait que je ne peux pas m'en empêcher.

Le silence s'installa à nouveau entre eux. Al et Winry se sentaient assez mal à l'aise devant le mutisme d'Emma.

- Je ne lui en veux pas, dit-elle finalement. Je le comprends. C'est vrai que dans un moment pareil je suis un poids pour lui.

- Mais non, s'exclama Winry.

- Si, je suis sa mission.

- Je suis sûre qu'il a juste dit ça parce qu'il était énervé, il ne pense pas à toi comme à un fardeau, crois-moi.

Elle ne semblait pas convaincue et Alphonse s'en voulut pour son frère qui avait manifestement fait de la peine à la jeune fille. Winry, elle, la regardait avec attention, détaillant ses traits. Cette fille l'intriguait.

- Pourquoi est-ce qu'Ed te protège ? lança-t-elle à brûle pourpoint. Tu es une alchimiste toi aussi ?

- Non je… Enfin…, hésita Emma.

- Winry ! intervint Alphonse. Elle n'a peut-être pas envie de tout nous raconter.

- C'est vrai, pardon, s'excusa la blonde, je suis indiscrète.

- C'est pas ça, je vous assure, c'est juste que… Je ne suis pas sûre d'avoir le droit de vous parler de tout.

- Ed m'a dit qu'Envy te pourchassait, lui dit le jeune garçon.

- Et moi je suis au courant pour les Homonculus, ajouta Winry.

- Oh… Et bien, en fait je ne peux pas vous dire grande chose, dit Emma. Le colonel Mustang a demandé à Ed de me protéger car lui a été envoyé mater une révolte dans le Nord.

- Une révolte ? s'étonna Al. Mais personne n'en parle… Etrange, ajouta-t-il avant que le silence ne s'installe à nouveau entre eux.

Dans la cuisine, Edward était appuyé contre le mur et observait son frère et les deux jeunes filles par la fenêtre. Son regard était fixé sur Emma, il regardait son dos et sa nuque délicate dévoilée alors qu'elle avait attaché ses cheveux en chignon. Il soupira. Il s'en voulait de ce qu'il avait dit hier, mais il était tellement en colère contre ce con de colonel à ce moment là, et même contre le monde entier, que les mots étaient sortis de sa bouche sans qu'il puisse les arrêter.

Et maintenant, il était gêné. Il s'en voulait mais, surtout, il craignait que la jeune fille ne soit en colère contre lui. Il aurait voulu s'excuser mais elle l'évitait, et lui n'osait même plus la regarder. Il avait l'impression de lui avoir fait de la peine. C'était pourtant la dernière chose au monde qu'il voulait. Il soupira à nouveau. Parfois il regrettait de l'avoir rencontrée, sa vie était beaucoup plus simple avant quand il ne s'occupait que de lui et de son frère, sans se soucier de ce que les autres pouvaient ressentir ou penser de lui.

Mais c'était faux, en fait, il ne regrettait absolument pas sa rencontre avec Emma. Elle était devenue importante pour lui, et sa présence à ses côté lui manquait, même ses piques incessantes ou ses sautes d'humeur. Il savait qu'il devait s'excuser. Mais c'était difficile, il ne savait pas vraiment comme faire. Les femmes étaient un vrai mystère pour lui et il avait déjà remarqué, avec Winry, qu'en général il disait toujours le contraire de ce qu'il fallait, et qu'il s'y prenait très mal.

Il avait essayé pendant qu'il lui rendait sa couleur de cheveux. Mais il l'avait sentie si distante et gênée avec lui qu'il avait hésité. Et quand il avait voulu la toucher, il s'était senti idiot, maladroit, incapable…

- Cette fille est en danger ?

Il se retourna vers Pinako qui s'était approchée de lui et regardait par la fenêtre elle aussi.

- Ouais.

- Qui est-ce ?

- C'est compliqué, répondit-il simplement.

Ils furent interrompus par un petit cri de surprise et ils se retournèrent pour voir Sciezka se précipiter sur la radio, posée au fond de la cuisine, et remonter le son. Al et les deux adolescentes rentrèrent dans la maison, surpris, et ils se réunirent tous autour du poste.

- Ceci est un communiqué officiel de l'Etat-major du glorieux empire d'Amestris. De graves émeutes ont éclaté dans le nord du pays. Dans le même temps, nos ennemis héréditaires Drachma et Aruego ont profité de ces troubles pour attaquer nos frontières. Les premiers affrontements ont eu lieu dans le nord, dans la région de Briggs, et les premiers rapports font état de nombreuses pertes dans les rangs amestrisiens…

- Non, murmura Emma, les yeux écarquillés. Roy…

Ca n'était pas possible, pas juste. C'était le premier adulte qui montrait de l'intérêt pour elle depuis… Elle ne savait pas depuis quand, mais... Il s'était inquiété pour elle, et il avait promis de prendre soin d'elle. Il ne pouvait pas mourir. Désemparée par ces émotions qu'elle ressentait mais qu'elle ne parvenait pas à comprendre, elle chercha le regard d'Edward.

