Bien le bonjour chers lecteurs et lectrices !!! Hum… Comment ça je suis trop enthousiaste pour être honnête ? Mais alors… Pas du tout du tout. Je proteste énergiquement. Je vous sers aujourd'hui un long chapitre, très… euh… Comment dire ça ? Bon ok j'avoue, un chapitre où il ne se passe rien. Appelons-le un chapitre de transition si vous voulez bien (et même si vous ne voulez pas en fait^^). J'espère qu'il vous intéressera quand même un petit peu, et je vous promets un retour de l'action dès le prochain chapitre.
Bonne lecture !
Chapitre 13
- L'alchimie comporte trois phases, récita Edward, les yeux plongés dans un livre. Compréhension, décomposition et reconstruction. Explique-moi ce que ça veut dire.
Il leva les yeux et vit qu'Emma regardait par la fenêtre et qu'elle n'avait pas du tout entendu ce qu'il venait de lui dire. Elle semblait complètement perdue dans ses pensées, comme souvent ces temps-ci. Il grogna.
Ça faisait environ une semaine qu'elle lui avait demandé de lui réapprendre l'alchimie. Il se souvenait encore de sa réaction quand il avait ouvert la porte de leur bureau, à Al et à lui.
- Tu ne veux pas entrer ?
- Si…
Mais elle était restée longtemps sur le pas de la porte. Elle essayait de paraître impassible, mais il lisait sur son visage le conflit qui l'agitait, comme dans un livre ouvert. Cette répulsion qu'elle éprouvait pour l'alchimie… Il ne comprenait pas pourquoi, mais rien que l'idée d'entrer dans le bureau et de toucher ses livres la faisait trembler.
Mais d'un autre côté, elle l'avait vraiment supplié pour qu'il lui donne des leçons. Lui avait hésité car il sentait qu'elle n'en avait pas réellement envie. Mais elle avait insisté jusqu'à ce qu'il cède. Il y avait de l'urgence dans sa voix à ce moment là, mais il ne comprenait pas ce qui la poussait à se lancer là-dedans. Il soupçonnait que ça avait quelque chose à voir avec ce qui s'était passé à Dublith, mais elle refusait de s'expliquer.
Il était resté de longues minutes à la regarder en silence, elle toujours bloquée à l'entrée du bureau. Il aurait voulu trouver les mots, mais il avait peur d'être maladroit. C'était difficile pour lui, jusqu'à maintenant il n'avait jamais fait preuve de tact, ni de délicatesse, avec personne. Comment devait-il s'y prendre pour lui faire comprendre qu'il était là pour elle ? Finalement il avait cessé de se torturer l'esprit et s'était approché d'elle.
La détresse qu'il avait lue dans son regard avait achevé de le décider. Il lui avait doucement pris la main, délicatement, comme s'il craignait de la casser. Et il l'avait faite entrer dans le bureau, pas à pas, avant de refermer la porte derrière eux.
- Emma ? appela-t-il en refermant son livre dans un claquement.
La jeune femme sursauta et le regarda, confuse.
- Alors ? La réponse ?
- La… réponse…, murmura-t-elle, cherchant à gagner du temps.
- Tu veux peut-être que je te répète la question ? demanda Ed avec un regard sévère. Vu que tu n'écoutais pas.
- C'est faux, mentit-elle avec aplomb.
- Mais tu es d'une mauvaise foi ! s'exclama-t-il en se mettant debout.
Ils étudiaient assis sur le sol, au milieu de piles de livres et de notes. C'était leur cinquième jour d'étude mais ils n'avançaient pas, Ed n'ayant rien d'un pédagogue, d'autant plus qu'il n'était pas connu pour sa patience, et Emma se montrant particulièrement rétive. Elle avait l'esprit de contradiction et était d'une mauvaise foi incroyable, et le cocktail des deux tapait sur les nerfs du jeune alchimiste.
- C'est toi qui m'as demandé de te donner des leçons, s'énerva-t-il. La moindre des choses c'est d'écouter ce que je te dis. Si t'es pas attentive et concentrée tu n'y arriveras jamais !
- D'accord, j'ai compris, répondit la jeune fille en levant les yeux au ciel. Mais tu peux me dire pourquoi on doit rester enfermés ici pour étudier ? On ne pourrait pas sortir prendre l'air, profiter un peu du beau temps ?
- Profiter du beau temps ? ironisa le jeune homme. Tu veux pas non plus un truc à boire et de quoi grignoter ? Et puis tant qu'à faire je te sors la chaise longue ?
- Et c'est reparti, grommela Emma avec une grimace.
- On étudie dans un bureau, avec des livres, et des notes, continua Edward. Pas en jouant les filles de l'air.
- Tu exagères, s'emporta-t-elle en se levant. Tu sais très bien que je ne supporte pas de rester enfermer comme ça, tu l'as bien vu quand j'étais à l'hôpital.
- Ouais j'en ai un vague souvenir…
- Tu ne vas pas me dire qu'on est obligés d'être assis par terre dans la poussière au milieu de tonnes de bouquins incompréhensibles pour que tu m'enseignes les bases de l'alchimie ? reprit-elle en s'étirant.
Elle s'attendait à une réponse cinglante mais rien ne vint, le Fullmetal étant trop occupé à l'observer s'étirer longuement, son t-shirt remontant et dévoilant son ventre…
- Ed ?
- Hein ?
