Bijour les gens !! Merci pour vos reviews, ça me motive toujours. Cette fois-ci le chapitre est plus court que le précédent (y a pas de mal me direz-vous^^) mais il se concentrera exclusivement sur les évènements de Resembool. Et quels évènements ! Le retour du père prodigue. Comment Ed et Al vont-ils accueillir Hoenheim ? Réponse tout de suite.

Bonne lecture et comme toujours n'hésitez pas à laisser un p'tit com, ça fait toujours plaisir à l'auteure !


Chapitre 16 (1ère partie)

Quand Winry ouvrit la porte de la cuisine elle s'arrêta net. La tension qui régnait dans la pièce était terrible, comme si une chape de plomb s'était abattue sur la maison. La jeune fille était sortie précipitamment de sa chambre en entendant Edward crier, essuyant précipitamment ses joues pleines de larmes. Maintenant elle détaillait la scène qui s'offrait à elle.

Le jeune homme était debout, les poings serrés, tendu à l'extrême alors que son frère semblait ne pas savoir quelle attitude adopter. Emma et Sciezka se regardaient, hésitantes. Dans l'encadrement de la porte d'entrée, sa grand-mère dardait sur Edward un regard déçu alors qu'un homme très grand se tenait près elle, l'air de ne pas savoir ce qu'il faisait là.

Elle l'observa plus attentivement. Les épaules carrées, de longs cheveux blonds attachés en queue de cheval, un collier de barbe bien entretenu couvrait sa mâchoire carrée. Il portait une paire de lunettes, et la lumière du plafonnier de la cuisine qui se reflétait dans les verres empêchait pour l'instant de voir ses yeux.

Sentant qu'on l'observait, il la regarda et elle retint un petit cri. Ses yeux. C'étaient les même que ceux d'Edward.

- C'est lui, murmura Winry en tournant la tête vers le tableau sur lequel étaient accrochées les photos. C'est leur père…

Suivant son regard, Van Hoenheim vit les photos et s'en approcha lentement, suivi des yeux par tous les autres. Il les observa quelques instants, esquissant un léger sourire en voyant celles de sa défunte femme. Il tendit doucement la main vers le portrait de famille, la touchant du bout des doigts.

- Trisha, murmura-t-il, une lassitude terrible dans la voix.

- Arrête ça ! cria Ed en avançant d'un pas. Et barre-toi d'ici, on ne veut pas de toi.

- Ca suffit, intervint Pinako d'un ton sec. C'est moi qui l'aie amené ici, il est mon invité. Tâche de te calmer.

- Me calmer ?

Le jeune homme se passa les mains dans les cheveux, tâchant de reprendre une contenance. Mais il n'avait qu'une envie, se précipiter sur ce salaud pour lui faire sentir toute sa rage. Son père dut le sentir parce qu'il s'éloigna des photos et commença à se dandiner d'un pied sur l'autre. Il n'osait pas regarder ses fils, gêné.

Il n'était pas le seul à être particulièrement mal à l'aise. Emma et Sciezka se sentaient de trop, elles n'étaient pas de la famille, ni l'une ni l'autre, et elles ne comprenaient pas tout ce que la présence de cet homme impliquait pour les frères Elric. Mais elles sentaient la pression qui montait inexorablement dans la petite pièce et qui paraissait pouvoir exploser à n'importe quel moment.

Alphonse était sûrement le plus malheureux de cette situation. Il avait bien reconnu son père grâce à la photo, et il se trouvait maintenant partagé entre des sentiments ambivalents. Il aurait voulu se précipiter vers lui et le prendre dans ses bras, lui poser plein de questions. Et d'un autre côté, c'était l'homme qui les avait abandonnés, et dont le départ avait rendu leur mère si triste qu'elle s'était laissé mourir de chagrin. Et puis, lui sauter au cou avec cette apparence, c'était impossible. Il allait falloir tout lui raconter et il serait déçu.