Le jeune homme était toujours en colère et penser à Mustang n'arrangeait rien, même s'il ressentait surtout de l'inquiétude pour son supérieur et son équipe. Mais quand il croisa le regard d'Emma il lut une telle détresse dans ses yeux qu'il mit tout ça de côté. Il s'avança vers elle et la prit dans ses bras, laissant la jeune fille s'accrocher à lui pour essayer de calmer ses tremblements, tentant de la rassurer par sa présence. Il ne sentit pas le regard de Winry posé sur eux, surpris et peiné.

oOo

Les balles sifflaient autour de Mustang mais il ne s'en souciait pas, seul son objectif comptait. Il se redressa et voulut claquer des doigts mais une main le saisit par le col et le tira en arrière, juste à temps pour éviter une balle qui frôla sa joue et y laissa une coupure sanguinolente.

Hawkeye avait suivi des yeux la trajectoire de la balle. Elle épaula son fusil, visa et tira, si rapidement que c'en était presque gracieux. Le sniper embusqué s'écroula, touché en pleine tête, et la jeune femme se remit à couvert.

- Lieutenant…

- Vous êtes dingues ? cria-t-elle, oubliant toute retenue. Vous voulez vous faire trouer la peau ?

- Mais…

- Arrêtez de jouer les kamikazes, compris ? Vous me rendez la tâche encore plus difficile.

- Vous oubliez à qui vous parlez, s'énerva le colonel, encore secoué d'avoir échappé de justesse à la mort. Et il faut à tout prix atteindre notre objectif, peu importent les risques.

- Ne dites pas n'importe quoi, répliqua Riza en le regardant. Votre objectif principal ce n'est pas juste de mettre le feu à un immeuble et de tuer quelques rebelles, il est bien plus important. Vous le savez, et mon boulot c'est de vous protéger jusqu'à ce que vous l'ayez atteint. Alors arrêtez de vous mettre en danger comme ça et laissez-moi vous couvrir… mon colonel, ajouta-t-elle pour la forme.

Roy resta silencieux, la regardant fixement, avant de tourner la tête pour cacher le sourire qui étirait ses lèvres. Elle avait raison. Son objectif final était d'arriver au sommet, pour que plus jamais il n'y ait de massacres de ce genre. Et comment pourrait-il échouer avec un tel ange gardien pour veiller sur lui ?

Un mouvement à sa gauche attira son attention. Le groupe mené par Havoc prenait position, restant le plus possible à couvert pour éviter les snipers rebelles. Heureusement pour eux, si leurs ennemis étaient lourdement armés, ils n'avaient reçu aucune formation et ne savaient pas vraiment comment se battre contre des militaires surentraînés.

Hawkeye lui fit un signe et, avec les hommes qui composaient leur groupe, elle commença à tirer pour couvrir le colonel qui se jeta en avant jusqu'à s'abriter derrière un mur à demi écroulé, près de leur objectif. La jeune femme le rejoignit rapidement et fit signe aux autres soldats de prendre position. Ils encerclaient le bâtiment dans lequel les rebelles se terraient.

Mustang leva la main droite et se prépara à claquer des doigts. Tout le monde se tendit. Mais rien ne vint. Riza se retourna et vit son regard, vide, sombre, alors qu'il regardait cette main qui avait déjà causé tant de morts. Les mêmes souvenirs hantaient leur mémoire. Ca ne dura qu'un instant, il se reprit rapidement et c'est finalement avec un regard déterminé qu'il claqua des doigts. Le bâtiment s'embrasa aussitôt et des cris retentirent à l'intérieur alors que les rebelles essayaient d'éteindre l'incendie.

Mais l'équipe d'Havoc s'était approchée assez près pour arroser le bâtiment d'huile, et y déposer des combustibles, et rapidement le feu ne put plus être maîtrisé, malgré la neige qui l'entourait. Les rebelles sortirent rapidement et furent cueillis par les balles de l'équipe d'Hawkeye qui les fauchaient sitôt qu'ils posaient le pied dehors. Ceux qui suivaient voulurent se retrancher dans le bâtiment qui flambait.

Mais ils ne tinrent pas longtemps et, lorsque les flammes atteignirent leurs vêtements, ils se précipitèrent dehors et se jetèrent dans la neige pour les éteindre, avant d'être atteints par les balles des soldats amestrisiens. Ceux qui leur échappèrent n'allèrent pas loin, ils furent consumés sur place par les flammes de Mustang. Tout fut terminé rapidement et les soldats du bataillon mené par le colonel investirent les lieux pour éteindre l'incendie et vérifier qu'il n'y avait pas de survivants.

L'opération était un succès total et les hommes félicitèrent chaleureusement leur meneur, qui recevait les acclamations sans les entendre. Riza et Havoc furent également chaudement félicités par ces hommes. Les soldats avaient tous remis leur vie entre leurs mains, et ils appréciaient de les voir combattre en première ligne, comme eux.