Il secoua la tête et reprit ses esprits en se retournant, histoire qu'elle ne voit pas son expression de poisson rouge ouvrant et refermant la bouche sans rien comprendre. Il soupira. Il n'avait jamais autant soupiré que depuis qu'il la connaissait. Un regard par la fenêtre lui apprit qu'effectivement, le temps était magnifique. Ca donnait envie de sortir…
En réalité, il n'avait pas de bonne raison de la garder enfermée ici. A part une, qu'il n'aurait jamais avouée. Dans ce bureau il l'avait pour lui tout seul, il n'avait pas à la partager avec son frère ni les autres. Ils étaient seuls. Tous les deux. Il pouvait l'observer autant qu'il voulait lorsque, penchée sur un livre trop compliqué pour elle, elle fronçait les sourcils et que son regard se voilait, lorsqu'elle enroulait son étrange mèche blanche autour de son index, sans même s'en rendre compte, lorsqu'elle nouait ses cheveux en chignon pour être plus à l'aise, dégageant ainsi sa nuque délicate…
Il ne l'avait jamais autant regardée que pendant ses cinq jours et connaissait maintenant son visage par cœur, de ses longs cils foncés à sa façon de sourire en coin lorsqu'elle était d'humeur malicieuse. Il avait vu les bleus faits par Izumi s'estomper petit à petit. Il avait observé son visage se détendre au fil des jours alors qu'entrer dans le bureau devenait plus facile, plus naturel. Oui, il passait du temps à la regarder, sans que personne ne lui fasse remarquer. Parce qu'ils étaient seuls. Pour rien au monde il ne ferait ses leçons ailleurs que dans ce bureau. C'était leur lieu à eux.
- C'était quoi ta question ? demanda-t-elle finalement.
- Explique-moi les trois étapes d'une transmutation…
- La compréhension des éléments qui composent l'objet qui sera transmuté, de quoi il est fait. Ensuite la décomposition, élément par élément, qui n'est possible que si la première phase est exécutée parfaitement. Et enfin la reconstruction à partir de ces même éléments qui implique une connaissance parfaite de l'objet de base de la transmutation.
Elle se rendit compte qu'Edward la regardait, bouche bée.
- Ferme la bouche on dirait un petit poisson, lança-t-elle avec un sourire malicieux.
- Qui est si petit qu'il pourrait se noyer dans un verre d'eau ? cria l'alchimiste en serrant les poings, déclenchant l'hilarité de la jeune fille. Ca va, je suis pas susceptible, d'accord ? marmonna-t-il en piquant un fard.
- Bien sûr que non, personne ne dit le contraire, répondit-elle finalement en se calmant.
Encore ce rire qu'il adorait, tellement libre… Elle avait l'air plus jeune dans ces moments là et presqu'insouciante.
- Alors ? demanda-t-elle finalement. Ma réponse te convient ?
- Elle est… parfaite, répondit Ed en fronçant les sourcils. Trop parfaite même.
- Comment ça ?
Il hésita un instant avant de prendre un livre, perdu au milieu du désordre qui encombrait la petite pièce. Il consulta la table des matières puis l'ouvrit avant de s'approcher d'Emma.
- Lis-ça, dit-il en se plaçant derrière elle et en lui indiquant un paragraphe.
La jeune femme leva les yeux au ciel avant d'obtempérer. Et elle perdit son sourire. La phrase que lui indiquait Ed, c'était sa réponse. Presque mot pout mot.
- Tu as déjà lu ce livre ? demanda-t-il, penché au-dessus de son épaule pour lire en même temps qu'elle.
- Ca ne me dit rien mais… Peut-être…
Elle a douze ans. Elle est dans le bureau de son père et observe une lettre officielle de l'armée qui vient d'arriver pour lui. Elle finit par prendre le coupe-papier et ouvre l'enveloppe. Ses mains tremblent un peu. Un mouvement à sa droite attire son regard. Arthur, assis à même le sol, a le regard vide et la bouche ouverte. Un mince filet de bave pend de ses lèvres et elle doit réprimer un frisson de dégout. Elle reporte son attention sur la lettre qu'elle sort de l'enveloppe.
Elle a le souffle coupé. Elle a réussi. Elle tient dans ses mains un courrier officiel de l'armée, signé de la main du Généralissime King Bradley, qui reconnait au Wavemaker le droit de ne plus se déplacer pour passer l'examen annuel d'alchimiste d'Etat en raison de la blessure invalidante reçue à Ishbal. La seule condition est qu'il leur fasse parvenir chaque année un compte rendu de ses recherches. Son père doit signer le deuxième exemplaire de la lettre et la retourner à Central.
Elle se sent à la fois soulagée et inquiète. Elle a eu très peur qu'ils refusent et que quelqu'un vienne et se rende compte de leur situation, de l'état dans lequel il est. Mais finalement, sa lettre a été convaincante. Ils ne se sont pas rendu compte que ce n'était pas son père qui écrivait. Ils ont acceptés. Elle jette un nouveau regard à son père.
- Tu es fier de moi, papa ?
Mais sa question n'obtiendra jamais de réponse, elle le sait. Il n'a jamais été fier d'elle, même avant tout ça. Elle soupire et cale cette mèche, qu'elle supporte avec horreur depuis des mois, derrière son oreille. Elle prend ensuite un stylo et signe à la place de son père avant de mettre la lettre dans une enveloppe et de la cacheter. Voilà. Plus moyen de reculer maintenant.