Mais surtout il sentait la colère d'Edward et il avait peur de la réaction de son aîné s'il essayait de parler à leur père. Van Hoenheim était certainement l'homme que l'alchimiste détestait le plus au monde, bien plus que le colonel Mustang par exemple, sans doute même plus que les Homonculus. Sa loyauté envers Ed le disputait à son envie de retrouver son père. Il ne savait pas quoi faire.

Les minutes passaient sans que personne ne prenne la parole, la situation devenait franchement inquiétante. Il y avait dans cette petite pièce une somme de tensions, de frustration, de colère refoulée, qui pouvaient exploser à tout instant. Edward surtout était une bombe à retardement. La première phrase qu'il prononcerait déciderait sans doute de la vie et de la mort d'Hoenheim.

- Vous avez bien grandi les garçons, dit finalement leur père en les regardant. Surtout toi, Alphonse.

- Ca veut dire quoi ça ? hurla Edward. Que je suis si petit qu'on dirait que je suis le petit frère nouveau né et lui l'aîné ? Je suis si minuscule qu'on dirait un petit bébé ? C'est ça ?

Il se débattait comme un beau diable pour échapper à la poigne d'Alphonse et Winry qui avaient tout de suite compris qu'il allait se sentir insulté par l'innocente remarque d'Hoenheim.

- Lâchez-moi je vais le tabasser, ce con !

- Mais calme-toi un peu, protestait WInry.

Emma n'en revenait pas. Elle avait l'impression de revoir Edward tel qu'il était au début, à Central, lorsque le colonel Mustang se moquait de lui. Dire qu'elle le trouvait plus apaisé, plus mature depuis quelques semaines…

- Je croyais qu'il n'y avait que le colonel qui pouvait te mettre dans cet état, lâcha-t-elle soudain.

- Ne me parle pas de ce con ! hurla le Fullmetal en cessant soudain de se débattre.

- Quel caractère…, marmonna Van Hoenheim en remontant ses lunettes, un peu dépassé par les évènements.

- N'en rajoutez pas, vous, lui glissa Pinako.

Alphonse prit son frère par les épaules, avec douceur, mais fermement.

- Respire un grand coup grand frère. Et calme-toi. Tu ne peux pas t'énerver comme ça, ni le tabasser…

- Al a raison, intervint Winry. Après tout, quoiqu'il se soit passé, c'est quand même votre père.

- Notre père ? explosa Edward.

Il jeta un regard méprisant à l'homme qui se tenait face à lui et le montra du doigt.

- Où il était quand Al a perdu sa première dent de lait ? Ou quand il s'est cassé le bras en tombant du cerisier du jardin ? Qu'est-ce qu'il foutait lorsqu'on j'ai eu le premier prix de sciences à l'école ? Et quand on a joué cette pièce niaiseuse sur la grande place, où j'ai dû embrasser cette peste de Stéphanie et où tout le monde s'est foutu de moi ? Et où il était quand maman a commencé à tousser ? Quand elle s'est évanouie la toute première fois ? Et bordel, ajouta-t-il en tremblant de rage, où est-ce qu'il se cachait quand on envoyait des lettres dans tout le pays pour le retrouver et lui demander de l'aide ?

Il s'arrêta pour reprendre son souffle. Autour de lui, personne ne parlait, tous regardaient le sol. Le silence était pesant.

- Lui, reprit le jeune homme, il n'est pas notre père. Pour moi il est mort le jour où il nous a abandonnés.

Il défia Hoenheim de protester, mais celui-ci n'en avait pas l'intention. Il n'aurait jamais pensé que son fils pouvait lui en vouloir à ce point. Il revenait après de longues années pour s'apercevoir qu'il ne lui restait plus rien : sa femme était morte, sa maison était en ruines et même ses enfants ne voulaient plus le voir. Il baissa les yeux.

- C'est bien ce que je pensais, dit Ed en constatant qu'il ne se défendait pas. T'as rien à faire ici.

