It's a fool under the rain, a fool from the drain, and pain, and pain...


La lumière tombe sur la tombe et roule, et coule, et ricoche sur la pierre comme de l'encre sur un rocher, comme la mer sur du papier. Elle la fait briller de mille couleurs – une seule couleur dorée, argentée, plusieurs lueurs qui n'en font qu'une seule. Elle lui pique les yeux, cette lumière, cette aurore, et il ferme les paupières un instant; il est si fatigué, si lucide qu'il en devient malade de peur. C'est une seconde de calme et une seconde de recours – surtout de recours, en réalité. Il a l'impression de passer sa vie à courir à survivre à mourir.

Sur la tombe il n'y a pas de nom; tombe inconnue, tombe vide, tombeau d'un homme, d'un être qui était tout. Que renferme la terre sous ses pieds ? Une tête. Un crâne. Il ne se souvient pas du visage – pas vraiment. Il se souvient d'un sourire, d'un œil alerte, de fossettes indulgentes. Le visage, lui, reste dans l'ombre. Il ne se souvient presque plus du nom. S'il se concentre, s'il ferme les yeux et respire profondément, il peut même totalement l'oublier, l'espace d'un moment. Shou-y-ou. Respiration. Souffle. Air. Se-n-sei. La lumière l'aveugle presque entièrement, reflétée à l'infini dans sa prunelle.

Shouyou-sensei. Sensei. Sensei ! Sensei ? Sensei…

Tant de peine et de colère et de douleur dans un simple mot, un simple nom oublié par la pierre, aboli par la tombe. La lumière profane éclaire une scène qui devrait rester dans l'ombre; à jamais. Pour toujours.

« Je savais que je te trouverais là, Gintoki. »

La voix le ramène sous la pluie, devant une tombe, face à un nom. Ah, la grand-mère. A quoi pensait-il, déjà ?

« Eh, la vieille, qu'est-ce que tu fais ici, tu prépares tes funérailles ? »

La plaisanterie glisse facilement au travers de ses lèvres. C'est facile. Accommodant. Otose le sait – elle lui a appris certains tours, il lui en a appris d'autres. Ce sont deux grands menteurs devant une tombe. Otose a eu la présence d'esprit d'amener un parapluie.

Deux grands menteurs qui ont appris à sourire sans leur cœur. Leur rencontre, quelques années plus tôt, fut devant cette même tombe; quelle ironie. Sous la neige il avait froid et faim, si faim que son estomac semblait se recroqueviller sur lui-même. Mourir ainsi, derrière une tombe ? Finir ainsi, vagabond, mourant dans une neige épaisse dans un cimetière d'Edo ? Gintoki est lâche mais il a surtout peur, peur de briser une promesse déjà brisée à maintes reprises, recollée avec du scotch avec de la glue avec son sang. Alors lorsqu'une vieille dame au sourire triste lui tend la main il la prend, lorsqu'il voit de la nourriture il la mange, lorsqu'il fait une promesse il la tient.

Gintoki est triste. Que fait-il dans ce cimetière ? Ici est mort Shiroyasha lors d'une journée d'hiver. Ici est né Yorozuya Gin-chan, Gintoki, sourire, sourire, mensonge, vérité, peut-être, au fond. Ici il commença à réapprendre la vie, main dans la main avec une vieille dame sans famille, mais fière, si fière, vivante, plus vivante que Gintoki lui-même. Un soir elle lui dit : « Gintoki, toi qui a à peine vingt ans, tu parais bien plus vieux que moi, moi la vieille barman de Kabukichô. »

Et cette phrase résonne encore dans son cœur, et sont écho lui pose une question, une question qui n'a aucun sens.

Ah, Gintoki. L'enfant-démon, l'enfant heureux, l'enfant soldat. Le guerrier, le survivant; le monstre blanc. Qui, qui es-tu vraiment ?

Avant, il y a un plafond au dessus de lui. C'était un plafond immense, mais il est maintenant parsemé de trous plus ou moins grands, qui laissent passer la lumière des étoiles, la déposent autour de lui comme des flaques d'eau étincelante. Au milieu des décombres d'un – dojo ? est-ce ainsi que cela s'appelle ?, il se repose.

Il y a un pont entre avant et après. Plusieurs ponts, même. Les ponts des maisons.

Shouyou-sensei lui apprend qu'un plafond n'est pas qu'un pont branlant percé par la mitraille, mais un pont solide et sûr qui protège des intempéries de la vie et des méfaits du vent. La nuit il observe ce plafond – sûr et solide et souriant, comme sensei -, remarque les petites entailles sur la poutre principale, voit sa grandeur, aussi ; elle est fixe et stable comme une couverture un soir d'hiver, aussi réelle et plus tangible que les étoiles au dessus de sa tête. Il sourit, alors, tous les soirs. Ce plafond est droit. Ce plafond n'a pas l'air de vouloir s'effondrer sur sa tête à tous instants. Ce plafond lui plaît, ce plafond est rassurant. Gintoki s'endort avec une douce chaleur qui part de sa poitrine et qui s'étend dans tous ses membres ; ce plafond, se murmure-t-il à moitié assoupi, ce plafond est son chez-lui.

La nuit Gintoki rêve. Il rêve d'un dojo en flamme, d'un toit en miettes.

Le dojo est immense, plein d'espaces vides et propres, si propres que personne n'a le droit d'y poser une sandale. Lorsqu'il se réveille ce n'est pas sous la fraîcheur de la rosée mais sous l'appel d'un oiseau, dans le jardin juste à côté. Il ouvre un œil, le deuxième. Tout le monde dort encore, mais il se lève tout de même, et se dirige vers le grand espace clos qui leur sert de lieu d'entraînement. Sensei est assis à l'extérieur, comme d'habitude, une tasse de thé dans les mains et un sourire dansant sur ses lèvres comme si la vie est si simple, comme si tous les matins d'une vie doivent être comme ça. Takasugi lui a appris le mot hier – le matin est une routine.

« Otose. »

« Mmh ? »

« Cette promesse, est-ce que je peux la tenir ? »

Il la regarde et tout ce qu'il voit c'est un visage, un beau visage, et un sourire.

« Il te suffit d'un toit pour la tenir, Gintoki. »

D'un toit, et d'une routine, et d'un avenir

Gintoki, Gintoki, promets-moi de vivre.


Je m'excuse du temps monstrueux que m'a pris l'écriture de ce chapitre. J'avais beaucoup de mal à trouver le temps et l'inspiration. Mais finalement, grâce au film Gintama et à la splendide pause des vacances d'hiver, j'ai pu m'y mettre. Ce chapitre peut vous paraître peu compréhensible - ce sont des fragments... M'enfin! Joyeux noël! Bonne année à tous!

Merci pour vos reviews!