Elle tend les bras et regarde ses mains. Elle les rapproche l'une de l'autre, hésitant à les claquer. Finalement elle baisse les bras et se tourne vers l'énorme bibliothèque pleine qui occupe tout un pan de mur du bureau. Des livres s'amoncellent aussi en piles sur le sol et des papiers couverts de notes sont épars partout dans la pièce. Elle s'approche de la bibliothèque et tend la main, hésitante.
- Par où je commence ? murmure-t-elle dans un soupir résigné.
- Alors ? insista Ed en la regardant.
Elle reprit ses esprits en sentant son souffle dans son cou. Troublée, elle referma le livre et se retourna vers lui, prenant soin de mettre un peu de distance entre eux.
- Tu t'en es souvenue, se contenta de dire le jeune homme en la fixant.
- Je ne sais pas trop, c'est possible que j'ai lue cette phrase et qu'elle se soit imprimée dans ma mémoire.
- Tu sais ce que ça veut dire, insista-t-il. Tes souvenirs reviennent.
- Ne t'emballe pas, ça n'est vraiment pas grand-chose.
- Mais pourquoi tu n'es pas plus enthousiaste ?
Il essayait de la comprendre, vraiment. Mais à chaque fois qu'il pensait y arriver elle changeait d'humeur, elle s'éloignait de lui et redevenait distante. Elle était… insaisissable.
- On dirait presque que tu ne veux pas vraiment retrouver tes souvenirs.
Il se rendit compte qu'il était allé trop loin avant même qu'elle ne réponde. Lui et son tact légendaire. Elle serra les dents et darda sur lui un regard chargé de colère. Il se prépara à recevoir la gifle qui ne tarda pas, mais il n'avait pas pensé qu'elle y mettrait autant de force. Il n'y eut pas de cris, pas d'explication ni de larmes, mais finalement c'était encore pire. L'écho de la gifle résonna dans le bureau alors que les jeunes gens s'affrontaient du regard. Finalement, sans un mot, Emma quitta la pièce en claquant la porte, le laissant seul avec ses regrets.
Il se massa les tempes et donna un coup de pied dans une pile de notes, énervé contre lui-même. Il pouvait toujours dire aux autres de prendre des gants et de faire preuve de tact, de ne pas la brusquer… Il s'approcha de la fenêtre et regarda à l'extérieur.
Emma sortit de la maison, furieuse. Mais elle ne savait pas tellement si c'était à cause d'Edward ou à cause d'elle. Qu'est-ce qui l'avait mise tellement en colère ? Qu'Ed ose douter de sa volonté de retrouver la mémoire ? Ou qu'il ait vu juste ? Qu'il ait mis des mots sur son problème ? Est-ce qu'elle voulait vraiment retrouver ses souvenirs ?
Elle essuya ses yeux du dos de la main, surprise de sentir des larmes au coin de ses paupières. Elle avait giflé son ami alors qu'il était formidable avec elle. Il ne lui mettait pas la pression, il la protégeait sans aucune contrepartie. Et s'il lui en voulait ?
Elle s'assit sur une souche d'arbre, dans le jardin. C'était elle qui avait voulu commencer les leçons d'alchimie. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher de résister. Elle sentait pourtant qu'elle savait des choses. Certains des points abordés par Ed lui étaient complètement inconnus alors qu'à d'autres moments elle comprenait tout sans effort. C'était étrange. Mais elle commençait à comprendre.
Elle se souvenait maintenant. Quand son père était devenu incapable d'assurer son rôle d'alchimiste d'Etat elle avait eu peur que l'armée vienne aux nouvelles et se rende compte de ce qui se passait. Ca aurait impliqué trop de choses : son père interné ou devenant un sujet d'étude, elle placée ou, au pire, étudiée elle aussi, puisqu'elle l'avait vue… Elle n'aurait pas pu le supporter. Elle devait prendre soin de son père maintenant que lui n'en était plus capable.
Elle avait alors décidé de prendre sa place. Et d'étudier l'alchimie. Malgré le dégout qu'elle en avait. Elle n'avait jamais voulu suivre les traces de son père, à aucun moment elle n'avait voulu avoir ce pouvoir sur les choses, contrairement à bien des enfants. Et finalement elle se trouvait obligée de s'y mettre… En un sens c'était assez ironique.
Elle aurait pu expliquer tout ça à Edward. Il aurait compris, elle en était sûre. Mais ça impliquait lui parler aussi du reste. Et elle n'était pas encore prête. Avant, elle devait comprendre. Et puis, est-ce qu'elle voulait vraiment retrouver tous ses souvenirs ? Ca voulait dire redevenir celle qu'elle était auparavant. Avec sa solitude. Ses regrets et sa tristesse. Sa méfiance envers les autres.
Ca voulait dire redevenir l'Emma trop sérieuse, qui semblait avoir vieilli trop vite, qui ne savait plus rire ni même sourire. Est-ce qu'elle voulait vraiment redevenir cette personne ? Est-ce qu'Edward aimerait cette Emma là ? Rien n'était moins sûr.
Elle se prit la tête dans les mains et resta longtemps comme ça, à ruminer ses pensées. Elle ne sentit même pas qu'on s'approchait d'elle, lentement.
- Ca va ?
Emma sourit. Cette petite voix. Cette douceur qu'on sentait malgré ce « corps » de métal.
- La leçon a été difficile, comprit Al en s'asseyant près d'elle.
- On peut dire ça comme ça.
- Il faut excuser grand frère. Il est… comme il est.
- Il n'y est pour rien, répondit Emma en relevant enfin les yeux, c'est moi qui suis insupportable.