- Si.

L'alchimiste leva les yeux vers son frère, surpris. Hoenheim également avait relevé la tête.

- Quoi ?

- Moi je veux qu'il reste, insista Al sans regarder son frère. Enfin, si mamie Pinako est d'accord.

La vieille femme hocha la tête en silence.

- Mais Al…

- Non Ed. Je veux qu'il reste, répéta-t-il en regardant son aîné cette fois-ci.

Les deux frères s'affrontèrent du regard. Autour d'eux, tous retenaient leur souffle. Edward ne savait plus quoi faire. Il pouvait affronter n'importe qui mais pas Al, surtout quand il sentait dans sa voix cette détermination teintée de peur et de tristesse. Le jeune homme hésita quelques instants puis, finalement, il serra les dents et sortit de la cuisine à grandes enjambées avant de claquer la porte derrière lui.

oOo

Edward lança un violent coup de pied jeté qui frappa le vide, avant de rouler sur le sol et de se relever d'un bond. Il transpirait abondamment sous le soleil d'été, se jetant à corps perdu dans son entraînement pour tenter de se vider l'esprit. En vain.

Van Hoenheim était là depuis deux jours maintenant, et seules ses séances d'entraînement intensif empêchaient Ed de lui faire la peau. Il fit un salto arrière et, prenant appui sur ses mains, se redressa avec souplesse avant de lancer un nouveau coup de pied vers son ennemi imaginaire.

Il s'entraînait seul, Alphonse n'était pas là. Ils ne s'étaient quasiment pas reparlés depuis l'irruption de leur père en plein dîner. Il y avait trop de rancune contenue entre eux pour l'instant, toute discussion aurait virée à l'affrontement.

Hoenheim. Tout était de sa faute. La violence de ses attaques augmenta alors que l'image de son père s'imprimait dans son esprit. Si seulement il pouvait l'avoir en face de lui, seul à seul, il lui ferait ravaler son petit sourire. Ce type était détestable. Et leur ressemblance, qu'il ne pouvait nier, lui était encore plus insupportable. Al avait de la chance de ressembler à leur mère.

Des images du temps passé défilèrent dans son esprit : ses parents enlacés, observant Al qui dormait à poings fermés dans son berceau, leur façon de danser ensemble à la fête du village qui donnait l'impression aux autres de ne pas exister, qu'ils étaient seuls au monde.

Mais aussi… La déception qu'il éprouvait quand il tentait d'attirer l'attention d'Hoenheim, sans succès la plupart du temps. Ou la détresse qu'il avait lue dans le regard de sa mère quand, le matin suivant le départ de son père, il l'avait trouvée assise seule dans la cuisine. Elle avait toujours tenté de faire bonne figure mais il était assez grand et sensible pour voir, derrière le sourire, la tristesse terrible qui s'était abattue sur la jeune femme.

Il revoyait son masque de douleur quand elle s'était écroulée dans le jardin, la première fois. Sa toux qu'elle ne parvenait pas à calmer, le sang qui perlait à la commissure de ses lèvres. Les cernes profonds qui marquaient ses yeux, ses joues qui se creusaient inexorablement, ses bras et ses jambes qui devenaient de plus en plus maigres à mesure que la maladie la terrassait.

Ed serra les poings et frappa l'air de sa jambe métallique, dans un sifflement. Il la revoyait sur son lit de mort, lui demandant de prendre soin de son frère pour elle. Il l'aimait tellement… Elle s'était laissé mourir de tristesse après le départ de ce con. Où était-il lui ? A parcourir le monde ? A se cacher ? Avec une autre femme, d'autres enfants ? Laissant ici une femme désemparée et des enfants perdus, qui avaient commis le pire des péchés pour ramener celle qu'ils aimaient plus que tout…

L'image de la créature hideuse et répugnante qu'il avait créée s'imposa à son esprit et Ed se laissa tomber à genoux dans un gémissement. Il posa la tête contre ses poings fermés et les pressa contre ses paupières closes. Mais c'était inutile. Ce qu'il avait vu ce jour-là resterait à jamais gravé dans son esprit, marque indélébile de son crime, vision d'horreur qui le hanterait toute sa vie. Sa punition pour avoir voulu jouer à Dieu.