Suivi comme son ombre par ses lieutenants, le colonel rejoignit rapidement le camp où logeait l'état-major. Tout ce qu'il voulait à ce moment c'était s'écrouler sur son lit de camp, fermer les yeux, et dormir jusqu'à ce que cette foutue guerre soit terminée. Mais il n'arriva pas jusqu'à sa tente, des éclats de voix l'arrêtèrent.

Il suivit les cris et approcha des quartiers réservés à Olivia Armstrong et aux hommes de Briggs. Autour de la tente de la Générale de brigade, les hommes baissaient les yeux, essayant de se faire tout petits pour ne pas risquer de provoquer la fureur de leur supérieure. En voyant Mustang et ses hommes qui s'avançaient vers la tente sans crainte ils frémirent. Des suicidaires…

L'alchimiste d'Etat commença à soulever le battant de la tente pour entrer quand la pointe d'un sabre se posa sur sa gorge. Il sentit plus qu'il ne vit Hawkeye sortir son revolver d'un geste et le pointer sur la tête d'Olivia. Tout le monde retint son souffle. Les deux femmes s'affrontaient du regard et le colonel commençait à se demander laquelle cèderait la première. Finalement quelque chose passa entre elles et elles baissèrent leurs armes en même temps, sans les ranger.

- Vous pourriez prévenir avant d'entrer comme ça ? aboya le Générale de Brigade en se retournant et en les invitant à la suivre. Vous avez envie de mourir ? Qu'est-ce que vous voulez ?

Roy la suivit, ainsi qu'Hawkeye, tandis que Jean était invité à rester dehors. Il dut se contenter d'écouter la douce et mélodieuse voix de l'amour de sa vie, répétant aux soldats de Briggs qu'ils étaient les plus heureux des hommes d'être sous les ordres de la plus parfaite créature foulant cette Terre, malgré l'air rien moins que convaincu de ses interlocuteurs.

- On vous entend hurler dans tout le camp, dit Roy en regardant autour de lui. Qu'est-ce qui se passe ?

- Je vous en pose des questions ? rétorqua Olivia d'un ton mordant.

Puis elle soupira et se passa une main dans les cheveux. Le colonel attendit qu'elle en dise plus, il savait qu'elle lui parlait systématiquement sur ce ton, par habitude.

- Les troupes de Drachma ont attaqué Briggs, dit-elle finalement, sa main serrant la poignée de son sabre. Ils ont osé… attaquer… ma forteresse !

- Comment ça se passe ?

- Comment voulez-vous que ça se passe ? cracha-t-elle. Mal forcément, je ne suis pas là-bas pour la protéger et mes meilleurs hommes sont ici. Quelle connerie… Nous devrions être sur place pour protéger la frontière, pas ici à massacrer une bande de paysans qui savent à peine tenir une arme !

Elle avait soigneusement baissé le ton en prononçant cette dernière phrase mais sa colère contenue était encore plus terrifiante que ses hurlements.

- Le Général Hakuro va sûrement vous autoriser à regagner la forteresse, avança Mustang avant de s'interrompre en voyant son regard.

- Il refuse.

- Quoi ? s'exclama le colonel, sincèrement surpris. Mais c'est n'importe quoi, la situation est sous contrôle ici, on n'a pas besoin de vous.

- Vous croyez que je ne le sais pas ? Ca n'a aucun sens… Mais les ordres viennent d'en haut.

- Ils dégarnissent la frontière au moment où Drachma attaque, murmura Roy, perplexe, en faisant les cent pas. Ils dispersent les alchimistes d'Etat aux quatre coins du pays…

- Diviser pour mieux régner, dit Olivia à voix basse.

Les deux militaires se fixèrent en silence. Quelques minutes passèrent avant que Mustang ne sorte de la tente d'Olivia, sous ses railleries. Il la salua avec courtoisie, lui adressant son plus beau sourire, et les soldats ricanèrent. La générale était égale à elle-même. Havoc, de plus en plus amoureux, emboîta le pas à son supérieur et sa camarade.

L'alchimiste regagna rapidement sa tente et s'écroula sur son lit de camp, sans même prendre le temps d'enlever son manteau. Mais il ne dormit pas. La phrase d'Olivia tournait et retournait dans sa tête, ainsi que tout ce qu'il avait crû comprendre après la mort de Hugues. Il avait bien compris que son ami avait enquêté sur les hautes sphères de l'armée, et que ça lui avait coûté la vie.

Et il avait été à Ishbal, et maintenant il voyait la situation dégénérer à nouveau, sans que rien ne soit fait pour l'empêcher, bien au contraire. Ces émeutes et leurs voisins qui leur déclaraient la guerre au même moment. Tout était lié, il le savait. Il y avait quelque chose de pourri dans l'armée d'Amestris, mais il commençait seulement à se rendre compte de l'ampleur du problème.

Il finit par s'endormir au beau milieu de ses réflexions mais son sommeil, loin d'être réparateur, fut peuplé de cauchemars terrifiants où les voix de son ami Maes et des hommes qu'il avait tués aujourd'hui se mêlaient dans une longue plainte.