Le silence s'installa entre eux. Ils ne sentaient pas posé sur eux le regard d'Ed qui les voyait depuis la fenêtre du bureau. Le jeune alchimiste s'était tendu. Ils étaient encore ensemble. Et Emma souriait, il le savait, même s'il ne la voyait que de dos. Elle souriait toujours avec Al. Et il n'aimait pas ça… Il se rendit compte qu'il serrait les poings.
- Alphonse, dit Emma en le regardant. Est-ce que tu lui en as parlé ?
- Non, répondit le jeune garçon au bout de quelques instants.
- Merci, je sais que tu n'aimes pas avoir de secrets pour lui.
- Pourquoi tu ne lui en parles pas ? Ca serait plus simple, dit Al. Et moi je me sentirais mieux.
- Excuse-moi mais… Je ne peux pas. Je sens que ça ne lui plairait pas.
L'armure poussa un long soupir, ce qui produisit un son étrange. Ils se turent à nouveau et, au bout de quelques instants, une mésange vint se poser sur l'épaule d'Alphonse, arrachant un nouveau sourire à Emma. Même les animaux sentaient la douceur et la patience de ce garçon.
C'était une perle, le plus gentil garçon du monde. Avec ce qui lui était arrivé, il aurait pu se renfermer sur lui-même, devenir insupportable, faire payer sa situation aux autres. Mais au contraire il était devenu compatissant, sensible, encore plus qu'avant. Il avait appris à relativiser et à apprécier les derniers petits plaisirs qui lui restaient, comme par exemple devenir le perchoir préféré des oiseaux.
- Al.
- Oui ?
- C'est reposant d'être avec toi, murmura Emma en le regardant.
- Ah oui ?
Il rit nerveusement et la jeune fille sourit, persuadée qu'il aurait rougi s'il avait pu. Elle se leva finalement et lui tendit la main.
- Alors professeur, lança-t-elle avec un regard malicieux, si on reprenait où on s'était arrêtés ?
L'armure secoua la tête, faisant s'envoler la mésange, et saisit la main tendue d'Emma, même s'il n'en avait pas besoin pour se remettre debout. Ensemble ils se mirent en route, s'éloignant rapidement de la maison. Dans le bureau, Edward se retourna, les mâchoires serrées.
oOo
L'ambiance était tendue dans le bureau. La gifle de la veille avait laissé des traces, moins sur la joue d'Ed que dans leur esprit à tous les deux. Le jeune homme s'en voulait d'avoir manqué de tact. Quant à Emma, elle avait peur qu'il lui en veuille.
La jeune fille avait hésité avant d'entrer dans le bureau pour leur leçon. Elle craignait que son ami ne veuille plus travailler avec elle, et elle avait donc été soulagée quand elle l'avait trouvé déjà installé au milieu de ses piles de livres. Soulagement qui n'avait pas duré tant la tension ambiante était importante. A couper au couteau, même.
Le pire moment avait été lorsqu'Ed lui avait tendu un livre, lui indiquant d'un geste qu'il voulait qu'elle étudie un paragraphe. Elle avait tendu la main pour saisir l'ouvrage et leurs doigts s'étaient frôlés. Leurs regards s'étaient croisés. Ni l'un ni l'autre ne savait comment réagir. Retirer sa main précipitamment c'était prendre le risque de vexer l'autre, et faire durer ce contact, même s'ils en avaient tous les deux envie, c'était presque pire.
- Lis le deuxième paragraphe à haute voix, dit Ed en retirant finalement sa main, gêné.
Il détourna les yeux, ce dont Emma lui fut reconnaissante. Elle s'éclaircit la voix et se força à ne penser à rien d'autre que l'alchimie. Il avait raison, elle n'était pas assez concentrée. Elle devait se reprendre.
- L'humanité ne peut rien obtenir sans donner quelque chose en retour. Pour chaque chose reçue, il faut en abandonner une autre de même valeur. En alchimie, c'est une loi fondamentale : l'échange équivalent.
- S'il n'y a qu'une chose que tu dois savoir sur l'alchimie, dit Edward en la regardant, c'est celle-là. Cette loi régit tout. Personne ne peut passer outre.
- A moins d'avoir la pierre philosophale, intervint Emma en le regardant.
- C'est vrai. Mais la pierre elle-même nécessite un énorme sacrifice. Le plus grand de tous. Même pour elle il y a un échange équivalent.
- Ce n'est pas tout à fait exact, dit Emma après quelques instants, songeuse.
Devant le regard perplexe de son « professeur » elle tenta de s'expliquer.
- Tu dis que l'alchimie et même le monde sont régis par cette loi et qu'on ne peut pas passer outre. Mais c'est faux Ed.
- Bien sûr que non. Qu'est-ce que tu racontes ?
- Mais réfléchis, l'échange équivalent… Tu peux me dire où il est pour vous ? Toi et Alphonse vous avez donné tellement pour retrouver votre mère et finalement qu'est-ce que vous avez eu ?
La jeune alchimiste accusa le coup et la fixa, la bouche ouverte. En une phrase elle venait de mettre des mots sur ce qu'il ressentait depuis si longtemps, cette interrogation…
- Tu ne comprends pas, se défendit-il, nerveux.
- Mais si je comprends, je comprends parfaitement même. Qu'est-ce que vous avez reçu en échange de votre sacrifice ce jour-là ?
- Je… Et bien, j'ai reçu… le savoir, un savoir immense.
- Mais est-ce que ça valait le sacrifice ? Est-ce que ça méritait qu'Al perde son corps et toi deux de tes membres ?