Dire que ce type osait se pointer ici comme une fleur avec ses « Vous avez l'air d'aller bien les garçons », « vous avez grandis »… Il aurait voulu lui faire ravaler ses paroles, le frapper, effacer ce visage qui lui rappelait trop les jours heureux. Il aurait voulu faire souffrir Hoenheim au moins à moitié autant qu'il avait fait souffrir Trisha. Il le haïssait, ce con.

Si seulement c'était lui qui était mort au lieu de leur mère… La vie était trop injuste. Il devait payer pour toutes les larmes qu'elle avait versées pour lui.

Edward se remit debout et tourna la tête. Il entendait des éclats de rire. Il reconnut Al et Emma.

Hoenheim, assis sur les marches, sourit en voyant l'enthousiasme des jeunes gens. Alphonse lui tournait autour comme une abeille près d'un pot de miel, le noyant sous un flot de questions. Winry, Emma et Sciezka, assises sous un arbre, écoutaient ses réponses en riant de temps à autre.

Il ferma les yeux un instant pour se remémorer ses souvenirs. Il en avait tellement. Que le temps avait passé sans qu'il s'en rende compte. C'était pour lui une notion fluctuante, assez vague. Il ne le ressentait qu'en posant les yeux sur Pinako, qu'il avait connue jeune femme, ou sur Winry qu'il avait vue bébé.

- Comment c'est Xing ? demanda Alphonse.

Son fils était formidable. Intelligent, vif, drôle, il était aussi très doux et sensible. C'était le portrait de sa mère. Et d'après les photos, il ressemblait aussi physiquement à Trisha. Si au début Hoenheim avait regretté de ne pas pouvoir le voir tel qu'il était réellement, c'était finalement mieux. Revoir ces grands yeux marron aurait été trop dur, lui faisant sentir encore plus cruellement l'absence de la femme qu'il aimerait pour le restant de ses jours.

- Xing c'est d'abord la chaleur qui s'abat sur toi quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit. Mais pas une chaleur lourde, ou moite, comme souvent à Amestris. Non, elle est sèche, brûlante, et on ne compte plus les malheureux qui sont morts de ne pas avoir voulu se couvrir et boire, comme les xingois.

- Ca donne pas trop envie, murmura Sciezka.

- Mais c'est aussi une explosion de senteurs, de couleurs, de sons aussi. Le parfum des épices le dispute à celui des fleurs, qui change selon l'heure de la journée. Je me souviens que les jardins du palais impérial embaumaient le chèvrefeuille très tôt le matin, puis les arums dégageaient leur parfum délicat en milieu de matinée. L'après-midi, les narcisses et les gardénias embaumaient le palais, jusqu'à vous donner le tournis. Et le soir, c'est la lavande qui reprenait ses droits, sa senteur délicate envahissait les rues alentours.

- C'est beaucoup mieux ça, commenta Emma, les yeux fermés pour laisser son imagination la porter dans les jardins du palais de Xing.

Hoenheim sourit en voyant ça et leva les yeux vers le ciel. Lui aussi était reparti là-bas.

- Où que tu poses les yeux dans la capitale de l'Empire, ça n'est que beauté et couleur. Les maisons sont peintes dans une variété de couleurs qui peut sembler folle au profane, à l'étranger en visite. Un parme côtoie un rouge vif, un bleu nuit avoisine un vert pomme… Mais tout cela prend son sens quand tu montes sur les hauteurs de la ville. Tu as le souffle coupé par le maelstrom de couleurs qui t'éblouie et t'enchante mieux que le plus bel arc-en-ciel que tu peux imaginer, mon fils. C'est… une explosion, comme si un peintre fou et génial avait laissé son esprit et sa main juxtaposer des teintes, sans aucune logique mais avec tout son talent.

- Ca a l'air tellement magnifique…

- Ca l'est. Cette variété tu la retrouves aussi chez les gens eux-mêmes. Il y a toujours eu une forte diversité à Xing, dans les peuples, dans les langues parlées, dans les cultures. Ce melting-pot qui chez nous peut conduire à la guerre, chez eux il se fait dans l'harmonie et la joie de vivre, la paix. Chacun apporte un peu de ce qu'il est. La langue xinoise est en fait une sorte de patchwork de tous les dialectes des nomades qui peuplèrent cette zone si désertique, il y a de cela des siècles et des siècles.

- Mais comment tous ces gens peuvent-ils cohabiter ?

- Parce qu'il y a un pouvoir fort qui gère le pays d'une main de fer, et qui accepte tout un chacun sans distinction de nationalité, de couleur de peau, ou de culture.

- Je ne comprends pas. Chez nous, les étrangers sont juste tolérés, et encore…, dit Alphonse, perplexe.

- Parce qu'ils sont vus comme des ennemis potentiels. A Xing au contraire, la famille royale a très tôt compris qu'une culture qui vit repliée sur elle-même meure, surtout dans de telles conditions de vie. Ils ont appris à accueillir les étrangers en prenant d'eux ce qu'ils avaient à offrir : leur civilisation, leurs connaissances dans tel ou tel domaine, leur langue, leurs arts… A ton avis, comment se fait-il qu'alors que ce sont des crétois qui ont les premiers utilisés les nombres, les mathématiques telles que nous les connaissons soient une invention xingoise ?

- Et bien… Parce que des crétois ont apporté leur savoir à Xing, par l'immigration. Et qu'en combinant les savoirs de Creta et des xingois, ils ont créé les mathématiques ?

- Exactement mon fils, tu comprends vite.

Le jeune garçon voulut se gratter la tête, fier que son père lui fasse un compliment, mais le raclement de ses doigts de métal contre son casque ne produisit pas l'effet escompté et leur fit grincer des dents à tous. Alphonse s'excusa platement alors que les filles protestaient et menaçaient de le passer au polissoir. Hoenheim rit en entendant ça. Cette jeunesse, cette fougue, il ne se souvenait même plus de ce que ça faisait d'être adolescent. C'était il y a si longtemps…

- Comment est le palais de Xing ? demanda soudain Emma.

- Et l'empereur ? Et les fils de l'empereur ? ajouta Winry, des étoiles plein les yeux.

- Et la grande bibliothèque alexandrine ? fit Sciezka, les yeux humides, avant de se rendre compte que ses amies la regardaient bizarrement. Bah quoi ?

- Ah le palais…

Hoenheim replongea dans ses souvenirs. Le marbre blanc sur le sol et les colonnes, les enfilades de pièces plus belles les unes que les autres, les tissus chatoyants, le mobilier taillé dans les bois les plus beaux, par des artistes au talent incroyable.

- C'est un enchantement de tous les instants, expliqua-t-il. Pour les yeux d'abord. Il se dégage une majesté de ce lieu, que je n'avais jamais vue ailleurs. Mais c'est aussi un endroit apaisant pour l'esprit. Je me souviens des longues promenades que je faisais dans les jardins, suivant les rivières qui les traversent, observant les animaux qui y vivent en semi-liberté. Je flânais entre les sculptures monumentales envahies par le lierre et le chèvrefeuille, laissant mon esprit vagabonder à sa guise.

Edward écoutait tout ça, de plus en plus furieux de voir que son père parlait avec tellement de nostalgie de ces années où il aurait dû être là au lieu de se balader dans les jardins de Xing. Il fulminait aussi de voir que son frère et ses amies étaient en admiration devant cet homme, buvant littéralement ses paroles. Finalement il n'y tint plus et s'approcha.