- Arrête, s'énerva l'alchimiste en se levant. A quoi tu joues ? Qu'est-ce que tu veux me faire dire ?
Emma se leva à son tour. Le ton était monté et la tension était à nouveau palpable entre eux. Elle ne voulait pourtant pas qu'ils se disputent, mais elle ne comptait pas non plus lâcher le morceau tant qu'il n'aurait pas compris son point de vue.
L'échange équivalent. Elle comprenait parfaitement ce concept. Mais l'entendre dire que ça régissait tous, ça elle ne l'acceptait pas. Elle aussi avait vu la Porte. La Vérité. Elle avait tout perdu ce jour-là. Et qu'est-ce qu'elle avait gagné en échange ? Une connaissance dont elle ne voulait même pas. Où était l'équivalence dans tout ça ?
- Edward, je sais que tu comprends ce que je veux dire. Tu le sais. Il y a bien eu un échange ce jour-là, mais vous avez abandonné beaucoup plus que ce que vous avez reçu. Tu le sais. Vous vouliez ramener votre mère mais ça n'a pas marché.
Edward voulut détourner les yeux mais c'était déjà trop tard. Dans son esprit, l'image de la créature monstrueuse qu'ils avaient créée, et qui était sensée être leur mère, s'imposa à son esprit. Il serra les poings et les appliqua sur ses yeux. Il voulait qu'elle se taise. Il ne voulait plus penser à ça.
- Regarde-moi et dis-moi que ce jour-là vous avez reçu autant que vous avez perdu. Ed. Regarde-moi.
- Non…
Il serra encore les poings. Emma comprit seulement à ce moment là à quel point cette discussion l'avait bouleversé. Elle s'approcha de lui.
- Edward…, murmura-t-elle en voulant poser une main sur son épaule, mais il se défila et lui lança un regard chargé de colère.
- Je ne peux pas te laisser dire ça.
- Mais…
- Tu ne comprends pas. Si tu as raison alors qu'est-ce qu'on fait, avec Al ? Depuis toutes ces années, qu'est-ce qu'on fait ? La seule chose qui nous a permis de tenir, c'était de penser qu'à force de chercher, de faire des sacrifices, de faire des efforts, on finirait par retrouver nos corps. C'est pour ça qu'on cherche, que je suis devenu un chien de l'armée. Si l'échange équivalent n'existe pas, ça veut dire que tous nos efforts risquent d'être inutiles. Et ça c'est insupportable. Tu m'entends ?
Il avait fini par crier. Il voulait qu'elle comprenne. Qu'elle arrête de parler et qu'elle l'écoute, qu'elle l'entende. Si l'échange équivalent n'était qu'un mirage, il perdrait tout espoir. Et ça, il ne pouvait pas le supporter. Pour Al. Alors il ne la laisserait pas dire ça.
Emma avait reculé de quelques pas et restait silencieuse. Depuis tout ce temps elle n'avait pensé qu'à la douleur d'Al. Elle ne s'était pas rendu compte à quel point Edward souffrait. Ca allait plus loin que la simple culpabilité, il ne s'agissait pas juste d'assumer leur erreur, leur péché. Il était terrifié en fait. Il avait peur d'échouer et de ne pas réussir à rendre son corps à son frère. L'échange équivalent, c'était une sorte de gri-gri, de mantra qu'il se répétait pour garder le courage et la motivation de se relever malgré les coups durs, et de continuer leur quête. Elle n'avait pas le droit de lui enlever ça.
Elle allait le lui dire mais il ne lui en laissa pas le temps. Il se calma et posa sur elle un regard empreint de lassitude et d'une tristesse terrible. Mais sans larme. Ed ne pleurait jamais. Elle aurait voulu le prendre dans ses bras et le réconforter, pour qu'il laisse enfin couler ses larmes et qu'il cesse de tout contrôler, qu'il se laisser aller. Mais elle hésita une seconde de trop. Le jeune alchimiste sortit et referma doucement la porte en la laissant seule.
Il sortit dans le jardin et desserra enfin les poings. Ses ongles avaient laissé des marques dans sa main de chair. Il resta un long moment à les regarder, s'efforçant de ne pas penser. Il ne devait pas penser à ce qu'elle avait dit. C'était trop risqué, il pourrait comprendre qu'elle avait raison.
Il resta longtemps dehors, seul. A l'intérieur de la maison, Winry, Pinako et Sciezka vaquaient à leurs occupations et essayaient de faire comme si de rien n'était, mais tout le monde avait entendu les cris d'Edward. Et ils avaient vu Emma sortir, livide. Al et elle étaient partis rapidement, le jeune garçon sachant parfaitement que son aîné devait rester seul. Winry était inquiète, et elle finit par sortir pour rejoindre son ami.
- Ed, murmura-t-elle.
Il ne répondit pas tout de suite. Il était assis au pied des marches et regardait l'horizon. Elle s'assit sur les marches, près de lui.
- Est-ce que ça va ?
- Est-ce qu'elle m'en veut ? demanda le jeune homme sans prêter attention à la question.
- Pardon ?
- Emma… J'ai crié sur elle sans raison. J'espère qu'elle ne m'en veut pas.
Winry resta bouche bée, puis elle détourna les yeux. Elle serra les paupières aussi fort qu'elle put pour empêcher ses larmes de couler.
- Je ne pense pas qu'elle soit en colère, répondit-elle finalement d'un ton las. Je pense plus qu'elle s'en voulait de t'avoir fait de la peine.
- Oh… Je devrais aller m'excuser. Tu sais où elle est ? demanda-t-il sans la regarder.
- Elle est partie avec Al après que tu sois sorti du bureau. Ils ont dit de ne pas les attendre pour dîner.
Le silence se fit, mais il ne dura pas. Edward se retourna lentement vers elle, avec un regard surpris.
- Ils sont partis ? Tous les deux ?
Winry fronça les sourcils. Il y avait quelque chose dans sa voix, quelque chose qu'elle n'avait jamais entendu auparavant.
- Oui ils vont souvent se promener tous les deux, tu n'avais pas remarqué ? Ca dure depuis des jours. Pourquoi tu…
Elle s'interrompit en le voyant se lever, les poings serrés, et rentrer dans la maison en claquant la porte. Et elle comprit. Ses larmes coulèrent finalement, elle n'eut pas le temps de les retenir. C'était ça, ce qu'elle n'avait jamais entendu dans sa voix. La jalousie.
Le dîner se passa dans un silence de mort. Sciezka essaya bien de détendre l'atmosphère mais abandonna rapidement devant la mauvaise volonté manifeste d'Ed et Winry. Sitôt le repas terminé, l'alchimiste sortit sous prétexte de se balader et la blonde se réfugia sans l'atelier. Pinako et la Sciezka l'entendirent donner des coups de marteaux, de plus en plus violemment, comme si elle voulait se défouler. Les deux femmes échangèrent un regard perplexe mais elles connaissaient toutes les deux assez Winry pour ne pas se risquer à lui poser des questions lorsqu'elle était dans cet état.
oOo
- Notre maître nous disait toujours que l'entretien du corps allait de paire avec l'apprentissage de l'alchimie, expliqua Alphonse en montrant un mouvement à Emma. Fais comme moi.
La jeune femme l'observa attentivement et se concentra. Prenant appui sur l'une de ses jambes elle plia l'autre et fit basculer son poids sur cette jambe avant de se pencher en avant. Dans le même temps elle étira ses bras et les tendit droit devant elle, se forçant à les garder tendus malgré la douleur. Cet exercice était plus difficile qu'il n'y paraissait, elle sentait travailler des muscles dont elle ignorait l'existence.
Ca faisait une semaine qu'elle avait demandée à Alphonse de lui apprendre à se battre. S'il avait été surpris ce jour-là il ne l'avait pas montré et avait accepté avec plaisir. Mais quand elle lui avait demandé de garder leurs entraînements secrets, de ne surtout pas en parler à Edward, il avait été plus difficile à convaincre. Mais il était trop gentil pour réussir à lui refuser quoique ce soit. Et surtout il avait compris l'importance que ça avait pour elle.
- C'est très bien, dit Al en l'observant exécuter les mouvements qu'il lui montrait.
- Mais quand est-ce que je vais apprendre à me battre ? demanda-t-elle en soufflant pour supporter la douleur.
- Patience, si on commence à s'entraîner avant que ton corps ne soit prêt, tu risques de te blesser. Il faut que tu deviennes plus souple d'abord.
- D'accord, si tu le dis je te crois. Mais qu'est-ce que ça fait mal !
- Je te crois sur parole… Miaou.
- Miaou ? dit Emma en s'arrêtant, surprise.
L'armure d'Alphonse était inexpressive, ce n'était qu'un simple assemblage de morceaux de métal. Mais étrangement, il réussissait à faire passer ses émotions. Et à ce moment là, elle était persuadée qu'il aurait piqué un fard s'il avait eu un corps.
- Je… C'est juste mon armure qui grince, balbutia le jeune garçon, gêné. Elle a besoin d'être huilée.
- Ah oui une armure mal huilée fait « miaou » ? C'est nouveau ça ? répondit Emma avant d'éclater de rire alors qu'un bruit typique de griffes frottant le métal se faisait entendre.
- Arrête ça, murmura Al.
- Quoi ?
- Mais non c'est pas à toi que le parle, dit-il avant qu'un concert de miaulements ne sorte de son armure, provoquant à nouveau l'hilarité d'Emma.
Edward marchait au hasard depuis une bonne heure. La nuit était tombée depuis peu, mais il ne remarqua pas les étoiles qui étincelaient dans le ciel sans nuages. L'odeur typique du bois dans lequel il avançait ne lui chatouilla pas les narines, il n'entendit pas les bruits des animaux nocturnes. Il était perdu dans ses pensées.
Il était parti de la maison sous prétexte de se balader, au hasard. Mais en fait, s'il avait été honnête, il se serait avoué qu'il les cherchait. Al et Emma. Mais il n'avait pas envie d'être honnête, ni avec les autres, ni avec lui-même.
Soudain quelque chose le tira de ses pensées. Un éclat de rire. Plusieurs en fait. Perplexe, il se laissa guider par ce son qu'il reconnut rapidement. Le rire d'Emma qu'il aimait tellement. Il déboucha rapidement dans une clairière, près d'un ruisseau où Al et lui venaient souvent s'entraîner pendant sa convalescence. Il s'arrêta devant le spectacle. Emma était pliée en deux de rire alors qu'Al battait des bras devant elle et tentait de se défendre.
- C'est pas drôle, protestait l'armure. Si grand-frère apprend que je continue à récupérer des chats il va me faire la peau. Miaou.
- Je te promets de ne rien lui dire mais il va falloir que tu fasses taire ton squatteur, réussit à dire la jeune fille entre deux éclats de rire.
- Je voudrais bien mais c'est un bavard.