- J'ai appris la médecine xingoise là-bas et, en mettant en commun les connaissances amestrisiennes, xingoises, et mon alchimie, j'ai pu soigner l'empereur et…

- Plutôt que de t'occuper de ce type, empereur ou pas, t'aurais dû être là pour soigner maman ! lança sèchement le Fullmetal.

Hoenheim s'interrompit et son regard se voila. Les filles perdirent leur sourire, et Winry lança un regard attristé à son ami.

- Arrête grand frère, intervint Alphonse en se tournant vers son aîné. Il n'était pas au courant que maman était malade. Il ne pouvait pas savoir qu'on avait besoin de lui.

- Tu parles, s'il ne s'était pas tiré comme un voleur, elle ne se serait pas laissé mourir de chagrin.

- Tu exagères ! s'énerva Alphonse.

- Non, toi tu ne te souviens pas, tu étais trop jeune. Mais elle était tellement malheureuse qu'elle a arrêté de manger, elle est devenue faible, et c'est après que la maladie s'est déclarée. C'est de sa faute !

- Non ! cria son cadet. C'est…

- Attends Alphonse, le coupa doucement Hoenheim en se levant. Il a raison.

Le jeune garçon, surpris, resta bouche bée alors que son père se dirigeait lentement vers Edward.

- J'ai fait souffrir ta mère, et toi aussi, dit leur père. J'en suis désolé, si j'avais su…

- Tu serais resté ?

- Non, je ne pouvais pas. Je devais partir…

- Tu parles, t'es qu'un putain de lâche qui s'est rendu compte un jour que ça l'intéressait pas de jouer les pères de famille, cracha le jeune homme.

- Tu te trompes, les années que j'ai passées avec Trisha et vous ont été les plus belles de toute mon existence. Mais… Ma vie était, et sera toujours, compliquée, et dangereuse. Je me suis voilé la face pendant ces quelques années en pensant que je pourrais vivre comme tout un chacun et connaître moi aussi le bonheur. Mais ça m'est interdit…

Edward ne sut pas quoi répondre sur le coup. Il y avait une telle lassitude, et une si grande tristesse, dans son regard et dans ses paroles... Hoenheim avait l'air vulnérable, et faible, si différent de son souvenir. Mais sa haine envers cet homme était la plus forte, et sa colère qui avait manqué retomber se raviva.

- Tu te plains ? Tu viens là pour geindre sur ton pauvre sort ? Tu penses que je vais te taper sur l'épaule et te prendre dans mes bras en te disant que tout est oublié ? Tu déconnes ? cria-t-il, les poings serrés.

- Tu ne me pardonneras jamais de t'avoir laissé ? lui demanda son père.

- Tu oses me demander ça ? éclata le jeune homme. Tu comprends vraiment rien, c'est pas ce que tu m'as fait à moi que je peux pas te pardonner, c'est le mal que t'as fait à maman ! C'est d'avoir laissé Alphonse grandir sans son père, et de nous avoir laissé faire la plus grosse connerie de notre vie… T'as rien à foutre ici, je veux plus te voir, ni te parler, ni même penser à toi ! Pour moi t'es mort et enterré.

- Tu ne m'accompagneras pas sur la tombe de ta mère ?

Le coup partit sans qu'Ed puisse le retenir, et son père s'effondra sur le sol, la lèvre inférieure en sang.

- Ed ! cria Winry.

- T'es dingue ? explosa Alphonse en s'agenouillant près de son père.

- Cet enfoiré n'a pas le droit d'aller sur la tombe de maman, je t'interdis de l'y emmener compris, cria Edward. Jamais.

Et sans attendre la réponse de son frère il s'enfuit dans la maison. Il avait frappé de son poing de chair, voulant sentir le choc du coup. Maintenant sa main était enflée et douloureuse mais il s'en fichait. Il pensait que ça le soulagerait, mais non. En fait il se sentait encore plus mal qu'avant.

Cet enfoiré… Il ne se défendait même pas. Quel soulagement il pouvait avoir à frapper un type qui ne cherchait même pas à se défendre ? C'était encore pire qu'avant en fait… Il entra dans sa chambre et referma doucement la porte, sa colère envolée. Ne restait plus que la culpabilité et la honte.

oOo

Alphonse et Hoenheim marchaient lentement sur le chemin de la maison des Rockbell, en silence. Après la dispute avec Edward, le jeune garçon avait tenu à accompagner son père sur la tombe de leur mère. Ils n'avaient pas parlé, Al ne savait pas ce qu'il pourrait dire pour excuser l'inexcusable. Son frère l'avait frappé. Qu'est-ce qu'il pouvait dire après ça ?

Il avait regardé son père s'agenouiller devant la tombe de Trisha. Hoenheim n'avait pas pleuré. Comme Ed. Décidément, ils se ressemblaient étonnamment. Alphonse ne pouvait s'empêcher de se sentir jaloux de cette proximité entre eux. Lui, qu'est-ce qu'il avait de son père ? Il l'observait attentivement mais ne trouvait rien. Même leurs caractères étaient différents. Tandis qu'Ed, qui avait tant de choses à partager avec lui, n'en profitait même pas. Quel crétin…

Finalement, au bout de ce qui lui avait semblé des heures, son père s'était relevé et ils avaient repris le chemin de la maison. Le soleil couchant inondait la plaine de ses rayons orangés, et l'odeur du foin fraîchement coupé avait envahie les lieux. Alphonse s'en souvenait, il détestait cette odeur qui le faisait toujours éternuer quand il était enfant. Il aurait tout donné pour la sentir de nouveau…

- Alphonse…

- Oui ? répondit le jeune garçon en se tournant vers son père.

- Raconte-moi.

- Euh…

Si son corps existait toujours quelque part, comme le pensait Ed, son cœur devait être sur le point de transpercer sa poitrine tant il battait fort.

- Tu veux que je te parle de maman ?

- Non, je pense que tu m'as bien compris, le coupa Hoenheim sans le regarder.

- Tu veux que je te parle de cette nuit-là ? dit finalement Alphonse en soupirant. Et bien… Je me souviens qu'on avait tout préparé avec Ed, on avait travaillé pendant des mois pour ne rien laisser au hasard. C'est drôle, je crois que je n'avais jamais vraiment essayé de me souvenir… Mais maintenant je me rappelle. Il y a eu un orage terrible ce soir-là, et la pluie… C'était le déluge. C'est bête mais je me demande si ça n'étaient pas les larmes que maman versait du ciel en voyant ce qu'on allait faire.

Hoenheim ne répondit pas mais se tourna vers son fils qui était perdu dans ses souvenirs. Malgré ce corps de métal, il avait l'impression de pouvoir apercevoir le jeune garçon, du moins de pouvoir l'imaginer.

- Je me souviens qu'on a activé le cercle de transmutation avec une boule au ventre. Tu sais, je ne l'ai jamais dit à personne mais… C'est ma faute tout ça. Je savais que ça allait mal tourner, je le sentais, presque comme une prémonition. J'aurais dû arrêter Ed.

Il s'attendait à ce que son père tente de le convaincre qu'il n'y était pour rien, qu'il était trop dur avec lui-même. Mais rien ne vint, Hoenheim se contentait de l'écouter en silence.

- Edward se tient pour seul responsable. Mais je suis autant coupable que lui.

- Et tu en payes le prix toi aussi.

- Oui, on peut le dire. Tu as compris tout de suite ?

- Votre réputation vous précède. Les automails d'Ed, son jeune frère en armure… Et puis cet écho qu'on entend quand tu parles, ça ne laisse aucun doute quand on sait ce qu'on cherche. Comment ça c'est passé ?