- Qu'est-ce que vous foutez là ?
Al et Emma arrêtèrent aussitôt de rire et de bouger. Seul le chat dans l'armure n'avait pas l'air de comprendre que l'heure était grave. Les deux adolescents se retournèrent lentement vers Edward qui posait sur eux un regard rien moins que sympathique.
- Euh…
Emma sourit devant la détresse manifeste d'Alphonse.
- C'est rien Ed, dit-elle. Il a trouvé un petit chat et il avait peur de te le dire.
Pendant qu'elle disait ça, le cadet sortit l'objet du délit de son armure. Le félin, un adorable chaton roux, regarda autour de lui d'un air méfiant avant d'apercevoir Edward. Et là, semblant répondre à l'instinct atavique du fauve qui sent un ennemi, il se jeta sur lui toutes griffes dehors et s'accrocha à son visage.
Sous les yeux incrédules d'Emma le jeune homme tomba en arrière et se roula sur le sol pour essayer de décrocher la boule de poils en furie qui lui labourait le visage. Al eut pitié de son pauvre grand-frère et récupéra le félin qui redevint instantanément une peluche adorable entre ses mains.
Le jeune fille se précipita vers Ed et l'aida à se relever. L'alchimiste était fou de rage. C'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase.
- Putain Al ! cria-t-il. Tu me fais chier avec tes saletés de chats ! Balance ce truc.
- Mais…
- Pas de « mais », tu m'obéis un point c'est tout sinon je vous balance tous les deux dans la rivière, compris ?
Le jeune garçon accusa le coup, Ed ne lui avait jamais parlé sur ce ton. Il serra un peu plus le chat contre lui, l'animal semblant sentir la détresse de son nouvel ami. Emma, elle, était carrément outrée.
- Non mais ça va pas ? Tu as vu comme tu lui parles ? s'énerva-t-elle.
- Te mêle pas de ça, c'est entre nous, rétorqua-t-il. Et qu'est-ce que vous foutez là ? Qu'est-ce que vous tramez tous les deux depuis une semaine ?
Au fond de lui l'alchimiste savait qu'il allait trop loin et qu'il faisait de la peine à son frère. Mais il fallait que ça sorte. Le chat n'était que le truc en trop qui lui avait donné une excuse pour exploser.
- C'est pour ça que tu es en colère ? comprit Emma en le regardant. Parce que tu ne savais pas où on était ?
- Je dois te protéger, se défendit le blond. Ca implique que je dois toujours savoir où tu es, c'est pas dur à comprendre.
- Mais j'étais avec Al, je ne craignais rien.
- Ca c'est à moi de le décider, c'est moi qui dois te protéger, pas lui.
- Grand-frère…
Al se tourna légèrement vers Emma. Il aurait voulu avouer à son frère la raison de leurs escapades, mais la jeune fille lui avait fait promettre de garder le secret. Et il ne trahissait jamais sa parole.
- Arrête de t'en prendre à Al, dit finalement Emma. C'est de ma faute.
- Explique-toi.
- Je lui ai demandé… Je lui ai demandé de m'entraîner.
- De quoi ?
- De m'entraîner, t'es bouché ? De m'apprendre à me battre quoi.
L'alchimiste se passa une main sur le visage. Il était à la fois soulagé et fou de rage. Il se tourna vers son cadet.
- Si je m'écoutais je t'en collerais une, aboya-t-il. Elle sort juste de l'hôpital je te rappelle.
- Mais…
- Hey, intervint Emma, de plus en plus énervée. Ca t'a pas trop gêné quand tu as laissé ton maître me tabasser il me semble.
- Ca n'a rien à voir.
- Tu parles.
Le ton montait beaucoup trop vite entre les deux jeunes gens, et Al ne savait pas comment désamorcer la situation qui devenait explosive. Il tenta d'intervenir.
- Ne t'inquiète pas grand-frère, je lui ai juste fait faire des exercices doux, pour pas la fatiguer. On n'a pas encore vraiment commencé à s'entraîner.
- Encore heureux.
- Mais je suis pas en sucre, cria Emma. Vous me gonflez à la fin. Et arrête d'en vouloir à Alphonse, il voulait tout te dire mais je lui ai fait promettre de garder le secret.
- On peut savoir pourquoi ?
Ils s'affrontaient du regard et semblaient avoir complètement oublié l'armure pourtant massive qui se tenait près d'eux. Al comprit qu'il y avait quelque chose d'autre, que ni l'un ni l'autre ne voulait avouer, mais qui les poussait à se disputer comme ça. Profitant que l'attention de son frère était attirée ailleurs, il s'éclipsa aussi discrètement que possible, tenant toujours son chat dans les mains.
Emma et Ed ne s'en rendirent même pas compte. Leurs regards accrochés l'un à l'autre, les poings serrés, ils étaient maintenant aussi énervés l'un que l'autre.
- Pourquoi tu as fait ça ? demanda finalement l'alchimiste.
- Quoi ? Demander à Al de m'apprendre à me battre ou lui demander de ne pas t'en parler ?
- Les deux.
Emma hésita un instant et, finalement, elle desserra les poings et se retourna. Elle fit quelques pas. Sa colère était retombée comme un soufflé.
- Je… Je veux être capable de me défendre, murmura-t-elle.
- Quoi ?
- Je veux pouvoir me défendre toute seule, répéta-t-elle finalement en lui lançant un regard fatigué.
Edward ne comprenait pas. Il avança d'un pas.