- Je ne sais pas. Mon dernier souvenir c'est l'activation du cercle. Et ensuite… Je suis dans cette armure, Ed gît dans son sang et… Au milieu du cercle il y a…

Il ne termina pas sa phrase mais Hoenheim avait compris. Son regard se fit plus dur alors qu'il fixait son plus jeune fils. Est-ce qu'il avait conscience des conséquences de leur geste ? Est-ce qu'il savait ce que ça impliquait ? Il n'en avait pas l'impression. Qu'est-ce qu'Edward lui avait raconté ?

- Ed m'a dit qu'il a vu la Vérité, à travers la Porte, et qu'il s'en est servi pour attacher mon âme à cette armure. Je sais qu'il a sacrifié un de ses membres pour faire ça. Et c'est lui qui se sent coupable…

Mais Hoenheim ne l'écoutait plus. Il en était sûr, Alphonse ne connaissait pas les conséquences d'une transmutation humaine. Il ne savait pas… Et Ed ? Il devait le prévenir. Mais ça impliquait tellement de choses. Est-ce qu'il s'en sentait capable ? Il vit le pignon de la maison jaune se profiler à l'horizon et sentit son souffle s'accélérer. Il avait peur. Il allait devoir parler à son aîné, et il avait peur. Mais c'était trop important. Ce qu'ils avaient fait ce jour-là avait des conséquences bien plus graves que ce qu'ils imaginaient.

oOo

- Tout se passe comme prévu, dit King Bradley en calant le combiné du téléphone dans son cou. Nous sommes…

Il s'interrompit en entendant des coups frappés à la porte de son bureau.

- Entrez, lança-t-il sans raccrocher.

- Monsieur, veuillez m'excuser, dit un jeune militaire en s'inclinant. Votre secrétaire…

- Elle n'est pas là je sais, l'interrompit le généralissime pressé. Qu'est-ce qu'il y a ?

- Et bien…

Le jeune soldat se tordit nerveusement les mains, indécis. Son supérieur l'avait envoyé annoncer la nouvelle au généralissime. Lui. Pourquoi lui ? Il ne savait même pas si c'était une information importante ou non ? Et si King Bradley lui en voulait de l'avoir dérangé pour une chose sans importance ? Et s'il le renvoyait ?

- Vous avez avalé votre langue ? demanda l'Homonculus avec un regard amusé.

- Monsieur, se reprit le jeune homme, encouragé par le généralissime. Nos services de renseignement dans le sud nous ont indiqué qu'un homme recherché depuis dix ans avait été repéré dans la région de Madge City.

- Quel homme ?

- Et bien… Il correspond à la description d'un alchimiste, Van Hoenheim dit…

- Hoenheim le lumineux, murmura Bradley, intéressé. Vous êtes sûr que c'est lui ?

- Et bien… Selon nos agents il ressemble trait pour trait au portrait fourni à l'époque mais… C'est étrange, il semble ne pas avoir vieilli alors que ça fait dix ans… Du coup les hommes ne sont pas sûrs.

- On sait où il allait ?

- Il semble avoir pris la route de Resembool.

- Resembool, dit Pride. Bien sûr…

Il sourit soudain au jeune soldat et lui fit un clin d'œil.

- Ca n'est sûrement pas lui, dit-il. Il est forcément mort depuis tout ce temps. Oubliez ça.

- Mais monsieur…

- Allez, et ne vous inquiétez pas pour tout ça.

Le soldat, qui sentait que le généralissime le congédiait, sortit et referma la porte du bureau en fronçant les sourcils.

- Vous avez entendu ? demanda-t-il à son interlocuteur une fois que le soldat fut parti.

- C'est parfait, répondit la voix de Dante. Vraiment parfait.


Vui je sais j'ai un jour d'avance mais il y a des chances que je ne puisse pas poster demain et comme j'aime pas être en retard... mieux vaut être en avance!^^

J'espère que ça vous a plu.