- Mais pourquoi puisque je suis là pour te protéger ? C'est mon boulot.
C'était le mot de trop, elle se tendit et lui lança un regard noir. Un boulot ? Elle était un boulot ? Quel crétin… Elle serra le poing et voulut le frapper mais il esquiva sans aucune difficulté.
- Qu'est-ce que tu fous ?
Elle insista et voulut à nouveau le frapper mais il l'attrapa par les bras et l'immobilisa. La jeune fille dardait sur lui un regard chargé de colère. Elle était essoufflée et la proximité du blond qui la tenait par les bras près de lui n'arrangeait rien.
- Emma…
- Lâche-moi, gronda-t-elle.
- Emma, répéta-t-il en plongeant son regard doré dans le sien.
Elle se calma finalement mais il ne la lâcha pas, se rapprochant encore un peu d'elle.
- Pourquoi tu ne m'as pas demandé ? dit-il finalement. Pourquoi tu as demandé à Al et pas à moi ? insista-t-il, mettant enfin le doigt sur le vrai problème.
- Tu aurais accepté ?
Il hésita un peu avant de répondre. Il aurait voulu lui dire que oui, évidemment, il aurait accepté de lui apprendre à se défendre seule. Il aurait pu mentir. Mais ses yeux étaient accrochés aux siens, et il était persuadé qu'elle le saurait s'il lui mentait.
- Non, avoua-t-il finalement. Pourquoi tu veux apprendre à te défendre ? demanda-t-il après un instant. Est-ce que c'est pour ça que tu as voulu apprendre l'alchimie ?
Elle ne put pas soutenir son regard et détourna le sien. Il la lâcha finalement et se passa une main dans les cheveux. Naïvement il avait crû qu'elle voulait apprendre l'alchimie pour retrouver sa mémoire, ou même, il y avait pensé un instant, pour se rapprocher de lui, pour qu'ils passent du temps ensemble. Il s'était bien planté…
- Tu es énervé ? demanda-t-elle presque timidement.
- Non. Je suis juste… déçu.
Elle baissa les yeux. C'était encore pire.
- Je ne comprends pas, dit finalement Edward en la regardant.
- Je ne veux plus être une victime, expliqua-t-elle sans relever les yeux, des larmes commençant à rouler sur ses joues. Je… Je ne veux plus dépendre autant de toi, ou du colonel Mustang.
Il ne répondit pas. Il pouvait comprendre ce qu'elle ressentait. Mais il ne l'acceptait pas.
- Pourquoi ça te met dans un tel état ? demanda-t-elle finalement en s'approchant de lui. Je sais que tu me comprends pourtant… Mais je ne comprends pas pourquoi tu réagis comme ça.
- Parce que tant que tu ne sais pas te défendre seule tu as besoin de moi, avoua-t-il dans un souffle. Si tu apprends à te battre…
- Ed…
Leurs regards se croisèrent et lorsqu'il vit les larmes qui inondaient ses yeux il s'approcha d'elle et passa sa main de chair sur son visage, essuyant ses pleurs. Elle lui prit la main lorsqu'il voulut la retirer, et pressa son visage contre elle. Le cœur battant il la prit dans ses bras et elle se serra contre lui, laissant libre court à ses sanglots. Lui, il lui caressa les cheveux en silence, appréciant de la serrer dans ses bras.
- Ed, souffla-t-elle, le visage dans son cou. Je ne fais pas ça pour m'éloigner de toi. J'aime quand tu me protèges. Crois-moi. Mais… C'est quelque chose que je dois faire. Tu comprends ?
Bien sûr qu'il comprenait. Il n'y avait pas si longtemps lui aussi aurait pu rester une victime, malheureux, victime de son orgueil. Il aurait pu tout abandonner et se satisfaire de cette vie sans ses membres, de savoir que son frère était en vie même s'il n'avait plus de corps. Il aurait pu laisser les autres le protéger et s'occuper de lui.
Mais au lieu de ça il avait décidé de se battre. Il avait effectué sa convalescence à une vitesse record, il était devenu plus fort. Malgré sa haine de l'armée il était devenu alchimiste d'Etat, parce qu'il le fallait. Pour atteindre son but. Oui il comprenait, mais…
- Ed…
- Je comprends, murmura-t-il à son oreille.
Il ne lui dit pas le fond de sa pensée. Il avait peur qu'elle lui échappe si elle n'avait plus besoin de lui pour le protéger. De son côté, Emma n'avait pas été totalement honnête. Elle ne lui avait pas dit qu'elle se réveillait désormais en pleine nuit en pleurant parce qu'elle rêvait que les Homonculus le tuaient alors qu'il tentait de la protéger. Elle avait perdu tous ceux qu'elle avait aimés. Sa mère, son père… Elle s'était attachée à Roy et maintenant, il était peut-être mort quelque part dans les plaines de Briggs. Si elle perdait Edward…
oOo
Accoudée à la balustrade du balcon Winry attendait le retour d'Edward. Mais ce fut Al qu'elle vit finalement revenir, un chaton dans les bras.
- Où est Emma ? demanda-t-elle.
- Avec Ed… Ils ont des choses à régler ces deux là.
La blonde ne répondit pas mais le jeune garçon n'était pas dupe. Il s'assit sur les marches et poussa un soupir. Parfois, il se disait que la vie était plus simple pour lui. Parfois seulement… Il leva les yeux et regarda les étoiles, se préparant à une nouvelle nuit de veille, solitaire, alors que le chat se couchait en ronronnant sur ses genoux de métal.
